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Max BRUCHET
Conservateur des Archives du Nord
Chargé de cours à la Faculté des Lettres de Lille
Marguerite a'Autriche
Duchesse de Savoie
Ouvrage publié sous les auspices du Comité flamand de France
LILLE
IMPRIMERIE L. DANEL
93 ruc Nationale 93
1987
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MARGUERITE D’AUTRICHE
DUCHESSE DE SAVOIE
Il a été tiré de cet ouvrage
300 exemplaires sur papier d’Arches
à la forme numérotés de 1 à 300
avec douze planches hors texte
Et 200 exemplaires sur papier
vélin du Marais non numérotés
dont quarante avec planches.
Max BRUCHET
Conservateur des Archives du Nord
Chargé de cours à la Faculté des Lettres de Lille
Marguerite a Autriche
Duchesse de Savoie
Ouvrage publié sous les auspices du Comité flamand de France
LILLE
IMPRIMERIE L. DANEL
93 rue Nationale 93
1927
TOUS DROITS DE REPRODUCTION RÉSERVÉS
CopPrricnt 1927 by Max BRUCHET
General Library System
University of Wisconsin - Madison
728 Siate Sireel
\cdison, WI 53705-1494
U.S.A.
358906
JUN -6 1930
AVANT-PROPOS
Le Nord, si souvent meurtri par l'invasion, achève de
relever ses formidables ruines, et affirme sa vitalité dans tous
les domaines. À l'heure de cette victorieuse renaissance, comme
pour associer l'effort des générations disparues à celui de
l'heure présente, une part a été faite au culte désintéressé de
l'Histoire. C'est ainsi que des amis des lettres, des septen-
frionaux, sous l'impulsion du Comité flamand de France, sur
la terre de Flandre, ont provoqué l'apparition d'un livre
enrichi d'Inédits lillois, tiré sur des presses lilloises, commémorant
l'une des grandes figures des Pays-Bas.
Les Archives départementales du Nord, dans leur richesse
massive, renferment entre autres trésors un joyau inestimable,
révélé depuis deux siècles déjà, mais jetant encore des feux
imprévus. En interrogeant pendant de longues années les
papiers accumulés à Lille par la ‘prudence de Charles-Quint,
il a paru possible de fixer, avec des traits nouveaux, le souvenir
impérissable de Marguerite d'Autriche et de Bourgogne, Duchesse
de Savoie, Régente des Pays-Bas.
Jusqu'à ses dernières heures, Henry Cochin fut le conseiller
de ces pages. Sur le seuil de l'édifice, l'auteur inscrit d'une main
émue ce nom respecté, et ceux des bienfaiteurs qui ont fait
confiance au conservateur des séculaires archives lilloises, le riche
arsenal diplomatique des ducs de Bourgogne, comtes de Flandre :
M. le chanoine LooTEN, président du Comité flamand.
M. Donat AGACHE. M. Pierre FLIPO-SEGARD.
M. Omer Brico. M. Gustave Gras.
M. Félix BoLLAERT. M. le baron de La GRANGE.
M. Alexandre CAULLIEZ. M. J. LoRTHIOIS-FRANCHOMME.
Feu Henry Cocix. M. Albert MALLez.
M. Félix COQUELLE. M. Augustin MASQUILIER.
M. Liévin DANEL. M. Eugène MATHON.
M. Jean DELEMER. M. Eugène MorTre.
M. Georges DESPRET. Me Henri OBRY-SCHOTSMANS.
Mme Gustave DuBar. M. Jules SCRIVE-LOYER.
M. Maurice FENAILLE. M. Léon THIRIEZ.
INTRODUCTION
Duchesse de Savoie, Comtesse de Bourgogne, (Gouvernante des Pays-Bas,
Marguerite d'Autriche, fille et tante de Césars, illustra des pouvoirs éminents. Ferme
dans la Fortune comme dans l’Infortune, redoutable dans des temps où s'affrontaient
Jules IT, Louis XII et Maximilien, celle qui fit triompher Charles-Quint, lors de
l'élection impériale, resta jusqu’au dernier souffle une force, tandis que, dans le
travail de la Renaissance, le vieux monde bouillonnait. D'innombrables missives,
conservées à Lille, permettent d'évoquer, sous de multiples aspects, comme dans un
triptyque, l’une des grandes figures d’un siècle tourmenté. Dans le présent volume,
l'auteur se propose de rappeler les vicissitudes de celle qui devint Duchesse de
Savoie, après de singulières destinées en France et en Castille.
Sous les fleurs de la « Couronne margaritique », Lemaire de Belges, le
chroniqueur et le familier de l’archiduchesse, nous a conservé les précieuses
confidences de sa souveraine (‘). Quelques pièces de circonstance écrites par ce
fameux rhétoriqueur, plusieurs passages de Molinet et autres annalistes bourguignons,
des oraisons funèbres, les hexamètres latins de Cornelius Grapheus ou le galimatias
du commandeur du Saix, voila le meilleur de ce qui a été imprimé dans la première
moitié du XVI* siècle sur la tante de Charles-Quint (?). Les moines de Brou,
conservateurs du tombeau de l’archiduchesse, inspireront aussi plus tard quelques
médiocres compilations. À vrai dire, il n’y aurait rien de critique dans toute cette
ancienne production si l'on n'avait à enregistrer, en 1712, l'apparition des Leltres du
roy Louis XTL.
Cette publication bien connue souleva tout d’abord un certain étonnement. « On
ne sait par quel canal, déclara le Journal des Savants dans son numéro du 20 mars
1713, tant de différentes lettres, écrites pour des affaires d'État et sous le secret du
Ministère, se sont comme rassemblées pour tomber entre les mains d'un libraire de
Bruxelles. La préface qui est à la tête n'offre aucun éclaircissement.. Ces lettres
sont, du moins, écrites à faire croire qu'elles sont de ce temps là ».
Il eût été facile de donner à ce recueil le caractère d'authenticité. Il suffisait à
l'auteur de se faire connaître, de dire qu'il appartenait à une lignée d’historiographes,
() La « Couronne margaritique », rédigée entre 1509 et 1511 et publiée seulement en 1549,
a été réimprimée dans les œuvres de Jean Lemaire de Belges, édition STECHER (Louvain, 1882-
1891, 4 vol.), tome 1v, pages 15 à 167. Voir aussi, dans cette même édition, les « Espitres de
l'Amant verd », commencées en 1506, complétant, sous une forme badine, la biographie de la
douairière de Savoie, tome «1, pages 1 à 37, et une composition relative à la mort de
Philibert le Beau, tome 1v, pages 173 à 181.
(3) Le lecteur est prié, pour les publications non citées dans les notes de cette Introduction,
de se référer à nos Bibliographies sur Brou (pages 267 à 279) et sur Marguerite d'Autriche
(pages 282 à 300). Voir aussi la note 1 de la page 300, et l'index, au nom de chaque auteur.
2 MARGUERITE D'AUTRICHE
d'affirmer sa qualité officielle : tous les originaux de la correspondance incriminée
ont été retrouvés. Conservés jusqu’en 1533 à Malines dans l'hôtel de Marguerite, ces
documents avaient été transportés à Lille sur l’ordre de Charles-Quint et confiés aux
maîtres de la Chambre des comptes ({). Pendant près de deux siècles, cette collection,
qui n'avait plus d'utilité immédiate, fut oubliée dans un coin jusqu'au jour où le
conservateur du dépôt, ami des lettres, Jean Godefroy, qui avait remplacé son pére
dans les charges d’historiographe de France et de directeur des Archives de Lille,
pénétra, lui premier, dans le secret des papiers de la Régente et révéla au grand
public, dans les Leilres du roy Louis XIT, quelques pièces de choix.
Ce fut un émerveillement. Il y avait dans cette trouvaille non seulement des
missives du roi de France et de ses représentants, le cardinal d'Amboise, l’évêque
de Paris, le chancelier Robertet, mais aussi des correspondances des souverains
d'Angleterre, d'Aragon et des Pays-Bas, les dépêches de Philippe le Beau, de
Marguerite d'Autriche, de Maximilien et les relations des ambassadeurs des archiducs.
Gattinara, Burgo, l’impérieux cardinal de Gurck apportaient à l’histoire diplomatique
de nouvelles informations. Il y avait encore, sur les événements d'Italie, des pièces
signées Jules IT, Sforza, Trivulce, Chaumont d'Amboise et autres noms illustres (?).
Mais l'éditeur des Lettres du roy Louis XII, déjà muet sur la provenance des
documents, comme s'il était jaloux de son trésor, laissait encore dans l'ombre
d'innombrables pièces : ses quatre petits in-12, si riches de substance, représentaient
seulement une partie infime (350 lettres) des inédits enfouis par milliers dans les
archives lilloises (*).
Cent ans après cette retentissante découverte, un ministre historien, Guizot,
s'intéressant à l’organisation scientifique des archives de France, demanda, pour
diriger celles de Lille, qui lui paraissaient particulièrement importantes, le concours
du docteur Le Glay et le fit installer, en 1835, dans les fonctions d'archiviste
départemental. Cet érudit, qui devait honorer sa fonction par des travaux sur la
période de Marguerite et de Charles-Quint, était doublé d'un remarquable adminis-
trateur. Loin de cacher ses richesses, le successeur de Jean Godefroy ouvrit
largement les portes aux savants, français ou étrangers, donnant ainsi, par un accueil
incubliable, un caractère mondial au dépôt que le Conseil général du Nord avait
édifié « liberali studio sumptuque munifico » (!).
Les historiens qui affluèrent alors dans la capitale des Flandres appartenaient en
effet à bien des pays. Il y eut une réelle émulation : Belges et Hollandais, Allemands
(1) Requête adressée le 23 mai 1533 par Jean de Warenghien, maître de la Chambre des
comptes de Lille, pour le remboursement des frais du transfert des papiers de Marguerite effectué
en juillet 1533, publiée dans BRUCHET, Répertoire numérique. Série B, Chambre des comptes de
Lille, fascicule 1 (Lille, 1921), page vur, note 1.
(3) [Jean GonEerroy], Lettres dx roy Louis XII et du cardinal George d'Amboise, avec
plusieurs autres lettres, mémoires et instructions écrites depuis 1504 jusques et compris 1511.
Bruxelles, François Foppens, 1712, 4 vol. in 12, avec portraits gravés.
(3) BRUCHET, Le classement des Lettres missives des Archives du Nord (Lille, 1913), page 9.
(#) Inscription commémorant l'inauguration de l'Hôtel des archives départementales en 1844
dans CHAMPOLLION-FIGEAC, Docrunents historiques inédits, t. nr, p. 132 (Paris, 1847). Le
Département du Nord est le premier qui ait construit en France un bätiment spécial pour le
scrvice des archives. Sur l'installation du service et le choix du docteur Le Glay comme
archiviste, cf. BRUCHET, Répert. numérique, fasc. 1. page xvir.
INTRODUCTION 3
et Autrichiens, Danois, Anglais et Français vinrent explorer, dès la Monarchie de
Juillet, le célèbre fonds des Lettres missives. Le premier pèlerin qui pénétra dans le
sanctuaire fut l’archiviste du grand-duché de Bade, Mone, révélant, en 1836, le
marchandage honteux de l'élection de Charles-Quint, prouvant, sur titres justificatifs,
tous extraits de Lille, l'âpreté des électeurs achetés par l'or des Flandres (). La
même année, Gachard, le célèbre directeur des Archives de Belgique, faisait son
premier rapport sur la Chambre des comptes de Lille, bientôt imité par son collègue
de La Haye, Van den Bergh, l'éditeur de la Correspondance de Marguerite avec ses
amis (?). En Angleterre, plusieurs collaborateurs du « Record office » accumulèrent
dans les Calendars les fiches chronologiques précisant les phases de l’évolution
économique des Pays-Bas sous l'influence anglaise à l'époque d'Henri VII et
d'Henri VIII. L'exploration étrangère se poursuivra dans tout le cours du XIX°siècle
pour aboutir, en 1908, à la thèse de Kooperberg soutenue à Leyde sur les premières
années de Marguerite (%), et à l’Itinéraire de Charles-Quint, splendidement édité par
l'Académie de Madrid en 1914, juste au moment où la Guerre devait arrêter cet
admirable mouvement (!).
En France, on manifesta une activité non moins louable. La Société des Sciences
de Lille, dès 1838, la Société de l'Histoire de France, dès 1839, et le Comité des
Travaux historiques, en 1845, consacraient le nom de l’archiviste Le Glay en imprimant
sa Correspondance de Maximilien el Marguerite, ses Négociations diplomatiques, ses
Analectes, son Gattinara, travaux tirés des Papiers de la Régente (°). Cette même
source à été aussi utilisée dans des publications dont l’une est consacrée à la gloire
de Marguerite par le marquis de Quinsonas (f), l’autre contient la correspondance du
chevalier d'honneur Laurent de Gorrevod (7), d’autres encore intéressent des
personnages moindres de l'entourage de l'archiduchesse, ou les célèbres mausolées
de Brou.
Parmi les nombreuses études sur la vie de Marguerite, celles de Le Glay (5) at
(1) MonE (F. J.), Briefwechsel über die Kaiserwal Karls V dans Anzserïger für Kunde der
teutschen Vorzeit, tome v, 1836, col. 13. 118, 286, 398.
(2) Van DEN BERGu (L. Ph. C.), Correspondance de Marguerite d'Autriche, gouvernante des
Pays-Bas, avec ses amis sur les affaires aes Pays-Bas, 1506-1523 (La Haye, 1845-1847, 2 vol.
formant les tomes 11 et 1 de Gedenkstuhkken tot opheldering der Nederlandsche geschiedenis,
opgezameld uit de archieven te Rrjsel).
(3) L. M. G. KooPERBERG, Margaretha van Ovstenrijh, landroogder der Nederlanden tot den
Vrede van Kameryh (Amsterdam, 1908, xx-472 p. in 4°).
(t) FoRONDA Y AGUILERA, Es/ancias y Viajes del emperador Carlos V (Madrid, 1914).
(5) Docteur A.dJ. G. LE GLAY, Analectes historiques (Paris, 1838); Correspondance de
l'enpereur Maximilien I et de Marguerite d'Autriche... de 1507 à 1519 (Paris,1839, 2 vol. in
8 ; Soc. hist. France); Négociations diplomatiques entre la France et l'Autriche pendant les
trente premières années du XVIe siècle (Paris, 1845, 2 vol. in 4°; Coll. doc. inéd.); Etude
biographique sur Mercurino Arborio di Gattinara (dans Mém. Soc. sc. Lalle, tome xxxi,
année 1847, p. 183 à 260); Nouveaux analectes historiques (Lille, 1850; ext. Mém. Soc. sc.
Lille).
(6) E. de Quinsonas, Matériaux pour servir à l'histoire de Marguerite d'Autriche, duchesse
de Savoie, régente des Pays-Bas (Paris, 1858-1860, 3 vol. in 8° avec grav.).
(7) André CHAGNyY, Correspondance politique et administrative de Laurent de Gorrevod,
conseiller de Marguerite d'Autriche, 1° partie, 1507-1520 (Lyon, 1913; thèse de doctorat ès
lettres).
(8) Le GLay, Corresp. de Maximilien, tome 11, pages 422 à 489. Cette biographie a été tirée à
part avec les inventaires des collections de l’archiduchesse.
 MARGUERITE D'AUTRICHE
de Baux (‘) sont particulièrement documentées sur des textes lillois. Mais une
biographie est un cadre bien étroit pour la grande figure de l'archiduchesse. L’habile
diplomate, célébrée avec grandiloquence dans la « Couronne margaritique » (),
était aussi l'âme d'une cour de poëtes et d'artistes. En 1849, la Société des
Bibliophiles de Mons a publié les Albums et Œuvres poéliques de Marguerite
d'Autriche, avec un commentaire de Gachet esquissant certains personnages que
l'on a appelés les « Humanistes malinois ». L'un d'eux dépassa de tout son génie ce
petit cénacle: c'était Lemaire de Belges, le célèbre auteur des [llustrations de
Gaules (dont le premier livre, paru en 1509, est dédié à Marguerite d'Autriche), le
précurseur de la culture antique dans les Pays-Bas (*).
D'autres familiers de la cour de Malines, grands seigneurs comme le bibliophile
Philippe de Clèves (t), hommes d'études comme le futur cardinal Marliano ou minces
personnages comme Jean de Tournai, qui alla chercher fortune en Savoie et
devint héraut de l’Ordre de l'Annonciade (f), ne sont point négligeables. Grands ou
petits, ils étaient tous, sous l'inspiration de Marguerite, amis des lettres humaines,
fréquentant ainsi que de nombreux artistes la Galerie de l’Archiduchesse, célèbre
par ses manuscrits de provenance savoyarde ou bourguignonne, et par des collections
qui firent l'admiration d'Albert Dürer (‘). Perréal, l’auteur français des projets
avortés de Brou, Van Boghem, son émule flamand, Conrad Meyt, le sculpteur
préféré, Pierre Van Coninxloo, l’auteur probable du meilleur portrait de l’archi-
duchesse (), l’italianisant Jacopo de Barbari, dit le Maître au Caducée, d’autres
encore qui se révèéleront, comme ce Torrigiano, rival de Michel Ange, dérobant son
identité sous une graphie déconcertante (*), tous venaient à Malines laissant des
œuvres dont de riches inventaires font regretter la dispersion.
(1) J. Baux, Histoire de l'église de Brou, 2° édition (Lyon, 1854) pages 1 à 124.
(2) L'hyperbolique Lemaire magnifie ainsi en s'adressant aux Vénitiens le succès de Marguerite
lors du traité de Cambrai de 1508. « Dieu, quel toille vous fut par celle main féminine filée et
tissée en la cité impériale de Cambray ! Si vous la savez jamais ourdir, vous serez bons ouvriers.
0 ! Si vous eussiez sceu finer en voz tresors d’une semblable vive perle pacifique, d'une telle
Margarite Australe et Orientale, et de progeniture Auguste, vous estiez a tousjours riches»
JEAN LEMAIRE DE BELGES, Légende des Vénitiens (dans Œuvres, édit. STECHER, tome ur,
page 404).
(3) F. THiBAUT, Marguerite d'Autriche et Jehan Lemaire de Belges ou de la littérature et
et des arts aux Pays-Bas sous Marguerite d'Autriche. Paris, 1888, 278 p. in 8° (thèse lettres
Paris). |
(#) J. FinorT, Les collections de tableaux et d'objets d'art de Philippe de Clèves (dans
Réunion Sociétés Beaux-Arts, 18%5, p. 154 à 170).
(5) BrRucuET, Jean de Tournay dit Bonnes Nouvelles, héraut d'armes (dans Bull. Comité
flamand, 1926, pages 230 à 239).
(6) « Und den Freitag [vendredi 7 juin 1521], wies mir Frau Margareth all ihr schôn Ding,
darunter sahe ich bei 40 kleiner Täfelein von Oelfarben, dergleichen ich von Reinigkeit und Gut
darzu nie gesehen hab. Do sahe ich auch ander gut Ding, von Johannes [von Eyck], Jacobs
Walchs [Jacopo de Barbari]. Ich bat mein Frauen um Meister Jacobs Büchlein, aber sie sagt
sie häâtts 1hrem Maler zugesagt. Also sahe ich viel anders kôstliches Dings, ein kôstlich
Liberei...» A. Dürer. Tugebuch der niederländischen Reise, édition Max OxBorx (Berlin,
1905), page 97. Cf. A. de Bearis, Voyage du cardinal d'Aragon. en Flandre en 1517-1518
(Paris, 1913, trad. Havarp de la MONTAGNE) page 102.
(7) A. J. WauTERs, Marguerite d'Autriche, gouvernante des Pays-Bas, et le peintre Van
Coninxloo (dans Bulletin Musée du Cinquantenaire, 13° année, 1914, pages 4 à 11 avec
phototypie). |
(8) Dorez, Nouvelles recherches sur Michel-Ange et son entourage (dans Bibl. Ecole
Chartes, année 1917, tome Lxxvirr, page 187).
INTRODUCTION 5
Après une telle quantité de travaux, dont beaucoup sont considérables, il semble
qu'il soit difficile d'apporter une contribution nouvelle et intéressante. Et cependant,
la source précieuse, si souvent visitée, est loin d'être tarie, car les voyageurs sont
gens pressés et d'autres, trop éloignés, n’ont même pas essayé de se déplacer, faute
d'un guide secourable (1). En Suisse, par exemple, on a tout ignoré des ressources
du dépôt du Nord, même ces lettres fougueuses du cardinal do Sion dont les bandes
terrorisaient Maximilien, de même qu’à Turin, tout récemment, l’on n’a pas soupçonné
l'existence à Lille des 323 lettres de Gattinara, lumineuses, courageuses, écrites
par le noble Piémontais en une langue admirable.
Dès qu'on a l’occasion d'étudier, dans le menu détail, l’histoire du XVI* siècle,
on reste ébloui devant la splendeur de certains Inédits lillois. La littérature des
mausolées de Brou est formidable, depuis l'effort des Le Glay, des Baux et des
Dufay. Plus de trente travailleurs ont retourné les matériaux, souvent les mêmes,
publiant jusqu’à dix fois une pièce curieuse sans soupçonner l’inédit rare, oublié
dans la poussière d'une « farde ». L'érudit qui connaissait le mieux la bibliographie de
Brou croyait enfin tenir les deux ultimes documents (?). Et cependant, peu après
cette affirmation, une notice, communiquée le 21 novembre 1913 à l’Académie des
Inscriptions, révélait vingt-quatre actes, dont cette plainte du grand Michel
Colombe, terrassé par la maladie, vivant avec Vieillesse qui lui tenait compagnie,
et ébauchant quand même les Vertus destinées au tombeau du duc de Savoie ($).
Le monde des Inédits, dans la Chancellerie de Marguerite, est encore riche de
découvertes imprévucs, mais celui des Imprimés réserve aussi des surprises, car
des publications de textes, impressionnantes par leur nombre, ne constituent point
inévitablement des matériaux solides. Un contrôle minutieux apporte, en effet, de
singulières constatations. Dans un seul recueil, publié en 1839 et contenant
661 lettres échangées entre l’archiduchesse et Maximilien, la critique moderne a
proposé 170 rectifications chronologiques (*). Le quart de cette correspondance a donc
ainsi été mal daté, soit parce que le millésime manquait, soit parce quo le style,
employé, c'est-à-dire le point de départ de l'année, était variable. Beaucoup d’autres
travaux ne sont pas exempts de fautes de ce genre (°). Il est donc facile de concevoir
que des conclusions nouvelles se dégagent nécessairement d’une plus rigoureuse
chronologie et qu'ainsi, même dans le domaine des Imprimés, un examen prudent
peut amener un progrès dans les études historiques.
(1) Ce n’est qu’en 1921 qu'on a publié un premier état sommaire officiel des Papiers de la
Chancellerie de Marguerite d'Autriche, formant les articles B 18825 à 19258 du Répertoire
numérique de la Chambre des comptes de Lille (Lille, 1921). Cf. BRuCHET, Le classement des
Lettres missives des Archives du Nord (Lille, 1913), pages 15 à 26.
(2) V. NonerT, Les tombeaux de Brou (Bourg, 1906), page 85.
(3) C. Cocin et Max BRUCHET, Une lettre inédite de Michel Colombe (Paris, 1914), page 48.
(5) KREITEN, Der Briefwechsel Kaiser Maximilians I mit seiner Tochter Margareta.
Untersuchungen über die Zeitfolge des durch neue Briefe ergansten Briefwerhsels. Vienne,
1907, 128 p. in 8° (ext. Archiv für oest. Geschichte, tome 96, 2° partie). Les corrections
chronologiques ont été complétées par A. WaALTHER dans Gôttingische gelehrte Anzeige, 1908,
pages 253 à 286.
(5) BRuCHET, À propos des lettres mal datées de la chancellerie de Marguerite d'Autriche,
dans Mélanges Pirenne, 1926, pages 63 à 70; cf. BRUCHET, Le projet de mariage de
Marguerite d'Autriche avec Henri VII (Annecy, 1920) p. 10.
6 MARGUERITE D'AUTRICHE
Les Archives départementales du Nord renferment la plus grande partie des
Papiers de la Chancellerie de Marguerite d'Autriche. Toutefois, leur exploration
doit être complétée par celle du fonds de l’Audience aux Archives générales du
Royaume de Belgique et par le dépouillement des lettres conservées à Vienne dont
il y a des copies à Bruxelles. D’autres collections apportent aussi, par des documents
contemporains, des éléments intéressants de contrôle, notamment les Archives de
Cour et les Archives camérales de Turin, le Département des Manuscrits, à la
Bibliothèque nationale de Paris et quelques fonds des Archives nationales à Paris,
ainsi que la riche collection des manuscrits de Bourgogne à la Bibliothèque de
Bruxelles. Les conservateurs et le personnel de ces établissements ont été secourables
à celui qui serait heureux s'il réussissait à n'être point trop indigne d’une si grande
bienveillance.
Les amis des Archives du Nord ont pensé qu'il était opportun de publier ce
travail pour faciliter l'accès de riches collections. Le conservateur de ce dépôt a subi
leur douce contrainte non sans de longues hésitations, se rappelant les conseils de
prudence de ceux qui ont guidé, à l'Ecole des Chartes, ses premiers pas. Et si, dans
un élan de reconnaissance, il adresse à des maîtres disparus l'hommage d’une œuvre
sincère, il ne dissimule pas les imperfections de la tâche accomplie, ayant toujours
devant les yeux la devise de celui qui fut un grand initiateur.
DE JOUR EN JOUR EN TRAVAILLANT MOURANT (!)
(1) Bibliographie des travaux de M. À. de Montaiglon, professeur à l'Ecole des chartes
(Paris, 1891), page 141.
CHAPITRE I
La Reine de France
Marguerite d'Autriche, fille de Maximilien (*), entre dans l'Histoire à deux ans.
Après la mort de Marie de Bourgogne, l’héritière que Louis XI avait convoitée
pour son fils, le vieux roi, n’ayant pu s'emparer de la mère, se fit livrer la fille,
apportant au dauphin, dans un berceau, les comtés d’Artois et de Bourgogne.
L'enfant, envoyée en Touraine, séparée des siens, devenue étrangère à son père,
grandira sur les bords nonchalants de la Loire. Puis, brutalement, à onze ans, la
petite reine apprendra la vanité d’un serment royal. Charles VIII, qui l'avait
épousée à la face du royaume, violera sa parole en s’unissant à Anne de Bretagne.
Affront inoubliable : l’ancienne dauphine, devenue la Régente des Pays-Bas et
l'iniiatrice de Charles-Quint, évoquera, toute sa vie, « la grande et invétérée
inimitié des Français » (À).
L'archiduchesse, celle que certains historiens appellent aussi Marguerite de
(1) Il est utile de résumer les lignes essentielles de l’ascendance de Marguerite d'Autriche :
CHARLES LE TÉMÉRAIRE
+ le 5 janvier 1477. Marié en secondes noces à Isabelle de Bourbon + 1465.
MARIE DE BOURGOGNE
+ 27 mars 1482. Mariée en août 1477 à Maximilien d'Autriche.
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PHILIPPE LE BEAU MARGUERITE D'AUTRICHE
né le 22 juillet 1478. Emancipé en 1494 née le 10 janvier 1480.
Roi de Castille en juin 150. Mariée le 22 juin 1483 au dauphin
Mort le 25 sept. 1506. pui le 20 janvier 1495 à don Juan de Castille,
Marié en 1495 à Jeanne la Folle, mort le 4 octobre 1497,
tille de Ferdinand d'Aragon et d'Iaubelle et le 26 septembre 15H à Philibert le Beau,
la Catholique. duc de Navuje, mort le 10 sept. 150.
CHARLES-QUINT
né le 7 mars 19500.
(2) Marguerite se servait de ces expressions dans la lettre qu'elle écrivit à son père pour
s'opposer, vainement d'ailleurs, aux négociations de paix entre la France, les Pays-Bas et
l'Aragon, après la mort d'Anne de Bretagne (9 janvier 1514) : « Pour Dieu, Monseigneur, ne vous
laissés abuser. Entre le Roy Catolique et France, il y a de grandes montaignes, et entre France
et Angleterre est la mer. Mais entre ses pays et France, n'y a point de separacion, et vous
sçavés la grande et inveterée ynimitée que les François portent a ceste Maison. » (Archives
Nord, B 18863, n° 31220, copie contemporaine de la main de Jean de Marnix, d'après
l'autographe); Le GLay, Correspondance de Maximilien et de Marguerite... (Paris, 139),
tome u, page 226; Le GLay, Mégoctations diplomatiques entre la France et l'Autriche. .
(Paris, 1845), tome 1, page 570. De son côté, l'empereur, non moins hostile à la France, écrivait
à sa fille le 18 janvier 1516: « Lesdicts François ne... procedent autrement que d'abusions,
dissimulacions et fictions ainsi qu'ilz ont jusques oires et passé cent ans assez fait et d'ici a
C ans en derriere encoires feront...» (Original, Archives Nord, B 18874, n° 32202. LE GLAy,
Corr. Maæimilien, tome 11, page 339, n° 634, a publié cette lettre à la date du 18 janvier 1517
n. st., date rectifiée avec raison au 18 janvier 1516, par V. von KRaëUs, Zfinerariun Maxinulians I,
1508-1518, mit einleitenden Bemerkungen ueber das Kanzleiwesen Maxinilians I, dans Archiv
fuer nesterr. Geschichte, tome Lxxxvir, année 1S99, page 272).
8 MARGUERITE D'AUTRICHE
Bourgogne, naquit à Bruxelles le 10 janvier 1480, vers onze heures du matin (!).
Son historiographe nous assure qu’elle vint au monde resplendissante de santé,
comme une « belle fille, au grand resjouyssement de tous les nobles et subgectz
esperant quelque bon renfort d’aliance pour la Maison » (?). Elle fut baptisée à
Sainte-Gudule et son nom lui fut donné par sa grand'mère par alliance, Marguerite
d'York, qui la tint sur les fonts (*). Ses premières années se passèrent dans les
Pays-Bas à côté du comte de Charolais, le futur Philippe le Beau (t), à proximité
de sa mère, cette Marie de Bourgogne immortalisée par le pinceau de Memling,
sous les traits inoubliables de sainte Catherine, à l'Hôpital Saint-Jean de Bruges (f).
La mort de Marie de Bourgogne (27 mars 1482) allait être exploitée par les
adversaires de sa Maison. Le peuple de Gand, craignant le joug d'un dynaste
étranger, se dressa menaçant contre Maximilien. Sous la poussée des corporations,
le futur César, devenu indésirable depuis son veuvage, dut subir la honte du traité
d'Arras (23 décembre 1482). Pour essayer de rompre le faisceau bourguignon, les
Gantois, gagnés par Louis XI qui avait su pratiquer ces rudes hommes ç enclins a
noise et division », se firent livrer Marguerite dans les bras de sa nourrice (*).
Maximilien, alors fort jeune, privé du concours des anciens conseillers
du Téméraire, tous morts ou achetés, d’ailleurs « mal pourveu de gens de grant sens »,
était incapable de se dégager, à vingt-trois ans, du réseau d’intrigues qui l’enserrait; il
devait nécessairement succomber (’) et fut obligé d'abandonner deux comtés de
(1) « A Lion Cousin et Jenninot Desmarez, en consideracion de ce que, a toute extreme
dilligence et a tue-cheval, ilz lui apporterent les joyeuses nouvelles de la rativité de mademoisella
sa fille, dont madicte dame la duchesse, sa compaigne, se accoucha le XI* jour de janvier oudit
an LXXIX en la ville de Brouxelles ». Compte de Louis Quarré, receveur général des finances
du 1° janvier 1480 n. st. au 31 déc. 1480 (Archives Nord, B 2121, fol. 371). Ce texte nous paraît
moins sûr que celui des chroniqueurs contemporains, O. de La Marche et Lemaire de Belges
et de H. C. Agrippa (10 janvier 140 n. st., « hora horvologii ante meridiano I »).
(2) LEMAIRE, Chronique annale dans ses Œuvres, édition STECHER, tome 1v, page AU2.
(3) MouiNET, Chronique, édition de la Collection des Chroniques publiée par Bvucuon,
tome xLiv, page 223. Marguerite d'York avait épousé Charles le Téméraire en 1468, trois ans
après la mort d'Isabelle de Bourbon, seconde femme de ce prince et mère de Marie de Bourgogne.
(+) Marguerite vécut vraisemblablement dans l'hôtel de Marie de Bourgogne. Une quittance
du 30 septembre 1481 constate le paiement, par le maître de la Chambre aux deniers de la
duthesse, de souliers de drap à double semelle pour Marguerite et celui de dépenses intéressant
le comte de Charolais et mademoiselle de Gueldre (Arch. Nord, B 2126, n° GK830 ; cf. B 212,
n° 68630).
(5) Osw. RüBBRECuT, L'origine du type familial de la maïson de Habsbou:g (Bruxelles, 1910),
fig. 32 et 42 d'après le tableau conservé à l'Hôpital St-Jean de Bruges.
(6) Traité d'Arras dans J. DUMONT, Corps universel diplomntique, t. 11, partie 11, p. 100.
Le texte phototypique de ce traité, d'après l'une des douze éditions contemporaines, celle de
Paris, 1483, a été édité dans E. Picor et H. STEIN, Recueil de pièces historiques ünprimées sous
le règne de Louis XI, reproduites en fac-sinilé, avec des commentaires historiques et
bibliographiques (Paris, 1925, 2 vol. in-4, publiés par la Société des Bibliophiles français),
tome des fac-similés, p. 25 à 229.
Louis XF, par le traité d'Arras, rompait les articles de la trève de Picquigny (29 août 1435)
qui avaient Stipulé l'union du dauphin Charles avec l’une des filles d'Edouard IV, roi d'Angleterre.
Ce dernier, qui avait « tant de desir de ce mariage », lança une protestation imprimée à Londres
en 1483 sous le titre de The promisse of matrimontie, dont le seul exemplaire connu a été
publié par Picor et STrIN, 0.c., p. 233 sq.
(7) Pn. DE CoMmYyNEs, Mémoires, édit. DuronT, tome 11 (Paris, 1843; Soc. hist. France),
page 235 sq. Cf. édition J. CALMETTE (Paris 1925), t. n, p. 300.
LA REINE DE FRANCE 9
langue française en mariant sa fille au dauphin. Il aurait pu perdre davantage tant
était grande déjà la rivalité des provinces wallonnes et des pays flamingants (‘).
Le traité d'Arras avait stipulé que la fille de Marie de Bourgogne serait remise,
tel un gage, aux délégués royaux. L’extrême jeunesse de « Madame la Dauphine »
avait fait ajourner son départ, à cause des rigueurs de l'hiver. Maximilien, par peur
des Gantois, dut enfin s'exécuter. Marguerite, escortée par Adolphe de Clèves,
seigneur de Ravenstein et une nombreuse suite (?), quitta Gand le 24 avril 1483,
passa par Harlebeke et Courtrai pour arriver à Lille, le samedi 26 avril. Son entrée
fut maguifique. « Madite dame la Dauphine... etoit aornée et acoustrée de satin
noir broché de fils d’or de grande estime, avironnée de grosses perles et autres
especes de pierre de tres grande valeur, et sur le chef un beguignet de linge
blanc et par dessus une tocque de velours noir ». Deux chevaux traïnaient la
« litière » dans laquelle Marguerite «estoit scant au giron de sa nourisse »,
encadrée par quatre chevaliers marchant à pied, précédée par le Magistrat, les
gentilshommes et les bourgeois de la ville. « Apres elle, suivoient dix chariotz
branlans, tous doréz de fin or et armoriéz des armes de Bourgogne, lesquelz estoient
couvertz de vermeil drap d'or, et en iceulx estoient les dames et damoiselles de la
maison d'’icelle dame la dauphine, en magnifique estats de grande pompe ». Le
cortège, à travers les rues illuminées par des «flambeaux ardans », se dirigea vers le
< logis de Rihout, qui est le palais du prince d'icelle ville » (*), en passant par la
« Porte de Courtray », la « Place Saint-Martin », le « Coing des Patiniers », le
« Coing de la Grande Chaucée faisant l'entrée de la Basse Rue», le « Marché »
et la « Fontaine au change ». Le long du trajet, les corporations jouaient en plein
vent des mystères: dans la rue de la Grande Chaussée, les « Chaussctiers firent
l'Histoire de la Nativité de Nostre Sauveur et de la Royne Esthere, ct ensuivant,
firent les espousailles du Dauphin et de ladite Marguerite », et plus loin, sur le
Marché, aujourd'hui Grande-Place, les Armuriers représentèrent « l'Histoire du
mariage du Dauphin et de ladite Marguerite, par la vertu duquel Labeur et
Guerre se accordèrent » (*).
Marguerite et sa suite séjournèrent à Lille, pour permettre à l'ambassade
française, venant de Touraine, d'atteindre en Artois la ville d'Hesdin, désignée pour
(1) Voici le précieux témoignage de Comines: « Il (Louis XI) avoit plusieurs fois voulu le
mariaige, et ne vouloit que la comté d'Arthois ou celle de Bourgongne, l'une des deux; et
messeigneurs de Gand (ainsi les appeloit-il) les luy feirent baïller toutes deux, et celles de
Masconnois, de Charolois et d’Auxerrois ; et s'ilz luy eussent peu faire bailler celle de Henault
et de Namur, et tous les subjectz de ceste Maison qui sont de la langue françoise, 1lz l'eussent
voulentiers faict pour affoiblir leur dict seigneur ». PH. DE COMMYNES, édit. DUPONT, tome «1,
page 239. J. CALMFTTE dans son édition, t. 11, p. 302, substitue la leçon « Auxonnoys » à celle
d'Auxerrois.
(2) Voir dans BRÉSIN, Chroniques de Flandre et d'Artnis, édition MANNIER (Paris, 1880),
page 25, la liste des principaux membres de l'escorte flamande de Marguerite. Voir aussi une
attestation délivrée le 16 novembre 1433 par Adolphe de Clèves, seigneur de Ravenstein, au
sujet des vacations de Louis de Praet, Daniel de Herzeele et Arent van Scorisse, chevaliers,
conseillers et chambellans de l'archiduc, et Liévin de Massemen, watergrave de Flandre, pour
avoir escorté la dauphine de Gand à Hesdin du 24 avril au 24 mai 1483 (Original, Archives
Nord, B 2131, n° 69181).
(3) Le Palais Rihour édifié à partir de 1453 par Philippe le Bon est aujourd'hui détruit, sauf
le bâtiment dit « Conclave ». Max Brucner, Notice sur la construction du Palais Rihour à Lille
(Lille, 1922, extrait du Bulletin Commission historique Nord, tome xxxi).
(à) Voir la pittoresque description de ces fêtes dans BRÉSIN, 0. c., p. 27 à 29.
10 MARGUERITE D'AUTRICHE
la cérémonie de la « delivrance ». La dauphine quitta Lille dans la matinée du
11 mai 1483, déjeuna à Fournes au château de Rosembois et coucha à Béthune,
reçue processionnellement par le Magistrat et par le chapitre Saint-Barthélemy. Le
lendemain, elle dîna à Houdain et passa la nuit à Saint-Pol-sur-Ternoise, au « logis
du Cygne », et le surlendemain, 13 mai, arriva à Hesdin (‘) pour recevoir les
hommages de la délégation française (?), dont le chef était Pierre de Bourbon, sire
de Beaujeu. Deux jours après, ce personnage et sa femme, la célèbre Anne de
Beaujeu, remplissant la partie confidentielle de leur mission, se rendirent dans la
chambre de la dauphine, déclarant à Madame de Ravenstein et à Madame de Gruuthuse,
« qu'ilz avoient charge du roy de veoir l'enffant tout nud, lequel leur fust monstré
a leur plaisir, dont fort se contentèrent et sy leur pleut grandement en toutes
manieres » ().
Après cette suprême précaution, les gens de Louis XI s’emparèrent de leur
proie. Le vendredi 16 mai 1483, la messe ouïe, les personnages des deux cours,
réunis dans la grande salle du château d’Hesdin, entendirent la lecture du traité
d'Arras faite par le chancelier de Brabant. L'abbé de Saint-Bertin, Jean de Lannoy,
chancelier de la Toison d'Or, revêtu de ses ornements pontificaux, reçut
solennellement les engagements pris par les représentants des deux souverains :
« Ce fait, ladite dame la dauphine fut livrée en la main de monseigneur de Beaujeu
qui tost apres la replaça entre les mains de sa nourrice » (*). Plusieurs prélats, de
nombreux gentilshommes et des délégués des bonnes villes, représentant les Etats
d'Artois, donnaient par leur présence une sorte d’investiture nationale à la nouvelle
souveraine, celle que le protocole du 16 mai 1483 dénommait « Comtesse d’Artois,
de Bourgogne palatin, d’Auxerrois, de Maconnois, dame de Salins, de Bar-sur-Seme
et de Noyers » (5).
La dauphine, arrivant sur terre française, trouva de nouveaux visages, car son
escorte flamande avait dû rebrousser chemin. On lui laissa toutefois sa nourrice ().
() Rosembois (Nord, art de Lille, c°" de La Bassée, c'° de Fournes) ; Béthune (Pas-de-Calais,
chef-lieu d'arrondissement) ; Houdain (art de Béthune, chef-lieu de canton); Saint-Pol-sur-
Ternoise (Pas-de-Calais, chef-lieu d'arrondissement) ; Hesdin (Pas-de-Calais, arrondissement de
Montreuil, chef-lieu de canton).
Louis XI, par lettres datées de Plessis-lez-Tours, 27 avril 1483, avait autorisé, pour la remise
de la dauphine, le choix de la ville d'Hesdin au lieu de celle d'Arras (Arch. Nord, B 360, n° 17759).
Sur la journée d'Hesdin, comparer le récit de BRÉSIN avec celui de MouinET, Chronique, édition
Bucon, tome xLiv, page 378, et PH. DE Commynes, édition DUPONT, tome «1, page 240.
(?) Voir dans BRÉSIN, o. c., page 30, les détails très précis sur la réception de Marguerite à
Hesdin, le 13 mai 1483.
(5) BRÉSIN, L. c., page 31.
(*) Jbidem, l. c., page 31.
(5) Le procès-verbal de la « delivrance » de Marguerite, daté du 16 mai 1483 (Original, signé
et scellé par Pierre de Bourbon, seigneur de Beaujeu, Archives Nord B 360, n° 17735) mentionne
Adolphe de Clèves, seigneur de Ravestein, les seigneurs d'Esquerdes, du Rœulx, de Créqui,
d'Aubigny, de Dourier, de Ligne, de Montcaverel, de Tencques, de Beauffort, de Wier, parmi
les gentilshommes présents à la cérémonie ainsi que les abbés de Saint-Bertin et d'Auchy, le
prieur de Saint-Georges d'Hesdin « et plusieurs prelatz, nobles et gens de bonnes villes dudit
pais et conté d'Arthoys estans et trouvéz en ceste ville [d'Hesdin], lesquels avons tenu... representer
les trois Estaz dudit païs et conté d’Arthoys » voir Preuves, n°1. .
(6) OuiviEr DE LA MARCHE, éd. BEAUNE, tome nr, page 262. Jeanne Lejeune, qui était mariée à
Gilles Le Veau de Bousanton, chevalier, avait été nourrice de Philippe le Beau, ainsi qu'il
appert de nombreuses pièces de comptabilité. Mais, sauf dans O. bE LA MARCHE et dans BRÉSIN,
nous n'avons pas trouvé qu'elle ait été nourrice de Marguerite. Sur les fonctions occupées par
LA REINE DE FRANCE 11
Un seul bourguignon de quelque consistance pourrait être signalé, Jean d'Auffay,
l’auteur du célèbre mémoire sur les droits de Marie de Bourgogne : mais c'était un
transfuge qui allait se jeter dans le parti de France et sa présence fut momentanée (!).
Le défiant Louis XI avait éliminé les gens des Pays-Bas, et plus tard, ses serviteurs
exagèreront encore ces mesures de prudence en voulant éloigner de la jeune
souveraine une cousine qui était tout son « passe-temps » (°).
L'arrivée de Marguerite en France prit un caractère triomphal. Le roi voulait,
par des manifestations bruyantes, donner en quelque sorte une consécration populaire
à la victoire diplomatique d’Arras. La dauphine, traversant Amiens (*), fit son
entrée à Paris le 2 juin 1483, à cinq heures du soir, par la porte Saint-Denis, au
milieu de grandes réjouissances (*). Elle parvint à Amboise, terme de son voyage,
le 22 juin. C'était la résidence de la Cour. C’est là que se fit, le dimanche 22 juin
1483, la cérémonie des fiançailles, en présence des gens des bonnes villes spécia-
lement convoqués pour la circonstance, représentant la Normandie, l'Auvergne, le
Poitou, la Picardie, la Champagne, l’Artois et d’autres provinces encore (*). Le
futur Charles VIII avait treize ans, dix ans de plus que la fille de Maximilien. Deux
échevins d'Amiens nous ont laissé la relation de cette journée historique qui devait
marquer dans leur existence. Le dauphin, habillé de satin cramoisi et monté sur une
haquenée, partit du château d’Amboise pour aller se placer sur la route, au lieudit
la Métairie de la Reine, avec le comte de Dunois, le seigneur de la Tremoille,
Jacques de Brézé, grand sénéchal de Normandie, Étienne de Vesc, bailli de Meaux,
quelques autres gentilshommes et une trentaine d’archers. Dès que sa fiancée fut
arrivée, Charles fit la « reverence aux dames » puis se rendit dans un logis près du
pont d’Amboise, et là, « changea robe et vesty une longue robe de drap d’or » pour
Gilles de Bousanton comme maître d'hôtel de Marguerite, puis de Charles, son neveu, alors duc
de Luxembourg, voir Arch. Nord, B 2182, n° 73061 ; B 2186, n° 73339. Il est vraisemblable que
Charlotte et Philippe de Bousanton, qui figurent en 1484 dans la suite de Marguerite comme
demoiselles d'honneur (Paris, Archives nationales KK 80), étaient les filles ou les nièces de la
nourrice de la dauphine. |
(1) Le compte de Jacques de Le Verderue, « clerc commis a conduire la depense du voyage
de Marguerite d'Autriche, dauphine de Viennois, comtesse d'Artois et de Bourgogne », a malheu-
reusement disparu. Une attestation de ce personnage (1483, 12 août, Arch. Nord, B 2129,
n° 69091), concerne les gages dus à Jean d'Auffay, maître des requêtes de Philippe le Beau,
pour avoir accompagné la dauphine. Les biographes de Jean d'Auffay, notamment HENNEBERT
(dans Biographie nationale... de Belgique, Bruxelles, 1866, t. 1, col. 543) ont ignoré la duplicité
de ce personnage. Cf. GAcHET (dans Bull. Com. roy. hist. Belg., 2° série, t. iv, Bruxelles, 1852,
p. 295) et Picor et STEIN, Recueil de pièces historiques, p. 276.
(3) Voir aux preuves n° III la lettre de Marguerite à Anne de Beaujeu, du 17 mars [1486].
(3) L'ambassade française était déjà passée à l'aller par Amiens avant de se rendre à Hesdin.
Voir la délibération du 16 avril 1483, prise par l'échevinage d'Amiens pour les cadeaux faits
aux membres de cette délégation (DURAND, Inventaire sommaire. Archives communales d'Amiens,
t. n (Amiens, 1894), page 239, article BB 14, fol. 90 verso ; cf. fol. 94).
(*) LEMAIRE, Chronique annale, dans STECHER, tome 1v, page 466 ; cf. MoLiNET, édition
Bucaow, tome xLiv, page 378.
(5) Lettre de Louis XI aux bourgeois de Lyon, du 10 juin 1483, dans VAESEN, CHARAvAY et
ManDRoT, Lettres de Louis XI (Paris, 11 vol. in 8, publiées par la Soc. de l'Hist. de France),
t. x, page 120. Les villes qui s'étaient fait représenter à la cérémonie des fiançailles, sont celles de
Clermont en Auvergne, Caen, Chartres, Rouen, Limoges, Angers, Amiens, Tours, Reims, Poitiers,
Le Mans, Laon, Abbeville, Troyes, Arras, Thérouanne, Orléans, La Rochelle. Les délégués de
Lyon, Bordeaux, Bourges, Auxerre et Paris, arrivèrent après. Voir la lettre des députés d'Amiens
du 12 juillet 1483, publiée dans PH. DE COMMYNESs, édition DuPonr, t. ui, p. 351.
12 MARGUERITE D’AUTRICHE
prendre part à la cérémonie des fiançailles sur un emplacement protégé par des
barrières. « Et apres, arriva Madame la Delphine, laquelle fust deschendue de sa
litiere et mise en ladicte plache ; et ce fait, furent incontinent fiancés par le
protonotaire, neveu du Grant seneschal [de Normandie], qui demanda a mondict
sieur le Delphin a hautte voix, tellement que chacun le povoit oyr de alentour, s'il
voloit avoir Marguerite d'Autriche a mariage, lequel respondy que oy; et pareil-
lement fust demandé a Madame la Delphine, qui en respondit autant. Et ce fait, leur
touscha les mains ensemble et baisa mondict scigneur le Delphin par deux fois
Madame la Delphine. ; et estoicnt les rues d’Amboise tendues de cordes et de draps
dessus comme l'on fait a Amiens a la procession du Sacrement ». Le lendemain, le
curé qui avait baptisé le dauphin célébra le mariage dans la chapelle du château.
Les deux conjoints prêtèrent serment « comme l’on fait en mariage, c'est a savoir de
non changer pour pire ne meilleur, et si lui a mis Mondict seigneur le Delphin les
anneaux es doigts >». Madame de Segré, Anne de Beaujeu et la femme de l'Amiral de
France assistaient Marguerite en cette cérémonie ({).
Les premières années de France s'écoulèrent en jours heureux. Marguerite vécut
habituellement à Amboise, se déplaçant d’ailleurs volontiers. Elle était en janvier
1485 à Montrichard, bourg pittoresque des bords du Cher, quand les femmes du
pays vinrent au premier de l'an « chanter devant elle a aguillenleu (?) », ou encore
en Anjou, dans la splendide résidence du Verger, reconstruite par le maréchal de
Gié pour abriter les tapisseries du roi René (*), là où vint la rejoindre un vieux
serviteur du Téméraire, Yves de La Howarderie (!). Le train de maison de la fille de
Maximilien était celui d’une reine; elle avait d’ailleurs ce titre depuis la mort de
Louis XI (30 août 1483) et un sceau à ses armes (©): une vingtaine de dames et de
demoiselles d’honneur, six maîtres d'hôtel, un grand écuyer, un maître de la
Chambre aux deniers, un médecin, un chapelain, de nombreux subalternes formaient
une suite importante sous l'autorité de Jacques d’Epinay, seigneur de Segré et d'Ussé,
désigné dès 1483 pour remplir les fonctions de Grand maître d'hôtel de Marguerite (°).
Les détails de la comptabilité de la Chambre aux deniers permettent de s’imaginer
la jeune souveraine, dans sa cinquième année, revêtue de sa robe écarlate, avec une
(!) Lettre d'A. Clabault, mayeur d'Amiens, et de J. Lenormant, échevin de cette ville, du
23 juin 1483, publiée dans Pn. DE CoMMYNEs, édition DuponT, tome 1x1, page 349, d'après le
texte des Archives communales d'Amiens, coté BB 14, folio 98. Précédemment, H. DUSEvEL en
avait fait une édition partielle dans Afém. Soc. antiq. France, 1835, nouv. série, t. I, p. 276.
(3) La forme « aguillenleu » est une corruption de « au guy l’an neuf », premier jour de l'an.
Sur les déplacements de Marguerite à Montrichard, voir aux preuves, n° II le compte de
Louis Ruze, maître de la Chambre aux denie:s de Marguerite, 1484-1485.
(5) Sur le château du Verger (Maine-et-Loire, art de Baugé, c°° de Seiches), reconstruit en
1482 par Pierre de Rohan, maréchal de Gié, aujourd’hui détruit, voir la description contemporaine
faite en 1517 par DE BEATIS, Voyage du Cardinal d'Aragon (Paris, 1913), page 188. Cf.
DE MauLDE, Procédures de Louis XII (Paris, 1885), pages xxx et 648.
(+) Voir aux preuves, n° Lxx11, la lettre d'Yves de La Howarderie à Marguerite, écrite vers 1516.
(5) « A Berthelot Clabault, orfevre, pour avoir fait en ce present mois [avril 1485] le sceau et
contresceau aux armes de la dicte dame » [Marguerite] (Arch. nat. Paris, 3° compte de L. Ruze,
KK 80, fol. 136). On ne connaît point d'empreinte du sceau de Marguerite, reine de France.
(6) En 1484, le personnel de l'Hôtel de la « roine » atteignait déjà 87 personnes. Voir les
noms de ces personnages aux preuves, n° 1, dans le compte de L. Ruze, de 1484. Voir aussi
le ms. pr. 7853, fol. 285, à la Bibliothèque nationale de Paris.
LA REINE DE FRANCE 13
gorgerette de satin noir et un bonnet de velours de même couleur, la taille serrée
par une ceinture ornée de ses initiales, en train de jouer avec un nain (‘), près du
fameux perroquet de Marie de Bourgogne tant célébré dans les Épistres de l'Amant
vert (?). Une femme de tête veillait sur son éducation, Anne de Beaujeu,
celle qui s’affirma comme la digne fille de Louis XI pendant la minorité
orageuse de Charles VIII. Elle réalisait déjà, à vingt-trois ans, ce précepte qu'elle
fixera dans les Enseignements à sa fille: « Soiez toujours en port honorable, en
maniere froide et assurée, humble regard, basse parole, constante et ferme, toujours
en ung propos sans flechir » (?).
Encore que la dauphine fut bien jeune pour être soumise à une discipline aussi
rigide, les soucis du pouvoir forçaient la fille de Louis XI à se faire suppléer. Nous
avons découvert le nom de la remarquable éducatrice de Marguerite, et les témoi-
gnages de reconnaissance que devait recevoir plus tard cette personne de distinction
prouvent qu'elle avait su conquérir le cœur de l'enfant. Jeanne de « Courraudon »,
dame de Segré, éleva la fille de Marie de Bourgogne « en toute bonté et vertu » (!).
Elle était déjà aux côtés de Marguerite, lors de la cérémonie d'Hesdin, ayant pour la
quasi-orpheline, pendant toute la durée du séjour en France, un sourire maternel.
Son mari, Jacques d'Épinay, seigneur de Segré et d’Ussé, avait trente ans -au
moment de l’arrivée de la dauphine. Appartenant à une vieille famille bretonne, ce
personnage bien en cour était frère de l'archevêque de Bordeaux, un futur cardinal
dont le crédit devait élever à l’épiscopat trois de ses cadets. Monsieur et Madame de
Segré témoignèrent à la fille de Maximilien une affection qui parfois excita, dans
une cour ombrageuse, des soupçons que Marguerite s’efforça de dissiper (5),
gardant encore au cœur, vingt ans après avoir quitté les rives de la Loire, le souvenir
de son ancienne gouvernante (f).
La future régente des Pays-Bas a eu une enfance enjouée, et le roi Louis XII
(1) Voir aux preuves, n° II, le compte de 1484.
(2) LEMAIRE, Œuvres, édition STECHER, tome 11, page 3 sq.
(8) Citation extraite de : Les Enseignements d'Anne de France, duchesse de Bourbonnais et
d'Auvergne à sa fille Suzanne de Bourbon, édition Cnazaup (Moulins, 1878), page 129. Cet
ouvrage fut rédigé en 1504.
(4) O. de La MaRCuE, Mémoires, édit. BEAUNE, tome nr (Paris, 1885 ; Soc. hist. France), page 262.
(5) ComMyNes, Mémnires, édit. DUPONT, t. 11, p. 214, note 1. MaAuLDE, Procédures politiques
du règne de Louis XII (Paris, 185), p. 44 note 1, 110, 118. Madame de Segré habitait en 1504
le château de Moncontour et en 1514 environ, celui d'Ussé. La véritable forme de son nom de
famille n'a pas pu être déterminée avec certitude : Madame de Scgré est appelée tantôt Jeanne
de « Courraudon » tantôt de « Conseraudon ».
(6) [1514 ?]. 25 Janvier, Ussé: [Madame de Seg'é] à Marguerite:.... Je me tiens bien
heureuse d'avoir servy sy grant princesse comme vous, qui n'oblyé point ses tres humbles
servantes et de cognoistre que ma Maistresse a souvenance de moy... Depuys vostre partement
de ce royaulme, n’ay eu plaisir ne joye jusques a maintenant du grant honneur qu'il vous a
pleu me faire d'avoir receu lettres de vous.... de laquelle... vous remercye, et pareillement
de celle qu'il vous a pleu escrire de vostre main au roy d'Angleterre pour le cousin de
monsieur de Segré.... 11 vous plaira avoir souvenance dudict seigneur de Clermont, cousin de
monsieur de Segré, qui est l'ung de noz meilleurs amyÿs et parens, car desja lui avez bien
monstré que tousjours nous tenez de voz tres humbles serviteurs, qui est le plus grant honneur
que puissions avoir... Requerant a Nostre Seigneur qu'il luy plaise me faire tant de grace de
me povoir trouver encores en vostre presance d'avant que mourir... » (Orig. incomplet de la
signature, Arch. Nord, B 18918 n° 35439).
I s'agit probablement d'un membre de la famille Clermont d'Annay.
14 MARGUERITE D'AUTRICHE
aimait à lui rappeler les taquineries d'antan (‘). Elle fut élevée dans le culte des
belles œuvres. Jean Perréal, l’un de ses maîtres, attaché à son hôtel, lui donna les
premiers principes de cette formation artistique qui devait s'épanouir un jour dans
la floraison de Brou. C'est ainsi que « Mademoiselle de Flandre s'exerça
louablement en dessin et peinture, musique vocale et instrumentaire » (?), « bien et
honorablement traitée » (*), vivant sous un ciel plus clément que celui qui l’avait vu
naître, respirant le bonheur au milieu des hommages d’une cour raffinée. La
Touraine, avec ses horizons calmes et mesurés, sera aussi une initiatrice et
Marguerite conservera toute la vie, de son enfance passée dans le « Jardin de la
France », une grâce harmonieuse.
Un événement imprévu allait transformer le destin de celle qui devait, après
tant de vicissitudes, adopter la célèbre devise : Forlune inforlune fort une.
Louis XI, par tous les moyens — ruse, violence, politique matrimoniale —
avait réalisé l’unité de son royaume en annexant le Roussillon et la Cerdagne,
l'Artois et la Franche-Comté. Il détenait aussi le duché de Bourgogne ; toutefois, la
Bretagne lui échappait. Sa fille, Anne de Beaujeu, allait couronner son œuvre.
Le dernier duc breton, François II, n'avait pas d'enfant mâle. Son trône, devenu
vacant en 1488, était occupé par sa fille aînée, âgée de onze ans, Anne de Bretagne,
en vertu du droit de successibilité propre à cette province. Sans doute, la riche
héritière connaissait l'obligation du traité de Sablé, lui défendant tout mariage sans
le consentement du roi, son suzerain ; mais, dans un souffle d’indépendance qui
animait aussi de vieux conseillers, Anne allait faire cause commune avec
l'Angleterre, l’Aragon et l'Autriche pour empêcher la réalisation d’une plus grande
France (*). Henri VII craignait la perte de son influence sur les côtes armoricaines,
Ferdinand le Catholique regrettait la Cerdagne et le Roussillon et Maximilien
n’avait oublié ni les imtrigues françaises, fomentant la révolte de Bruges qui fit du
futur César la risée de l’Europe, ni l'odieux traité d'Arras. Aussi voit-on, pendant
plusieurs années, les trois monarques se coaliser pour enlever, par un mariage, la
Bretagne à la couronne des Valois.
Dès 1487, il est question d’une union entre Anne de Bretagne et Maximilien (°).
La négociation devient particulièrement active en mars 1490, sous la direction de
Wolfgang de Polhaim, maréchal de la cour de l’archiduc. Les Etats de Bretagne
- se montrèrent favorables au projet et le mariage par procuration fut effectué le
(1) 15114, 14 janvier, n. st., Burgo, ambassadeur en France à Marguerite. Récit d'un entretien
, de Louis XIT, désirant revoir l'archiduchesse : « La, il vous reprocheroit et ramenteroit en avant
tous les maquerellages que luy avez fait au temps passé et plusieurs autres choses..., mais ce
fait, serez sa mignonne ». [J. GoperroY], Lettres du roy Louis XII (Bruxelles, 1712), t.1, p. 92.
(2) CHaravay, Revue documents historiques, t. 11, p. 109 et LEMAIRE, Couronne
margaritique, citée par CHAGNy dans Bull. Soc. sc. nat. Ain, 1910, p. 42.
(3) O. de La MarcuE, Mémoires, éd. BEAUNE, t. ut (1885), p. 263. L'inventaire des joyaux et
tapisseries rapportés par Marguerite, daté du 14 juin 1493, est publié par ZIMERMAN dans
Jahrbuch Kunst. Sammlungen des all. Kaïserhauses, t. 1 (Vienne, 1883), p. xxvui.
(8) P. PéuicrEeR, Essai sur le gouvernement de la dame de Beaujeu (Chartres, 1882, thèse),
p. 153; J. CALMETTE, La politique espagnole dans la crise de l'indépendance bretonne, 1488-
1492, dans Revue historique, tome cxvir, année 1914, p. 168 sq.
(5) PÉLIGIER, o. c. p. 139. Voir aussi la procuration donnée le 20 mars 1489 à Innsbruck par
Maximilien pour traiter de son mariage (Paris, Bibliothèque de l'Institut, Collection Godefroy,
ms. 302, fol. 44).
LA REINE DE FRANCE 15
19 décembre de la même année (‘). Dès lors, pendant près de douze mois, les actes
publics bretons seront rédigés au nom de « Maximilien et Anne, roi et reine des
Romains, duc et duchesse de Bretagne » (?); l’encerclement de la France par la
maison d'Autriche devenait de plus en plus redoutable.
Heureusement, Louis XI avait fait école. Sa fille Anne de Beaujeu, expérimentée
et puissante, et quelques serviteurs éprouvés du défunt roi, s’identüfiant avec
l'intérêt du royaume, guidèrent le nouveau souverain sur la voie du salut.
Déjà, en 1487, on opposait au prétendant autrichien Charles VIII lui-même.
Sans douto, ce prince était déjà lié, et très solennellement, à Marguerite d'Autriche.
Toutefois, l’union n’avait pas été consommée en raison de l'âge de l’archiduchesse.
Celle-ci apprendra bientôt que tout le grand fracas de l'expédition bretonne était la
perte assurée de sa couronne (*). Charles VIII, évincé par la coalition, devancé par
les procureurs de Maximilien lors du mariage du 19 décembre 1490, allait défendre
la cause de l'unité française par la force des armes.
Le moment de l'expédition était propice; ni Henri VII, ni Ferdinand le
Catholique ne pouvaient intervenir militairement. Maximilien, de son côté, enserré
dans d’inévitables difficultés, ne parvenait pas à se dégager et laissait Anne
de Bretagne, qui portait le titre de reine des Romains, sans autres défenseurs que
quelques mercenaires étrangers mal payés et mécontents. Nantes avait déjà capitulé
et Charles VIII avançait avec 40.000 hommes et les 3.000 chevaux de son
formidable train d'artillerie. L’héritière fut mise en demeure, par le traité do
Rennes (15 novembre 1491), de choisir entre son duché et Maximilien (*); sans
() Wolfgang de Polhaim était accompagné de Jacques de Gondebaud et de Loupian.
Philibert de Veyre, s' de La Mouche, reçut d'Anne de Bretagne une somme de 15.000 1. et une
pension de 410.000 1. pour les services rendus en négociant le mariage avec Maximilien
(PÈLIGIER, /. c., p. 174, note 3). Le contrat de mariage fut approuvé par les États de Bretagne
le 16 déc. 1490 et le mariage par procuration fut célébré le 19 décembre s1ivant (Arch. d'Ille et
Vilaine, 5 G 38 fol. 369 ; cf. P. de La BiQuE-ViILLENEUVE, Une date historique retrouvée, dans
Mém. Soc. archéol. Ille et Vilaine, année 1862, p. 220). Le cérémonial du mariage eut lieu avec
un rite rappelant celui de Marguerite d'Autriche avec le duc de Savoie. « La nouvelle épouse se
mit au lit et le principal ambassadeur de Maximilien, tenant en main la procuration de son
maître, mit une jambe nue dans la couche nuptiale ». (Art de vérifier les dates, t. xiu1 (1818), p.
243, d'après LEGENDRE, Hist. du cardinal d'Amboise, Amsterdam, 1726). Sur Wolfgang de
Polhaim, envoyé en mission à Rennes, voir Arch. Nord. B 2139, n° 69737).
(2) Dupuy, Réunion de la Bretagne à la France (1879, thèse), p. 142. On peut encore
consulter, sur le mariage d'Anne de Bretagne avec Maximilien: Dumont, Corps diplomatique,
t. nr, part. 2 (1726), p. 219 ; Moricz, Preuves pour servir à l'histoire de Bretagne, t. m, p. 661 ;
GoperroY, Hist. de Charles VIII, pièces, p.604 ; MouineT, éd. BuCHoN, t. xzvi, p. 142 ; ULMANN,
Kaiser Maximilian (1884), t. 1, p. 84 ; LEMOYNE de LA BORDERIE et POCQUET, Hist. de Bretagne,
t. 1V (1906), p. 574.
(3) « Le lundy, premier jour de septembre [1488], fut rapporté... que le Roy leur avoit faict
voir la Royne, laquelle avoit Li poulces de hauteur du sommet de sa teste jusques en terre, et
que, allant en Bretaigne, il avoit esté voir la Royne, laquelle l’avoit moult honorablement
salué, et apres l’avoit embrassé et baisé, en plorant ly avoit dit qu'on lui avoit dit qu'il s'en
aloit en Bretaigne espouser une aultre femme ; a quoy le Roy 1y respondit que son perre luy
avoit baillé pour femme, et qu'elle fut seure que tant qu'elle vyve, il n’en aura poinct d’aultre ;
et sur ce, elle luy requist qu'il la menast doncques avec luy, dont il fut content, et depuis, par
l'advis de son Conseil, quant il l’eust mené aux Montils-les-Tours, la y laissa, sans la mener
plus avant ». Journal de Foulquart, procureur syndic de Reims, Bibl. nat. de Paris, fr. 8334,
fol. 358, cité par PÉLICIER, o. c., p. 163, note 3.
(#) PÉLICIER, 0. c., p. 181.
16 MARGUERITE D'AUTRICHE
grande hésitation, pour rester bretonne, elle devint reine de France (6 décembre
1491) (*); c'était la rupture du premier mariage de Marguerite d'Autriche.
La petite reine, qui était alors une enfant de onze ans, se plaignit de sa
mésaventure à sa confidente, madame de Segré, « lui disant qu’elle estoit marrie et
deplaisante de s'en retorner en Flandres et avoit regret au roy Charles... À quoy
icelle dame de Segré lui avoit repondu : Madame, vous ne devez ennuyer ; vous esles
fille d'un grant roy el seur d'un grant prince ; vous ne pouvez faillir d’estre une grant
princesse ; puisque vous n'avez peu avoir le Roy, vous en aurez ung aultre» (?).
Margucrite conserva néanmoins dans le cœur quelque amertume, trahissant parfois
son dépit par des boutades spirituelles. L'un de ses serviteurs, le flamand Yves de
La Howarderie, se plaisait à lui rappeler le piquant jeu de mots qu'elle fit un jour et
qu'il entendit, sur la rupture du serment royal dans une année où les sarments de
vigne n'avaient donné que du mauvais vin. Les gens de Melun venaient d'offrir à la
fille de Maximilien, alors sur le chemin du retour, « des vins qui etoient verts et vous
dites que ainsi etoit pour tant que les serments etoient faillis, laquelle reponse fut
bien notée de ceux dudit Melun » (*). Il faut encore voir un écho de cette déception
dans une jolie page d’un historien du X VF" siècle, nous laissant entendre, avec une sorte
de calembour sur le prénom d'Anne de Bretagne, que Marguerite avait, en quelque
façon, pressenti sa disgrâce. « Or, entendez le songe notable que fit Marguerite de
Flandres, qui lors demeuroit au chasteau d'Amboise. Ceste jeuno princesse se
promenant un matin au jardin, suivie de plusieurs gentilshommes et damoiselles qui
la trouvaient plus mélancolique que d'ordinaire, quelqu'un des siens prit la hardiesse
de luy demander dont pouvoit proceder ceste melancolie ; a quoi elle respondit avoir
passé la nuict en grande inquietude d'esprit, d'autant qu'en dormant, il luy estoit
advis qu’elle estoit dedans un grand parc, au milieu duquel y avoit une marguerile
dont on lui avoit baïllé la garde; et comme elle estoit attentive a la garder, estoit
arrivé un asne qui luy avoit donné mille traverses pour enlever ceste fleur, auquel
elle avoit resisté de tout son possible. Toutesfois, il l'auroit enfin mangée, chose qui
l’auroit tant esperdue que, s’esveillant en sursaut, elle se seroit trouvée si travaillée
qu'encores luy pesoit ce songe sur le cœur » (#).
Il ne paraîtra pas surprenant si, du côté bourguignon, il y a eu toute une
littérature sur l'aventure de France. L'une des œuvres les moins connues, émanant
de ce groupe, occupe un feuillet rarissime dont un exemplaire en caractères
gothiques, à deux colonnes, est conservé à la Bibliothèque de Bourgogne à Bruxelles.
Une vignette initiale représente Marguerite, près d’uno porte surmontée de son
(ft) Voir dans PÉRCIER, Lettres de Charles VIII, tome im (Paris, 1902), page 415, le mémoire
justificatif que Charles VIIT adressa aux villes de France le jour de son mariage avec Anne de
Bretagne, et faisant état des propos tenus par Maximilien, ayant affirmé qu'il n'avait pas
consenti au mariage de Marguerite avec le dauphin, et que le roi de France retenait cette
princesse « maugré soi et à force ». Voir dans Dumont, Corps diplomatique, tome nt, partie 2,
page 106, la clause du traité d'Arras prévoyant le renvoi de Marguerite, en cas de rupture de
son union avec Charles VIII.
(2) Déposition de Jacques d'Épinay, seigneur de Segré, du 22 novembre 1504, dans
de Maure, Procédures politiques du règne de Louis XII (Paris, 1885), page 113.
(3) Les termes de cette citation, pour être intelligibles, ont été rajeunis. On trouvera le texte
exact de cette lettre de Yves de La Howarderie, écrite vers 1516, aux preuves, n° Lxxv. Lemaire
de Belges a aussi rapporté cette anecdote.
(t) Er. PasQuiER, Recherches de la France dans Œuvres, édition d'Amsterdam, 1723, t. 1, livre VI.
LA REINE DE FRANCE 17
blason, agenouillée aux pieds de l’empereur Frédéric, son grand-père, de Maximilien
et de Philippe le Beau. La pièce, intitulée : La complainte de dame Marguerite
d'Austrice, fille de Maxrimilian, roy des Romains, déroule ses dix-sept strophes avec
une platitude désespérante :
Moy Marguerite, de toutes fleurs le chois,
Ay esté myse ou grand vergier franchois
Pour demourer, croistre et hanter, ainchois
Que feusse grande empres la fleur de lis.
La ay receu tous biens et tous esbanois,
La ay veu joustes, dansses et tournois,
Et maintenant je vois et sy cognois
Que ces grandz biens me sont prins et fallis.
Pas n’en doivent les miens estre jolis (4).
Un clerc facétieux, concis mais salé dans ses propos, sur un feuillet du Malheur
de France, autre composition de la fin du XV®* siècle, ressassant les incidents du
fameux mariage, a dégagé en un distique rabelaisien la conclusion de l'aventure :
Vive Bourgogne et Charollais
Et bran de chien pour les François (?).
(1) Cette complainte est ornée d'une vignette sur bois (130 »/à larg. X 96 haut). Dans une
salle carrelée, éclairée par une porte à degrés, surmontée des écus d'Autriche et de Bourgogne,
Marguerite, placée à gauche, devant cette porte, les cheveux tombant sur le dos, coiffée d'un
chaperon tombant, est agenouillée au pied de l'Empereur, debout, couronne impériale en tête,
avec longs cheveux et barbe en pointe, richement vêtu d'une robe à ramage avec col d'hermine.
A droite de l'Empereur un personnage à la couronne ducale. Groupe de 1% gentilshommes
portant les cheveux longs, coiffés d'un chapeau plat. Le duc [Philippe le Beau] et deux autres
personnages portent la Toison d'Or.
Cette complainte a été publiée par ALTMEYER, Marguerite d'Autriche, dans le tome xv de Ia
Revue belge (Liége, 1240), pages 339 à 343, puis par WiLLEMS, Gedichten of Margaretha
van Oostenryk en Philips den Schoonen, 1493-1497, dans Belgisch Museum voor den
Nederduitsche Tael-en-Letterhunde, tome 1x (janvier 1845), pages 141 à 158, avec reproduction
de la vignette d’après le seul exemplaire connu conservé à la Bibliothèque de Bruxelles,
ms. 10926. Bien que ces éditions ne renferment que peu de fautes, il a paru utile, à cause
de l'intérêt bibliographique de ce texte, d'en donner une reproduction plus typographique. Voir
preuves n° Iv.
(2) Le poème du Malheur de France et le distique sont publiés dans La Dance aux aveugles
et autres poésies du XV° siècle extruites de la Bibliothèque des ducs de Bourgogne. Lille,
A.-J. Panckoucke, 1748, pages 208 sq. On sait que depuis Philippe le Bon jusqu'à Philippe le Beau
inclus, le fils aîné du duc de Bourgogne portait le titre de comte de Charolais. On a attribué
à Marguerite elle-même l'origine de cette boutade. MICHELET, dans son Histoire de France au
seisième siècle, Renaissance, 3° édition, Paris, 1861, page 426, a propagé le propos dans
son portrait de l’archiduchesse : « Sa passion était aux affaires, à la grandeur de son neveu,
à l'abaissement de la France, à qui elle ne pardonnait pas, qu'elle regrettait et haïssait.
Cette haine cachée sous les sourires, on la voit bien dans ses dépêches. Elle éclate aigrement
aux marges d'un de ses beaux manuscrits. La brutalité basse du mouvement et celle de la
passion solitaire, plus violente dans ces grands acteurs, aux rares moments où ils sont sans
témoins : B.... pour les Français ! ». Michelet ne cite pas sa source. Il connaissait le travail
d'ALTMEYER Sur Marguerite d'Autriche (extrait de la Revue Belge, tome xv, Liége, 1840,
page 91), affirmant que le fameux distique avait été écrit sur la première page d'un manuscrit
« par une main royale » et donnant comme référence un article du baron de Reïffenberg.
Ce dernier dit en effet (Introduction de l'Histoire des troubles des Pays-Bas, par VANDER VYNCKT,
2° édition, tome 1, Bruxelles 1836, page xxxr1) à propos de la rupture du mariage de
t
18 MARGUERITE D'AUTRICHE
On pourrait croire qu'après sa disgrâce, l’archiduchesse allait être enfin libérée.
Mais elle était le gage de deux bons comtés, bonnes choses à garder, au gré
du vieux conseiller de Louis XI, le seigneur de Graville : «Si le roy mon maistre,
disait-il, vouloit croire mon conseil, il ne.... rendrait jamais fille ne fillette,
ville ne villette » (‘)}. Maximilien dut envoyer sans résultat mission sur
mission pour obtenir le retour de sa fille (*), qui attendait les événements non plus
sur les bords do la Loire mais à Meaux et à Melun (*), en compagnie de madame de
Segré et d’un train de maison toujours royal. La France trouvait d’étonnantes
combinaisons matrimoniales pour essayer de conserver les comtés de son ancienne
reine (*). Marguerite allait devoir sa liberté à des circonstances purement politiques.
Charles VIII, ayant réalisé l’unité du royaume, fixa désormais ses yeux sur
l'Italie. Pressé de faire valoir les droits que la Maison d'Anjou avait transmis aux
Valois sur Naples, il ne pouvait prendre son élan sans avoir assuré la paix à la
frontière. Du côté des Pays-Bas, le traité de Senlis (23 mai 1493) restituait à
Maximilien l’Artois et le comté de Bourgogne et lui renvoyait enfin sa fille ().
Marguerite, accompagnée d’une suite considérable de gens attachés à son service,
escortée par un évêque, un prince de sang, des gentilshommes portant les plus grands
noms de France, fut remise dans un petit village du Cambrésis, à Vendhuile, le
Charles VIII et de Marguerite, que « cet outrage semble avoir été vivement senti alors par
Philippe le Beau et sa sœur, aussi voit-on sur la première page [d'un petit in-4° velin de
20 feuillets, orné de deux vignettes et contenant un recueil de vers] ces deux lignes écrites
par une royale main:
Vivent Bourgogne et Charolois
Et b....n de chien pour les François ».
Ce manuscrit, s'il existe à la Bibliothèque de Bruxelles, n’a pas encore pu être identifié.
Tant que l'on n'aura point retrouvé ce recueil, on ne pourra faire la preuve que ce distique
soit réellement d'une main royale, celle de Marguerite ou celle de son frère Philippe le Beau.
(4) « Entre bons Bourguignons, vous ne cessés jamais de nous estaler et menasser une fois
des Anglois, aultre fois des Suisses et aultres nations. Si le roy mon maistre vouloit croire mon
conseil, il ne vous rendroit jamais fille ne fillette, ville ne villette ». Propos attribués au sire
de Graville par la Chronique manuscrite de Flandre citée dans PéLiciER, Essai... sur la dame de
Beaujeu, page 185, note £.
(2) Mission confiée le 7 avril 1492 n. st. au comte de Nassau, à l'abbé de St-Bertin et autres
personnages pour négocier le retour de Marguerite (Arch. Nord, B 2145, n° 70052). Autre
mission confiée à Pierre Anchemant envoyé auprès du s' d'Esquerdes (Arch. Nord, B 2151,
fol. 85 v.). Avant le retour de Marguerite, Maximilien entamait déjà des négociations matrimoniales,
proposant sa fille à Frédéric, margrave de Brandebourg, par lettre du 28 mars 1492, RocuLen,
Arch. fur oesterr. Geschichte, t. vi, p. 131, cité par ULMANN, Kaiser Maximilian (Stuttgart,
1884-1891, 2 vol. in-8°), t. 1, p. 139, n. 1. Voir aussi le discours adressé [en 1492] par maître
Thiébaut à Charles VIII au nom de l’archiduc Philippe le Beau pour réclamer le renvoi de
Marguerite et la restitution de sa dot (Bibl. de Bruxelles, n° 6181 du catalogue VAN DEN GHEYN
(ancien 7376-7371); cf. sur cette ambassade MoLiNET, édition Bucnon, t. xzvr, p. 199).
(3) Voir les lettres de Yves de La Howarderie, aux preuves, n° Lxxv ainsi que la déposition
du s' de Segré dans les Procédures polit. de Louis XII, publiées par de MauLpE (Paris 1885), p. 113.
(&) Le? avril 1492, Nicolas Michelozzi, ambassadeur florentin près du royaume de Naples, parle
d'un projet formé par Maximilien et Charles VIII, voulant donner en mariage à don Juan, infant
de Castille, Marguerite dont la dot serait constituée par la Cerdagne et le Roussillon, la France
s’en dessaisissant à condition de garder l'Artois et le comté de Bourgogne, dot primitive de
l’ancienne dauphine. DESsJARDiNS, Négociations diplomatiques de la France avec la Toscane,
t. 1 (Paris, 1859), p. 433.
(5) Texte publié dans Dumonr, Corps diplomatique, t. im, 2° partie, p. 303 (La Haye, 1726).
-LA REINE DE FRANCE 19
12 juin 1493, entre les mains des représentants de l'archiduc, l’évêque d'Eichstätt,
le marquis de Bade, le comte de Nassau, le s' de Walhain, le grand bailli de
Hainaut (‘). De larges cadeaux, distribués de la main même de Marguerite,
témoignaient la joie du retour. Madame de Segré, son mari et « mademoiselle de
Tarente », furent particulièrement favorisés (?). Mais, en arrivant à Valenciennes,
au milieu d’une foule qui l’accueillait joyeuse au cri trop français de Noël, Noël, la
petite fille du Téméraire eut un mot qui trahit son ressentiment de l'aventure de
France : Ne criez pas Noël, mais bien Vive Bourgogne (?). Un chanoine de
cette ville, le bon Molinet, devait, dans des vers désuets, s’efforcer de la
réconforter :
Pour paix, on vous avoit plantée
Au fleurissant, souef verger de France,
Comme des fleurs royne plus exaltée.
Se pour aultre en estes dejectée,
Portez le doux, sans amere souffrance,
Qui souffre, il vainct. Vivez en esperance,
À vous ne loist, pour estre supplantée,
Plourer comme femme desconfortée (!).
(1) Le procès-verbal de la remise de Marguerite, daté de Vendhuile (Aisne), 12 juin 1493,
conservé à la Bibliothèque de l'Institut, Collection Godefroy, vol. 482, fol. 109, a été publié
dans DüuMONT, o. c., t. ni, 2° partie, p. 310. Le mayeur de Valenciennes, Robert Lanthier,
était allé au devant de Marguerite, avec une escorte à cheval de gens de guerre, jusqu’à St-Quentin
et devait ramener l'archiduchesse jusqu'à Malines. Mandement du 27 septembre 1493 (Arch. Nord,
B 2147, n° 70109). Marguerite passa par Amiens à son retour. Le 4 avril 1493, Charles VIII
écrivit aux habitants de bien recevoir sa « cousine Marguerite d'Autriche » et de la loger
« au plus beau lieu que adviserez plus propice d'elle ». PÉLICIER, Lettres de Charles VIII, t. 1
(1902), p. 295.
(2) La liste des présents distribués par Marguerite, le 15 juin 1493, en la ville de Valenciennes
aux personnes de sa suite a été publiée par Le GLAY dans Analectes historiques (Paris, 1838),
p- 165, d'après des documents des Archives du Nord cotés aujourd’hui B 2147, n°s 70112 et 70098.
La douairière de Bourgogne, Marguerite d’York, était à Valenciennes pour fêter le retour
de celle qu'elle avait tenue sur les fonts baptismaux et assista à la petite fête. Les cadeaux
et les dons en argent atteignirent le total de 9056 livres 2 sous, intéressant une suite de
120 personnes, tant « maistres d'ostel, gentilshommes panetiers, eschançons, varlets trenchans,
escuiers d'escuirie, sommeliers de paneterie, cleres d'office, varlets de chambre, huissiers,
fourriers, varletz de piet, escuyers chartiers, etc... que dames et demoiselles d'honneur et
femmes de chambre ». Plusieurs cadeaux sont d'une rare munificence : « A Monsieur et Madame
de Segret, deux grans bassins pesant xxi1 marcs, demie douzaine de tasses dorées, a tout le
couvercle, pesans xxI1 marcs art, deux pots doréz pesans xIx marcs et uu dragoir pesans xv marcs,
font LxxvI marcs 1CCC°, qui valent au pris de xv1 florins d'or le marc: xn° xxunt flor. d'or ; et deux
verges a chacune une grosse pointe de dyamant, qui pareillement leur ont esté donnéz, vi° florins
d'or. A Mademoiselle de Tarente, un brasselet, a tout une grosse pointe de dyamant, var florins
d'or ». Cette demoiselle de Tarente paraît être Charlotte d'Aragon, fille de Frédéric d'Aragon et
d'Anne de Savoie, qui deviendra comtesse de Laval par son mariage avec Gui XVI le 27 janvier
1501 n. st. Elle mourut le 6 octobre 1505. Art de vérifier les dates, t. xt (1818), p. 131.
(8) La réception enthousiaste de Marguerite à Valenciennes a été abondamment racontée par
MoiNeT, Chroniques, éd. Bucaon, Coll. de chroniques, t. xLvi, p. 387. Voir aussi O. de LA
MarcHE, Mém., édit. BEAUNE et D'ARBAUMONT, t. m1, p. 259. Une poésie de circonstance a été
publiée par RossiGNoL dans Méin. Ac. Dijrn, 2° série, t. 1x, p. 120. Sur la signification française
du cri a Noël», voir PAsQUIER. Recherches dans ses Œuvres, édit. d'Amsterdam, 1723, t. 1, col. 397.
(*) MouNeT, Le retour de Madame Marguerite, cité dans Baux, Hist. église Brou, 2° édition
(1854), p. 79. Cf. MoiNeT, Faicts et dicts (Paris, 1531), fol. 75.
20 MARGUERITE D'AUTRICHE
Molinet, dans ses petits couplets de littérature officielle, s'efforçait de gagner
honnêtement son gage d'« indiciaire » bourguignon. Mais, à vrai dire, l’archiduchesse,
au milieu des anciens serviteurs de la Maison, n’a pas dû tellement larmoyer comme
femme déconfortée. Sa marraine, Marguerite d’York, l’accompagnait depuis Cambrai.
A Valenciennes, la ville qui a si longtemps conservé la tradition des fêtes fastueuses,
la Joyeuse Entrée eut lieu au début de la nuit, suivant un usage assez fréquent alors,
car e triumphes qu’on fait aux princes se monstrent plus sumptueux de nuyt que de
jour » (‘). Et quand arriva l’ancienne reine de France, les bourgeois en blanches
robcs allèrent à cheval à sa rencontre (14 juin 1493) et les gens des Métiers jouérent
dès pièces de circonstance. Au « Coin des Toiliers », le populaire se pressait pour
entendre les lamentations d'Habacucq sur les misères des Justes et ses prophéties
sur l'invasion du pays des Méchants : tout le monde comprenait fort bien l’allusion et
songeait, au delà des Chaldéens bibliques, à l’infortune de la Fille de Maximilien (?).
(1) LEMAIRE, Chronique annale, éd. STECHER, t. IV, p. 496.
(3) « Vint icelle en Cambray... entre les vi heures du soir, ou avoit esté receu de la
ducesse de Bourgoigne, et... au lendemain en Vallenciennes, ... environ les x heures du soir,
les bourgeois en robbes blanches a cheval au devant, rues tendues depuis la Porte Cambrisienne
jusques la Salle, le marchiet comme une rue plain de verdure. Mestiers firent histoires, une
Porte lez le Beffroi, et une au Coin des Toilliers ; icelles histoires estoient le Sacre de
l'Empereur, l'Histoire de sainte Margueritte, Pegasus volant, Daniel, Abacus, les X Vierges, puis
ung jeu à la Salle que le pais retournoit a convalescence. Et presta la ville IIM livres pour
soustenir les fraix du retour... » (Jean CocquEAu, 2° vol. des Mérn. de la ville de Vallenciennes,
p. 405, cité par L. DEviLLERs, dans Bull. Com. roy. hist. Belg., 4° série, t. xvi, 1889, page 481).
CHAPITRE Il
La Princesse de Castille
Marguerite rentrait dans les Pays-Bas au moment où Maximilien, plus libre de
ses mouvements depuis la mort de son père, l'empereur Frédéric III (19 août 1493),
pouvait développer ses ambitions dynastiques. L'équipée de Charles VIII sur
Naples (1494) avait suscité, chez le Roi des Romains et chez le souverain d'Aragon,
de communes appréhensions pour leurs rêves italiens. Aussi la main de Maximilien
se retrouve-t-elle dans la politique matrimoniale qui allait de nouveau peser sur le
destinées de sa fille. |
Une première négociation avait mis au nombre des prétendants le duc
de Calabre (‘). Un second projet, qui fut réalisé le 5 novembre 1495, devait unir
Marguerite d'Autriche avec don Juan, prince de Castille, et Philippe le Beau avec
l’infante Jeanne ; esquissé dès le mois de janvier 1495, alors que les Français
chevauchaient encore en Italie, ce double mariage était la conséquence de la Ligue
de Venise (?).
L'union des Maisons de Bourgogne et de Castille constituait un acte si nettement
anti-français qu'un conseiller de Charles VIII songea à quelque opération
maritime pour empêcher les conjoints de se réunir. Toutefois, Jeanne d'Aragon
put, sans autre difficulté, se rendre par mer dans les Pays-Bas et épouser l'archiduc
à Anvers, le 21 octobre 1496. La flotte qui avait si heureusement transporté l’infante
devait, au retour, emmener Marguerite vers la terre d'Espagne.
(:) Dépêche de François della Casa, datée de Lyon, ‘7 mai 1494. DesJarpins, Négociations
diplomatiques de la France avec la Toscane (Paris, 1859, coll. Doc. inédits hist. France), t. 1,
page 295. Le duc de Calabre appartenait à la branche aragonaise des rois de Naples.
(*) 1495, 20 janvier n. st. : Contrat de mariage entre Marguerite d'Autriche et don Juan
(Arch. Nord, B 432, n° 17826). Mariage par procuration à Malines et fêtes à cette
occasion le 5 nov. 1495 (Jb:id., B 2165, fol. 241 et B 2151, fol. 276). Voir aussi la lettre de
François de Rojas, ambassadeur des Rois Catholiques, sur la dot de Marguerite, avec une
quittance de cette dernière, 18 nov. 1495 (Original scellé, Paris, Bibl. nationale, Mélanges
Colbert 402, pièce 752) et la ratification du mariage par Jean, prince des Asturies, 1496,
3 janvier (Orig. scellé, Ibid., Mélanges Colbert, pièces 753). Cf. Bibl. Besançon, ms. 1151, fol. 97
et Chifflet ms. 76, fol. 3. Voir à la Bibliothèque de l'Institut, Godefroy 302, fol. 46, la
renonciation faite par Marguerite le 22 mars 1495 n. st. à la succession de Marie de Bourgogne.
Voir aussi « Matrimonialle Alianche entre messeigneurs les tresillustres enfans d'Austrice et les
tresresplendissans enfans d'Espaigne.... 1496 » dans Les faicts et dicts de J. MouinerT
(Paris, 1531). fol. 121 et des poésies flamandes publiées par WiLLEMs dans Belgisch Museum,
t. 1x (1845), p. 141 sq.
22 MARGUERITE D'AUTRICHE
On ne sait pour ainsi dire rien sur le séjour de l’archiduchesse dans les
Pays-Bas ({) entre son retour de France et son départ pour l'Espagne (juin 1493-
janvier 1497). Marguerite était à Anvers le 18 août 1494, lors de la réception
fastueuse de sa belle-mère, Blanche-Marie Sforza, la nouvelle épouse de
Maximilien (?), puis à Namur en juillet 1495, au moment de la Joyeuse Entrée de
Philippe le Beau (°), jusqu'au mois de novembre 1495 (*). À cette époque, sa principale
dame d’honneur, Jeanne, dame de Comines et d’Halluin ($), et son maître d'hôtel,
l’écuyer Jacques Carondelet (f), appartenaient à de vieilles familles des Pays-Bas.
Une suite importante fut désignée pour accompagner Marguerite en Espagne.
Philippe, fils du marquis de Bade (7), Jean de Bourbon, seigneur de Rochefort,
l’auteur de la précieuse relation du voyage (*), Diego de Guevara, diplomate tout
désigné par sa connaissance de l’espagnol (*), Barangier, le fidèle secrétaire qui,
pendant plus de vingt ans, suivra l’archiduchesse dans ses pérégrinations en Castille,
en Savoie et dans les Pays-Bas (1°), Guillaume (!) et Gilles Le Veau de Bousanton (°?),
qui déjà treize années auparavant avaient partagé l'aventure de France, l’écuyer
Pierre Carenson (‘), d'autres encore, escortés par un tambourin et des joueurs de
(1) La comptabilité de Jacques Wetart, qui était, au moins depuis avril 1496, maître de Ja
Chambre aux deniers de Marguerite, et celle d'Aubert Thibault, qui s'occupa aussi de l'Hôtel de
l'archiduchesse, n'ont pas été conservées, pas plus que les comptes des divers voyages en
France, en Espagne et en Savoie. Un récolement du xvu* siècle (Arch. Nord, B 149, fol. 26 v.
et 32 v.) prouve qu'à cette époque, on conservait encore, dans le fonds de la Chambre des
comptes de Lille : 1° le compte, par Jacques Wetart, de la dépense ordinaire de l'Hôtel de
Marguerite d'Autriche, pour une période de 8 mois et 26 jours, terminée le 26 janvier 1497 n. st. ;
2° quatre comptes d'Aubert Thibault de la dépense ordinaire de la princesse de Castille du
27 nov. 1496 au 12 avril 1499 après Pâques ; 3° un compte de Jean de Souvans du voyage de
retour de Marguerite, princesse de Castille, depuis l'Espagne jusque dans les pays « de par
deça », pour une période de 3 mois et 7 jours, finie le 5 mars 1500 n.st. Ces documents ont
vraisemblablement été détruits lors du bombardement de Lille en 1792. Quelques pièces
comptables des Archives (B 2153, n° 70666 ; B 2160, n° 71130 ; B 2166 n° 71.650, par exemple),
ne sont que des épaves de la comptabilité disparue de la princesse de Castille.
(2) Mouiner, Chronique, éd. BUCHoON, t. xLvu, p. 8.
(5) LEMAIRE, Chronique, dans Œuvres, éd. STECHER, t. 1V, p. 470.
(#) Notamment le 4 nov. 1495 à Namur, LEMARE, #btd., t. iv, p. 410 ; cf. Arch. Nord, B 2181,
fol. 153.
(5) Jeanne de Comines, dame d'Halluin, réclame à diverses reprises le remboursement des
avances faites pour le service de Marguerite, du 22 Juillet au 23 décembre 1495, à une époque
où elle était sa dame d'honneur (Arch. Nord, B 2178, n° 72311 et B 2175, n° 72490). Voir
surtout un rôle des menues dépenses faites par Marguerite d'Autriche à son retour de France
(Arch. Nord, n° 20152). Voir Preuves, n° v.
(6) Quittances de Jacques Carondelet, écuyer, maître d'hôtel de Marguerite, du 27 janvier 1495
n. st. (Arch. Nord, B 2150, n° 50504) et du 24 mars 1496 n. st. (1brd., B 2158, n° 71.068).
(7) Quittance du 23 nov. 1496 (Arch. Nord, B 2157, n° 70914).
(8) Quittance de 400 1. sur la Recette générale des finances par Jean de Bourbon, s° de
Rochefort, pour ses préparatifs de départ et l'achat d'étoffes de soie pour s'habille: « plus
honnestement », 23 nov. 1496 (Jbid., B 2157, n° 70916). Voir son récit de voyage, publié par
BRASsART, dans Bull. Com. roy. hist. Belg., 4° série, t. x1 (1883) p. 389.
(#) Quittance du 23 nov. 1496 (Arch. Nord, B 2157, n° 70901).
(19) Quittance du 23 nov. 1496 (Arch. Nord, B 2156, n° 70831).
(11) Quittance du 23 nov. 1496 (Ibrd., B 2157, n° 370957). D'après un mandement du 241 déc.
1495, Guillaume de Bousanton était premier écuyer de Marguerite à cette date (lbrd., B 2153,
n° 70624).
(12) Quittance du 23 nov. 1496 (Arch. Nord, B 2157, n° 70954).
(13) Quittance du 23 nov. 1496 (Arch. Nord, B 2157, n° 70931). Ce personnage accompagnera
plus tard Marguerite au Quesnoy, puis en Savoie.
LA PRINCESSE DE CASTILLE 23
musette formaient ua train de plus de cent personnes ({). Pour munir la Princesse
de Castille du viatique nécessaire, il fallut, suivant les traditions bourguignonnes,
recourir à des emprunts (?).
Le départ, imminent depuis la fin de novembre 1496, fut retardé par les vents
contraires. On s'embarqua avec quelque appréhension à Flessingue, en Zélande,
vers le 22 janvier suivant. La mer fut si mauvaise que l'on dut relâcher en
Angleterre, à Southampton, pendant trois semaines. Un nouvel essai fut tenté le
12 février, mais la tempête ramena les bateaux sur la côte anglaise et il fallut
encore attendre huit jours. Enfin, le 21 février, la flottille quitta définitivement
Southampton. En mer, de nouvelles bourrasques séparèrent les passagers. Un
témoin oculaire, le sire de Rochefort, nous a laissé un récit émouvant de ces
péripéties : « Le mardi matin (21 février 1497), partimes dudit port (Southampton)
a petit vent, et estoit la navire de Madame partie le premier, et feismes tant que
nous gaignasmes la mer d’Espaigne, la ou calme nous prist, jusques au venrredi, et
puis tonnoire nous sourvint, et cuydiesmes arriver a ung port nommé Laredo. Mais
force nous fut, a cause de laditte tempeste et du vent, de contretirer vers Galice, et
cheminasmes en cest estat jour et nuyt. Et estoit toujours Madame devant. Et
environ deulx heures apres mynuyt, ung grand vent de aval se leva et retournasmes
pour arriver audit Laredo, cuydant y trouver Madame. Mais son navire ou elle
estoit (et ung aultre seullement) estoit arrivée a ung aultre port, nommé
Saint-Andrieu (Santander). Et pour nostre voyage de mer, vela le tout : les dangiers
esquelz avons esté seroient trop longs a escripre» (%). C’est au cours de cette
périlleuse traversée que Marguerite, faisant allusion à son premier mariage avec le
dauphin, composa par jeu les fameux vers :
Cy-gist Margot, la gentil’ damoiselle
Qu'ha deux marys et encore est pucelle (!).
Ce distique a fait le bonheur de l'académicien Fontenelle, qui s’en inspira dans l’un
de ses Dialogues des morts ($) et celui de tous les biographes de l’archiduchesse
sauf un, le père minime Hilarion de Coste qui, choqué par une expression un peu
gauloise, substitua en 1647 à cette joyeuse version ce quatrain plutôt ridicule :
Ci-gît sous ce tombeau
La belle Marguerite
Qui, mariée dans l'eau,
Mourut vierge d'élite (°).
(1) Une somme de 1289 1. 7 s. fut payée le 8 nov. 1496 à la suite de Marguerite, comprenant le
grand écuyer avec 14 personnes, 9 demoiselles d'honneur, 4 aumônier (Arch. Nord, B 2156 et B 2157).
(2) Négociation d'un prêt consenti par les États de Hollande, 12 nov. 1496 (Arch. Nord,
B 2157, n° 71001). Prêt de 600 1. par le seigneur de Cortkene, 23 nov. 1496 (Jbid., B 2157,
n° 70933). Quittance, par Marguerite, de 2000 ducats payables sur obligation de François de
Rojas, ambassadeur du Roi Catholique, 18 nov. 1496 (Ibid., B 2157, n°70879 et B 2156, n° 70793).
(3) Lettre de Jean de Rochefort, publiée par BRassarT, dans Bull. Com. roy. hist. Belg.
(4) LEMAIRE, Couronne margaritique, dans Œuvres, édition STECHER, t. 1V, p. 106; cf. La
mer et les eaux dans Revue des traditions populaires, 1. xxir (Paris, 1907), p. 254. Cf. « Le
Naufraige de la Pucelle » dans MouineT, Faicts et dits, fol. 127.
(5) FoNTENELLE, Œuvres diverses, édition de La Haÿe, 1728, tome 1, p.24 à 28.
(6) Cosrx (Hilarion de), Eloge des reines et princesses illustres, cité par Le GLay,
Correspondance de Maximilien, tome 11, page 426, note.
24 MARGUERITE D'AUTRICHE
Marguerite débarqua à Santander le 6 mars 1497 et resta dans cette ville
jusqu'au 10. Le 11, le roi d'Aragon et don Juan la rejoignirent et l’on se dirigea sur
Burgos. La réception de la princesse dans la vieille cité fut grandiose. Chevaliers
aux armures resplendissantes, ambassadeurs chamarrés d’or, gouverneurs de la
ville « en grans robes de satin cramoisi, pleines de martres, grosses chaines au col
et fort acoustrés », tous venaient présenter leurs hommages à la future souveraine.
Le duc de Milan, le Roi des Romains et celui de Naples s'étaient fait représenter par
des délégués. Le soir, au palais royal, le baise-main, lors des réceptions, révéla à la
princesse les minuties protocolaires du cérémonial espagnol. Le jour de Pâques, il y
eut grand festin « et y avoit sy grand bruyt de trompettes et d’aultres instruments
que l'on ne ooyt aultre chose ». Marguerite, dont on admirait le teint éblouissant —
un contemporain a remarqué qu'elle ne faisait usage ni de fard ni de teinture — fit
la meilleure impression à la Cour : « Monsieur le Prince et Madame se entreayment
merveilleusement ». Le mardi de Quasimodo (4 avril), lendemain du mariage, une
course de taureaux fut donnée, « et journellement se font passetemps nouveaux,
comme thirer la chayne, jouster, et aultres choses riches et somptueuses » (?).
La félicité de la Princesse de Castille — que son père voyait déjà couronnée du
diadème royal de Léon ou de (Grenade (*) — fut de courte durée. Don Juan,
maladif, élevé depuis son enfance à grands soins, à l’aide d'aliments délicats, n'avait
rien de la vigueur de son père. Deux mois après le mariage, il paraissait épuisé.
Les médecins intervinrent sans succès auprès d'Isabelle la Catholique pour séparer
momentanément les deux époux (*). Le 4 octobre 1497, le jeune prince, dans sa
vingtième année, mourait à Salamanque. Le couvent de Sl-Thomas d’Avila devait
recevoir sa dépouille mortelle (*). Jamais on ne vit, dans les états des Rois
Catholiques, tant fut générale la consternation, pareilles obsèques et pareil deuil.
CQmines, qui ne s’émeut pas facilement, en a laissé un tableau saisissant : « Je
n'ouys jamais parler de plus grand dueil qui en a esté faict par tous leurs royaulmes,
(4) Voir à ce sujet EscuDERO DE LA PENA (J.M.), Libro de la Camara real del principe
don Juan, officios de su casa e servicio ordinario, compuesto por Gonçaln FERNANDEZ de
Oviepo. (Publication de la Société des bibliophiles de Madrid, Madrid 1870). Ce cérémonial a
été rédigé par l'un des serviteurs du fils de Ferdinand le Catholique et était destiné au fils de
Charles-Quint.
(2) Voir la lettre de Jean de Bourbon, seigneur de Rochefort, du 6 avril 14497, dans Bull.
Com. roy. hist. Belg., 4° série, tome x1, p. 389. Voir aussi MoiNET, Chronique, édition
Bucuon, xLvir, page Ü6, et les deux lettres de Henri VII à Marguerite, dans BERGENROTH,
Calendar, tome 1 (1862), page 137, numéros 173 et 174, ainsi que P. MarTYR, Opus epistolarum
(Amsterdam, 1670), page 99, n° 174.
(3) ULManN (H.), Kaiser Maximilien, tome 1, page 248.
(#) Lettre de P. Martyr du 13 juin 1497, voir aux preuves n° vi.
(5) La FUENTE, Hist. Espana, t. vi, p. 136. MarTyr, Opus epistol. p. 103, n° 182.
Marguerite affecta une rente annuelle de 200 1. de 40 gros de Flandre, soit 40.000 maravédis,
pour la célébration d'une messe quotidienne en mémoire de don Juan au couvent de St-Thomas
d'Avila, où se trouvait la sépulture de ce prince, précédemment payée sur le revenu du
douaire d'Espagne. « Par quoy est souvenante du grant et leal amour que avons porté audict
feu seigneur prince, qui par bon respect ne doit estre moindre envers l'ame, ainsi s'acquittant
vers icelle, est la vray demonstracion d'icelle amour que desirons estre perpetuelle et jusques
a ce que, au plaisir de Dieu, nous puissions retrouver ensamble a sa main de dextre en ce grant
et espouventable jugement, et par ainsi tellement faire que ledict service d'icelle grant messe
se continue perpetuelment » (Mandement de Marguerite, 30 juin 1513, Arch. Nord, B 2230
fol. 41).
LA PRINCESSE DE CASTILLE 25
car toutes gens de mestier ont cessé par quarante jours (comme leurs ambaxadeurs
me disrent despuys); tout homme vestu de noir, de ces gros bureaulx ; et les nobles
et les geus de bien chevauchoient les mulles couvertz jusques aux genoulx dudit
drap ; et ne leur paressoit que les yeulx et banieres noires partout sur les portes des
villes » (‘). Un espoir restait. On attendait les couches de Marguerite. La princesse mit
au monde non pas l'héritier tant souhaité, mais une fille, morte peu après sa naissance.
Ainsi s'évanouit lamentablement la fortune espagnole de Marguerite, reçue en
future reine et devenue, en moins de six mois, presque uno étrangère. Sans doute
son séjour dans les domaines du Roi Catholique se prolongera-t-il encore deux ans.
Mais en Aragon, comme précédemment en France, la fille de Maximilien était
conservée comme un gage. Le roi Ferdinand, avec sa diplomatie avisée, prévoyait
déjà les difficultés que devait soulever l'intervention de son gendre, Philippe le
Beau, mari de Jeanne la Folle, devenue l’héritière de Castille. L’archiduc et le Roi
des Romains envoyèrent mission sur mission (?) pour négocier le retour de
Marguerite. Enfin, en septembre 1499, le roi d'Aragon consentit au départ, autorisant
la veuve de don Juan à emporter ses bijoux et ses cadeaux de mariage (), mais
lésinant, dans un accès de mauvaise humeur, sur les frais de route. La voyageuse
fut réduite, pour s’acheminer vers Bayonne, à solliciter quelques milliers de livres
auprès de marchands espagnols (!).
Une brillante escorte, sous le commandement de Jacques de Luxembourg,
seigneur de Fiennes, avait êté envoyée par Philippe le Beau à Bayonne pour
accompagner la princesse (f). Le rapprochement diplomatique de Maximilien et de
(1) COMMYNES, Mémoires, éd. DuronT, t. 11 (1843), p. 578 ; éd. CALMETTE, t. mi, p. 204.
(2) Maximilien à Marguerite, 10 sept. 1499, dans Mone, Anseïger für Kunde der teutschen
Vorseit, 1835, col. 238 et dans Bull. Com. roy. hist. Belg., 2° série, t. 1 (1852), p. 294.
Mission de Michel de Croy, s' de Sempy et de Louis de Vurry, doyen de Dôle, 5 février 1498
n. st. (Arch. Nord, B 2165, fol. 17% v., et 180 ; B 2169, fol. 130 v.). Mission de Michel Francs dit
Grenade, 6 août 1498 (B 2164, n° 71492). Quittance de Jacques Gondrant, président de
Bourgogne, 18 déc. 1498 (B 2164, n° 71467). Mission de Philibert, s' de Veyre, dit La Mouche,
et de Pierre Jacobi, doyen de Backnang (B 2165, fol. 180 ; B 2169, fol. 1147 v.; B 2130, n°
71992 ; B 2171, n° 72157).
() Inventaire des joyaux, livres et tableaux remis à Marguerite par Ferdinand le Catholique,
28 sept. 1499, publié par BEER dans Jahrbuch der Kunsthist Saminlungen des all. Kaïserhauses,
t. x (Vienne 1891), p. cx-Cxxui.
(*) 1500, 20 février, n. st. : Quittance de Marguerite pour 4.200 1. de 40 gros allouées par
Philippe le Beau pour rembourser les marchands espagnols. Cette pièce originale, scellée,
présente une particularité intéressante pour la diplomatique des actes de Marguerite,
parce qu'elle est signée, suivant les usages de la chancellerie castillane, non par le
prénom mais par le titre du souverain : « Yo la princesa » (Arch. Nord, B 2171, n° 72145;
cf. B 2170, n° 71989 et B 2169, fol. 118 et 64 v.). Une autre somme de 6.339 1. fut mise aussi à
Ja disposition de Marguerite pour frais de voyage, somme provenant d'un prêt consenti par les
_ marchands de Bruges (B 2167, n° 71726). Jean de Souvans avait été désigné, par commission
du 27 novembre 1499, pour tenir le compte de la dépense du retour dans les Pays-Bas. Ce
document n'a pas été conservé.
(5) Aux côtés de Jacques de Luxembourg, s' de Fiennes, chargé de se rendre à Bayonne,
pour accompagner Marguerite dans sa traversée de la France, on trouve mention d'Antoine de
Berghes, abbé de St-Bertin, Jean de Souvans, Claude de Cilly, Oudinet Boudier,
Charles Dannoy dit Saint-Simon, Jacques d'Oignies, Philippe Bouton et Jennet Preudhomme.
Les dames d'honneur, sous la direction de Jeanne de Comines, dame d'Halluin, comprenaient
notamment Jacqueline de Pamele, Antoinette de Noircarme, Marguerite d'Uignies,
Catherine d'Halluin, Anne de Blaesvelt et Jeanne de Peruwez (Arch. Nord, B 2165, fol. 189 v.
et 190 ; B 2169, fol. 34 et 60).
26 MARGUERITE D'AUTRICHE
Louis XII avait permis d'éviter les surprises d’une traversée maritime. En cheminant
à petites journées, sur les routes de ce royaume de France qui avait été sien pendant
dix ans, Marguerite arriva à Paris au mois de février 1500, puis à Compiègne. Sa
caravane, grossie à Arras par la suite du puissant Guillaume de Croy, seigneur de
Chièvres, et celle de Robert de Melun, seigneur de Rosny, passa par Courtrai et
atteignit Gand le 4 mars. Chose curieuse, dès son entrée dans les états du
Téméraire, Marguerite se révéla non point bourguignonne mais autrichienne, voulant
donner à son neveu, dont la naissance (24 février 1500) avait précipité la fin de
son voyage, le nom de Maximilien, symbole d'une politique dynastique. Le Roi des
Romains, pour une fois, fit preuve de prudence et voulut que son petit-fils portât le
nom du dernier Bourguignon (?). Marguerite fut ainsi, le 7 mars 1500, à Gand,
marraine du futur Charles-Quint (%). Son nouveau séjour dans les Pays-Bas, où
l'on aménagea, pour la recevoir, le château du Quesnoy (!), devait être de courte
durée.
(4) Arch. Nord, B 2169, fol. 123 v. et 63 v.
(2) Maximilien à Marguerite, [1500], mars. Cette lettre a été publiée dans BRUCHET, À propos
de lettres mal datées de la chancellerie de Marguerite d'Autriche (Mélanges Pirenne, 1926).
(5) Le 25 février 1500 n. st., l'archiduc avait écrit de Gand à Marguerite, se trouvant à
Compiègne ou aux environs, pour la prier de « haster sa venue pour tenir son filz aux sains
fons de baptesme » (Arch. Nord, B 2169, fol. 62 v.). L'enfant était né la veille (Jb:d. B 2171,
n° 72180 ; cf. lettre de Philippe le Beau aux échevins d'Arras, 24 février 1500, dans Bull. Com.
roy. hist. Belg., 3° série, t. 111 p. 347). Le baptême eut lieu le 7 mars 1500 à Gand en l'église
St-Jean (Arch. Nord, B 2169, fol. 179 v.; cf. HENNE, Hist. du règne de Charles-Quint en
Belgique, t. X (1858), p. 23. Le lendemain, 8 mars, Marguerite, à l'occasion de sa Joyeuse
Entrée dans cette ville, délivrait des lettres de rémission contresignées Barangier, intéressant
notamment Gerolf Tache et Richard de Rechem (B 2170, n° 72061 et B 1712, folio 15).
(#) L'archiduc fit aménager le château du Quesnoy pour l'installation de Marguerite en
avril 1500 (Arch. Nord, B 9156, fol. 60 v. ; B 9157, fol. 44). Entourée du s' de Molembais, de
Philibert, s' de Veyre et de Pierre Carenson, la « Princesse de Castille » semble être restée
dans cet ancien château des comtes de Hainaut (et non à Namur, comme on l'a souvent
imprimé) jusqu'au mois d'août 1501 (Jbid. B 2173, fol. 192; B 2169, fol. 80 v.; B 2182,
n° 73022). Il se trouvait dans cette résidence un parc où, sous le règne du Téméraire, en 1472,
on avait tenté d'acclimater des chameaux et des dromadaires (/nv. som. Arch. Nord, t. 1v,
p. 238, col. 2). Le 9 mai 1500, on y transporta des cerfs et des biches capturés dans le bois de
Vicoigne (Arch. Nord, B 2161, fol. 76 v.). On constate la présence de Marguerite au Quesnoy le
10 juin 1500 (B 2169, fol. 80 v.), le 9 et le 20 déc. 1500 (1bid., fol. 112 v., 115). Le 28 déc. 1500,
elle écrivit du Quesnoy à Marguerite d'York pour la prier de lui envoyer son médecin Simon.
(Ibid., fol. 115 v.). Le Quesnoy est aujourd'hui un chef-lieu de canton de l'arrondissement
d'Avesnes (Nord).
CHAPITRE III
Le Mariage savoyard
Après l’éphémère royauté de France, après la douloureuse aventure castillane,
Marguerite d'Autriche, sœur du souverain des Pays-Bas, Philippe le Beau, et fille de
Maximilien, roi des Romains, allait être, une troisième fois, entre leurs mains
puissantes, l'enjeu de la politique.
La princesse n'avait pas encore quitté les provinces espagnoles que déjà le monde
des cours agitait la question d'un nouveau mariage. Sans doute on parlait de
Louis XII, dès juillet 1498 (!), puis au printemps suivant du duc de Milan (?), mais
sans insistance. Au mois de janvier 1500, le roi d'Écosse se mettait sur les rangs (°),
renonçant volontiers à une alliance avantageuse (*). Ensuite, la même année, au mois
de juin, l'union de Marguerite avec le prince de Galles paraissait une conséquence
naturelle de l’entente commerciale anglo-flamande (%). Maximilien avait encore
d’autres idées, songeant par exemple au roi de Hongrie (f) : tous ces projets
s'évanouirent devant une autre combinaison.
Depuis la mort du dernier infant, ce don Juan dont Marguerite avait prématu-
rément porté le deuil, Philippe le Beau voyait son horizon s'élargir. Au delà des
brumes du Nord, le soleil de Castille allait se lever sur les nouveaux états de
l’archiduc. Celle que l'Histoire appellera Jeanne la Folle, devenant l’unique héritière
des Rois Catholiques (1497), avait ouvert au dynaste bourguignon, son mari, l'accès
d’un trône royal. Le voyage des Pyrénées était nécessaire pour arracher aux doigts
crochus de Ferdinand d'Aragon cette lointaine couronne, mais un départ n'était
(1) 1498, 18 juillet. Dépêche de l'ambassadeur d'Espagne à Londres dans BERGENROTH,
Calendar, 1, page 161. Louis XIT venait de divorcer avec Jeanne de France.
(2) En avril 1499, le cardinal Ascanio Sforza disait que l’on connaissait à Rome le projet de
mariage de Marguerite d'Autriche avec le duc de Milan, négocié par Maximilien, aspirant à la
couronne de roi de Lombardie ; cette tractation aurait été rompue par Maximilien le 42 juin 1499.
ULMANN. Kaïser Maximilian, 1. 1, p. 753. note 1.
($) 1900, 11 janvier, Londres : Puebla, ambassadeur d'Espagne, à Ferdinand le Catholique dans
BERGENROTH, Calendar of letters... Henry VII, t. 1 (Londres, 1862), n° 249.
(#) 1500, 4 avril, Londres: Pedro de Ayala à Ferdinand le Catholique, dans BERGENROTH,
lc. t. 1, n° 260 ; 1500, 16 juin, Calais : Puebla à Ferdinand le Catholique, dans BERGENROTH,
t. 1, page 268, d'après des documents des Archives de Simancas.
(5) 1500, 29 juin, Londres : Fuensalida, commandeur de Haro, à Ferdinand le Catholique, dans
BERGENROTH, [. c., t. 1, n° 282, d'après un document des Archives de Simancas.
($) 1500, février, d'après SanuTO, Diarii, t. 11, (Venise, 1880; Regin Deputazione di storia
patria) col. 132. La collection des Diarié compte 58 vol. publiés de 1879 à 1903, intéressant les
années 1496 à 1533. M. le comte de Blacas a bien voulu faciliter le présent travail en mettant
cette précieuse source à notre disposition.
28 MARGUERITE D'AUTRICHE
possible qu'après une paix assurée entre France et Pays-Bas. L'archiduc, en négociant
le mariage de sa sœur Marguerite, devait, par un choix avisé, se concilier et
Louis XII et Maximilien : un prince jeune, bien fait, déjà agréable à l’un et à l’autre
de ces monarques, paraissait remplir toutes les conditions.
La Maison de Savoie, depuis près de cinquante ans, subissait une influence
nettement française, surtout depuis l'union de Charlotte de Savoie avec Louis XI,
alors dauphin (1457). Des mariages, des charges militaires avaient fortifié cette
emprise. Yolande de France dominait le duc Amédée IX, son faible mari. Un cadet
savoyard, le besogneux Philippe de Bresse, portera le diadème ducal après avoir
guerroyé sous la bannière des Fleurs de lys et marié à un Valois sa fille, Louise de
Savoie, la future mère de François I". Au moment où la main de Marguerite était si
disputée, Philibert, le duc de Savoie alors régnant, était lié à Louis XII par une
pension (*) et par un projet de mariage (?); en caracolant à Milan, lors de l'entrée
triomphale des Français, le beau duc avait attesté l'existence des liens qui
l'enchaïnaient (°).
Le duché de Savoie, à cheval sur des frontières, présentait, par sa situation
stratégique, une importance particulière au moment des guerres d'Italie. Maximilien,
qui avait convolé en secondes noces avec une Sforza, douairière de Savoie, avait
toujours l'esprit tendu vers la Vénétie et la Lombardie. Prévoyant le choc futur des
armées rivales, le Roi des Romains devait chercher le moyen de gagner à la politique
autrichienne celui qui pouvait barrer la route aux armées de France. Le duc de
Savoie, gardien des Alpes, apparaissait à l'heure opportune.
Le passage de Marguerite à travers la France, à son retour d’Espagne, avait
rendu manifeste, dès le début de l’année 1500, une nouvelle orientation politique. Le
traité de Lyon (10 août 1501), en stipulant l'union du fils de Philippe le Beau avec
(1) L. G. Pécissier, Louis X1I et Ludovic Sforza (Paris, 1896), t. 1, p. 178. Cf. PÉLISSIER, Le traité
d'alliance de Louis XII et de Philibert de Savoie en 1499 (Montpellier, 1893) ; Dumonr, Corps
diplomat., t. 1, 2° partie, p. 408 ; Quinsonas, Matériaux, t. 1, p.5 et 16.
(3) 1497, 2 décembre : Lettre de Bertuzi Valier, ambassadeur vénitien en Savoie. « Come el
ducha Philiberto era venuto di qua da’ monti e entrato in Torino con cavalli 2000 a pigliar la
possession dil ducato di qua da' monti. Et era venuto di qua etiam perché pareva el re di
Franza volesse maritarlo in una fia dil ducha di Borbon, suo cognato, licet fusse maridato in
una sua cusina, fo fiola del ducha vechio ». SanuTOo. Diarti, t. 1, col. 831. Philibert était en
effet marié depuis le 12 mai 1496 à Yolande-Louise de Savoie, fille du duc Charles I et de
Blanche de Montferrat. Le mariage n'était pas consommé, la princesse ayant à ce moment moins
de dix ans, et devant mourir en septembre 1499 avant l'âge nubile. Après son décès, Louis XII
persistait dans son intention de marier Philibert: « El re di Franza vol menar el ducho di
Savoia con lui in Franza e maritarlo, e havia posto soi per governodi quel stado. » SANUTO,
Diarti, novembre 1499, t. ai, col. 53.
(3) Louis
Duc de Savoie de 1451 à 1465.
|
AMÉDÉE IX, CHARLOTTE DE SAVOIE PuiLiPPE DE BRESSE
duc de 1465 à 1472. épouse en 1457 duc de 1496 à 1497.
Marié en 1452 le tutur Louis XI. Marié en premières noces
à Yolande de France. à Marguerite de Bourbon.
sœur de Louis XI. |
PRILIBERT LE CHASSEUR, PHILIBERT LE BEAU LoutsE DE SAVOIE
duc de 1472 à 1482. duc de Savoie de 1497 à 1504. épouse en 1488
pour de Bianche-Marie Sforza Marié en 1501 Charles de Valois,
laquelle se remarie en 149% à Marguerite d'Autriche. comte d'Angoulême,
à Maximilien, rei des Romains. père de François ler.
Le Ÿ Ras
‘LE MARIAGE SAVOYARD 29
la fille de Louis XII, scellait une réconciliation nécessaire. Le mariage savoyard
(26 septembre 1501) parait inspiré par les mêmes préoccupations.
Philibert le Beau, duc de Savoie, né à Pont d’Ain le 10 avril 1480 (!), avait ce
qu'on appelle un physique avantageux (*). Haut de stature, il paraissait plus que son
âge (*)}. La force de son tempérament l'entraînait dans un perpétuel mouvement (f).
Grand jouteur, aimant le jeu, la danse et la bonne chère, ardent à la chasse (°),
prompt aux distraétions nouvelles (f), le prince, tout en surface, laissait volontiers à
d'autres le fardeau de l’État (”).
Marguerite d'Autriche apparaissait alors dans le rayonnement de sa beauté
(1) La date exacte de la naissance de Philibert est donnée par GuICHENON (Hist. Mais. Savote,
t. u, p.123): « Philibert vint au monde au château du Pont d'Ain en Bresse le lundi
10 d'avril 1480, une heure après minuit ». M. CHaAGny (Bourg au temps de la domination
savoisienne, dans Revue Snc. sc. natur. Ain, 1906, p. 26, note 3) adopte la date de 1482,
d'après GUICHENON, Hist. de Bresse, t. 1, p. 93. En se référant à ce dernier ouvrage, on
s'aperçoit que Guichenon parle de la naissance d'un fils de Philippe de Bresse et de Marguerite
de Bourbon à Bourg, non en 1482 mais en 1478, fils dont le nom n'est pas donné et qui peut
être non Philibert le Beau mais son frère aîné, mort en bas âge. Il est certain, d'après les
vérifications que M. Morel, archiviste de l'Ain, a bien voulu faire à notre intention dans les
registres de délibérations de la ville Bourg, que Philippe de Bresse eut un fils non dénommé
dont il est question dans une délibération du 29 mars 1478 et dont le baptême devait avoir lieu
le lundi, 6 avril 1478, à trois heures de l'après-midi (délibération du 5 avril 1478).
M. de LATEYSsonNNIÈRE (Recherches hist. sur le département de l'Ain, t. v, Bourg, 1843), donne
la date du 10 avril 1482 (p. 52), d'après l'Hist. de Bresse de GUICHENON, p. 93, qu'il n'a pas su
interpréter, et plus loin la date du 10 août 1482 (t. v, p. 178).
(2) Mouiner (Choniques, éd. Bucnon dans Coll. chroniques, t. xzvn, p. 237) dit que Philibert
le Beau « l’un des beaux princes de la chrestienneté, fut en sa josnesse nourry en France a
l'hostel du roy Charles, huictiesme de ce nom, lequel il suivit jusques a Naples ». Mercurin de
Gattinara, qui avait été en Savoie au service du mari de Marguerite, trouve que son ancien
maître, pour la beauté physique, supportait la comparaison avec François I°' : « Le roy est aussy
beau prince que l’on sachie pour le jour d'huy, et non gueyres moyns que feu Monseigneur de
Savoye, dont Dieu ayt l'ame, et lui ressemble fort ». Gattinara à Marguerite, 4 février 1515 n. at.,
dans Le GLay, Négociations diplomatiques entre la France et l'Autriche, t. (Paris, 1845), p. 47.
($) Des ambassadeurs vénitiens qui virent Philibert à son avènement, en novembre 1497,
lui donnaient à ce moment 22 ans, c'est-à-dire 5 ans de plus que son âge (SAnuTO, Diart, t. 1
(1879), col. 818 et 822. Molinet, le jour des noces de Marguerite, le vieillira de deux ans (édition
BucHoN, t. xLvi1, p. 167).
(t) « Ducha non sta volentieri molto tempo in uno loco fermo ». SAnUTO, Diarti, t. 1, col.
465, février 1499.
(5) LEMAIRE, dans sa Couronne margaritique (édit. STECHER, 1v, p. 49): « Or estoit ce tres
puissant duc verd en aage, gaillard de corps et d'ardant courage, adonné totalement selon les
saisons au voluptueux et juvenile exercice de la chasse. ; en ce travail delectable, passoit son
temps le jeune prince avecque sa noblesse. »
(6) Le jugement de Cambiano est écrasant pour la mémoire de Philibert: « Hic popularissimus
princeps extitit magnificentissimus : justitiæ autem moderamen senatoribus virisque juris
consultissimis penitus relaxabat, modo venationi, nunc aleæ, interdum conviviis choreisque
deditus ita ut inter sodales de jocosis rebus semper certaret, et citissime potitarum rerum
satiem præ se ferebat ». CAMBIANO, dans Mon. hist. patriae (Turin), d'après une citation de
Baux, Hist. église Brou, 2° éd. (1854), p. 31.
(7) Les ambassadeurs vénitiens, avant le mariage de Philibert, traitaient les affaires surtout
avec le Grand Bâtard de Savoie : « Visitato il Gran Bastardo, el qual ha gran autorità... perchè
il governo era rimasto in lui, perchè el ducha, è zorni 15, à andato a la caza, etiam quando è
qui ». SANUTO, t. m1, Col. 198, décembre 1498. « El ducha di Savoya era a Zenoa (Gênes) in
zostre e piaceri, come si atendea ». Ibid., t. 1, col. 802, juin 1499.
30 MARGUERITE D'AUTRICHE
blonde (‘), plutôt grande et d’un port vraiment royal. Ses traits, sans être réguliers,
étaient spirituels, le regard malicieux, la bouche un peu sensuelle; le menton
trahissait un caractère quelque peu autoritaire (?). Le chanoine de Beatis, qui
remarquait volontiers la lèvre tombante de Charles-Quint et la claudication de la
reine de France, verra plus tard Marguerite, devenue régente des Pays-Bas. Son
impression fut favorable : « elle n'est point laide, écrivit-il, son allure est vraiment
impériale et son sourire plein de charme » (*). Marguerite avait alors l’embonpoint de
l'âge mûr, mais, en arrivant en Savoie, dans l'éclat de son printemps, en attendant
qu'elle pût exercer ses rares facultés de domination, elle était pleine d’enjouement,
à la grande joie de l'un de ses familiers :
Bien me plaisoit te voir chanter et rire,
Danser, jouer, tant bien lire et escripre,
Peindre et pourtraire, accorder monocordes
Dont bien tu sçais faire bruire les cordes ().
Les négociations du mariage paraissent avoir êté menées par Gérard, fils de ce
Thomas de Pleine qui fut chancelier des Pays-Bas. Un ambassadeur vénitien près la
Cour de France, Benoît Trévisan, connaissait le projet déjà au mois d'octobre 1500 ($).
On s’assura d’abord de l'adhésion de Louis XII (f), et l'on envoya en Savoie le jeune
diplomate à diverses reprises, à partir du mois de novembre 1500, « pour certaines
grandes matieres et affaires secretz » (*).
(‘) Jean Lemaire rappelle, à diverses reprises, la beauté de la chevelure de Marguerite :
« Incontinent apres le trespas de son chef espous, elle fit couper ses beaux cheveux aureins ».
Couronne margaritique, éd. STECHER, t. IV, p. 72.
En décembre 1856, lors de la reconnaissance de la sépulture de l'archiduchesse, à Brou, on
constata la parfaite conservation de ses cheveux. M. de Quinsonas, qui assista à l’exhumaton,
nous a laissé ce témoignage : « La dimension des ossements indique que, sans être grande,
Marguerite, d'une taille au-dessus de la moyenne, dut être heureusement proportionnée... ;
cheveux... d'un blond ardent sans être roux... Quoique la princesse soit morte à cinquante ans,
il ne se trouvait aucune trace de cheveux gris... ». QUINSONAS, Matériaux pour servir à
l'histoire de Marguerite d'Autriche, t. 1 (Paris, 1860), p. 38.
(2) Voir l'excellent portrait de Pierre van Coninxloo, exécuté vers 1506, à l'occasion du
projet de mariage de Marguerite avec Henri VII, dont un exemplaire est conservé au musée de
Bruxelles, un second dans la collection Carvalho et un autre au musée d'Anvers. WAUTERS,
Marguerite... et le peintre Pierre van Coninæloo dans Bull. Musées royaux du Cinquantenaire
à Bruxelles, 1914, p. 4 à 11, avec planches. Ce portrait est reproduit aussi par KOOPERBERG,
Margaretha van Oostenryhk (1908), par RUBBRECHT, L'origine du type familial de la maison
de Habsbourg (1910) etc.
(8) « Non bructa, de una presentia grande et veramente de imperatrice, con certo sgrighecto
quale tiene molta gratia ». Die Reise des Kardinals Luigi d'Aragona beschrieben von ANTONIO
DE BEATIS, édition L. Pasror. Fribourg en Brisgau, 1905 (Erlatterungrn zu Janssens Geschichte
des deutschen Volkhes, 1v Band, 1v Heft), page 113. Cf. traduction IHavarp DE La MONTAGNE
(Paris, 1913), page 94. Beatis vit Marguerite à Middelbourg les 13 et 21 juillet 1517.
(8) J. LEMAIRE, Épistres de l'Amant verd, Œuvres, éd. STECHER, t. Il, P. 7.
(5) Lettre de B. Trevisan, 7 octobre 1500, dans SANUTO, Diarii, t. mt, col. 932, confirmée
par une correspondance d'un ambassadeur de Rome, le 24 nov. 1500, 1b+d., t. nr, col. 1114 et
par celle d'un ambassadeur du duc de Ferrare, 21 oct. 1500, dans PÉLISSIER, Louis XII et
Ludovic Sforsa, t. 1, p. 421.
(6) Costabili au duc de Ferrare, 2 nov. 1500 : Louis XII approuve le mariage de Marguerite,
à la condition que Philibert le Beau s'abstienne de toute hostilité en cas de guerre entre la
France et l'Empire. PÉLissiER, Louis XIT et Ludnvic Sforza, t. 1, p. 422.
(7) Arch. du Nord, Compte du receveur général des finances, B 2173, fol. 161 v., 79 v.,
&5 v., 99.
LE MARIAGE SAVOYARD 31
Les correspondances relatives à cette négociation ont échappé jusqu'à présent à
toutes les recherches. Un document ambigu, conservé à Lille, laisserait supposer que
Marguerite aurait pu agir de sa propre volonté, hypothèse douteuse toutefois quand
l'on songe à l'importance politique des mariages dans une maison souveraine. Il est
certain cependant que Philippe le Beau demanda, le 19 juin 1501, à sa sœur, avant
la signature du contrat, une déclaration portant qu'aucune pression n'avait été
exercée sur elle. Soit prudence naturelle, soit ressentiment, craignant peut-être de
laisser entre les mains de son frère une arme dont la portée lui échappait, la
« princesse douagiere de Castille > refusa de souscrire une pareille attestation ({).
L'origine même de ce papier, qui provient non de l'Audience des Pays-Bas, mais de
la Chancellerie de Marguerite, et une annotation de son secrétaire, donnent
vraisemblablement l'explication : le mariage savoyard aurait été une douce
contrainte.
On fit toutefois le plus bel accueil aux personnages qne le duc de Savoie envoya
dans les Pays-Bas sous la direction d'un puissant gentilhomme, rompu aux
négociations, Amé, baron de Viry. L'ambassade fut reçue dans la seconde quinzaine
du mois d'août au Quesnoy, à Valenciennes, à Mons, à Soignies el à Hal (?), et
arriva à Bruxelles, où le contrat de mariage de l'archiduchesse et de Philibert fut
signé le 26 septembre 1501, après avoir été discuté par des juristes savoyards comme
Pierre de Bonvillars, président de Savoie, ou le « patrimonial » Provana (°).
(1) Nous, Marguerite d’Austriche, princesse douagiere de Castille... promettons en parole de
princesse sur nostre honneur que jamais ne dyrons ne porons selon verité dire à qui que ce
soit que mondit seigneur et frere nous est audict mariage autrement induit ne persuadé en
auscune maniere. En temoin de ce, en avons ces presentes signé de nostre main le xIx° de
juin l'an v° et ung ». Le GLay, Corr. Maximal., t. 11, p. 428, n. 1. Cette pièce est constituée
par une minute, sur papier, cotée B 434, n° 23935, non signée, que le d' Le Glay présumait
être un autographe de Philippe le Beau et qui serait plutôt de la main de l'audiencier Haneton.
La curieuse mention suivante, placée au verso, de l'écriture du secrétaire Barangier, contem-
poraine puisque Marguerite ne porte pas encore son titre de duchesse, n'a pas été publiée par
Le Glay : « Minute des lettres que Monseigneur desiroit avoir signées de Madame la princesse,
sa sœur, laquelle les a reffusées ». L'hypothèse de la contrainte subie par Marguerite nous
paraît aujourd'hui la plus vraisemblable. En 1506, il sera fait allusion au mariage <avoyard,
quand Philippe le Beau et Maximilien songeaient à mettre Marguerite dans l'obligation de
prendre un quatrième époux, Henri VII : « Madame Marguerite dissimule fort pour obtempérer
aux roys susdits, disant que par trois fois ils ont contracté d'elle, dont elle s'en est mal trouvé s».
Goperroy, Lettres de Louis XII, t. 1, p. 04.
() Arch. Nord, Compte du recev. gén. des finances, B 2173, fol. 127 v.
(3) Cette ambassade était composée d’Amé, baron de Viry, Honoré de Bueil, Pierre de
Bonvillars, président de Savoie, Angelin Provana, président patrimonial et Claude de Balaison,
s' d'Avanchy, tous désignés comme procureurs ducaux, accompagnés de Pierre de Montfalcon,
Pierre Gruet, protonotaire apostolique, Alexandre de Salenove, Barthélemy Sollier, s' de
Villeneuve, Philibert Rover, s' de « Pourin » et Chabert de Scalengues (Turin, Arch. Camérales,
C. du trésorier général de Savoie 1500-1502, fol. 311, 699 v. et 700, d'après GaBoTro, Lo stato
sabaudo da Amedro VIII ad Emanuele Filiberto (Turin, 1895), t. nt, p. 183). I] est à remarquer
que d'autres personnages furent aussi désignés comme procureurs du duc, par patentes du
44 août 1501, bien que n'ayant probablement pas participé au voyage des Pays-Bas, ce sont :
René, bâtard de Savoie, comte de Villars et lieutenant-général, Jean, s' de Chales et gouverneur
de Bresse, Hugues de Luyrieux, s' de « Velerie », Antoine de Gingins, s' de Divonne, Laurent
de Gorrevod, Romagnino de Romagno, Louis Oriol, maître d'hôtel, Augustin de Azelio,
François Provana, Jean-Louis de Piozasco et Jean Noël, trésorier général de Savoie.
32 MARGUERITE D'AUTRICHE
Toute la délégation ducale, ainsi que le haut clergé et les grands maïtres de la cour
de l’archiduc, assistaient à la cérémonie (‘).
L'archiduc s'engageait à faire payer à sa sœur, outre les revenus de son douaire
d'Espagne qui s’élevaient à 20.000 écus d'or, une dot de 200.000 livres de Flandre
de 40 gros (soit 300.000 écus d'or), payable à Genève en dix annuités de 20.000 livres.
Marguerite renonçait entièrement à la succession de sa mêre Marie de Bourgogne.
De son côté, le duc de Savoie promettait à la future duchesse, en cas de veuvage,
un douaire de 12.000 écus d’or, garanti sur les revenus du comté de Romont, sur
ceux du Pays de Vaud et sur le Faucigny, au besoin sur d’autres terres. Elle
pourrait même avoir la jouissance de ces domaines, sous réserve des droits de
souveraineté appartenant à la couronne.
Pendant que les signatures s'échangeaient à Bruxelles, la chancellerie romaine
s’occupait de l'expédition des bulles rendues nécessaires par la parenté des futurs
époux (?). Quand les règlements d'intérêts parurent terminés et quand les bulles
furent arrivées, Philibert le Beau, qui venait d’être reçu chevalier de la Toison d'Or,
désigna, le 13 novembre 1501, René, bâtard de Savoie, pour faire le mariage par
procuration (%), tandis qu'une autorisation canonique élait délivrée pour célébrer la
cérémonie en temps prohibé (*). Mais, au moment où tout paraissait prêt, les gens
de l’archiduc vinrent chicaner les ambassadeurs de Savoie sur une question d'argent.
Un procès-verbal, dressé à Pontarlier le 1° décembre 1501, dans la chambre à coucher
de Marguorite, étendit la garantie du douaire sur le comté de Bâgé et le pays de
Bresse, après serment au nom du duc prêté par René de Savoie (°), son
plénipotentiaire.
({) Parmi les personnages de la Cour des Pays-Bas qui assistèrent au contrat, citons
François de Busleyden, archevêque de Besançon, Henri de Berghes, évêque de Cambrai,
Antoine de Berghes, abbé de St-Bertin, l'évêque de Cordoue. La noblesse des Pays-Bas était
représentée par le chancelier Thomas de Pleine, s' de Maigny et son fils Gérard de Pleine,
Charles de Croy, prince de Chimay, Cornille de Berghes, s' de Zevenbergen, Pierre de Lannoy,
st du Fresnoy, Philibert, s' de Veyre, Claude Bonard, grand écuyer, Simon de Chantrans.
Le texte original du contrat de mariage, du 26 sept. 1501, entre Marguerite et Phihbert (dans
lequel se trouve ténorisée la procuration du 11 août 1501) est conservé aur Arch. Nord, B 434,
n° 17892, ainsi qu'à Paris, Bibliothèque nationale, Mélanges Colbert 402, pièce 755 (orig.
avec 4 sceaux) et à Turin, Arch. Cour, Protocole 137, fol. r, avec ratificauion du 3 déc. 1501
au fol. 9. Ce document a été publié dans DumonT, Corps diplomatique, t. iv, partie 1, p. 15;
dans GUICHENON, Hist.. Maison Savoie, éd. de Lyon, preuves, p. 489 et éd. de Turin, t. 1v,
{re partie, p. 480 ; dans MÜNcu, Margaretha von Œsterreich, p. 414, et dans Quixsonas,
Matériaux, t. 111, p. 60 à 64. Les sceaux d'Aimon de Montfaucon et de Hugues de La Palud,
authentiquant l'original des Arch. du Nord, sont décrits dans DEmay, Inv. sceaux Flandre,
(Paris, 1873), n° 74 et 5898. Le contrat fut rédigé par l'audiencier Haneton et par le notaire
Jean Dufour, qui devait plus tard acquérir une si triste réputation dans une affaire de faux.
(2) Bulle du 1°" octobre 1506, publiée dans QuiNsonas, Matériaux, t. 1, p. 41, d'après un
document des Arch. du Nord, coté aujourd'hui B 434, n° 17903.
(4) Vidimus du 13 déc. 1501 passé sous le sceau du Conseil résident de Savoie, aux Arch.
Nord, B 434%, n° 17901. Le collier de la Toison d'or fut porté au duc de Savoie par le héraut de
l'ordre, Isaac, le 29 octobre 1501 (Arch. Nord, B 2173, fol. 166).
(#) Arch. Nord, B 434, n° 17902, document publié dans Quinsonas, Matériaux, t. I, p. 43.
(5) La procuration habilitant René, bâtard de Savoie, pour cette dernière négociation est
datée de Genève, 28 novembre 1501 et mentionne, parmi les membres du Conseil ducal, François
de Luxembourg, vicomte de Martigues, Jean de Varax, évêque de Bellev, Jean Oriol, évêque de
Nice, Jean de Chales, gouverneur de Bresse, A. de Gingins, s° de Divonne, Augustin de Azelio,
François Provana, « deflendenti advocato », Amé de Chales, maître d'hôtel et le secrétaire
LE MARIAGE SAVOYARD 33
Le voyage de Marguerite allait être une manifestation des relations amicales qui
unissaient à ce moment les Maisons de France, d'Autriche et de Savoie. On fit route
par le Vermandois, la Champagne, la Bourgogne et la Franche-Comté. Les
réceptions chaleureuses faites à la nouvelle duchesse avaient un caractère quasi-
officiel.
Après la signature du contrat, Marguerite était restée encore un mois dans les
Pays-Bas. Le 27 octobre, à Bruxelles, elle prit congé de Marguerite d'York, la
veuve du Téméraire, et fut accompagnée par l’archiduc jusqu’à la petite ville de Hal.
De nombreux bourguignons formèrent une brillante escorte aux côtés de la
voyageuse, pour l'amener jusqu'en Savoie. Louis de Blois, seigneur de Trélon,
Claude de Neufchâtel, seigneur du Fay, Antoine de Berghes, abbé de Saint-Bertin,
Étienne de Chassey, Philibert de Veyre dit La Mouche, Philippe Loyte, seigneur
d’Aresches, le prince d'Orange, le marquis de Rothelin, Gérard de Pleine et une
nombreuse suite de dames avec Jacqueline de Gavre, dame d’Escornaix, pour ne
parler que des noms qui figurent dans les comptes du receveur général de l’archiduc,
en tout, avec les gens de service, une caravane de 250 chevaux (?). De son côté,
le duc de Savoie faisait partir un groupe avec le comte de La Chambre, le comte
de Chalant, le prieur de Nantua et le protonotaire de Savoie pour aller au devant
de la nouvelle duchesse (%). Pour ménager les dames, on fit de petites étapes :
« Madame Marguerite, notamment accompaignée, chemina petites journées, a cause
des jours forts courts et des voyes et passaiges mal convenables aux gens du
quartier de par dechà, tant pour les neiges et froidures comme pour les montaignes
fort dangereuses et quasi inagressibles » (*).
Philibert Alardet (Arch. Nord, B 434, n° 17898, in fine). Le procès-verbal du 1° décembre 1501,
concernant l'extension de la garantie du douaire, porte que René de Savoie prêta serment sur les
Évangiles tenus par Philippe Teste, de Nantua, et par Barangier, secrétaire de Marguerite. Divers
délégués de l'archiduc assistaient à cet acte ainsi que, au nom du duc de Savoie, l'évêque de
Lausanne, le maréchal de Savoie, le président de Savoie, le président patrimonial Provana,
Honoré de Bueil, Alexandre de Salenove, Jacques Vidompne et Louis de Viry, capitaine de la
garde ducale.
(4) C'est ainsi que Louis XII écrivit aux habitants de Troyes, au mois d'octobre, pour les
engager à faire bon accueil à Marguerite lors de son prochain passage dans cette ville. BouTIoT,
Histoire de Troyes, t. it, p. 232. Le passage de l'archiduchesse eut lieu vers le 8 novembre et
Molinet nous en a laissé la relation dans sa Chronique. Il est possible que Marguerite soit retournée
à Troyes en 1505 lorsqu'elle revint de Strasbourg en Bresse en passant par Reims, où son séjour
est certain (1505, 29 juin d'après la pièce 23998 du fonds des Lettres missives des Arch. du
Nord). Mais nous avons la conviction qu'elle ne fit pas d’autres séjours en cette ville et que son
voyage n'était pas motivé par le désir de recruter des ouvriers champenois pour les travaux de
Brou, comme on l'a affirmé dans un ouvrage justement estimé (KoECHLiIN et MARQUET de VASSELOT,
La Sculpture à Troyes et dans la Champagne méridionale au AVie s., Paris, 1900, p. 54).
En 1501 la question des tombeaux de Brou n'était pas encore posée, et, en 1505, d'après
l'historique des travaux de l'église, il n'était pas encore possible de songer à l'œuvre de la
statualre.
(@) Compte de Simon Longin, receveur général des finances de l'archiduc, 1° janvier 1501
n. st. - 31 décembre 1501 (Arch. Nord, B 2173, fol. 165, 165 v., 169, 195 v.). Cf. MoLiNET,
Chroniques, édit. BucHon, t. xLvit (1828), p. 155.
(3) Turin, Arch. Cam., C. du trés. gén. de Savoie 1500-1502, fol. 322, 397 v. 398, 673 sq.,
d'après GaBorTro, Stato Sabaudo, t. ut, p. 184.
(8) Mourner, Chroniques édition Bucnon, t. xLvir (1828), p. 152 à 167 a laissé un récit
très abondant de tous les détails du voyage et du mariage de Marguerite.
34 MARGUERITE D'AUTRICHE
A la fin du mois d'octobre, Marguerite entra sur les terres de France, à Guise, où
le seigneur de Fontaines, au nom du roi, lui donna pouvoir d’cctroyer des lettres de
rémission, en signe de souveraineté, sauf aux « brusleurs d'esglises, violeurs de
femmes et agaitteurs de chemins ». On passa ensuite à Crécy-sur-Serre ({), où
Marguerite soupa avec mesdames de Porcien et de Vendôme, cet l’on arriva le jour
de la Toussaint à Liesse (?), localité célèbre par son pèlerinage, puis, par Berry-au-
Bac (*), on atteignit Reims où une réception cordiale était préparée pour la
duchesse : « Ceulx de la ville vindrent au devant d'elle, croix et collieges a
processions ; les rues furent tendues de tapisseries, et lui furent presentées quatre
kammes d'ipocras, ung cherf, ung sanglier, chevreaux, paons, faisans, perdrix,
cournis et lapins». À Châlons-sur-Marne, le seigneur d'Orval, gouverneur de
Champagne, vint au devant de Marguerite et lui fit offrir aussi de belles victuailles.
On gagna, par Arcis-sur-Aube, la cité de Troyes, où la duchesse fut logée chez
l'évêque qui lui abandonna, pour les gens de sa suite, la clef de son celier ; le doyen
de St-Pierre lui fit une harangue en présence du prince d'Orange et du seigneur de
Brienne. On atteignit Bar-sur-Seine le 11 novembre, puis, par Mussy-sur-Seine (!)
et Châtillon-sur-Seine, on parvint à Dijon, au milieu des acclamations populaires. Le
clergé et la noblesse, par cet hommage à la petite-fille du Téméraire, affirmaient
leurs regrets de l’ancienne domination bourguignonne : «Jamais dame ne fut plus
aimée ne plus regrettée ne plus volontiers vue qu’elle fut de ceux de Dijon », nous
dit le chroniqueur Molinet, en nous laissant le détail des mystères et autres
réjouissances de ces jours de fête. De nombreux gentilshommes de Franche-Comté
et du Charolais étaient venus grossir le nombre des admirateurs de Marguerite, le
seigneur d’Aumont, le fils du seigneur de Veyre, le seigneur d'Eternoz, le seigneur
de Saint-Claude, le prieur de Vauls, le seigneur d'Ecrille et bien d’autres.
Jacques Buffet — sans doute le futur vice-président du Parlement de Dôle — fit
une belle harangue « devant Madame, luy baillant grans et haulx tiltles autorisans
sa genealogie paternelle et maternelle » ; la duchésse fit répondre par Gérard de
Pleine. Après cette inoubliable réception, le cortège se dirigea vers la Comté,
passant par St-Jean-de-Losne (). René, bâtard de Savoie, avec sa suite de seize
« archers de corde », vint à sa rencontre et l'accompagna à Dôle, où l’on entendit un
beau discours du recteur de l’Université. Le jour de sainte Catherine (25 novembre),
Marguerite s'arrêta au château de Vaudrey (*), berceau d’une lignée célèbre de
loyaux serviteurs. À Salins, importante ville de la Comté, l'enthousiasme rappela
celui de Dijon: c'était l’explosion du sentiment national, après la crainte de
l'incorporation à la France ; c'était l'affirmation de l'indépendance chère au cœur
des Comtois (”).
(1) Aisne, arr! Laon, ch.-l. canton.
(2) Aisne, arr! Laon, c°° de Sissonne.
(3) Aisne, arrt Laon, c°® de Neufchâtel.
(4) Aube, arrt et co de Bar-sur-Seine.
(S) Côte-d'Or, arrt Beaune, ch.l. c°».
(6) Jura, arr! Dôle, c°" de Montbarrey.
(7) « Vindrent au devant d'elle ceulx de la ville, hallebardiers, crenequiniers, armés
d'escrevices et de la croix S. Andrieu; puis, apres la harenghe faicte, deschargerent leurs
bastous, crians : Vive Bourgungne. A l'entrée de la ville, estoient sur ung hourd quatre belles
LE MARIAGE SAVOYARD 35
Le surlendemain, le mariage se fit par procuration. Ici, tout le texte du bon
Molinet est à citer : « Le dimenche 28° de novembre, [à Salins], Madame espousa,
comme il est de coustume entre les nobles, et fit le bastard [René] de Savoye le
debvoir pour le duc, son frere ; et fut la chose faite simplement, en robbe de velours
noir, fourrée d’aigneau noir, sans estre en dœæil ; et n’y furent que dames mariées et
seigneurs gouverneurs, d’ung costé et d'autre. L’evesque de Lausanne les espousa ;
et fut presenté a Madame, par le duc de Savoye, ung cœur de diamant, ung gros
perle y pendant, fort riche et exquis. Madame fut accoustrée a l’apres-disner d'une
robbe de drap d’or sur drap d'or, tout ou plat, faicte a la mode d’Espaigne, doublé
de satin cramoisi, la robbe fendue, a bordure de perles, rubis, diamans et autres, et
pour chaisnes avoit paternostres de gros perles de trois tours autour de son col; et
lui fut donné, au partir de la chambre, de par le duc de Savoye, une chainture ou il
y avoit 26 gros diamans, 3 bons rubis et force de perles. Le lict préparé, Madame se
coucha apres les danses de la nuict et les banquets. Et comme il est de coustume
aux princes d’espouser par procureur, le Bastard de Savoye se coucha aupres d'elle,
une jambe mie boutée au lict, presens tous ceulx et celles qui avoient estô aux
épousailles. Apres aulcunes devises gracieuses, le Bastard se leva, requerrant
Madame d’un baiser qui luy fut accordé ; et cela faict, se mit a genoulx, disant qu'il
se rendoit son humble serviteur. Madame le fit lever, et, en luy disant bonne nuict,
luy donna une bonne baghe de diamant, et chacun se retira » (1).
Le 1% décembre, on se remit en route, passant par Pontarlier pour se diriger sur
le pays de Vaud. Le duchesse reçut, dans le prieuré de Romainmôtier, l’hospitalité
du protonotaire de Savoie. Ce fut là qu’elle vit enfin son mari. Philibert le Beau,
arrivé une heure après elle, « tout houssé, salua Madame et celles de sa
compaignie, puis se retira en son logis. Et apres soupper, revint au quartier de
Madame, ou danses furent faictes jusques a onze heures, que chacun se retira ; et on
prepara la chappelle pour dire messes et parachever les espousailles. Madame se
trouva illecq avecq les dames mariées et le duc de Savoye point ne s’y oublia, avecq
ses gens privéz amys. Monseigneur l'evesque de Maurienne (Louis de Gorrevod) les
espousa audit monastère. La messe dicte, ils se coucherent ensemble jusque a
douze heures au jour. Le lendemain, l’on tint cour ouverte. Le jour se passa en
danses et le protonotaire de Savoie, frere a monseigneur le bastard, deffraya par
tous les logis hommes et chevaulx » (À).
La duchesse de Savoie s’achemina par Rolle vers Genève en s'arrêtant à Coppet,
sur les bords du lac, dans l’un des châteaux du seigneur de Viry. Arrivée dans la
cité épiscopale, pour permettre aux Genevois de terminer leurs préparatifs, elle
filles portans les armes de l’empereur, de monseigneur l'archiduc, de Savoye et de Salins.
Madame fut logee sur la Saunerie, et illecq estoit ung arbre fort hault ou pendoient les armes
de Monseigneur l'archiduc, et autour d'iceluy arbre, y avoit deux Mores et deux folz, bien
accoustrez, chacun la tasse en main, et perçoient l'arbre dont sortoit ipocras d'ung lez et de
l'aultre vin de Germole, d'un aultre vin rousset nommé vin d'Arbois qui presentoient a toutes
gens, et y avoit gens armez qui le gardoient. Devant le logis de Madame, y avoit un hourd a
trois estaiges ou estoient les sept vertus, les sept arts et les sept peschez mortelz, et Île
lendemain, furent jouez aulcuns jeux exposés par maistre Arthelus, fort prisé et agreable a
Madame ». MoLINET, o. c.
(1) Mouiner, L. c., t. v, p. 198.
(3) Jbid., I. c., p. 160.
36 MARGUERITE D'AUTRICHE
logea quatre jours au prieuré de Saint-Victor, recevant les hommages de ses
beaux-frères, Charles et Philippe de Savoie et ceux de Claude de Savoie, leur
sœur (‘), accompagnée de la comtesse de Villars, femme du Grand Bâtard René.
La Joyeuse entrée se fit enfin à Genève le 8 décembre. Marguerite, montée sur
une haquenée blanche, cheminait lentement le long des « hourds qui estoient aval
les rues », acclamée par tout un peuple. Ce jour-là, au cours d’une joute,
Philibert lo Beau parut à son avantage, « fort et puissant, car il estoit beau, grant
personnage et josne » (?).
Après des fêtes éclatantes, qui marquèrent l'un des derniers grands jours de la
domination savoyarde à (renève, les hôtes du duc se dispersèrent. Les dames qui
avaient été attachées à l'Hôtel de l’ancienne Princesse de Castille prirent place avec
Madame de Soteghem dans des « chariots branslans », ou montèrent à cheval pour se
rendre dans les Pays-Bas, escortées par le seigneur du Fay et son train de
trente chevaux, par l’abbé de Saint-Bertin et sa suite de quatorze cavaliers, par le
seigneur de Veyre, par le seigneur de Trélon et autres personnages de la cour des
archiducs.
La fortune paraissait enfin sourire à l’ancienne dauphinc: Victrizx Forlunæ
fortissima Virtus (*). Les années heureuses allaient être brèves.
(1) Philiberte de Savoie était trop jeune pour prendre part à ces réjouissances.
(2) Le récit de Molinet, si pittoresque, paraît avoir été la source de Pontus Heuterus, qui a
parlé aussi du mariage de Marguerite dans le 6° livre des Rerum austriacarum (p. 137 des
Opera historica, édit. de Louvain, 1549), mais avec moins d'abondance.
(3) Médaille de 42. Avers: Buste de Marguerite, de profil, les cheveux tombants dont
l'extrémité est ramenée sur la poitrine. Dans le champ, à dextre, croix de St-André brochant
sur le briquet de Bourgogne, surmontée d'une couronne, à senestre une marguerite. Légende :
« Margarita Cæsaris Maximiliani filia ». Le point est formé par un aigle impérial. Revers : La Vertu,
svmbolisée par une femme vêtue, le coude appuyé sur une colonne à chapiteau, tient de la
main droite une couronne. À ses pieds, un personnage tombe, incliné sur les genoux, tenant une
couronne de chaque main. Dans le champ à senestre, motif architectural. Légende : « Victrix
fortunæ fortissima virtus ». Les deux couronnes tenues par la Fortune renversée seraient celles
de France et de Castille. Celle que tient la Vertu serait celle de Savoie (Bruxelles, cabinet des
médailles). Cette médaille a été reproduite par Camille PIcQUuÉ, dans Revue numismatique belge,
3° série, tome Lx1 (1862), p. 345 et planche xvr, n° 1. Cf. Natalis RonnoT, Jacques Gauvain
(Lyon, 1887), p. 45; F. MAzEROLLE, Les médailleurs français du XVe siècle au milieu du
XVile siècle, tome 11 (Paris, 1902), n°° 46 à 48.
CHAPITRE IV
La Duchesse de Savoie
Marguerite d'Autriche, arrivant en Savoie, était pour ainsi dire sur terre française.
Sans doute son mari, Philibert le Beau, par la situation de ses états, paraissait être
à l'abri des conflits qui agitaient l'Italie. L'entrée en scène des armées de Charles VIII
et de Louis XII donnait subitement une importance exceptionnelle aux passages
des Alpes : il devenait difficile à leur gardien de rester neutre.
Au début du règne de Philibert, deux partis s’affrontaient à sa cour, celui du duc
de Milan avec la douairière Blanche de Montferrat et celui du roi de France avec le
Grand Bâtard de Savoie, René, qui prit d'emblée toute l'influence et fut l'âme de
l'alliance française. En traversant les pays subalpins, Louis XII, dont les fleurs de
lys flottaient au faîte des châteaux, apparaissait comme le maître d’un duc qu'il
espérait tenir par un lien encore plus étroit (1).
Mais l’union autrichienne du prince savoyard devait nécessairement amener une
nouvelle orientation politique et entraîner, par une conséquence naturelle, la chute
du parti français.
René, dit le Grand Bâtard de Savoie, était issu de Philippe de Bresse et de
Libera Portoneri di Carignano, fille de noble extraction appartenant à une bonne
maison piémontaise (?). Il avait passé plusieurs années à la cour des Valois, amené
par son père, vivant alors d’expédients et connu sous le sobriquet de « Philippe sans
Terre ». L'avènement de Philibert le Beau fut une aubaine inespérée. Ce prince,
lui aussi, était fils de ce même Philippe, mais fils légitime, et il s’intéressa au sort de
René. Ce dernier, en courtisan habile, sut à merveille s'emparer de l'esprit d’un
prince léger et se rendre indispensable : comblé de terres et de dignités, imsatiable,
il s’'établira dans le comté de Villars (*) et dans la seigneurie de Gourdans, deviendra
(1) Sur le projet de mariage de Philibert le Beau en France, voir PéLissiER, Louis XII et
Ludovic Sforza (Paris, 1896), tome 1, pages 178 et 420 ; SANUTO, Diari, tome 11, col. 1059 ;
tome ru, col. 53. :
(3) Libera Portoneri appartenait à une famille de Piémont peu considérable, bien que noble.
Elle vivait encore en 1511. Son tombeau, conservé dans l'église Ste-Marie-des-Grâces à Carignan,
représente un buste de femme avec les blasons de Savoie et de Portoneri. CAIS DE PIERLAS,
Documents inédits sur les Grimaldi (Turin, 1885), page 114 ; cf. Bosio dans Miscell. stor. ital.,
tome x, page 841 sq. (Turin 1870).
(3) Le comté de Villars fut donné à René de Savoie le 19 novembre 1497, LEONE, Renato di
Savoia dans Boll. storico bibliografico subalpino, tome v (Turin, 1900), page 365. Voir aussi
l'acte d'inféodation du comté de Villars, des seigneuries d'Apremont et de Gourdans, daté du
1° septembre 1500, dans GuIcHENON, Hist. de Bresse et de Bugey, 4° partie, page 161 et dans
Panisse-Passis, Les comtes de Tende de la Maison de Savoie (Paris, 1889), page 191.
38 MARGUERITE D'AUTRICHE
lieutenant-général du duché et gouverneur de Nice (!), obtiendra même du Roi des
Romains (14 octobre 1499) des lettres de naturalisation (?). Tout souriait au jeune
audacieux et son triomphe allait s'affirmer par un mariage triomphal. Entouré d’une
élite de gentilshommes, René, avec un train princier, se rendit dans le comté de
Nice pour épouser celle qu'il voulait associer à sa fortune soudaine (*),
Anne Lascaris de Tende, dont les ancêtres avaient régné sur Byzance et sur Nicée,
lors de la quatrième Croisade ().
Mais tout excès appelle une réaction. Le favori ne sut point, par de nécessaires
ménagements, se faire pardonner la rapidité de son ascension. Il se croyait le
maître absolu de la Savoie, et il le fut en effet pendant plusieurs années, car
Philibert, aussi prompt au plaisir que rebelle à l'étude, lui avait tout abandonné,
même la direction de la politique étrangère (5). Le Grand Bâtard en usa sans
aucune discrétion. Orgueilleux et fastueux, dépensier et prodigue, toujours à
court d'argent, c'était, au dire des Genevois victimes de ses exactions, « le plus grand
de ces tyranneaux qui volaient le peuple » (f) et, sans scrupule, il prenait des
deux mains, remplissant de terreur petits et grands (*).
René avait peut-être cru impressionner l'archiduchesse quand il vint à sa
rencontre, lors du mariage par procuration, sur la route de Salins, entouré d’archers
magnifiques. Gâté par la fortune, il ne sut point deviner l'avenir, persuadé que la
jeune souveraine allait partager la vie frivole du beau duc et ne point se soucier
des affaires. Mais Marguerite, si elle n'avait pas encore eu l’occasion de donner sa
mesure, arrivait riche de souvenirs, se rappelant cette Anne de Beaujeu qui dirigeait
d’une main si ferme, à vingt-trois ans — bientôt l’âge de la nouvelle duchesse —
les destinées de la France, ou encore la glorieuse Isabelle la Catholique, si puissante
dans sa cour de Castille. Entre la fille des Empereurs et le bâtard de Philippe de
Bresse, la lutte était inévitable: en six mois, le lieutenant-général de Savoie,
dépouillé de ses biens, privé de ses charges, perdant jusqu'à son nom, sera réduit
à refaire sa vie à l'étranger.
La cause réelle de cette éclatante disgrâce n’est pas douteuse : Marguerite voulait
régner, et régner seule. Mais, pour abattre l'adversaire, il fallait des prétextes,
faciles à trouver d’ailleurs, car le Grand Bâtard, par ses rapines et sa violence, avait
(1) LEONE, dans Boll. stor. bibl. subalp., tome v, page 373.
(2) Lettres publiées avec la requête du duc de Savoie d'après Bibl. nat. Paris, fr. 15590,
fol. 319, dans Panisse-Passis, 0.c., page 202.
(3) LEONE, L.c., tome v, page 385.
(t) Panisse-Passis, 0.c., page 8.
($) A propos de la réunion des États généraux à Turin, un ambassadeur vénitien écrit en
novembre 1498 : « Non ha poder se non el Gran Bastardo ». SANUTO, Diarii, tome 11, col. 141.
Cf. tome nr, col. 198 et 202.
($) SPon, Hist. de Genève, tome 1 (1730), page 102. Cet auteur, très hostile au Bâtard, signale
ses malversations lors du procès d'Evria. Jbid., page 103.
(?) En 1499, quand René quitta le parti du duc de Milan pour celui de Louis XII, moyennant
une pension de 10.000 1., il eut l'inconscience de réclamer le paiement de la rente que lui servait
précédemment Sforza. PÉLISSIER, Louis XII et L. Sforza, tome 1, page 180 et Traité d'alliance
de Louis XII et de Philibert de Savoie en 1199, dans Mémn. Acad. Montpellier, section lettres,
2° série, tome 1, 1896, page 70, note 5 et page 85.
LA DUCHESSE DE SAVOIE 39
soulevé de nombreuses inimitiés (*). On le savait en relations fréquentes avec ces
montagnards suisses, toujours prêts à pêcher en eau trouble, et ou chercha de ce
côté pour échafauder une accusation de crime d'État. En effet, René de Savoie fut
inculpé de trahison pour avoir engagé des pourparlers, restés obscurs, avec Berne,
Fribourg et Soleure. Marguerite, poursuivant son dessein avec cette ferme volonté
qui était l’un des traits de son caractère, sut agir aussi bien sur son père que sur son
mari. Le Grand Bâtard, succombant sous des attaques arüfcieuses, dut subir la
confiscation de ses biens et la suppression de sa lieutenance (?). Il sentit la lourde
main allemande, quand on annula ses lettres de légitimation (14 mai 1502) et quand on
le mit au ban de l’Empire (%). L'ancien favori, retranché de la généalogie savoyarde
comme un rejeton malsain, dut subir l'appellation méprisante de « René de Bresse »:
la volonté souriante d’une jeune femme avait ainsi changé son deslin.
Marguerite, désormais incontestée, contraignit son beau-frère à se réfugier auprès
de cette Maison de France qu’il avait déjà servie avec distinction (*) et qui le
comblera d’honneurs, juste hommage rendu à un homme de guerre réputé que
Brantôme célébrera dans ses Capilaines illustres (5). Constante dans ses affections
comme dans ses inimitiés, l’archiduchesse, même après avoir quitté la Savoie, ne
voulut jamais de réconciliation.
Le Grand Bâtard né trouva point, tout d'abord, à la cour de Louis XII, les
circonstances favorables à sa haine. Au cours d’une altercation entre Philibert le Beau
et l’ancien lieutenant-général, le souverain prit, sans aucun doute et très vivement,
le parti du banni (*) et fera, quelque temps après (mai 1504), délivrer des lettres de
naturalisation à son protégé (7). Mais les nécessités politiques dominaient la querelle
savoyarde. Il fallait ménager la fille de Maximilien: c'était en effet l’époque du
rapprochèment franco-autrichien et des éphémères combinaisons matrimoniales entre
le futur Charles-Quint, encore enfant, et une fille de France.
Cependant les insinuations anti-savoyardes du Grand Bâtard n'étaient point
complètement méprisées. Quelques mois après que ce personnage eut quitté les
Alpes, on sentait déjà chez Louis XII, alors revenant d'Italie, une certaine défiance
vis-à-vis des « Savoisiens qui alors estoient mauvais Français » (*). Au liou de passer
en Savoie, l’armée fit route par Pignerol et le Dauphiné, symptôme de
mésintelligence mais pas encore de rupture. L'année suivante, en octobre 1503,
Philibert, lié depuis plusieurs années par son traité du 13 mai 1499 avec Louis XII,
commandera encore une compagnie dans l’armée de ce souverain et touchera comme
(1) Voir aux Archives de la Côte-d'Or, B 8728, la sentence portée contre le vénitien Pierre
Braccioli qui avait voulu s'emparer du Bâtard de Savoie, lieutenant-général du duché, à
l'instigation du protonotair: de Hongrie.
(2) Lettres du 14 juillet 1502, dans Quinsonas, Mat., tome 1, page 51.
(3) Lettres du 14 mai 1502, dans Quinsonas, Mat., tome 1, page 45, d'aprés l'original des
Archives du Nord, B 843, N° 17910.
($) Lettres de Philibert le Beau à Louis XII, 4 mars 1499 n. st., Archives du Nord, B 18824,
N° 23726.
(5) BRANTÔME, édition LaLaANNe, tome 11 (1867), page 379.
(6) Jean d'Auron, Chroniques de Louis XIT, édition de MaAuLpr, tome 11 (1891), page 243.
(7) Panisse-Passis, L.c., page 12, d'après le ms. fr. 5.305 de la Bibl. nat. de Paris. Ces lettres de
mai 1504 ne furent enregistrées que le 5 décembre 1505.
(8) Jean d'AUToN, Chroniques de Louis XII, tome nr, page 89.
40 MARGUERITE D'AUTRICHE
précédemment une pension sur le Milanais (‘), mais en même temps, et il est difficile
de ne pas sentir l'influence de Marguerite dans ce revirement, le beau duc aidait
Maximilien à lever des troupes (?), recevant de l’adversaire invétéré de la France,
en témoignage de reconnaissance, de nombreux privilèges ($).
Toutefois, tant que dura le règne de Philibert, la Savoié conserva les apparences
d’une politique française, malgré les intrigues du Grand Bâtard et celles d’une
parente appelée à une singulière destinée.
Louise de Savoie fera longtemps mince figure, dans sa résidence lointaine de
Cognac, subissant un effacément involontaire. Elle vivait chichement de la modeste
pension que les Valois Ini faisaient tenir (*). Puis, une grande espérance viendra
illuminer sa solitude, quand naîtront les chances de son fils, devenant l'héritier
présomptif de la couronne, tandis que Louis XII attendait vainement un dauphin.
Fille de Marguerite de Bourbon et de ce Philippe de Bresse que l'on retrouve
si souvent à la fin du XV° siècle dans l’histoire de Savoie (5), Louise, ayant perdu
sa mère à six ans (1483), fut recueillie par pitié dans l'hôtel d'Anne de Beaujeu,
sa cousine, puis mariée très jeune à Charles d'Orléans, comte d'Angoulême.
Elle fut mère et veuve à 18 ans (1496). « Humilité m'a tenu compagnie et
patience ne m'a jamais abandonnée », dira-t-elle en cette année merveilleuse
où la mort de Louis XII (1 janvier 1515) élèvera sur le trône celui qu'elle
appellé, dans un cri triomphal : « Mon roi, mon seigneur, mon César et mon
fils » (f). L'adversité avait aigri, mais non vieilli, la mère de François I° et quand, à
(1) Quittance de Philibert le Beau, 10 juin 1504, Turin (Turin, Arch. Cam., Inv. 182, N° 11).
(2) Février 1504, SanuTo, Diarii, t.v, col. 913.
(3) Privilèges du 15 octobre 1503 et du {°° avril 1504, dans GUICHENON, Hist. Maïson Savoie,
éd. Turin, tome 1v, 2° partie, pages 465 et 468. Cf. Archives Nord, B 843, n° 23973 et 23987.
($) De MauULDE, Louise de Savoie et François Ie (Paris 1895), page 9 ; JACQUETON, La politique
extérieure de Louise de Savoie (Paris, 1892), page 5.
(5) PuiciPPe Il
dit Philippe de Bresse.
né en 1443. Duc de Savoie le 16 avrit 496.
+ 7 novembre 1497.
1re Femme 2e Femme
MaARGUERITE DE BOURBON CLAUDE DE BROSSE dite DE BRETAGNE
épousée en 1472 + 1483. épousée en 1485, + 1518.
LoOuUISE DE SAVOIE PHILIBERT Il CHARLES III PHILIPPE PHILIBERTE
née en 1477 dit le Beau, né en 1486, de Savoie, de Savoie,
+ 1531. né en 1480, le 40 avril, duc de Savoie né en 14%, née en 1498,
Épouse Charles, + 10 sept. 1504. en 1504, +1553. évêque de Genève, 1524.
comte d’Angoulème, Duc de Savoie, pouse en 1521 comte de Genevois Épouse en 1515
+ 13%. le 7 novembre 1497. Béatrice de Portugal, en 151%, Julien de Médicis,
Epouse : 49 en 1496, + 1538. duc de Nemours duc deNemours,
Yolande-Louise de Savoie, en 1528, + 15433. trère de Léon X
François 1*° fille de Charles ler, Épouse en 1528 + 1516.
roi de France. + 149 : Charlotte d'Orléans.
20 en 1501, le 26 septembre,
MARGUERITE D'AUTRICHE
née en 1480, le 10 janvier,
+ le 1er décembre 15430.
Philippe de Bresse a eu aussi une descendance illégitime :
1° De Libera Portoneri, RENÉ, Grand Bâtard de Savoie, né en 1473, + 1527, marié en 1501 à
Anne Lascaris de Tende ;
2° De Bona di Romagnano, deux filles : ANTOINETTE, bâtarde de Savoie, + 1500, mariée en 1486
à Jean Grimaldi, st de Monaco, + 1505; CLAUDE, bâtarde de Savoie, + 1528, mariée en 1514 à
Jacques, comte de Hornes, + 1531.
(6) Journal de Louise de Savoie, édition PETITOT, dans Collection de Mémoires, tome xvi,
page 397.
LA DUCHESSE DE SAVOIE 41
quarante ans, la parénte pauvre des Valois, encore « belle de teint, très vive et
enjouée » (‘), sera appelée à s'asseoir sous le dais des Fleurs de lys, redressant sa
taille altière et prénant des allurès impérieuses, elle deviendra si autoritaire que l’on
disait, par jeu de mots sur son prénom en parlant de ses terribles volontés :
Loy, se de Savoie (?). Destinée à jouer un rôle important pendant les guerres et la
captivité du roi, elle sèra la rivale diplomatique de la régente Marguerite,
collaborant avec elle à la fameuse « Paix des dames » (1529), et, à vrai dire, son
adversaire, car, dans le profond de son cæur, elle restait hostile à tout ce qui lui
rappelait ses parents de Savoie. Dans un précieux « Journal », cahier d’orgueilleuses
confidences, Louise laisse deviner de tenaces ressentiments. Elle ne trouvera pas
un mot pour déplorer la fin prématurée de Philibert le Beau, son propre frère, alors
qu'elle sera presque éloquente sur la mort d'un chien. Heureusement, Marguerite
d'Autriche devait trouver plus d’affection dans son commerce avec les veuves des
princes qui avaient précédé son mari sur le trône ducal (%).
Deux des anciennes douairières de Savoie n'apparaissent guère que dans un
échange de lettres aimables. L'une d'elles, Blanche-Marie Sforza, veuve de
Philibert le Chasseur (1482), était devenue, en se remariant avec Maximilien
(16 mars 1494), la belle-mère de Marguerite (*). Au cours de la maladie qui devait
emporter l’impératrice, l’archiduchesse provoquera, vainement (f), une consultation
médicale, et regrettera l'issue fatale, ne connaissant «cœur de pierre si inhumain qui
n'en doive avoir regret et desplaisir » (*). Une autre douairière, Blanche de Montferrat,
tempérament énergique, était cette duchesse de Savoie qui fit aux Français,
traversant Turin lors de la première campagne d'ltalie, une si chaleureuse
réception (7), laissant ses bijoux à Charles VII, proie des usuriers, pour lui
permettre de continuer sa chevauchée vers Naples, sur le palefroi qu’elle lui avait
donné. Veuve du duc Charles I (1489), éloignée du monde sur la fin de sa vie, elle
vivait paisiblement dans sa retraite de Carignan, à proximité de Turin, prolongeant
ses jours jusqu'en 1519. Son commerce avec l’archiduchesse sera surtout épistolaire,
mais cordial. « Sy me semble bien, lui écrivait-elle, que cela ne pourroit jamès
avenir que la dame que plus j’ayme an se monde me myt hors de sa souvenance » (*).
(1) De BEaris, Voyage du cardinal d'Aragon (Paris, 1913), page 136, à la date du
44 août 1517.
(2) PasqQuIER, Recherches, dans Œuvres, édit. Amsterdam, 1723, tome r, col. 560.
(3) Voir le tableau généalogique publié page 26.
(t) Maximilien avait épousé Blanche-Marie Sforza pour sa dot de 440.000 écus d'or. Les
princes du Saint-Empire étaient mécontents de cette mésalliance avec la petite-fille d’une
bâtarde d'un Visconti et d’un paysan condottiere, d’une naissance aussi illégitime, François
Sforza. Le GLay, Correspond. de Maximil., t. 11, page 399.
(5) Maximilien à Marguerite, Fribourg-en-Brisgau, 3 janvier 1511, dans LE GLay, Corr. I,
page 466 (mais à la date erronée du 3 janvier 1512, n. st.). Cf. Ibidem, pages 367 et 383.
(6) Marguerite à Maximilien [janvier 1511], dans Le GLay, Corr. 1, page 481 (mais à la date
erronée de janvier 1512 n.st.). Une cérémonie funèbre en l'honneur de l'impératrice fut célébrée
à Blois, le 18 février 1511, n. st. Le GLay, Négoc., I, page 382.
(7) DELABORDE, Expédition de Charles VIII en Italie (Paris, 1883), page 399 ; Bosro, Notisie
sui sepolcri di Bianca di Monferrato, duchessa di Savoia, e di Libera Portoneria ...in
Carignano e sul passagio in Piemonte di Carlo VIIT, dans Miscell. stor. ital., tome x (1870),
page 841; L. UssecLio, Bianca di Monferrato, duchessa di Savoia (Turin, 1892).
(8) Lettres de Blanche [de Montferrat] à Marguerite, sans millésime (Archives du Nord,
Lettres missives, n° 39028 et 39029).
42 MARGUERITE D'AUTRICHE
Claude de Brosse, dite de Bretagne, était moins lointaine et ses relations avec
l’archiduchesse eurent un caractère très personnel. Mariée en 1485 à un cadet de
Savoie, Philippe de Bresse, qui devint duc en 1496, succédant à un petit neveu, elle
était veuve le 7 novembre 1497. Son douaire n'était pas très éloigné de la Bresse, et
des relations de bon voisinage purent lui permettre d'apprécier Marguerite, qui
résidait aussi volontiers dans cette région, sur les bords d’une claire rivière, dans ce
château de Pont d'Ain, riche des souvenirs du mari regretté. Claude de Brosse passa
ses dernières années dans les châteaux de Chazey-sur-Ain et de Billiat-en-Michaille (*),
dirigeant l'éducation de Philiberte et de Claude de Savoie. Elle aimait à annoncer à
Marguerite l’arrivée de la « vieille poule » et celle de ses « poussins » (?). La veuve
de Philippe de Bresse, femme de tête et de cœur, donnait des conseils avisés quand
son fils, le lamentable Charles III, en querelle avec les Suisses, viendra lui faire ses
doléances : « Mon filz, mon amy, vous n’estes pas seul prince a avoeir dez desplaisirs,
car il ne n’y a roy ny duc qui sient passé ung an sans se trouver en regret. Mon filz,
mon amy, je vous prie tant que je puis que ne pregnés pas ce affere trop a cueur,
mais que soyés en bonne santé que, a l’eyde de Nostre Seigneur, de Nostre Dame et
du Benoist Sainct Suayre, j'ay esperance que vous sortirés bien de cecy. Il vous fault
tousjours tenir bon de ses deux roys, et puis y regarderont bien comme 1ilz (les
Suisses) commenceront quelque chose de nouveau » (*). Et lorsque ce même fils,
aussi maladroit que pusillanime, s’avisera de vouloir lui enlever l’un deses familiers,
la vieille duchesse, haussant le ton, lui adressera cette dure mercuriale : « Mon filz,
ne me cuydés point tenir en la subgection qu'on fait les exclaves de Nyce, qui n'ont
liberté que ung jour de la sepmeyne, parce que leur maistre en ballie de l'argent,
ce que n'avez jamais fait despuys qu'estes duc pour moy, dont vous tiens bien pour
excusé, veheu les afferez qu’avé heu, mais non pas de la rudesse que m'avez faicte
d'en avoir envoyé toutez mes femmes ainsy soudaynement.. Si vous ne me remectés
en ma liberté, comme doibt estre une bonne proude femme vefve et vieille que je
suys, je vous advise et vous promectz que je ne ferais pas la Pantecoste en vos pays
ny l’Accension avec. » (!).
La rude Bretonne était irascible, mais elle était bonne et secourable quand on
avait gagné son estime. L’historien doit retenir comme un témoignage d’une valeur
certaine, l'affection qu'une femme d'un caractère aussi remarquable ne cessa
d'éprouver pour Marguerite d'Autriche dont elle appréciait l'intelligence et le
(1) Chazey-sur-Ain (Ain, arrt Belley, c°* Lagnieu). Billiat (Ain, arr! Nantua, c°" Châtillon-en-
Michaille). Philippe le Beau séjourna chez Claude de Brosse à Chazey, en mai et juin 1503.
GacHARD, Voyages des souverains des Pays-Bas, tome 1 (Bruxelles, 1874), page 288.
(3) Claude de Brosse à Marguerite, sans date [vers 1505], Turin, Archives de Cour, Lettere
principi Savoia, mazzo 2, original.
(3) Original non daté, Turin, Arch. Cour, Lettere principi, mazzo 2. Claude de Brosse fut
gouvernante de Savoie mais d’une façon intermittente. Voir les patentes du 31 janvier 1509
(Furin, Arch. Cour, Protocole Cour 135, fol. 134).
($) Claude de Brosse au duc de Savoie, original non daté (Turin, Bibliotheca civica autografi,
paquet 50, dossier Claude de Bretagne). Voici un autre trait du caractère assez entier de
Claude de Brosse. Le 21 décembre 1505, le Conseil d'Annecy avait cru lui faire plaisir en lui
faisant un cadeau de cent florins (Délibérations, 4° reg., fol. 392). Claude refusa, en s'indignant
d'être traitée au même tarif que la femme de René, bâtard de Savoie. On doubla la somme,
mais on se fit tirer l'oreille pour le paiement. Claude menaça de prison les syndics si les
200 $orins ne lui étaient pas payés, le 5 janvier 1506 (Ibid., 4° reg., fol. 399 v.).
LA DUCHESSE DE SAVOIE 43
tempérament viril. Grande fut la douleur de l’archiduchesse quand elle apprit le
décès (13 octobre 1513) de celle qui l’appelait sa fille (*). Claude de Brosse voulut
être enterrée dans la Sainte-Chapelle de Chambéry, au pied du Saint Suaire qu'elle
avait peut-être gardé dans son château de Billiat (?).
Une autre figure de sainte que Marguerite aimait à évoquer, Louise de Savoie,
fille du duc Amédée IX et veuve d'Hugues de Chälon, avait pris le voile des
clarisses dans l'ombre d'un humble monastère vaudois. La diligente religieuse savait
au besoin s'arracher aux austérités pour recommander, de son écriture claire et
menue, le temporel du couvent aux grands de la terre (*). La bienheureuse devait
s’éteindre en 1503 daus la paix du Seigneur, répandant sur Orbe, la pieuse retraite
de ses dernières années, une odeur de sainteté.
Si Marguerite avait élé tentée de fermer les oreilles aux bruits du siècle, la
fréquentation des Luxembourg, l’illustre famille des Pays-Bas si souvent alliée à des
personnages savoyards, aurait éveillé des souvenirs plus bruyants. Marie de Luxem-
bourg, la veuve de Jacques de Savoie, comte de Romont (mort en 1486), le capitaine
célèbre des armées du Téméraire (!), avait marié sa fille Louise-Françoise de Savoie
en 1503 à un autre homme de guerre, Henri, comte de Nassau (%). Une dame
d'honneur, aussi appelée Louise de Savoie, était la femme du Luxembourg-Martigues
qui avait accompagné Charles VIII à Naples (%). Françoise de Luxembourg, liée à
l'archiduchesse par un long commerce épistolaire, avait épousé Philippe de Clèves,
seigneur de Ravenstein, le héros de nombreuses entreprises pendant les années
difficiles de Maximilien (7). Et, à côté de ces personnages de premier plan,
appartenant surtout à l’histoire des Pays-Bas, il y avait un monde de gentilshommes
et de magistrats, la plupart savoyards, le - docte Philippe Chevrier, qui fut
consulté lors du contrat de mariage de l’archiduchesse (*}, le collatéral
Augustin d’Azelio, le maitre des comptes Humbert Boissier, le trésorier général
Jean-Louis de Piozasco et son collaborateur Louis Vionet, bientôt secondé par deux
bourguignons Charles Oursin, contrôleur des dépenses d'hôtel, et par le clerc
d'office Richard Contault. Il y avait surtout plusieurs conseillers très écoutés dont
les services éminents méritent plus qu’une simple mention, car ils furent, pendant le
séjour de Marguerite en Savoie, des confidents de tous les jours; leurs noms sont
(:) Marguerite au duc de Savoie, Malines, 4 déc. 1513 (Orig., Turin, Arch. Cour. Lettere
principr, mazzo 2). Cf. la lettre de Mamert de Costis à Marguerite, datée de Chambérv,
26 octobre, lui annonçant que, sur l'ordre du duc de Savoie, il a assisté aux obsèques de
Claude de Bresse (Arch. Nord, L.M., 30963;.
(2) GuicuENoN, Hist. généal. Mais. Savoie, éd. Turin, t. 11, p. 175.
(%) Louise de Savoie au duc Philibert le Beau. Voir aux Preuves n° vi.
(8) FRis, Jacques de Savoie, comte de Romont, dans Biogr. nat. Belg., t. xx.
(5) Les noces se firent à Ainay, près Lyon, le 5 juin 1503. Gacnarp, Voyages des souverains
des Pays-Bas, tome 1.
(6) Quittances de Louise de Savoie, vicomtesse de Martigues, dame d'honneur de Marguerite,
datées du 4 octobre 1503 et du 20 juin 1504 (Turin, Arch. Cam., Inv. 39, n° 29). Son fils,
François de Luxembourg, vicomte de Martigues, devait devenir lieutenant-général de Savoie par
patentes de mars 1509 (Turin, Arch. Cour, Protocol. Cour 135, fol. 137).
(7) Voir ANSELME, Hist. généal. de la Maison de France, t. wi, (Paris, 1728), p. 727 <q. et
RErFFENBERG, Relations... entre Belgique et Savoie, dans Nouv. Mém. Ac. Brurelles (4841), p. 40.
(8) Quixsonas, Matériaux, tome 1, p. 37.
44 MARGUERITE D'’AUTRICHE
inséparables ; ces admirables serviteurs étaient unis pour le bien de la souveraine
et de la couronne : Gattinara, Barangier, Marnix, Gorrevod et La Baume-Montrevel
contribuërent par leur dévouement à grandir la fortune de l’archiduchesse.
Mercurin de Gattinara, né en 1465, appartenait à une noble famille subalpine.
Juriste remarquable, il entra au service de Marguerite en 1502, illustrant, par ses
débuts, l’humble judicature de Villars (?), s'élevant par son seul mérite en 1504 à la
présidenee du Conseil de Bresse, puis, en 1508, à celle du Parlement de Dôle (?); il
était de plus chef du Conseil privé de l’archiduchesse. Maximilien aurait voulu
confier à l'éminent piémontais, qui avait les qualités d’un homme d'État, la direction
du Conseil des Pays-Bas (), mais l'origine étrangère du nouveau venu était un
obstacle invincible dans un pays si jaloux de ses prérogatives, et pour la même
raison, en Bourgogne, Gattinara, élevé à la première charge judiciaire du comté par
la volonté impériale, fut, après quelques années d’une magistrature intègre, sacrifié
aux manœuvres des grandes familles comtoises, au moment où l'esprit provincial
était encore dans toute sa force (*). Blessé dans son sentiment inné de la justice,
n’acceptant pas l’intervention de la politique dans le domaine du droit, le Président
de Bourgogne, destitué mais non disgracié, quitta volontairement le service de
Marguerite, et, dégoûté des grands, se retira quelque temps dans une chartreuse près
Bruxelles (5), songeant mêmé à quitter les Pays-Bas pour chercher en Savoie
quelque apaisement (‘). Toutefois, les services incomparablés du diplomate qui
connaissait la plupart des cours européennes, ne pouvaient être oubliés. Une
réparation éclatante, peut-être due à celle qui paraissait l'avoir sacrifié, appelait
Gattinara à une haute fonction. Nommé, en juillet 1518, Grand Chancelier du
royaume de Castille, le serviteur de Marguerite devenait ainsi le collaborateur
(1) L'autobiographie de Mercurin de Gattinara a été publiée par C. BOoRNATE, Sous le titre de
« Historia vite et gestorum per dominum Magnum Cancellarium », dans AMiscellanea di storia
italiana, t. xi.vin (Turin, 1915), pages 231 à 585. Voir, page 244, les raisons données par
Gattinara pour refuser un office judiciaire que lui offrait le duc de Savoie, vers 1493, pour ne
pas être obligé, à cause des faibles émoluments de la charge, de subir des tentatives de corruption.
Gattinara apparaît, comme juge du comté de Villars, dans une commission de Marguerite
d’Autriche du 5 août 1502 (Arch. Côte-d'Or, B 10347) ; il était juge de Gourdans, en septembre
1503 (Ibid., B 8039) ; il recevait en 1503 une pension de 300 1. sur les finances de cette duchesse
(QuINSONAS, Matériaux, t. 1, page 151).
(2) Gattinara fut nommé Président de Bourgogne par patentes de Maximilien du 12 février
1508 n. st. KooPERBERG, Margaretha van Oostenrijh, page 456. Gattinara ne prit possession
de son poste que le 16 avril 1509. Le GLay, Neg. diplom., t. 1, page 249.
(5) Maximilien à Marguerite d'Autriche, 25 mai 1509, dans KREITEN, Briefioechsel, page 68,
d’après Arch. Nord, L. M., n° 25728.
(4) Le GLay, Étude biographique sur... Gattinara, dans Mém. Soc. sc. Lille, 1847, p. 208.
Cf. BORNATE, Historia vite et gestorum per dominum Magnum Cancellarium, page 261 ; BORNATE,
Ricerche intorno alla vita di Mercurino Gattinara (Novare 1899) et CLARETTA dans Mém. Soc.
savois. hist., t. xxxvit (Chambéry, 1898), p. 245 à 344. Sur la destitution de Gattinara, voir
Nord, B 2252, fol. 52 v., B 2278, fol. 23 v. et L. M. n° 39774.
(5) Annales sur la vie de Mercurin..….. de Gatinare, par M. pe CourBoson (Ms. de la Bibl.
de Besançon), cité dans BORNATE, L. c., p. 265, note 1. Il s'agit de la chartreuse de Scheut
(Brabant, cr d'Anderlecht) à 4 kilomètres de Bruxelles.
($) Lettres patentes de Marguerite autorisant Gattinara à entrer au service du duc de Savoie,
mai 1518. Voir aux preuves n° Lxxx.
LA DUCHESSE DE SAVOIE 45
direct de Charles-Quint (?). Puis le temps fera son œuvre. Gattinara, éprouvé par la
mort de sa femme Andrietta degli Avogadri, tournera sés derniers régards vers le
Sacré Collège. Elevé à la pourpre cardinalicée (13 août 1529), le Chancelier impérial
devenu prince de l'Eglise rendra, peu après, le dernier soupir (5 juin 1530), à l'âge
de soixante-cinq ans, voulant reposer dans la paix de sa petite église natale, à
Gattinara, près de Verceil, faisant rappeler, dans une inscription tumulaire, son
désir d’être foulé aux pieds après sa mort, comme il avait été opprimé par le labeur
pendant sa vie. C’était, en effet, le grand travailleur. Sa claire écriture italienne,
pleine de réminiscences onciales, remplit des feuillets innombrables. On est surpris
de la promptitude de sa pensée, entrant avec la même vivacité dans un récit plein
de verve ou dans une discussion aux détails arides. Et dans la réparte, :l était
truculent. Un jour, dans une négociation diplomatique, Duprat, l'épais chancelier de
François I°', pariait sa tête sur une affirmation contestable : « J'aimerais mieux une
tête de cochon que la vostre, lui répliquait lé diplomate impérial, elle seroit
meilleure à manger ». En vérité, quand Gattinara prenait la plume ou s’engageait
dans une conversation, tout prenait de l'importance pour le scrupuleux serviteur de
Marguerite, parce qu'il s'agissait d’un devoir. Cette conscience apportée dans
l’accomplissement régulier des grandes et des petites besognes donnait à ce serviteur
d'élite uné compétence indiscutée. Une rare probité venait encore rehausser cet
inappréciable concours. Lorsque Gattinara, « pour demeurèr bourgongnon et subject
de Madame », voulut acheter en Franche-Comté la seigneurie de Chevigny, il vendit
ses terres de Piémont et ses bijoux (), n’ayant pas voulu trafiquer de son influence. Ce
noble magistrat haïssait le mensonge (*). Distant avec ses égaux, mais fier aussi avec
ses maîtres, il avait une rare indépendance de caractère ; il écrivait à la puissante
archiduchesse en des termes qui ne sentaient point le courtisan : « Je n’ay pas,
Madame, si mal vescu en ce monde ny acquis si maulvaise renommée que je ne
puisse tousjour aller a teste descouverte, tellement que quand je seroye dedans ung
bois, je vivroye a honneur et ainsy que ung homme de bien doit vivre, combien que
quand vous me fauldriez, ce que je ne sçauroie imaginer, jamais apres prince ne
princesse ne me auroit a son service, car je n'auroye jamais plus de confidence en
prince ni princesse du monde... » (‘). Par l’ensemble de ses qualités, talent,
(4) Mandement du roi de Castille, du 17 nov. 1518, allouant à Mercurin, comte de Gattinara,
chevalier, conseiller et grand chancelier du roi de Castille, une pension de 2.000 ducats de
2 gros à valoir du 2 août 1518, date de son départ de sa maison pour se rendre auprès du roi,
pension indépendante d'une autre pension de 1.600 livres, sans compter son allocation quotidienne
de 3 livres de 6 gros pour son «€ plat » comme chancelier (Arch. Nord, B 3336, fol. 18; cf.
fol. 18 verso et 19). Voir la lettre de félicitations adressée par Marguerite à Gattinara, 3 nov.
1518 (Ibid., L.M., n° 39779).
(2) GATTINARA, Relation des conférences de Calais tenues en 1521, dans Weiss, Papiers d'état
de Granvelle, tome r (Paris, 1841), page 183, d'après une citation de Le GLay, Gattinara, p. 212.
(3) L'acquisition de Chevigny coûta 6.000 livres et fut faite avant le 21 octobre [1511] (Arch.
Nord L.M., n°: 28218, 30265, 30290. CHacnyx, Gorrevod, page 142). Gättinara prêta Pommse
le 26 août 1513 (Arch. Nord, B 2223, fol. 146).
(4) Dans une discussion avec Philibert Naturel, abbé d'Ainay, ambassadeur de l’archiduc,
Gattinara déclare, en 1507, que son adversaire mentait comme un « arrachieur de dens ».
KOOPERBERG, 0. c., pages 377 et 382.
(5) Lettre de Gattinara à Marguerite, 8 octobre 1509, à propos de sa mission en Aragon
(Arch. Nord, autographe, L. M., n° 25891, publiée dans Lettres de Louis XII, t. 1, p. 185).
46 MARGUERITE D'AUTRICHE
dévouement, caractère, Gattinara était la tête du groupe de ces «grands maîtres»
que Marguerite avait forgés pour en faire les glorieux serviteurs de son impérial
neveu.
Louis Barangier, qui exerçait auprès de Marguerite la charge de premier secrétaire,
était tout au moins bressan par son mariage, ayant pris femme à Bourg dans le
milieu judiciaire. C'était un sage, qui n'avait, au dire de sa belle-mère, qu’un tout
petit défaut, une « certaine curiosité de boire le vin trop frezet de manger fruytes» ({).
Et de fait, à Bourg, dans le monde des magistrats, ce bon vivant était prié de
déguster des vins « a boyre plus doulx que my{e]l » et on lui promettait du « fromage
fondu apres souppez, et des arens à la douzaine » (?). C'était l’un des plus anciens
serviteurs de l’archiduchesse. Barangier avait accompagné Marguerite en Espagne en
1497, était devenu son maître d'hôtel à son retour dans les Pays-Bas, puis en Savoie,
son secrétaire ; il était même titulaire, à Bourg, d’un office de maître à la Chambre
des Comptes de Bresse. Il suivra la Régente à Malines et partagera sa vie jusqu’au
moment où, las de l’agitation des cours, il viendra s'installer dans son greffe du
Parlement de Dôle (*), faisant figure de personnage important, ayant pignon sur rue
et grosse seigneurie à Aubigney, dans le voisinage (!).
Laborieux comme Gattinara et Barangier, plus souple que le premier, plus
ambitieux que le second, Jean de Marnix est le type représentatif de ces clercs
dévoués qui s’attachent à une puissante maison pour édifier leur fortune en défendant
celle du maître. Il appartenait à une honorable famille de Tarentaise (°)
dont les membres exerçaient des charges très disputées mais pauvrement rétribuées.
Claude de Marnix, son père, était un ancien greffier qui avait pris femme noble dans
le Val d'Aoste. Son oncle, Georges de Marnix, était resté fidèle à sa vallée, donnant,
avec le robuste bon sens des montagnards, d’excellents conseils. Un autre, André de
Marnix, était maître des Comptes de Savoie, faisant édifier à Chambéry une
sépulture monumentale. Dans cette nichée de robins savoyards, Jean de Marnix
prendra son vol vers les Pays-Bas, devenant l'ancêtre du Philippe Marnix de Sainte-
Aldegonde, si célèbre dans les annales politiques des Provinces-Unies. Jean de
Marnix avait commencé par la pratique notariale, mais, dès 1502, sa carrière se
dessina. Attaché alors, comme second secrétaire, à la personne de Marguerite, il
deviendra trésorier-général, restera toute sa vie à son service, recevra son dernier
soupir et assurera son exécution testamentaire. Chargé de nombreuses missions, il
était pratique mais tenace. Un jour, qu’il pressait trop fort le fuyant et indécis
Maximilien, ce dernier à bout d'arguments lui rappela brutalement qu'il parlait à
(1) 16 juillet [1512] (Arch. Nord, L. M., n° 37802).
(3) Claude Combet à Barangier, sans millésime. (Arch. Nord, L. M., n°° 37486 et 37488).
(3) Barangier, pour devenir greffier du Parlement de Dôle, engageait son ami Marnix à ne
rien négliger pour atteindre le succès : « et s'il est mestier de bailler argent, ne fault espargner
ung demy cent de florins, voire d'or, et je les envoyerai... ». Barangier à Marnix, 29 mai {(1509),
Bruxelles (Arch. Nord, autographe, L. M., n° 36976). Dès qu'il fut nommé, Barangier se fit suppléer
par Guillaume de Boisset.
(#) Voir des renseignements complémentaires sur Barangier plus loin, page 59.
(5) Mandement de Marguerite, du 17 septembre 1512, sur requête de « nostre amé et feal
secretaire maistre Jehan de Marnix, natif du pays de Savoie et du comté de Tharentaise »
(Arch. Nord, B 2223, fol. 69 verso). Voir les renseignements relatifs à Marnix et à sa famille,
preuves, n° XXXvI.
LA DUCHESSE DE SAVOIE 47
l'Empereur : « Dites a ma fille qu'elle m'envoie un chevalier de l'Ordre pour conferer
avec moy, car c'est trop haulte matiere pour vous » (?). Marnix était en quelquesorte
le directeur du cabinet politique de la Régente, et indispensable (#), connaissant tous
les secrets, mêlé de près à l’achat dés électeurs impériaux, quand il fallut faire
triompher le nom de Charles-Quint (*), puissant plus que les puissants. Son influence
élait très sollicitée ; il aimait à rendre service et on lui témoignait volontiers de la
reconnaissance. Aussi Marnix, arrivé pauvre à la cour de Marguerite, par son
travail et son adresse, édifia sa fortune en moins de dix ans, achetant de grasses
seigneuries, tandis que son père, resté dans un pays sans avenir, trop fier pour
demander un secours, plus riche de considération que d'argent, mourut dans la
petite cité de Moûtiers sous la bénédiction de l’archevêque de Tarentaise (°).
Marnix, en devenant seigneur bourguignon, se montrait bon politique. Sasouveraine,
Marguerite, avait reçu les patentes de comtesse de Bourgogne (19 février 1509), et
pour étendre son action centralisatrice dans une province jalouse de son autonomie,
avait besoin de serviteurs fidèles, intelligents, capables dans les assemblées des États
de diriger un mouvement d'opinion. Déjà, beaucoup de Comtois, par leur charge à la
Cour, apportaient à l’archiduchesse un précieux concours. Mais aucun d'eux n'avait
le contact quotidien comme Marnix, Barangier ou Gattinara. Ce fut un succès très
personnel que remporta Marguerite en décidant, presque simultanément, ces trois
personnages à devenir gentilshommes dans son comté. Barangier fut pour beaucoup
dans cette détermination : « Je vous diz comme à mon frere, ecrivait-il à Marnix,
en l'estat ou vous estés, que ne seriez myeulx fere que d'estre bourguynon. Vous
trouverez bien argent de ce que avez en Savoy. Vous y pensérez » (‘). Et Gattinara
s’en réjouissait à l'avance, dans une épitré adressée à son fidèle greffier. « Marnix
sera bientot Grand Maistre en Bourgoingne, mieux fondé que point de nous deux, dont
suis joyeulx êt de tout son bein » (?) et ainsi le Savoyard subit cette douce contrainte «a
cause que Madame a tousjours desiré qu’il habandonnast Savoye pour venir resider en
Bourgogne, affin qu’il fust par ce son naturel subject » (#). Cette poussée des amis de
Marguerite vers la Franche-Comté était saluée, du moins en apparence, par les
acclamations du maréchal de Bourgogne, Guillaume de Vergy, l'âme de la vieille
noblesse, passionné pour la chasse au faucon, écrivant joyeusement à Barangier, qui
paraît bien être l'ami de tout le monde : « [Marnix] a acquis une belle terre
(1) Marnix à Marguerite, 5 juin [1509], à l'occasion des pouvoirs de la Régente (Arch. Nord,
orig., L. M., n° 25743).
(2) Barangier à Jean de Marnix, 14 février [1511], Malines : « Je treuve Madame toute bonne
et telle qu'elle m'a tousjours esté. Je ne desire pas fort m'avencer en beaucop de matieres et je
feray le mieulx que pourray, attendant vostre bref retour, combien que les matieres cressent de
plus en plus; encorres si elles estoient joyeuses, l'en y prendroit plesir. Dieu les veulle amander »
(Arch. Nord, L.M., N° 36970).
(3) Instruction de Marguerite à Jean de Marnix, [3 février 1519], dans LE GLay, Négoc. polit.,
tome 11, page 195.
(#) Georges de Marnix à Jean de Marnix, 24 mars [1510], voir aux preuves n° xxxvi.
(5) Barangier à J. de Marnix, 7 février [1510], Malines (Arch. Nord, autographe, L.M.,
N° 36972 et 26829).
(8) Gattinara à Barangier, 18 janvier [1512], Dôle (Arch. Nord, orig., L.M., N° 30348).
() Minute de J. de Marnix [année 1511] (Arch. Nord, L.M., N° 38560).
48 MARGUERITE D'AUTRICHE
[Toulouse] de Mons. d'Esmeries (A ymeries) et la ou il y a de bons vins et beaucop.
Je vouldroye qué en eussiez austant en la seigneurie d’Aulbini (Aubigney). Quand.
vous serez audict Aulbini, je iray vosler vers vous, car c’est le plus beau pays pour
la voslérye qui soit en ce quartier la... Monseigneur le Président [Gattinara] a acquis
Chevigny comme vous sçavez, qui est ung béau lieu; vous avez ledict Aubbini, et
monseigneur le secretaire Marnix, Tholouse. Il fault que monseigneur le Gouverneur
[Gorrevod] ayt quelque chose, afin que on voise boire vers luy, si Madicte Damé
venoit par deça » (1).
Gorrevod n’était cependant point étranger à la Comté. Ses ancêtres reposaient
dans ce pays, à Marnay (?), mais il était surtout savoyard par ses seigneuriés et ses
charges. Écuyer de Philibert le Beau dès 1497, puis gouverneur dé Bresse
(25 octobre 1504), tilulaire de nombreux offices ét châtellenies, il semblait que de
puissants intérêts et ses mariages dussént le fixer en Savoie. Mais il subit, comme
tant d’autres, l'emprise de Marguerité et sa fortune fut rapide : Chambellan de
l’archiduc (1507), Chef des finances de l’archiduchesse (1510), Pardessus de Salins
(1512), Chevalier de la Toison d'Or (26 octobre 1516), Chevalier d'honneur dé
Marguerite (14 novembre 1516) à la mort de Gui de La Baume, puis maréchal de
Bourgogne (1521). Chargé entre temps de nombreuses missions diplomatiques.
Gorrevod pouvait croire être arrivé à l'apogée de sa fortune quand :1l fut créé
comté de Pont dé Vaux (28 janvier 1521). Charles-Quint, qui avait déjà accaparé
Gattinara et son élève Nicolas Perrenot (le futur Granvelle), appellera aussi en
Espagne Gorrévod qui deviendra le Grand-maître de l'Hôtel impérial (31 mars 1522).
Décédé à Barcelone (1529), le Gouverneur de Bresse voulut rejoindre dans la mort
celle qu’il avait si loyalement servie et c’est ainsi que l’on peut voir, éncoré
aujourd'hui à Brou, le pieux gentilhomme, chevronné d’or, l'Ordre de la Toison au
cou, éternellement agenouillé dans la radieuse lumière du vitrail de l’Incrédulité
de St-Thomas (*). Son frère, Louis de Gorrevod, évêque de Maurienne à vingt-six ans
(1499), devait être élevé à la pourpre cardinalice en 1530 (!).
Un compatriote dé Gorrevod, Gui de La Baume, comte de Montrevel, sergneur de
La Roche et d’Irlens, aussi chevaliér de la Toison d'Or, portait non moins dignement
l’un des plus grands noms de Savoie. Attaché à la personne de Philibert le Beau
comme chambellan, il fut comblé d'offices et de dignités, et se trouva tout désigné,
quand arriva la nouvelle duchésse, pour rémplir auprès d'elle la fonction de
Chevalier d'honneur. Cette haute charge, qu'il exérça non seulèmént en Savoie, mais
(1) G. de Vergy à Barangier, 21 janvier [1511, n. st.], Champlitte (Arch. Nord, L.M. N° 28421 ;
lettre publiée dans CHaGny, Gorrevod, page 81, à la date erronée du 21 janvier 1510).
(2) J. GAUTHIER, Les Gorrevod et leur sépulture dans l'église de Marnay (Doubs), dans
Mém. soc. émulat. Doubs, 1869, 4° série, tome v, pages 343 à 356.
(3) Voir la notice publiée dans CHAGNY, Correspondance... dr Laurent de Gorrevod (Lyon
1913). Gorrevod épousa en premières noces (18 février 1504) Philiberte de La Palud, fille du
comte de Varax, maréchal de Savoie et d'Antoine de Polignac, et en secondes noces (30 juin
4509) Claude de Rivoire, dame de Montanav et de Gerbaix, qui fut attachée à l'hôtel de
Marguerite comme dame d'honneur (Arch. Nord, L.M. 40360, commission non datée). On sait
que Marguerite fit élever à Brou une chapelle dont le vitrail représente son fidèle serviteur et
sa seconde femme.
(#) Cnacny, dans Bull. Soc. Gorini, 1906, page 147 et ANGLEY, Hist. diocèse Maurienne,
(S'Jean-de-Maurienne, 1846), page 267.
LA DUCHESSE DE SAVOIE 49
aussi dans les Pays-Bas jusqu'en novembre 1516, date de son décès, lui donnait la
direction dé l'Hôtel de l’archiduchesse. Sa puissancé, déjà considérable par ses
seigneuries et ses places, lui permit de bien établir ses enfants. L'un d'eux,
Pierre de La Baume, fort soutenu par Marguerite d'Autriche, devenu abbé,
évêque, archevêque et cardinal, se montra plutôt inférieur aux responsabilités qui lui
incombaient, particulièrement lorsqu'il fallut défendre son siège épiscopal de Genève
contre les protestants. Un autré fils, Claude, marquis de Saint-Sorlin, occupera la
plupart des offices paternels. Une fille, Jeanne, en épousant Simon de Rye, apportait
à la famille les influences d’une illustre alliance.
Le Chevalier d'honneur était assisté, dans l'exercice de ses multiples attributions,
par plusieurs maitres d'hôtel. L’un d'eux, Louis de Balliant, seigneur de Verboz,
était aussi savoyard, mais attaché au sol et conservant d’ailleurs, après le départ de
l'archiduchesse pour les Pays-Bas, la confiance de sa souveraine qui lui donna
d’honorables missions. Les autres maîtres venaient des Flandres; Pierre Carenson,
qui avait accompagné Marguerite en Espagne ; Jérôme Vent, qui avait déjà servi
Marie de Bourgogne et retournera avec la Régente à la cour de Malines.
Un autre maître de l'hôtel, le gueldrois Alard Bentinck, devait vivre pendant
trente ans la vie de Marguerite, sous le soleil d'Espagne, à travers les vallées des
Alpes et dans les brumes du Nord. Il assistera à son agonie, suivra son cercueil dans
la poussière des grands chemins jusqu’à Brou, l'ultime arrêt. Ce Bentinck était un
personnage pittoresque. Grand buveur, il eut, un jour, à Malines, dans le jardin
même de l’archiduchesse, une querelle scandaleuse avec l'échanson Faulcue ({). C'était
aussi un effréné joueur. Son dévouement faisait passer sur des nombreux défauts.
Marguerite essaya de le corriger, mais en douceur, car elle savait, par de bons
procédés, conquérir le cœur de ses gens. Elle fit donc donner à son turbulent
serviteur une somme de deux cents écus d'or, mais sous condition: « Jamais je ne
joueray, déclara-t-il, a quelque jeu ne contre quelque personne que ce soit, plus
hault de deux philippus pour un jour, saulf et reservé en la presence et compaignie
de Ma tres redoubtée Dame et par le congié et consentement d'icelle, et, en cas qu'il
peust estre trouvé que j'aye joué plus desdicts deux philippus par jour, si ce n'est
par le congié de Madicte Dame et avec elle, je seray tenu et par ceste m'oblige a
donner a Madicte Dame une chaine d'or en valeur de mille livres de XL gros dicte
monnoie de Flandres la livre pour une fois, soullz l’hypothequée de tous et singuliers
mes biens presens et advenir, sans fraude ne malengien » (*). Ainsi Bentinck,
malgré ses excès, sut se maintenir à la Cour. C'était, d’ailleurs, un homme de
ressource. Il avait su faire le bon apôtre auprès de la belle-mère de Barangier,
laquelle avait bien voulu se charger à Bourg de l'éducation du jeune Laurent
Bentinck. Il utilisait ses nombreuses relations et poussait son fils sur la voie de la
fortune en l’attachant au service de Wolsey, le puissant cardinal d'York.
Tout un personnel féminin entourait Marguerite d'un affectueux dévouement. Ses
demoiselles d’honnèur ét ses femmes de chambre formaient, à ses côtés, comme uné
grande famille dont l’archiduchesse acceptait la charge, s’occupant de bien caser et
(1) Voir le récit détaillé de cette altercation, dans le chapitre du Conseil privé (p. 73 à T5);
chapitre qui renferme aussi des détails complémentaires sur Gattinara, Marnix et quelques
autres personnages de l'intimité de Marguerite dans les Pays-Bas.
(2) Quittance rédigée vers 1513 (Arch. Nord, B 3382, N° 113864).
90 MARGUERITE D'AUTRICHE
de doter généreusement ses suivantes. Marguerité de Blaesvelt reçut 4.000 francs
quand elle épousa un gentilhomme vaudois, Benoît Champion. Marguerite
de Valpergue, fille d’un puissant gentilhomme piémontais, Jacques de Valpergue,
comte dé Maxin, fut gratifiée de 2.000 florins quand son père la rappela pour la
marier dans son pays. Louise d'Entréemont, dé l’illustre famille des comtes de Montbel,
épousa l'un des premiers gentilshommes des Pays-Bas, Charles de Lannoy, grand
écuyer dé Charles-Quint, le futur vicè-roi de Naples. Marguerite aimait à marier ses
bons serviteurs et s’efforçait de les attachér par de nouveaux liens à sa Maison.
Jeanne de Foy, sa dame d'’atour, épousa l'écuyer Philippe dé Brégilles.
Etiennette d'Espagne, la demoiselle d'honneur, qui avait suivi sa maîtresse en
Espagne, en Allemagne êt en Savoie, deviendra la femme d'Henri d'Hemericourt, le
premier écuyer d'écurie si dévoué à la Régente. Catherine de Marcke, la femme de
chambre, choisira un savoyard, Gilbert de Varax, qui fera aussi son chémin à la
cour de Malines, ét uné autre, Jeanne dé Cerf, appartenant à une bonne famille
noble des Flandres, apportera à Jean de Marnix de nouvelles influences, fixant
définitivement sa fortune dans lés Pays-Bas ().
Sans vouloir davantage multiplier les détails sur lès nombreux personnages
attachés à l’Hôtel de Marguerite (?), il convient d'attirer, en dernier lieu, l'attention
sur le personnage un peu picaresque, mais profondément original, qui a le plus
contribué à donnér à l’archiduchesse une réputation littéraire.
Lemaire, qui vint certainement à Turin — on a de lui une quittance du 12 juin
1504 (°) — aimait à rappeler l'intérêt que Marguerite aurait pris au plan du Palais
d'Honneur féminin, composition qui nous a valu une jolie page: « Madame, éstant
naguières en mon petit estude solitaire, comme j'ay de coustume, exerçant le tres
noble et tres laborieux commandement a moy enjoinct de par Vostre Tres Digne
Excellence, c’est assavoir de bastir et construire litterallement le Palais d'Honneur
féminin duquel verballement par vostre facunde et ingeniosité celeste des pieça
m'aviez baillié le devis, platte forme, pourtraictz et invention, pour lequel executer
et mettre en euvré, tout tel simple ouvrier et architecte que je suis, j'avois desja le
compas en main, l’escarre preste, le plomb et le lyneau (— niveau) tous agensez, et
mes massons, qui sont mês dix sens naturelz, tant intrinsecqués comme extrinsecques,
a tout leurs ciseaux, marteaux et autres instrumens duisans a massonnerie, tous
uniz, assembléz ét encouraigéz de bien faire. La matiere estoit sur lé lieu et les
grandz quartiers dé marbre, qui sont mes livres, éspars ça et la dévant mes yeulx
(1) Renseignements sur Marguerite de Blaesvelt, Marguerite de Valpergue, Louise d'Entremont,
Jeanne de Foy, Étiennette d'Espagne, Catherine de Marcke et Jeanne de Cerf, aux Archives du
Nord, dans le fonds de la Recette générale des Finances. Voir l'inventaire manuscrit rédigé en
1926 avec le concours de M'e Eugénie Lancien.
(2) Voir quelques détails complémentaires dans le chapitre sur le Conseil privé.
(3) Quittance par Jean Lemaire délivrée à Louis Vionet, trésorier de Marguerite, d'une somme
de 10 écus d'or de 42 sous, monnaie de Piémont, et datée de Turin, 12 juin 1504, pour un don
que lui a fait la duchesse. Original signé, conservé aux archives de Turin, publié dans Fr. THIBAUT,
Marguerite d'Autriche et Jean Lemaire de Belges ou de la littérature et des arts aux Pays-Bas
sous Marguerite d'Autriche (Paris, 1888, thèse), page 139. Un autre document, conservé aussi à
Turin (Turin, Arch. Cam., Inv. 39, n° 29), concerne un paiement fait sur l'ordre de la duchesse
à « Maistre Jehan, nostre painctre » le 30 janvier 1504. Cette pièce ne peut concerner Lemaire,
peut-être s'agit-il de Jean Perréal. Toutefois, ce personnage n'apparaît d'une manière certaine
dans la comptabilité de la douairière qu'en 1506-1507.
LA DUCHESSE DE SAVOIE 51
dont ainsi comme jé les retournois et compassois pour choisir les meilleurs et les
plus duisables, arriva ung homme incogneu, lequel interrompit ma sollicitude…
dont... mes oustilz d'architecture me cheurent de la main. Je donnay congié a mes
massons d'ouvrer ailleurs et feiz retirer a part en ung coing les precieux marbres
desquelz j'avoie faict l'attraict et la preparation pour si noble euvre jusques a tant
que j'eusse la faculté de les mettre en euvre, se d’aventure vous m'en estimez
digne » ().
Si le Palais d'Honneur féminin n'a été qu'ébauché, si d'autres œuvres qui ont
intéressé l’archiduchesse ne nous sont point parvenues, nous avons néanmoins
conservé encore dé nombreuses compositions du grand rhétoriqueur, dont quelqués-
unes furent certainement écrites en Savoie, à l'époque où Marguerite, veuve de
Philibert le Beau, n'était pas encore la régente des Pays-Bas, notamment les
Espitres de l'Amant Verd et la Couronne margarilique.
Jean Lemaire de Belges, originaire de Bavai, neveu de l’historiographe Molinet,
maitre ès-arts de l'Université de Paris, clerc des finances du duc de Bourbon (mari
d'Anne de Beaujeu) en 1498, à Villefranche-sur-Saône, puis secrétaire de
Louis de Luxembourg, seigneur de Ligny, venait de rédiger en l’honnéur de ses
deux premiers protecteurs, tous déux morts en 1503, de retentissants panégyriques (?),
quand il entra au service de Marguerite d'Autriche. Agé alors de trente ans,
précédé d’une réputation de bel esprit, il était attiré dans la région par le charme de
Lyon, alors centre d'une véritable Renaissance, Lemaire, qui avait éprouvé, dans
son Hainaut natal, que « nul n'est prophète en son pays », fut vite fèté par
l'Académie de Fourvières, sur la recommandation de Perréal. Il avait en tête,
depuis plusieurs années, son livre célèbre des {llustrations de Gaule et Singularitez
de Troye (*). Marguerite encouragera volontiers sa Muse et lui enverra de petits vers
pleins d'amitié :
Ton escriptoire a si bonne practique
Que si la crois, sera bien estimée.
Par quoy concluz : ensuyz ta rhetoricque
Car tu sces bien que par moy est aymée (!).
(1) Lemaire à Marguerite, 20 novembre 1510, Bourg. (Paris, Bibl. Nat., ms. franç. 2235, ancien
1412, publié dans LEMAIRE, Œuvres, édition STECHER, tome 1v, page 397). L'auteur fait allusion
à la mission dont il fut chargé pour les sépultures de Brou quand il dit avoir été D. dans
la composition du Palais d'hnneur.
(2) Le Temple d'honneur et de vertus, composé par Jehan Lemaire, disciple de Molinet, à
l'honneur de feu monseigneur de Bourbon a été publié à Paris, chez Michel Le Noir en 1504 et
réédité par STECHER, tome 1v, pages 183 à 242. Pierre de Bourbon mourut le 10 octobre 1503.
L'ouvrage est dédié à sa veuve, la célèbre Anne de Beaujeu.
La Plainte du Desiré, c'est-à-dire la déploration du trespas de feu monseigneur Loys de
Luxembourg, a été publiée en 1509 et rééditée par STECHER, tome ut, page 157 à 186. Louis de
Luxembourg mourut le 31 décembre 1503.
(8) La première édition des [ustrations de Gaule et singularités de Troye parut à Lyon en
1510 chez Etienne Galand, et comprend le premier livre, dédié à Marguerite d'Autriche ; le
second livre publié à Paris et Blois et le troisième livre, publié à Paris en juillet 1513, sont
dédiés à Anne de Bretagne. Sur les éditions des œuvres de Lemaire, voir A. HumPpErs, Etude sur
la langue de Jean Lemaire de Belges (Liége, 1921, fasc. 26 de la Bibl. de la faculté de
philosophie de Liége), pages 218 à 237.
(#) Lemaire à Marguerite, [vers 1509], dans LEMAIRE, édition STECHER, tome 1v, page 396. C'est
dans cette lettre (page 393) que l'auteur fait l'éloge de l'accueil fait « es marches circonvoisines
D2 MARGUERITE D'AUTRICHE
La Premiere espilre de l’'Amant Verd a Madame Murguerite Auguste fut écrite au
moment où la fille de Maximilien se rendait à Strasbourg, le 5 mai 1505, lors de la
négociation de son douaire (!). Le perroquet familier qui avait accompagné Marguerite,
alors infante de Castille, « depuis Zelande ou Grenade », se lamentait au château de
Pont d’Ain après le départ de sa maîtresse, laissant échapper dés souvenirs un peu
indiscrets :
Bien souvent de ta bouche gentile
M'estoit donné repas noble et fertile.
Que dirai je d’autres grands privautéz,
Par quoy j'ay veu tes parfaites beautéz :
Et ton gent corps, plus poli que fin ambre.
Trop plus que nul autre varlet de chambre,
Nud, demy nud, sans atour et sans guimple,
Demy vestu, en belle cotte simple,
Tresser ton chef, tant cler et tant doré,
Par tout le monde aymé et honnoré (?).
La critique littéraire, souvent sévère pour l'œuvre du « rhetoriqueur », a été
unanime pour louer ce gracieux badinage. Deux ou trois autrés compositions, faites
par Lemaire pendant son séjour à la Cour, peuvent encore être consultées utilement
pour la biographie de l’archiduchesse (*), mais il faut surtout retenir comme particu-
de Bourgoigne, c'est assavoir Lyonnais et Bourbonnais » à ses productions et trouve « pour
certain que nul n'est prophete en son pays». Sur la Renaissance lyonnaise, voir CHARVET,
Jean Perréal (Lyon, 1834) et P. AzzuT, Etude biographique et bibliographique sur Symphorien
CHAMPIER (Lyon, 1859).
(1) THIBAUT, Marguerite d'Autriche, page 140, dit que l’Amant Verd aurait été écrit vers 1506,
à l'occasion d'un vovage fait en Allemagne dont parle Lemaire. On peut fixer exactement ce
voyage entre le 13 avril et le 4 août de l’année 1505 d'après l'itinéraire que nous avons dressé.
Marguerite fit en effet — détail prouvant l'exactitude des petits faits de la biographie de
l'archiduchesse figurant dans l'œuvre de Lemaire — un voyage en Allemagne en 1505 attesté
par cette mention d'un compte de J. L. de Piosasco : « Premierement, en mille escus d'or au
soleil livrés a moy mesmes, qu'il at pleu a madicte dame moy donner pour mon mariage quant
elle retournit d'Alamagne l'année passée l’am mil cinq cens et cinq...» (Arch. Nord, L.M.,
n° 40285). C'est au retour de ce voyage que Marguerite passa à Reims, où sa présence est
attestée par un mandement daté du 29 juin 1505 (Jb:d. B 142, n° 23998) concernant une lettre
de rémission accordée ce même jour à un paysan, Collesson Regnard, détenu dans les prisons
de l’archevêché pour meurtre commis sur la personne du curé de Sept-Saulx (Marne), nommé
Jean Rogier, qui l'avait traité de « meschant homme villain, en disant que le batteroit tant que
les chiens le mangeroient ». L'archiduchesse chargea le Parlement de Paris d'assurer l'exécution
de ces lettres de rémission, déclarant les avoir délivrées « en ceste nostre venue en ceste cité
de Reyns, enssuivant le privilege et auctorité de tous princes et princesses yssus de sang royal
en telz cas ont acoustumé de user, oulctroyer grace, pardon et remission ». Lemaire de Belges
a écrit une jolie page (Couronne margaritique dans Œuvres, édit. STECHER, IV, page 93) sur
l'exercice du droit de grâce par Marguerite en France, dans les Pays-Bas, en Espagne et en
Savoie : « Combien ha elle rendu de chartres et de prisons vuides, quantes grosses chaines
pesantes et grevables ha elle fait descharger, et quants fers et gresillons ha elle evacuez...».
La Seconde espitre de l'Amant Verd, un peu postérieure à la première, fut composée pour
célébrer le retour de la duchesse « sauve et saine après avoir veu le Rhin, Meuse et Seine ».
(2) LEMAIRE, Œuvres, édit. STECHER, tome it, page 7.
(3) Lemaire, dans une lettre non datée adressée à Marguerite, vraisemblablement de 1509,
donne des renseignements sur les diverses œuvres littéraires qu'il a composées ou commencées
pour la douairière. Ce document très important est publié dans ses Œuvres, édition STECHER,
tome 1v, page 315, d'après CHARAVAY, Revue des documents historiques, 3° année, (1875-1876).
LA DUCHESSE DE SAVOIE 53
lièrement précieuses certaines pages de la Couronne margarilique, écrites en Savoie,
après la mort du duc Philibert, permettant au lecteur de découvrir, sous des
guirlandes un peu trop fleuries, des épisodes émouvants de la vie de l'héroïne en
France, en Espagne et dans les Alpes ().
Le nombre et l’importance des compositions, écrites par le grand rhétoriqueur à
la cour de Marguerite, ont beaucoup contribué à donner à la fille cultivée d'un
prince ami des lettres — le Maximilien du Theuerdank — une place à part dans le
monde des lettres. Et cependant Marguerite a sacrifié celui qui a su trouver de
si nombreux accents pour la célébrer. Sans doute Lemaire, plus fait pour vivre dans un
cénacle de poètes que dans les cours, a pu commettre de nombreuses inconséquences.
Mais des excès de table et de jeu avaient trouvé grâce aux yeux de l’archiduchesse
quand ils étaient commis par l’un des maîtres de son hôtel. Il eût été beau, pour la
gloire de la « Superillustre princesse », que l’auteur des Illustrations de Gaule
trouvât, sur les marches du trône, une protection assurée. Hélas, quand Lemaire,
après huit ans de labeur, sera desservi froidement, lentement, sûrement, quand les
moines de Brou et les magistrats bressans, trop enfoncés dans leur vie matérielle pour
comprendre les rêves du poète et lui pardonner ses défauts, auront réussi à le perdré
dans l'esprit de la bienfaitrice, personne ne se lèvera à la cour de Malines pour
défendre un pauvre diable qui n'avait que sa plume. Et, afin de ne pas mourir de
faim, l’ancien historiographe des archiducs dut encore se déracinér, allant servir la
cour rivale d'Anne de Bretagne, et végéter quelques années pour sombrer obscu-
rément dans le malheur.
Ce serait d'ailleurs une exagération que de vouloir représenter Marguerite
enfouie dans les trésors de sa librairie (?). L'archiduchesse, surtout quand elle devint
régente, avait trop de préoccupations pour pouvoir s’abstraire et vivre loin du monde,
dans un rêve livresque. Elle savait être de son temps et partager avec sa cour des
distractions qui, pour être d’une grande dame, n’exigéaient aucune contention d'esprit.
C'est ainsi qu'on la voit, en Savoie, s'intéressant à sa ménagerie (*), aimer les beaux
(1) La Couronne mnargaritique fut écrite après la mort de Philibert le Beau (10 septembre
1504) et avant la naissance de Marie de Hongrie (15 septembre 1505). Elle ne fut publiée qu'en
1549 chez Jean de Tournes, à Lyon par Antoine nu MouLiN, valet de chambre de la reine de
Navarre, et a été rééditée par STECHER, Œuvres de LEMAIRE, tome 1v, pages 1 à 167. Dans
l'entourage de Marguerite, il est possible qu'on ignorât, avant l'édition de 1549, que Lemaire fut
l’auteur de la Couronne ma:garitique. Les exécuteurs testamentaires donnèrent charge à un
certain Claude Bernard de copier « La Cronicque margaritique par icelle feue dame composée
et escripte de sa propre main, contenant environ quatre vingtz fuilletz». (Quittance de
Claude Bernard, du 4 novembre 1539, Arch. Nord, B 2415, n° 84750). Nous pensons, sans
avoir la certitude, qu'il s'agit ici non d'une chronique mais de la Couronne margaritique.
(1) Il est toutefois intéressant de noter que, déjà en Savoie, Marguerite prenait soin de ses
hvres. Marguerite d'York, sa grand'mère par alliance, qui eut de l'influence sur sa formation,
était déjà une bibliophile. Mandement de Marguerite, daté de Turin, 21 mars 1504, enjoignant
à Louis Vionet, trésorier de ses finances, d'allouer à Diego Florès 2 écus 10 sous «pour avoir
faict reellier trois noz livres en françoys a ung librier de Thurin » (Orig., Arch. Turin, Inv. 39
n° 29). Voir BayoT, Les manuscrits de provenance savoisie”nne dans la Bibliothèque de
B'iurgogne, dans Mém. Soc. savois. Chambéry, t. xzvir (1909), pages 305 à 410 avec planches.
Sur les manuscrits de Marguerite d'York, voir {GALesLoorT], Notice sur Marguerite @ York,
1468-1503, dans Mém. Soc. émulat. Bruges, 1819, page 254 sq.
(3) Mandement de Marguerite du 10 nov. 1503 concernant Giraud de Cabrièrea, « maistre de
nostre lÿonesse » Voir preuves, n° vu.
04 MARGUERITE D'AUTRICHE
chiens (*) et, avec le même plaisir que dans son enfance, applaudir des « joyeux de
corde » (?) ou partager avec son mari les plaisirs de la chasse (*). Elle assislait
volontiers à des tournois (*)et celui de Carignan, donné en février 1504 à l'occasion
des noces de Laurent de Gorrevod et de Philippe de La Palud, fit époque dans les
annales du Piémont ($). On ne saurait faire un crime à son historiographe d'orner la
souveraine d'une parure intellectuelle en déclarant qu’ « oultre la notice de tous
ouvrages feminins en esguille et en brodure, elle estoit exercée louablement en
musique vocale et instrumentaire, en peinture et en rhelorique, tant en langue
française comme castillane et latine » (*). Mais, avec l'admirable équilibre qui
caractérisait son tempérament, Marguerite faisait chaque chose en son temps et
trouvait ainsi le secret de tout faire. Il ne faudrait point prendre trop à la lettre la
plainte célèbre de son Album :
Me fauldra il tousjours ainsi languir ?
Me fauldra il enfin ainsi morir ?
Nul n'aura il de mon mal congnoissance ?
Trop a duré car c’est dès mon enfance (*?).
Marguerite ne devait pas plus s'abîmer dans la douleur que dans ses livres;
L'Exploraltion de pitié sur la mort du duc Philibert de Savoie (#), que Lemaire a pu
inspirer pour commémorer le malheureux prince, mort à vingt-quatre ans
(10 septembre 1504) dans les bras de celle qui l’avait tant aimé, ne devait point
empêcher Marguerite de poursuivre son destin. Si le culte du disparu la préoccupe
jusqu'à la mort et l'empêche d'épouser le roi d'Angleterre (*), Marguerite sut aussi
faire la part des réalités et on la verra, dès le printemps de l’année qui suivit le triste
événement, se rendre à Strasbourg auprès de son père pour régler les difficultés
de son douaire. Un nouveau deuil qui inspirera à son indiciaire les Regrels de la
(1) Mandement de Marguerite, du 28 août 1503, allouant à Jean-Antoine Bastellin, fauconnier
du duc de Savoie, 6 écus d'or au soleil valant 40 sous, monnaie de Savoie, pour un lévrier
(Arch. Cam. de Turin, Inv. 39, n° 29).
(2) Quittance de « mastro Piero de Luca » et de Jennet Huguet « joyeux de corde », 1503,
9 septembre, Pont-d'Ain, avec leurs signatures. (Turin, Arch. Cam., Inv. 39, n° 29).
(3) Lemure, Couronne margaritique, édition STECHER, tome 1v, page 21.
(*) Quelques récits de ces tournois nous sont parvenus. MouiNET (Chroniques, dans BUCHON,
Coll. chroniques, t. x1vrr) nous a laissé la narration des tournois de Genève, lors de la joyeuse
entrée de Marguerite en déc. 1591. On trouvera, dans la relation du premier voyage de Philippe
le Beau en Espagne, le récit de quelques beaux exploits à Bourg et à Pont-d'Ain, en avril 1503
(GaCHARD, Collection des voyages des Souverains des Pays-Bas, t. 1 (Bruxelles, 1870), page 237.
(5) Voir le récit publié dans GuicueNoN, Hist. de Bresse, preuves, et dans LATEYSSONNIÈRE,
Recherches sur le département de l'Ain, t. v (1841), page 34. Voir une pièce comptable du
23 avril 1504 relative aux dépenses du tournoi de Carignan, preuves n° 1%.
(6) LEMAIRE, Couronne margaritique d'après une citation de Baux, Histoire de l'église de
Brou, 2° édition, page 16. Marguerite, d'après Bearis, Voyage du cardinal d'Aragnn (Paris, 1913),
page %5, s'entretint en espagnol avec le prélat, le 13 juillet 1517.
(7) E. GACHET, Albums et Œuvres poétiques de Marguerite d'Autriche (Mons, 1819), page 86.
(8) Cet opuscule, précédé d'un « advisement » de Gauvain Candie, gentilhomme, né à
Chambéry, qui vécut à la cour de Marguerite en Savoie et dans les Pays-Bas, a été publié dans
STECHER, tOme IV, page 172.
(°) Max Brucuer, Le projet de mariage de Marguerite d'Autriche avec Henri VII, page 7
(extrait Revue Savoisienne, 1920).
LA DUCHESSE DE SAVOIE 59
Dame infortunée sur le trespas de son tres cher frere unique (*) allait changer la vie
de la douairière. Marguerite devait être chargée, après la mort de Philippe le Beau
(25 septembre 1506), pendant la minorité de l’archiduc, de la régence des Pays-Bas
et méritera les éloges de son poète:
Vertu vous environne,
Elle croist et fleuronne
En vous, et point n'empire,
Digne estes d’avoir trone,
Royal sceptre et couronne
D'un glorieux empire (?).
Marguerite quitta les États de Savoic le 29 octobre 1506 ($). Elle était ce jour là
à Rossillon dans le Bugey, se trouvait le surlendemain à Orgelet, dans le comté de
Bourgogne, s’occupait le mois suivant des affaires de cette province, se dirigeait
ensuite sur l'Alsace, faisait au mois de janvier un séjour à Ensisheim, se rendait en
Souabe, conférait avec son père et opérait sa rentrée dans les Pays-Bas le 27 mars 1507
à Louvain, au milieu des acclamations, qui se répétaient dans chacune des bonnes
villes où elle fit sa Joyeuse Entrée. La réception qui l’accueillit à Valenciennes, le
13 mai 1507, est caractéristique, au témoignage de son historiographe : « Si ne me
seroit pas facille de rediger par escript la joye, la faveur, le desir, l'affection, les
louenges, les benedictions.. du peuple rural... qui de toutes parts avoit assiegé les
chemins depuis Mons jusques a Valenciennes pour veoir passer Madame. Et faisoit
ainsi que une double haye des deux costés de la chaussée... Et Madame se delectoit
en la pure simplicité non affaictée de leur bienveillance. Combien que tousjours ayt
de coustume monstrer sa face au peuple liberrallement et sans dangier, neantmoins
pour ceste honneur se monstroit aux regardans plus cesclaircie que autresfois et
telle qu'ils la desiroient, c’est assavoir toute plaine de serenité, d'amour, de grace et
d'affection encline envers eulx... ». Et, à la fin du même mois, le 28 mai 1507,
quand elle se montra aux Gantois, le chroniqueur nous a laissé des détails de
costume qui pourraient servir à une recouslitution quand :l nous représente
l'archiduchesse « montée sur ung gros hobin (cheval marchant à l’amble) blanc
hernesché de drap noir, ses valetz de pié entour d'elle, estoit vetue d'une robe de
drap noir fourrée d'ermines, et dessus son cueuvrechief dé derriere avoit ung chapeau
troissé d’une cornette de tappetas qui bien lui seoit.. Si marchoit apres elle sa dame
d'honneur la comtesse de Montrevel et madame la Bastarde de Savoie, avant autres
XVI où xviu filles d'honneur, demoiselles et femmes de chambre, toutes montées
sur haguenées blanches quelle a quelle en bel ordre, ayans robes de drap noir
fourrées de menus vair, chaperons de velours pour atour et chapeaux de laine en
teste. Puis autres femmes de leur suite en littiers couverts et chariots branslants.. En
cesle pompe assez magnifique selon que le temps du dueille portoit, fut veue et
(1) Cet opuscule sur la mort de Philippe le Beau est publié dans LEMAIRE, Œuvres, édition
STECHER, tome mt, page 187.
(2) MouineT, Le retour de Madame Marguerite, cité dans Baux, Histoire de l'église de Brou,
2° édition, 1854, page 80. |
(#) Arch. de la Côte-d'Or, B. 9492.
56 MARGUERITE D'AUTRICHE
regardée la princesse avec une merveilleuse affection du peuple tant qu'elle arriva
a son logis ou toute la seigneurie print congié d’elle car estoit près de x1 heures
avant minuit » ({).
Marguerite, l’autoritaire duchesse de Savoie, saura, en devenant la Régente des
Pays-Bas, affirmer sa volonté, malgré son père, malgré les grands de la Cour,
malgré la résistance d’un peuple jaloux de son autonomie. « Rien ne se fera ny en
Finances, ny aillieurs sans votre sceu, lui disait Gattinara en son style imagé, et
chascun viendra baiser le baboin devant vous » (*). L'archiduchesse, maintenant à
l'intérieur son pouvoir sur les difficiles sujets du futur Charles-Quint, saura ainsi
conquérir à l'étranger, sur l'échiquier diplomatique, la place éminente due à
son intelligence (5).
(1) LemarRe, Chronique annale, dans ses Œuvres, édition STECHER, tome 1v, page 480.
(2) Zbidem, tome 1v, page 497.
(3) Gattinara à Marguerite, 11 déc. 1507, dans KooPERBERG, Marg. van Oostenrijhk, p. 389.
Marguerite fut de suite absorbée par le poids des multiples affaires des Pays-Bas. Elle écrivait
à la femme du maréchal de Savoie: « Je n'ay pas si bon loysir de deviser que j'avoye en
Bresse » (Arch. Nord, L. M., n° 25108).
(t) L'éloge que nous a laissé Lemaire, exagéré dans la forme, est vrai pour le fonds : « Entre
toutes les dames du monde... elle est tenue pour le vray parangon de courtoisie et d'urbanité,
comme celle dont la bouche mellifluente est toute arrosée de pure eloquence naïve et tres
souefve faconde. Laquelle chose elle ha fait maintes fois apparoir et fait encores tous les jours
tant en recevant les nobles hommes estrangers qui viennent souvent devers elle de par les roys
et princes. comme en les eutretenant de gracieuses collocutions, et leur faisant responce
condecente a leurs belles harengues et graves propositions, tellement que jamais ne parlent
d'elle sans admiration, et pareillement en ses devises familieres et domestiques. » LEMAIRE,
Œuvres, éd. STECHER, tome 1v, page 105.
———
CHAPITRE V
Le Conseil privé de Marguerite.
Le Conseil privé de l'archiduchesse forma quelques-uns des bons serviteurs de
Charles-Quint. Les officiers savoyards, qui avaient suivi dans sa glorieuse ascension
la fille de Maximilien, devenue Régente des Pays-Bas, comtesse de Bourgogne et
dame de vastes seigneuries (‘), allaient se rencontrer à Malines avec de loyaux
bourguignons et tous, réunis sous les yeux de la souveraine, devaient assurer, d’un
commun effort, la direction de lointains pays, tandis que, sur place, étaient appliquées
les mesures d'exécution.
Le Conseil privé était une vieille institution (?), mais recréée en quelque sorte par
le concours d'hommes choisis avec discernement, peu nombreux, de préférence
savoyards ou comtois, car la douairière n’aimait point les figures étrangères.
La plénitude des pouvoirs caractérise essentiellement le Conseil de Marguerite.
Sans doute, de même que, sous Maximilien et Charles-Quint, l’ancien Conseil
bourguignon tendait à se fractionner et que de jeunes forces naissaient de son
démembrement (*), le Conseil de l’archiduchesse devait se dédoubler et voir appa-
raître les gens des Finances avec des attributions particulières. Mais, sous la même
impulsion, les deux groupes, dont les membres se pénétraient, loin de s’épuiser dans
une stérile rivalité, se consolidaient, formant réellement l’organe immédiat d'une
volonté unique, agissant dans tous les domaines, aussi bien en politique qu’en admi-
nistration et en finances, parfois même s’ingérant dans les choses de la justice.
Aucun corps, sauf en Savoie, n'avait une suffisante indépendance pour affaiblir la
suprême autorité. Les nuages qui s'accumulèrent dans la région des Alpes vinrent
troubler cette harmonie. Toutefois les incidents du douaire savoyard ne furent que
la conséquence d’un statut juridique particulier.
(1) Mandement du 28 avril 1523: « Marguerite, par la grace de Dieu, archiducesse d'Austrice
et de Bourgoingne, ducesse douaigiere de Savoye, contesse de Bourgoingne, de Charrolois, de
Romont, de Baugey, de Villars, dame de Salins, de Malines, de Chastelchinon, de Noyers, de
Chaulcins, de La Parrière, des pays de Bresse, de Vaulx, de Faucigny » (Orig., Arch. Nord,
B 2312, n° 81524). Le comté de Bourgogne et celui de Charolais avaient été donnés, le 17 février
1509 n. st., à Marguerite par Maximilien (B 1613, fol. 165 v.) en même temps que les seigneuries
de Salins (Jura), de Château-Chinon (Nièvre), de Noyers (Yonne), et de La Perrière (Côte d'Or).
Les comtés de Romont (Suisse, canton de Vaud), de Bâgé-le-Châtel (Ain), de Villars (Ain), de
Bresse et le pays de Vaud provenaient de son douaire de Savoie. La seigneurie de Malines lui
avait été donnée par Charles-Quint le 18 sept. 1520 (Arch. Nord, B 1615, fol. 57 v.).
(2) LAMEERE (Eug.), Le Grand Conseil des ducs de Bourgogne de la Maison de Valois,
Bruxelles, 1900, in 8°. Voir aussi la bibliographie publiée dans A. WALTHER, Die burgundischen
Zentralbehoerden unter Maximilian I und Karl V (Leipzig, 1909), page 129.
(5) PIRENNE (H.), Histoire de Belgique, tome nt (Bruxelles, 1907), page 171.
58 MARGUERITE D'AUTRICHE
Dans la « Comté », si jalouse de son autonomie — ni française, ni impériale,
mais bourguignonne —, Marguerite révéla sa maîtrise. D'abord, elle était fille de Marie
de Bourgogne et héritière d’une dynastie qui considérait cette province comme le
joyau d'une antique couronne. Après la sauvage ruée des bandes de Louis XI,
incendiant Dôle, jalonnant de ruines tragiques les hauteurs du Jura (1479), les
populations, encore meurtries mais rendues, par le traité d’Arras (1482), à leur
naturel seigneur, se reprendront à espérer quand Marguerite, « archiduchesse
d’Austriche et de Bourgogne », petite-fille du Téméraire, deviendra leur comtesse
(17 février 1509), respectera leurs privilèges, maintiendra leur Gouverneur, leur
Parlement, leurs États. En réalité, l'habile Gouvernante surveillera tout depuis
Malines, exerçant une influence personnelle sur ceux qui faisaient l'opinion du pays,
seigneurs, légistes ou bourgeois, ne rencontrant de difficultés ni à la Cour de Dôle,
ni auprès de la noblesse. Marguerite avait d'ailleurs à sa disposition de puissants
leviers. En attirant dans son Conseil les gentilshommes de vieille souche ou les
juristes les plus capables, en les poussant ensuite dans la Maison, dans les ambassades
et dans les charges militaires du premier monarque de la Chrétienté, la comtesse
avait conquis le cœur de ses sujets. Les Comtois, ne bornant plus leur ambition à
la robe écarlate des parlementaires, voyaient s'ouvrir des perspectives infinies et
merveilleuses. Quelle singulière fortune s'ils étaient appelés à siéger, à Malines,
sous le regard de la tante de Charles-Quint, et devenir peut-être, après ce stage, les
conseillers puissants du grand Empereur ! L'un d'eux, de mince origine, Nicolas
Perrenot, fils d'un bourgeois d’Ornans, dont les ancêtres avaient labouré une
maigre terre, devait commander au monde : c'était un ancien conseiller de Dôle, que
Marguerite avait distinguë parmi les maîtres de requêtes, et qui devint, à quarante-
six ans, le premier ministre de l'Empire. Ainsi la Régente, fidèlement entourée,
loyalement servie, administrait avec une rare sagesse : son Conseil était résolument
bourguignon.
Pour les choses du douaire, il en fut autrement. Marguerite d’abord n'avait pas
la souveraineté ; les pouvoirs qu'elle détenait étaient restreints, essentiellement
provisoires, à vrai dire viagers. Les plus anciens membres de son Conseil venaient
sans doute de Savoie ; mais, en s’attachant à la fortune de l’archiduchesse, ils étaient
devenus serviteurs personnels: c'étaient, pour ainsi dire, des déracinés. Quand ils
quitteront Bourg, l'exode s'arrêtera, du moins pour les gens d'importance, et les
savoyards du Conseil privé se transformeront en gros bourguignons. Entre Savoie et
Pays-Bas, le lien était fragile et devait se rompre à la mort de la douairière. Aussi
ses sujets resteront-ils bressans, faucignerans ou vaudois, comme leurs intérêts,
échappant à toute emprise. Chambéry, avec son Conseil résidant, sa Chambre des
comptes, malgré de médiocres ressources, l'emportait nécessairement sur les
perspectives dorées de la lointaine Malines.
Le Conseil privé de Marguerite, qu'il ne faut pas confondre avec celui des
Pays-Bas (!), car les affaires particulières de l’archiduchesse avaient une gestion
(1) C'est à tort que l’on a classé aux Archives du Nord, en 1881, dans la catégorie des
comptes des Receveurs généraux des finances de Charles-Quint le compte de Marnix, trésorier de
l'archiduchesse (B 2339) et les registres aux mandements de la douairière (B 2222, etc.).
LE CONSEIL PRIVÉ DE MARGUERITE 59
spéciale, se réunissait sous la présidence du Chef du Conseil (‘). Ses membres,
tous hommes capables, étaient unis pour défendre les intérêts de celle qui savait
commander avec une persuasive autorité, encourageant volontiers, par de bons
offices, le loyalisme de ses serviteurs. Gattinara (?), l’'éminent juriste, premier
président de ce corps avant d’être le Grand chancelier impérial, allait créer la
tradition de labeur qui devait animer la vie des conseillers et se perpétuer après son
départ. C'était l’homme qui ne mangeait qu'une fois par jour et voyait tout par
lui-même. Gorrevod ($), le gouverneur de Bresse, froid et cérémonieux, qui passera
lui aussi à la Cour de Charles-Quint comme Grand maître de l'Hôtel, remplira
pendant longtemps les offices de Chef des Finances et de Chevalier d'honneur.
Ces personnages venaient de Savoie, comme Gui de La Baume-Montrevel (*), qui fut
aussi chevalier d'honneur, Barangier (5), le Premier secrétaire, le confident quotidien,
(1) Ordonnance du 8 décembre 1515 (Arch. Nord, L.M., n° 43938). Louis Vionet, trésorier
du douaire à Bourg, n'ayant pas opéré pour le compte de l'archiduchesse un versement entre
les mains du banquier lyonnais Barthélemy Panciati, «a cause des dangiers que sont
presentement au pays [de Bresse] pour les voleurs », reçut l’ordre de se rendre à Malines avec
cet argent et les comptes des exercices 1512 et 1513 (Mandement de Marguerite, novembre
1513, Malines, Minute, Arch. Nord, L. M., n° 31030).
(?) Gattinara était déjà président du Conseil privé de Marguerite avant son dépa:t pour les
Pays-Bas (Arch. Nord, L. M., n° 24104). 11 partit en août 1518 pou: prendre possession de son
office de Grand chancelier de Charles-Quint (Zbid., B 3336, fol. 18 v. et 19). Gaspard Contarini,
dans sa Relation du 16 novembre 1525, trace ainsi le portrait du personnage, alors âgé de
9% ans : « Italiano à il Gran Cancelliere, che è piemontese, dottore leggista. Costui è di
complessione sanguinea, allegro, prudente, e pratico nel negoziare, un poco cavilloso,
animosissimo, laboriosissimo tanto quanto a pena si potria credere ; mangia una sol volta al
giorno a desinare ; la sera, mai non cena ; scrive quasi ogni cosa che occore di sua mano. Per
mezzo suo vanno tutti li negozi privati, e tutti quelli di stato ; quando vengono lettere di fuora,
Cesare subito le manda al Cancelliere, il quale le legge tutte, poi scrive un sommario della
continenza delle medesime ; fa poi un memoriale di quello, che a lui pare debbasi rispondere.
Va poi in Consiglio, dove si legge prima il sommario delle lettere, poi la risposta secondo la
opinione del Cancelliere, si consulta e quasi sempre si conclude al modo escogitato per lui.
Tutte le provvisioni eziandio, che è necessario di fare, cosi di denari come di gente da guerra
e da armata sono trattate, escogitate e finalmente ordinate per il Cancelliere, ÿ] quale fa in
verità una fatica che non so se un altro si ritrovasse che la potesse fare, come la fa lui. La
Cesarea Maestà ha piu bisogno del Cancelliere che lui di Sua Maestà.….. Del Pontefice è
affezionato, massimamente ora che ha avuto un breve da Sua Santità di essere cardinale ».
Eug. ALBERI, Relaziont degli ambasciatori veneti, série 1, volume IL (Florence, 1840), page 55.
(3) Laurent de Gorrevod, gouverneur de Bresse, était déjà « chef et gouverneur des finances »
de Marguerite en 1510 (Arch. Nord, L. M., n° 26854) et le 31 mars 1517 (Ibid., B 2270,
n° 791437). Sa commission de chevalier d'honneur est du 19 nov. 1516 (Zbid., L. M., n° 39817);
il remplaçait feu Gui de La Baume. Il résigna, le {°° octobre 1524, ses fonctions de chef de
finances et de chevalier d'honneur pcur se rendre en Espagne auprès de Charles-Quint. D'après
un contemporain, « il Governatore di Bressa, savoiardo, e pur egli degli allievi over creati di
madama Margherita... E uomo da bene, religioso, prudente, ma un poco frigido. Costui sempre
ha aderito al Gran Cancelliere [Gattinara] in tutti li suoi progressi ». Relation de J. Contarini,
1525, dans ALBERI, 0. C., page 50.
(4) Gui de La Baume était déjà chevalier d'honneur de Marguerite en 1504 (Turin, Arch.
Camérales, Inv. 39, n° 29) et exerçait encore cette charge le 8 décembre 1515 (Arch. Nord,
L. M., n° 43988) et la conserva jusqu’à sa mort, survenue vers le 18 nov. 1510.
(5) Barangier était déjà au service de Marguerite le 23 novembre 1496 (Arch. Nord, B 2156,
n° 70831), et son maître d'hôtel le 12 mars 1500 n. st. (Ib1d., B 2169, fol. 33). I fut en Savoie
son premier secrétaire et sa commission lui fut renouvelée le 20 juin 1506. (Jbid., L. M.,
n° 24225). Il exerçait encore cette charge le 23 mars 1512 n. st., ainsi que celle de maître des
requêtes de l'hôtel de Marguerite (Jbid., L. M., n° 27439). Il mourut peu avant le 7 mars 1522
n. St. (1bid., L. M., n° 39841).
60 MARGUERITE D'AUTRICHE
obligeant et indispensable, Jean de Marnix ({), le secrétaire politique qui cumulera
charge sur charge avec la Trésorerie générale. Le Conseil, presque exclusivement
savoyard à ses débuts, sera renforcé par des éléments bourguignons, quand la
douairière possédera la Comté. Simon de Quingey, sire de Montboillon (?), ancien
page du Téméraire, soldat héroïque qui connut, pendant sept ans, les geôles de
Louis XI, remplira à son tour les fonctions de Premier maître de l'Hôtel et de Chef
des Finances. Il était comtois d’origine, comme son successeur Claude de Boisset (°),
homme d'église, ou le maître des requêtes Claude Jaillon (*), un parlementaire,
« autre messire Claude Boisset de doulceur et de science », comme Hugues Marmier (°),
aussi maître des requêtes, et le secrétaire Jean Lallemand (f), négociateur du Traité
de Madrid, tous bons légistes, d'esprit pratique et positif, s’incarnant dans Nicolas
(1) Jean de Marnix était déjà secrétaire de Marguerite en Savoie en 1502 (Turin, Arch.
Camérales, Inv. 39, n° 25, folio 27 verso). On conserve à Bruxelles, aux Archives générales du
Royaume, les comptes de l'hôtel de Marguerite, dressés par Jean de Marnix, seigneur de
Marnix et de Toulouse, trésorier et receveur général des finances de l'archiduchesse pour les
années 1521 à 1530 (Gacnarp, Inventaire des archives des Chambres des comptes, tome nt,
Bruxelles, 1845, registres 1797 à 1806). Il était déjà receveur général du comté de Bourgogne
par commission du 31 janvier 1510 n. st. (Arch. Nord, L.M., n° 40121). Il conserva cette
charge, tout en exerçant celle de trésorier général des finances de Marguerite qu'il remplissait
déjà le 20 avril 1516 (Arch. Nord, B 2204, fol. 74393). Il mourut entre le 1° janvier 1531 et le
31 octobre 1532 (GacuaRp, o. c. page 5). Marnix avait tellement la confiance de l'archiduchesse
qu'il fut chargé par elle, en dehors des personnages officiels, de suivre la difficile négociation
des pouvoirs de la Régente, le priant de présenter une lettre de sa main à Maximilien et de lui
dire « sur autant qu'yl aime son bien et son honneur et de ceste Maison qui luy plese
entandre an cest affere, car sans pouvoir, je ne m'an melleroie james, et sy ne luy plet de se
fere, je me decherge devant Dieu et le monde quy n'a pas teneu a moy...» (Marguerite à
Marnix, 12 mars [1509], autographe, Arch. Nord, L. M., n° 27094).
(2) Simon de Quingey, seigneur de Montboillon, fut nommé Chef des finances de Marguerite
par commission du 8 septembre 1517 (Arch. Nord, B 2252, fol. 36 verso), tout en conservant
ses fonctions de Premier maître de l’hôtel de l'archiduchesse (Mandement de mai 1518, Arch. Nord,
B 2280, n° 79739). I1 mourut en 1523 dans son château de Quingey (Doubs) à l'âge de 75 ans.
Il fut enfermé de 1477 à 1483 au château de Plessis-les-Tours, ayant été fait prisonnier lors de
la prise de Dôle par l'armée de Louis XI. GaurTaær (J.), Notice sur Simon de Quingey dans
Mém. Soc. émulation Doubs, 4° série, tome vu (1872) et SALmoN, dans Bibl. Ecole chartes,
tome xrv (1853). |
(3) Claude de Boiïisset fut nommé maître des requêtes de Marguerite par commission du
18 août 1509 (Arch. Nord, L. M., n° 25828). Il était docteur en droit et professeur de droit
canon à l'Université de Dôle jusqu'au 2 juillet 1512, date de sa nomination de conseiller au
Parlement de cette ville. Il était doyen de Saint-Hippolyte de Poligny, grand archidiacre
d'Arras et abbé de Faverney ( Haute-Saône). Il s’occupa des funérailles de Marguerite.
(#) Claude Jaillon, né à Arbois (Jura), fils de Pierre, conseiller au Parlement de Dôle (Arch.
Nord, L. M., n° 27917), était docteur en droit. Il fut nommé conseiller et maître aux requêtes
ordinaires de l'hôtel de Marguerite par commission du 6 décembre 1512, en remplacement de
feu Odo Desmolins (Jbid., B 2222, fol. 70). Il fut anobli le 20 juin 1511 (Jb'd, B 2223, fol. 10)
et mourut vers 1521 (Jbid., L. M., n° 40266).
(5) Hugues Marmier, docteur en droit, était déjà maitre des requêtes de l'empereur et
lieutenant général du Bailliage d'Amont; il fut nommé maître des requêtes de l'Hôtel de
Marguerite par commission du 17 mars 1514 n. st. (Minute, Arch. Nord, L. M., n° 27126). Il
était déjà seigneur de Gâtey (Haute-Saône, commune de Courtesoult) le 12° juillet 1518 (Quittance
originale signée, Arch. Nord, B 2284, n° 80143).
(6) Jean Lalemand, originaire de Dôle, où il exerçait en 1507 les fonctions de commis-greffier
du Parlement, était secrétaire de Marguerite depuis le 27 octobre 1515 (Arch. Nord, B 2252).
L1 avait été procureur de Charolais, office qu'il résigna le 22 décembre 1516 (Jbid., B 2252,
fol. 5 v.). Il était, dès 1522, secrétaire signant en finances près le Conseil de Charles-Quint et,
en 1527, premier secrétaire. Il avait épousé Anne, fille de Philippe Haneton, audiencier des
Pays-Bas. Il mourut le 18 sept. 1560. Son mausolée se trouve à Bouclans (Doubs, canton de
Roulans), localité dont il était seigneur. CHAGNY, Gorrevod, page 219, note 3.
LE CONSEIL PRIVÉ DE MARGUERITE 61
Perrenot (‘), celui qui arrivait en 1521 à la cour de Malines, et prenait huit années
plus tard, à la cour impériale, la succession de son maître Gattinara.
On pourrait citer encore d'autres personnages, mais d’un moindre relief,
intéressants toutefois par leur communauté d’origine, car ils étaient presque tous
sujets de la douairière et tous stimulés par le désir d’une rapide fortune. Ceux qui
venaient des Pays-Bas sont très rares, du moins parmi les chefs d'emploi (?).
L'un d'eux, Antoine de Lalaing, seigneur de Montigny, mérite d'être signalé parmi
les personnages de tout premier plan.
Lalaing (*) était le cadet d’une illustre famille de Flandre, de la région douai-
sienne, mais il avait acquis promptement une grosse situation; il devint comte
(1) Nicolas Perrenot, originaire d'Ornans (Doubs), né en 1486, mort en 1550, était docteur en
droit et conseiller au Parlement de Dôle quand Marguerite le nomma maître des requêtes
ordinaires de son hôtel le 17 juin 1521, en remplacement de feu Claude Jaillon (Arch. Nord,
L. M., n° 40266). Chargé de nombreuses missions diplomatiques, devenu sire de Granvelle
(aujourd'hui Grandvelle, Haute-Saône) en 1527, il fut chargé d'assister, en Espagne, en 1521,
le Grand chancelier Gattinara et lui succéda peu après. Charles-Quint a loué les services
éminents de son premier ministre : « Personne, disait-il, n'entend mieux les affaires de nos
états que Granvelle, particulièrement celles qui concernent l'Allemagne, la Flandre, la Bourxogne
et les négociations à faire avec les rois de France et d'Angleterre ; il m'y a servi et il m’y sert
encore actuellement avec utilité ». Perrenot, dans son ascension, n'eut garde d'oublier les siens.
« Il a ses petites passions — c'est encore l'empereur qui écrit ainsi le 6 mai 1543 —, principa-
lement en ce qui concerne les affaires de Bourgogne, et un grand desir de laisser ses enfants
riches ; .…. mais il est fidele et il n'est pas capable de nous tromper ». A. WAUTERS, dans
Biographie nationale Belgique, tome virr (1884), col. 192. Le plus ancien ancêtre connu de
Granuvelle est son trisaïeul, Antoine Perrenot, qui était maréchal ferrant à Ornans en 1431.
Nicolas Perrenot, peu après son arrivée à la cour de Malines, le 28 août 1524, fit anoblir son
père, Pierre Perrenot, notaire à Besançon. MEYNIER, Essai historique sur Ornans dans Mém.
Soc. émulat. Doubs, 6° série, tome v (1890), page 325.
(2) Pierre, seigneur de Rosimbos, était premier maitre d'hôtel et chef des finances de
Marguerite déjà le 20 juillet 1523 (Arch. Nord, B 2308, fol. 30). Il exerçait encore ces deux offices
le 10 août 1527 (ILid., B 2340, n° 82351) et fut l'un des exécuteurs testamentaires de Marguerite.
Il appartenait à nne famille de la Flandre, mais joua un rôle effacé.
(3) Antoine de Lalaing, seigneur de Montigny-en-Ostrevant (Nord), né vers 1480, mort le
2 avril 1540. Chambellan de Philippe le Beau déjà le {°° novembre 1501 (Arch. Nord, B 3334),
chef des finances de l'archiduc à partir du {* janvier 1516 (Ib1d., B 2243, n° 73535), gouverneur
de la Hollande le 8 février 1522, ce personnage reçut de l'empereur un don de 10.000 livres de
40 gro» le 27 octobre 1520 pour s'être « continuellement tenu devers nostre tres chiere dame et
tante l'archiduchesse d'Austrice.. regente et avec elle eu la principale charge et conduicte de
noz affaires, tant de Par deça que de tous autres quartiers... » (Jbid., B 2295, n° #x0793).
Marguerite lui fit servir, sur ses propres finances, une pension de 1000 livres à partir du
20 septembre 1517 (1bid., B 2339, fol. 43) et le nomma son chevalier d'honneur à partir du
4er octobre 1924 (Jbid.). Marguerite, mourante, le désigna, le 30 novembre 1530, pour faire
l'intérim de Gouverneur des Pays-Bas (HENNE, Hist. Charles-Quint, tome 1v, page 314). Lalaing
fut enterré à Hoogstraetrn (Belg., province d'Anvers, chef-lieu de canton à 37 kil. de cette ville).
Son mausolée est reproduit dans Jacq. Leroy, Notitia marchionatus... Antverpiensis, page 343.
Le GLay (Mém. Soc. agric. Douai, 1848-1849, page 343), a réfuté l'affirmation de Brassart
(Ibid., 1847, page 318), lequel prétendait, d'après des sources très contestables, que Marguerite
d'Autriche était la mère de Philippe de Lalaing, seigneur de la Mouillerie, fils naturel d'Antoine
de Lalaing. Un texte officiel et contemporain concernant la légitimation de ce Philippe, né avant
mars 1924 n. st., donne le nom de la mère, Isabeau, bâtarde d'Haubourdin. (Ibid., B 1617,
fol. 109 v. ; cf. B 1615, fol. 150 v.). HENNE (Hist. règne Charles-Quint, tome 1v, 56, 354 et
tome vi, 305), impressionné par Brassart, ne donne pas toutefois un seul argument nouveau.
Contarini, l'ambassadeur vénitien qui vint dans les Pays-Bas en 1521 et 1522, ne fait aucune
allusion malveillante aux relations de la Gouvernante et du chevalier d'honneur. « Madania
Margarita poi ha il governo del tutto, appresso la quale il signor d'Ostrath è di grandissimo
potere. E stato questi, di assai basso loco e di poca facoltà, alzato a grande grado per favore
62 MARGUERITE D'AUTRICHE
d'Hoogstraeten, dans la Campine brabançonne, après avoir fait ériger en dignité
comtale l’une des nombreuses seigneuries que lui avait apportées sa femme, plus
âgée que lui, Isabelle de Culembourg, la riche veuve de Jean de Luxembourg,
seigneur de Ville. La douairière connaissait Lalaing de longue date, l'ayant déjà vu
en Savoie à plusieurs reprises, avant et après la mort du beau Philibert. Le brillant
gentilhomme avait avec elle beaucoup d’affinités : l'âge d’abord — ils étaient nés
tous deux en 1480 — la curiosité d'esprit et le goût des belles œuvres. Sa Relation
des voyages de Philippe le Beau, qu'il accompagna en Espagne en 1501 comme
chambellan, puis sur les routes de France et de Savoie, est d'un observateur, et sa
signature aux lettres enclavées, celle d'un homme cultivé. L’ascension de l’adroit
courtisan se fit sous les yeux de la douairière, à la cour de l’archiduc. En 1515,
l'année de l'émancipation du futur Charles-Quint, au moment où la Régente perdait
ses pouvoirs, Lalaing devenait une force, ayant êté nommé Chef des Finances des
Pays-Bas. Marguerite, sur sa propre cassette, lui fit servir peu après, comme aux
plus grands personnages, une pension de mille livres. Puis, quand Gorrevod laissera
disponible l'office de Chevalier d'honneur, le poste de confiance livrant tous les
secrets de la chancellerie, la douairière introduira dans celte charge un grand
maître (1% octobre 1524) qui ne lui devait ni sa fortune ni sa toute-puissance.
Marguerite, en rompant avec ses prudentes habitudes, avait un dessein, peut-être
politique, car c'était simplifier son œuvre gouvernementale que de conquérir, par une
collaboration quotidienne, la seule influence qui pût vraiment lui être importune
dans les Pays-Bas. Il est certain que Lalaing fut alors le grand favori, plus écouté
à lui seul que tous les autres membres du Conseil : ce fut le confident des années
glorieuses, et quand, de Bruges à Brou, à travers les ornières des vieux chemins,
les bons serviteurs accompagneront les restes de la souveraine, le Chevalier
d'honneur, à la tête du triste cortège, suivra jusqu’au tombeau celle dont il fut
l'ami.
Il peut paraître surprenant que Marguerite, pendant les vingt-trois années de sa
Régence, ne soit jamais revenue dans les domaines où se trouvaient ses intérêts
personnels. Il semblera encore plus extraordinaire que certains pays, comme le
comté de Bourgogne, aient été à distance si remarquablement administrés. Mais l’archi-
duchesse, qui ne pouvait se déplacer, se faisait représenter par les membres de son
Conseil, et ces plénipotentiaires, dirigeant, contrôlant, sévissant même de par la
douairière, étaient de véritables misst dominici (°) : un Gattinara, survenant à Bourg
di questa Madama. Di questo governo li popoli non si contentano molto, ed hanno grandemente
in odio questo signor di Ostrath » (Contarini, relation du 16 nov. 1525, dans ALBEi, f. c., vol. 11,
p. 24. Certains historiens, sur la foi d'une chronique et de témoignages dont la source anglaise
est un peu suspecte, ont aussi parlé de la cour faite avec indiscrétion à la Régente par Charles
Brandon, duc de Sutfolk, grand favori d'Henri VIIT, cf. HENNE, Hist. Charles-Quint, t. 1 p, 36
et surtout le chapitre vu de E. E. TREMAYNE, The first governess of the Netherlands Margaret
of Austria. Londres, 1910.
(1) Il fallait moins de quinze jours pour se rendre de Malines en Bresse : « A Jehan de
Paris, la somme de 16 livres... pour estre party de la ville de Malines le XI de juillet oudit
an 1506 et avoir porté ses lettres closes avec le double du traictié d'entre le roy [de Castille]...
et le rov [d'Aragon] son beau-père à Madame de Savoye [a Bourg] et autres lettres a Messeigneurs
de la Court de Parlement à Dôle... en quoy faisant, allant, attendant et rapportant responce de
madicte dame de Savoye... il a vacqué par l’espace de XXXII jours entiers... » (Arch. Nord,
B 2197, fol. 224). Jean de Maroilles ne mit que douze jours pour le trajet de Bourg à Malines
en 1510 (CocuiN et BRUCHET, 0.c., p. 35, note 1).
LE CONSEIL PRIVÉ DE MARGUERITE 63
au milieu des querelles bressanes, c'était proprement l'œil du Conseil. Le Gouverneur
Gorrevod, le Trésorier Marnix, le Maître des requêtes Barangier, d'autres encore
seront, dans les moments difficiles, des informateurs de premier ordre et de suprêmes
agents d'exécution. C'est ainsi que la princesse lointaine, sans quitter les Pays-Bas,
gouvernera la Comté avec un bonheur tel que cette province retrouvera, sous une
direction bienveillante, paix et prospérité, et restera conquise, pour près d'un siècle,
par de sages institutions. On doit regretter que la rivalité des pouvoirs ait entravé,
en Savoie, une action aussi bienfaisante.
A vrai dire, tant que Marguerite resta en Bresse, elle put facilement surveiller
ses intérêts, étant sur place et sage ménagère, quoi qu'en ait pu dire le prodigue
Maximilien (*). Les affaires du douaire n'étaient pas alors bien compliquées. Mais, dès
qu'elle eut pris possession des Pays-Bas, la détresse des finances publiques, la guerre
de Gueldre, les rapports avec les États généraux, les négociations diplomatiques
et d’autres soucis d'ordre gouvernemental absorbèrent l'esprit de la nouvelle Régente.
Aussi put-on remarquer un certain flottement dans le service de sa Chancellerie
privée. « Je crois, lui disait son fidèle Gattinara, que ce sont des lettres que vous
signés sans regarder, que ne vous font point d’honeur et pourtent domagie a vous
et aux votres, et, a ceste cause, je vous hay conseillé aultrefoys que toutes les lettres
que vous escripvés au roy, vostre pere, soyent despechiées par votre secretaire, et non
aultre, qui en tiendra le registre et qui vous pourra toutjour advertir s’il y havoit
quelque contrarietés, aultrement, vous y serés toutjour trompée et vous sera honte,
et votre prudence ne sera pas en tiele reputacion qu'elle ha esté, car je sçay bien ce que
j'hay ouy dire de Messieurs les secretaires de par deça qui se moquent tres bien de
tant de variacions et contrarietés que l’hon treuvet en vous lettres, et me pardonnerez
s’il vous plait de ce que jo vous en escrips ainsy, car l'affection que j'hay a votre
honneur me contrainct de ainsy fere » (?).
Cependant, avant cette respectueuse remontrance, d'excellentes mesures avaient
êté prises pour empècher le désarroi de la Chancellerie. On les appliqua de nouveau,
quand Marguerite eut recouvré sa liberté d'esprit. Toutefois, le Cabinet de
l'archiduchesse n'eut jamais la rigoureuse ponctualité du Bureau des Maîtres des
comptes et autres services qui faisaient de la pure administration, échappant à la
tyrannie quotidienne du courrier politique. Après dix années d'expériences, il parut
néanmoins utile de faire une réglementation. Les ordonnances du 8 décembre 1515
et du 17 décembre 1516, dans lesquelles on reconnait la main de Gattinara et sa
minutie, permettent de bien comprendre le mécanisme du Conseil privé de
l'archiduchesse.
Les prescriptions établies par ces rêglements ne furent point, comme il arrive
(4) Laurent de Gorrevod à Marguerite, [19 nov. 1508], lui raconte un propos tenu par
Maximilien auquel il avait dit que l'archiduchesse, à court d'argent, n'avait pu payer les gages
des gens qu'elle avait envoyés à Cambrai, lors des négociations. « Lors y me dit en rian que
vous estiés de la maison d'Austerige et que vous estiés sa fillie, et que vous mangyés vos blés
en arbe, comme y fait. Je luy dis que vous ne le soliés pas faire, et que, d'avant vostre venue
es pais de par dessa, vous estiés tousjours en avan, mes que la grande depance que vous
sotingiés pour lui et pour ceste Maison estoient cause que vous estiés en arriere » (CHAGNY,
Gorrevod, p. 31).
(2) Gattinara à Marguerite, 31 décembre 1507 (Orig., Arch. Nord, L.M., n° 24956, publ. dans
KOOPERBERG, Marg. van Oostenrijhk, page 411).
64 MARGUERITE D'AUTRICHE
pour de nombreux édits, des textes inopérants. En réalité, les Papiers de la Chancel-
lerie de Marguerite renferment des exemples innombrables de leur exacte appli-
cation (!): ordre de l'archiduchesse enjoignant au secrétaire de préparer un acte;
minute de ce document, souvent surchargée, écrite par Marnix, Barangier ou
un autre secrétaire, dans une cursive presque sténographique ; rédaction définitive ;
visa du Chef des Finances; mention d'enregistrement; apposition du sceau;
signature de la douairière.
Certaines minutes très secrètes sont de la main de l’archiduchesse, mais avec des
ratures et des surcharges, et ces corrections sont éloquentes, œuvre de fidèles
secrétaires qui ne voulaient point laisser apparaître l'état d'âme de leur souveraine.
On conserve aux Archives du Nord, comme une relique, l’autographe d’une lettre
que Marguerite pensait envoyer à Maximilien, à la fin du mois de novembre 1512,
quand la Régente, excédée par le mauvais vouloir des États généraux, ne trouvant
pas en son père le concours immédiat qu'elle sollicitait, éprouva une défaillance.
Sur le verso de ce précieux papier, un secrétaire a écrit la rubrique : Particularia
inter Cesarem et Dominam. Ce document a une valeur psychologique, émouvante
plainte féminine. Et cependant, dans cette heure de détresse, l'écriture de Marguerite
reste énergique, les lignes sont régulières, la marge intacte. On sent une main ferme
et un esprit ordonné. Marnix raya tous les passages trahissant un excès de sensibilité,
ne voulant point laisser deviner l’angoisse du moment (?) : admirable serviteur donnant
ainsi l'exemple de cet inébranlable dévouement personnel qui seul rendait possible
l'œuvre grandiose de la Gouvernante.
Quelques détails sur le fonctionnement de la Chancellerie de Marguerite et sur
les attributions de son Conseil paraîtront peut-être arides. Et cependant, rien n'est
indifférent, pour faire revivre une grande figure, et les institutions de la douairière
(1) Une partie des attributions du Conseil privé se trouve indiquée dans la commission
délivrée le 20 juin 1506 à Bourg par Marguerite donnant à Louis Barangier son conseiller et
premier secrétaire, et à Jean de Marnix, aussi secrétaire, les pouvoirs nécessaires pour dépêcher
les pièces de la Chancellerie notamment « recevoir et depescher toutes lettres de constitution
d'offices, dons, censes, graces, remissions, confirmacions de privileges et offices, mandemens et
lettres de finances et tous autres actes et exploitz qui seront faiz par Nous et nostre Conseil,
prendre et avoir le prouffit des choses dessusdictes et de tous proces que par ledict Conseil
seront terminéz, sans que autre de noz secretaires.. y puisse quereller aucune chose, pourveu
que de toutes les depesches que dessus nosdicts secretaires seront tenuz en faire registre, pour
en savoir respondre quand ilz en seront requis. » (Orig., Arch. Nord, L. M., n° 24225 ; Minute,
L.M., n° 24454).
(2) Cette minute autographe est signée : « Vostre tres humble et tres obeisante fille,
MaARGARITTE ». Sous les ratures, on peut reconstituer notamment ce passage: « … Et sont les
pays en si maulvaise voulenté et le peuple plain de maulvaises parolles que ay grant peur, qui
n'y trouvera quelque expedient, que mal n’en advienne. Par quov, Monseigneur, derechief, vous
suplie qu'il vous plaise avoir pitié de moy, car je ne sçay plus quel tour v donner. Monseigneur,
cuydant bien faire, je y ay tout mys le mien, et me suis mys s1 a l'arriere, pour prester ce que
j'avove, que n’ay pas un deuier, et tout est perdu. Je vous promes, Monseigneur, que j'en ay si
grant regret que suis taille d'en tonber en quelque maladie, et vouldroie maintes fois estre au
ventre de ma mere. Monseigneur, j'ay toutjours fait mon mieulx pour vous servir et obeir, et
si ne m'aperçoy que m'en saichés grey. ».
Marnix ratura presque tout ce passage et lui substitua cette rédaction anodine dans laquelle
il inséra quelques mots (que nous avons distingués par des caractères italiques): « Je vous
promes, Monseigneur, que j'en ay si grant regret que ne sçay que vous escripre car j'ay
toutjours fait mon mieulx pour vous servir et obeir ef si treuve que ma peine est perdue,
et sine m'aperçoy que m'en saichés grey... » (Minute, Arch. Nord, L. M., n° 35314).
LE CONSEIL PRIVÉ DE MARGUERITE 65
sont intéressantes à pénétrer, car, partout, dans les moindres détails, une grande
personnalité apparaît. On verra l'archiduchesse maintenir son ascendant sur le
Conseil, organiser une section de Finances, développer son secrétariat et assurer le
fonctionnement de son Hôtel par les plus minutieuses prescriptions.
Dans l'ordonnance du 17 décembre 1516, concernant le Conseil de la douairière ({),
tout était prévu pour sauvegarder le principe d'autorité.
Le Conseil privé devait se tenir deux fois par semaine, le lundi et le jeudi, à
deux heures après-midi, « en la chambre qui sera ordonnée pour tenir le Conseil,
pour illec, en la presence de madite Dame, quant elle se pourra trouver, aultrement
en la presence dudit seigneur Gouverneur [de Bresse] et Chevalier d'honneur,
comme chief de la Maison apres madicte Dame, adviser sur les requestes et aultres
affaires de la Maison ». Un huissier de chambre avait mission de garder la porte
« et non en bouger jusques a ce que le Conseil soit parachevé ».
Ce corps comprenait, au moment de l'ordonnance du 17 décembre 1516: le
Chevalier d'honneur, « chief de la Maison et des Finances » (Laurent de Gorrevod),
le « Président et Chief dudit Privé Conseil » (Gattinara), le « Premier Maistre
d’hostel » (Simon de Quingey, sire de Montbhoillon), les quatres Maïstres des requêtes
(Barangier, Jean de la Thouvière, seigneur de Beauregard, Claude de Boisset,
doyen de Poligny et Claude Jaillon), l’Aumônier (Antoine de Montcut), le Trésorier-
général (Jean de Marnix), le Secrétaire signant en Finances (Barangier) et au besoin
deux autres secrétaires (Des Barres, Lallemand). Les « conseillers, baïillis et
lieutenants généraulx de Bourgoingne » faisaient aussi parti de la réunion, quand ils
étaient en cour. Les intérêts savoyards étaient représentés par ceux des membres du
Conseil qui détenaient des offices en Bresse.
On doit considérer ce Conseil comme exclusivement bourguignon. Sans doute
Gorrevod, Gattinara, Barangier et Marnix ont des attaches savoyardes, mais ils sont
tous devenus seigneurs dans la Comté. Un cinquième, Jean de La Thouvière, aura
aussi des intérêts dans la région et deviendra Pardessus de Salins. Les autres étaient
d'origine comtoise, comme les nouveaux secrétaires, Guillaume des Barres et
Jean Lallemand, ou comme les deux conseillers récemment installés, Jaiïllon et
Claude de Boisset.
L'ordonnance de 1516 était l'affirmation de l'autorité de la douairière.
Marguerite assistait ou se faisait représenter aux séances du Conseil; elle recevait
les requêtes avant la mise en délibération ; elle était avertie par une note spéciale de
tout préjudice éventuel à son domaine ; elle seule pouvait donner l’ordre nécessaire
pour dépêcher les mandements en « matière de grace » ; seule, elle désignait les
personnages chargés de mission ; enfin, sa signature était indispensable pour assurer
l'authenticité des actes de sa Chancellerie.
Marguerite, au sein du Conseil privé, gardait ainsi jalousement son pouvoir. A
côté d’elle, le Chef du Conseil exerçait néanmoins des attributions encore considé-
rables. C'était lui qui présidait, suppléé, en cas d'absence, par le Premier Maître aux
requêtes. Avant la délibération, le Chef du Conseil examinait les affaires: « Ne
seront rappourtées audit Conseil ne mises en deliberacion aucunes requestes qui
(1) Minute, au net, avec une addition de la main de Gattinara (Arch. Nord, L.M., n° 43900).
Ce texte a été publié dans A. WaTen, Die burgund. Zentralbehærden, page 199.
66 MARGUERITE D'AUTRICHE
prealablement n'ayent esté presentées a madicte Dame, et apres mises es mains dudit
President ou de celluy qui presidera en son absence, pour mieulx peser et incorporer
les matieres, et les savoir mieulx desduire audit Conseil, affin d'y pourveoir plus
meurement ». En séance, la requête était alors lue dans toute sa teneur ; le Président
faisait une proposition, les membres délibéraient, et les « opinions » étaient ensuite
recueillies, toujours par le président. Quand l'affaire mise en délibéré était une
« matiere de justice », la décision était définitive. Mais en « matière de grace », on
devait en faire « le rapport a Madicte Dame, ensemble les oppinions et advis
de sondit Conseil, pour apres en ordonner son bon plesir » ({).
Les décisions prises par le Conseil s’expédiaient le plus souvent sous forme de
mandements, appelés aussi « mandements patents ». Le Président donnait les ordres
nécessaires pour leur rédaction, remettant les « requestes ainsi presentées à Madicte
Dame, visitées et deliberées.. es mains des secretaires, en leur ordonnant les
appoinctemens des depesches telz qu'ilz auront esté concludz ». Tous les samedis,
après diner, dans la chambre du Conseil, le Président vérifiait les mandements de la
semaine que les secrétaires étaient tenus de lui soumettre et les faisait refaire, si la
rédaction paraissait défectueuse (?).
L'apposition du scéau avait lieu aussi le samedi, et toujours dans le local du
Conseil, en présence du Président qui avait la garde de cet instrument de validation
et le remettait à la douairière, si ce personnage était en mission (#). En cas d’une
« depesche requerant celerité », sur un ordre spécial, le Président était tenu de
« visiter, signer et fere seeler ainsi que lui seroit ordonné et que le cas le requerroit,
en reservant tous aultres mandemens aux lieu, jour et heure pour ce ordonnéz ».
L'acte dûment scellé était ensuite enregistré, par mesure d'ordre, « pour savoir
toutes despesches que se feront ». Après tous ces préliminaires, la pièce était enfin
(1) Ordonnance du 17 décembre 1516, dans WALTHER, o. c., page 200.
(2) Les actes de la Chancellerie de Marguerite, expédiés sous forme de lettres patentes,
mentionnent les noms des membres du Conseil privé présents lors de la délibération. Voici un
exemple d’après la commission délivrée le 29 janvier 1525 à Simon Paluat, docteur en droit,
pour la charge d'avocat des pauvres près le Conseil de Bresse en remplacement de feu
Louis Favre : « Par Madame, presents messire Anthoine de Lalaing, conte de Hooghestrate,
chevalier d'honneur, le seigneur de Rosimboz, premier maistre d'hostel, messire Claude de
Boisset, docteur, abbé commendataire de Fauverney, premier maître aux requetes, messire
Jehan de Marnix, chevalier, s' de Thoulouze, conseiller, tresorier et recepveur general des
finances, messire Nycolas Perrenot, docteur, conseiller et maistre aux requêtes » (Minute,
Nord, L. M., n° 40241).
(3) On conserve aux Archives du Nord (B 2252) un agenda des mandements délivrés par la
douairière du 11 novembre 1516 au 3 juillet 1518. On lit au feuillet 1 : « Registre des
mandements et des lettres patantes qui ont esté seelléz du seau de Madame depuis qu'il luy a
pleu bailler ses seaulx a Monseigneur le Gouverneur de Bresse, messire Laurens de Gorrevod,
baron de Montanay, chevalier de l'Ordre et chevalier d'honneur de madicte dame, que fut le
xt jour du mois de novembre l'an mil v° et xvi». On lit au feuillet 5: « Le xxrx° jour de
décembre xc° xvi, Madame a delivré à Monseigneur de Chevigny, chief de son Privé Conseil
et Président de Bourgogne, ses seaulx pour les garder afin de doresenavant en seeller les
mandemens que seront ordonnéz et accordéz par madicte Dame et ceulx de son Conseil aux
jours pour ce ordonnéz ». Gattinara a fait distinguer les actes suivant le mode de suspension
des sceaux : « laz de soÿe », « doubles quehues », « simples quehues ».
LE CONSEIL PRIVÉ DE MARGUERITE 67
signée par la douairière. Aucun mandement ne pouvait lui être soumis s’il n'avait
êté vérifié et signé par le Président, et scellé en sa présence (‘).
Tous les mandements ne passaient point obligatoirement par le Conseil. Le
Président pouvait donc être contraint de valider, par l’apposition du sceau, certains
actes dont la préparation lui échappait, notamment en « matieres.. deppendantes de
la grace et bon plaisir de Madicte Dame », et dans cette catégorie, il fallait entendre
les commissions d’offices, les collations de bénéfices, les dons et autres faveurs ayant
un Caractère personnel. Dans ce cas, les secrétaires, « avant que depescher telz
mandements ne les porter au sceau, seront tenuz préalablement avoir sur ce
ordonnance signée de madicte Dame, laquelle sera atachée audict mandement, quant
iz les appourteront pour faire seeller ».
Le Conseil pouvait dans certaines affaires délibérer en comité secret ; il était
alors restreint à quelques mémbres, désignés spécialement par la douairière pour
opiner, en sa présence, sur des « instructions et memoires ». Alors, le Président
lui-même, et non plus un simple secrétaire, devait rédiger la minute, la lire devant
les conseillers, et lui faire donner la rédaction définitive. Toutefois le Président
n'intervenait pas en raison de sa charge, car il pouvait même n'être pas consulté,
s'il y avait lieu de « depescher plus secretement » ; Marguerite se réservait en effet
le choix de « telz qu'il lui plaira. a son bon plaisir », et le chef du Conseil n’était pas
nécessairement dans la confidence. -
Marguerite avait aussi un autre moyen, particulièrement efficace, d'assurer
l'indépendance de son action personnelle. Les pièces expédiées par le Chef du
Conseil privé, lettres patentes ou « mandements patents », étaient, en quelque sorte,
actes officiels. Il fallait les vérifier, les enregistrer, les valider par l’apposition d'un
sceau pendant, opérations qui nécessitaient divers concours. Dans bien des cas, il
fallait agir vite et être certain d’un rigoureux secret. Alors intervenait ce que l'on
pourrait appeler le service du Cabinet, avec le système plus expéditif des « lettres
closes » qui tenaient lieu de mandements, et celui des « lettres missives » si indis-
pensables pour les correspondances ou les négociations. Au besoin, un seul secrétaire
était dans le secret et même, par le moyen des lettres autographes, l’archiduchesse
avait une sécurité absolue. En dehors de la Chancellerie officielle ét lénte, fonction-
nant sous les ordres du Chef du Conseil, il y avait donc une chancellerie privée,
plus rapide, confiée non pas à un agent d'ordre administratif, mais à un officier attaché
à la personne même de la douairière, son Chevalier d'honneur.
Des articles très précis, dans l'ordonnance du 17 décembre 1516, réglementaient
L
(1) On peut citer des exemples d'actes annulés pour mauvaise rédaction, même lorsqu'ils
étaient munis du sceau et de la signature. On conserve aux Archives du Nord (B 2288,
n° 80282) un mandement sur parchemin signé et adressé par Marguerite au seigneur de
Quingey et de Monthboillon, « chief commis sur le fait de noz demeine et finances et nostre
premier maistre d’hostel», daté de Malines le 27 juillet 1519, prescrivant le paiement d'un don de
2000 livres de quarante gros au profit du seigneur de Berghes. Au verso se trouve d'abord la
mention d'enregistrement mise par le secrétaire, conformément à l'ordonnance du Conseil (R!:)
puis l'injonction faite le {°° août 1519 par le Chef des Finances à Jean de Marnix, trésorier et
receveur général, d'accomplir le mandement, suivie de la signature S. de QuInGey. Marnix,
trouvant la rédaction équivoque, fit diverses corrections, ratura la signature de Marguerite, puis
la taillada d’un coup de canif et arracha la bande de simple queue de parchemin supportant le
sceau.
68 MARGUERITE D'AUTRICHE
la rédaction des lettres soumises ainsi directement à la signature de l’archiduchesse
par ses secrétaires : « Au regard des lettres missives, affin que l'on n'escripve
aujourd'hui une chose et demain une aultre, et pour evicter contrarieté de lettres,
Madame ordonne que les secretaires qui depescheront lesdictes lettres missives ne
les apporteront a signer a Madicte Dame synon en la forme que s’ensuyt: c’est que
lesdicts secretaires escripront en une ou deux petites lignes au bas de la lettre la
substance d'icelle lettre, en sorte que l’on la puisse apres copper, et ce affin que
Madicte Dame puisse veoir et entendre l’effect et substance d'icelle lettre avant que
la signer ».
Toutefois, pour éviter des surprises, le contrôle des « lettres missives » devait
être exercé par le Chevalier d'honneur : cet examen gardait aussi un caractère
confidentiel. « Et affin qu’il n’y ait abbuz, et que le tout passe par une main, pour
avoir meilleur souvenance des depesches qui se feront, Madicte Dame ordonne que
lesdictes lettres missives, apres qu’elles auront esté depeschées par ses secretaires
en la maniere que dessus, soront visités par mondict seigneur le Gouverneur [de
Bresse, Gorrevod] et Chevalier d'honneur, quant il y pourra vacquer ; aultrement,
pourra commectre quelcung dudict Conseil pour le faire en son absence, et apres
l'en advertir et informer. Lequel Gouverneur ou son commis, apres lesdites lignes
d’am bas, fera quelque signe esdites lettres par lequel Madite Dame congnoisse qu'elle
aura esté visitée et que plus seurement elle les puisse signer ».
Par l'organisation de la chancellerie des « Lettres missives » comme par la
procédure suivie pour instruire les « matiercs de grace », Marguerite avait restreint
les pouvoirs du Président de son Conseil. Mais le Conseil devait en quelque sorte être
amputé par le fonctionnement régulier d'une section de Finances, composée sans
doute de personnes choisies parmi ses membres, mais mises sous l'autorité d'un chef
distinct. L'ordonnance du 15 décembre 1515 fait connaître les attributions des « Gens
des Finances ». Elle fut rédigée au moment où la Régente, dépourvue de sa pension
depuis que Charles-Quint avait été émancipé, se trouvait momentanément dans
l'obligation de réduire le train de son Hôtel (?).
Les Gens des Finances étaient mis non sous la direction du Président du Conseil
privé, mais sous celle du Chef des Finances, qui était le plus souvent le
Chevalier d'honneur, parfois le Premier maïtre de l'Hôtel. Ils constituaient une
sorte de comité technique, avec le minimum de collaborateurs, Gorrevod, comme
« Chief et gouverneur desdictes Finances », Marnix comme Trésorier général et
Barangier comme « Secrétaire signant en Finances ».
A l'hôtel de Malines, et aussi dans chacune des résidences occupées par
l'archiduchesse au cours de ses déplacements, une chambre spéciale était affectée
à ce service important, soit pour délibérer, soit pour garder les documents, et nul,
sauf le Chevalier d'honneur, ne pouvait pénétrer dans le local, à moins d'ordres
spéciaux, intéressant « ceulx que Madicte Dame y pourroit envoyer, selon que les
(1) Arch. Nord, minute mise au net, L. M., n° 43988. Ce texte est publié dans Quinsonas,
Matériaux, tome 1, page 241.
(2) Marguerite fut réintégrée dans ses pouvoirs de Régente le 24 juillet 1518 (LE GLay, Curr.
Maximilien, tome n, page 441; cf. p. 149).
————— —
LE CONSEIL PRIVÉ DE MARGUERITE 69
affaires le pourront requerir, se les matieres estoient fort difficiles, pour mieux
desliberer sur icelles ».
Les réunions se tenaient deux ou trois fois par semaine, ct plus souvent s’il était
nécessaire. Les Gens des Finances s'occupaient non seulement de la Trésorerie,
mais encore de l'administration, devant entendre soigneusement à « augmenter,
accroistre, garder, maintenir, deffendre et tenir en estat et valeur le domaine ».
La cheville ouvrière do ce service était naturellement le Trésorier général.
Cet officier centralisait d’abord les recettes, aussi bien celles des douaires d'Espagne et
de Savoie que celles du comté de Bourgogne et autres scigneuries. Les versements
des divers comptables à la caisse principale du Trésorier général ne pouvaient se faire
que sur un ordre donnant lieu à une décharge dont l'établissement représentait un
moyen de contrôle. Marguerite, pour donner à sa Trésorerie la plus stricte
régularité, avait fait appel, tout en gardant son receveur général, au concours
de deux hommes expérimentés: l’un, Jérôme Lauvwerin, était en effet trésorier
général des Pays-Bas (‘), l’autre, Simon Longin, remplissait l'office de receveur
général des archiducs (?). Sous leur inspiration, les Gens de Finances de la douairière
appliquèrent des méthodes excellentes, et quand la machine fut bien montée, quand
on eut la preuve que Diego Florès (*) avait une gestion douteuse, Jean de Marnix,
déjà receveur pour le comté de Bourgogne, devint, en 1515, trésorier général et
conserva sans défaillance cette importante fonction tant que vécut l'archiduchesse.
Aussi bien pour les recettes que pour les dépenses, le Trésorier général n’était
qu'un instrument d'exécution ; l'ordonnancement appartenait à la douairière et au
Chef des Finances. Certains versements ne pouvant être admis que sur des lettres
de décharge, que « lesdicts des Finances signeront de leurs seings manuels
en la Chambre desdictes Finances, et non ailleurs », on tenait note de ces
pièces pour « contrerole de la recepte dudit Tresorier et recepveur general », car
ces documents étaient avant leur transmission enregistrés par l'un des « Secretaires
desdictes Finances, qui y mettait son registrala et son signé empres au pied ». Ce
fait, le Trésorier signait les décharges, les enregistrait aussi de son côté, « et ne
seront d'aucune valeur a ceulx qui les auront par devers eulx ou qui en vouldront
(Q) Lettres patentes du 27 mars 1509 n. st., Anvers, délivrées par Marguerite en faveur de
Jérôme Lauwerin, chevalier, s° de Watervliet, précédemment trésorier général des finances du
roi des Romains, portant commission de l'office de « conseiller et gouverneur general de noz
demaines et finances » (Copie non auth. contemp., Arch. Nord, B 2212, n° 75464).
(2) Commission délivrée par Marguerite à Bruxelles le 5 juillet 1511 nommant maître
Simon Longin « conseiller serviteur domesticque et auditeur de noz comptes pour nous servir
audict estat tant a l'audition des comptes de tous noz receveurs, en l'adresse du fait de noz
finances que en tous noz afferes.…, conclurre avec lesdits chief et autres de nos dictes finances
les estatz des receveurs generaulx et particuliers et autres officiers de recepte de nosdicts pays.
a commencer le 1°" jour d'octobre 1509, que lors le retinsmes oudit estat et luy promismes de
bouche le fere payer... » (Copie, Arch. Nord, B 2222, fol. 31).
(3) Diego Florès avait rendu des services à Marguerite pour la gestion du douaire d'Espagne,
dont il s'occupait encore en octobre 1507 (Arch. Nord, B 2203, n° 74858). Il était chargé aussi
de la garde des tapisseries déjà en 1503 (Turin, Arch. Camérales, Inv. 39, n° 29) et parait avoir
conservé cette charge jusqu'en 1516. Il était encore en fonctions comme receveur général de
l'archiduchesse le 26 juin 1515 (Arch. Nord, B 3334, n° 113321), mais était déjà remplacé par
Marnix avant le 20 avril 1516. Sur ses malversations et son arrestation voir Arch. Nord, L. M.,
n°3 27204, 39737 à 39748.
70 MARGUERITE D'’AUTRICHE
profiter de allouées en leurs comptes se elles ne sont faictes, signées et expediées en
la forme et maniere que dit est ». La même précaution était prise pour certains
articles de dépenses; interdiction était faite de payer, même sur mandements, sans
suivre toutes ces formalités : « Item deffend Madicte Dame expressement que d'ores
en avant aucuns mandemens soient levés pour dons, pour gaiges ou pour pensions
sur ses recepveurs et officiers particuliers, ains veult que le tout soit conduict par
descharges expediées comme dessus est dict » (?).
En ce qui concernait les dépenses extraordinaires, rien ne pouvait être alloué
par le Trésorier sans l’ordre du Chef des Finances. Chaque mois, ou du moins chaque
trimestre, un état des sommes payées était remis à ce personnage, et cette pièce
n’était arrêtée qu'après avoir été signée par la douairière et le Chef des Finances.
Le compte annuel du trésorier devait être rendu deux mois après la clôture de
l'exercice, lequel se terminait comme l'année civile au 31 décembre.
Un seul secrétaire avait la signature en tant que « Secrétaire signant en
Finances » (Barangier en 1515), suppléé en cas d'absence par un autre secrétaire,
‘qui n’avait plus qualité pour intervenir dès que le titulaire avait repris son poste.
Les secrétaires avaient aussi la garde des archives, que l’on transportait dans un
coffre à deux serrures, quand la douairière se déplaçait (?). « Item, veult et ordonne
Madicte Dame que es maisons, lieux et places ou elle se tiendra, soit ordonnée une
chambre ou lesdiz Chief, gouverneur et secrétaires seront assemblés quant besoing
sera, et en icelle retraire et tenir leurs papiers, registres et autres memoires servans
et concernant le fait de sesdictes Finances et autres affaires de sa Maison en ung
coffre que Madicte Dame vuelt a ce estre ordonné pour la sceurté de ses besongnes
et enseignemens, dont ledit Gouverneur et lung de sesdits secretaires auront chascun
une clef ». |
C'était dans ces coffres que se trouvaient non seulement les registres de
transcription concernant les mandements de finances, mais aussi ceux de « toutes
lectres patentes, closes, provisions, commissions, collations de benefices et autres
choses d'importance ou chief memoire, pour le temps advenir, qui se despecheront
pour ses propres affaires. afin qu’elle [Madicte Dame] ait clere congnoissance des
graces et octroys qu’elle a faiz et consentiz... » (*) et aussi toutes ces lettres missives
si importantes pour les négociations diplomatiques des Pays-Bas. Quelques-uns de
ces registres nous ont été conservés et le lecteur, en les feuilletant, évoque
nécessairement le souvenir du grand Gattinara et de Marguerite elle-même dont les
mains ont si souvent manié le cuir souple qui habille d’une fauve reliure les précieux
(4) Ordonnance du 8 décembre 1515, dans QUINSONAS, 0. c., pages 245 et 219.
(2) Attestation du 31 décembre 1507 concernant les dépenses faites cette année pour le
camionnage des coffres renfermant les papiers de finances suivant les déplacements de
l'archiduchesse : 1° le 28 juillet 1507 de Malines à Bruxelles où se trouvait Marguerite, pour les
ramener à Malines le 27 août ; 2° le 15 septembre 1507, de Malines à Anvers pour les rapporter
à Malines le 1° octobre ; 3° le 17 octobre, de Malines à Anvers pour les ramener à Malines
le 30 octobre ; 4° le 4 décembre de Malines à Bruxelles pour les ramener à Malines le
14 décembre (Orig., Arch. Nord, B 2204, n° 74914).
(3) Quinsonas, t. 1, p. 242 et 249.
LE CONSEIL PRIVÉ DE MARGUERITE 71
documents (‘). Des milliers de lettres missives sont ainsi parvenues jusqu'à nous,
donnant à ce fonds des Archives du Nord une réputation mondiale (?).
Le Chevalier d'honneur, qui jouait un rôle si important soit au Conseil privé, soit
aux Finances de la douairière, avait encore une autre attribution également toute de
confiance. C'était lui qui dirigeait les gens de l'Hôtel, ayant « regard sur l'ordre et
conduicte de tous aultres de la Maison ». Diverses ordonnances furent promulguées
pour la réglementation de ce service important qui comprenait une suite de plus de
cent cinquante personnes (#). Celle du 3 avril 1525 (*) fixe certains traits intéressants
de la physionomie de Marguerite : sens de la représentation, esprit d’autorité, souci
(1) Les Archives du Nord ont conservé (série B 2222, 2223, 2230, 2252, 2278, 2308 et 2327),
sept registres de transcription des mandements et commissions de Marguerite d'Autriche
intéressant les années 1510 à 1515, 1516 à 1519, 1521 à 1528. Nous en avons découvert un
huitième, sous la mention fallacieuse de « Vérification des dépêches d’Espagne et de Savoie »,
formant la cote B 203 de l'Inventaire sommaire des Archives. du Nord (tome 1, 1r° partie,
Lille, 1899), renfermant les mandements de Marguerite du 1° avril 1509 au 30 janvier 1541.
C'est dans ce registre que figure le paiement ordonnancé au fameux rival de Michel-Ange, le
sculpteur Pierre Torrigiano (folio 66 verso).
L'article B 2252 a le format d'un agenda de poche.
Des types de l'écriture cursive de Jean de Marnix, de Guillaume des Barres et de Louis
Barangier ont été publiés dans And. WALTHER, Die Anfänge Karls V (Leipzig, 1911), pages 252
et 253.
(3) Les secrétaires de Marguerite ne mettaient point, à réception du courrier, la mention
chronologique d'arrivée qui aurait pu suppléer à l'absence du millésime, si fréquente dans les
lettres missives, précaution qui était prise avec le plus grand soin dans le service beaucoup
plus administratif de la Chambre des comptes de Lille.
Les pièces qui n'avaient plus d'intérêt courant étaient réparties par le Cabinet de la douairière
par provenances « Allemagne », « Bourgogne », « Monseigneur de Nassau », etc., avec une date
d'année, ou une date englobant plusieurs années. Ce classement rudimentaire a été détruit au
xvin® siècle par J. Godefroy, soit que cet archiviste eût remarqué des erreurs de date, soit qu'il
lui fût nécessaire de défaire les liasses (dont les pièces étaient traversées par un lacet) pour
rassembler les matériaux de ses Lettres de Louis XII. Le classement primitif renfermait, pour les
pièces non datées, une présomption chronologique intéressante. Voir BruCHET, Le classement
des lettres missives des Archives du Nord (Lille, 1913), pages 4 et 5.
($) L'état de l'Hôtel du 1° avril 1525 (QuiNsoNas, tome 1, page 281) comprend 153 personnes
dont : le chevalier d'honneur (Lalaing), une dame d’honneur (sa femme), sorte de surintendante,
aidée d'une suppléante et chargée de la direction « des filles d'honneur », d'une dame d’atour et
autre personnel féminin représentant 22 dames ou demoiselles ; un Premier maître de l'hôtel
(le seigneur de Rosimbos), quatre maîtres d'hôtel de service chaque semaine par roulement ;
un confesseur, quatre chapelains assistés d’un sommelier de l'oratoire et d’un clerc de la
chapelle ; deux maîtres aux requêtes (Claude de Boisset, Nicolas Perrenot), un premier secrétaire
(Jean de Marnix) et trois autres secrétaires (Guillaume des Barres, Jean Lalemand, Claude de
Vaitel); un garde-joyaux (Richard Contault) et son aide; un contrôleur de l'Hôtel (Charles
Oursin) et son clerc ; vingt-sept gentilshommes attachés à la personne de la douairière (7 écuyers
panetiers, 6 échansons, 6 écuyers tranchants, 7 écuvers d’écurie et le premier écuyer, Philippe
de Brégilles), un tambourin, 4 valets servants, un maréchal de logis, 48 officiers et serviteurs
attachés à divers services (paneterie, échansonnerie, cuisine, saucerie, fruiterie, écurie,
fourrière) ; quatre huissiers de chambre, quatre huissiers de salle, quatre valets de chambre et
deux aides, un portier et le concierge de l'Hôtel ; un peletier, un cordonnier, un tapissier et ses
deux aides, un brodeur. Deux artistss célèbres figurent aussi sur cet état dressé le 1er avril 1525,
Conrad Mevt, « maistre tailleur de pierre de madicte dame », et le peintre Bernard van Orlev.
(*) Ordonnance du 3 avril 1525, « pour l'entretenement et conduicte de sa Maison », édictée
par Marguerite, dont Lalaing était alors le chevalier d'honneur, et précédée d'un état du
personnel et de l’ « Ordinaire pour les plats » et pour les fournitures (Archives d'État à Bruxelles ;
le document a été publié dans QuiNsonas, Matériaux, tome 1, pages 281 à 328). Cette ordonnance,
datée du 1° mars 1525 « stil de Romme », a été publiée le 3 avril suivant.
72 MARGUERITE D’AUTRICHE
de l'ordre. Les mesures relatives à l’escorte de l'archiduchesse, à la sûreté de sa
personne, à la discipline intérieure et au rigoureux contrôle des dépenses présentent
un intérêt particulier.
Quand l’archiduchesse se déplaçait, ou même quand elle sortait seulement pour
aller à la messe ou aux vêpres, elle n’entendait pas être « petitement accompagnée ».
Les « gentilshommes des quatre états », c'est-à-dire les échansons, les panetiers, les
écuyers tranchants et ceux d’écurie devaient lui faire escorte, « honnestement
accoustréz et montés de deux bons et honnestes chevaulx », et les autres serviteurs,
tels que valets de chambre et officiers de gages inférieurs, devaient aussi faire
partie du cortège, mais avec un seul cheval. « Et seront tenuz lesdicts gentilshommes
eulx trouver a cheval au logis de madicte Dame incontinant qu'elle vouldra partir
des bonnes villes, et a l’entrée d’icelles avec leurs serviteurs, lesquels serviteurs
demeureront aupres de leurs maistres ou yront devant, selon que la commodité
du temps le pourtera » ().
À l'intérieur de sa résidence, l’archiduchesse était bien gardée. Des mesures
strictes étaient prises « en tant que touche la seureté de sa personne ». Tout d’abord
le capitaine des archers (?) dirigeait, avec ses hommes, le service de guet, de jour
et de nuit. Les vagabonds et « tous serviteurs non ayans maistres » devaient quitter
dans les trois jours les abords de l'Hôtel, sous peine de bannissement, s’exposant,
s'ils étaient pris, à être « siglorisés et eschauffaudéz comme en tel cas appartient ».
Aucun étranger ne pouvait être admis dans les services « sinon ceulx ayant le
serement a Madicte Dame ». Les diverses issues des locaux devaient être closes
et munies de deux serrures, l’une des clefs étant remise au chef d'office intéressé,
l’autre au contrôleur, «et ne se pourront ouvrir les huys desdictes issues sans la
presence dudict contrerolleur ». Quand l'on était parvenu dans l'Hôtel, on se
heurtait à une nouvelle consigne, si l’on voulait voir l’archiduchesse : « Ordonne en
oultre Madicte Dame a ses huissiers de chambre qu'ils ayent a garder l’huys de sa
chambre par dedans, lesquelz huissiers ne laisseront entrer nulz estrangers en
ladicte chambre, sinon ceulx qui y doivent entrer, sans prealablement en avertir
Madicte Dame, le Chevalier d'honneur, le Premier Maistre d'hostel ou l’ung des
Maistres d'hostel qui y sera ». Et quand Marguerite se retirait dans sa chambre,
soit qu’elle voulût manger à part, soit qu’elle fût indisposée, soit qu’elle n'eût pas
« sa robe », la surveillance incombaïit non plus aux huissiers mais aux valets de
chambre, « et entend Madicte Dame qu'il y ayt tousjours ung varlet de chambre
gardant sa chambre jour par jour, et les aydes avec luy ».
D'autres précautions étaient prises pour le service de la table. Tout d’abord,
Marguerite voulait que « chascun chief d'office la serve en parsonne et non les aides
des offices », et que les plats fussent préparés dans un endroit particulièrement sûr,
« ordonnant aussi a son maistre keux tenir sarrée sa cuisine aultrement qu’il n’a fait
du passé, et faire garder l’huys d’icelle par ses gens tour a tour, affin que nulz
estrangers n’y entrent, et que l'office soit tenu seur comme il appartient, sans qu'en
icelle cuisine ny es garde à mangiers soit, par cuy que ce soit, fait aucune assiette
(1) QuiNSoNAs, tome 1, page 310.
(2) Il y avait aussi un règlement spécial pour les archers, daté du 3 janvier 1527 n. st.
(Minutes, Arch. Nord, L. M., n°: 44048 et 44049).
_——
LE CONSEIL PRIVÉ DE MARGUERITE 73
de table en manière quelconque, sur paine de royer ledict maistre keux (1)». La
pâtisserie faisait l'objet de recommandations spéciales : « Veult aussi Madicte Dame
que son patissier face luy-mesmes la patisserie dont elle sera servie et non souffrir
estre faicte par nulz de ses varletz, sur peine de privacion de son office, et qu’il ayt
d'oires en avant, en personne, a appourter en sa Cuisine la patisserie qu'il aura faicte
pour sa bouche, et non par ses varletz... et deffend Madicte Dame a son maistre
keux ou autre servant en son lieu de non prendre ny recepvoir ladicte patisserie
sinon des mains dudict patissier (?)... ». Et l’on prenait garde aussi à la boisson, les
« vins d’aultruy » ne devant pas être confondus avec « ceulx de Madicte Dame ».
Les gens de la Maison étaient, on le conçoit, choisis avec prudence. Nul ne
pouvait être mis sur les rôles de gages, dressés chaque jour sous le nom
d’ « escroes », sans un ordre spécial de Marguerite, prescrivant l'inscription des
nouveaux venus sur l’état général du personnel. Il y avait une vie exubérante dans
ce monde de cour. Du côté des jeunes, on surprenait des pages s’aventurant dans la
salle des « filles d'honneur »; ailleurs, on bavardait beaucoup à table, et, dans
certains offices, on s'oubliait au point de prononcer des jurons abominables.
Marguerite était décidée à faire régner la décence dans son entourage. Elle fit savoir
à ses «officiers et serviteurs » de n'avoir pas à tenir « leurs cacquetz et devises
a table, usant de paroles deshonnestes, seremens ingnominieux et detestables comme
ilz ont accoustumé ; ayns, mangeront honnestement, coyement et diligemment...
et s’il y a aulcuns d’eulx faisans le contraire, ou qui se ingere de piglier, porter ou
derober plat de viande soubz coleur de quelque dame ou damoiselle. .., il sera mis
en prison trois jours en pain et eau, et au surplus pugny a l’arbitraige de ceulx du
Bureau () ». Le blasphème surtout était particulièrement odieux et l'ordonnance
de l'Hôtel revient encore sur ce grave délit. « Et pour ce que Madicte Dame est bien
informée que aucuns de sa Maison sont accoustuméz de faire de vilains seremens
dont nulle pugnicion n'est faite, qu'est tres grant offence contre notre Solveur, et
seroit charge de conscience a Madicte Dame de les souffrir, a ceste cause elle veult
ceulx que d'oires en avant feront de telz detestables et vilains seremens estre royés
de leurs gaiges pour ce jour qu'ilz auront ainsi juréz, et que prealablement ilz crient
merci a deux genoulx a Dieu en sondict Bureau, et s’ilz continuent, pour la seconde
fois, seront royéz pour deux jours, et pour la tierce fois Madicte Dame veult qu'ilz
soient privéz de leurs offices » (!*).
La discipline intérieure était assurée par le Maître d'hôtel de service sauf
recours, en Cas de conflit, au Chevalier d'honneur, représenté le plus souvent par le
Premier Maître de l'Hôtel. Chaque semaine, ces personnages tenaient une séance
et là, devant le « Bureau », les absences du personnel étaient pointées, les défail-
lances de chaque service signalées, et s’il y avait lieu de sévir, le Chevalier d'honneur
intervenait, sauf recours à l’archiduchesse et au Conseil privé, dans les cas graves.
Le conflit entre le maître d'hôtel Bentinck, déjà ancien dans la Maison, et un
gentilhomme, récemment arrivé, fut ainsi évoqué devant cette juridiction. Cet incident
(t) Quixsonas, tome 1, page 309.
(2) Ibid., tome 1, page 311.
(3) Ibid., tome 1, page 314.
(8) Ibid., tome 1, page 32%.
74 MARGUERITE D'AUTRICHE
nous est connu par une enquête dont le rédacteur avait une de ces bonnes plumes
bourguignonnes qui minutaient, dans le service de l’Audiencier, les savoureuses
lettres de rémission qui rappellent par tant de points les Cent nouvelles nouvelles.
Un soir que Marguerite soupait à Malines chez Madame de Hornes, cette Claude
de Savoie qu'elle affectionnait depuis tant d’années, le maître d'hôtel Alard Bentinck,
après l’avoir servie, s’en fut de son côté faire « bonne chiere, et se treuva asses
joyoulx ». La nuit venue, en compagnie de plusieurs familiers de la Cour,
notre personnage, « lequel avoit bien beu », regagna son logis en passant
devant un écuyer nommé Philippe de Faulcue, attaché au service de
l’échansonnerie. « Et apres plusieurs devises, se retirerent la pluspart d’eulx, exepté
ledict maistre d'’ostel, lequel en cuydant se retirer de dessus une baïlle (barrière), ou
il estoit appouer (appuyé), tumba presques a la ranverse, quoy veant, ledict Faulcue
s’approucha incontinant de luy et le sauva de tumber. Allors ledict maistre d'ostel,
regardant sur ledict Faulcue, luy dit : Vous appartient-il de me louché, vilain ?
Se j'esloy a Bruxelles, je m'en vangeroie bien. À quoy respondit icelluy Faulcue :
Monsieur le Maistre, nous sommes tous a une maïslresse ; nous devons secourir l'ung
l'autre. Ce que j'en faiz, je le faiz pour vostre bien ».
Le lendemain, toujours à Malines, à l'auberge de la Tête d'or, Bentinck ayant
cuvé son vin, s’en fut déjeuner avec quelques gentilshommes de bouche. Ceux-ci
lui ayant demandé s’il se rappelait avoir injurié la veille un écuyer, le maître d'hôtel
déclara ne se souvenir de rien, mais être prêt à faire des excuses. L'affaire aurait pu
s'arranger dans un esprit de bonne camaraderie ; malheureusement Faulcue, que l'on
avait envoyé chercher, ne voulut pas venir. Le jour suivant, à l’heure où Marguerite
soupait dans le jardin de son Hôtel de Malines — on était au mois d’août — il y eut
une nouvelle altercation entre le maître d'hôtel et l’échanson. « Faulcue, s'écria
Bentinck, l'on m'a dit que fault que je me garde de vous. À quoi respondit ledict
Faulcue. Ouy, Monsieur le Maistre, se vous voulez maintenir les parolles que avez
dittes de moy, — Ouy, respondit ledict maistre d’ostel.. Or bien, Monsieur le Maistre,
gardez-vous de moy ». Et Bentinck de répliquer: « Je suy bien homme pour vous el
ne me laroye point balre ny fouler de vous, et quant le cas aviendroil si avant, je
trouveroys des amis aussi bien de mon cousté que vous feriés du vostre ». Tant que la
Cour résida à Malines, l'affaire parut s’assoupir. L'un des gentilshommes servants
avait même dit à Faulcue: « N'avés vous point de honle de prendre ainsi parolle au
maistre d'ostel Allard. Vous savez bien qu'il estoit yvre quant il disoit ces parolles
dont vous parlés ». Mais quand l’archiduchesse quitta Malines pour venir à Bruxelles,
on apprit que Faulcue cherchait une occasion favorable à sa vengeance. Suivi deson
frère qui était « fourny d’une longue dague », l’écuyer se posta à proximité de la maison
de son adversaire : « Allons plus hault el l’attendons, disait-il, 1l faut que passe par
cy ». Bentinck arriva en effet, vers les dix heures du soir, précédé d’un page et d'un
valet, éclairé par une torche qu’il fit éteindre quand il fut devant son logis. Faulcue
ayant trouvé son homme, l’aborda fort civilement, à l'en croire, lui disant, car ce sont
les termes de sa déposition : « Bonsoir, Monsieur le Maistre, lequel le salua aussi.
Sy luy dit : Monsieur le Maistre, voulez vous maintenir les parolles que avez ditles
de moy dernierement estant a Malines. — Non, respondit le maistre d'ostel. Se je les
ay diltes, j'ay mal dil el m'en dedit. Et a ce, luy respondit ledit Faulcue : Monsieur le
Maistre, puis que vous les dediles a cesle heure, me conlante de vous ». Et ïl le
LE CONSEIL PRIVÉ DE MARGUERITE 75
reconduisit en ajoutant : « Bonsoir, Monsiéur le Maistre ». Mais, quand Bentinck fut
entré chez lui et eut refermé sa porte, « veyt ledit Faulcue, par la treille de la
maison, que ledit maistre d’ostel avoit tirer son espée, veullant sortir dehors, usant
de grosse menasse ». Bentinck, en effet, avait appelé ses valets, s'était fait apporter sa
« javelyne » et criait à son adversaire : « Garson, vous m'avés voulu oulrager », et il
était si furieux que ses serviteurs l’empéchèrent de sortir, tandis que Faulcue et
« ceulx estans de dehors disoyent audit maistre d’ostel : Sorlés, sorlés ; vous dilles
qu'esles noble, mais vous n'avez noblesse que du costé de nostre cousine vostre femme.
Autrement, povés vous bien aller querir vos armes devers le duc de Ghelres, et autres
étranges paroles ». L'affaire fut soumise au Conseil privé de la douairière et Gattinara
minuta lui-même la sentence, le 28 août 1516, condamnant Faulcue à huit jours
d'arrêt en son logis « sans entrée en la court », supprimant ses gages pendant cette
période, et l'obligeant à venir faire amende honorable à son adversaire devant
l’archiduchesse et ses conseillers (!).
La partie financière tient une place importante dans le réglement de l'Hôtel. Les
« escroes » renfermant les gages quotidiens devaient être vérifiés chaque semaine,
soit pour le personnel présent, soit pour les absents pouvant bénéficier, en cas de
congé régulier, du paiement d’un trimestre s'ils se rendaient dans la Comté ou en
Savoie, d'un mois seulement s’ils habitaient les Pays-Bas. La dépense pour la
nourriture et l'entretien était minutieusement surveillée par un officier spécial, le
contrôleur, et examinée en outre, en présence de ce personnage et des divers chefs
d'office, dans la séance hebdomadaire tenue par le « Bureau ». Aucun marché de
fournitures ne pouvait être valable sans la présence du contrôleur ou celle du
trésorier. On pesait la viande et le maître queux ne pouvait la servir « ny decoppée
ny admaindrie ». Les vins fins étaient mis à part et la cave avait double serrure,
l’une des clefs restait entre les mains de l'indispensable contrôleur. Tout était prévu,
même s'il s'agissait de brocanter du linge usé ou de vieux tonneaux (*).
Le service de bouche était réglé avec une particulière précision. Il y avait
plusieurs « plats », suivant l’expression alors employée pour désigner la table d'un
officier de rang élevé ou celle d’un groupe de serviteurs. On distinguait le « plat de
Madicte Dame » de ceux des « Filles d'honneur », ou des « Femmes de chambre »;
il y en avait encore d’autres. Le nombre des personnes admises à une table était
strictement déterminé. C'est ainsi que Marguerite avait ordonné que « nulz ne
mangent de son plat que ceulx que s’ensuyt, assavoir le Maistre d’hostel servant, ung
Panetier,ung Eschançon, ung Escuier tranchant, ung Varlet servant, ung gentilhomme
servant madame d’Hochstrate, ung Chappellain, ung Sommelier de Paneterie, ung
de la Cave, ung Garde-linge, ung Oublieur, ung Saulsier, ung Fruitier, ung Fourrier,
(*) Enquête et sentence du 28 août 1516, sur l’altercation survenue le 13 août précédent entre
Bentinck et Faulcue (Minute, Arch. Nord, L. M., n° 41270).
(2) « A madicte Dame declairé qu’elle ne veult ny entend que nulz de ses officiers quelz qu'ilz
soient ayent ou doivent avoir nulz drois en son hostel... comme de vieulx linges, estaintz, bois,
charriotz, litz ou autres choses, excepté qu'elle se contente que les sommeliers de sa cave auront
les tonneaulx à condicion qu'ilz ne compteront rien de freletaige, broches, cuvelles, perchoirs,
et autres menues parties necessaires pour le tiraige des vins et cervoise ». Si les officiers
recevaient néanmoins quelque petite chose sur la vente du matériel hors d'usage, c'était à titre
de pure gratification (Ordonnance du 3 avril 1525, dans QuinsoNas, tome I, page 319).
76 MARGUERITE D'AUTRICHE
ung Huissier de chambre, ung de sale, ung Tapissier et ung Sommelier de l'oratoire,
et point d’autres; et apres eulz, mangeront de leur reste Rolet Bouchedor et
Barbasan, aydes de fourriere, le valeton de torches, deux serviteurs du Maistre
d’hostel, quatre serviteurs aux quatre Gentilzhommes (écuyer panetier, échanson,
écuyer tranchant et écuyer d'écurie) et un serviteur au Chappelain et point
d’autres » (‘). Et pour chaque « plat », on donnait le nombre des « pains de bouche »
et celui du « pain bis », le poids de chaque espèce de viande, le total des pots de vin
ou de cervoise. Et l'on ne tolérait d'exception que quand il y avait des visiteurs de
marque, « comme seigneurs du sang, chevaliers de l'Ordre ou autres gros
personnages » (?).
Un service plus spécial, celui de l’écurie, était placé sous la direction du Premier
écuyer, qui avait, en première instance, la connaissance des fautes commises par le
personnel attaché au service des transports et des messageries, les contestations
pouvant ensuite être évoquées par le Chevalier d'honneur. Dans ce service spécial,
assez dispendieux, même sévère réglementation pour le personnel.
Malgré tout, l’abondance des sanctions, menaçant les fautes de service, laisse
supposer que l’on ne parvenait point à établir une exactitude très rigoureuse. Peu
après la promulgation de cette longue ordonnance, l'exercice de l’année 1527
accusait, pour une période de douze mois, un excès de dépenses représentant un déficit
du douzième sur les recettes annuelles. Ces dépenses s'élevaient à 104.167 livres,
dont 31.866 livres pour la table, l'éclairage, les transports et autres dépenses
ordinaires de la Maison, et 31.024 livres pour les gages et pensions. Le douaire
d’Espagne et celui de Savoie auraient été insuffisants pour alimenter un pareil budget.
D'ailleurs les 12.000 florins du douaire de Savoie ne figuraient que pour ordre dans
les recettes, pareille somme étant portée en dépense pour les travaux de Brou.
Marguerite, devenue Régente des Pays-Bas, tirait de cette haute situation les
ressources complémentaires lui permettant de tenir, avec magnificence, son rang
impérial (#).
(1) QuinsoNas, tome 1, page 312.
(2) Parmi ces personnages se trouvaient notamment Jean Carondelet, archevêque de Palerme,
chef du Conseil privé de l'Empereur, Jean Caulier, seigneur d'Agny, le trésorier des finances de
l'Empereur, Jean Ruffault, et le receveur général Jean Micault, l’audiencier, le président du
Conseil de Malines et quelques membres du Conseil privé de Charles-Quint. QuiNsonas, t.r, p. 297.
(3) Voici les chiffres relevés dans le compte de J. de Marnix pour l'exercice 1° janvier-
31 décembre 1527 (Orig., Arch. Nord, B 2339). Les recettes comprennent les chapitres suivants :
comté de Bourgogne et Saunerie de Salins, 15.224 1. ; seigneurie de Malines, 4.500 1. ; douaire
d'Espagne, 29.904 1. ; pensions allouées à l’archiduchesse par l’empereur, 17.458 1.; somme à
valoir sur la succession de Maximilien, 8.000 I. ; don gratuit des États de Hollande et de la
châtellenie de Lille, 8.579 L. ; subventions de l’archiduchesse pour les Annonciades de Bruges,
9.231 1. ; reliquat de 6.719 1. sur le douaire de Savoie. Une recette de 12.100 florins de Savoie
provenant aussi du douaire est inscrite pour ordre, le produit en étant affecté à l'église de Brou.
Voici les chapitres des dépenses : dépense ordinaire et extraordinaire de l'hôtel pendant 12 mois,
31.866 1. ; gages du personnel pendant la même période, 19.160 1.; pensions aux officiers de
l'archiduchesse, 9.760 I. ; aux dames, 1.400 1. et aux demoiselles d'honneur et femmes de service,
704 1., soit un total de 11.864 1. pour le chapitre des pensions ; voyages et messageries, 3.506 1. ;
dons 7.728 1. ; service de l'écurie, 713 1. ; grosses et menues dépenses, 18.343 1.; aumônes,
210 1.; dépenses particulières de l'archiduchesse, 6.961 1.; change de monnaie, 2.731 1. ;
dépenses de trésorerie, 1.025 1. ; travaux de Brou, 12.000 florins de Savoie.
On remarquera que le service des recettes est inférieur de 8.552 livres au chiffre des dépenses
qui s'élève à 104.167 livres plus 12.000 florins de Savoie.
CHAPITRE VI
Le Duc Charles III
+
Dans le fracas des Guerres d'Italie, Charles III apparait menu, hésitant et comme
glacé d'effroi (*). Environné de puissances belliqueuses, victime d’une situation qu'il
ne pouvait dominer, le successeur de Philibert le Beau était incapable de vouloir,
dans des temps où il fallait s'affirmer, être français ou impérial. Le pauvre prince
espérait néanmoins atteindre de ses mains débiles une lointaine couronne ; son rêve
devait sombrer dans l’inévitable invasion.
Chétif au physique comme au moral, petit et même un peu bossu (?), de
physionomie triste, le nouveau duc montait sur le trône à dix-huit ans (10 septembre
1504), sans préparation, dépourvu de sens diplomatique, inapte à concevoir l'avenir
italien de sa race. Asservi aux caprices de la France (*), à la fin du mois d'août 1511,
Charles III passera trois jours à Lyon auprès du roi, pour faire sa cour
humblement (!); trois ans après, lors du rapprochement anglais, il enverra féliciter
Louis XII, devenu l'époux de Marie Tudor, le remerciant de l'avoir compris parmi
les bénéficiaires du Traité de Londres (7 août 1514) (). L’avènement de François 1°"
devait encore accentuer ces bons rapports. Au moment du Pacte de Paris (24 mars
1515), éphémère projet d'union entre le futur Charles-Quint et Renée de France (),
Charles III était au nombre des alliés et recevra même une pension longtemps
sollicitée (7). Aussi le voit-on s’employer activement pour défendre les intérêts
(1) Certains historiens modernes, rompant avec la tradition, ont donné au fils de Philippe
de Bresse l'appellation de Charles II, estimant que l'on avait à tort ainsi dénommé le duc
Charles-Jean-Amédée (né en 1488, mort en 1496).
() « E uomo di piccola persona, gobbo, di faccia brutta ». Relation de Falier en 1531 dans
ALBERI, Relazsioni degli ambasc. veneti, série 1, tome m1, page 5. Le portrait de Charles III est
conservé à la Pinacothèque de Turin.
(3) Protestation du duc de Savoie contre le roi de France, # mai 1507 (Copie auth., Turin,
Arch. Camér., Inv. 182, pièce 12).
(*) Burgo à Marguerite, 2 septembre [1511], dans Lettres de Louis XII, tome mt, page 26.
(5) 1514, 23 déc. : Instructions du duc de Savoie à M. de Lucinge (Arch. de Turin, Negoz. con
Francia, mazzo 1, n° 24). L'adhésion de l'archiduc est du 1°" octobre 1514. HENNE, Hist.
Charles-Quint, t. 1, p. 57 et 65.
(6) Laurent de Gorrevod à Charles III, 4 août [1515], dans CHaGNYy, Gorrevod, p. 320. Sur le
traité de Paris, voir HENNE, 0. c., t. n1, p. 119.
(7) Le duc de Savoie rentra momentanément en 1515 en possession de la pension que la
France lui servait avec une caractéristique intermittence. Compte rendu par Henri Rousseau,
receveur, de la pension de 20.000 1. t. servie par le roi de France au duc de Savoie (Turin,
Arch. Cam., Inv. 39, n° 37).
78 MARGUERITE D'AUTRICHE
français soit en facilitant un compromis entre François I* et Léon X (!), soit en
négociant avec les Suisses, après la bataille de Marignan, les conventions du
13 mars 1516 (*). L’acceptation du Traité de Noyon (13 août 1516) semble être
le dernier acte de la première politique suivie par Charles III depuis son
avènement (5).
En effet, deux ans plus tard, le refus de l'Ordre de Saint-Michel caractérisait un
changement d'orientation (*). Déjà François [*, profitant de la mort du protecteur
romain de la Savoie, Julien de Médicis, frère de Léon X, avait fait révoquer (1516)
les bulles d’érection des diocèses de Bourg et Chambéry, si intéressantes pour le
douaire de Marguerite (f). C'était le témoignage évident d’un mauvais vouloir qui
allait encore grandir. Dans l'ombre des Conférences de Cambrai, en mars 1517 (*),
on imagina la création d'un royaume hypothétique de Lombardie, enlevant le
Piémont à son souverain naturel, et bientôt, en mars 1518, un acte plus direct,
brutalement, par la voie comminatoire d’un héraut, sommait Charles II de restituer
à Louise de Savoie, mère de François I*', et au Grand Bâtard René certains avoirs
qu'ils revendiquaient sur l'hoirie de Philippe de Bresse.
Le duc de Savoie, n'étant plus français, ne pouvait qu'être autrichien, mais à sa
manière, se donnant à moitié et moins encore. Charles III, dans son évolution, était
surtout hanté par le chimérique diadème qu'une reine dépossédée avait légué à la
Maison de Savoie (7), ce royaume de Chypre que les Vénitiens avaient usurpé depuis
plusieurs années (1489). Déjà, lors de la Ligue ourdie contre la Sérénissime
République (Traité de Cambrai, 10 décembre 1508), le duc s'était fait admettre dans
la coalition, promettant à Marguerite d'Autriche, l'âme de cette négociation, la
souveraineté qu'elle convoitera jusqu’à sa mort dans le pays de Bresse (*). L'élection
impériale, autre œuvre de la Régente (28 juin 1519), affirmant la puissance de
Charles-Quint, parut encore une occasion propice (?) pour réaliser le rêve chypriote.
Ce n’était qu'un fol espoir.
(*) Charles III use alors du crédit de son beau-frère Julien de Médicis. Pasror, Hist. des
papes (3° édition, Paris 1909), t. vu, p. 86 et 97.
(2?) CosrTA de BEAUREGARD, Mém. hist. Maison Savoie, t. 1 (1816), p. 303.
(3) Acceptation du traité de Noyon par Charles III, {°° février 1517, Turin (Arch. Nord, B377,
n° 18102, copie xvrrr* 8.).
(#) Instructions de Charles III à Renner, envoyé en mission près de Maximilien [1518].
(Minute, Turin, Arch. Cour, Negoz. Vienna, mazzo 35).
(5) Lettres de François Ie et de Charles III du 1° mars, 17 avril et 8 juin 1517, dans PERRET,
Notes sur les actes de François I conservés dans les archives de Turin, Milan, Gênes,
Florence, Modène et Mantoue (Paris, 1888), p. 12 à 16.
($) HENNE, Hist. Ch.-Quint, t. 11, p. 177.
(7) Charlotte, fille de Jean III, roi de Chvpre, était reine de Chypre quand elle épousa
Louis de Savoie, comte de Genève (1459). Assiégée dans l’une de ses places, elle dut quitter son
royaume en 1464, léguant ensuite ses droits à la Maison de Savoie (1482). Les Vénitiens
s'emparèrent de l'île en 1489 et conservèrent leur usurpation jusqu'en 1571.
(8) 1509, 10 mai, Turin : Procuration du duc de Savoie en faveur d'Amé, s' de Viry, Mercurin
de Gattinara, Président de Bresse et de Bourgogne, Benoït Tortellet, s' de Montastruc,
maître de l'hôtel (GUICHENON, Hist. généal. Savoie, éd. de Turin, t. 1v, 2° partie, p. 491; cf.
Le GLay, Nég. diplomat., t. 1, pages xxxr et 240. Voir aussi aux Arch. de Turin les Protocoles
de Cour 138, fol. 25 verso sq. ; 136, fol. 47.
(9) Instructions du duc de Savoie au s' de Salenove, envoyé en mission auprès de
Charles-Quint, 14 juillet 1519. Il dira que Charles III désire accompagner l'empereur dans son
LE DUC CHARLES III 79
L'archiduchesse tenait à profiter du couronnement de son neveu pour faire
apparaître publiquement la nouvelle politique savoyarde. Elle manda à Charles III
de prendre part à la solennité. François I‘, malgré son argent, n'avait pas eu une
voix le jour de l'élection. Paraître au couronnement du Roi des Romains, c'était
s'associer aux artisans de la défaite de la France. Charles III se tint sur la réserve.
Mais il n'était point dans son caractère de prendre une position nette. Il s’abstint,
mais pas complètement : son frère Philippe, comte de Genevois, le représenta ({),
et l'empereur reconnut cette demi-adhésion en confirmant le duc (3 mai 1521) dans
son titre de Vicaire du Saint-Empire (?).
Pour fixer plus solidement l'emprise autrichienne, Marguerite songea ensuite à
marier son beau-frère. Charles III avait eu, il est vrai, au début de son règne, des
aspirations italiennes, pensant épouser la fille du roi de Naples, Jeanne d'Aragon.
Les négociations, commencées en 1507 et favorisées par Ferdinand le Catholique,
aboutirent le 18 octobre 1510 à un contrat de mariage (*), non suivi d'exécution.
Le duc de Savoie, suivant son tempérament, resta de longues années dans
l'indécision. Marguerite finit par lui trouver une femme. On ne pouvait, à cause de
la disproportion d'âge, disposer de l’une des sœurs de Charles-Quint (*), mais une
belle-sœur, Béatrice de Portugal, paraissait le parti cherché. Les négociations
trainérent néanmoins cinq ans, puis aboutirent. Les noces de Charles IIT furent
célébrées le 1% octobre 1521 sous les yeux d'un délégué impérial, l’archidiacre
Ferry Carondelet, dont la présence donnait à la cérémonie sa véritable
signification (5).
voyage projeté en Italie, qu'il a le ferme espoir de recouvrer le royaume de Chypre, objet d'un
traité passé entre les maisons d'Autriche et de France, dans lequel Charles III est nommé, et
qu'il prie l'empereur de sommer les Véritiens de restituer ce royaume (Original, Turin, Arch. Cour,
Materie politiche, Nég. Vienne, mazzo 1, n° 1). Cf. GuicnENoN, Hist. Mais. Savoie, éd. Turin,
t. 1v, part. 2, p. 494. Voir aussi les instructions de Charles III au président de Piémont sur la
revendication de Chypre, 26 oct. 1529 (Minute, Turin Arch. Cour, Nég. Vienne, mazzo 1, n° 4).
(1) Marguerite à Charles III, 27 fév. 1520 n. st., Malines (Turin, Arch. Cour, Lettere principi
Savoia, mazzo 2) et CHAGNY, Gorrevod, p. 426 à 442. Procuration du duc donnée au comte de
Genevois pour se rendre à Worms auprès de l'empereur et prêter hommage, 13 août 1520 dans
SEGRE, Docum. di storia sabauda dal 1510 al 1536 (Turin, 1902), p. 160; cf. SEGRE, Politica
sabauda con Francia e Spagna (Turin, 1900), p. 15 et 16. Le comte de Genevois était d'ailleurs
très entouré à la cour de France. Déjà en 1518, le roi voulait lui donner l'Ordre de St-Michel,
lui payer une pension de 12.000 fr. et lui confier une compagnie de cent hommes d'armes
(Instructions de Charles IIT à Renner, [1518], Turin, Arch. de Cour, Negoz. Vienna, mazzo 35,
minute).
(2) Turin, Arch. Camérales, Invent. 178, fol. 12.
(3) Burgo à Marguerite, 13 sept. [1509] (Arch. Nord, L. M., n° 25861). Cf. Lettre de St-Jeoire
à l'archiduchesse, du 28 déc. [1509], dans Cnaany, Gorrevod, p. 78 et SEGRr, La politica
sabauda con Francia e Spagna dal 1515 al 1533 (Turin, 1200), p. 4.
(*) Instr. de Marguerite à Louis de Gorrevod, 8 mai 151!) «a... Au regard de la poursuvte
qu'il (le duc de Savoie) a faicte d'avoir l'une de mesdames noz niepces, nous l'avons bien sceu
et a nous n'a tenu que les choses n’ayent sorti effect, mais encoires ne tenons les choses pour
en tout habandonnées. Et quant ainsi seroit que la chose ne se pourroit la addresser, si voulons
nous bien penser et tenir main a l'addresser en cest affaire a quelque bon et vertueulx
personnaige qui soit du sang et parenté, affin que par ce moien l'amitié des dictes deux Maisons
se puist tousjours d’austant plus accroîstre... » (Turin, Arch. Cour, Protoc. Vulliet 137).
(5) GERBAIX di SONNaz (c. A.), Relazioni fra 1 reali di Savoia ed à reali di Portogallo, dans
Miscell. storia patria, t. xiv (Turin, 1910), p. 108 ; SEGRE, La politica sabauda con Francia
e Spagna dal 1515 al 1533 (Turin, 1900), p. 15 ; Carlo IT e le guerre d'Italia tra Francia
e Spagna dal 1515 al 1525, Turin, 1900 (Are: R. Ac. Sciense).
80 MARGUERITE D'AUTRICHE
Marié par l'Autriche, le duc de Savoie semblait définitivement impérial. Mais,
comme par le passé, les actes de ce prince restent incohérents. Charles III, toujours
maladroit, veut encore louvoyer, incapable de comprendre que son attitude décevante
isolait ses États, leur enlevant l'appui nécessaire d'une forte alliance. Lors de la
bataille de Pavie, le revirement apparaît (1525) : Charles III sera repris d'un accès
de sympathie française ; aussi l’empereur l'empêchera-t-il, par le Traité de Madrid
(14 janvier 1526), de récupérer le marquisat de Saluces. L'union du prince de
Piémont avec Marguerite de France (7 avril 1527) avait encore accentué cette
politique francophile (‘). Et cependant, d'autre part, le duc sollicitait l’archiduchesse
pour le baptème du futur Emmanuel-Philibert (?). Ce sera toutefois comme allié de
l'Empereur que Charles III sera compris dans la Paix des Dames (Cambrai,
3 août 1529), négociée par la Régente des Pays-Bas et la mère de François If (5).
Le prince, en se trouvant à Bologne, lors du sacre impérial (février 1530), aux côtés de
Charles-Quint, sortait enfin de son indécision, mais trop tard. Dès que disparaïîtront
Marguerite d'Autriche (1° décembre 1530) et Louise de Savoie (22 septembre 1531),
qui lui furent souvent secourables, Charles III, victime de ses tergiversations, sera
broyé par l'occupation française (1536).
Avec la France et avec l'Autriche, le duc de Savoie gardait encore l'apparence
d’un souverain, mais, vis-à-vis des Suisses, menaçants comme une avalanche, le prince
timoré s'effondrait, lamentable. Les gens des Cantons savaient que le faible
duc était facile à effrayer. Déjà les Valaisans lui avaient arraché le Pays de Gavot(®),
dans la région d'Evian (Traité d’Ivrée, 3 mars 1507). Un fourbe allait utiliser et les
convoitises des Ligues et les terreurs de son maitre pour se vonger d’une disgrâce.
Jean Dufour, originaire d'Annecy, ancien secrétaire ducal, avait été bien placé,
par ses fonctions confidentielles, pour connaître les secrets de la Cour de Savoie (#).
Après avoir perdu sa place, il quitta le pays et se fit recevoir bourgeois de Berne et
de Fribourg (‘), méditant une basse vengeance ; en avril 1508, trahissant le secret
(*) Bourrizzy, Les rapports de François I et d'Henri IT avec les ducs de Savoie dans Revue
histoire mod. et contemp., t. vi (1905), p. 609.
(3) Marguerite à Béatrice de Portugal, 26 janvier 1526, Malines (Turin, Arch. cour. Lettere
principi Savoia, mazzo 2). La fille de Charles III, dont l'archiduchesse avait accepté d'être la
marraine, ne vécut pas. (Marg. à Charles, 23 avril 1526, Malines, Arch. Cour de Turin. Principi
Savoia, mazzo 2). Ce ne fut qu'en 1528 que Marguerite fut marraine d'un prince de Savoie,
Emmanuel-Philibert, le futur restaurateur de la dynastie, né le 8 juillet 1528 (Arch. Nord,
L. M., n° 34854). L'archiduchesse se fit représenter par Louis de Gorrevod, évêque de Maurienne.
Mandement daté de Malines, 3 sept. 1528 (Arch. Nord, L.M., n° 34856).
(3) Marguerite à Charles III, 10 août 1529. Voir aux preuves. Le duc chargea M. de Collombier
de remercier Marguerite pour l'avoir fait admettre au bénéfice du traité de Cambrai. (Instruction
datée du 1° sept. 1529, Chambéry, aux Arch. de Cour à Turin, Negoz. Vienne, mazzo 35). Voir
aussi le récit de Poupet, s° de La Chaulx, sur la réception enthousiaste qui lui fut faite comme
ambassadeur impérial par le duc de Savoie en septembre 1529. LE GLay, Negoc., t. n, p. 698.
(#) Boccarn, Hist. du Valais (Genève 1844), p. 145 ; cf. Arch. Nord, B 843, n° 17969.
(S) Jean d'Estavaver à Marguerite, 3 avril [1508] : « .…. Le secretaire de Forno, comment l'on
m'a dit, pour ung despit de mylle escus que monseigneur luy a reffuser et pour ung office que
[lui a esté] ouster c'est aller faire bourgois de Messeigneurs [de Berne] et de Fribourg et leurs
a porter une donnacion que feu mons. le duc Charles avoit fait esdis seigneurs [que] ledit de
Forno avoit receu seul, sans point d'autre secretaire ladicte donacion, en laquelle sont nomméz
tesmoins cinq ou six gens de bien dont il n'en ÿ a pas ung en vie » (Orig. Arch. Nord, L. M.
n° 37749).
LE DUC CHARLES III 81
professionnel, il affirma avoir reçu, comme notaire du feu duc Charles I‘, le
17 mars 1489, un certain testament par lequel ce prince aurait légué à ces
deux villes une somme de 350.000 écus, garantie sur le pays de Vaud, le Chablais
et le Faucigny (*). Les Suisses rémunérèrent le délateur en lui allouant pension,
gratification et logis (?).
Le traître Dufour était en réalité un faussaire. La pièce originale remise aux
Cantons portait mention de témoins et d'officiers morts ou absents lors de la
rédaction de l'acte (#). La garantie du paiement sur le pays de Vaud, qui faisait
partie du douaire de Marguerite, émut l’archiduchesse. Celle-ci s'empressa d'envoyer
aux avoyers de Berne et de Fribourg le seigneur de Verboz, son maître d'hôtel, qui
devait, après un bel exorde sur les relations de bon voisinage, les menacer de
l'Empereur dans le cas où les Suisses, pour recouvrer leur prétendue créance,
paraîtraient vouloir tenter l'invasion (‘)}. Le duc de Savoie, de son côté, fit
intervenir l’évêque de Lausanne, Aimon de Montfaucon, et surtout Louis XII, qui
apparut comme médiateur, accréditant Claude de Seyssel, évêque de Marseille, le
12 avril 1508. D’autres ambassadeurs français prirent aussi part à la conférence, et
le nonce apostolique soutenait le parti ducal (5). Les journées de Berne et de
Fribourg ne donnèrent rien. Une proposition d'arbitrage devant l'Empereur, le Pape
ou les Ligues n'eut pas plus de succès. « Le pays ou l’argent, du tout voila leur
reponse seule en leur patois », déclarait l'émissaire de Marguerite, sans manquer de
rapporter à l'archiduchesse qu’on la tenait pour «sage femme et dame, telle qu'il
n'y en avait pas eu depuis cent ans dans son lignage ». « Voila, disait Verboz, les
belles paroles formées que m'ont dit, et prie Dieu quo maudite soit la race» (f). Il
fallut transiger : le duc offrait 100.000 florins et finit par aller jusqu’à
150.000 florins (9 juin 1508) pour terminer cette affaire peu honorable où les Suisses
subirent « mille outrages » sans répondre mot (?).
On croyait en avoir fini avec les Ligues, mais Dufour n’avait pas encore épuisé
ses fourberies. Marguerite d'Autriche fut même prise directement à partie. Le
« traitre de Furno », comme l'appelait l'honnête Verboz, osa profiter de la présence
de ce dernier pour lui faire signifier judiciairement, comme à un mandataire de
l'archiduchesse, une prétendue créance de 4.000 florins. Verboz lui fit savoir qu'il
y avait des juges en Flandre, et que d’ailleurs Messeigneurs de Berne et de Fribourg
(!) Rorr, Histoire de la représentation diplomatique de la France auprès des cantons suisses,
t. 1 (Berne 1900), p. 175. On conserve à Turin, aux Archives de Cour (Trattati con Svizzeri,
affar del Forno) des dossiers utilisés dans RicoTri, Sforia della monarchia piemvontese, t. 1,
(Florence 1801), p. 131.
(2) J. d'Estavayer à Marguerite (Arch. Nord, L. M., n° 37749).
($) [Louis de Balliant] à Marguerite, 12 juin [1508], Genève (Original, Archives Nord, L.M.,
n° 30937).
(*) Instructions de Marguerite au s' de Verboz [avant 12 juin 1508] (Arch. Nord, L.M.,
n° 30939).
(5) Claude de Seyssel prit part le 15 mai 1508 à une conférence tenue à Berne en présence de
Pierre-Louis de Voltan, évêque de Rieux, et d'André Le Roy, qui étaient aussi des délégués
français. RorTT, o. c., t. 1, p. 110, 162, 164, 165.
(6) [Louis de Balliant] à Marguerite, 12 juin [1508] (Arch. Nord, L. M., n° 36937).
(7) RoTT, o. c., t. 1, p. 105. Voir le texte de cette convention et celui de la donation de
mars 1489 dans VALERIUS ANSHELM, Die Berner Chronik (Berne 1888), t. 111, p. 173 à 176.
82 MARGUERITE D’AUTRICHE
ne croiraicnt pas à la légère «un si lache homme que celui-la » (*). Ce ferme
langage en imposa, mais une troisième affaire, plus grave encore, faillit amener
la guerre.
En octobre 1510, Dufour avait produit un nouveau faux portant don hypothécaire,
par le même Charles I‘, d'une somme de 800.000 florins en faveur des Ligues, à
raison de 100.000 florins pour chacun des cantons de Zurich, Lucerne, Uri, Schwitz,
Unterwalden, Zug, Glaris et Soleure : Berne et Fribourg étaient exceptés de cette
libéralité (?). Le duc de Savoie, justement ému, protesta vainement auprès des
Suisses par l'intermédiaire de Louis de Longueville, marquis de Rothelin ; une
guerre paraissait imminente (*), malgré une tentative amiable (*), et l’on se préparait
à repousser les mensonges par les armes. Margucrite, l'empereur et le roi de
France soutenaient la cause du duc (*). Le maréchal de Bourgogne avait reçu
l'ordre de se tenir prêt avec ses Comtois (f).
Jusque dans la paisible Bresse, l'ost, comprenant les nobles, les gens de cheval et
500 arbalétriers, armés dans le mois de mars 1511, s'était ébranlé, s'avançant sur
la route de Nantua sous les ordres du vice-bailli Antoine de Montjovent (”). Genève
devenait le quartier général de Charles III, ayant à ses côtés les seigneurs de
Miolans, de La Chambre, de Bussy, de Gruyère, de Chalant, « ensemble tous les
grans seigneurs de son pays. et tout plain d'aultres chivalliers et barons... tous
estonnés de ceste guerre que nous veullent fere les Allemans » (*). Des concours
individuels, celui du Bâtard de Bourbon notamment, s’offraient aussi à l’archiduchesse
(1) [Balliant] à Marguerite, 12 juin [1508] (Arch. Nord, L.M., n° 365937).
(@) Rorr, o. c., t. 1, p. 175. D'après RicoTri, Sforia della monarchia piemontese, t. 1, p. 136,
la seconde fausse donation de mars 14489 comprenait en outre un don de 60.000 ducats au
marquis de Montferrat, la cession aux Valaisans de terres situées dans le pays de Gavot.
Dufour reçut des Cantons un don de 6.000 florins et une pension de 100 florins. Une déclaration
assermentée, faite le 3 mars 1511 par un citoyen de Genève, aflirmait la fausseté de l'acte
Dufour.
(3) Burgo à Marguerite, Blois, 29 déc. [1510], dans Le Gray, Nég. dipl., t. 1, p. 373.
(4) Burgo à Marguerite, 5 janvier [1511], dans Lettres de Louis XII, t. n, p. 91.
(5) Marguerite écrivit, sur les instances de Charles III, à Maximilien et à Jean de Marnix,
alors à la Cour impériale, à Burgo, en ambassade près de Louis XII, et au maréchal de
Bourgogne. Elle envoya aussi une ambassade composée du s' de Rye, du s' de Montboillon et
d'Antoine de Salives pour négocier avec les Ligues. Voir les instructions de Charles III au s' de
Montjovent de [janvier 1511 n. st.] aux Arch. Nord, B 437 n° 17977, attribuées à tort à l'an
1506 ; la réponse de Marguerite à la lettre du duc, du 25 janvier 1511 (L.M., n° 27058) et les
instructions de l'archiduchesse au s' de Rve et autres ambassadeurs envoyés en Suisse
[février 1511] (L.M., n° 27867).
(6) Instructions de Marguerite au bailli de Dôle, envoyé en mission auprès du maréchal de
Bourgogne, février 15114 n. st. (Arch. Nord, L.M., n° 27866). Voir aussi les instructions du duc
de Savoie à Usillion, 12 mars [1511] n. st. (Arch. Nord, L. M., n° 27099).
(7) Laurent de Gorrevod à Jean de Marnix, Gand, 20 mars [1511], n. st., publiée dans CHAGNY,
Gorrevod, p. 85, mais à la date erronée de 1510. Cf. Arch. Nord, L.M., n° 27058, 36970 et
Le GLay, Nég. diplom., t. 1, page 380. Voir aussi la lettre de Montjovent à Marguerite, 11 avril
[1511] (Orig., Arch. Nord, L.M., n° 38667).
(8) Nicolas Tavel, châtelain de « La Bosche » en Tarentaise, à J. de Marnix, 2 juin [1511],
Bourg, pour lui expliquer que les châtelains du Faucignyÿ n'ont pu venir rendre leurs comptes
à Bourg € a cause de la guerre que l'on espere avoir avecque les Alemans, car tout le pars de
Foucygny est en armes » (Orig. signé avec cachet armorié représentant un écu parti, chargé à
senestre d'un besant, Arch. Nord, L. M. n° 39051).
LE DUC CHARLES II 83
dont les intérêts étaient directement menacés (‘). Mais tout ce mouvement belliqueux
n'était que bruit. En réalité, Louis XII et Maximilien laissèrent le duc se débrouiller,
se bornant à des interventions diplomatiques, vaines paroles au pays des Ligues ().
Imbert de Villeneuve était bien accrédité comme plénipotentiaire français et recevait
des instructions précises (*) le 7 mars 1511, mais les Suisses repoussaient toute
médiation. La première conférence, tenue à Zug le 24 mars, avait été très orageuse,
sans espoir d'accommodement ; l'intervention conciliante de Bâle, Berne, Fribourg
et Schaffhouse provoqua une nouvelle conférence (*), mais toujours aussi inopérante.
Désespéré, Charles III se retourna encore vers la France, mais à sa détresse on
répondait toujours par les mêmes conseils : « S'appoincter avec lesdits Suisses avec
moyen d'argent » (°). Des gens des Ligues, gagnés cependant aux intérêts savoyards,
tenaient aussi un semblable langage : il fallait «presenter quelque somme
raisonnable, car lesdicts Quentons en veullent avoir, encoires que chascun congnoisse
la faulseté du meschant » ().
En somme la Savoie, ne recevant rien du dehors, ni soldats, ni argent, courait les
plus graves dangers : c'était le pillage et la perte possible de quelques belles
provinces. Le duc céda, mais en cachant son humiliation sous un expédient
honorable. I] ne fut point question de régler le remboursement des 800.000 florins
d'abord réclamés. On décida qu’une alliance serait conclue entre les Cantons et le
duc moyennant le versement d’une somme de 150.000 florins. L'accord fut conclu le
10 juin 1511 (”). Margucrite poussa un soupir de soulagement, reconnaissant la
sagesse d'une transaction évitant «la guerre qui est une chose insaciable et
incertaine, comme est notoire a ung chascun et de petit prouffit et emolument, et
mesmement avec telz adversaires » (#). Dès le mois de juillet suivant, le duc
convoquait les États généraux à Chambéry pour le vote des annuités dues à ses
terribles voisins (?).
Même dans des affaires où le sort de ses Etats n'était pas engagé, Charles III se
montrera incapable de résister à une volonté ferme et tenace. Les péripéties du
(*) L., bâtard de Bourbon, à Marguerite, 4 avril [1511], Strasbourg (Autographe, Arch. Nord,
L. M., n° 30401).
(®) J. de Marnix à Marguerite, 3 mars 1511 n. st., Fribourg [en Brisgau] (Orig. Arch. Nord,
L. M., n° 25067). Cf. L. M., n°: 30400 et 38972 des lettres relatives à la mission confiée au s' de
Salenove. La lettre adressée par Marguerite à son père au sujet de l'affaire suisse doit être
restituée à mars 1511 n. st. et non à l'année 1508 (LE GLay, Corr. Maximil., t. 1, p. 119) ni à
l'année 1 509 (WALTHER, dans Gôtt. gel. Anseiger, 1908 p. 276).
(3) Rorr, 0.c., 1, p. 112.
(#) Instr. de Charles III à Chales, 27 avril [1511] (Arch. Nord, copie contemp., L. M.,
n° 30079).
(5) Burgo à Marguerite, 6 avril [1511]. Voir aux preuves, n° Liv.
(6) Nicolas Tavel à J. de Marnix (Orig., Arch. Nord, L. M., n° 39051).
(7) Rorr, L.c., I, p. 175, stigmatisant la cupidité des Suisses. Voir surtont VALERIUS ANSHELM,
Die Berner Chronik (Berne, 1888), t. 111, p. 269 à 279.
(8) Instr. de Marguerite à Chales [juin, 1511] (Arch. Nord, L. M., n° 37349).
(9) A. de Montjovent à Marguerite, 31 juillet et 21 nov. [1511]. Voir preuves, n° Lx. Voir aussi
la lettre de Barthélemy Mai au [pardessus de Salins], datée de Berne, 25 nov. 1511. Les
convoitises des Confédérés se tournèrent à ce moment sur l'Italie. Les troupes « de Messeigneurs
de Berne sont allé dernierement au partyr a leur bandiere, et partent jeudi prouchain pour aller
apres nos allÿés en Lombardie, a l'encontre du roy, et est une la plus grande semblée des
Ligues que jamais marcha dela les Mons » (Arch. Nord, L. M., n° 28299),
84 MARGUERITE D'AUTRICHE
mariage de la Bâtarde de Savoie en donnent un exemple bien caractéristique. Le
duc aurait voulu se servir de sa sœur pour étendre, par ce moyen matrimonial,
l'influence de sa Maison. Mais Marguerite d'Autriche, qui affectionnait la petite
compagne qu'elle avait élevée, sut triompher. Les détails de cette négociation,
cependant minime, sont importants à connaître, car ils permettent de saisir sur le vif
la diplomatie avisée et parfois cauteleuse de l’archiduchesse.
Claude, bâtarde de Savoie, fille de Philippe de Bresse, avait eu pour mère la
descendante d’une bonne famille piémontaise, Bona di Romagnano, qui était parente
d’un grand chancelier et alliée aux Valpergue. Marguerite avait emmené dans les
Pays-Bas sa jeune belle-sœur, l’ayant à ses côtés, en 1507, lors de la Joyeuse entrée
de l’archiduchesse et la gardant auprès d'elle en son hôtel de Malines. L'éducation
de la Bâtarde fut soignée. Jeanne de La Sale fut sa gouvernante (!) et l’on a conservé
le nom de son maître de musique, Gilles de Fourmanoir (?). Marguerite l'avait
couchée sur son testament pour une somme de 10.000 livres tournois () et l'avait
fait légitimer par l’empereur (!).
Le duc de Savoie, qui était comte de Nice, a avait d’abord pensé, pour sa sœur, à
Lucien Grimaldi, seigneur de Monaco. Le contrat de mariage fut dressé à Turin, le
5 août 1509 (*). Mais le prince avait compté sans l’autoritaire archiduchesse. Celle-
ci, qui savait le passé sanglant du prétendu, ne voulut pas d’un fratricide (f) et,
pour éviter une union mal assortie, elle s’efforça de trouver un parti dans les Pays-
Bas. Un projet, qui ne fut pas pris en considération (1510), devait unir Claude de
Savoie au seigneur d'Epinoy, jeune homme de dix-sept ans, appartenant par sa mère
à l'antique maison de Luxembourg, et par son père à la famille de Melun,
représentant une fortune éventuelle de 20.000 fr. de rente (”). L’archiduchesse mit
ensuite en avant un gentilhomme du comté de Bourgogne, Ferdinand de Neufchâtel,
s' de Montagu et d’Amance, qui jouissait déjà d'un revenu de 4.000 livres pouvant
(4) Mandement du 19 mai 1509 (Minute, Arch. Nord, B 844, n° 25714).
(2) Mandement du 17 avril 1513 allouant 20 philippus à Gilles de Fourmanoir, chantre
ordinaire de la chapelle de l’archiduc (Copie, Arch. Nord, B 2222, fol. 165). On trouve le nom
de ce personnage du 21 octobre au 1° juin 1521 parmi les membres de la chapelle de
Charles-Quint.
(3) CHAGNY, Gorrevod, page 118, note 1.
(4) Jacques de Bannissis, secrétaire impérial, et l'évêque de Gurk intervinrent à la
chancellerie impériale pour la légitimation de la Bâtarde en août et septembre 1510 (Arch. Nord,
B 203, fol. 54 vo.; cf. L. M., 26631, 26660, 39239, 39329).
(5) Arch. de Cour à Turin, Protocole Cour 140, fol. 31, contrat publié par Cais de PreRLAS (Eug.),
Documents inédits sur les Grimaldi et Monaco et leurs relations avec les durs de Savoie
(Rome, 1885), p. 108. Antoine de Romagnano, protonotaire apostolique, Claude de Balaison,
François Provana, collatéral au Conseil résident, et Geoffroy Paser, avocat fiscal, assistaient à
l'acte, qui ne contient pas toutefois la signature de Pierre Grimaldi, représentant le futur époux.
(6) Le projet de mariage Grimaldi semble avoir été exclusivement l'œuvre du duc de Savoie,
désireux de s'assurer la fidélité du détenteur de cette place de Monaco, intéressant la sécurité
des possessions savoyardes dans le comté de Nice. Monaco avait été vainement assiégée par les
Génois en décembre 1506 et convoitée par Louis XII quand il fit enfermer Lucien Grimaldi à la
fin de l'année 1507 au château de Milan. Déjà le père de Lucien avait épousé le 26 juin 1496,
une bâtarde de Savoie, la propre sœur de Claude, Antoinette de Savoie, fille de Philippe
de Bresse et de Bonne de Romagnano, décédée en 1500. Lucien Grimaldi avait assassiné,
en 1505, son frère, l'accusant de trahison. Le duc de Savoie lui avait accordé des lettres de
grâce, le 13 mars 1506, publiées dans Cais DE PIrERLAS, o0.c., p. 89 ; cf p. 60 et 95.
(7) Marguerite à Charles III, avril [1510] (Minute, Arch. Nord, L. M., n° 26443).
LE DUC CHARLES III 85
être porté à 7.000 livres après l'issue de divers procès (*). Mais la Bâtarde ne
paraît point avoir manifesté un vif désir d'épouser ce personnage beaucoup plus
âgé qu'elle et déjà deux fois veuf (?). D'autre part, Charles III tentait de reprendre
sa sœur pour l’unir en Savoie au baron d’Entremont (5): « Si l'envoyés querre,
écrivait Marguerite à ce prince, n’est besoing que apres la me renvoyez, car je ne
luy seroye trouver tel party que ay en main seront delaissés, et pour la mal logier,
l’ayme mieulx en voz mains que es myennes, car je y auroyce trop de regret » (*).
En même temps, elle entretenait Neufchâtel dans l’espérance du succès de sa
demande (5), tout en faisant prendre des renseignements sur la fortune du
prétendant (f). Prévoyant, en personne avisée, qu’il était prudent de se ménager une
porte de sortie, si elle croyait devoir rompre la négociation, elle suggérait certaines
stipulations que le juriste Gattinara considérait comme des clauses de rupture :
« Combien, Madame, lui écrivait-il, qu’il semble que la demande que vous fites soit
un peu excessive, et ne sçay si l'avez fait pour trouver occasion de le rompre. Mais,
Madame, vous estes saige et avez bon Conseil, et en sçaurez user pour le bien et
seurté de ladicte damoiselle (*) ». La régente accentuait encore son double jeu dans
des instructions à Barangier, l’engageant à trouver « quelque expedient que seroit
comme impossible audict seigneur de Neufchastel, par le moien duquel ledict mariage
pourroit venir à roupture plus honneste pour nous que autrement », le priant de
déclarer au prétendant « que, soit par faulte de non avoir acomplies les choses a luy
enjoinctes, que tenons non avoir esté deuement acomplies, ou par aultre honneste
moien tel que adviserés, de mectre ledict mariage en roupture, car non y sentant
mondict seigneur et frere ny la demoiselle a cuy il touche enclins, nous sembleroit
chose desraisonable, et pourra ledict seigneur de Neufchastel fere son prouffit et
adresse ou bon lui semblera » (f).
(1) Instructions de Marguerite à des personnages non désignés députés près de Charles III
[vers août 1512] (Minute, Arch. Nord, L. M., 36811 bis).
(2) Ferdinand de Neufchâtel avait épousé en premières noces Marguerite de Neufchâtel et en
secondes noces Claude de Vergy. Il avait des enfants de ces deux mariages. ANSELME, Hist.
généalog., t. viu, p. 353.
(3) Par contrat non daté, Charles III promettait à la bâtarde une dot de 6.000 écus au soleil,
un trousseau et les frais de la noce (Copie contemp., Arch. Nord, L. M., n° 41675). L'archiduchesse
fit savoir au maître d'hôtel « Cadot » et au secrétaire Chatel, députés de Charles IIT, que le fils
du comte d'Entremont pourrait se présenter et recevrait le meilleur accueil à sa cour et qu’au
besoin le mariage pourrait se faire par procuration en présence de Marguerite qui s'engageait à
renvoyer la bâtarde après la cérémonie (Turin, Arch. Cour, Lettere princ. Savoia, mazzo à,
original).
(#) Marguerite à Charles III, 20 août 1512, Bruxelles (Archives Nord, minute, L. M.
n° 29130).
(5) Marguerite à Neufchâtel [vers septembre 1512] (Arch. Nord, minute non datée, L. M.,
n° 29255).
(6) Marguerite à J. de Marnix et Gattinara [vers août 1512] (Minutes, Arch. Nord, L. M.,
n° 36808 à 36811).
(7) Gattinara, consulté par l’archiduchesse au sujet des donations que Neufchâtel aurait pu
consentir en faveur de la bâtarde de Savoie, ne manqua pas de lui faire observer qu’au point de
vue juridique, ces donations seraient nulles, à moins d'obtenir des filles du premier et du second
lit une renonciation à leurs droits. Gattinara à Marguerite, Dôle, 1° octobre [1512] (Orig., Arch.
Nord, L. M., n° 30437). Sur les négociations de F. de Neufchâtel avec ses filles, voir ses lettres
du 15 septembre et du 1° octobre [1512] (Orig., Arch. Nord, L.M., n°s 20211 et 31597).
(8) Marguerite à Barangier [nov. 1512] (Arch. Nord, L.M., 30905). Sur l'attribution
chronologique de cette minute, cf. L. M., n° 28457 et 28641).
86 MARGUERITE D'AUTRICHE
Neufchâtel avait été sincère et, pour réaliser son mariage avec la Bâtarde, il
s'était rendu auprès de ses filles pour prendre divers arrangements pécuniaires. Le
bruit de son mariage courut alors avec une telle persistance que le duc écrivit, le
18 octobre 1512, pour prier la rêégente de surseoir au projet (‘). Toujours tenace,
Marguerite dépècha en Savoie, avec des instructions datées du 21 novembre,
Louis Barangier, greffier du Parlement de Dôle, et Simon de Chantrans, seigneur de
Courbouzon, pour éviter une rupture qui tournerait « au desavantaige de ladicte
bastarde, pour autant que, par ce moien, elle perdroit les partis dont maintenant on
la poursuyt, que nous seroit chose bien griefve que pour l'amour et affection
qu’avons a elle tant pour l'avoir nourrye que pour l'amour de feu Monseigneur
et mary, cuy Dieu absoille, qui la nous baïlla en garde et recommanda » (2). Le duc
de Savoie, buté, voulut faire ramener la Bâtarde dans les Alpes (*). Cette mission fut
confiée à la dame de Chaffardon et à un maître d'hôtel, le seigneur de « Caddod » (*).
Mais, brusquant tout, Marguerite allait agir à sa tête : « Nesuys plus deliberée, écrivit-
elle au duc le 27 février 1513, puisque tous les termes sont expirés a vostre coulpe,
vous en tenir aucun propoz, ayns marier [la Bâtarde] a ces Pasques prouchaines
et si la traicterez de sorte qu'on congnoistra l’amour que je porte a Monseigneur, cuy
Dieu pardoint, et a ladicte damoiselle, et si ne pourrez dire ou alleguer que ne m'en
soye acquitté envers vous comme il appartenoit » (°).
Neufchâtel, éconduit par le duc de Savoie (f), avait eu peut-être quelque rensei-
gnement fâcheux sur l'issue de son mariage, puisqu'il chercha, d'ailleurs sans
succès, un autre parti, celui de la veuve du seigneur de Sombernon (”). Il se retourna
de nouveau du côté de l’archiduchesse, tout en laissant entendre qu'il n'avait plus
(4) Charles III à Marguerite, Thonon, 18 oct. [1512] (Arch. Nord, original. L. M., n° 36758).
La réponse de Marguerite est conservée à Turin (Biblioteca civica, autografi, mazzo 50) et datée
du 3 nov. 1512. Dans cette pièce, il est fait allusion à la « corpulence » de la bâtarde.
(2) Instructions non datées de Marguerite à Barangicr et à Simon de Chantrans, s' de
Courbouzon (Minute, Arch. Nord, L. M., n° 35052). Ces instructions sont vraisemblablement celles
du 21 novembre [1512] visées dans une lettre de l'archiduchesse à Charles III du 30 janvier
[1513 n. st.] (Orig., Arch. Nord, L. M., n° 36672). Sur l'échec de cette négociation, voir la lettre
du s° de Courbouzon à Marguerite, datée de Montmorot, 2 février [1513 n. st.] (Autogr. signé,
Arch. Nord, L. M., n° 23631).
(3) Charles IIT à Marguerite, Chambéry, 19 déc. [1512] (Orig., Arch. Nord, L. M., n° 36771).
Cette lettre a été publiée dans CnAGNy, Gorrevod, p.117, mais à l’année 1511. Le 30 janvier
[1513 n.st.], par lettre datée de Chambéry, le duc avertit de nouveau la Régente que ses gens
partiront dans quatre jours pour ramener Claude de Savoie(Or. signé, Arch. Nord, L.M., n°36672).
(4) Charles IIT à Marguerite, 25 février [1513, n. st.], Rumilly. Mission donnée à la dame
de Chaffardon et au seigneur de Caddod (Orig., Arch. Nord, L. M., n° 36681). On trouvera dans
CHAGNY, Gorrevod, pages 117, et 134 deux lettres sur le retour de la Bâtarde, l'une est du
19 décembre [1512] et non de 1511, comme le dit l'éditeur, l’autre du 15 mars {1518 n. st.] et
non de 1512. Voir aussi la lettre de Marguerite à Charles III, 27 mai 1513, Bruxelles (0rig.,
Turin, Arch. Cour, Lettere principi Savoia, mazzo 2).
(5) Marguerite à Charles [IT], 27 février 1513, n.st. (Orig., Turin, Arch. Cour, Lettere
principi Savoia, mazzo 2).
(6) F. de Neufchâtel à Marguerite, Amance, 10 nov. [1512] (Orig. signé. Arch. Nord, L.M.,
n° 28497).
(7) Barangier à Marguerite, 28 nov. [1512], Dôle. Il doute du succès du mariage Sombernon
et donne des nouvelles de la Cour de France : « La rovne [Anne de Bretagne] est a Lyon et
monseigneur de Savove. L'on actend le roy de France audict Lyon deans trois ou quatre jours.
L'on parle que ladicte dame doit aler a La Bame, Chambery ou a Sainct-Claude. Ne sçay que
en sera » (Arch. Nord, L. M., n° 30952).
LE DUC CHARLES II 87
d'espoir d'obtenir la main de la Bâtarde : « Vous pouvés assés congnoistre, lui
écrivait-il le 7 février 1513, le debvoir en quoy me suis mys et que a moy n’a tenu
que les choses n’ayent sortit entier effect, comment celluy qui en avoit en vous sa
parfaicte fiance, affin de toujours demeurer vostre tres humble subgect et servyteur,
et les fraix qui pour ladicte affaire j’ay frayer et soubtenu et les party qui me sont
estéz presentéz auxquels, pour l’onneur de vous et pour ce que vous en avoye fait
parler, n’ay voulu entendre, a quoy, Madame, vous suplie tres humblement avoir
regard, car je me suis perforcer conduyre les choses a bonne fin, comment y me
sembloit estre vostre bon vouloir. ». (‘) La Régente avait pris son parti. Ne voulant
pas marier la Bâtarde contre son gré, Marguerite, en diplomate avertie, après avoir
si longtemps amusé Neufchâtel, se garda bien de se brouiller avec un gentilhomme
qui avait de si grosses influences dans le comté de Bourgogne. Elle réalisa un
double mariage, faisant épouser d’abord à Neufchâtel, en octobre 1514, Étiennette
de La Baume, la petite-fille de l’ancien chevalier d’honneur de l’archiduchesse (?) ;
le mois suivant elle s’occupait de la Bâtarde qui épousa, le 5 novembre de
la même année, Jacques de Hornes, veuf en premières noces de la spirituelle
Marguerite de Croy, la grande amie de la Régente (*). La dot de Claude avait été
fixée à 20.000 livres sur le papier (*), mais Charles III ne déboursa pas un sou. En
réalité, la nouvelle mariée reçut 10.000 livres sur la cassette de la Gouvernante
des Pays-Bas, qui achetait ainsi le consentement du pauvre duc de Savoie (°). On ne
sait rien sur la vie de Claude depuis son mariage, sinon qu'elle mourut en 1528,
trois ans avant son époux, qui devait convoler en troisièmes noces avec Anne de
Bourgogne, héritière de Vecre ().
Une autre belle-sœur de Marguerite paraît avoir échappé à l'emprise de l’archi-
duchesse. Philiberte de Savoie, née en 1498, fille de Philippe de Bresse et de Claude
de Brosse, semble une figure douce, presque effacée, ayant grandi jusqu'à quinze ans
dans le parc du château de Chazey, ou dans la solitude de Billiat sous les yeux de sa
(1) F. de Neufchâtel à Marguerite, 7 février [1513 n. st.], Vuillafans (Orig. signé, Arch. Nord,
L. M., n° 28641 ; cf. L. M., n° 31178).
(2) F. de Neufchâtel à Marguerite, 11 août [1514], Amance. Il accepte la proposition de
mariage avec Étiennette de La Baume et charge Gui de La Ferté et Henri de Chantrans de cette
négociation (Orig., Arch. Nord, L. M., n° 31542). Le 11 septembre [1514], Marc de La Baume remercie
l'archiduchesse de s'intéresser au mariage de sa fille dont le projet de contrat a été communiqué
à Neufchâtel (Ibid, L. M., n° 31573 ; cf. L. M., 31600). Le mariage fut célébré le 18 octobre 1514
(ANSELME, | Hist. généal., t. vus p. 353 et t. vu, p. 47). Marguerite donna à cette occasion
3.000 1. t. à son ancienne demoiselle d'honneur.
(3) Marguerite de Croy à Marguerite (Arch. Nord, fonds des Lettres missives).
(#) Mandement de Marguerite daté de Bruxelles, 4 novembre 1514 (Copies, Arch. Nord, B 2230,
fol. 91 verso ; B 2238, n° 77258 et B 439, n° 18077).
(5) Renonciation aux 10.000 livres représentant la part ducale, pièce non datée annexée au
mandement du 4 nov. 1514 (Minute, Arch. Nord, B 439, n° 18077). Voir sous la cote B 443 un
avis du chancelier de Brabant sur la sûreté de la dot promise à Claude de Savoie. Charles III,
dans les instructions non datées délivrées au s' de Lucinge, en réponse à celles de Marguerite
du 5 oct. 1514, déclarait ne pas vouloir participer aux frais du mariage, «puisqu'il a pleu a
madicte dame la louger a sa voulenté et qu'elle manda a mondict seigneur luy en laisser
faire » (Minute très raturée, Turin, Arch. Cour, Protocole Vulliet. 137, fol. 85).
(6) Claude de Savoie serait morte non en 1509 ou 1512, comme on l'a assuré, mais en 1528.
STokvis, Manuel d'histoire, de généalogie et de chronologie, t. 111 (Leyde, 1893), chapitre x,
tableau 8.
88 | MARGUERITE D'AUTRICHE
pieuse mère. De premiers projets matrimoniaux prouvent la faiblesse diplomatique
de Charles IIT. Ce n'est pas le duc, qui était cependant le seigneur naturel, mais
l'empereur qui voudra d’abord disposer de la main d'une fille de Savoie. Dès 1508,
Maximilien pense à marier Philiberte au roi de Bohème ou au fils du marquis de
Brandebourg (‘). Le duc de Savoie, très humble, aurait préféré un autre parti, mais
en restant toujours dans le champ de l’action impériale. En décembre 1510, il fut
question du roi de Pologne ou plutôt du duc de Saxe, l’archiduchesse devant décider
quel serait le meilleur choix (?). En mars 1511, le fils du roi de Pologne fut éliminé
et l’on hésita entre le duc de Saxe et l'électeur de Bavière. Maximilien, qui
dissimulait volontiers ses hésitations sous des propos plaisants, disait à Jean de Marnix
que « s’il estoit en voulenté de soy marier, qu’il la prendroit pour luy » (*). Mais
tous ces projets impériaux n’eurent aucune suite. Philiberte devait faire un mariage
italien, non sans soulever l’étonnement de la vieille noblesse savoyarde considérant
comme une mésalliance le choix d’un Médicis, plus riche d’écus que d'’aïeux. Dès le
mois de mai 1514, il fut question de donner Philiberte de Savoie à Julien de Médicis,
frère du pape Léon X (‘): c'était le triomphe de la cause française. Le mariage fut
consommé en février 1515 entre un époux malade, qui devait mourir au bout d’un
an (5), et une princesse de 17 ans, disgraciée, maigre, difforme, la figure gâtée par un
nez démesuré (‘). Par son beau-frère le souverain pontife, Philiberte devenait une
(1) Charles IIT à Chales, envoyé auprès de Guy de La Baume et de Laurent de Gorrevod,
27 oct. [1508], Chambéry. « Plus dira auxdits conte de Montrevel et gouverneur de Bresse en
secret comme l'empereur a deheu tenir quelque propos au s' de Saleneuve de marier nostre seur
au roy de Boheme, et appres, luy a parlé du filz du marquis de Brandebourg, et comme au
regard de nous, pour l'envye que aurions qu'elle fut logée plus pres, affin d'avoir quelque
secours et ayde au besoing du mary qu'elle aura, desirerions plus tost la donuer au duc de
Vistemberg, qui est nostre voysin plus prouche, par le moyen duquel serions plus fortifhiéz du
cousté des voisins d'Allemaigne, comme il nous seroit bien de besoing. Parquoy leur dira
qu'ilz nous feront plaisir d'en tenir quelque propos à madicte dame ma seur comme d'eulx
mesmes, pour tenir main et l’induyre d'en parler à l'empereur a ce que le bon plaisir d'icelluy
soit de dresser ce affere ». (Minute, Turin, Arch. Cour ; dans le même paquet, Lettere Francia,
mazzo 1, se trouve une autre minute datée du 27 oct. 1903).
(2) Instructions de Charles III au s' de Montjovent, [déc. 1510, avant le 25 déc.] publiées
dans QuiNsoNas, Matériaux, t. 1, p. 175, d'aprés Arch. Nord, B 437, n° 17977, mais attribué
par l'éditeur à l'année 1506.
(3) J. de Marnix à Marguerite, 18 mars 1511 n. st., Colmar (Arch. Nord, Autographe, L. M.,
n° 27130).
(#) Guillaume de Vergy, maréchal de Bourgogne, à Marguerite, 10 mai [1514], Besançon.
« … Monseigneur de Savove, monseigneur le conte [de] Genevex et mademoiselle Jeur seur
sont partis de Thounon et allez a Chambery, et est le bruyt qu'ilz vueillent aller delà les monts.
Je crois, Madame, qu'estes advertye que le pape a fait parler a mondict seigneur de Savove du
mariaige de madicte damoiselle et de son frere et presenté de grandes offres à mesdicts
seigneurs et à madicte damoiselle. Je ne sçai comment mondict seigneur de Savoye en fera »
(Orig., Arch. Nord, L. M. n° 31330). Voir un autre texte du 28 mai 1514 dans SANUTO, Diarair,
t. xvur, col. 236 et un autre du 10 mai 1514 cité dans SEGRE, La p'litica sabauda con
Francia e Spagna dal 1515 al 1533 (Turin, 1900), p. 5.
(5) Quittance du 12 février 1515 par le duc de Savoie, en faveur de Julien de Médicis, de la
somme de 25.000 ducats d'or en acompte des 100.000 ducats promis lors du mariage de
Philiberte de Savoie, payables en 3 annuités pour former sa dotation (Turin, Arch. Cam., Inv.
184. n° 17).
(6) Dépêche de Pierre Pasqualigo, ambassadeur vénitien à la Cour de France, 16 février 1515 :
« El magnifico Juliano a di 11 [février]. Si dize esser intrato in Turin, e eri dovea sposar. La
dona é grande, palida, magrissima, gobissimoo, con un naso longo a grizo molto ; dil resto la é
bella donna » (Sanuto, Diarri, t. xx (Venise, 1887), p. 22. Sur ce mariage voir PasrTor, Histe.
des papes, t. vII, p. 81.
LE DUC CHARLES III 89
force que Marguerite ne manqua point de ménager, en lui adressant ses félicitations ({),
demandant le chapeau pour Louis de Gorrevod, le prélat qu'elle aurait voulu
installer dans l’éphémère évêché de Bourg (?). Philiberte semble bien avoir entretenu
d'affectueuses relations avec la régente des Pays-Bas. Le surlendemain de la mort de
Julien de Médicis, elle écrivait de Fiesole à sa belle-sœur en termes émouvants la
douloureuse épreuve: < Madame, il a pleu a Dieu me faire la plus desolée personne
que aujourd'huy vive en ce monde par le trespas de feu Monseigneur mon mary, qui
Dieu absoille, dont suis tant desplaisante que ne vous puis faire plus longue lettre, s’il
n'est, Madame, que vous en ay bien voullu advertir comme celle a qui a pleu de
tous temps me faire ce bien et honneur de me tenir pour sa tres humble fille, qui en
ay en vous telle et perfaicte oxperance, vous suppliant, Madame, qu'il vous plaise ne
me vouloir mectre en obly » (*). Un séjour à la Cour de France fut un dérivatif à la
douleur de la jeune veuve, choyée par François I*", qui ménageait la belle-sœur du
pape, surtout au moment de la négociation du Concordat avec le Saint-Siège.
Philiberte de Savoie était d’ailleurs duchesse de Nemours, en vertu des patentes
(12 novembre 1516) qui lui avaient confirmé la possession de ce titre, primitivement
donné à son mari (*). On la trouve ensuite à Amboise, s'intéressant à la canonisation
de St François de Paule (), puis à Rouen, le 14 août 1514, lors de la visite du
cardinal d'Aragon (f), enfin à Saint-Germain-en-Laye, lors du baptême de son filleul
Henri IT. François I* avait vainement essayé de la garder en France en la remariant,
alors qu’elle atteignait sa vingtième année, avec son favori, le seigneur de Lautrec,
l'un des héros de Marignan (’). Philiberte voulut rester veuve et rentrer en Savoie,
où l’attiraient, après son épreuve inoubliée, des souvenirs d’enfance. Le mariage de
Charles IIT et de Béatrice de Portugal (1521) fut l’une des dernières cérémonies où
on put la revoir dans le monde. Elle alla ensuite s’enfermer dans les murs silencieux
de Billiat, berceau de ses jeunes années. Elle testa le 8 octobre 1523 en faveur du
duc de Savoie et disparut le 4 avril 1524, rejoignant sa mère dans le silence du
LA
(1) Marguerite à [Philiberte de Savoie, mars 1515] (Minute, Arch. Nord, L. M., n° 31795,
31796).
(2) Marguerite à [Philiberte de Savoie], duchesse de Modène [et d'Urbin], 6 mai 1515, Bruges.
(Arch. Nord, L. M. n°, 31824). Voir aussi la référence de la lettre précédente qui intéresse la
recommandation faite en faveur de Louis de Gorrevod.
(3) Philiberte de Savoie à Marguerite, 19 mars [1516], Fiesole (Orig., Arch. Nord, L. M.
n° 36K35). Les obsèques de Julien de Médicis furent célébrées à Bourg en l'église S'-François,
le {4 avril 1516 (Turin, Arch. Cam., C. tres. gen. 171, fol. 118 verso et 603).
(*) Donation du duché de Nemours à Julien de Médicis par François I, novembre 1515, dans
ANSELME, Hist. généal., tome 11, page 472. Cf: A. de MaRICOURT, Histoire du duché de Nemours
dans Ansales Soc. histor. Güätinais, 1903 à 1906.
(5) GUICHENON, Hist. généalug. maison Savoie, tome 1v, 2° partie, page 457.
(8) BEaTis, Voyage du cardinal d'Aragon (Paris, 1913) p. 136.
(7) Jean-Jacques Trivulce aurait annoncé ce projet à un secrétaire de la République de Venise :
« Il signor Zuan Jacomo li à dito, questi non lassa andar Lutrech a la corte, perché à gran
reputazion col Re, aziô lui non sia il primo apresso Soa Maestà..., et si tratava noze di la moglie
fo dil magnifico Juliano, sorella dil ducha de Savoia, in esso Lutrech. » (4 Mars 1517, SANUTO,
Diarii, t. xxIv, col. 31). « Ë venuto uno noncio da Milan di monsignor di Lutrech, qual è stà
expedito, et è per le noze in madama di Nemors, fo moglie dil magnifico Juliano di Medici,
fradelo dil Papa, qual è sorela di la illustrissima Madama madre dil Re Christianissimo. » Jean
Badoer, ambassadeur en France à la République de Venise, 21 avril 1517 (SANUTO, lbidem,
t. xxv, col. 201.
90 MARGUERITE D'AUTRICHE
tombeau, aux pieds du Saint Suaire, dans cette chapelle du château de Chambéry, dite
Chapelle de Nemours, qui rappelle aux passants des noms princiers et une grande
douleur (!).
(1) Le testament de Philiberte de Savoie, en date du 3 avril 1524, est conservé aux Arch.
Cam. de Turin, Inv. 183, n° 15. Philiberte exprima le désir d’être enterrée à Chambéry dans
une chapelle spéciale, priant son frère le duc de Savoie de faire cette construction en la
Sainte Chapelle. Elle fait divers legs, notamment mille florins à Louise de Savoie « Madame
mere du Roy » et les seigneuries de Chazey et de Billiat à Philippe de Savoie, comte de
Genevois. Cette princesse paraît avoir eu aussi Virieu-le-Grand parmi ses résidences favorites.
GREYFIÉ de BELLECOMBE, Introduction à la vie de Philiberte de Savoie, épouse du magnifique
Julien de Médicis et durhesse de Nemours, 1498-1524, Chambéry, s. d., 15 p. in-12. Voir sur
les obsèques de la duchesse de Nemours à Chambéry en 1524 le Compte du Trésorier général
de Savoie 183, fol. 174 et 206 conservé aussi aux Archives Camérales de Turin.
CHAPITRE VII
Le Douaire savoyard
Marguerite d'Autriche affirme sa personnalité par de nombreux traits au cours
des multiples incidents que souleva le douaire de Savoie, conflit épineux entre une
femme virile, détenant un pouvoir mondial, et un prince frêle, timoré, hésitant,
victime de perpétuelles réticences. Pendant cette longue lutte, en apparence
inégale, une force latente soutiendra sans défaillance le plus faible des adversaires.
La tante de Charles-Quint, habile et redoutable, ne parviendra pas à vaincre la
sourde résistance du loyalisme savoyard, défendant d’instinct les droits de la
Couronne contre les empiètements de l'étrangère. Le débat du douaire, dominé
exclusivement par le principe d’autorité, est significatif. Marguerite, indifférente à la
question d'argent, aurait voulu administrer en souveraine, comme elle en usait dans
son comté de Bourgogne, pour le bien de ses sujets, et ses fins étaient désintéressées :
les florins de Savoie devaient servir à exalter, dans les Tombeaux de Brou, la gloire
d'une illustre Maison.
Lors du contrat de mariage de Philibert le Beau (26 septembre 1501), les gens
de l’archiduc avaient fait porter de 10.000 à 12.000 écus la rente fixée pour le
douaire de la duchesse et obtenu ensuite (1 décembre 1501) que la garantie territo-
riale, restreinte primitivement au Pays de Vaud, au comté de Romont et au
Faucigny, fût étendue à la Bresse et au comté de Bâgé ({). Marguerite, de son côté,
devait user de son ascendant sur son mari pour se faire donner le comté de Villars
(16 juillet 1502) (?) et le domaine utile des terres servant à gager son douaire (*).
Une nouvelle faveur, l'octroi de la seigneurie de Thonon (26 septembre 1503),
provoqua les remontrances de la Chambre des comptes de Savoie ; le duc fut obligé
(1) Marguerite avait accepté, le 17 septembre 1501, une réduction de 2.000 écus sur l’annuité
de 12.000 écus primitivement prévue. Ce dernier chiffre fut donc rétabli par le contrat de
mariage passé le 26 septembre suivant (Orig., Arch. Nord, B 434, n° 17892).
(2) Lettres patentes du 16 juillet 1502, Chambéry (Orig., Bibl. nat. de Paris, Mélanges Colbert,
403, pièce 708).
(3) Lettres patentes de Philibert, 16 juin 1503, Pont-d'Ain (Orig., Arch. Nord, ‘B 435,
n° 17915). Le protocole de cet acte mentionne l'intervention des ambassadeurs de Maximilien et
de Philippe le Beau et les services rendus par Marguerite « que continue circa nostra et totius
ditionis nostre negocia nostro non minus depressa est sudore, verum fervencior circa illorum
tractatum die noctuque se exhibet pro comuni nostro intimoque connubii amore... ». L'acte,
entériné par la Chambre des comptes de Savoie (9 août 1503), porte les récépissés d'Antoine
Fabre, docteur en droit, lieutenant du bailli de Bresse (30 août), de Jean d'Estavayer, seigneur
de « Bussie », co-seigneur de Mézières, bailli de Vaud (17 septembre) et de Jacques de
« Feugeria », docteur en droit, juge de Faucigny » (23 septembre).
92 MARGUERITE D'AUTRICHE
de se rendre en personne au siège de la Cour pour arracher l’entérinement de cette
aliénation (). |
Toutes ces largesses cessèrent quand mourut le beau Philibert (10 septembre 1504)
et les épreuves commencèrent avec le règne de son successeur. Le nouveau souverain
n’avait pas l'intelligence assez ouverte pour comprendre l'opportunité politique de
cerlaines concessions. Conduit par des légistes, il ne sut pas se dégager de leur
emprise et restera buté sur la lettre d’un texte juridique.
La grande préoccupation de Marguerite était d'obtenir la souveraineté (*) dans
les pays dont elle avait déjà le domaine utile. C'était demander des pouvoirs aussi
étendus que ceux du dernier apanagiste de Bresse, Philippe sans Terre, et, de toute
évidence, un douaire n’avait nullement les caractères d’un apanage. Le Conseil
résidant de Chambéry et la Chambre des comptes de Savoie, en restant sur le terrain
du droit, imposèrent leur constante intervention. L’archiduchesse demandait, de
plus, le remboursement de diverses créances et, en attendant l'issue de ces revendi-
cations pécuniaires, gardait par devers elle trois des plus riches joyaux du Trésor
ducal ($).
Tout le mois de janvier 1505 se passa en propos aigres-doux. Laurent de
Gorrevod (*) et le seigneur de Menthon défendaient les intérêts de la douairière (°).
(1) Lettres patentes datées de Chambéry, 26 septembre 1503, rendant hommage aux services
de Marguerite : « Animadvertentes illustrissimam dominam Margaritam de Austria..., consortem
nostram carissimam, archa nostra et tocius rei publice dicionis nostre negocia, tuhicionem et
preservacionem nullo unquam depressa sudore se in dies promptiorem exhibere ita ut vix satis
benigne tractari valeat.….. » (Original, Arch. Nord, B 435, n° 17922). Au verso se trouve
l'entérinement par la Chambre des comptes de Chambéry, du 27 septembre 1503, mentionnant
que cette formalité fut exécutée « de precepto verbali nobis expresse in Camera predicta facta
per illustrissimum dominum nostrum metuendissimum dominum Philibertum, Sabaudie... ducem,
computis presentibus dominis Anthonio de Rossellione, domino Belliretorti, Andrea de Marnix,
Humberto Boysserii, Francisco Richardi, ex magistris Camere computorum Sabaudie ».
(2) Le duc de Savoie définissait ainsi cette souveraineté : « Soubz la dicte souveraineté, soyent
entenduz tous hommaiges, fidelités de nobles et seremens de villes et terres desdicts trois pays,
tailles, subsides et graces de tous delitz exige[a]nt peine de mort, avec recongnoissances et
extentes, commissions de prothocolles, excheutes des us[ur]Jiers et generalement toutes aultres
dependentz de ladicte souveraineté » (Instructions de Charles III à Laurent de Gorrevod et à
de Montvaran, 12 janvier 1505 ; copie, Arch. Nord, L. M., n° 24036, fol. 3 verso).
(3) Marguerite réclamait: 1° 40.000 florins pour l'entretien de son Hôtel du vivant de son
mari; 2° 40.000 livres formant les deux premières annuités de la dot fournie par l’archiduc ;
8° une somme à valoir sur l’aide de 2 florins votée par les États de Savoie lors de son mariage,
réclamée au trésorier général Noël. Cette revendication, amorcée en 1505 (mandement du
21 octobre 1505, Arch. Nord, B 843, n° 24007 et 24008), n'était pas encore satisfaite le
25 février 1523 n. st. (Arch. Nord, L. M., n° 46199).
(#) Instructions de Charles III à Laurent de Gorrevod et au s° de Monvaran, 12 janvier 1505,
n. st. (Copie, Arch. Nord, L.M., n° 24036, fol. 1). Marguerite exigeait dans son douaire de Bresse
les pouvoirs d'un apanagiste. Charles IIL aurait voulu simplement lui payer sa pension de
12.000 écus en lui fournissant des garanties sur des banques de Lyon et lui offrant comme
résidence non pas Bourg mais, à son choix, Annecy, Thonon ou Pont-d'Ain.
(5) Instructions de Charles III au seigneur de Menthon envoyé à Pont-d'Ain près de Marguerite,
19 janvier 1505, n.st.; autres instructions ducales au même personnage ainsi qu'à Laurent
de Gorrevod et Antoine Cestre, 26 janvier 1505, n. st. (Copie contemp., Arch. Nord, L. M.,
n° 24036, fol. 3 verso et 4 verso). Dans ce dernier document, Charles IIL avait été assez maladroit
pour insérer cette espèce d’ultimatum: « Si madicte Dame failloit d'envoyer... ses depputéz
comme dessus, ne pour ce laisseront les Maistres des comptes de mondict Seigneur [le duc de
Savoie] proceder audict taux et ordonnance soub laquelle sera tenue madicte dame prendre et
accepter lesdicts trois pays de la sorte que dessus, selon et pour la somme que lors par lesdicts
taux et ordonnance sera trovée et averée la vallue d'iceulx... ».
LE DOUAIRE SAVOYARD 93
Un juge de Tarentaise ergotait au nom du duc, parlant de lettres testimoniales et de
taxation d'office.Le duc consentait bien à laisser le domaine utile des trois pays du
douaire à l'archiduchesse, mais avec une singulière mauvaise grâce, entassant les
restrictions : défense de prendre le titre de dame de Vaud; défense de faire des
« criées » si elles n'émanaient pas du duc ; défense de nommer les hauts officiers, tels
que gouverneur, baillis ou juges ; défense de recruter ailleurs que parmi les sujets
savoyards les officiers inférieurs, tels que les châtelains ou les curiaux que désignerait
la douairière. Toutes ces tracasseries, profondément maladroites, provoquèrent une
manœuvre hardie. |
Sans s’embarrasser dans les grimoires, Marguerite donna à connaître que la
veuve de Philibert était restée la fille de Maximilien. Elle obligea les gens du duc,
vicaire du Saint-Empire, à se rendre auprès du Roi des Romains, à Strasbourg. Là
furent proclamés, en présence de ce prince et des grands personnages du Conseil
impérial, des engagements très-solennels. Marguerite était assistée en la circonstance
par son trésorier Jean-Louis de Piozasco, par son chevalier d'honneur le comte de
Montrevel et surtout par Gattinara, qui fut l'âme de la négociation (!).
Le Traité de Strasbourg, qui deviendra la charte du douaire (?), consacrait de
mutuelles concessions. L'archiduchesse gardait la Bresse, le Faucigny et le Pays de
Vaud, et, éventuellement, en cas d'insuffisance de revenus, le comté de Villars et la
seigneurie de Gourdans, si l'estimation que la Chambre des comptes de Chambéry
devait faire dans un délai de six mois n’atteignait pas les 12.000 écus promis lors du
mariage. Le Gouverneur de Bresse relevait directement de la douairière. Les
services judiciaires et administratifs étaient assurés par le Conseil de Bresse et la
Chambre des comptes de Bourg, dont les membres devaient être nommés par
Marguerite, ainsi que d'autres officiers domaniaux et fiscaux. Mais le duc, par son
Conseil résidant, connaissait à Chambéry en dernier ressort des causes jugées à Bourg,
et gardait ainsi la souveraineté en matière de justice. La Chambre des comptes
de Savoie, d'autre part, exerçait un droit de regard sur les affaires domaniales
et intervenait dans l'installation de certains officiers. Toutefois la veuve de
Philibert conservait les trois joyaux de Savoie en attendant le remboursement
des deux annuités de sa dot et celui de la créance Noël (*); elle était
(1) Charles IIT désigna pour le représenter Amé, baron de Viry, Amblard Govet, docteur en
droit, abbé de Fillv et official de Genève, Hugues de La Baume, s° de « Tiret » et le maître des
requêtes Jean Dufour, secrétaire ducal. Cette procuration, insérée dans le traité du 5 mai 1505
(Nord, B 437, n° 17959) donne les titres suivants au duc de Savoie, comme affirmation de ses
droits de souveraineté sur quelques-uns des domaines revendiqués par sa belle-sœur, fille du roi
des Romains : € Sacri Romani Imperii princeps vicariusque perpetuus, marchio in Ytalia,
princeps Pedemoncium, comes Gebennesii, Rotundimontis et de Villariis, baro Vuaudi..…
Breissie dominus ». | |
(3) Original, Arch. Nord, B 437, n° 17959:
(3) Ces deux premières annuités avaient été payées le 22 mai 1503 et le 18 mars 1504 (Arch.
Nord, B 435, n° 17921 et 17924). La dernière annuité, s'élevant comme les précédentes à
20.000 livres, fut payée à Marguerite le 3 août 1511 (1bid., B 2221, n° 76133). Le traité de
Strasbourg avait aussi prévu la possibilité d’un nouveau mariage de la douairière. Dans ce cas,
elle eût conservé sa pension de 12.000 écus mais perdu ses droits sur le domaine utile du
douaire, à l'exception toutefois de la ville de Bourg qui lui serait restée sa vie durant, pour lui
permettre d'édifier l'église projetée à la mémoire de Marguerite de Bourbon et de Philibert
le Beau.
94 MARGUERITE D'AUTRICHE
satisfaite (‘) et, dans sa joie, elle renonçait à divers avantages que lui avait accordés
le défunt duc (?).
Le Traité de Strasbourg fut ratifié le 5 août 1505 par Charles ITT, sous cette réserve
que le Pays de Vaud ne pourrait, en aucun cas, être détaché des États de Savoie, ni
être l’objet de stipulations contraires au traité passé avec les Ligues en 1477 par la
duchesse Yolande (*), clause ratifiée le 14 août suivant par Marguerite (*). L’archi-
duchesse annonçait en France la fin de son conflit avec le duc; l'avenir lui réservait
des désillusions (5).
La bonne entente ne pouvait durer, car il y avait trop de points de contact entre
les deux adversaires. Au début, grâce à la présence de la douairière, les incidents
furent rares, mais un fait considérable allait les multiplier. Marguerite, nommée
Régente des Pays-Bas, devait quitter définitivement les États ducaux. Dès la fin
d'octobre 1506, elle était en route pour suivre sa nouvelle destinée (*). Les gens de
Savoie la traitèrent désormais en étrangère, persuadés qu'elle ne prendrait plus
tant à cœur des intérêts lointains ; ils s’efforcèrent, dès lors, de lui enlever quelques
lambeaux de son domaine et beaucoup de son autorité.
La réclamation concernant la châtellenie de Surpierre, située dans le Pays de
Vaud, et que le duc de Savoie prétendait distraire du douaire, fut le premier indice
grave d’une lutte persistante. Le seigneur de Menthon fut prié d'intervenir, dès le mois
de décembre 1507. « Madame a ung merveilleux regret des novitéz que Monseigneur
luy fait journellement, comme l’on luy a rapporté, et ne sçay qui l’a conseillé de ce
faire, car madicte dame estoit en une tres bonne voulenté envers luy, et croy que,
s’il l’eust entretenu, il en eust bien fait son honneur et son prouffit, par quoy me
semble ferez bien en avertir mondict seigneur, car il ne peult riens perdre d'entre-
tenir l'amytié avec elle, et me doubte, s'il fait aultrement, que madicte dame n'y
remedie, car elle est dame d'ung grand cueur comme sçavez, et n'en dit pas sa
pensée a nous aultres qui sumez du pays, may je m'apercoy bien qu’elle a cecy fort
(1) Marguerite à Piozasco et à Barangier [août 1505] (Arch. Nord, L. M., n° 38790), au sujet
de la bonne réception qui lui est faite à son retour en Bresse par les gentilshommes de Savoie.
(2) L'archiduchesse renonça aux 40.000 florins qu'elle réclamait pour l'entretien de son Hôtel
ainsi qu'au comté de Sommariva (Piémont, province de Cuneo), et aux châtellenies de Verrue
(province de Turin), d'Apremont (Savoie, arrt de Chambéry, canton de Montmélian) et de
Thonon (Haute-Savoie).
(3) Lettres patentes datées d'Annecy (Orig. signé, Arch. Nord, B 437, n° 17%51; copie, tbid.,
B 438, n° 17996 et Arch. de Lausanne, layette 385, n° 15). Voir aussi VERDEIL, Histoire du
canton de Vaud, tome 1 (Lausanne, 1851).
(8) Lettres patentes datées de Pont-d'Ain, 14 août 1505, dans Quinsonas, Matériaux, tome I,
page 161. La douairière prend les titres suivants: « Margarita de Austria et Burgondia,
ducissa Sabaudie, comitissa de Villariis patriarumque Breyssie, de Gordanis et Foucigniaci, etc. ».
(5) Instructions de Marguerite au seigneur de Verboz, 19 octobre [1505] (Minute, Arch. Nord,
B 369, n° 24013). T1 devra féliciter [Claude de Brosse, douairière de Savoie] que le duc avait
« laissée de Par deça pour governer ses pays et subgectz... L'avertira comme avons envoyé puis
nagueres devers les roy et roynne de France Halluin, nostre panetier,.…. dire. la bonne amour et
amytié qui est entre monseigneur mon bon frere [le duc de Savoie] et nous... » Voir la réponse
de Claude de Brosse non datée (Jbid., n° 24124).
(6) Le 29 octobre 1506, 12 postes de chevaux sont envovées à Rossillon (Ain) pour avertir le
duc de Savoie, qui se dirigeait sur Bourg, que Marguerite l'attendait à Rossillon (Arch. Côte-
d'Or, B 9492). Le surlendemain, 31 octobre, l'archiduchesse était déjà à Orgelet (Jura) (Arch.
Turin. Lettere principi Savoia, mazzo 2).
LE DOUAIRE SAVOYARD 95
a cueur et tache secretement d'y remedier, je ne scay en quelle sorte, et a elle
mesme de sa main depesché ung poste au Roy son pere pour ceste seule cause »(!).
Et c'est sans doute à ce même seigneur de Menthon que Marguerite fit ses doléances,
rappelant qu'il était très au fait des difficultés puisque c'était lui qui avait apporté
à l'archiduchesse au Pont d’Aïn, en août 1505, la ratification du Traité de Strasbourg.
« Au surplus, écrivait-elle vers le mois de janvier 1508, nous connoissons bien que
n'estez a l’entour de mondict soigneur et frere... ; il n’est ja bien consellé de nous
ainsi traictier, et quiconque le conseille de ainsi fairo n'ayme son bien ny son
honneur et perdra beaucop plus par ce moyen que ne sçaura gaigner d’aillieurs, et
povéz bien savoir que ne sumez de condition pour souffrir telles choses qui sont
grandement a nostre deshonneur et dommaige.. Si mondict seigneur et frere penso
par ses rudez traictemens avoir de nous service et venir a ses fins, il s’en met
grandement hors de la voye, car, jaçoit que soyons femme, si avons nous le cueur
d’aultre nature, et ne saurions bien faire a ceulx qui nous greveront..…..» (?). Puis,
passant à l'exécution, l’archiduchesse, en ce même mois de janvier 1508, donnait des
lettres de créance au seigneur de Saint-Jeoire et à Louis Barangier pour faire toutes
protestations nécessaires auprès du duc de Savoie (*) et s’efforcer de « savoir de luy,
une fois pour toutes, comment il c’est deliberé nous traictier, afin quo, selon ce, nous
puissions regler et conduyre, car de nous fere consumer le nostre journellement en
poursuytes qu'il nous convient fere devers luy, n’en sumez plus deliberée et ce nous
est honte et deshonneur » (*). Barangier, alors à Bourg, n’accepta qu’à son corps
défendant et fit ses préparatifs pour Chambéry sans grandes illusions. « N°y seray pas
voulentiers veu, écrivait-il à la Régente, pour austant que ne >) sçay complaire ou taire
de respondre ou il touche vostre bien et honneur » ().
Tandis que l’archiduchesse protestait ainsi auprès du duc de Savoie, elle agissait
fortement du côté impérial. Gattinara, son juriste préféré, alors auprès de Maximilien,
venait de rédiger un mémoire à l’adressoe de CharlesIIl quand il apprit, par des lettres
de la Régente du 7 et du 9 janvier, les nouvelles plaintes qu'elle formulait. Au lieu
d'expédier lo courrier, le Président de Bresse montra au Roi des Romains, le
16 janvier 1508, les autographes de sa fille, qui sollicitait l’envoi d’un héraut d'armes
et apportait une telle passion dans la défense de son droit qu'elle en était presque
aveuglée ; elle songeait à faire intervenir les Suisses dans le cas où l’on aurait
épuisé tous les moyens d’intimidation. « Si cecy ne peult prouffiter, écrivait-elle à
(1) [Gui de La Baume, comte de Montrevel], au seigneur de Menthon [déc. 1507] (Minute,
Arch. Nord, L. M., n° 25173).
(2) Marguerite au s° de Menthon [janvier 1508] (Minute, Arch. Nord, L. M., n° 46216).
(3) Marguerite à Charles III, janvier 1508, n. st., Malines (Nord, L. M., n° 29756). Voir aussi
autre lettre de l'archiduchesse, non datée, sur la mission du seigneur de Saint-Jeoire, grand
maître de l'hôtel, et de Louis Barangier (1bid., n° 25136).
(#) Marguerite [à Barangier], [janvier 1508, n. st.]. (Minute, Arch. Nord, L. M., n° 25071).
(5) Barangier à Marguerite [25 janvier 1508, n. st.], Bourg (lbid., n° 36950). Déjà le
29 déc. [1507], Barangier se plaignait du mauvais accueil qui lui était fait par le duc de Savoie
et ses gens. « Et vous supplie... que n'ayÿe plus telles commissions, car je ne puis endurer ce que
l'on me dit, et par ce ne suis agreable » (1bid., L. M., n° 36949). Claude de Sale, lieutenant de
Bresse, fut adjoint à Barangier dans sa mission. Voir Instructions de Marguerite au seigneur de
Saint-Jeoire et à Claude de Sale, lieutenant de Bresse, corrigées de la main de Gattinara
[janvier 1508, n. st.] (Nord, L. M., n° 38959).
96 MARGUERITE D'AUTRICHE
son conseiller, conviendra dressier aucun moyen de pratiquer Messeigneurs les
Suyches en general pour, apres qu’ilz auront entendu nostre droit par le Traictié,
qu'ilz envoyent leurs deputez devers mondict seigneur et bon frere luy remonstrer
nostre affere de bonne sorte (1) ».
Les Cantons suisses, autrefois noyés dans le territoire impérial, avaient conquis
définitivement leur autonomie depuis que leurs bandes, sur les champs de bataille
de Morat et de Granson, avaient fait sombrer la fortune du Téméraire. Louis XI et
ses successeurs avaient employé leurs soldats gigantesques et terribles. L'Empereur
devait se les attacher par l”’ « Union héréditaire » (1511). L'argent exerçait son action
démoralisatrice. Dans chaque canton, les meneurs, vendus au plus offrant, ne se
contentaient pas de belles paroles : c’étaient « gens de Saint Thomas qui ne croient
que s’ils ont en la main ». La faiblesse du duc savoyard offrait aux convoitises de
ces avides voisins une proie facile. Recourir à leur intervention pour apaiser une
querelle de famille, c'était exposer les intérêts savoyards et ceux du douaire aux
pires dangers. |
Gattinara était trop sage pour tomber dans une pareille faute. Il préféra calmer
l'irritation de l’archiduchesse, en retenant toutefois son idée du héraut d'armes. Il
usa de ce moyen comminatoire pour signifier la réponse de Maximilien, dans laquelle
il y avait de |’ « aigre et du doux ». Ce prince déclarait expressément que l'on ne
pouvait concevoir des atteintes au droit de la douairière, s'appuyant sur un traité que
lui, le Roi des Romains, par sa présence, avait rendu si solennel. Il rappelait que
Marguerite n'avait quitté la Savoie que pour se consacrer au bien de l’Empire et
terminait par une mise en demeure de loyale exécution : « Vous requerons, signifiait-
il au duc, ceste foy pour toutes y voulons pourveoir par façons que n'en haions plus
de plainte et y mettre tiel ordre que, d’ycy en avant, les gens de vostre dict Conseil
n’haient cause de riens attempter contre la forme dudict apoinctement, et que, par
le porteur de cestes, nostre herault, nous faictes ample responce de toutes les chosses
dessusdictes, tiellement que puissions cognoistre par effect vous havoir faictes les
reparacions necessaires (?) ».
Charles ITT fit la sourde oreille; Gattinara, piqué, rédigea des mémoires plus
agressifs, sans se soucier, bien qu'il fût vassal piémontais, du courroux de son
suzerain. « Quant il m'en sçauroit mal gré, déclarait-il, il ne m'en chault, puysque je
ne fays que mon debvoir, et aynsi comme aynsi, je suys en sa male grace » (°). Il
minuta donc une note vigoureuse contre l'incorporation de Surpierre au domaine
ducal. Il protesta avec véhémence contre les fausses nouvelles que l’on se plaisait à
faire courir quand on accusait le Roi des Romains de vouloir donner le Pays de
(*) Marguerite à [Gattinara] (Minute de la main de Marnix, non datée, Arch. Nord, L. M.,
n° 44166). Cette pièce dont la fin manque a servi à un scribe de l'entourage de l'archiduchesse
lequel laisse échapper, dans des essais de plume, ce cri du cœur:
Endurer fault qui veult durer,
Endurer fault pour mieux avoir.
(2) Maximilien à Charles IT] [fin janvier 1508] (Minute de la main de Gattinara, Nord, L. M.,
n° 29702). Cf. une lettre de Gattinara à Marguerite, datée de « Bolzan, 21 janvier 1508 » style de
Rome, publiée dans KooPERBERG, Margaretha van Oostenrijh, p. 424.
(3) Gattinara à Marguerite, 3 mars [1508, n. st.], dans KooPERBERG, 0. c., p. 443.
LE DOUAIRE SAVOYARD 97
Vaud aux Allemands, le Chablais et le Val d'Aoste aux Valaisans (‘). Le conflit
s’envenimait, les adversaires se raidissaient dans leur attitude intransigeante quand
de graves évènements extérieurs provoquèrent une réconciliation momentanée. Les
Suisses, en effet, allaient mettre le duc de Savoie dans une situation difficile. Il eût
été singulièrement maladroit, pour un prince si pauvre de moyens, de se brouiller à
ce moment avec l’Empire et avec la fille du Roi des Romains. Marguerite, d’ailleurs,
devenait une puissance à ménager depuis qu'elle avait affirmé sa maîtrise en négociant
le Traité de Cambrai (10 décembre 1508), provoquant ainsi un rapprochement
franco-autrichien dont la Savoie espérait profiter (?).
Le célèbre Claude de Seyssel, alors ambassadeur du Roi Très Chrétien, mais
savoyard de cœur et de naissance, comprenait bien la nécessité d'apaiser la Régente.
« Et si par le passé, lui écrivait-il, y a eu quelque petit different, l’attriburés au
temps et a la joenesse, et aurés tousjours, par la vertu et haultesse de vostre cueur,
l'amour et l'affection que avés eu par le passé a la Maison et au païs ou vous avés
esté tant aimée, honorée et estimée, et serés tousjours tant que ceulx qui vous y ont
cogneue seront en vie » (#). Gattinara, d'autre part, était non moins pressant parce
que Charles III, pour terminer les litiges, promettait d'abandonner la fameuse
souveraineté de Bresse (*), et c'était vraiment ce quil fallait obtenir ; Gorrevod aussi
le reconnaissait: « Se je estoys sage ou bon clerc, avait-il dit à Barangier, je eusse
voluntiers pris peine a bien couché se traictié a celle fin que, pour l’advenir, les robes
longues de Par dessa n’y mestent point de difficulté, comment y font jornelement au
Traitié de Strasbourg... ; si nous povons avoir ceste souveraineté nous serons du
tout hors de questions » (*). Charles III espérait ainsi, sous les auspices de la Régente,
(1) On avait déjà fait courir, l'année précédente, des bruits de ce genre contre l’archiduchesse.
« …. Et quant aux devises qu’avez eues avec monseigneur mon bon frere touchant le rapport
qu'il vous a deu dire luy avoir esté fait que ayons intencion aliener ses places aux Alemans et
gens estrangiers si elles fussent parvenues en noz mains, ne nous Savons assez esmerveillié qui
luv peult avoir fait tel rapport d'austant que jamais n'en eusmes voulenté ny pensée .…. p
(Marguerite [au seigneur de Menthon, mai 1507]. Minute, Arch. Nord, L. M., 24539). Barangier
eut deux entretiens en octobre [1507] avec Charles III à ce sujet (Barangier à Marguerite, 20 oct.
[1507], Bourg. Nord, L. M., n° 36947). Le seigneur de Salenove, en janvier 1508, n. st., était
revenu de la cour impériale avec la conviction que Maximilien se prêtait à ces aliénations.
(Gattinara à Marguerite, 4 février 1508, Trente, dans KOOPERBERG, [. c., p. 430).
(2) En mai 1509, Charles III avait donné mission à Gattinara, Amé de Viry et Benoît Tortellet
pour solliciter de l'empereur son admission au traité de Cambrai. LE GLay, Gattinara, dans
Mérn. Soc. sc. Lille, 1847, p. 189; Le GLay, Négnciations, t. 1, p. 240, note 1 et Arch. Nord,
B 371, n° 18029).
(3) Claude de Seyssel à Marguerite, 22 mai [1509], Brescia (Orig., Arch. Nord, L. M., n° 39027).
Ce personnage était alors en Lombardie comme ambassadeur de Louis XII et était en relation
avec le comte de Genève et divers gentilshommes savoyards, notamment le s' de Bussy, le s' de
Valpergue et le sire de Monjovent.
($) Gattinara à Marguerite, 22 mai [1509] (Orig., Arch. Nord, L.M., n° 39027).
(5) Laurent de Gorrevod à Barangier [juin 1509] (Orig. signé. Nord, L. M., n° 25623).
Gorrevod fut aussi chargé de voir sur place s1 l'on pouvait résoudre pratiquement la question
de la souveraineté : « Sur cest affere, a fait ledict Tourtellet une ouverture de lui mesmes telle
qu'il luy semble que, sans actendre la conqueste du royaulme de Chippres, mondict seigneur et
bon frere, en luy quittant ce qu’il me doit et luy rendant ses baghes, il me baïillast le souverai-
neté et tout tel droit a vye durant qu'il peult avoir es pays de mondict douayre, laquelle
ouverture de prime face nous a semblée bonne et meilleure que d'actendre ladicte conqueste
pour vivre et demeurer en paix en noz pays et y estre dame et maistresse.….. ». Marguerite à
Laurent de Gorrevod [août 1509] (Minute, Arch. Nord, L. M., n° 25840).
98 | MARGUERITE D'AUTRICHE
saisir enfin la royale couronne de Chypre que les Confédérés de Cambrai avaient
l'intention d'enlever aux Vénitiens (!).
Marguerite voyait déjà le moment où elle pourrait « demeurer en paix en ses
pays et y estre dame et maistresse » (?). Gattinara la secondait dans ses efforts, mais
les promesses du duc s'évanouirent comme son rêve royal. Tout fut bientôt à
recommencer, et, d'année en année, les incidents se renouvelèrent, provoquant à
Malines les plus véhémentes protestations (f) : tantôt c'était Surpierre dont les gens
de Savoie refusaient toujours la restitution (*), tantôt c'était un conflit pour une
nomination (*), tantôt encore quelque nouveauté, comme à Annecy, quand on restaura
l'apanage de Genevois en faveur de Philippe, frère cadet de Charles IIT. Hugues
Marmier, seigneur de Gâtey (f), vint expressément protester au nom de l’archiduchesse
contre la restauration d’un corps judiciaire (7) qui prétendait connaitre en appel des
procès du Faucigny (*). Philippe, qui avait l'esprit avisé, se souciait peu d'entrer en
lutte avec sa redoutable belle-sœur ; il lui proposa un échange territorial afin de
(1) Marguerite à Laurent de Gorrevod [août 1509] (Minute, Arch. Nord, L. M., n° 25840).
(2) Marguerite à Gattinara [juin 1509] (Nord, L.M., n° 26183. Cf. L.M., n° 25736). Par
commission du mois de [mai] 1509, Gattinara avait été chargé de négocier l'admission du duc
de Savoie dans le traité de Cambrai, ce prince ayant promis, s'il recouvrait la couronne de
Chypre, d'abandonner à l'archiduchesse « la souveraineté es pays, terres et seigneuries que
tenons en Savoye pour douaire » (Arch. Nord, B 371, n° 18029).
(3) Marguerite à Charles III, avril 1510, Bruges (Minute, Nord, L.M., n° 26442 ; copie, 1bid.,
n° 26444). L'archiduchesse protestera encore [en 1511] contre les difficultés opposées par les
officiers ducaux pour la communication des documents domaniaux conservés à Chambérv, disant
aux gens de la Chambre des comptes de Savoie « que mondict seigneur et frere ny vous ne
desirez avoir grande amytié avec nous, que nous retourne a grant regret et desplaisir…. »
(Minute, Nord, L. M., n° 27237).
(4) Réclamation de Marguerite avec réponses du duc, 14 juin 1512 (Copie contemp., Nord,
L.M., n° 30423 ; cf. n° 35058).
(5) Marguerite avait désigné, en 1512, pour l'office de baïlli de Vaud, le seigneur de Viry,
tandis que le duc avait nommé le s'° du Bois (Arch. Nord, L.M., n° 31605, 31666, 36936, 37939).
(6) Lettres de créance d'Hugues Marmier, 18 juillet 1518 (Nord, L.M., n° 32551).
(7) Philippe de Savoie, fils de Philippe de Bresse et de Claude de Brosse, avait été d'abord
destiné à l'église, ayant été nommé à 7 ans évêque de Genève. Il renonça à la prêtrise et fut
pourvu, le 14 août 1514, d'un apanage comprenant le comté de Genevois, le pays de Faucigny
et le comté de Beaufort (DuBoIN, Raccolta delle leggi, t. xx1v, p. 206; GuiCHENON, Hist. Mais.
Savoie, éd. Turin, t. rv, part. 2, p. 616). Il fut, à plusieurs reprises, notamment en 1515 et
1519, lieutenant-général en Savoie (Arch. Turin, Protocole Cour 136, fol. 97 ; 138, fol. 36, 130 v.
et 197). Son mariage avec Charlotte d'Orléans, le 17 sept. 1528 (GuICHENON, Hist, gén. Maison
Savoie, t. IV, 2° partie, p. 622 et PERINI, Albero genealogico dei duchi di Savoia-Nemours,
Foligno 1908) et la donation du duché de Nemours (ANSELME, Hist. généal., t. 11, p. 503), vacant
depuis la mort de Philiberte de Savoie et détenu depuis par Louise de Savoie qui y renonça en
faveur du comte de Genevois, attachèrent définitivement Philippe à la cause française, jusqu'à
sa mort survenue le 25 nov. 1533. Cf. BRUCHET, Etude biographique sur Jacques de Savoie, duc
de Genevois-Nemours (Annecy, 1898), page 1.
(8) Déjà en 1515, Gattinara avait attiré l'attention de la douairière sur la nécessité de s'opposer
aux empiètements de juridiction que pourrait tenter le Conseil de Genevois. Voir aussi les
remontrances faites au duc de Savoie par Hugues Marmier avec Iles réponses du duc et le
mandement du 25 août 1518 (Orig., Arch. Nord, B 441, n° 18112). Le Conseil de Genevois,
siégeant à Annecy, était ainsi composé, à la date du 9 septembre 1524, d’après le récépissé des
instructions ducales consécutives aux remontrances exposées par le seigneur de Ray et Nicolas
Perrenot, au nom de la douairière : « Per Consilium, presentibus Augustino de Pontevitreo,
presidente Gebennesii, Claudio David, judici majore, Jacobo Cirisie, advocato fiscali, Bartholomeo
Hugonis, requestarum magistro. (Signé) DEAGIo » (Orig., Arch. Nord, L. M., n° 34429).
LE DOUAIRE SAVOYARD 99
garder pour lui seul le Faucigny, sauf compensation en Bugey. Marguerite refusa,
ne voulant point, par une dérogation au Traité de Strasbourg, rompre le faisceau
des droits du douaire ({).
La persistance de tous ces conflits créait à la longue un fâcheux état d'esprit : il
y avait des « Margaritains » et des Savoyards, et, d’un côté comme de l’autre, de
l’intransigeance. On s’invectivait volontiers comme à Mijoux, lors d'une conférence
tenue pour la délimitation du Pays de Vaud avec la Comté. Les gens du duc, « fort
injuriés et outragés » (?), pour se venger, faisaient traîner les choses en longueur,
s’abstenant de paraître quand l’autre partie se rendait à la convocation, même quand
c'était un gros personnage qui se dérangeait comme le grand archidiacre de Besançon,
Ferry Carondelet, qui avait dépensé près de 2.000 francs pour faire le voyage « le
plus honnestement accompagné et accoustré » qu’il lui avait été possible (f).
Les missions envoyées par l’archiduchesse, bien qu’elles fussent peu efficaces, ne
furent pas toutefois complètement abandonnées, car elles constituaient un moyen
juridique d'affirmer les droits du douaire. En 1524, deux membres du Conseil privé,
Nicolas Perrenot et Claude, seigneur de Ray, allèrent en Savoie pour réitérer de
nécessaires protestations. Le premier était le célèbre juriste comtois qui devait
devenir, cinq ans plus tard, premier ministre de Charles-Quint. Il prit à cœur sa
mission : « Je vous promes sur ma foy, Madame, écrivait son compagnon de route à
Marguerite, que ledict seigneur Perrenot vous a bien servie, tant par son bon sens
que par sa delytance » (*). Après les griefs habituels sur les conflits de juridiction,
Perrenot traita une matière plus nouvelle, celle des bénéfices du douaire, dont
l'archiduchesse pouvait disposer par indult pontifical. Il proposa l'alternative de
façon à ce qu’un bénéfice sur deux fût conféré à la douairière (*). Les relations avec
Charles III, alors à Turin, étaient à ce moment empreintes d’aménité. Marguerite, à
l'en croire, était « non seulement sa bonne sœur, ains comme sa bonne mere », et le
prince était heureux de penser qu'elle serait marraine lors des prochaines couches
de la duchesse. Les ambassadeurs allèrent voir près d'Annecy l’un des enfants
ducaux, alors entre les mains d'une gouvernante, la dame de la Val d'Isère. Perrenot
ne manqua point de se rendre au Palais de l'Ile, sombre et maussade sur les eaux
limpides, tourné comme une proue de navire vers la lumière du lac. C'était le siège
du Conseil de Genevois, rendant la justice au nom de Philippe de Savoie, au
(1) Proposition d'échange intéressant des terres en Bugey contre celles de la douairière en
Faucigny faite par Philippe, comte de Genevois, dans une lettre à Marguerite datée de Chambéry,
10 sept. [1514] (Orig. signé. Nord, L.M., n° 36845). Refus de Marguerite, ne voulant rien
changer au traité de Strasbourg, d'après une lettre [d'octobre 1514], publiée dans CnAGNy,
Gorrevod, p. 301 (Nord, L. M., n° 31670).
(2) Conférence de Mijoux (Ain, commune de Gex), 9 octobre 1518, à laquelle participa Hugues
Marmier (Arch. Nord, B 438 ; Cf. B 378, n° 16995 ; L. M., n°° 26332 et 38147).
(3) Ferry Carondelet, abbé de Montbenoît, à Marguerite, 6 nov. 1521 (Orig., Arch. Nord, L. M.,
n° 33960 ; Cf. n° 33976, 33977, 34101, 34151, 34194).
(#) Claude de Ray à Marguerite, 17 oct. [1524], (autogr. signé. Nord, L.M., n° 34469). Voir
sur cette mission les instructions de juillet 1524 (Arch. Nord, B 441, n° 18146).
(5) Marguerite insistait sur l'utilité d'assurer la distribution de ces bénéfices alternativement
à des familiers de la douairière et à ceux du duc, pour éviter de les laisser « es mains
d’estrangiers ». Voir ses instructions de juillet 1524 (Minute, Arch. Nord, B 441, n° 18146).
100 MARGUERITE D'AUTRICHE
détriment des droits de la douairière (‘). Perrenot prit la peine d'exposer de
nombreuses récriminations, puis alla en Faucigny et dans le Pays de Vaud tenir un
langage non moins ferme. Sa randonnée avait duré quarante jours (?). Mais, quand
les gens de l’archiduchesse furent bien partis, les Annéciens, avec leur bon sens
narquois, continuèrent à regarder du côté de Chambéry tandis que les deux
Bourguignons rejoignaient leurs pénates; le futur Granvelle lui-même n'avait pu
vaincre l’entêtement savoyard.
Trois ans plus tard, nouvelle mission. On choisit « deux bons personnages, l’ung
de robe courte et l’austre de robe longue », Jean Faulquier, seigneur de Commenailles,
et Claude de Boisset, abbé de Faverney, grand archidiacre de Besançon ; c’étaient
encore deux comtois. (*). Leurs instructions du 5 novembre 1527 montrent bien la
constante opposition des magistrats ducaux, toujours sourds aux plaintes de
l’archiduchesse. Les doléances sont nombreuses et le détail en est significatif :
protestations contre le Conseil résidant de Chambéry, délivrant des lettres de
sauvegarde même dans les affaires expressément réservées à la douairière ; abus de
pouvoir de ces magistrats expédiant des provisions pour les bénéfices situés dans le
douaire ; entraves apportées dans la levée des droits de lods ; intervention injustifiée
du duc dans le choix du procureur général de Vaud et dans celui du gruyer de
Bresse; pression exercée par le prince sur les conseillers de Bourg, pour la dési-
gnation de certains officiers ; recette illégale de compositions judiciaires ; emploi
indécent du prieuré de Brou pour le logement de gens de guerre. Vaines doléances :
la douairière devait mourir sans avoir pu triompher.
Pendant toute la vie de Marguerite, Charles IIT persista de son côté dans la
revendication des belles pièces du Trésor de Savoie, cette croix, cette escarboucle et
ce « monde d’or » que l’archiduchesse détenait en nantissement des sommes dues sur
l'hoirie de Philibert (*). Dès le début de son règne, le prince avait eu la hantise de
ces joyaux (°).
(3) « …. Combien que par ledict Traité soit prohibé instituer nouveaulx juge d'appel, touteffoys,
despuis que mondict seigneur [le duc de Savoie] a infeudé monseigneur le comte son frere de
la comté de Genevois, mondict seigneur le comte a dressé nouveau Conseil en ce lieu d'Annessy
qu'il veult congnoistre des appellations émises du juge de madicte dame en Foucigny, avecques
ce, congnoit des premières instances et despeche les provisions à ce nécessaires, que plus est
empeche les officiers de madicte dame faire poursuyte en ladicte premiere instance contre
plusieurs delinquantz et malfaiteurs, qu'est directement contre ledict Traité... ». Remontrances
faites au duc de Savoie au nom de Marguerite par Hugues Marmier (Orig., Arch. Nord, B 441,
u° 18112, avec les réponses du duc).
(2) Nicolas Perrenot à Marguerite, Besançon, 18 sept. [1524] (Autogr., Arch. Nord, L.M.,
n° 34450). Remontrances des ambassadeurs avec les réponses ducales du 3 sept. 1524 (Orig.,
Arch. Nord, L.M., n° 34429). Sur la mission de Perrenot et de GC. de Ray, cf. Arch. Nord,
B 2308, fol. 61 ; L. M., n° 34306, 34409, 34410, 34415 à 34421, 31519.
(3) Arch. Nord, B 75, n° 18156.
(8) Le traité du douaire (5 mai 1505) décrivait ainsi les joyaux retenus en nantissement par
Marguerite : « Videlicet magnam crucem auream, gemmis et margaritis fulcitam, mundum
aureum Cum suis pertinentiis eidem annexis et carboculum ». On trouvera une description plus
complète de la croix dans la quittance délivrée le 25 mai 1506 par Charles III, lors de sa
réception. Les deux auttes joyaux sont décrits dans le mandement de Charles-Quint prescrivant,
le 2 juin 1537, leur restitution à Béatrice de Portugal, duchesse de Savoie (Orig., Arch. Nord,
B 2399, n° 84222), voir Preuves, n° xcvurr.
(5) Arch. de Turin, Protocole Cour 137, fol. 41 et 33.
LE DOUAIRE SAVOYARD 101
Il put, en 1506, récupérer la croix, alléguant qu’il fallait, pour lutter contre les
Valaisans, emprunter sur le précieux gage (*) que Gattinara lui-même alla porter,
pour permettre au prince de « s’en aider à ses affaires ». Mais, quand Charles II fut
mis en demeure de rembourser l’archiduchesse, on parla bien de lui laisser, en
compensation, le revenu des châtellenies de Thonon et de Clermont, mais il y eut
quelque obstacle, et il semble que la promesse ducale ne fut point tenue (?).
Forte de cette expérience, Marguerite ne lâcha plus la proie pour l'ombre, gardant
escarboucle et « monde d’or ». Une nouvelle tentative échoua en 1519 parce que
la Régente n'acceptait, pour être remboursée, que la garantie des grosses banques
qu’elle connaissait à Anvers, celles des Fugger, des Velzer et des Hochstetter (5).
Une autre occasion parut favorable. Le mariage de Charles III avec Béatrice de
Portugal avait été négocié par la Régente. On attendait la jeune duchesse pour le
20 mai 1521. Il importait de lui montrer, dès son arrivée, les chefs-d’œuvre dont il
plairait sans doute à Marguerite de se dessaisir, puisqu'on lui donnait des sûretés
sur des banques ou sur un domaine de Bugey (*). La douairière resta insensible et, .
si plus tard, en 1523 et en 1524, elle acceptait en principe la négociation, ce fut en
exigeant le concours financier des puissants établissements des Pays-Bas (°), ne
voulant, à aucun prix, entendre parler « d’aucuns italyens ne français » (‘). Le duc
revenait à la charge, mettait en avant l’honnêteté de certains banquiers de Bourg,
citant même l’un d'eux, Grillet, apparenté à feu Barangier, le secrétaire de
confiance de la douairière. Marguerite, toujours défiante, ne voulait pas d'autre caution
que celle de la « Grande Compagnie d'Allemagne », celle des Fugger, qui avait fait
l'élection impériale (7). On ne pouvait s'entendre. L'archiduchesse garda donc dans
(4) Arch. de Turin, Protocole Vulliet, 137, fol. 50.
(2) Le duc de Savoie avait assigné, vers le mois de juin 1506, à Marguerite un revenu de
1.500 florins sur les châtellenies de Thonon et Clermont (Haute-Savoie) en compensation des
joyaux réclamés (Protocole Vulliet, 137, fol. 31), mais, devant les atermoiements du duc,
Marguerite renonça à cette transaction et le déclara à Claude de Balaison, chargé de la
négociation, en novembre 1506. (Marguerite à Charles III, 2 janvier [1507, Ensisheim], dans
CHaGNy, Gorrevod, à la date erronée du 2 janvier 1508). Il fut aussi question de vendre à réméré
Clermont et Thonon d'après une procuration donnée par le duc à Laurent de Gorrevod et
Claude de Montjovent (Turin, Arch. Cour, Protocole Vulliet, 137, fol. 36 et Arch. Nord, L. M.,
n° 36947).
(3) Instruction de Marguerite à Lambert, maître de la Chambre des Comptes de Savoie
[31 août 1519] (Arch. de Cour, à Turin, Protocole 137, fol. 107); instructions de la même à
l'écuyer Chales, 15 mai 1520, Gand (Jbid., Lettere principi Savoia, mazzo 2).
(*) Instructions à Montjovent, 20 mars 1521 (Orig., Arch. Nord, L. M., n° 33978). Le duc
réc'amait non plus seulement le monde et l’'escarboucle — que Marguerite s'offrait à renvoyer —
mais encore ç le seingt (ceinture) et le pendant qui est aux deux lettres X et M, avecques ung aultre
pendant », ce à quoi l'archiduchesse répondait en disant qu'elle n’avait pas « d'autres bagues
qui ne soyent miennes et que je ne vueille garder » (Marg. à Laurent de Gorrevod, Arch. Nord,
L. M., n° 3743).
(5) Instruction de Marguerite au s' de Châteaufort, 25 février 1523, n. st. (Orig., Arch. Cour
à Turin, Lett. pr. Sav., maz. 2). Dans cette pièce, elle désignait comme banquiers ayant son
agrément Jean Marcellis, Jean de Mil, Cornelis van Bonberghen, Fernand Bervouick, Diego
de Haro ou Erasme Schetz, tous tenant comptoirs à Anvers.
(6) Instr. de Marguerite à un personnage non désigné, 8 mars 1524, Malines, style Rome
(Turin, Arch. de Cour, Lett. pr. Savoia, mazzo 2). Les banquiers désignés par Marguerite étaient
Fugger, Welsher, Hochstetter et Pierre Lopez.
(7) Proposition faite lors de la mission confiée à Pierre de Marnix. Réponse de Marguerite
au s' de Feilliens, 25 janvier 1527, n. st. (Ibid., Let. pr. Sav., mazzo 2).
102 MARGUERITE D'AUTRICHE
ses collections les belles pièces du Trésor de Savoie. Ce ne fut qu’en 1537 que son
héritier Charles-Quint, dans un mouvement de générosité, les restitua à Béatrice
de Portugal ({).
Une affaire étroitement liée à la défense du douaire, celle du comté de Villars,
si violemment réclamé par le Grand Bâtard de Savoie, présente un intérèlt particulier,
moins par les complications extéricures qu’elle aurait pu soulever que par l'attitude de
l’archiduchesse, dont le caractère viril sut, en cette circonstance, résister
inlassablement à de puissants adversaires.
Lors de la disgrâce de René de Savoie, Marguerite s'était fait donner le comté
de Villars et la seigneurie de Gourdans (16 juillet 1502) (*?). Le Grand Bâtard,
réfugié en France, n’accepta jamais sa dépossession (*). La mort de Philibert le Beau
lui parut un moment bien choisi pour rétablir ses droits, sous les auspices de
Louis XII et de Louise de Savoie. Mais la douairière s’insurgea, fit intervenir
Maximilien, et le successeur de Philibert reçut l’ordre de ne pas recevoir à sa cour
le « Bâtard de Bresse » (*). René et Marguerite demeuraient irréconciliables.
En janvier 1506, le Grand Bâtard, de séjour alors à Lyon, pensa reprendre par
les armes son comté. Il était bon capitaine et le danger parut assez sérieux pour que
la douairière crut devoir avertir le duc. Mais il ne semble point que ce projet
belliqueux ait été mis à exécution (‘). Les embarras diplomatiques étaient plus
redoutables, car ils s’'appuyaient sur un arbitrage prononcé par Louise de Savoie et
le cardinal d’Amboise le 23 juin 1506 : le duc de Savoie allait être tenu de servir
une pension au Grand Bâtard tant que ce dernier serait spolié (‘). Louise, en cette
affaire, pensait moins à René, dont elle était la sœur, qu'à ses intérêts personnels,
et, sans se soucier des difficultés au milieu desquelles se débattait lamentablement
le pauvre Charles IT, qui était aussi l'un de ses frères, elle se montra venimeuse,
forte de l’appui des gens de France qui la soutenaient. Dans ses revendications sur
l'hoirie maternelle, elle ne craignit point de faire intervenir les Suisses, mais en
mêlant adroitement sa querelle à celle de René, très en faveur auprès des Ligues.
L'ambassadeur français Rigault d'Oreille (7) fut chargé de requérir le concours de
(1) Mandement de Charles:-Quint, 2 juin 1537 (Orig., Arch. Nord, B 2399, n° 81222).
(2) Patentes du 16 juillet 1502 (Orig., Paris, Bibl. nat., Mél. Colbert, 403, pièce 758). Dès
le 5 août 1502, Marguerite nomme Mercurin de Gattinara juge de Villars et, le 27 septembre de
la même année, institue receveur de cette châtellenie Pierre Châtelain (Arch. Côte-d'Or,
B 10347). Elle prit dès 1502 le titre de comtesse de Villars.
(3) Le comté de Villars et la sie de Gourdans avaient été donnés au Grand Bätard par Philibert
le Beau par patentes du 19 nov. 1497 (LATEYSSONNIÈRE, kRerherches, t. v, p. 78; cf. p. 81). La
légitimation de ce personnarse était du 1°° sept. 1500. (Guichenon, Hist. de Bresse, p. 161).
(4) Maximilien à Charles III, 23 déc. 1505. Voir aux preuves, n° xiv (Turin, Arch. Cour,
Lettere principi forestieri, mazzo 1).
($) Instruction de Marguerite à Philibert [janvier 1506, n. st.] (Nord, L. M., n° 33770). Dans
ce texte, Marguerite, qui n'était pas encore la Régente, emploie des termes d'une déférence
remarquable : « Sans l’ayde et assistance d'icellui mondit seigneur [le duc]... a quy la chose
touche, elle ne voudroit garder lesdictes terres et Seigneuries... et priera mondict seigneur faire
briefve responce a ma dicte dame, car elle delibere en tous «es affaires selon icelle se
conduyre » ({bid.).
(6) GuicuenonN, Hist. ds Bresse, 2° partie, p. 131 ; cf. Panissk-Passis, 0. c., p. 13.
(7) Rorr, Hist. de la représentation diplomatique de la France dans les cantons suisses
(Paris, 1200), t. 1, passim. Ce personnage négociera avec les cantons de Berne, Fribourg et
Soleure, notamment de déc. 1505 à août 1506. Voir aussi la déclaration de Louise de Savoie,
du 24 avril 1506, conservée aux Arch. de la Côte-d'Or et publiée par Duray, Revue Soc. litt.
Ain, 1882, p. 187.
LE DOUAIRE SAVOYARD 103
Berne et de Fribourg. « Le Roy est totallement de propos de non plus souffrir que
Monseigneur le Bastard soit ainsi despoillé de ses biens, mais y veult remedier par
sorte que l'on verra que la chose luy redonde a cueur ». Les Suisses ne demandaient
pas mieux que de faire quelque profit particulier (‘)}, comblant d'éloges le
Grand Bâtard (?). Marguerite restait irréductible et ne voulait rien rendre: « Je vous
prie, écrivait-elle à Charles III, que ce ne soit jamais nouvelles, car je ne suis
aucunement deliberée y condescendre ny prester l'orreille, et croy que vous ne me
vouldriez faire tant de honte que de me oster ce que feu monseigneur et mary,
cui Dieu absoille, m'a donné et accordé, et vous despuis confermé, attendu aussi que
tout le revenu s'emploie a l’ediffice de Brouz, pour l’ame de mondict feu seigneur » (5).
Rien ne fut alors décidé.
Deux ans après, lorsque Marguerite avait dû se rendre dans les Pays-Bas, le roi
de France tenta de nouveau l'exécution de la sentence arbitrale de 1506 (*), mais
toujours sans succès. René de Savoie était bien appelé dans les actes de sa
Chancellerie, comte de Villars et seigneur de Gourdans, mais, de par la volonté de
la douairière, ces titres n'étaient que des mots (*). L'avènement de François I°, qui
devait faire au Grand Bâtard une situation brillante, et l'influence grandissante de
Louise de Savoie donnaient à penser que, pour des raisons politiques, la douairière
deviendrait plus conciliante. Gattinara, alors à la cour de France, partageait ce
sentiment et s’efforçait de la convaincre : « Je vous ay desja advertye, lui écrivait-il
le 21 février 1515, que l’on tachie de vous en getter le chat aux jambes, et que
monseigneur de Savoye, vostre frere, se veult excuser sur vous, et que desja il ha
icy envoyé la responce negative que luy avez dernierement faicte. Et pour mon advis
Madame, je suys en opinion que ne debvez persister en ceste negative ny tirer la
pique sur vous, ains la mettre sur aultruy, attendu que ledit Bastard est en gros
credit, et coment vous ay desja escript, c’est l’'ung des deputés quy traictent avec
nous, et fault que vous afferes passent par ces mains, et au moyen de Madame sa
(1) Petremand de Faucigny au gouverneur de Vaud, 31 déc. 1506 (Copie contemp., Arch.
Nord, L. M., n° 24385).
(2) [Les cantons de Berne et de Fribourg au duc de Savoie], 11 mars [1506] (Minute, Arch.
Nord, L. M., n° 25640).
(5) Marguerite à Charles III, août 1508 (Minute, Nord, L. M., n° 29785).
(#) Projet d'arrangement entre Charles III et René de Savoie, 9 sept. 1508, Blois : En exécution
de la sentence arbitrale prononcée par le cardinal d'Amboise et Louise de Savoie, le duc doit
recevoir par procureur le serment d'hommage du Grand Bâtard pour Villars, Gourdans et
Surpierre, terres qui devront être restituées dans un délai d'un an (PanissE-Passis, 0. c. p. 208,
d’après Arch. de Turin, protocole Vulliet, t. 4). Le duc aurait désiré assurer l'exécution de
cette sentence « cause d'un grand bien pour unir de plus en plus ces deux Maisons d'Autriche
et de Savoie ». (Charles III à Marguerite [1515] (Orig. non daté, Arch. Nord, L. M., n° 36687) ;
Cf. Cnacny, Gorrevod. p. 272, 235 et 303.
(5) René de Savoie, dans son testament du 4 juin 1511 (Panisse-Passis, o. c., p. 212), prend
les titres de « comte de Villars, de Sommerive, s' d’Apremont et de St-Julien » et fait des legs pour
le mariage de jeunes filles appartenant aux domaines savoyards qu’il revendiquait notamment
dans le comté de Villars (Ain, Villars-les-Dombes, ch.-l. c°, art Trévoux), Loyes (Ain, ar! de
Trévoux, c°* de Meximieux), Gourdans (c°° de St-Jean de Niost, ec“ de Meximieux), St-Julien-
sur-Reyssouze (Ain, c° de St-Trivier de Courtes), Apremont (Savoie, c° de Montmélian),
La Bâthie-en-Albanais, Surpierre (Suisse, c° de Fribourg). Par codicille du 14 déc. 1521
(PanissE-Passis, p. 232), René, en cas de deshérence, désignait Louise de Savoie par
substitution.
104 MARGUERITE D'AUTRICHE
seur (Louise de Savoie), il vous peult ayder et nuyre » (‘) Marguerite resta
inébranlable et Gattinara ne put qu’exécuter la consigne : « Je me doubte qu'il ne
sera pas pris de bonne part, observait-il, et qu’il ne vous portera grand prouffit en
voz autres afferes. Toutesfoys, fiat voluntas tua » (?). Ni ces instances ni celles de
Louise de Savoie (*) ou d’un ami de René, Arthur Goufier de Boisy (*), ne purent
vaincre l’entêtement de la douairière.
Quelques années plus tard, en 1519, dans une autre négociation engagée au
nom du Bâtard par le seigneur de Bueil, le duc de Savoie se montrait encore
favorable à une restitution, mais avec un certain tempérament puisqu'il réservait à
Marguerite l'usufruit des domaines litigieux. Il reconnaissait les droits de René sur
Villars, Gourdans, Sommerive, Apremont, Verrue, La Bâthie d'Albanais et Lucey.
Le Grand Bâtard voulait plus encore, Virieu-le-Grand et Saint-Julien, sur lesquels
il n'avait aucun titre, surtout Surpierre que Charles III n'avait jamais voulu
abandonner, même à l’archiduchesse (f). L’exagération de pareilles prétentions
empêcha leur succès. Marguerite d'Autriche resta effectivement comtesse de Villars.
La mort de René (1525) vint terminer ce long conflit pendant lequel Marguerite fut,
avec une belle fermeté, égale à elle-même.
La mère de François [* avait apporté, en prenant la défense du Grand Bâtard,
une passion malveillante parce qu’elle rencontrait elle aussi des obstacles
insurmontables en voulant faire triompher ses propres droits, d’ailleurs contestables.
Marguerite, en la circonstance, se rapprocha du duc Charles III pour l'aider à
triompher de ce nouvel adversaire.
Louise de Savoie était la sœur de Philibert le Beau et de Charles III, et la
belle-sœur de l’archiduchesse. Elle estimait avoir êté frustrée lors de la succession de
sa mère Marguerite de Bourbon et revendiquait non seulement une somme de
60.000 écus, mais encore le comté de Bâgé, le domaine de Bourg et la moitié des
domaines de Philippe de Bresse. C'était vouloir la dépossession de la douairière. Le
duc de Savoie, qui était aussi visé, ne manqua point d'oublier ses griefs pour implorer
le secours de la Cour de Malines. Marguerite fit établir par des juristes l’inanité de ces
prétentions, en s'appuyant sur les quittances précédemment délivrées par la
demanderesse. Elle ne manqua point de faire ressortir que sa belle-sœur choisissait
(1) René de Savoie fut nommé gouverneur de Provence par François Ie' et chargé de négocier
le traité du 8 sept. 1515 avec les Suisses. Dans ce document il] prend le titre de « René,
bastard de Savoye, comte de Villars. grand seneschal, gouverneur et lieutenant general... en
Provence ». Journal de J. Barrillon, édit. VaissiÈère, t. 1, p. 9, 87. Voir aussi la lettre de
Gattinara à Marguerite, 21 février 1515, Paris, dans Le GLay, Nég. dipl., t. 11, p. 74.
(2) Gattinara à Marguerite, 8 mars 1515, Paris. Le GLay, Nég., t. 11, p. 77.
(8) Louise de Savoie à Marguerite, 28 avril [1515], Melun. Ibid. n, p. 83.
(8) Boisy à Marguerite, 10 janvier [1518, n. st.], Amboise (Autographe, Arch. Nord, L. M.,
n° 32376 ; sur la restitution chronologique, cf. L. M., n° 42518). Dans cette lettre Roisy, faisant
allusion à la devise de l'archiduchesse, dit qu’il n° « oublye que Fortnne infortune fort ungne ».
Voir aussi LE GLAY, Négoc., tome 11, page 51. |
(5) Panisse-Passis, 0. c., page 229. Sommariva (Piémont, prov. de Cuneo), Verrue (Piémont,
prov. de Turin), Lucev (Savoie, canton d'Yenne).
Bien que l'on ait affirmé que Marguerite ait consenti à être dépossédée de Villars (Ain) et de
Gourdans (Ain), en janvier 1520 (CHAGNY, Gorrevod, page OC), l'archiduchesse a conservé le titre
de comtesse de Villars bien après (Mandement de Marguerite, 28 avril 1523, Arch. Nord,
B 2312, n° 81524).
LE DOUAIRE SAVOYARD 105
un moment de crise extérieure — on était en 1511, à l'époque du nouveau faux
Dufour — pour susciter des complications. En fait, Louise de Savoie ne put rien
mordre et cet insuccès fut l’œuvre de l’archiduchesse ({).
Dans une autre affaire qui pouvait entraîner aussi une fâcheuse intervention, la
Régente des Pays-Bas témoigna encore à la Cour de Savoie une particulière
bienveillance. La petite-fille du duc Louis, Françoise de Savoie, fille de Jacques de
Savoie, comte de Romont, mariée à l’un des plus puissants seigneurs des Pays-Bas,
- ce comte de Nassau qui abreuvait si copieusement ses invités (?)}, avait des
droits à exercer sur la succession paternelle. L'influence de Nassau était grande, et
il songeait lui aussi, dès 1508, à faire appel aux Bernois pour soutenir ses droits
et provoquer un démembrement du Pays de Vaud (#)}. Marguerite s’interposa,
servit d’arbitre (*) et soutint, avec le plus grand succès, la cause savoyarde. Nassau
réclamait cent mille florins, ou le comté de Romont et la baronnie de Vaud.
Charles III alléguait, d’une part, que la dot des filles de Savoie n'avait jamais atteint
ce chiffre et qu'elle ne pouvait s'élever qu’à 50.000 florins, d'autre part, que les deux
domaines visés, après l'invasion suisse, n'avaient été réincorporés à la Couronne que
par voie d'achat, sous le règne de Yolande. Marguerite, à titre transactionnel,
le 12 août 1511, proposa le paiement d'une indemnité de 30.000 florins, en
dix termes annuels (5). Nassau accepta (f)}. Peu après, sa femme mourut en
septembre 1511 et ses obsèques furent célébrées à Bréda (”). Longtemps après,
(4) Mémoire non daté rédigé vers le 16 août 1511 (attribué à tort au 6 janvier 1471 par l'Inv.
somm. des Archives du Nord, tome 1, première partie, B 750). Deux lettres, relatives au conflit
soulevé par Louise de Savoie, doivent être restituées à 1511 bien que publiées dans CHAGNY,
Gorrevod, pages 307 et 342, l'une à la date de 1514, l'autre à celle de 1517. Gf. CHAGNY, 0. c.,
pages 103 et 109 et aux Arch. Nord, L. M., n° 28163.
(3) Le mari de Françoise de Savoie avait, dans son palais de Bruxelles, d'après un témoin
oculaire qui écrivait en 1517, « une grande chambre renfermant un lit géant, large de 34 palmes
et long de 26. Le comte de Nassau l'a fait faire pour ses convives. Ce prince donne de fréquentes
orgies et son plaisir est de faire boire ses invités jusqu'à ce qu'ils ne tiennent plus debout;
quand ils tombent, on les emporte et on les couche sur ce lit ». A. de BEATis, Voyage du
cardinal d'Aragon. Paris, 1913, p. 105.
Sur le mariage de Françoise de Savoie avec Henri, fils aîné d'Englebert de Nassau, célébré à
Ainay (Rhône, cr° de Lyon) en présence de Louis XII, voir GacnarD, Voyages des souverains
des Pays-Bas, t. 1, p. 292. Sur la réception de Françoise de Savoie dans les Pays-Bas, voir
tbid., t. 1, p. 338.
(3) Instructions de Charles III à Montjovent [déc. 1508] (Arch. Nord, B 437, n° 17977).
(4) Charles II à Marguerite, 12 fév. [1511], Chambéry, dans CuaGny, Gorrevod, p. 100
d'après Nord, L. M., n° 36677. — Marguerite à Charles III, 13 mars 1511, Malines (Turin, Lett.
pr. Savoia, mazzo 2). — Comte de Nassau à Marguerite, 4 juin 1511, dans VAN DEN BERGH, 0. c.,
[, page 25. |
(S) Arbitrage passé à Bois-le-Duc, le 13 août 1511, en présence de Chales et de Philippe
d'Estavayer, représentants de Charles III, et de Laurent du Blioul, représentant du comte de
Nassau (Nord, L. M., n° 28049. Voir la lettre de Marguerite du 13 août 1511 (Nord, B 439,
n° 18056, cf. Turin, Arch. Cour, Protocole Cour, 166, fol. 8).
($) Acceptation donnée à Bruxelles, le 18 août 1511 par le comte de Nassau (Nord, B 439,
n° 48054). Ratification par Charles III, le 26 avril 1512, après intervention d'Alexandre
de Salenove (Turin, Protocole Cour, 166 fol. 8).
(7) Henri de Nassau à Marguerite, 29 sept. 1511, Bruxelles, en réponse aux condoléances que
l'archiduchesse lui avait envoyées le 24 de ce mois. VAN DEN BERG, Corr. Marguerite d'Autriche,
t. 1, p. 341.
106 MARGUERITE D'AUTRICHE
en 1525, le besogneux Charles III n'était pas encore parvenu à payer les annuités
promises (‘).
Il n'est pas nécessaire d'entrer dans de plus amples détails pour prouver que
Marguerite d'Autriche, perpétuellement déçue dans les affaires de son douaire, resta
néanmoins toujours inébranlable dans la défense de son droit.
Le douaire savoyard, que gouvernait de loin le Conseil de Marguerite, était
géré sur place par le Conseil de Bresse, par la Chambre des comptes de Bourg et
par de nombreux officiers.
Tant que l’archiduchesse resta dans les états ducaux, Gorrevod, Gattinara,
Barangier et Marnix, par leur présence et par leurs charges, exercèrent une action
personnelle. Mais, quand Marguerite entraînera ses fidèles conseillers dans les Pays-
Bas, tout en leur conservant les fonctions qu'ils remplissaient à Bourg, elle annihi-
lera en fait leur influence locale. Gorrevod résidera vingt ans loin de la Bresse dont
il avait le gouvernement, et le président Gattinara, retenu aussi à la cour des
archiducs, malgré toute sa valeur et toute son énergie, ne pourra assurer la marche
de la justice. L'absence des grands maîtres engendrera une désorganisation que devait
encore aggraver la rivalité des pouvoirs entre l’archiduchesse d'Autriche et le duc
de Savoie.
Quelques années avant que Marguerite parût, la ville de Bourg, avec son Conseil
de Bresse et sa Chambre des comptes, avait fait figure de petite capitale (°).
L’archiduchesse tenait beaucoup à maintenir ce rang au chef-lieu de son douaire.
Elle obtint, par le Traité de Strasbourg, la restauration de ces deux corps, et pour-
suivra peu après l'érection de la ville en cité épiscopale.
Le Conseil de Bresse paraissait appelé à être, à pied d'œuvre, le plus ferme soutien
du douaire. Mais, tandis qu’à Malines tous les efforts convergeaient pour défendre
l'intérêt de la souveraine, à Bourg la mésintelligence des conseillers ne pouvait que
susciter le désordre. Des circonstances défavorables furent plus fortes que les plus
sages prévisions.
Depuis l’année 1507, date de l'installation de la Régente dans les Pays-Bas
(27 mars), il n’y avait en réalité ni président, ni gouverneur de Bresse. Ces person-
nages figuraient sans doute sur le budget de la douairière et faisaient même sur
place quelques apparitions, mais rares, fugitives, inopérantes. Un Vice-président était
censé représenter les pouvoirs de Gattinara, de même que le Vice-bailli croyait
(1) Charles IIT à Marguerite, 27 février [1512], Genève, pour s'excuser de ne pouvoir effectuer
le paiement promis à Nassau pour le mois d'août, les exigences suisses l'ayant obligé
« d'emprompter argent de tous coustez » (Nord, L. M., 36683, cf. n° 36701). Le 28 août 1525,
Mercurin de Gattinara et Laurent de Gorrevod rendaient un nouvel arbitrage sur les légitimes
revendications du comte de Nassau (Turin, Arch. Cour, Matrimonii, mazzo 17, n° 2).
(2) Philippe de Bresse, en rentrant en possession du comté de Bresse, rétablit, en juin 1466,
le Conseil de Bresse et la Chambre des comptes de Bourg. Son apanage comprenait la plupart
des châtellenies bressanes devant constituer le douaire de Marguerite (LATFYSSONNIÈRE, Recherches
département At tome v, p.95, 13). On conserve, aux Archives de cour à Turin (Materie politiche,
Negoziazioni con Vienna, mazzo 1), de nombreuxes lettres de Philippe de Bresse adressées au
Conseil de Bresse, à la Chambre des comptes de Bourg et à Pierre Badel, procureur de Bresse.
Les Archives de l’Ain et celles de la Côte d'Or renferment aussi des renseignements utiles.
LE DOUAIRE SAVOYARD 107
exercer les attributions de Gorrevod, mais aucun de ces suppléants n’avait d'autorité
personnelle ; on ne se souciait de rien et le courrier était distribué par des gens non
qualifiés (*). Le prétoire de Bourg devenait essentiellement bressan ; dans ce tribunal
minuscule, chacun commandait, personne n'obéissait. M. le Vice-bailli, M. le Vice-
président, M. le Lieutenant de Bresse se disputaient la première place. Tous ces chats
fourrés se connaissaient de trop longue date pour céder le pas et les esprits
s'échauffaient pour des vétilles. Les magistrats de Bourg, bornant leur horizon aux
murs de la cité, auraient pu être des sages, si l'absence de direction ne les avait
rendus désagréables, cassants, autoritaires ; et cependant en leur for intérieur, dans
leur plantureux pays, ils étaient bons vivants, hospitaliers, se délectant à la pensée
d'une belle fondue au fromage ou d’un verre de vin bourru (?), plus soucieux de leurs
vendanges que de l’archiduchesse (*). Exceptionnellement, on trouvera des zélés, tels le
procureur Laurent de Gattinara ou l'avocat fiscal Puget (*) qui prendront vraiment
à cœur leur devoir. Mais le premier était un étranger, frère du chef du Conseil
privé, et le second un personnage essentiellement remuant. Et puis, il fallait aussi
tenir compte des influences féminines: « Madame la Presidente », « Madame la
Maistresse » reccvaient volontiers à Bourg (f) tandis que leurs maris étaient retenus
à Malines ; le président Gattinara et le maître des requêtes Barangier, après avoir
reçu des nouvelles de leur maisonnée, revoyaient, par un détail typique, tels qu'ils
les avaient connus, gens et choses pour ainsi dire sans changement, dans l’immobilité
de la petite ville.
Les gens du Palais avaient été émus, au moment du départ de la douairière, par
des mutations dans le personnel. En l’absence des Grands maîtres, il y eut dans le
camp des robins des « picques quy estoient bien deshonnestes...». Le lieutenant de
Bresse, Claude de Sale, qui avait espéré de l'avancement, se désintéressa des affaires,
trouvant quelque prétexte pour se faire suppléer. Sans doute le magistrat déçu
avertira le Gouverneur de Bresse des atteintes portées contre l'autorité de Marguerite,
mais avec les réticences d’un homme qui ne veut pas se compromettre, sans détails
précis, se refusant à entrer dans le vif, réservant à Barangier, dont l'arrivée était
prochaine, le soin de « veoir qui parlera plus hardiement au vray et à decouvert » ;
il faisait d’ailleurs entendre que la véritable cause de ces noises était le départ du
(3) Gaspard Guiot à Jean de Marnix, 28 juillet, Bourg. « Quand on mande le pacquet, on le
devroit adresser à mons. le vy-president qui est chief du Conseil, quart en verité ceux qu'on
advertit de recoyvré le pacquet ouvrent toutes les lettres et puis donnent celle qui vuillient »
(Orig., sans millésime, Arch. Nord, L. M., n° 38027).
(2) Combet à Barangier, 21 nov., Bourg (Orig. sans millésime, Arch. Nord, L.M., n° 37488).
(5) Laurent de Gorrevod à Barangier, 22 septembre [1509], dans CHacny, Gorrerod, p. 72.
(*) Noël Puget était déjà avocat fiscal de Bresse en 1509. Baux, Hist. de Brou, 2° édition,
p. 377. Cf. CaAGNy, Gorrevod, page 31, note 1. Dans une lettre adressée à Barangier, de Bourg,
le 31 juillet, sans millésime, Noël lui dit : « Je suys devenu françoys et n'a tenuz que a moy
que je n'aye heu avancement leans, mais je n'abandonnerés jamais madicte dame tant qui luy
plera ce servir de moy » (Arch. Nord, L. M., n° 33854).
(5) Le célèbre Jean Perréal fit, en 1511, « de crayons que n'est que demi-couleurs, le visage
de Madame la Maitresse » (Paris, Bibl. nat., nouv. acq. 1412, dans Bancez, Jeun Perréal,
p. 206). La femme de Barangier s'appelait Claude Grillet et vivait à Bourg avec son fils (Arch.
Nord, L. M., n° 26601 et 26625).
108 MARGUERITE D'AUTRICHE
Gouverneur et du Président (1). L'avocat fiscal Puget témoignait plus de franchise :
« Et vous promes, Madame, écrivait-il à Marguerite, qu'y seroyt bien necessere que
vous heussiés quelcung ycy pour advisé en vous afferes et mesmement au faict de la
justice, que je scey avés a cueur sur toutes les aultres chouses, car, jusques a ceste
heure, j'ay faict de mon cousté le myeulx que j'ai peuz. Mais je n’y voys plus remede
que les chousses ce puysse conduyre que vostre auctorité ne soyt grandement lesié,
sinon qu'il y ait ycy quelcung de vostre part, car vous avés icy des lieutenans qui
ont, par leur deffaulte, layssé en beaulcoup de passages vostre auctorité » (?).
Claude Combet, qui succédait à Sale comme lieutenant de Bresse, était un
magistrat capable mais âpre au gain, quémandeur et un peu fat, disant sans ombre
de modestie : « Je guyde ceste charrete de justice a mon endroict de la melieure
diligence qu'a moy est possible en la crainte de Dieu et de vous, en a checung rendant
justice de sorte que seulx qui ayment justice se contentent » (*). Il donnait, comme
preuve de son zèle, l’abandon de sa profession d'avocat : « Si je crenoye a fere
justice, déjà je ne seroye pas a vostre servise, ayns de ceulx que je crendoye, etsans
avarice, car ma practique m’estoye plus revenable de la moytié que l'office, et sans
faveur, quar nul ne sçaroye soi venté a la verité que je l’aye pourté en justice ne
par estre de lignage, ne par estre grand maistre, ne par aultre occasion de faveur,
et sans [hJayne et vengeance de nul »(). Le désintéressé Combet avait en réalité réussi
à se faire payer six fois la valeur d'une suppléance (f) et, s’il se contentait des gages
de la lieutenance, c'était en homme duement averti qu'il serait remplacé à moindres
frais (*). Comme tous les hommes en place, le personnage ne manquait point
d'ennemis. On ne négligeait point de faire observer à son endroit qu'il était
« homme particulier et affectionné, tousjours d'ung costé ou d'autre », et qu’il
prétendait n’agir qu’à sa tête « comme il a accoustumé », même dans les affaires où
l'intervention du procureur était de droit strict. Quand Charles III vint tenir ses
assises à Bourg, on vit défiler pendant deux jours nombre de « gens de bien »
venant se plaindre de l'omnipotent magistrat qui crut habile, en présence du souverain,
d'afficher son loyalisme savoyard. « Il vint dyre a mondict seigneur [de Savoie]
(t) Claude de Sale à Laurent de Gorrevod, 22 sept. [1508], dans Cnacny, Gorrevod,
p. 28 (d'après Nord, L.M., n° 37576). Claude de Sale (Claudius de Aula), après avoir pris
du service en France auprès de Louis XII et de la comtesse d'Angoulême, revint à Bourg auprès
de Marguerite (Nord, L.M., n° 37697). Ce personnage exerça les fonctions de lieutenant de
Bresse à partir de 1505 et mourut entre le 30 juin 1509 et le 148 avril 1510 (Arch. Nord, B 203,
fol. 32). Sa femme, Marguerite Deverez, fut chargée de garder les bagages de l'archiduchesse,
déposés, de novembre 1506 à mars 1507, au couvent de Saint-François, à Bourg (Arch. Nord,
L.M., n°: 37697, 37698).
(2) Noël Puget à Marguerite, 27 septembre [1508), dans CHaGny, Gorrevod, p. 30.
(3) Combet à Marguerite, 22 août, Bourg (Orig., sans millésime, Arch. Nord, L.M., n° 37485).
(4) Combet à Marguerite, 28 juillet 1511 (Orig., Arch. Nord, L. M., n° 27699).
(5) Combet, quand il était suppléant de Claude de Sale, lieutenant de Bresse, se serait fait
payer 1.300 florins pour un service représentant 200 florins (Marguerite Deverez à Marguerite
d'Autriche, 20 déc. [1510], Orig., Nord, L. M., n° 33697). Combet fut syndic de Bourg en 1504
(Rev. Soc. litt. Ain, 1888, page 154), lieutenant de Bresse de 1508 à 1514, puis conseiller du
Conseil de Bresse et de nouveau lieutenant de Bresse le 18 juillet 1517. Il vivait encore le
18 juin 1518 (Arch. Nord, B 2278, fol. 32).
(6) Marguerite à [Louis de Balliant, décembre 1508], dans CHaAGnyx, Gorrevod, page 42
(d'après Arch. Nord, L.M., n° 44174). L'éditeur a fait une erreur en croyant que cette lettre
était adressée à Jean Lemaire.
LE DOUAIRE SAVOYARD 109
publicquement, luy cuidant complaire et en ma presence, Madame, qu'il n’estoyt point
margaritain, dont mondit seigneur luy feist une honteusse responce, et depuis, ne le
voulsist veoyrneouyr; et dit publicquement qu'il est lieutenant demondictseigneur » ({).
Le lieutenant de Bresse disait tout haut ce que d’autres pensaient tout bas; de cœur,
ils étaient presque tous avec Charles III. Quand on sollicita l’avis du Conseil sur le
différend de la châtellenie de Surpierre, ce domaine du pays de Vaud si souvent
revendiqué par la douairière, le procureur estima que l’on devait communiquer la
lettre du duc à Marguerite, mais, sauf lui et l'avocat fiscal, « Messeigneurs du
Conseil furent trestous de contrayre oppinion, comme ceulx qui craignent desplaire
a mondict seigneur et qui doubtent encouryr sa male grace, et tout pour vous dyre
veryté, comme gens de court qui vont à Plaisance et laissent Veronne (À) ».
Ce fâcheux état d'esprit paraîtrait inexplicable si l'on ne connaissait certaines
stipulations du Traité de Strasbourg. La Régente était douairière en Savoie, mais non
souveraine. Ses droits étaient limités en matière domaniale et plus encore dans les
choses judiciaires. Sans doute certains revenus, provenant de l'exercice de la
juridiction au premier et au second degré, lui étaient reconnus, par exemple, le
produit des amendes et celui des compositions judiciaires, l’échute des mainmor-
tables (*), la succession des hérétiques. Mais l'archiduchesse ne pouvait faire aucune
innovation, ni créer des judicatures d'appel, ni établir de nouveaux impôts. Le duc,
au contraire, de par le même traité, affirmait son autorité éminente en recevant les
hommages de la noblesse, délivrant les lettres de grâce, connaissant des crimes de
lèse-majesté ou de faux-monnayage, jugeant en appel les causes de Bresse ;
Charles III, en somme, exerçait des droits pour ainsi dire régaliens. Le faible devenait un
fort, parce qu’il restait dans le domaine juridique, soutenu par la phalange des légistes
du Conseil de Chambéry. Aussi le Traité de Strasbourg, déjà riche en possibilités de
conflits, deviendra-t-il, entre les mains des magistrats savoyards, avec la complicité
des officiers bressans, une source de différends perpétuels.
Les querelles intestines des juges de Bourg devaient avoir des conséquences néfastes
pour la répression des délits. « Ung tas de gens du pays de Bresse et d'environ,
gentilhommes et autres tres mal condicionnéz.…., ne cessent journellement de se
assembler, envahir, piglier et desrober gens deça et della.…., tellement qu'il y a,
a ceste heure, personne qui ose vuydier sa maison... »(*). Un procureur énergique,
Mamert de Costis, fit des exécutions exemplaires : « À Bagié (Bâgé), a esté pendu le
Rosty, à Chastillion (Chatillon-lez-Dombes) décapité celluy qui se faisoit nomer le Petit
Savoye, et au mylieu de vostre cité de Bourg mys en quartier le nommé Golevant,
(*) Laurent de Gattinara à Barang'er, 14 novembre [1510] (Autogr., Arch. Nord, L.M.,
n° 29960).
(2) Laurent de Gattinara à Barangier, 7 février [1511] (Orig., Arch. Nord, L. M., n° 26988).
(3) La condition juridique des personnes astreintes à la mainmorte soulevait de multiples
réclamations. Les gens du fisc ne pouvaient que défendre les intérêts de la couronne en écartant
ces doléances, faisant remarquer qu’à Bourg même, malgré les privilèges accordés aux étrangers
après une année de résidence, le droit de mainmorte subsistait au profit du prince, comme
aussi l'échute des bâtards, même de noble extraction.
(*) Marguerite au [procureur de Bresse, vers 1510] (Minute, Arch. Nord, L.M., n° 27208).
« Nous esbayssions que vous et autres noz officiers de Bresse n'y remediéz autrement, et
mesmement vous a cuy il est plus loysible fere telles poursuytes que a gens de longe robbe »
(Ibidem).
110 . MARGUERITE D'AUTRICHE
qu'estoit chef de bende, les aultres fustigués et bampnys a tant que je laysse vostre pays
de Bresse purgé de telz meschens, et vosire peuple consolé... » (‘). Mais il y avait
encore d’autres malandrins : « Quant aux desordres, bapteries, larrecins, insolences et
aultres excez qu'ont esté faictz icy de nuyt (à Bourg) par le passé, déclare le Conseil
de Bresse, l'on y a procedé par justice. les ungs ont esté bampnys, les aultres s’en
sont fouyr, et les aultres, allegans tiltre de clericature, remis par devant l'official
de la court ecclesiastique.… »(?). Et les malheureux habitants avaicut à se défendre
aussi des gens de guerre (5).
A la cour de Malines, on ne restait point indifférent aux avis prodigués à l’archi-
duchesse. Le Conseil privé, pour essayer de remettre en place choses et gens, délégua
à diverses reprises quelques-uns de ses membres pour restaurer l'autorité défaillante.
Quand on apprenait, en Bresse, la prochaine arrivée d’un grand maître des Pays-
Bas, tout paraissait s’assoupir. Gorrevod était annoncé en 1508 ; mais ce personnage,
empêché par une mission diplomatique en Angleterre, fut suppléé par un maître des
requêtes de la douairière, le savoyard Louis de Balliant, seigneur de Verboz, qui
chemina à travers les pentes rocailleuses du Bugey pour se rendre à Bourg. I] fit
aux magistrats les « exhortations necessaires», parlant de déplacer l’exigeant Combet,
mettant le lieutenant Claude de Sale dans l'obligation de servir ou de quitter la
douairière sans « tousjours avoir deux partis en mains » (*). Le Président Gattinara
vint aussi à son tour morigéner ses anciens collaborateurs, mais en courant (). Enfin
Gorrevod parut en personne. Il venait se remarier en Bresse et profita du voyage
pour essayer une petite mercuriale : « Et ay raliés tous vous gens de Concel
ansamble, écrivait-il à Marguerite de Bourg le 6 mai 1509 avec son orthographe de
grand seigneur, lequeux ont deleset toutes leur parcialitéz et m'ont tous promis de
bien exercé leurs ofices en fesan bonne justice et vous leaumant servir, et je leur ai
promis que sy il li en ast point qui ne s’acquite comme y doit et que soit tenuz de
faire, que je les changeray et en metray des aultres.… » (*). Et de fait, pendant
quelques mois, la « charrette de la justice » parut sortir de l'ornière.
(1) [Mamert] de Costis à Marguerite, 6 août [1516], Bourg (Orig., Arch. Nord, L. M., n° 37500).
(2) Le Conseil de Bresse à Marguerite, 2 septembre 1527, Bourg (Arch. Nord, L. M., n° 44269).
(3) Laurent de Gorrevod réussit à empêcher le passage d'une bande de gens d'armes par la
Bresse (Voir sa lettre du 16 juillet 1509, Arch. Nord, L.M., n° 25794). Mandement de Marguerite
portant don de 200 florins au seigneur de Mont Désert, capitaine et châtelain de Bâgé, pour
« peines par luy prinses afin d'arreter l'entrée d'aucuns gens d'armes en nostre pays de
Bresse » (21 sept. 1513, Nord, B 2230, fol. 20). Voir aussi la lettre du Conseil de Bresse à
Marguerite, du 30 sept. [1523], Bourg, relative aux dévastations des gens de guerre (Nord,
L.M., n° 3432).
(&) Marguerite [à Louis de Balliant, décembre 1508], dans CnaGnv, Gorrevcd. page 41.
(5) M. de Gattinara à Marguerite, 24 avril 1509, dans LE GLay, Négociations, tome 1, p. 248.
(6) Laurent de Gorrevod à Marguerite, 6 mai [1509], Bourg, dans CHAGNy, Gorrevod, p. 56.
Le mariage de ce personnage avec Claude de Rivoire, sa seconde femme, a été l'objet d'un
contrat passé à Montluel, le 30 juin 14509. Pendant l’année 1510, le Conseil de Bresse était
ainsi composé : Vice-Baïllr, le seigneur de La Perose, avec 300 florins de gages annuels;
Lieutenant de Bresse, Claude Combet, 300 fl. ; Vice-Président, Thomas Bergier, 200 fi. ; Avocat
fiscal, Noël Puget, 200 f. ; Procureur fiscal de Bresse, [Louis Favre ?], 100 fl. La pièce de
comptabilité qui nous donne ces noms fait aussi connaître la composition de la Chambre des
comptes dont les membres étaient appelés aussi à délibérer au Conseil : Maîtres des cymptes,
Louis Barangier, 200 fl. (résidant à Malines) ; Étienne Chivilliard, 300 f.; Bon Badel, 200 A. ;
Clavatre des comptes, Jean de Marnix, 100 fl. (résidant à Malines); Receveur des comptes,
LE DOUAIRE SAVOYARD 111
Puis, après le départ des grands maîtres, les robins bressans reprenaient leurs
querelles. Le Conseil de Bourg restait un foyer d'anarchie et personne ne se
rencontrait pour faire « charrier droit ces folz clercs » (‘). Et l'on comprend le cri
d'alarme de Jean de Marnix, alors de passage : « Touchant les affaires de Madame
de par deça, je vous asseure qu'ilz sont en maulvais trayn et tres mal gouvernéz,
mais je ne seroie riens faire sans esclandre. Tous les pays sont sans justice et s'entretue
l'ung l’aultre cruelement. Les droiz de Madame sont tres mal gardéz et n’y a nul
qui y pourvoie, ains gist le tout en dissimulacion. {nlelligenti pauca » (?).
Le désordre fut poussé à un tel point que la douairière jugea nécessaire de
recourir à des mesures d'extrême rigueur. Le duc fut averti qu'elle avait fait appel
à des magistrats étrangers aux querelles locales, à deux membres expérimentés du
Parlement de Dôle, leur donnant pleins pouvoirs pour diriger une instruction. Il
fallait établir les « exactions, concussions et prevarications » des officiers du Conseil,
la « foule et opression » des sujets de l’archiduchesse, la « diminucion de son auctorité
et justice » (*). Le texte de l'enquête dressée par Adrien de Salives et Louis de
Marenches ne nous est pas connu, mais il est certain que trois fonctionnaires furent
frappés: par patentes du 18 juillet 1517, la douairière destituait Mamert de Costis,
lieutenant de Bresse, Noël Puget, avocat fiscal, juge du comté de Villars, et Louis
Favre, procureur, remplacés le premier par Claude Combet, le second par Claude
Guyod et le dernier par Jean Buatier (*). Le maître des comptes Bon Badel, le
trésorier du douaire Louis Vionet et le contrôleur des travaux de Brou Pierre Le
Guat, visés par l'assignation, ne furent pas autrement inquiétés (5).
L'un des magistrats révoqués, Noël Puget, se défendit vigoureusement, ne
craignant point de faire intervenir dans son affaire des juges étrangers, faisant
lancer un monitoire contre ceux qui l'avaient chargé dans l'instruction, accusant tout
particulièrement le vice-président Bergier, le maïtre Badel et le trésorier Vionet,
suspectant l'impartialité du Conseil privé, parlant même des intelligences et des
parentés que ses accusateurs auraient eues dans le monde de la Cour (f). En
recourant à la procédure canonique, Puget faisait évoquer sa cause devant une
juridiction ecclésiastique, celle d'Avignon, tout en promettant de se soumettre à la
justice de la douairière si l'on voulait bien lui communiquer, suivant le droit fixé
par les Statuts de Savoie, le double de l'enquête dirigée contre lui. Le demandeur
Gaspard Guyot, 100 fl. ; Trésorier du douaire, Louis Vionet, 500 fl. Il est à remarquer que
sur cet état ne figurent ni Gattinara qui était président de Bresse, ni Gorrevod qui, en raison
de ses fonctions de gouverneur, détenait l'office de baïilli. Tous deux résidaient à Malines (Rôle
dressé pour l'exercice 1°" janvier-31 décembre 1510 par Vionet (Arch. Nord, B 753, n° 16601).
(1) Louis de Balliant à Laurent de Gorrevod, 23 février [1511] (Orig., Arch. Nord, L.M.,
n° 36940).
(2) [J. de Marnix] à Barangier, 27 février [1513], Moûtiers (Orig., Arch. Nord, n° 28680).
(5) Instructions de Marguerite au seigneur de Bellegarde, envoyé en mission en Savoie,
18 septembre 1516 (Turin, Arch. Cour, Protocole 137, folio 91 verso).
(*) Lettres patentes de Marguerite, 18 juillet 1517, Middelbourg (Minute, Arch. Nord, B 755,
n° 108383).
(5) Adrien de Salives et Louis de Marenches à Marguerite, 29 janvier 1518, n. st., Bourg
(Orig., Arch. Nord, B 755, n° 16833).
(6) Noël Puget à Marguerite, 7 juillet [1518], Bourg (Autogr., Arch. Nord, L. M., n° 38843).
112 MARGUERITE D'AUTRICHE
n'était point d'ailleurs sans amis. Le comte de Genevois (*) et Louis de Gorrevod,
évêque de Maurienne, intervinrent en sa faveur. L'archiduchesse confia même à ce
dernier le soin de prendre des renseignements supplémentaires, ne voulant point
« fere chose scandaleuse ny contre justice ou a la charge de sa conscience » (?). Les
témoignages recueillis furent favorables au plaignant (*). Mamert de Costis, autre
victime, fut aussi chaleureusement défendu par le même prélat ; l’inculpé aurait été
suspendu alors qu’il était absent, occupé aux missions dont la douairière l'avait chargé à
Rome pour les affaires de l'évêché de Bourg et la promotion de l'évêque de Maurienne
au Sacré Collège; il fut réintégré par patentes du 14 mars 1519 (!).
La rigoureuse enquête des parlementaires bourguignons mit une sourdine aux
« piques, inimicitiés et parcialitéz » qui séparaient les membres du Conseil de Bresse.
L'autorité du Vice-président fut proclamée; il eut mission de présider le Conseil,
malgré les prétentions du Lieutenant de Bresse et du Vice-bailli. La douairière décida
expressément que le Vice-président, « en l'absence de nosdicts Gouverneur ou
President, soit Chief et preside lesdicts Visbailli, Lieutenant et nosdicts autres
officiers dudict pays, et, selon l'opportunité des affere, qu'il manie eulx et les autres
gens de nostre Conseil en la Chambre... a peyne d'estre suspenduz de leurs offices
par ledict Vis-president.. » (°).
On prit aussi des mesures pour donner plus de tenue aux séances du tribunal.
Quand une affaire était mise en délibération, les magistrats ne se contentaient point
d'opiner du bonnet: c'était proprement la cour du roi Pétaud. Le substitut refusait
d'obéir à son procureur, lui disant catégoriquement qu'il était aussi « grand maistre »
que lui et qu'il ne pouvait rien lui commander « en l'office de procuracion » (°).
L’archiduchesse intervint impérieusement dans ces chicanes : « Que nul n'aye a
parler audict Conseil tant que l'autre parlera a cuy sera son rang de parler et que
nostredict Vis-président demandera les oppignions ; item, que ne soient dites aucunes
parolles injurieuses de l'ung a l’aultre » (”).
La seule décision qui pouvait pacifier les esprits fut enfin prise. Le président de
Bresse, Mercurin de Gattinara, ne résidant plus à Bourg depuis son départ pour les
Pays-Bas, c'est-à-dire depuis douze ans, allait être nommé aux fonctions éminentes
de Grand chancelier de Charles-Quint. Avant de se rendre en Espagne, il conseilla à
l'archiduchesse de lui donner comme successeur le fidèle Thomas Bergier, qui, depuis
dix ans, dans une situation équivoque, avait assuré en Bresse la direction de la
(*) Philippe de Savoie à Marguerite, 7 février [1519], Chambéry (Arch. Nord, L.M., n° 36846).
(2) Marguerite à Louis de Gorrevod, 5 mai 1519, dans CHAGNY, Gorrevod, page 415.
(8) Louis de Gorrevod à Marguerite, 13 octobre [1519], dans CHaGny, Gorrevod, page 421.
(#) Louis de Gorrevod à Marguerite, 29 janvier [1519], Genève (Orig., Arch. Nord, L.M.,
n° 37955). Mamert de Costis, docteur en droit, nommé lieutenant de Bresse vers le 21 mars
[1514] (Arch. Nord, L. M., n° 37498), destitué le 18 septembre 1517, fut réintégré en mars 1519
(Ibid., n°° 37501 et 31539; cf. B 2252, fol. 54 v.). Il fut remplacé comme lieutenant de Bresse
le 18 février 1527 n. st. par Benoît Favre, docteur en droit (Jbid., n° 39718).
(6) Combet à Marguerite, 18 février (Orig., sans millésime, Arch. Nord, L.M., n° 44291). Ce
personnage promet de laisser la première place au vice-président.
(6) Procureur de Bresse à Barangier, 1° août, Bourg (Orig., sans millésime, Arch. Nord,
L.M., n° 44301).
(7) Marguerite aux officiers de Bresse, [18 juillet 1517] (Minute, Arch. Nord, B 755, n° 168382).
LE DOUAIRE SAVOYARD 113
justice. La nomination de ce magistrat à la présidence, le 30 juin 1519 (*), semble
avoir mis fin aux querelles.
Le Conseil de Bresse avait tout le caractère d'un tribunal, constituant essen-
tiellement une juridiction d'appel au second degré, mais non souveraine. Des
attributions politiques et administratives lui furent sans doute réservées, au moment
de l'érection de l'apanage de Philippe sans Terre et lors du Traité de Strasbourg.
Mais, pas plus dans cette nouvelle compétence que dans la judiciaire, le Conseil n'était
souverain. Il ressortissait, d'une part, du Conseil privé de l’archiduchesse pour
l'administration, d'autre part, pour la justice, du Conseil résidant de Chambéry, juge
en dernier ressort.
Le Conseil de Bresse (Consilium Burgi residens) qui tenait séance à Bourg
dans l'Hôtel de Gorrevod (?), avait un sceau aux armes de la douairière, à l’écu parti
de Savoie et de Bourgogne (*). Sa fonction primordiale était d'exercer la justice en
appel des sentences rendues en première instance par les châtelains. Au mois de
novembre de chaque année, en se conformant aux sages prescriptions des Stalula
Sabaudie, dont Charles III devait faire une révision (*), le Lieutenant se rendait sur
place, châtellenie par châtellenie, afin de tenir ses assises (Ÿ), prononçant les amendes
nécessaires pour entretenir les sujets dans une crainte salutaire, non sans soulever
parfois les récriminations du peuple qui se faisait entendre, par la voix du Tiers, aux
(1) Commission délivrée par Marguerite à Thomas Bergier, docteur en droit, vice-président,
pour occuper la présidence du Conseil de Bresse, 30 juin 1519, Bruxelles (Nord, L. M., n° 39360).
Avant que Gattinara ne fut président, cet office était détenu par Jean Clopet, marié à Sandre
Félix, belle-mère de Louis Barangier. Th. Bergier est déjà vice-président le 12 nov. 1509 (Baux,
Hist. Brou, 2° éd., p. 377, Il fut syndic de Bourg en 1518 (Revue Soc. litt. Ain, 1888, p. 154).
(2?) Défense faite par le Conseil de Bresse, le 7 juillet 1512 d'exporter les blés avec ce
protocole : « Consilium illustrissime domine nostre domine Margarite, Austrie et Burgundie
ducisse, vidue Sabaudie, comitisse Burgondie, Quadrilegii (= Charolais), de Villars et
Baugiaci, Vuaudique et Foucigniaci ac patriarum Breyssie etc. domine, Burgi residens..…….:
Per Consilium, presentibus dominis Thoma Bergerii, vice-presidenti, C. Combeti, locumtenente
Noe Pugeti, advocato fiscali et Bono Badelli, ex magistris computorum » (Arch. Nord, B 754,
n° 16644). Le Conseil siégeait, en 1523, dans la maison de Laurent de Gorrevod (Arch. Nord,
L. M., n° 44263).
(3) En 1505, le Conseil privé de Marguerite chargea Barangier de faire exécuter un sceau
pour le Conseil de Bresse et les pays du douaire : « Touchant les seaux dont l'on doit seeler au
Conseilz de madicte dame et es pays de Bresse et Foucigny et Villars, Madame ordonne qu'ils
soient faitz quatre seaulx armoyés des armes de madicte dame et sera mys en escript a l’entour
ainsi que se advisera. Messire Loys [Barangier] en a la charge » (Minute, Arch. Nord, L.M.,
n° 44187). On conserve un exemplaire Au cachet du Conseil de Bresse sur papier (Nord, L. M.,
n° 44312, pièce non datée) à l'écu parti de Savoie et de Bourgogne, avec la légende S [igillum],
D [omine] Margarite d [ucisse] S [a] b [audie]. Voir aussi Arch. Nord, L. M., n° 44261, pièce
du 14 janvier 1917.
(+) Mamert de Costis à Marguerite, 26 oct. [1513], Chambéry : « Estant yci devers mon tres
redoubté seigneur, lequel par avant m'avoit mandé aux exeques de feu madame Glaude, sa mere...
1] m'a fait donner le double des statuz par 1y faitz nouvellement pour la refformation generale
de sa justice et m'a donné charge yÿceulx vous envoyer et lesquelz vous envoye pour veoir si en
nen est contraire a voz traictéz, que pas n'entend mondict seigneur, comme il m'a dist. S'il est
vostre bon plaisir, yYceulx feré observer en voz pais de par dessa.. » (Arch. Nord, L. M., orig.,
n° 30963). Les statuts de Savoie furent publiés le 10 octobre 1513. DuBoix, Raccolta delle leggt.
t. ur, p. 1627.
($) Instructions de Marguerite adressées au Conseil de Bresse et à la Chambre des comptes de
Chambéry, 22 juin 1524 (Arch. Nord, B 755, n° 17140).
114 MARGUERITE D'AUTRICHE
États généraux de Savoie (‘). Il fallait empécher les empiètements sur la juridiction
de la douairière, menacée non seulement par les justices seigneuriales (?)}, mais
encore par l'Ordinaire, depuis l'érection du diocèse éphémère de Bourg (). Combet
nous a laissé un souvenir de ses impressions sur les justiciables, au cours de l’une de
ses tournées : « Touchant les assisez, tout demeure ou sens et a la discrecion du juge
et n’est pas l’assise pour cmolument avoyr, si non en consequence, mes principalement
pour mectre et entretenir es paysans en la crainte et amceur de Dieu et de vous
et de la justice et de vous officicrs et de vivre entre eux en pays, en ameur et
en charité et bonne pacience l'ung de l'aultre. Et seulx qu'il ainsy ne se veullent
depourter, est bien rayson qu’il soyent jugiéz a quelque emande pour estre chastié,
et ousy est bien raisonable que seulx qu'il viennent demandé mercir de cest a quoy
il sont condempné que leur humilité soye acceptée et l’'emande soyt abessée ou sens
du juge qui ne sçaroiet mal fere si son entention est bonne, quar Dieu encline le
bon juge a fere tout raysonablement et par bonne discretion. Or est il a noter que les
bonnes gens, a de foy, ne sçavent si on esté comdempnéz jusque le chastellein leur
demandent, alors ils venent estre mercié ou interjectent appellation. Certes, il est
miculx de les mercié, que leur laissé fere dispense en proces par pluseurs
raisons » (f).
Le Conseil de Bresse avait aussi des attributions administratives qu'il remplissait
le plus souvent avec le concours des Maïtres des comptes. Il donnait par exemple son
avis sur l'utilité de pourvoir la châtellenie de Miribel plutôt par voie de nomination
que par adjudication, dans l'intérêt des habitants, car « bien peu souvent advient
que admodiation leur soit soulagement et proffit ». Le Conseil s’occupait aussi de
l'entretien des bâtiments, signalant le mauvais état de la grande tour du château de
Pont-d'Ain (5) ou surveillant les travaux de l’église de Brou (‘). Il connaissait encore
des matières bénéficiales, en raison de l'indult accordé par le Saint-Siège pour la
collation des bénéfices du douaire (?). Il pouvait collaborer à des œuvres économiques
intéressantes telles que l’assèchement des marais. Une tentative de ce genre fut en
effet commencée du temps de la douairière, dans la petite localité des Échets, près
de Trévoux. Sur place, le châtelain de Miribel prenait à ce travail le plus vif intérêt :
« Sy vous vollés bouter la chose en avent que Madame fist vuydé le lac d'Esches en
deux ans, on y feroit le plus fort et Madame aura legerement le consentement du
roy [de France], et james en Bresse ne fut sy grant richesse ce cela se faisoit, car
tout le monde prieroit (ms. prysoit) pour la prosperité de Madame et de tous ceulx la
er
L
(!) Doléances du Tiers état des châtellenies de Saint-Sorlin et de Lagnieu à la session des
États généraux tenus à Moûtiers, le 15 septembre 1522. LATEYSSONNIÈRE, Recherches département
Aun, tome v, page 106.
2) Philippe de Lannoy à Marguerite [vers 1530] (Autogr., Arch. Nord, L. M., n° 38229).
(3) Le Conseil de Bresse à Marguerite, 30 septembre [1523], Bourg (Orig. signé Guar, Arch.
Nord, L. M., n° 34327).
(8) Claude Combet à Marguerite, 28 juillet 1511 (Orig., Arch. Nord, L. M., n° 27699).
(5) Le Conseil de Bresse à Marguerite, 14 octobre 1523 (Qrig., Arch. Nord, L. M., n° 443214).
($) Cocuin et BRUCHET, Lettre inédite de Mirhel Colombe, page 50, note 1.
(7) Le Conseil de Bresse et la Chambre des comptes de Bourg à Marguerite, 1° août 1517.
(Orig., Arch. Nord, L. M., n° 44323).
LE DOUAIRE SAVOYARD 115
qui le feront faire » (‘). Il fallait, en effet, le consentement de Louis XII, parce que le
canal d'évacuation amenait les eaux de la Saône sur terre française près du château
de Roche-Taillée. Les travaux auxquels s’intéressa la douairière seront terminés
après sa mort.
En somme l’archiduchesse, malgré son éloignement, n'était pas indifférente à
la prospérité du pays, ayant déjà donné à ses sujets, lorsqu'elle séjournait en Bresse,
de nombreuses preuves de sollicitude. À Bourg, par une ordonnance du 4 juin 1506,
Marguerite avait réglementé la police des marchés, des cabarets et des boulangeries,
et empêché la sortie des denrées et leur accaparement. Le tarif des aubergistes était
fixé à 7 sous de Savoie par jour, par homme et cheval, soit trois sous pour le dîner
et quatre pour le souper. Les boulangeries devaient être inspectées deux fois par
semaine, et, en cas de tricherie sur le poids, on confisquait le pain. De sages mesures
d'hygiène étaient prescrites pour enrayer les épidémies. L'ordonnance du 4 juin 1506
portait « que ung chascun de ladite ville de Bourg doige, une fois la semaine, faire
mectre devant leurs maisons et estables toutes ordures, femiers et immundices, et
faire nectier les conduicts et retraictz estantz contre et derriere les maisons afin que
inconvenient et peste ne puisse sourdre ..…. et ce, sur peine de LX solz…. (?) ». Les
habitants se souvenaient, non sans terreur, de la fameuse mortalité de 1504 (*) qui
fut invoquée par les syndics pour essayer d'échapper à l'impôt, rappelant que les
habitants de Bourg avaient été « contraints de laisser leurs propres maisons et
s’enfouyr aux champs ». Leur délégué Louis Favre tenta vainement d'apitoyer la
douairière qui se trouvait alors en Alsace, à Ensisheim, au mois de janvier 1507 (!).
En 1523, la maladie se déclara encore à Bourg dès le mois de mars. Dans la maison
de Laurent de Gorrevod, servant de lieu de réunion au Conseil de Bresse, un
maître queux fut atteint par la contagion. Les magistrats quittèrent la ville, allant
s'établir sur une hauteur à Ceyzériat pour ne revenir que le 2 septembre (f). Un
capitaine fut chargé par la municipalité de secourir les pestiférés et de les
« pourveoir des vivres, y mectre bonne ordonnance, garder que lesditz infectz et
pestiffereux ne se meslassent avecques les seins, aussy conduyre ceux que prennent
(!) Divers documents sur l’assèchement des Echets (Ain, art de Trévoux, c° de Trannoye)
concernant la période de 1513 à 1529 sont conservés aux Archives du Nord, L. M., n° 30887,
71961, 39834, 46207 ; aux Archives de la Côte-d'Or, B 7828 ; aux Arch. de Cour, à Turin, Lettere
principi Savoia, mazzo 2 ; aux Archives Camérales de Turin, Comptes du trésorier général de
Savoie 190 fol. 191 verso, 191 fol. 111 verso, 192 fol. 75 verso. Cf. Duray, Le lac ou marais
des Echets dans Rev. Soc. litt. Ain, 1879, page 291.
(2) Ordonnance de police du 4 juin 1506 (Arch. Nord, B 663, n° 16576).
(3) Délibération de la ville de Bourg, 19 juin 1506, citée dans Bull. Soc. sc. nat. Ain, 1905,
page 105, note 3. L'épidémie avait un caractère endémique et l'année suivante, on signale son
apparition dans la région de Pont-d'Ain : « ….Prie a Nostre Seigneur, Madame, que... vous doint
bon vouloyr de venir voyr le Benoist Sainct Suayre auquel vous av recommandé, et qu'il luy
plaist vous garder et tous ceulx de vostre Mavson d'empvdemie par ce que l'ung me dvsoye
qu'il en avoit bien pres de Pont d'Avns..… Vostre humble mere, GLAUDE » (Claude de Brosse
à Marguerite [fin octobre 1505], orig., Arch. Nord, L. M., n° 24124). |
(4) Mandement de Marguerite, 12 janvier 1507, n.st., Ensisheim, avec la requête du Conseil
de Bourg. (Copie, Arch. Nord, L. M., n° 44423).
(5) Le Conseil de Bresse à Marguerite, 22 septembre [1523] (Arch. Nord, L. M., n° 14263 ;
cf. 44264, 44273).
116 MARGUERITE D'AUTRICHE
mal, les fere confesser, fayre fere les loges (dans les) champs, fere inhumer et
enscpvelir les mors () ».
Dans l'administration du douaire, le Conseil de Bresse élait secondé par la
Chambre des comptes de Bourg. Mais il ne faudrait point croire que cette institution
eût le caractère d’un corps indépendant.
La Chambre des comptes de Bourg, bien qu’expressément ainsi dénommée dans
le Traité du douaire, ne fut, du temps de la douairière, qu’une section du Conseil
de Bresse. Sans doute, les suscriptions de ses lettres ou les signatures portent : la
Chambre des comples de Bourg, les Auditeurs des comples, mais cette Chambre
n'avait qu'un Premier maître, garde du sceau, ayant la signature ainsi que le
receveur des comptes, tous deux placés sous les ordres du Vice-président de Bresse.
Ce dernier était, en l'absence du Gouverneur et du Président de Bresse, le chef non
seulement du Conseil, mais aussi des autres officiers du douaire, notamment des
maîtres des comptes (?). Ces derniers assistaient d’ailleurs aux séances du Conseil (*),
prêtaient serment lors de leur installation entre les mains du Vice-président de ce
même Conseil (*). Le trésorier du douaire, Louis Vionet, dévoué à Marguerite, était
aussi appelé, par les devoirs de sa charge, à donner son concours.
Malgré les termes très nets du Traité du douaire, autorisant la création d’une
Chambre des comptes à Bourg, le duc de Savoie, dont l'agrément était nécessaire
pour la communication de certains titres et comptes, prouva sa mauvaise volonté par
des atermoiements. Margucrite tint bon et lui déclara tout net que les comptes de
l’année 1505, c’est-à-dire ceux du premier exercice courant depuis son traité,
seraient vérifiés non par la Chambre des comptes de Chambéry mais par celle de
Bourg. Elle aurait désiré, mais sans succès, avoir pour son organisation le concours
d'un homme d'expérience, Humbert Boissier, qui était maître de la Chambre
des comptes de Chambéry (°). Trois charges de maîtres ou « banches » furent
instituées et occupées, semble-t-il, vers la fin de l’année 1505 (f) par Bon Badel,
Louis Barangier (7) et Etienne Chivilliard (f). Une quatrième « banche », créée au
(1) Requête anonyme adressée à Marguerite (Orig. incomplet, Arch. Nord, L. M., n° 411214).
(2) Marguerite au Conseil et à la Chambre des comptes de Bourg [18 sept. 1517] (Minute,
Arch. Nord, B 755, n° 168382).
(3) Ordonnance du Conseil de Bresse, 7 juillet 1512 (Arch. Nord, B 754, n° 16644).
(4) Commission de maître de la Chambre des comptes de Bourg pour André Grillet, en
remplacement de feu Louis Barangier, dont il avait fait l'intérim, avec prestation de serment
devant le Conseil, 7 mars 1522, n. st. (Arch. Nord, L. M., 39841). Commission de premier maître
et auditeur de la Chambre des comptes pour Pierre Buatier (procureur de Bresse depuis
le 18 septembre 1517), en remplacement de feu Bon Badel avec obligation de prêter serment
devant le président du Conseil de Bresse, 1523, 8 novembre (JZbid., L. M., n° 39313).
(5) Marguerite à Boissier, maître de la Chambre des Comptes de Chambéry, 28 novembre [1505],
Pont-d'Ain (Minute, Arch. Nord, L. M., n°: 24021 et 24122).
(6) En 1510, le trésorier Vionet ne fait figurer, parmi le personnel de la Chambre des comptes
pour leur pension annuelle que le maître Barangier (200 f.), le maître Chivilliard (200 fl.) et
le maître Badel (200f1.). Sur cet état, le « secretaire Marnix pour ses gaiges de claverre des
comptes » a 100 fi. et la même somme est allouée à Gaspard Guiot, receveur des comptes (Arch.
Nord, B 753, n° 16601).
(*) Barangier resta titulaire de son office de maître de la Chambre des comptes de Bourg
jusqu'en 1522, date de son décès (Arch. Nord, L. M., n° 39811).
(8) Chivilhard, qui fut svndic de Bourg en 1503, a été de 1507 à 1514 contrôleur des édifices
de Bou. CocuiN et BRUCHET, Lettre inédite de Michel Colombe, p. 17, note 1 et p. 38, note 1.
LE DOUAIRE SAVOYARD 117
profit de Catel, ne fut pas maintenue (‘). Ce personnel était complété par
un « clavaire » ou archiviste, Jean de Marnix (*), et par un receveur des comptes,
Gaspard Guiot (*). Toutefois, lors du départ de la douairière pour les Pays-Bas,
Barangier et Marnix l'ayant accompagnée tout en gardant leurs charges, le
personnel de la Chambre se trouvait réduit à Badel, Chivilliard et Guiot puisque
Catel n'était pas installé. Chivilliard était occupé d'ailleurs par le contrôle de
l'église de Brou, aussi toutes les affaires retombaient sur le premier maître Badel et
sur le receveur Guiot; ces deux collaborateurs, attachés chaque jour à la
même œuvre, faisaient, à l'instar des Magistrats du Conseil, fort mauvais
ménage.
Les Maîtres des comptes de Bourg paraissent avoir subi l'ambiance paresseuse
de la grasse petite ville où les gens, sous un climat mou, appesantis par la bonne
chère, remettaient volontiers au lendemain la besogne la plus pressante. Quand les
châtelains arrivaient au jour fixé pour l'examen de leur gestion, rien n'était prêt et
l'on était obligé de courir de maison en maison pour trouver les pièces comptables. On
conçoit les injonctions de la douairière, si laborieuso dans sa ruche de Malines : « Vous
advertissons tres ardemment, mandait-elle à ses négligents officiers, donner ordre
que l'on face [que] tous les dicts comptes en nostre dicte Chambre des comptes se
dressent de si bonne heure que au jour assigné soient prestz a mectre sur le bureau
en procedant a les examiner si diligentement que aultre plaintif ne nous en
vienne... » (*). |
Badel était un fonctionnaire diligent et dévoué. Ses concitoyens de Bourg
l'avaient élevé à la première charge municipale. De 1506 à 1523, ce bon magistrat
fut l'âme de la Chambre des comptes, remplissant avec exactitude ses fonctions et
s’attirant parfois, par sa minutie, les colères des gens qui passaient à son bureau.
Les invectives d'un secrétaire ducal à l’égard du maître des comptes, qu’il traite de
« mal baptisé » (5), doivent être retenus comme un éloge. Batlel avait toutefois le
caractère difficile et le paisible Chivilliard lui-même s’en plaignait un jour qu’il
était invité à siéger au Conseil de Bresse el à s'asseoir « aupres monseigneur le
Maistre Badel. Mais james ne se voulsist retourné devers moy. Il ne peut laisser son
ire. Je ne vouldroye tenir de sa complexion » (°).
(*) Louis Vionet à J. de Marnix, 22 mars 1510 « more nostro », Bourg. Il exprime le désir
de cumuler l'office de receveur des comptes de la Chambre avec celui de trésorier du douaire
qu'il occupe (Autogr., Arch. Nord, L. M., n° 27136 ; cf. n° 27146).
(2) Jean de Marnix émargeait encore en 1510 comme clavaire de la Chambre des Comptes de
Bourg. Depuis la mort de Philippe de Bresse, les comptes de cette juridiction étaient dans cette
ville « en le crotte d'icelle Chambre », dont la clef était entre les mains d'un maître de la
Chambre des comptes de Chambéry, Boissier (Turin, Arch. Cour, Lettere prince. Savoia,
mazzo 2; et Arch. Nord, B 752, n° 24467). D'autres documents avaient été transférés à
Chambéry, et quand Gaspard Guiot, lors de la réinstallation de la Chambre de Bourg, alla les
chercher, il dut subir « de grand parolles. » (Guiot à Marguerite, 5 octobre [1505], Arch. Nord,
L. M., n° 38022).
(3) Sur Gaspard Guiot, voir Arch. Nord, L. M., n°: 38022 à 38028.
(5) Mandement de Marguerite à la Chambre des Comptes de Bourg (Minute, Arch. Nord,
L. M., n° 44125). Ce texte sans date a été rédigé à l'époque où un certain Claude Bochu était
procureur fiscal de Faucignv.
(5) Badel fut vraisemblablement attaché à la Chambre dès 1506, certainement en 1509»
mourut premier maître de cette juridiction en 1523 (Arch. Nord, L. M., n° 39343). II était très
considéré et avait été syndic de Bourg en 1500.
(6) Chivilliard à Barangier, 1°" août [1511] (Orig., Arch. Nord, L. M., n° 37108).
118 MARGUERITE D’AUTRICHE
Au point de vue territorial, la Chambre des comptes de Bresse devait étendre
sa compétence, restreinte d’ailleurs par la souveraineté ducale, sur tout le douaire
de Savoie, c'est-à-dire sur la Bresse, sur une grande partie du Faucigny
et sur quelques localités du Pays de Vaud. Sur les 33.212 florins formant les
revenus du douaire en 1509, charges non déduites, la Bresse représentait
21.153 florins (en y comprenant les 5.000 florins du comté de Villars), le Faucigny
7.256 florins et le Pays de Vaud 4.803 florins (‘). La perception des sommes
était faile par des agents locaux, les châtelains, souvent animés d’un très
mauvais esprit.
En Savoie, la châtellenie était la base de l’organisation administrative. Dans
l'étendue de cette circonscription, le châtelain exerçait les attributions judiciaires,
domaniales et fiscales. Ces officiers étaient obligatoirement soumis au contrôle de
la Chambre des comptes de Bourg et devaient, chaque année, présenter leur gestion.
La Bresse était aussi divisée en châtellenies. Celles qui constituaient le douaire de
Marguerite avaient pour chefs-lieux Bâgé-le-Châtel, Bourg, Châtillon-sur-Chalaronne
(ou Châtillon-lez-Dombes), Jasseron et Ceyzériat, Pont-de-Vaux, Pont-de-Veyle,
Pérouges, Pont d’Ain, Montluel, Saint-Trivier-de-Courtes et Treffort, sans compter le
comté de Villars sur le plateau de la Dombe, à sept lieues de Bourg (?).
Un avis anonyme, donné à la douairière en 1506, fait connaître quelques-unes des
mesures propres à assurer une surveillance exacte de la gestion des officiers locaux.
En matière de recettes, il importait de supprimer les petites châtellenies de façon à
avoir moins de receveurs et à les mieux rétribuer. Les comptes devaient être annuels
et courir à partir du 1° octobre, rédigés suivant un modèle uniforme ct présentés à
la vérification chaque année. Les adjudications domaniales auraient lieu à Bourg, de
préférence au mois de septembre. Les déclarations de certaines recettes casuelles
telles que les droits de confiscation, d'amende et de mainmorte, ne pourraient parvenir
que par le canal des officiers de justice, qui remettraient la pièce originale à la
Chambre, les receveurs n'ayant qu’une copie. On devait s'attacher à recouvrer les
aliénations non justifiées. On centraliserait dans un grenier, à Bourg, les redevances
en nature. Il convenait d'éviter le gaspillage des dépenses, surtout en matière de
dons et d’assignations. Les actes de donation, s'ils dépassaient la somme de
20 livres tournois, seraient écrits sur parchemin et porteraient non seulement sa
signature et celle du secrétaire, mais mentionneraient les membres du Conseil présents
lors de la décision. Les dons inférieurs n'étaient valables qu'avec la signature de
Marguerite et le visa du secrétaire, mais ils pouvaient être seulement sur papier et ne
pas mentionner les noms des conseillers. Aucune assignation ne devait être faite
directement sur les recettes particulières ou sur les châtellenies. La manière d'avoir
une vérification sûre et rapide était d'envoyer ces assignalions au Trésorier (*).
(1) Estimation faite en 1509 du revenu du douaire (Minute, Arch. Nord, B 753, n° 16601).
(2) Bâgé-le-Châtel, Ceyzériat, Pont-de-Vaux, Pont-de-Veyle, Pont-d'Ain, Saint-Trivier-de-
Courtes et Tretfort sont des chefs-lieux de canton de l'Ain, arrondissement de Bourg ; Jasseron
est une commune du canton de Ceyzériat dans le même arrondissement; Chätillon-sur-
Chalaronne, Montluel et Villars-les-Dombes sont des chefs-lieux de l'arrondissement de Trévoux
dans le même département : Pérouges est de l'arrondissement de Trévoux, canton de Meximieux.
(3) Mémoire [de 1506], publié dans QuiNsonas, Matériaux, tome 1, page 169 d’après Arch.
Nord, B 437, n° 17973.
LE DOUAIRE SAVOYARD | 119
Pour éviter des fraudes trop souvent remarquées dans les recettes des comptables,
des instructions données au Conseil de Bresse et à la Chambre des comptes de Bourg,
le 22 Juin 1524, remédièrent à cette défectuosité (‘). On dut enlever aux commissaires
d'extentes la perception des droits de mutation appelés « lods » pour attribuer à la
Chambre des comptes et aux châtelains cette recette, à condition d'en dresser
registre. Il fut interdit aux châtelains de transiger sur les « compositions » d’une
valeur supérieure à 60 sous. Pour assurer un meilleur rendement au produit des
ventes judiciaires, il fut décidé que les gentilshommes en Bresse et en Faucigny ne
seraicnt pas admis à la subhastation des biens mainmortables parce que, « pour la
crainte d’eulx, les autres de commun estat ne les osent monter ». Le contrôle des
transactions en matière de compositions judiciaires devait être tenu par les châtelains
et transmis à la Chambre, un mois après la tenue des assises, « affin que aucuns
ne puissent raisonnablement alleguer avoir esté gravéz ». On envisageait même la
restauration de l'office de « clavaire et exacteur des peines » pour faciliter la vérifi-
cation de cette fiscalité judiciaire (?). Les comptables retardataires étaient menacés
de révocation et ordre était donné à la Chambre de délivrer en Bresse et en Faucigny
de nouvelles commissions d'office aux châtelains, en exigeant d'eux une caution.
Il fut extrêmement difficile d’astreindre les comptables bressans à venir à Bourg
pour faire procéder à l’audition de leurs comptes. Les châtelains du Faucigny et du
pays de Vaud furent encore plus récalcitrants.
Les défaillants avaient parfois quelque bonne raison, comme en juin 1508, lors
du conflit avec les Ligues, quand ils alléguaient « l'émotion que ceulx de Berne et
Fribourg ont fait » (*); mais, en réalité, bien qu’assermentés près la Chambre des
comptes de Bourg (*), s'ils s’abstenaient de se rendre auprès des officiers de la douai-
rière en prétextant la supériorité des maîtres des comptes de CHARDENT, c’élait pour
échapper à toute surveillance.
Les châtelains du douaire étaient encore plus indisciplinés que les conseillers de
Bresse. Maïîtres dans leur petite circonscription, rarement contrôlés, ces agents de
l'autorité étaientsouventde véritablesdespotes, durs et parfois sauvages. Non seulement
ils manquaient d'instruction pour remplir leur charge, étant « gens ignares et mal
entendus pour y servir », mais encore ils étaient prisonniers de leur entourage, avides
et malhonnèêtes. On pouvait ériger en principe l'affirmation d'un bon serviteur qui
vivait dans le pays : « James ne permetés fere châtellen au lieu d'ou il est; ne metés
poin gentilhomme châtellen, car il pillient a double et ne poient poin » (5). A proxi-
mité de Bourg, là où la surveillance était pourtant facile, Antoine Bérard, châtelain
de Bâgé-le-Châtel, était un autocrate, taxant les taillables astreints à la corvée
(1) Instructions du 22 juin 1524 (Arch. Nord, B 765, n° 17140).
(2) Commission de « clavaire et exacteur des peines » au pays de Bresse pour de Costa,
27 février 1517, st. rom. (Arch. Nord, B 2252, fol. 12 verso).
(8) Badel à Marguerite, 21 juin (15081, Bourg (Arch. Nord, L.M., n° 36913; cf. L. M.
n° 44281 et 46247).
(4) Commission délivrée le 10 déc. 1511 par Marguerite à Ayÿmon-Gaspard de La Ravoire pour
l'office de chätelain de Charousse et Passy, en remplacement de feu Aymon de La Ravoire,
s' de « Cursinges », chevalier, avec obligation de prète" serment à la Ch. des comptes de
Bourg (Orig., Nord, B 2220, n° 76129).
(5) Louis de Balliant au comte de Montrevel et à Laurent de Gorrevod, 23 février [1511].
(Onig., Arch. Nord, L. M., n° 36440).
120 MARGUERITE D'AUTRICHE
arbitrairement, 8 sous, 9 sous et même 12 sous par tête, suivant son humeur,
étouffant les contraventions de voirie quand le délinquant s’avisait de lui offrir quelque
« ponson » de vin, relâchant les prisonniers contre belles espèces sonnantes (‘).
Celui de Bonneville, un certain Châteauneuf (de Castro novo), était de l'espèce
sanguinaire, faisant mourir ses prisonniers sous le bâton, si bien que l’un d’eux s’écriait
dans sa goôle : « Maudite soit l’eure que jameys nasqui » (?). C'était d’ailleurs dans
cette région perdue que les châtelains exerçaient le pouvoir le plus tyrannique,
tandis que les malandrins s’en donnaient à cœur joie « tant tuer gens que desrouber » (°).
Loin des grands chemins, sur le rocher et dans la neige, les châtelains du
Faucigny vivaient en plein moyen âge, dominant par la terreur, âpres et rudes
comme leurs montagnes. Les gens du bassin de l’Arve étaient sujets du duché de
Savoie, sans doute, mais de fraîche date, et quand le Comte Vert annexa à sa
couronne cette baronnie qui formait enclave dans son patrimoine (1354), les
Faucignerans, précédemment hommes du Dauphin de Viennois, résistèrent pendant
une année à l'installation du nouveau maître. L'anarchie de la Savoie, durant la
seconde moitié du XV° siècle, pendant les règnes malheureux des successeurs
d’Amédée VIII, paralysa tout effort de centralisation. Il fallait singulièrement s'abuser
à Malines pour croire que les officiers locaux, déjà sourds aux injonctions venues
de Chambéry, consentiraient à reconnaître l'autorité d'une princesse toujours absente.
Marguerite d'Autriche, devenue de par son douaire dame de Faucigny, possédait
en droit, à titre viager, le domaine utile dans dix châtellenies de ce pays. Bonneville,
sur l’Arve, au pied du Môle, avait la prétention d'une petite capitale, avec ses
praticiens retors qui discutaient, la tête échauffée par le vin d’Ayse. En aval, à gauche,
le Châtelet de Credo, avec sa tour, et le donjon de Faucigny, à droite, flanquaient
les deux rives, laissant apercevoir au loin les lignes apaisées du Jura. Bonne, sur la
Menoge aux truites savoureuses, était aussi dans la partie basse, à proximité de
Genève, mais à l'écart. Plus haut, dans un défilé, Châtillon-sur-Cluses, siège favori
des anciens barons, surveillait comme une sentinelle avancée la vallée du Giffre,
dont Samoens était l’un des gros bourgs, et après, dans le silence de l’Alpe grandiose,
quelques moines gardant le tombeau du bienheureux Ponce de Faucigny. En amont
de Bonneville, sur la rive droite de l’Arve, Charousse (aujourd'hui Passy), avec les
fleurs de ses vergers, apparaissait encore comme un rayon de soleil, mais au delà,
c’étaient les « Monts Maudits », la région des glaces éternelles, le Mont Blanc alors
(1) Enquête sur la gestion d'Antoine Bérard, ancien châtelain de Bâgé (Sans date, Arch.
Nord, L. M., n° 44346).
(2) Amé Gringallet à Marguerite, 19 septembre [1508], Chambéry (Orig., Arch. Nord, L. M.,
n° 37990). « Vostre chatellain de Castro novo, que a esté chatellein de la Bonneville, est ver
[a Chambery] en arest a la justice du procureur fiscal et est chergé que y a mis en prison ung
homme pour debte lequel se offerissoit de payer ce pour quoy y estoit prisonnier. Ledit chatellein
ly balliaz de ung baton aut travers de l'orellie jusques a infusion de sang, puys ly dit quelque
parolle a l'ourelle, et ledit prisonnyer dit: « Mauditte soit l'eure que je jameys nasqui ». et le
myt en prison : dedens troys heures y se treuva mort en la prison et estranglé de ung svent
(ceinture) duquel y faysoit courroye et a genoux, et se dit... que ledit chatellain l'a tué ». Dans
cette même lettre, le châtelain est aussi accusé de malversations : « Ce dyt que y a acheté ung
pré de ung qui estoit pris pour heresie [Tc florins qui en vault VIC et lÿ et le inquisiteurs le ont
compousé et banny, einsi vous droys sunt perduz... ».
(3) Claude de Balaison à Marguerite, 25 février, Genève (Orig. sans millésime, Arch. Nord,
L. M., n° 26934).
LE DOUAIRE SAVOYARD 121
inviolé. En face de Charousse, sur le torrentueux Bonnant, Montjoie (aujourd’hui
St-Gervais), pays de ces albergements qui perpétuaient l’antique propriété collective,
gardait l'accès de la Haute Tarentaise. Là, comme à Flumet, de l’autre côté de la
montagne, c'était la vie pastorale, avec des chalets jalonnant les replis gazonnés,
et le nombreux bétail aux sonores clarines. Et, par des chemins mal entretenus,
à travers des ponts de bois et des éboulis, bêtes, gens et gras fromages s'écoulaient
sur Sallanches, bonne ville marchande, aux franchises séculaires, à la bifurcation
des grandes routes de France, de Suisse et d'Italie ({).
Il y avait bien en Faucigny un bailli, un juge-mage, un procureur formant une
judicature connaissant en appel des sentences portées par les châtelains. Ils devaient
aussi les contrôler. Mais, et la chose se savait, le bailli était désarmé. Claude de
Balaison, qui remplissait cet office avec le désir de bien faire, se plaignit de son
impuissance, regrettant que sa commission ne portât pas, comme celle de son
prédécesseur de Viry, obligation pour tous les officiers de justice du ressort de lui
obéir sans restriction (?). Ses collaborateurs étaient des hommes instruits, mais peu payés
et l’un d'eux, le juge-mage Claude de Pougnier, était obligé de solliciter un secours,
car il n’avait que 200 florins de gages bien qu’il fût docteur en droit ().
La fausse situation créée dans le douaire de Marguerite par le Traité de
Strasbourg était malheureusement exploitée par la plupart des subalternes.
Les châtelains abusaient des conflits qui s’élevaient entre le Conseil de Bresse et
le Conseil résidant de Chambéry pour se soustraire à toute juridiction. Ils savaient
que, même pour des emplois infimes, ceux de « commissaires d’extentes », sous
prétexte de sauvegarder les droits de la couronne, le duc de Savoie s’était réservé
le droit de mettre en possession (instilulio) ces praticiens chargés du renouvellement
des terriers, la douairière n’ayant que le choix du titulaire (nominalio) (*). Les
châtelains n'ignoraient pas non plus que, dans les cas importants, l’intervention
ducale était toujours prête à s'exercer, soit pour homologuer des franchises
municipales (*), soit pour presser la bonne exécution de la justice, même auprès
(1) Bonneville, Sallanches et Samoens sont des chefs-lieux de canton de l'arrondissement de
Bonneville, département de la Haute-Savoie. Châtelet-de-Credo (commune de Cornier, canton
de La Roche), Charousse (commune de Passy, canton de Saint-Gervais), Châtillon-sur-Cluses
(canton de Cluses), Faucigny (canton de Bonneville) et Montjoie (commune de Saint-Gervais)
appartiennent aussi à l'arrondissement de Bonneville. Bonne est du canton d'Annemasse,
arrondissement de StJulien. Une seule localité, celle de Flumet (canton d'Ugines, arr:
Albertville) est du département de la Savoie.
(2) C. de Balaiïson à Marguerite (Orig., Arch. Nord, L. M., n° 26934).
(3) Archives Nord, L. M., n° 38836 et 40300. Requête de C. de Pougnier qui obtint 200 florins
sur l’'échute du doyen de Sallanches (lequel « c'est puis aucun temps en ça pendu et estranglé »,
Arch. Nord, B 2230, fol. 48 v.). Claude de Pougnier, lieutenant de Genevois, avait été nommé
juge de Faucigny par commission délivrée en février 1513, n. st., par Marguerite (Jbid., L. M.,
n° 40304). IL fut remplacé le 24 août 1517 par Claude Müilliet. (Jbid., B 2252, fol. 36 ; cf. L. M.,
n° 36847 et 40177. Voir aussi une lettre de la douairière adressée en août 1517 au comte de
Genevois, Arch. Turin, princ. di Savoia, mazzo 2).
(t) Commission de commissaire d'extentes du mandement de Bonne délivrée le 8 décembre 1515
(Minute, Arch. Nord, L. M., n° 40182).
(S) Le recueil des franchises de Bourg est homologué le 24 mai 1522, non par la douairière,
mais par le duc de Savoie. BrossarD, Cartulaire de Bourg (1882), page 553.
122 MARGUERITE D'AUTRICHE
des propres mandataires de l’archiduchesse (‘), soit même pour évoquer des affaires
d'intérêt, quand elles étaient de conséquence, malgré la compétence des gens de
la douairière (?). Aussi ces châtelains turbulents, avides et malhonnêtes, pour
faire leur cour au duc, allaient-ils lui demander comme une nouvelle investiture (?).
L'un d'eux, celui de Montjoie, osa résister à Gattinara, dépêché dans ces
montagnes pour mettre à la raison tous ces entêtés. Il s'appelait Georges de
La Frasse, appartenant à une famille connue et redoutée. Il avait déjà eu des
démèêlés avec la justice, et il prétendait ne tenir son autorité que des gens de
Chambéry, sans se soucier de ceux de l’archiduchesse. Gattinara se heurtait à une
forte têle. « Jo lui dis, déclare-t-il, que je ne permetroye poinct qu'il prinst la
possession dudict office, et luy deffendi de non la prendre jusques a ce que
aultrement seroit ordonné par Madame. Toutesfois, incontinant que je fu party, il
alla prendre la possession, nonobstant la deffense, disant que je n’havoye poinct
auctorité ny commission de ce fere, a cause de quoy ce matin hay faict un mandement
pour luy deffendre, soubz la poyne de cent marcz d’argent et de la indignacion de
Madame, qu'il ne se meslet poinct dudict office jusques a ce que aultrement par
Madame luy sera pourveu, deffendant aussy au subjectz de non luy obeir » (*).
Il semble bien que La Frasse, malgré son altercation, ait pu se maintenir à
Montjoie. Il songeait même à occuper une châtellenie plus lucrative, celle de
Sallanches, promettant une bonne somme d'argent au titulaire, un certain Botollier,
qui était encore plus retors, car il négocia avec quatre autres candidats, comme si
la place était au plus offrant (5).
Les châtelains faisaient sans doute leurs affaires, mais sûrement pas celles du
pays, et l'on venait à leurs audiences solidement armé. A Sallanches, du temps du
fameux Botollier, « se n’eust esté chastellain..…. ne se fussent point faictes tant de
follies en Foucigny que ce sont faictes et font tous les jours, au grand detriment de
l'autorité et juridicion de ma tres redoubtée Dame, car il n’est nulle question de fere
justice audict lieu de Salanche, et ne vollés vous plus souffrir que les paysans
vienne en le banche de Madame avecques arbalestes bandées et n’en faire nulle
diligence de justice et beaucops d'aultres afferes exhorbitans... » (f). Cette
désorganisation engendrait une véritable détresse publique et une crise de vie chère ;
les impôts ne rentraient pas et il fallait en faire de nouveaux. « Fauldra que
(1) Mandement de Charles III adressé à Thomas Bergier, président du Conseil de Bresse, à
Benoit Favre, lieutenant ee Bresse et à Simon Palluat [avocat des pauvres], commissaires pour
la prompte exécution de la justice (Turin, Arch. de Cour, Protocole Vulliet, 137, folio 88).
(2) Hugues Marmier à Marguerite, 26 mars 1524, n.st.: Le Conseil de Chambéry s'efforce
d'évoquer à sa barre l'affaire de la succession de Pierre Cartelier, s'élevant à 20.000 écus, qui
est de la compétence du Conseil de Bresse (Arch. Nord, L. M., n° 34370).
(3) Barangier à Marguerite, 25 janvier [1508], Bourg (Orig., Arch. Nord, L. M., n° 36950).
(4) Gattinara à Barangier, 30 septembre [1510 ?], Bonne (Orig., Arch. Nord, L.M., n° 37867).
(5) Feste à Jean de Marnix, 20 septembre 1511 (Orig., Arch. Nord, L. M., n° 28138).
(6) Feste, qui donne ces renseignements (Arch. Nord, L.M., n° 28138), était bien informé.
H était originaire de Sallanches et avait précédemment sollicité le poste de chätelain de cette
ville (Jbid., n° 2836). Il était en termes d'amitié avec Georges de Marnix, le clavaire de
Chambéry, oncle de Jean de Marnix, le secrétaire de Marguerite. Les armoiries de la famille de
Marnix se trouvent sculptées sur le bénitier de l'église de Cluses (Haute-Savoie), charmant
ouvrage de la fin du XV° siècle.
LE DOUAIRE SAVOYARD 123
l'église et la noblesse, avec le popullaire estre tailliée et ancor ne sera ce pas asses.
Je vous asseure que les vyvres ne sont pas a bon marché, mes est une pitié pour les
povres gens et meurent de fain » (‘).
Le Conseil de Bresse avait essayé d'amener les châtelains du Faucigny à sa
barre, voulant donner une apparence d'ordre à l’administration de cette province.
Peine perdue. Barangier, venu à Bourg pour examiner les mesures à prendre,
clamait son impuissance : « Quant aux officiers (du douaire), est impossible y mectre
ordre. pour autant qu'il n’y a celluy qu’il ne veulle obeyr a la moindre lettre qui
leur est presentée, et oultre,.… deux chastellains de Foucigny vont prendre
confirmacion de leurs offices devers mondict seigneur [le duc] (?) ».
L’archiduchesse n'avait plus qu’un moyen à sa disposition, celui des missions
extraordinaires confiées aux membres de son Conseil Privé. Les détails qui nous
ont été conservés par Louis de Balliant, seigneur de Verboz, qui se rendit sur place
vers 1510, ont une valeur historique et il ne semble pas que le narrateur ait poussé
au noir le sombre tableau qu’il a esquissé. Ce délégué était bien choisi car il
appartenait à une famille connue de Savoie, et l’on supportait moins malaisément son
intervention que celle d'un étranger. Il eut d’ailleurs à sévir à maintes reprises.
À Sallanches, il trouva le pays en « discorde grande » pour la querelle du
châtelain avec un membre de la famille de La Frasse. Verboz fit emprisonner le
plus violent, et s’efforça d'assoupir « vieilles haynes et discensions.… car tous les
jours ce entrebastoient comme diables et tous estoient blessé et plusieurs tués et
mors sur la place ». Le bonhomme partit convaincu qu'il avait réussi à pacifier les
esprits, ne laissant « discorde ny haynne en tout ce quartier ». À Flumet, il fallut
mettre en prison ceux qui n’avaient point payé le droit d’auciège sur les fromages et
condamner les conseillers de la ville pour délits dans les bois domaniaux. À Montjoie
dans la vallée ds Saint-Gervais, le châtelain [Georges] de La Frasse fut déféré à la
Justice. À Passy, le châtelain trichait fort sur les recettes. À Samoens, « pour quatre
sindiques, tout le mandement estoit en armes, a poin de soy batre et le chatelain
tenoit une partie ». Verboz, en vingt-quatre heures, réconcilia les adversaires « et
furent bons amis, et la partie qui avoit tort pour le mutynement et assemblé de gens
qu'avoient fet et auxi le chatellein qui les suportoit, je les envoyay a Monseigneur
le juge ». A Bonneville, le châtelain, frère de trésorier Vionet, était « asses aspre
aux povres gens ». Au Châtelet de Credo, pas de critique à faire, et à Faucigny,
des éloges : « Ont dit les bourgeois que il n’eurent james si homme de bien pour
chatellein ». À Bonne, le châtelain fut déféré au juge, non sans cause, car il « a desir
de se fere riche » (). Les sujets de la douairière, se voyant enfin défendus contre
les officiers qui les pillaient et les maltraitaient, poussèrent un cri de reconnaissance,
demandant à Marguerite de faire continuer ce service d'inspection. « Puys qu’il
vous a pleu encommencer faire telle visitacion, que vostre bon plesir soit y perseverer
(4) (Louis de Balliant, seigneur de] Verboz à J. de Marnix, 12 juin [1511], Genève (Orig.,
Arch. Nord, L.M., n° 25247).
@) Barangier à Marguerite, 25 janvier [1508] (Orig., Arch. Nord, L. M., n° 36950).
(G) Louis de Balliant à Montrevel et à Gorrevod, 23 février [4511], Verboz (Orig., Arch. Nord,
L.M., n° 36940 ; cf. 37992).
124 MARGUERITE D'AUTRICHE
et nous ferés ung tres grant bien, car cela donra craynte a voz officiers grans et
petiz de non faire injustice ne travailler et extorquer voz pouvres subgectz » (').
Gattinara fut aussi chargé de mission vers la même époque. C'était un
grand justicier et il avait la main plutôt lourde. Il proposa la destitution de
trois châtelains, ceux de Bonne, de Bonneville et de Samoens (?). Celui de Bonne ne
se laissa pas abattre sans recourir au duc de Savoie (ÿ), mais vainement, car
l'archiduchesse, duement renseignée, voulait absolument son départ et écrivait en
ce sens au prince « … J'ay envoyé le President de mon Conseil poùr soy informer
de la qualité de toutz les officiers [dudict Faucigny].. Pour ce que ledict President,
ensuyvant sa chargie, ha trové par informacions pluseurs extorsions faictes par
ledit Amé Cohendier, et que par son maulvays traictement estoient partis d'une
seule parrochie dudict mandement de Bonne plus de vinct feuz qui s'en sont alléz
ors du pays, et aussy que comunement les subjetz se mescontentoient de luy, ha esté
ledict chastellain non pas depousé de l'office ayns suspendu tant seulement jusques
a ce que son proces fusset acomply et vuydé, et la dicte suspension d'office ha esté
aprovée par moy et mon Conseil... » (*). Un autre châtelain, celui de Faucigny, fut
révoqué, malgré la requête de quelques-uns de ses administrés, faisant son éloge ;
il s'appelait noble François Ogier, « lequel par l’espace de 6 ans a tenu et exercé
ledict office sans grever ny presser nully, ains ses années prochainement passées
qu'estoyent chieres les ait soulagé et entretenu, en tant que s’il heust esté rigoreux
en recouvrant et exigant ce que luy estoit deheu a causse de sondict office de
chastellanie que autrement, comme plusieurs ont fait, il en heust beaucop envoyé
mendier et fussent constraintz d'abandonner voz pays » (°).
Une nouvelle mission, qui est antérieure à 1519, fut confiée par la douairière
au Vice-président du Conseil de Bresse, Thomas Bergier, et à Bon Badel, maître dela
Chambre des comptes de Bourg, chargés de se rendre en Faucigny pour «illec fere
informacion d’ancuns mesuz que nos officiers d’illec ont commis et commettent chascun
jour en l'exercice de leurs offices, et d’aucuns brigands, larrons et autres malfaicteurs
estans en icellui pays ». Le juge de Faucigny était un bon magistrat qui seconda les
efforts des deux délégués et promit de faire prompte justice des délits criminels. Le
procureur fiscal fut destitué pour sa négligence. Un clavaire fut créé pour assurer
un meilleur recouvrement des produits de justice. À Sallanches, le châtelain, homme
de bien, mais trop âgé, « n'est pas bien pour courir apres les malfacteurs, aussi il est allié
avec d'aucungs gentilzhommes du lieu », et c'était surtout dans cette châtellenie qu'il
fallait une fermeté dans la répression, et quelqu'un d’étranger à la localité, « car
c'est la ou il s’est fait plus de bruit ».
Parfois, des assises exceptionnelles étaient tenues dans le pays par les
(1) Les villes de Sallanches, Cluses et Bonneville à Marguerite, 1% avril [1511] (Orig., Arch.
Nord, L. M., n° 40244).
@) Gattinara à Barangier, 30 septembre [1510 ?], Bonne (Arch. Nord, L. M., n° 37867).
(3) Charles III à Marguerite, 21 oct. [1510 ?] (Arch. Nord, L. M., n° 30759).
(t) Marguerite à Charles III, [nov. 1510] (Minute, de la main de Gattinara, Arch. Nord,
L.M., n° 36785).
(6) Requête adressée à Marguerite par les habitants de la châtellenie de Faucigny (Orig.
sans date, Arch. Nord, L.M., n° 40214). L'archiduchesse refusa de maintenir Ogier (1bid,,
n° 40215).
LE DOUAIRE SAVOYARD 125
personnages que la douairière déléguait en mission, l’un représentant la justice, :
l'autre le domaine. « Nous avons sejourné aux principaulx lieux dudict pays de
Faucigny tousjours deux jours, et par avant fait publier nostre venue, et s’il y avoit
personne qui se voulsist pleindre tant des officiers qu'aultres, il se deusse trouver
et comparoistre par devant nous pour leur faire bonne justice, et a ceulx qui sont
venus plaintifz, avons fait par appoinctement et aultrement le mieulx qu’avons pou;
le surplus avons recommandé a mondict seigneur le juge, lequel a prins la charge
et d'y pourveoir de si bonne sorte que justice sera gardée. Et partout, tant aux
officiers que aux syndiques, avons fait les remontrances de vostre part ainsi
qu’avons congneu estre preparé et neccessaire » ({).
Le douaire de l’archiduchesse s'étendait non seulement en Bresse et en Faucigny,
mais encore dans le Pays de Vaud, notamment dans les châtellenies de Cossonay,
de Cudrefin, d’'Estavayer, de Les Clées, de Moudon, de Morges, de N yon, de Romont,
de Rue, de Sainte-Croix, de Surpierre et d’Yverdon (?). Mais l'autorité de l’archi-
duchesse, dans cette région soumise aux influences suisses, était encore plus
incertaine que dans le Faucigny. Cette situation anormale s’explique non seulement
par l'éloignement de la Régente, mais aussi par la faiblesse et la mauvaise volonté
des officiers locaux. Le Conseil et la Chambre des comptes de Bourg, déjà peu
respectés en Bresse, manquaient complètement de prestige aux yeux des Vaudois.
D'autre part, en raison des traités passés avec les Cantons suisses, notamment depuis
celui du 18 août 1476, des prétextes pouvaient être invoqués par les gens du duc
pour contester à Marguerite l'exercice de certains droits, principalement dans la
châtellenie de Surpierre (?). Il fallait, en outre, éviter les difficultés avec Messieurs
des Ligues qui avaient de nombreuses intelligences dans le pays (*). Il semble bien
que, dans cette partie de son douaire, la Régente des Pays-Bas ait renoncé à défendre
son droit aussi énergiquement qu'ailleurs.
Sans doute y avait-il à la tête du Pays de Vaud un gouverneur, Jean d’Estavayer,
conseiller du duc de Savoie, très zélé pour défendre les intérêts de Marguerite, mais
prêtant à rire et sans grande autorité (‘). En 1514, à la mort de ce serviteur,
l’archiduchesse aurait voulu le remplacer par le baron de Viry, mais, quand ce
dernier apprit que, de son côté, le duc de Savoie avait nommé à cet office Pierre de
Beaufort, seigneur du Bois, il se récusa et, après deux ans de négociations, Beaufort,
(1) Bergier et Badel à Marguerite, 21 avril, Bourg (Orig., sans millésime, (Arch. Nord, L.M.,
n° 36915).
(2) Cossonay, Moudon, Morges, Nyon et Yverdon sont des chefs-lieux de cercle dans le canton
de Vaud (Suisse); Cudrefin (cercle d'Avenches), Les Clées (cercle d'Orbe), Sainte-Croix (cercle
de Grandson), sont aussi du canton de Vaud ; Estavayer (chef-lieu de cercle), Rue (cercle de
Glane), Romont (cercle de Glane) et Surpierre (cercle de Broye) sont du canton de Fribourg.
(3) Philippe d'Estavayer à Marguerite, 2 novembre [1518], Estavayer. Ce personnage avait
été nommé à la châtellenie de Surpierre par Marguerite, mais le duc se réservait la disposition
de cet office si le titulaire refusait de le tenir directement de ce souverain (Arch. Nord, L.M.,
n° 37292 ; cf. n°: 25506 et 46266).
(4) Instructions de Marguerite à Louis Ocquin, en mission près du Conseil de Bresse, vers
1508 (Minute, Arch. Nord, L. M., n° 38725).
(5) Jean d'Estavayer était déjà gouverneur du pays de Vaud en 1504 (Turin, Arch. Cour.,
Compte trés. gén. Savoie 160, fol. 196, 241). Ce personnage eut de curieuses altercations avec
Jean-Amédée Bonivard, abbé de Pignerol (Arch. Nord, L.M., 29333 et 29334). Cf. Le GLav,
Gattinara, p. 255.
126 MARGUERITE D'AUTRICHE
candidat du duc et des Etats du Pays de Vaud, fut maintenu : c'était avant tout le
représentant de l'autonomie savoyarde (‘). A côté de lui, le procureur de Vaud
était contraint de jouer un rôle plutôt effacé ().
Le Conseil de Bresse était complètement désemparé par la mauvaise volonté des
officiers vaudois. Tantôt c'était le procureur de Vaud qui refusait de se faire installer par
les gens de la douairière(*), tantôt c'étaient les comptables qui refusaient de verser (*).
Celui de Cudrefin venait à Bourg, mais sans apporter un seul denier, étant très sûr
de l'impunité, car « de deposer ledict chastellain est bien difficiles, parce qu'il dit
tenir la dicte chastellenie de Monseigneur [le duc], et avec ce, que le premier qu'il
entreprendra sur luy, il le fera tuer, et n'y a remede povoir riens tirer desdicts
chastellains se mondict seigneur le gouverneur [de Vaud] ne se acquite autrement,
car quant ledict tresourier les a faict arrester, il les a relaiché, et avec ce, c'est
ingeré mettre chastellain.. » (*). En manière de conclusion, on disait à la douairière
à l’occasion de l’audition des comptes du pays de Vaud : « Vous n'avez nul officiers
qui ose fere chose qui puist congnoistre a mondict seigneur ny en justice ny
autrement, dont voz afferes ne vont pas de mieulx » (°).
On essaya de prendre des mesures de rigueur en destituant ceux qui refusaient
de « faire raison » et avaient usé « de gros langaiges envers noz officiers et
commis » (”)}. On conseilla l'envoi de délégués de la douairière (#). Mais tous ces
moyens ne pouvaient qu'être inefficaces. Dans le fait, Marguerite essayait de sauver les
apparences en ne présentant, pour les charges de châtelains, que des officiers dont
la nomination était agréable au duc (”). Pratiquement, la douairière put si peu
compter sur le concours des châtelains que, pour percevoir ses revenus, elle fut
réduite à les mettre en adjudication. Avec le consentement de Charles III et après
(t) Instructions de Marguerite au seigneur de Balaison, 18 juillet 4514, Turin. (Arch. Cour,
Protocole Vulliet, 137, fol. 76). Sur la nomination de Beaufort à la charge de gouverneur de
Vaud, voir aussi les lettres du baron de Viry (Arch. Nord, L.M., n°5 29113 et 39224), une
déclaration de Charles IT (1bid., B 440, n° 16786, orig. scellé) et une recommandation des
Etats de Vaud, {°° juin (Orig. scellé, non daté, Ibid., L.M., n° 46259).
(2) Antoine Bise (ms. Boree) était procureur de Vaud en 1512, n. st., d'après un acte ainsi
daté : « Ex Rotundomonte, ac die 19 mensis februarii A. D. 1511 ab Annonciacione dominica
sumpto » (Arch. Nord, L.M., n° 27367). En 1517, 28 mars, Michel Quisard occupait cette charge
(1bid., L.M., n° 38869).
(3) Arch. Nord, B 752, n° 24412.
(#) Laurent de Gorrevod à J. de Marnix, 13 novembre [1507], Calais (Arch. Nord, L.M.,
n° 24857).
(5) Instructions de la Chambre des comptes de Bourg à d'Halluin, envoyé en mission près de
Marguerite, vers 1506 (Arch. Nord, L.M., n° 44256).
(6) Lettre anonyme, non datée, adressée à Marguerite, se terminant ainsi : « Madame, si vous
plaist, brulerez ce billet » (Orig., Arch. Nord, L.M., n° 46268).
(7) Marguerite à Amé de Viry [1514] (Minute, Arch. Nord, L. M., n°: 42351, 42352 ; cf. 25080).
(8) Barangier à Marnix (Orig., non daté, Arch. Nord, L.M., n° 36977).
(8) Commission de châtelain de Morges délivrée par Marguerite à Pierre Pichot, [(20 août 1512]
(Arch. Nord, L.M., n° 291433). Lettre de la douairière à Charles III, 26 juillet 1514, le priant
d'enjoindre au seigneur de Mondragon de cesser son opposition à l'installation d'André Feste
dans l'office de grand châtelain de Nyon, précédemment détenu par Mondragon « ou autrement
je seray contraincte de luy donner à cognoistre par effect que ce n’est pas a moy qu'il doit fere
telles novelletéz et qu'il m'appartient et non a autres de le instituer ou destituer » (Arch. Nord,
L.M., n° 45251 ; cf. n°° 26822 et 37810).
LE DOUAIRE SAVOYARD 127
délibération de la Chambre des comptes de Bourg, les attributions domaniales des
châtelains vaudois furent supprimées. Par patentes de mai 1513, Antoine Voudan,
parent de Jean de Marnix, fut nommé pour trois ans receveur général du Pays de
Vaud, moyennant une annuité de 5.000 florins et l'obligation d'entretenir les
bâtiments (*). C'était le système de l’amodiation, c’est-à-dire de la ferme, qui fut encore
suivi en 1525, lors de la commission donnée aux seigneurs d'Irlens et de Cojonay (?).
Mais l’action des amodiateurs était paralysée par les châtelains, qui avaient gardé la
partie judiciaire de leur office, non sans regretter leurs anciennes attributions
domaniales (*). Ils agissaient sournoisement pour empêcher le fonctionnement du
nouveau régime (*).
Il y avait comme une conjuration dans le Pays de Vaud contre les gens de la
douairière, et celle-ci n'était point sans envoyer des doléances au duc de
Savoie, le priant d'avoir « meilleur regard » envers ses « amodiateurs et serviteurs ;
autrement, déclare-t-elle, je ne trouveray en vostre subgection qui me vueille
servir ne admodier le mien, et par ce, me contraindrez en chercher des autres dont
peult estre vous ne moy ne nous louerons ja. Si vous prie une fois pour toutes me
traicter d'autre sorte, et vous y aurez trop plus d'honneur et de prouffit que de ceste
manière » (°). Le duc de Savoie, ne voulant pas se compromettre, déclara qu'il fallait
« amodier » à une personne « agreable au pays, pour eviter les fascheries qui s’en
pourroyent ensuyvre » ($).
En somme, dans le Pays de Vaud, Marguerite qui pouvait à peine obtenir le
recouvrement de ses revenus, ne se trouvait pas armée pour exercer une influence
réelle, malgré sa qualité de comtesse de Bourgogne, dont les frontières étaient
limitrophes. En une circonstance, les Vaudois eurent l'occasion de s’apercevoir que la
Régente des Pays-Bas pouvait utilement intervenir pour défendre leurs intérèts. Les
habitants avaient besoin de sel pour eux et pour leur bétail. La Saunerie de Salins,
déjà au siècle précédent, leur fournissait cette denrée et le marché vaudois
représentait un chapitre de recettes importantes. Lors de l’organisation d'une
nouvelle saunerie comtoise, celle de Poligny, quand les habitants de Morges furent
autorisés à établir un chemin saunier passant près du prieuré de Mouthe, à sept lieues
(:) Les patentes délivrées à Voudan portent cette clause : « Nec debebit subditos nostros
dicte patrie ullo modo indebite vexare aut quicquam indebite ab eis extorquere, sed quam
decencius et favorabilius poterit 1llos jure consecuto perbenigne tractare » (Minute de la main
de Marnix, Nord, L.M., 46270 ; cf. 46271, 46272).
(2) Marguerite destituaÿ le 3 février 1526 n. st., ces deux amodiateurs (Arch. Nord, L.M.,
n° A4268). .
(3) Le seigneur de Panterose, chäâtelain de Cudrefin, ayant apporté des entraves à l'exercice
de l’amodiation accordée au seigneur de St-Martin et au seigneur d'Irlens, a été averti de <e
restreindre à la partie judiciaire de ses attributions. Il lui sera alloué, en compensation, 20 écus
d'augmentation pour ses gages (1528, 17 janvier n. st., L. M., n°‘ 40274, 46281).
(*) Étienne d'Espagne à Marguerite, 12 février, sans millésime. Cette demoiselle d'honneur
de la douairière prend la défense des hommes de « Dignens », taillables de son mari, victime
du châtelain de Morges « lequel chastellain, pour en estre payé, moleste lesdictes povres gens,
lesquelz ne sçavent ou se recourir, sinon vers mondict mary et moy » (Orig., Arch. Nord, L.M.,
n° 33600).
(5) Marguerite à Charles III, 17 septembre, 1525, La Haye (Turin, Arch. Cour, Lettere prince.
Savoia, mazzo 2).
(8) Arch. Nord, L.M., n° 36717.
128 MARGUERITE D'AUTRICHE
de Tourmont, pour abréger le charroi (‘), les officiers de Salins s'émurent de la
concurrence et, pour la supprimer, obturèrent le chemin de Mouthe. L'intervention
répétée des États du Pays de Vaud à ce sujet ne paraît point avoir été bien efficace (?).
Dans le Pays de Vaud comme dans le Faucigny, des résistances insurmontables
paralysèrent l'effort de centralisation tenté par l'archiduchesse. Charles IIT, hanté
par ses juristes, ne voyait que la souveraineté de ses droits, ne pensait qu'à limiter
ceux de son adversaire, incapable de comprendre ses lourdes fautes. En entravant
l'œuvre de Marguerite, il perdait pour la Savoie le bénéfice d’une sage organisation,
étudiée par des hommes comme Gattinara, si bienfaisante dans les pays où elle fut
respectée, comme dans la Comté; il perdait aussi le pays, car la rivalité persistante
des pouvoirs ne pouvait qu’engendrer l'anarchie. Si, en Bresse, il y eut du moins une
sorte de façade gouvernementale, avec le Conseil et la Chambre des comptes de
Bourg, il ne semble pas que l'effort de la Régente dés Pays-Bas ait exercé toutefois
une influence durable (*) dans le domaine des institutions.
Sur un autre terrain, Marguerite manifestera encore les traits essentiels de sa
personnalité, son esprit d'indépendance, une rare ténacité dans la réalisation de ses
projets. Bourg, qui n’était même pas une paroisse au moment où elle lui donnait, par la
reconstitution de la Chambre des comptes et du Conseil de Bresse, l'apparence d'une
petite capitale, deviendra entre ses mains une cité, aura son évêque et même son
cardinal. Puis, quand la Mort viendra arrêter la douairière dans son œuvre de
domination, Bourg retombera dans son rang médiocre de châtellenie ducale, perdant
ses Cours de justice et son évêque, gardant au cœur le regret de son éphémère
fortune.
Le prétexte mis en avant pour l'érection d'un nouveau diocèse était plutôt futile.
La Bresse, disait-on, était terre d'Empire et supportait avec peine son rattachement,
au spirituel, à la métropole de Lyon, terre royale. On alléguait des conflits entre
Bressans et Lyonnais, quand s’affrontaient les armécs de France et d'Autriche. En
réalité, l’archiduchesse voulait être maîtresse chez elle, mêlant adroitement le nom
de l'Empire à son dessein, et, pour mieux réussir, en diplomate avisée, elle intéressa
à son projet le duc de Savoie, désireux de rompre les liens séculaires qui rattachaient
à la France le bassin de Chambéry. L'affaire de Bourg, liée à l'érection d'un diocèse
à Chambéry, à la transformation du siège de Turin en métropole, n'avait plus le
caractère mesquin d'un caprice de douairière. C’était un épisode de la politique anti-
française du Saint-Siège. Marguerite sut choisir son moment, quand le pape Léon X,
par le mariage de son frère Julien de Medicis avec Philiberte de Savoie (février 1515),
devint le beau-frère de Charles III. Le succès fut presque immédiat : trois mois après,
Bourg et Chambéry devenaient des évêchés (1° juin 1515) (*).
(*) Mandement du 24 mars 1515 n. st. (Arch. Nord, L. M., n° 46284).
(2) Lettres non datées des États de Vaud (Arch. Nord, L.M., n° 46257, 46258; cf. 46267,
46269, 40288 et CnAcny, Gorrevod, pages 323, 336, 340). On trouve trace aussi (Arch. Nord,
L.M., n° 37986) d'une autre intervention des États pour protester contre le privilège du for
ecclésiastique de l'évêque de Lausanne.
(3) Il y eut cependant un accroissement important de population dans la ville de Bourg
pendant l'époque de Marguerite d'Autriche.
(#) Voirla bulle d'érection, du 1°" juin 1515 dans GuicHENON, Hist. de Bresse, 4° partie, p.79.
Sur la participation du duc dans les négociations, voir Invent. archives ville Bourg (1872).
p. 40 et la lettre d'Amé Chamlite au trésorier de Bourg, 12 fév. [1515], publiée dans Bull. soc.
LE DOUAIRE SAVOYARD 129
Louis de Gorrevod, déjà évêque de Maurienne, — qui recevra la pourpre le
16 mai 1530 sur lesinstances réitérées de Marguerite (*) —, et propre frère de Laurent
de Gorrevod, gouverneur de Bressé, fut désigné pour diriger l'un des nouveaux
diocèses. Le prélat fit son entrée dans sa cité de Bourg 16 30 août 1515 ; le 19 octobre,
il tint un synode « qu'a esté chose fort louable et pleine de toute dévotion » (?), puis
il écrivit à l'archiduchesse qu'il fallait parfaire l’œuvre en annexant à son diocèse la
partie du comté de Bourgogne dépendant du diocèse de Lyon: le protonotaire de
Cornon était chargé de négocier cette affaire (*). Mais la politique allait défaire ce
que la politique avait édifié.
La création des nouveaux diocèses, notamment l'érection de celui de Bourg,
avait soulevé les clameurs des Lyonnais, celles du duc de Bourbon, intéressé par ses
domaines de Dombes, celles du roi de France (#). Or, François I*, le triomphateur de
Marignan (septembre 1515), menait à bonne fin avec le Saint-Siège la négociation du
Concordat (18 août 1516). La mort de Julien de Médicis (mars 1516) fut fatale aux
intérêts savoyards. Son frère Léon X, l’inconstance même, cédant aux désirs du Roi
Très Chrétien, supprima les diocèses mort-nés, par bulle du 22 septembre 1516 (°).
Marguerite attendit le moment propice pour prendre sa revanche. L'élection de
Charles-Quint à l'Empire fut sa meilleure arme. Le siège de Bourg fut rétabli le
13 novembre 1521. (f) Tant que vivra la douairière, la petite ville bressane restera
cité épiscopale. Ce sera là que l'évêque Louis de Gorrevod voudra recevoir le
chapeau de cardinal en 1530 (”). Puis la mort fera son œuvre. Marguerite disparue,
les adversaires de Bourg triompheront. L'archevèque de Lyon, sans attendre la
suppression de la circonscription éphémère, voulut par la force rentrer en possession
de son ancienne juridiction spirituelle. Le cardinal de Gorrevod, transformant en
quartier général son abbaye d’Ambronay, lançait l'excommunication contre les
Gorani, 1905, p. 42. La question de l'évêché de Bourg, esquissée dans GuICHENON, Hist. de
Bresse, 2° partie, p. 20, a été étudiée dans CHAGNY, L'évérhé de Bourg en Bresse (Bull. soc.
Gorini, Bourg 1905) t. m1. p. 39 à 49, 131 à 1958; t. nr (1906), p. 48 à 66, 144 à 176; t. rv
(1907). p. 62 à 84. Les Archives du Nord renferment quelques documents relatifs à cette affaire
(B 20046 et B 19179, n°5 44407 à 44422).
(1) Voir la biographie de Louis de Gorrevod dans ANGLEY, Hisf. du discèse de Maurienne
(Saint-Jean de Maurienne, 1846) p. 264 sq, et les nombreux documents publiés par M. l'abbé
Chagny soit dans sa Correspondance de Laurent de Gorrevod, frère de l'évêque, soit dans son
étude sur l'évêché de Bourg. (Bulletin Société Gorini 1906). Louis de Gorrevod était évêque de
Maurienne depuis le 29 juillet 1499. [1 mourut en 1535.
(?) Le Conseil de Bresse à Marguerite, 21 oct. [1515], Bourg (Nord, L. M., 44271). Les statuts
promulgués par Gorrevod auraient été imprimés d'après LATEYSSONNIERE, Rech., t. v, p. 99.
(3) Louis de Gorrevod à Marguerite, 21 oct. [1515], Bourg (Jbid. L. M., n° 37956).
(*) Sur les protestations du chapitre de Lyon, voir Baux, Louise de Snvoie et Claude de
France à Lyon, dans Revue histoire de Lynn, tome 1 (1902), p. 458. Sur l'hostilité de la cour de
France, voir la lettre de Louise de Savoie à Charles III, 3 août [1516], Rouen. Preuves,
n° LXXIII. |
(5) Bulle du 10 des calendes d'octobre 1516 dans GUICHENON, Hist. de Bresse, 4° partie,
page 81. Les habitants de Bourg s'efforcèrent d'entraver la mission des commissaires apostoliques,
chargés d'assurer la suppression du diocèse. LATEYSONNIÈRE, Recherches historiques département
Ain, t. v (1843), page 101.
(6) GuICHENON, Hist. de Bresse, 4° partie, p. 83.
(7) LATEYSSONNIÈRE, Recherches hist. département Ain, t. v, p. 124. Louis de Gorrevod fera
encore une autre entrée solennelle à Bourg le 25 mai 1531. Jbid, v, p. 130.
130 MARGUERITE D'AUTRICHE
dissidents (‘). La paix revint enfin quand Paul III, le 4 janvier 1535, supprima
définitivement la création de l'archiduchesse (?).
Marguerite avait aussi obtenu, sur le terrain religicux, un autre privilège. Dans
les pays de son douaire, en vertu d’un indult, l'archiduchesse était autorisée par le
souverain pontife à nommer les titulaires de certains bénéfices ecclésiastiques.
C'était encore un moyen de domination dont la douairière usa et abusa, car ces
bénéfices pouvaient être concédés à des laïcs qui s’engageaient, tout en retenant unc
partio des fruits, à faire remplir les obligations incombant aux titulaires. Pour ne
pas épuiser cette réserve de faveurs, il fallait éliminer toute candidature étrangère,
surtout celles de ces courtisans de Rome « au moyen de quoy les cglises et membres
d’icelles venoient la pluspart en ruyne et desolation » ; 1l fallait aussi se concerter avec
le duc de Savoie, qui bénéficiait du même privilège: « cecy redondera au bien et
utilité de son pays » (*). La douairière proposa donc à son beau-frère la nomination
alternative, ce qui permettrait au duc, une fois sur deux, de « pourveoir plusieurs de
ses serviteurs quant l'oportunité se ly ordonnera et ne viendront lesdicts beneffices de
ses pays es mains d'estrangiers » (*). Le duc donna son assentiment plus ou moins
sincère (‘) mais, en diverses occasions, quand il y avait conflit entre candidats, le
prince ne soutint pas toujours celui de l'archiduchesse, et parfois le « courtisan de
Rome » triomphait (‘).
L'intervention du pouvoir séculier, dans la nomination aux bénéfices, maintint en
somme les mêmes abus que ceux du régime pontifical des « graces expectatives ».
La douairière promettait, sans se soucier des engagements dejà pris, et quand une
vacance se présentait, les candidats affluaient, forts de sa promesse. Pour faire cesser
des conflits scandaleux, l’archiduchesse dut, par patentes du 27 septembre 1524,
annuler toutes ses promesses antérieures et décida qu'à l'avenir, tant dans son
douaire de Savoie que dans le comté de Bourgogne, aucun bénéfice ne serait l’objet
d’une provision avant d’être vacant (?).
Les familiers de l'archiduchesse se servaient de ce que l'on pourrait appeler la
Feuille des bénéfices pour pousser leurs parents. Un étudiant de Turin, de condition
modeste, mais frère d'un secrétaire devenu tout puissant à la Cour de Marguerite,
sera pourvu de canonicats, de cures, de dignités d’un revenu modeste sans doute,
mais dont le total finissait par devenir impressionnant et s’accroissait sans aucune
discrétion, au point que les amis de Jean de Marnix, le protecteur du bénéficiaire, lui
(1) LATEYSSONNIÈRE, 0.c, t. v, p. 137.
(2) GuicuENoON, Hist. Bresse, 4° partie, p. 85. La bulle de Paul III est datée « pridie nonas
januarii 1534 », le souverain pontife ayant été élu en octobre 1534, la bulle est nécessairement du
mois de janvier suivant, c'est-à-dire du 4 janvier 1535.
(3) Marguerite à Charles IIT [avant août 1517]. Voir aux preuves n° Lxxvi.
(#) Instruction de Marguerite à Claude de Ray, juillet 1524. (L. M., 34416).
(5) Remontrances faites au duc de Savoie par le s' de Ray et Nicolas Perrenot, ambassadeurs
de Marguerite, avec les réponses ducales, 5 septembre 1524 (Orig, Nord, L.M., n° 34429).
($) La commanderie de La Musse, la plus ancienne de l'Ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem en
Bresse, étant devenue vacante en 1522 par la mort de Jean d'Iserand, fut attribuée, malgré
l'archiduchesse, qui avait fait mettre sous séquestre les biens de cet établissement, au candidat
du pape, Jean Loup, de Beauvoir en Bourbonnais, en exécution d’une bulle du 28 octobre 1523.
Chavanes à Marguerite. 10 décembre [1523], Bourg (Arch. Nord, L.M., 37387; cf 37888,
40940 et 40941.
(7) Lettre du 27 septembre 1524. Preuves, n° Lxxxvi.
LE DOUAIRE SAVOYARD 131
reprochaient de mettre toujours en avant son perpétuel candidat (*). Malgré l’opposi-
tion réitérée de certains chapitres, refusant de confier une prébende à un absentéiste (?),
Pierre de Marnix, tout en restant dans la capitale du Piémont pour faire ses humanités
et acquérir la pratique juridique dans l'étude du secrétaire ducal Vulliet(?), sollicitera
et cumulera bénéfices sur bénéfices : prébende à la cathédrale d'Aoste (!) et au collège
Saint-Nicolas d'Avignon (5), prévôté de St Maurice de Salins, chapellenie dans les
Pays-Bas à Ninove (*), petit bénéfice à Faucogney en Franche-Comté (”), charge dans
une abbaye dauphinoise (*), cure de Trévillers dans le comté de Bourgogne (°), deux
(1) « Mondict seigneur le maistre me fait avoir bonne entrée et me fait aucunes fois pourter
signer les lettre À Madame [Marguerite d'Autriche]. Aussi fait Monseigneur le gouvernenr [de
Bresse Laurent de Gorrevod] au levé et couché, duquel me treuve le plus souvent que je puis.
Mondict seigneur le maistre [des requestes Louis Barangier] n'est pas esté fort content de ce que
avez inscript mons. vostre frere au rolle le premier en tant de lieux, car il entendoit que son
cousin deult estre le plns avant ». Guillaume Des Barres à Jean de Marnix, 10 mars 1541, n. st.
(Arch. Nord, L.M., n° 27117, original).
(3) Mandement de Marguerite, daté du 23 déc. 1509, Bruxelles, invitant le chapitre St-Maurice
de Salins à mettre Pierre de Marnix, clerc, étudiant en droit, du diocèse de Tarentaise, en
possession de la prébende laissée vacante par la mort de Pierre de Bourbon, bénéfice que
l’archiduchesse, comtesse de Bourgogne, lui a conféré (Minute, Nord L.M., n° 25975). Les
chanoines firent une vive opposition, à trois reprises, [Claude de Boisset à J. de Marnix,
2 juillet [1510], Dôle, Nord, L.M., n° 26545) et une injonction de l’archiduchesse fut nécessaire
pour la mise en possession (Nord, L. M., n° 27282, non daté). Le chapitre céda : « Mon frere ou
moy yirons à Salins prendre possession de la prebende, car maistre Jean Lemaire m'a dit que
ceulx de l’église de St Moris luy ont accorder vous (sic) recepvoir » (Guillaume de Boisset à
J. de Marnix, Orig, 28 août [1510], (Dôle, Nord, L. M., n° 26678). Pierre de Marnix fut nommé
prévôt de St-Maurice de Salins le 10 mai 1513 (CHasny, Gorrevod, page 4, note d'après Arch.
Doubs B 1541).
(3) Pierre de Marnix à Jean de Marnix, 25 mars [1510] voir aux preuves. Cf. sur le secrétaire
Vulliet, apparenté aux Marnix, Arch. Nord, L.M., 39234, 39235 et 38597.
(*) Lettres de « preces regales » datées de Kaufbeuern, adressées par Maximilien, roi des
Romains, le {°° mai 1502 à l'évêque et au chapitre d'Aoste au profit de Pierre de Marnix pour la
première prébende vacante (Or. parchemin., contresigné SERNTEIN, sceau incomplet, Arch. Nord,
B 1535, n° 16541).
(5) Résignation faite en 1505 par Duete, de Bourg en Bresse, étudiant en loi, au profit de
noble Pierre de Marnix, adolescent, originaire de Moûtiers en Tarentaise, d'une prébende au
collège St-Nicolas d'Avignon (Minute, Nord, B 1535, n° 16573).
(6) Lettre de Roland Le Fevre, trésorier général des finances de l'archiduc, à Jean de Marnix,
datée de Malines, 14 nov. 1510, l'avertissant qu'une chapellenie est vacante à Ninove par le
décès du titulaire et vaut 50 livres de 40 gros de Flandre et pourrait être donnée à Robert
Robins à moins que Marnix ne la demande pour son frère (Orig. Arch. Nord, L.M., n° 26813).
(7) Lettre de Louis Barangier à Jean de Marnix, datée de Malines, 6 [mars 1511], «bien
matin, à une heure apres minuyt », l’avertissant qu'il a obtenu de l'archiduchesse un bénéfice à
Faucogney (Haute-Saône, arrt de Lure, chef-lieu de canton), pour le frere de Marnix, mais cette
chapellenie « ne vault gueres ; sans moy, le doyen [de Poligny, Claude de Boisset] l’avoit pour
son serviteur » [Orig., Nord, L.M., n° 36971).
(8) Lettre de Pierre de Vars, procureur général du comté de Bourgogne, adressée de Dôle le
11 mars 1511 n.st. à Antoine Glannet [receveur général du comté de Bourgogne] l’informant
que l’abbé de St-Antoine (Isère, arrt et canton de St-Marcellin) lui avait demandé si Pierre de
Marnix, au sujet duquel ce dignitaire ecclésiastique avait été consulté, était religieux et portait
l'habit de son ordre. Il a répondu par la négative, assurant que l’impétrant était protonotaire,
« bomme sçavent, estant encoires a present a Pavye aux estudes et dont ledict seigneur abbé et
l'ordre pouroyent estre grandement servis » (Orig. signé, Nord, L.M., n° 27092).
(°) Lettre de Marguerite recommandant Pierre de Marnix, chanoine de Cambrai et de
Besançon, pour la cure de Trévillers (Doubs, arrt de Montbéliard, canton de Maiche) 28 déc. 1513.
(Nord, L.M., n° 40961).
132 MARGUERITE D'AUTRICHE
nouveaux canonicats dans les Pays-Bas (‘), cure à Cudrefin, dans le pays de Vaud (°)
et à Druillat (*) puis encore des prébendes à Besançon et à Cambrai (), sans compter
de bonnes petites places administratives, la châtellenie de Villars, en Bresse (°)
ou la ferme du sceau de Faucigny (*). Malgré toutes ses pieuses sinécures, le jeune
Marnix évoluera vers le siècle, sous l'œil amusé de l’archiduchesse qui l’attachera
à son Hôtel comme échanson (7), en attendant de le lancer dans la diplomatie, avec
l'appui du cardinal d'York ().
Tous ces jeunes gens pauvres, qui cherchaient à faire leur chemin, devenaient
d’excellents collaborateurs parce qu'ils étaient laborieux, instruits ; ils représentaient
une sélection, car leurs protecteurs, des parents qui devaient tout à la douairière,
ne se seraient pas embarrassés d'un incapable. Mais il y avait les cadets de grande
famille, et là, les exigences étaient plus grandes, et le nom seul parfois tenait lieu de
mérite. Pierre de La Baume sera le type représentatif des abus du régime. Il entrera
dans les ordres avec l'ambition de la mitre et de la pourpre. Son père, le chevalier
d'honneur de Marguerite, Gui de La Baume-Montrevel, lui avait fait suivre les cours
de l'Université de Dôle et, par son crédit près de l’archiduchesse, lui fit donner les
abbayes de Saint-Just à Suse, et de N.-D. à Pignerol, en Piémont, celle de Moûtiers-
(4) Promesse faite par Thomas Wolsey, grand aumônier d’ « Henri, roi de France et
d'Angleterre », administrateur de l'évêché de Tournai, à Pierre de Marnix, clerc du diocèse de
Tarentaise, étudiant en loi, familier de Marguerite d'Autriche, de la seconde prébende vacante
dans le chapitre de Tournai ou de tout autre bénéfice de valeur équivalente dans le comté de
Flandre (Minute non datée probablement de la fin de l’année 1514, Nord, L.M., n° 40960).
Lettre de l'archiduc Charles à un chapitre des Pays-Bas non désigné, du 9 sept. 1515, le priant
d'assurer à Pierre de Marnix la possession de la prébende vacante par la mort de maître
Guillaume de Eldris, qui lui avait été conférée par le prévôt de cette collégiale « en la manière
acoustumée et selon les concordatz d'Alemaigne » et contestée par un « romanisque.…. en
vertu de certaine reserve que seroit directement contre le droit de la collacion de l'Ordinaire
et desdits concordatz » (Copie cont., L.M.. n° 40959).
(3) Nomination faite, le 47 mars 1515 n. st., par Marguerite de Pierre de Marnix, professeur
de droit, à la cure de Cudrefin en remplacement de Louis Ocquin. aumônier décédé de l'archi-
duchesse (Nord L.M., n° 40630), bénéfice qui lui était contesté par Thibaud Arsent (ibid.
n° 40631).
(3) Lettre adressée par Noël Puget, [avocat au Conseil de Bresse] à Jean de Marnix, datée
de Bourg sans indication d'année, l'informant qu'il s'est rendu à la cure de Druillat (Ain, canton
Pont d'Ain) pour faire exécuter des lettres de «a primarie preces » délivrées au frère de Marnix,
mais sans résultat, l'évêque de Maurienne [Louis de Gorrevod] s’y étant opposé, alléguant qu'il
voulait ce benéfice pour un autre candidat (Orig. L.M., n° 38857).
(&) Pierre de Marnix était déjà chanoine de Cambrai et de Besançon en 1513: Il détint
aussi d'autres benéfices, probablement celui de la Commanderie de l'hôpital de Ruffey (Jura,
canton de Bletterans), alors qu'il était encore « escollier en loix en l'Université de Thurin »
(Document non daté, L.M., n°: 40964, 40965) et d'autres dans les diocèses d'Aoste et de Tarentaise
(Voir aux preuves la lettre de Pierre de Marnix du 16 oct. 1510).
(5) Lettre de Marguerite à G. des Barres, 5 fév. 1519. n. st., Malines (L.M., n°‘ 40130, 40131).
(6) Bail à ferme pour trois ans des émoluments du sceau de Faucigny en faveur de Charles
Cerise, bailli de Faucigny, et de Pierre de Marnix, écuyer tranchant de Marguerite,
28 janvier 1925, style de Rome (Arch. Nord, L.M., n° 46233).
(7) Dons faits À Pierre de Marnix, écuyer échanson de Marguerite (1518, 3 juillet, B 2278,
fol. 39 verso ; 1525, 26 janvier, B 2327, fol. 2 verso ; 1531, 21 mars, B 2368, n° 8323).
(8) Pierre de Marnix, à la requête du cardinal d'York, fut envoyé par Marguerite auprès de
l'Empereur en Espagne (Arch. Nord, L.M. n° 40134, sans date).
LE DOUAIRE SAVOYARD 133
Saint-Jean, en Bourgogne, celle de Saint-Rambert, en Bugey (‘). Devenu protonotaire
apostolique, Pierre de La Baume parvint à garder, non sans peine, la très riche
abbaye de Saint-Claude, sur le haut plateau du Jura (9 décembre 1510). Mais c'était
un gros morceau, un revenu de 2.000 ducats, et l'un des parents du pape Jules II,
François de La Rovere, évêque de Vicence, puis de Volterra, l'avait convoité
arguant d’une réserve faite à son profit et prétendit évincer son concurrent, au besoin
avec le concours des mercenaires des Ligues. Marguerite d'Autriche, particulièrement
intéressée, parce que l’abbaye était une « piece » qui touchait son comté de
Bourgogne, remua ciel et terre, écrivant aux ambassadeurs, sollicitant les cardinaux
pour empêcher les manœuvres de l'italien contre son protégé : « Ce bon seigneur
evesque de Vicence, dira-t-elle au comte de Carpi, représentant de l’empereur à
Rome, se vente desja avoir les Suyches en sa manche pour le mectre en possession
d'icelle abbaye, qui ne seroit pas petit esclandre car, en ce cas, suis certaine que tous
mes subgetz se feroient plustot mectre en pieces que d'y souffrir ledict evesque, que
pourroit causer ung terrible esclandre au Sainct Siege appostolique et a nous, comme
asses l'avons escript a Nostre Sainct Pere le pape par expresses lettres de nostre
main... » (?). Un peu d'argent vint calmer cette tempête. Il n’en coûta à Pierre de
La Baume qu'une pension pour apaiser son adversaire (*). D'autres bénéfices importants
furent encore conférés à Pierre de La Baume, l'abbaye de Rosières (*) et peut-être
celle de Baume-les-Messieurs (f). Candidat malheureux à l’archevêché de Turin (),
évêque de Genève (11 avril 1523), cardinal du titre des saints Jean et Paul
(17 décembre 1539), archevêque de Besançon (29 décembre 1541) jusqu'au moment
où il résignera cette charge (27 juin 1543) entre les mains d'un enfant, son neveu
Claude de La Baume, qui attendra 27 ans avant d’être consacré (?), Pierre de La Baume,
(1) GuICHENON, Hist. de Bresse, partie Bresse, page 40. Dans une lettre non datée, adressée
par Marguerite probablement à Philibert Naturel, ambassadeur de l'archiduc à Rome, Pierre de
La Baume est recommandé au Pape pour l'abbaye de Saint-Rambert et le protonotaire de Cornon
pour la commanderie de Saint-Antoine à Bourg, bénéfices vacants par la mort du protonotaire
de Bannens (Nord, L. M., n° 24108).
(2) Marguerite au comte de Carpi [1515]. Arch. Nord, L. M., n° 40897, minute. Voir aussi la
lettre de Jacques Annocque du 42 juillet [1515], aux preuves n° Lxix.
(3) Voir aux preuves la supplique de l’archiduc Charles à Léon X, du 30 mars 1515 et la
lettre de Jacques Annocque à Marguerite du 12 juillet [1515]. Voir aussi aux Archives du Nord
L. M., n°5 40859, 40865 à 40867, 40871, 40880, 40889, 40891. Un texte du 10 déc. 1510 prouve
que Pierre de La Baume était déjà à cette époque abbé de St-Claude (L. M., n° 29972)
(*) Requête non datée adressée à Marguerite par Pierre de La Baume, protonotaire apostolique,
abbé commandataire de St- Claude et de Rosières, au sujet du procès que lui a intenté devant le
bailliage d'Aval et le Parlement de Dôle Jean de Maisières au sujet de l’abbaye de Rosières, au
diocèse de Besançon (Nord, L. M., n° 40879).
(5) Lettre de Marguerite, de février 1513 n. st., pour faire obtenir la réserve de l'abbaye de
Baume [(-les-Messieurs] à Pierre de La Baume, protonotaire apostolique, abbé de St-Claude, son
conseiller (Nord, L. M., n° 28691). Voir aussi la lettre de l’archiduchesse au prieur de Baume
lui rappelant, que le Pape l’a autorisée à présenter aux bénéfices situés dans ses états et que son
choix s'est porté sur Pierre de La Baume pour l'abbave de Baume-les-Messieurs en cas de décès
de l'abbé, gravement malade, 3 mars 1518 n. st., Malines (1bid., L. M., n° 40863 ; cf. n° 40882).
(6) Supplique de Marguerite au pape [Léon X], [de 1516], pour faire conférer l'archevêché de
Turin à Pierre de La Baume « ob merita sua et suorum antiquumque et nobile genus a quo
duxit originem mihi carissimus ». (Arch. Nord, L. M., n° 40864). On sait que ce siège fut donné
le 11 mai 1517 à Claude de Seyssel, alors évêque de Marseille.
(7) Van Guux et C. EUBEL, Hierarchin catholica medit aevi (Munster 1910) tome 111 p. 149.
François Bonvalot (et non Bonnalot) fut chargé de l'administration du diocèse pendant la
minorité de l'archevêque.
134 MARGUERITE D'AUTRICHE
accablé de dignités, évêque, archevêque et prince de l'Église, n'aura jamais que
l'âme d'un courtisan : lâche devant le danger, l'évêque de Genève, quand les
Calvinistes ébranleront son trône épiscopal, donnera à ses ouailles le honteux
spectacle d’une fuite éperdue ().
L'archiduchesse, dans ses relations avec le clergé de son douaire, ne s’intéressa
pas seulement aux hommes, mais aux œuvres, particulièrement sensible à celles des
réguliers. Dans le choix de ses libéralités, elle paraît avoir subi longtemps l'ascendant
d’un franciscain très énergique, le Père Boniface, appelé aussi Boniface de Sienne,
appartenant à la noble famille des Ceva, très répandu dans les Pays-Bas, en France
et à la Cour de Rome. Il savait mieux que personne entretenir l'amitié par de petits
cadeaux, tantôt des « pelotons de filet » (?} ou des plumes à écrire (*), tantôt
quelques-uns de ces beaux fruits dont la douairière était si friande : « Madame,
lui mandait-il de Rouen, je vous envoye des poyres que l’ung m'a fait a croyre estre
les meilleurs de France, que j'ay envoyé querre a Lovyers, en ce pays de
Normendie » (*), et quand il n’avait rien à donner, le bon père cordelier offrait sa
meilleure rhétorique : « La bonne et elegante responce que vous a pleu me faire,
disait-il encore à sa protectrice, bien demonstret la Minerve que vous nourrist,
et croyroye facilement que Nature se trompa a vostre engendrement, cuydant mectre
l'esperit en un corps virile auquel myeulx convyendroyt que a femenyn. Et si vostre
noble mayn avoyt aussi peynt le papier de ladicte responce que estrange /sic/,
je les garderoye jusques au pourrir et feroye veoir a touz ceulx que porroyent
entendre quelle odeur porte la Marguerite » (f) Boniface de Ceva, personnage connu
dans son Ordre (f), était ministre de la Province de Flandre (”). Il prétendait asservir
à son autorité certains couvents récalcitrants des Pays-Bas, dans un moment
où une question de réforme statutaire était en instance en Cour de Rome. Les uns
le traitaient de « Ministre de Sathan et ennemy de paix et union » (*). Les autres
passaient aux actes. À Lille, les religieux le firent jeter en prison (*). Ailleurs,
(1) Pierre de La Baume mourut le 4 mai 1544. Sur ce personnage, cf. FLEURY, Hist de l'église
de Genève, t. 1 (Genève 1880), p. 354 ; MuGnieR, Les évêques de Genève (Annecy 1888), p. 16;
CASTAN, Mém. Soc. émul. Doubs. 6° série. t. vi (1891), p. 18. Sur la période si importante de
l'histoire de Genève sous l'épiscopat de Pierre de La Baume, voir la correspondance de ce prélat
dans GaLirrE, Matériaux pour l'histoire de Genève (Genève 1830), t. , p. 303 à 475.
(2?) Boniface à Marguerite, 6 février, Paris (Arch. Nord, L. M., n° 37210).
(3) « Madame, cognoissant que porryés avoir usé toutes voz plumes es lettres que avez escript
pour moy, je vous en recompense de deux que vous prre employer quant temps sera ». Boniface
à Marguerite, 7 décembre [1511?], Gand (Arch. Nord, L. M., n° 28336; cf. n°36249 et 36250).
(4) Boniface à Marguerite, 6 mars, Rouen (Arch. Nord, L. M., n° 30387).
(5) Boniface à Marguerite [22 juillet], Hesdin (Arch. Nord, L. M., n° 30431 autographe).
(6) Boniface de Ceva, mort le 12 avril 1517 est cité notamment dans FaBricits, Bibliotheca
latina mediae et infimae latinitatis, tome 1 (Hambourg, 1734), page 711.
(7) Quand le frère de Boniface prêcha l'Avent en 41510 devant l'archiduc Charles et
Marguerite d'Autriche, il est appelé « provincial de l'Ordre des Observants de Saint François
nommés Collette » (Arch. Nord, B 2214, fol. 273).
(8) « Frere Jehan de Costa, commissaire romain indigne » à Jean Glapion, de l'ordre des
frères mineurs de l'Observance, gardien du couvent de Bruges (Rome, couvent d'Ara Celi,
30 juin 1513, copie contemporaine).
(2) « Despuys que suys party de vous... j'ai refformé par introduction de soufisant nombre
de freres vestuz et nourriz en observance les couvens de Lisle et de Tournay, non pas sans
resistence, car l'Ennemy s'oppose a toutes bonnes œuvres... A Lisle, j'ay trouvé visage de boys,
LE DOUAIRE SAVOYARD 135
à Mons, la rébellion des moines l'obligea à battre en retraite (!). Mais, au dire du
père Boniface, « aulcunes foys, les princes font des miracles que Dicu ne faict
poynt » (?). L'archiduchesse, dans ce conflit entre réguliers, soutint vigoureusement
l'autorité menacée. Le P. Boniface, tant était grand son empire sur la Régente,
allait jusqu'à lui suggérer de faire nommer à Bruges des magistrats gagnés à sa
cause, afin que « le baston ne fust pas mis en la mayn de ceulx qui désirent d'en
derocher mez quilles » (*). Aussi, par reconnaissance, s'occupait-il des affaires de la
douairière, lui faisant obtenir des privilèges en Cour de Rome (*) ou, par une
dérogation à la règle, obtenant qu'un cordelier de Bourg puisse faire ses études
à Paris (‘). L'influence du P. Boniface, et après lui, celle du P. Jean Glapion,
qui devint procureur de l'Ordre en Cour de Rome et confesseur de Charles-Quint (°),
expliquent la participation constante de Marguerite aux bonnes œuvres des
Franciscains : instruction à Louvain d'un moine de Chambéry (’), réfection du
clocher des frères mineurs de Bourg, presque terminée en 1518 (*), reconstruction,
dans la même ville, du portail de Sainte-Marie-l'Egyptienne, avec vitrail aux armes
de la douairière et du défunt duc (°), générosités à de nombreux couvents de l’ordre
et apres que suys entré, l’on m'a faict prisonnyer dedens le couvent ; mais, en la fin,
Messeigneurs de la Gouvernance se sont honestement excuséz ; et celuy que me tenoyt
prisonnyer, nommé mons. de La Botteillerye n’y a pas eu grand honneur ». Boniface à
Marguerite, 20 décembre, Lille (Arch. Nord, L. M., n° 37211, autographe avec cachet au dos
à l'écu de la famille Ceva, fascé à quatre pièces).
(1) « Je vous avove rescript de Metz en Lorreyne, ou j'ay tenu mon chappittre, comment
je m'en venoye reformer le couvent de ceste ville de Mons, pour tousjours faire le plus de bien
que m'est possible en voz pays, et singulierement au plus pres des lyeux ou vous avez acoustumé
de vous tenir. Mais j'ay trouvé premyerement de la resistence de part ceulx de la ville, laquelle
facilement, apres avoir cogneu verité, a esté abatue. Et aujourd'uy que je cuydoye avoir tout
faict, les apostaz qu'estoyent encores au couvent se sont rebellés contre moy, presens les
eschevyns de la ville, et ont cuydé faire grand oultrage, n'eust esté la presence desdicts
eschevyns, par quoy suys party hors du convent jusques a ce que, par moyen de voz bonnes
lettres que cuydoye desja trouver ycy a ma venue, porray avoir moyen de faire obeir mezdicts
freres rebelles... ». Boniface à Marguerite, 8 juin, Mons (Arch. Nord, L. M., n° 30420,
autographe). Cf. sur le même couvent, L. M., n° 30410.
(2) Boniface à Marguerite, 26 juillet, Tournai (Arch. Nord, L. M., n° 37216, original).
(3) Boniface à Marguerite, sans date (Arch. Nord., L. M., n° 30509, autographe). Cf.
n° 37209 et 37213.
(#) Boniface à Marguerite, 16 mai, Rome (Arch. Nord, L. M., n° 37215; cf. 37212).
(5) Boniface à Marguerite, 16 octobre, Bruges (Arch. Nord, L. M., n° 37209).
(6) REUSENS, dans Biographie nationale Belgique, tome vu (1883), col. 805. Les Archives du
Nord contiennent une dizaine de lettres de Jean Glapion à Marguerite fort intéressantes pour la
querelle du couvent de Bruges avec le P. Boniface.
(7) Pierre Blanchet, franciscain à Chambéry, reçoit en 1532 un don pour ses dépenses de
table à Louvain « ou ma feue dame l'a fait tenir a l'estude ». de QuiINSONAS, Matériaux, tome 1,
p. 403.
(8) Sur la construction de ce clocher voir une lettre du Conseil de Bresse à Marguerite,
datée de Bourg, 1° septembre [1513] (Arch. Nord, L. M., n° 44434, original), des mandements
du 13 avril 1514 (Arch. Nord, B 2230, fol. 47) et du 10 avril 1518 n. st. (1bid., B 2278, fol. 15)
et deux requêtes sans millésime (Jbid., L. M., n°° 44431 et 44433).
(3) Le prieur n'autorisa pas les gentilshommes bienfaiteurs de l'œuvre à placer leur blason,
ne voulant pas « que les armes des subjectz soyent subtz celles de leurs souverain situéez ».
Humbert Revel, gardien de Sainte Marie l'Egvptienne de Bourg, à Marguerite, 20 janvier [1520?]
(Arch. Nord, L. M., n° 44430, autographe).
136 MARGUERITE D'AUTRICHE
à Pont-de-Vaux (‘)}, Cluses (?) et Morges (*) notamment. Le tiers-ordre de
Saint-François apparaît même dans deux curieuses suppliques d’un gentilhomme
flamand, Yves de la Howarderie, ancien écuyer du Téméraire et de Philippe le Beau,
vivant loin des bruits du siècle « dedans ung petit reclusage en la ville de Chambéry »,
ne sortant que deux fois par an, le jour du Saint Suaire et celui du « Précieux cor
de Jhesus Crist », ne manquant point de rappeler, pour intéresser l'archiduchesse,
des souvenirs de jeunesse, car il l’avait servie au château du Verger quand elle était
encore l'éphémère reine de France (*). Le vieux reclus trouvait sans doute qu'il avait
assez voyagé. Un annécien, un certain Vincent Pennaud, voulait au contraire voir
du pays, parlant d’aller à Saint-Jacques de Compostelle, voire même à Jérusalem,
ayant déjà vénéré à Trèves « la robbe de Nostre Benoist Saulveur Jhesu Christ »
et à Cologne les « corps sainctz des Trois Roys ». Il échoua faute d'argent, à Anvers
« ou est la precieuse Circumcision Nostre Seigneur »: ce sera naturellement à
l'archiduchesse qu’il demandera un viatique (*). Un autre, le vice-bailli dé Bresse,
Antoine de Chavanes, seigneur de Saint-Nizier, pensera aussi à la douairière quand
il voudra reprendre son pèlerinage en Terre Sainte, interrompu par les guerres
d'Italie (*).
Marguerite d'Autriche s’intéressa, avec non moins d’empressement, à l'œuvre des
clarisses. Sainte Colette, leur réformatrice, avait inauguré en Savoie, au château de
la Balme de Sillingy, en 1407, la réforme franciscaine (?) et l'avait ensuite propagée
dans le comté de Bourgogne et dans les Pays-Bas. C’est à Gand que se trouvait sa
sépulture. Les derniers Bourguignons avaient déjà fait de nombreuses instances pour
obtenir la canonisation de la « petite ancelle de Nostre-Seigneur ».Maximilien, vers 1494,
avait gagné à cette cause plusieurs cardinaux (*). Marguerite d'Autriche renouvela
(1) Mandements du 10 février 1513, n. st. (Arch. Nord, B 2222, fol. 146) et du 4 février 1519,
style de Rome (Jbid., B. 2278, fol. 73 verso).
(2) Réfection du couvent de Cluses, détérioré par l'orage. Jean Part, gardien, à Marguerite
(Arch. Nord, L. M., n° 46.254, original avec sceau du couvent représentant la Vierge à l'enfant).
(3) Don de 100 fl. aux Franciscains de Morges, pour achever leur église (Arch. Nord, L. M.,
n°5 46286 et 46287, vers 1515).
(#) Yves de La Howarderie à Marguerite [vers 1516]. Voir aux preuves, n° :Lxxv. Le
« reclusage » d'Yves est vraisemblablement celui du Pont du Reclus, à côté de la chapelle
Saint-Pierre, déjà mentionné en 1399. TRÉPIER, Rech. historiques sur le décanat de Saint-André,
dans Mém. Acad. Savoie, 3° série, t. vr (Chambéry, 1879), page 237.
(5) Vincent Perraud à Marguerite [15 avril 1524]. Voir aux preuves n° Lxxxvi.
(6) A. de Chavanes à Marguerite, 20 décembre, Saint-Nizier, sans millésime (Arch. Nord,
L. M., n° 37335).
(7) GoNTHIER, Suinte Colette et La Balme de Sillingy dans Revue Savoïisienne (Annecy),
année 1894, page 99.
(8) Les Archives du Nord (L.M., n° 31596, cahier de 9 feuillets in 4°, d’une écriture du début
du XVI: siècle) renferment la copie des requêtes adressées au Saint Siège par la chancellerie de
Maximilien entre 1493 (date de la consécration du cardinal Jean de La Grolaie) et 1503 (date de
la mort de Marguerite d'York) par le Magistrat de Gand, par l'évêque d'Amiens et rappelant la
fondation des couvents de Corbie et de Poligny, et la sépulture de Colette à Gand, les miracles
et l'extension de l'œuvre de la réformatrice en France, Flandre, Picardie, Bourgogne et Savoie.
Les quinze requêtes ténorisées dans ce cahier sont adressées au pape, vraisemblablement
Alexandre VI (1492-1503), au Sacré Collège, à [Georges de Costa], évêque d'Albano, cardinal de
Lisbonne (1476-1508), à [Oliverio Carafa], évêque de Sabine, cardinal de Naples (1467-1511),
à ([Ant. Pallavicini], cardinal de Sainte-Praxède (1489-1507), à Jean de La Grolaie, abbé de
Saint-Denis, cardinal évêque de Sainte Sabine (1493-1449). On sait que la bulle de canonisatiou
ne fut obtenue que le 24 mai 1807.
LE DOUAIRE SAVOYARD 137
ces instances en 1508, faisant appel au général des Franciscains, Bernardin
du Pré (*) et au cardinal Grimani (?), sans pouvoir remplir les vœux des clarisses de
Grenoble (*) et de Chambéry, qui lui envoyaient, pour mettre dans ses heures, une
« coronne de la glorieuse Virge Marie » et le « nom de Jhésus et de Maria » (*). Dans la
petite ville vaudoise d’Orbe, où la tante de Philibert le Beau était morte en odeur de
sainteté (5), à Genève, (f) à Bourg (’}, les clarisses avaicnt aussi recours à la bourse
de la douairière.
Un autre ordre, celui des Dominicains, possédant en Savoie de nombreuses
maisons, entretenait aussi, avec la Régente, des relations affectueuses. L’un de ces
religieux, Antoine Pennet, donne des détails curieux sur la construction et la règle
du couvent Sainte-Croix à Annecy (). À Estavayer, les dominicaines, pour remercier
leur confesseur qui avait donné au couvent « une pere d'orgues petites », prennent sa
défense dans son conflit avec le prieur de Poligny (*). À Bourg, les dominicains
remanient leur église et leur cloître (*°).
Dans ses rapports avec les Réguliers, Marguerite n'apparait pas seulement en
bienfaitrice ; elle menace quand elle craint la contamination des religieux par l'esprit
nouveau. Les propositions de Luther sur les indulgences, qui avaient déclenché la
Réforme (1517), ses attaques contre les abus de la cour pontificale, l’exaltation de
(1) Marguerite à Bernardin Du Pré. 27 juin 1508. Voir aux preuves, n° xxvi.
(2) Marguerite au cardinal Grimani, 27 juin 1508 (Arch. Nord, L.M., n° 299379, minute).
(3) Madeleine de La Villette. abbesse des clarisses de Grenoble, à Marguerite, 26 juillet (Arch.
Nord, L.M., n°35462, autographe sans millésime).
(+) Marguerite Carionne, abbesse des clarisses de Chambéry, à Marguerite, 28 juillet (Arch.
Nord, L.M., n° 46231, original sans millésime).
(5) Louise de Savoie 4 Philibert le Beau, lettre datée d'Orbe sans indication chronologique
[vers 1500]. Voir au preuves, n° vu. Voir aussi la lettre des clarisses d'Orbe à Marguerite,
14 février 1515, n. st. (Arch. Nord. L.M., n° 46239, original).
(6) Les clarisses de Genève à Marguerite, 16 septembre 1516 (Arch. nord, L.M., n° 46232 original).
(7) Dons faits de 1511 à 1524 aux clarisses de Bourg, qui habitaient le couvent dit de Saint
Georges (Arch. Nord, B 2222, fol. 3 v. et 81 v.; B 2230. fol. 59; B 2308, fol, 52 et Lettres
missives n°’ 40193, 44439 à 44445.
(8) Ce couvent était situé «en ung lieu fort plesant et spacieux, ayant la riviere corant
dedans par conduyt et aupres la fonteyne vive, et de nulle part dehors pourra avoyr veue
dedans. Il y a vergier et jardin asses spacieux. Et se font toutes les officines necesseres de pierre
de roche, pour se que la perriere est aupres ». Les religieuses, toutes de noble extraction et
rentées, étaient soumises à la clôture perpétuelle ; l'accès du couvent était défendu sauf aux
princes de Savoie « avec troys hommes seulement, et de femmes selon qui leur plera avec eux ».
Deux dortoirs pouvaient contenir quarante chambres. Les € beaux pères confesseurs » étaient
placés «a en leur logis dehors, prés du monastère ». Les religieuses pouvaient faire gras trois fois
par semaine, mais ne couchaient que € sur materas..….. et ne useront point de linge a leur cher,
mez seulement de sarges ou de draps de laine ». Antoine Pennet à Marguerite, 4 février, Genève
[vers 1504?] (Arch. Nord, L.M., n° 38763 orignal). Ce couvent, commencé en 1490, ne fut jamais
occupé par les dominicaines, faute d'argent. [1 servit de refuge aux clarisses émigrées de Genève
en 1536 et donna son nom à la rue Sainte Claire d'Annecy. MERCIER, Souvenirs historiques
d'Annecy, pages 223.
Antoine Pennet était prieur des dominicains de Plainpalais à Genève en 1485 et 1438.
Registres de l'ancien Conseil de Genève (publ. par la Suciété d'histoire et d'archéologie de
Genère), tome 111 p. 399. tome 1v, page 160.
(9) Catherine d'Estavayer à Marguerite, 23 novembre, sans millésime (Arch. Nord, L.M.,
n° 46280, original). Estavayer, Suisse, canton de Vaud. Poligny, Jura, chef-lieu d'arrondissement.
(10) Arch. Nord, L.M., n° 44428. requête non datée, sur le temporel des dominicains de Bourg
en 1514, cf. ibid, n°° 44425, 44427.
138 MARGUERITE D'AUTRICHE
l'autorité des Conciles, avaient trouvé, même dans la paisible Bresse, des oreilles
complaisantes. À Brou même, dans le sanctuaire édifié par l’archiduchesse et confié
à la Congrégations des Augustins de Lombardie, on savait que, dans l'Ordre, il y avait
des égarés allant par pays, notamment dans le comté de Bourgogne « prescher
plusieurs choses qu'ils ne doivent, au grand esclandre et scandalle de nostre mere
Saincte Eglise..….., et mesmes puis peu de temps... aucunes heresyes de Martin
Leuther »(‘). À Annecy, un dominicain jugeait nécessaire, non sans cause, de tonner
contre Erasme, Luther, l’humaniste Reuchlin et le théologien Lefèvre d’Etaples, les
stigmatisant comme antechrists (?). Le duc de Savoie avait reçu une lettre de Luther
l'engageant à faire prêcher la foi nouvelle dans ses états (*) et un réformateur
engageait le prince-évêque de Lausanne à embrasser les idées nouvelles en se
mariant, pour donner l'exemple à ses curés (!). Mais il y eut résistance officielle.
Les États du Pays de Vaud condamnèrent la doctrine luthérienne () et l’archiduchesse,
qui faisait brûler dans les Pays-Bas les moines suspects (f), eut recours à l'inquisition
pour assainir les populations de son douaire. En Bresse, un vénitien, Baudouin
de Saint-Barthélémy, commença par condamner au bûcher six femmes promettant
de purger le pays de « ces gens» en l’espace de deux ans (”), et réclamant le tiers
de la valeur des biens de ses victimes (*).
Toutefois, il ne semble point, du moins à l’époque de l’archiduchesse, que le
protestantisme ait fait de nombreux prosélytes dans les états de son douaire ni dans
(1) Marguerite au prieur de Brou, 25 septembre, Bruxelles. sans millésime (Arch. Nord, L.M.,
n° 44481). Il y avait parfois, même dans l’ordre des augustins, des brebis galeuses. Un certain
frère Jean Bellot, de Carignan, « vagabond, fugitif et manteur » se faisait passer pour moine
et même prieur de Brou. €« Se je le pouvoye tenir, disait le supérieur de ce couvent, je le
mectroye en lieu qu'il ne verroit le soleil de long temps » Raimond de Cesana à Marguerite,
25 octobre, Brou, sans millésime (Arch. Nord, B 19184, n° 44577, original). Cité par Durax,
Dissertation sur de nouveax documents.... concernant Brou (Bourg. 1847), page 10.
(2) « Quidam magistri nostri cucullati Dominicæ factionis et, ut credo, fidei nostræ persecutores
(volui dicere inquisitores), casu quodam cellam nostram paucis elapsis diebus intraverunt, qui
inter loquendum inciderunt in memoriam eruditissimi illius nostri Erasmi, et, post multa de
eodem atque Luthero sinistre delata tandem suum venenum ïibidem evomuerunt quatuor
antichristos nunc esse in regno Christi doctores Erasmum scilicet, Lutherum, Joannem Reuchlin
et Stapulensem deblaterantes. Vide, quæso, Sycophantes, bonarum literarum persecutores ». Un
moine d'Annecy {Célestin-Claude Dieudonné ?] à H.C. Agrippa, Annecy 10 septembre 15241, dans
HERMINJARD, Correspondance des réformateurs, tome 1 (Genève, 1878), page 72.
(5) Luther au duc de Savoie, 7 septembre 1523, Wittenberg, dans HERMINJARD, 0.c. t. 1,
page 151. Charles III devait plus tard prendre des mesures très rigoureuses contre la Réforme.
Voir ses lettres du 21 février 1528 dans DuBoin, Raccolta della leggi. tome xx, p. 1634.
(#) François Lambert à [Sébastien de Montfaucon], évêque de Lausanne, tbidem, t. 1. p. 328.
(5) Ordonnance du 23 mai 1525, Moudon, dans HERMINJARD 0.c. t. 1. page 354.
(6) A Anvers notamment en 1523. Journal d'un bourgeois de Paris, éd. LALANNE, page 185.
(7) Baudouin de Saint-Barthélemy à Antoine de Montcut, 21 décembre [1528], Bourg. Voir
aux preuves, n° xCII.
(8) « L’inquisiteur de nostre Saincte Foy en nostre pays de Bresse nous fait advertir que, soit
environ deux ans, il a esté commis en ladite charge d'inquisiteur, laquelle il a exercé au mieux
qu'il a peu et tellement que, par son bon devoir, aucuns sont esté actains d'eresie et mis au
dernier suplice et leurs biens confisquez a nostre prouffit, et que, combien que la tierce desdicts
biens que proviennent desdictes confiscations luy doivent appartenir comme inquisiteur que
dessus, touteffois il n'en a jamais riens peu avoir. » Injonction est faite à la Chambre de payer la
part réclamée sur les biens des suppliciés. Marguerite [à la Chambre des comptes de Bourg,
8 janvier 1529 n.st.] (Arch. nord, L.M., n° 44258, minute).
LE DOUAIRE SAVOYARD 139
les réguliers, ni dans les séculiers. La douairière, bien que moins souvent sollicitée
par le clergé séculier, se montra non moins généreuse à son égard que pour les
ordres mendiants. L'une des initiatives qui lui fit le plus grand honneur fut le don d’une
magnifique châsse pour renfermer le précieux Saint Suaire du Christ, que depuis le
milieu du xv° siècle possédait la Maison de Savoie (*). Les souverains emportaient
volontiers la célèbre relique quand ils se déplaçaient, et bien qu'elle oût été confiée
officiellement en 1502 à la Sainte Chapelle de Chambéry (?), on la transporta l’année
suivante à Bourg pour la montrer à l'archiduc Philippe le Beau, venu en Bresse pour
rendre visite à sa sœur Margucrite (*). La douairière Claude de Brosse la détint
aussi quelque temps dans son château de Billiat, invitant l’archiduchesse à « venir
voyr le benoist Sainct Suayre » pour la préserver de l'épidémie qui sévissait aux
environs de Pont d’Ain (). Par dévotion, Marguerite, devenue Régente des Pays-Bas,
fit exécuter par l’un des meilleurs orfèvres de sa cour, Liévin van Lathem (°), un très
remarquable monument d'orfèvrerie que Laurent de Gorrevod reçut mission d'offrir
au nom de l’archiduchesse le 10 août 1509, et qui provoqua l'admiration de tous les
spectateurs. « J'ai apporté, dit-il dans une de ses lettres, la châsse du Saint Suyaire à
Chambéry, laquelle a esté trouvée bien belle et fort riche... Et y a maintenant
autant de presse ou plus pour veoir ladicte chasse que le Sainct Suayre » (°).
(1) Le Saint Suaire fut conservé dans la collégiale de Lirey (Aube) jusqu'en 1453, date de
sa remise au duc de Savoie.
(3) La translation du Saint Suaire, détenu par les Cordeliers de Chambéry, eut lieu le
11 juin 4502 en la Sainte Chapelle de cette ville en présence de Philibert le Beau et de
Marguerite d'Autriche. de Jussieu, La Sainte Chapelle de Chambéry (Chambéry, 1878), pages
56 et 219.
(8) Le Saint Suaire fut exposé à la vénération du peuple à Bourg le vendredi saint
14 avril 1503 par trois évêques, puis montré à l'archiduc en chapelle ducale. Un témoin oculaire,
Antoine de Lalaing, le futur chevalier d'honneur de Marguerite, nous a laissé cette description:
« On le voidt clerement ensanglanté du tres precieux sang de Jhesus, nostre redempteur, comme
se la chose avoit esté faicte aujourd'hui. On y voidt l'imprimure de tout son tres sainct corps,
teste, viaire, bouce, yeulx, nez, corps, mains, pieds et ses chincq playes, especialement celle du
costé, longue environ d'un bon demi piedt, est fort ensanglentée et de l’autre part, comme il
estoit couvert et redoublé dudict linchæl, on voidt le vestige et figure de son dos, teste chevelure,
coronne et espaules. Et pour esprouver se c'est le mesme, on l'a boulit en huille, bouté en feu,
lavé et buet par plusieurs fois, mais on n’a peut effachier ne oster ladicte imprimure et figure ».
GacHarp, Collection des voyages des souverains des Pays-Bas. t. 1. (Bruxelles, 1876), p. 285.
(#) Claude de Brosse à Marguerite, [octobre 1505] (Arch. Nord L.M., n° 24124).
(5) Sur Liévin van Lathem, voir WAUTERS, dans Biographie nationale de Belgique, t. xi
(1890). col. 424, et divers inédits des Archives du Nord de 1501 à 1514 (B 203, fol. 42 v.; B
896 ; B 2256, n° 78078 B ; 3324 ; B 3463 ; B 3467 n° 121908"; B 3498 ; B 3503 ; B 3504). A Lierre
(province d'Anvers, à 15 kil. de Malines), a proximité du pays natal des Van Lathem, on
conserve, dans les archives du chapitre Saint Gommaire une copie du Saint Suaire sur taffetas.
BurLeT, dans Savoie littéraire et scientifique, 5° année (1910), page 174. Serait-ce celui que
Marguerite a fait exécuter par Bernard van Orley quand elle lui a commandé « une belle
paincture faicte a remembrance du Saint Souaire sur taffetas blanc » ? (Pièce comptable non
datée, Arch. roy. Bruxelles, Reg. 1797 de la Ch. des Comptes fol. 294, citée par ALTMEYER,
dans Revue belge, t. xv (Liége 1840) p. 48.
(6) Laurent de Gorrevod à Barangier. 12 août [1509] (Arch. Nord, L.M., n° 25825, original).
D'après Agrippa, Marguerite aurait dépensé 12000 [écus] d'or pour la châsse du Saint Suaire.
« Cum esset a longo inter thesauros ducibus Sabaudiæ Sacrosanctum Salvatoris Nostri Sudarium,
quod illi quocunque irent cæteras inter prophanas Sarcinas pro amuleto circumferebant id, ubi
rescivit Margareta nostra, Princeps religione et pietate insignis, indignum scelus arbitrata tam
Sacrantissimum thesaurum sic inter prophanorum manus inhonoratum versari, capsam auream
_ valore plus duodecim millium aureorum donavit, in qua repositum custodiretur, marito persuasit,
140 MARGUERITE D'AUTRICHE
Du vivant de la douairière, des visites royales, celles d'Anne de Bretagne (!) et de
François I* qui fit son pèlerinage à pied depuis Lyon (?), celles de Princes de l'Eglise,
le cardinal d'Aragon (), l'abbé de Clairvaux (t), attestaient la réputation de l’insigne
relique (°).
quia una secum magnificentissimum sacellum in arce Camberacensi, constituto ibidem
canonicorum collegio, maximis sumptibus extruxerunt : ubi deinceps omni reventia adservatum,
stupendis claret prodigiis atque miraculis.…. H. C. AGripPA AB NETTESHUEYM, Oratio habita in
funere Dive Margaretæ, dans Operum pars posterior (Lyon, « per Beringos fratres » s.d.) pages
1116 sq. Liévin Van Lathem reçut le 31 décembre 1508, des mains de Diégo Florès, garde des
joyaux de l’archiduchesse, 33 marcs, 11 estrelins et 20 grains d'argent de « sandres fin pour
convertir et employer a la chasse du Saint Suaire que je prins en charge de faire pour Madicte
dame » (Arch. Nord, B 3382, n° 113855, original signé). Il est vraisemblable que l'œuvre de
Van Lathem a disparu dans l'incendie qui faillit consumer la célèbre relique. Voir dans GUICHENON,
Hist, généalsg. Maison Savoie, éd. Turin, t. rv. 2° partie, page 497, le procès verbal dressé le
19 avril 1534 par Louis de Gorrevod, cardinal de Maurienne, après le sinistre de la Sainte
Chapelle (4 déc. 1532) qui nécessita le transfert de la relique dans la Tour du Trésor des chartes
de Savoie, à Chambéry. Les clarisses de Chambéry durent réparer quelques parties du
Saint Suaire après l'incendie. Leur relation a été publiée par Boucuace: Le Saint Suaire de
Chambéry à Sainte Claire en ville, dans Congrés Sociétés savantes savoisiennes. Chambéry,
août 1890, p. 261 sq. On sait que le Saint Suaire fut emporté à Verceil en 1536 quand le duc
Charles III dut abandonner la Savoie envahie par François Ie puis transporté définitivement à
Turin sous le règne d'Emmanuel-Philibert.
(1) « Je crois que mondit seigneur [le duc de Savoie] soit de retourt a Geneve de Chambery,
ou 1l estoit aller trouver la Royne et monseigneur d'Angolesme qu'ils ont estéz audict Chambéry
pour veoir le Sainct Suayre an nombre de bien deux milz chevaulx » Jean d'Estavayer à
(Guillaume de Vergy], 9 juin [1511], Moudon (Arch. Nord, L.M.. n° 37750, original. Cf. la lettre
d'André Burgo à Marguerite, 6 juin [1511], Grenoble, dans GopErRoy, Lettres de Louis XII
(Bruxelles 1712), tome 11 page 265 (Arch. Nord, L.M., n° 30124, original).
(2) François I*' partit de Lyon le 28 mai 1516, pour arriver à Chambéry le 15 juin et vénérer
la relique le lendemain 16 juin en présence de trois évêques Cf. Journal de Louise de Savoie
dans PÉTITOT, Mémoires, tome xvi, page 399 ; Journal de J. Barrillon, édition VAIssiÈRE (Paris
1897, publ. Société hist. France) tome 1, p. 218 ; SANUTO, Diarii, tome xxn, col 287.
(#) Le cardinal d'Aragon put voir le 28 octobre 1518, à la Sainte Chapelle de Chambéry,
le Saint Suaire, après avoir sollicité l'autorisation du duc de Savoie alors à Genève. Le prince
confia sa clef à deux protonotaires avec mission de requérir les deux autres clefs détenues
par les « officiers de la ville », c'est-à-dire le Conseil résidant et la Chambre des Comptes. « Le
soir, à dix heures, nous vîmes donc le Suaire de lin dans lequel fut enveloppé Nostre Seigneur
Jesus-Christ.. On ne le montre jamais que le Vendredi Saint et le 3 mai, jour où se célèbre la
fete de l'invention de la Sainte Croix. On montre alors le Saint Suaire du haut des murs du
château, ou du côté d’une prairie qui s'étend hors de la ville, afin qu'il soit facile aux pèlerins
de le contempler. Et a cette époque, il vient un grand concours de gens des environs et de
beaucoup plus loin pour le vénérer. On peut dire vraiment que c'est la relique la plus sainte et
la plus admirable de la chrétienté.. Le dit Suaire de lin ou Saint Suaire est large de cinq
palmes et demie environ, et comme longueur, il mesure un peu plus du double de la taille du
Christ, car il était replié pour le couvrir devant et derrière. Les membres du très glorieux corps
sont empreints et ombrès du précieux sang de Jesus-Christ. On voit apparaître très nettement
les marques des coups, des cordes qui attachaient les mains, de la couronne autour du front,
des clous aux mains et aux pieds, et principalement la blessure du côté. Quelques gouttes de
sang répandues hors du cœur sacré de Nostre Seigneur sont si bien marquées que non seule-
ment les chrétiens mais les Turcs eux-mêmes en sont remplis d'émotion et de respect. Ce linge
précieux nous fut montré a nu, sans aucun voile, et bien étalé sur le grand autel où on l'avait
placé. Le Cardinal baisa et mania le Saint Suaire. Il ne put se rendre compte de quelle matière
il était fait; néanmoins il certifia qu'il ne lui paraissait ni de soie ni de lin. On prit souvent
la mesure des divines empreintes, mais il parait que chaque fois on en trouva de differentes.
On les voit aussi nettement de loin que de près... Ant. de BEATIS, Voyage du cardinal d'Aragon,
1517-1518, traduction Havarp DE LA MONTAGNE (Paris 1913), page 208.
(4) 30 avril 1521. BRUCHET, La Savoie d'après les anciens voyageurs (Annecy, 1908) page 52.
Relation d'un voyage à Rome... par. dom Edme, 41° abbé de Clairvaux, édition Harman.
Troyes, 1850.
(5) Parmi les autres textes contemporains, citons encore la date d'une lettre de Georges de
LE DOUAIRE SAVOYARD 141
L'archiduchesse, après ce témoignage de munificence, n'oublia pas les chanoines
gardiens du Saint Suaire. Elle offrit au chapitre des ornements sacrés, un « grand
tableau de Nostre Dame painct de grand prix et merveilleuse beaulté » (‘) et un
capital de 3.000 florins pour achat de rentes (*?). Lors de la création du diocèse de
Chambéry, la collégiale de la Sainte Chapelle fut érigée en cathédrale (*). Puis
Marguerite disparaïtra et le duc de Savoie, éperdu, fuira devant les armes
triomphantes de François I*. Chambéry perdra alors son:titre de métropole pour ne
le retrouver qu'à la fin du XVIII* siècle.
À Bourg même, dans la capitale de son douaire, Marguerite avait assisté aux
premiers travaux de la reconstruction de la collégiale Notre-Dame. Jean de Loriol
avait fait édifier le chevet lumineux avec ses hauts fenestrages. Les libéralités de
l'archiduchesse fixent la date des stalles et celle du début de la nef (*). Les plans
s’amplifièrent quand l'église devint paroissiale (1506), puis cathédrale (1515) ;
plusieurs travées de la nef furent terminées sous la direction du maître maçon
Guillaume Perrin, de Bourg. Mais les difficultés entre le chapitre et les syndics,
assoupics tant que vivaient l'archiduchesse, entravèrent l'achèvement de l'œuvre
Marnix à Jean de Marnix « À Chambéry, ou je suys venu au Saint Souayre le xxvi* jour d'avril
[1508] (Arch. Nord, L.M., n° 25191, original), et une lettre du Conseil et de la Chambre des
Comptes de Chambéry sollicitant le duc, à l'occasion du prochain Vendredi Saint, de « vouloir
envoyer la clef dudit Saint Suaire par quelque homme seur a nostre tres redoubtée dame aftin
qu'il se puisse monstré ledict jour, et vous serès cause de consoller ceulx qu'il viendront »..….
Chambéry, 2 avril [entre 1503 et 1513] (Turin, Archives Camérales, Lettres originales de
1483 à 1575, vol. 1 fol. 46). On saït que l'authenticité du Saint Suaire a provoqué de nombreux
travaux. Voir notamment, contre l'authenticité Ul. CHEvaLtER. Le Saint Suaire dr Lirey,
Chambéry, Turin et les défenseurs de son authenticité. Paris, 1902, in-8° (d'après une étude de
texte). Pour l'authenticité, VIGNoN, Le linceul du Christ. Etude scientifique. Paris, 1902, in-4°
avec planches (d'après des documents photographiques ct des expériences scientifiques). Cf.
A. EscaBacn, Le Saint Suaire... de Turin. Etude historique, critique et scientifique. Turin,
1913, x11 + 160 p. in-8°.
(4) Le Chapitre de la S'*-Chapelle à Marguerite, 15 janvier [1511]. Voir preuve n° xLiv.
(3) Mandement du 27 août 1511 avec ce dispositif: « En faveur... et consideracion de ce
que de temps de feu... Philibert de Savoye, nostre seigneur et mary... Nous avons procuré
et obtenu par effect le tres precieulx et devot reliquiaire du Saint Suaire, qu'il souloit fere
porter continuellement avec sa chappelle domestique, estre mis et reposé a perpetuité en ladicte
Saincte Chapelle, au moyen de quoy et pour le grant apport que deppuis est advenu de toutes
pars de Chrestienté audict Saint reliquiaire, a cause des grans miracles que journellement,
par la bonté et permission divine, se revellent et demonstrent... et pour ce aussi esmeue de
devocion envers ledict Saint reliquiaire... » (Arch. Nord, B 1535, n° 16669, minute).
(3) Bulle d'érection de l’archevêché de Chambéry, 21 mai 1515, dans de Quinsonas, t. 11, p. 93.
(t) Don par Marguerite de 350 florins pour « erection et façon des sieges qui se doivent fere
en ladicte eglise Notre-Dame, esquels sieges iceulx desservans soient tenuz fere mectre et
apposer noz armes », 19 juillet 1511, Anvers (Arch. Nord, B 2222, fol. 35). Autre don par la
douairière, le 10 juillet 1514, de 200 écus d'or au soleil « pour employer a fere la premiere volte
d'icelle eglise Notre Dame, que lesdicts chappellains seront tenuz et ont promis de faire
armoyer de nos armes » (Arch. Nord, B 2230, fol. 74 verso).
Le chevet de l'église fut construit sur l'ordre de Jean de Loriol et avant son décès (+ 1507).
Les travaux furent menés activement jusqu'en 1545, comprenant le chœur et les travées de la nef
sauf deux. Le portail, exécuté sur les dessins de maître Benoit, date des années 1530-1545.
Le clocher ne fut édifié que de 1656 à 1665. Les stalles, exécutées grâce aux libéralités de
Marguerite d'Autriche et de quelques autres donateurs, furent peut être exécutées par Pierre
Berchod dit Terrasson de Bourg. V. Noner, L'église Notre-Dame de Bourg, dans Annales Soc.
émulat. Ain, t. xLvir, 1915. p. 60 à ‘73. Cf. Baux, Nofice... sur l'église collégiale et
paroissiale de N.-D. de Bourg (Bourg, 1849). Voir aussi une lettre inédite du Clergé de N.-D.
à Marguerite, 16 juin [1511], Bourg (Arch. Nord, L. M., n° 44447, original).
142 MARGUERITE D'AUTRICHE
pendant plus d'un siècle. Le monument dresse encore, en pleine ville marchande,
ses lignes robustes, gardant son sourire et ses secrets pour quelques archéologues ().
Les non initiés ne se doutent point que la main d'une femme, sous ces voûtes
armoriées, installa un jour un trône épiscopal. Ils ignoreraient tout de l’œuvre
savoyarde de la Régente des Pays-Bas si, dans la paix d'un lointain faubourg,
à Brou, une église et des tombes ne perpétuaient le souvenir de sa fortune.
(4) L'église N.-D. de Bourg n'a plus les belles et hautes verrières qui décoraient l’abside
édifiée avant 1507 par Jean de Loriol et représentaient les épisodes de la Vie de la Vierge. Mais,
dans l’un des collatéraux, l'ancienne chapelle de la Confrérie des Cordonniers a conservé un
remarquable vitrail occupant les trois baies de la fenêtre. Le maître verrier, qui semble
appartenir à l'atelier de Brou, a retracé la légende des saints Crépin et Crépinien. La date de
l'œuvre est incomplète, mais on sait par les textes, que la chapelle fut édifiée entre 1520 et
1524. Voir les reproductions des vitraux et fragments de vitraux de N.-D. de Bourg dans BÉGULE,
Les Vitraux du Moyen âge et de la Renaissance dans la région lyonnaise (Paris, 1911),
p. 159 à 164.
Les textes relatifs à l'histoire de la collégiale ont été recueillis dans J. BRossarD, Regeste de
l'église Notre-Dame de Bourg. Bourg, 1897, 2 vol. in-8 (ext. Annales Soc. émulat. Ain,
tomes xxIx et xxx).
CHAPITRE VIII
L'église et les tombeaux de Brou.
Royaume de France, couronne d'Espagne, duché de Savoie, à vingt-cinq ans,
Marguerite d'Autriche avait tout perdu. La mort de Philibert le Beau, le prince
des années heureuses, fixait à jamais sur le front de sa veuve la sombre coiffe
de deuil. Un historien, qui aimait Brou et l'ombre de ses cloîtres, dira même que
la douairière « n'aura plus dans le cœur qu'une seule pensée et ne vivra plus que
pour bâtir un grand tombeau, qui redeviendra sa couche nuptiale » (!). Edgar Quinet,
en immobilisant ainsi une poignante douleur, ensevelissait l'œuvre de la tante
de Charles-Quint, celle dont le vrai monument est non en Bresse mais à Lille,
dans les Papiers de sa Chancellerie. Plus forte que le malheur, l’héritière du
Téméraire saura gouverner sans faiblesse les Etats bourguignons et diriger, d’une
main souple, une diplomatie mondiale, dans des temps illustrés par un Jules II,
un Henri VIII ou un François I. Du moins reste-t-il vrai que la Régente des Pays-Bas
s'intéressera avec passion, jusqu'à ses derniers jours, aux mausolées savoyards,
soucieuse de fixer dans le marbre, avec abondance et magnificence, le souvenir
de son propre destin : FORTUNE INFORTUNE FORT UNE.
Quand on feuillette les manuscrits de Brou, on découvre un personnage
merveilleux qui aurait présidé à la construction des édifices. Les moines aimaient
à conter son histoire avec des précisions invraisemblables. L’archiduchesse,
disaient-ils, avait fait appel au concours de quatre cents ouvriers, accourus de
France, de Flandre, d'Allemagne et d'Italie. Le maître de l'œuvre était un dijonnais,
apparaissant sur le chantier à trente-deux ans. On l'appelait André Colomban et
l'on pouvait voir ses traits dans diverses sculptures. Les matériaux les plus rares
furent choisis pour élever un monument digne de mémoire. On alla même en Italie
chercher le plus beau marbre, et l’on dépensa pour les travaux 200.000 écus,
en bonne monnaie au coin de France.
Le maître bourguignon était, disait-on, un homme entendu, mais il voyait grand.
Aussi, persuadé de l'insuffisance de la somme mise à sa disposition, préféra-t-il
quitter le chantier plutôt que de terminer son œuvre sans gloire. 11 serait parti dans
le plus grand secret, laissant les plans nécessaires à la continuation des travaux.
Les ouvriers se mirent vainement à la recherche du disparu. Il devenait nécessaire
de lui trouver un successeur.
Après de nombreux voyages en Forez, en Beaujolais, en Lyonnais et en
(1) QUINET, Introduction au poème de G. de Moyria sur Brou. Bourg, 1835.
144 MARGUERITE D'AUTRICHE
Bourgogne, on finit par découvrir un certain Philippe de Chartres, qui voulut bien
assumer la direction des ateliers. Pendant plusieurs semaines, le successeur de
Colomban put vaquer à ses occupations sans incident, mais un jour, on constata non
sans stupeur qu’une main experte corrigeait les dessins d'exécution. Le fait ayant été
patent à diverses reprises, grâce à une surveillance rigoureuse, on put surprendre
un inconnu, vêtu d'une robe d'ermite, qui profitait du moment où le chantier était
désert, à l'heure du repas, pour « detracer les plans et les retracer selon son
dessein ». Sous ce vêtement d'emprunt, on reconnut le fugitif, longtemps caché dans
une solitude des environs de Salins, revenu clandestinement à Brou, hanté par
l'achèvement de son projet. Le maître de l'œuvre avait abandonné son poste faute
de 100.000 écus pour atteindre à la perfection. Le Gouverneur de Bresse lui promit
ce nouveau subside. Et c'est ainsi que Colomban, réintégré, aurait pu édifier
un couvent splendide et la très magnifique église. Cussinet, qui écrivit cette relation
au X VIII siècle en copiant les anciens mémoires des augustins, appuyait son récit
de dates fantaisistes. Colomban apparaissait puis s'éloignait en 1493, pour revenir
sur le chantier l’année suivante, terminant le gros œuvre en dix ans, le jour de
la fête de sainte Marguerite, patronne de la créatrice de Brou, le 23 juillet 1503 (*).
On a cru, peut-être au XVI° siècle, mais sûrement à partir du X VII* siècle, à
l'existence de Colomban, et la légende fut tenace. A l’époque romantique, en 1832, le
constructeur de Brou devenait « aveugle » ainsi qu'Homère, architecte et statuaire,
avant que Michel-Ange bâtiît (?). Un conseiller de préfecture, qui célébrait peu après
les gloires départementales de la Côte-d'Or, regrettait « que la mémoire de l'artiste,
dont le génie créa l’un des plus admirables monuments d'architecture de l'Europe,
l'église de Brou, soit restée comme ensevelie avec lui sous la voûte de cet édifice,
dépositaire de sa cendre » (?); en 1899 enfin, on enrichissait le pseudo-ermite d’un
bagage tout scientifique, lui attribuant la paternité du fameux cadran solaire que
le grand astronome Lalande devait réédifier (*). On se passionnait ainsi pour un
fantôme, dans un cénacle savant, à l'aube du XX° siècle et cependant, depuis
(1) CUsSsiNET (P.F.), Essai sur l’histoire de Marguerite d'Autriche et sur le monastère de
Brou …. tiré d'un ancien manuscrit, qui était dans la bibliothèque du couvent. Dédié à la
reine ..…. 1748. Lyon, impr. J. M. Barret, 1837, 79 p. in & ; Voir pages 26 à 32. Le P. SÉBASTIFEN
DE STE-CLAIRE donne en 1708 le même récit (édition VILLEFRANCHE dans Revur Société littéraire
Ain, t. xvi (1887), p. 6 à 10, mais avec des dates moins fantaisistes : l’église aurait été
couverte le 20 juillet 1521. Le Père ROUSSELET dans son Histoire et description .…. de Brou, en
1767, si souvent rééditée, a accrédité la légende dans le grand public. Cf. Noper, La valeur
documentaire des manuscrits sur Brou dans Annales Société émulation Ain, t. xxxvi, 1903,
page 384.
() Foisser (Théoph.), Plan d'une histoire littéraire de Bourgogne dans Mém. Acad. sciences
Dijon, 1832.
(3) AMANTON (C. A.), Notice sur André Colomban, architecte. Bourg, 1840, 32 p. in 8 (ext.
Annuaire département Ain), p. 7.
(t) Dumay, dans Mém. Acad. sciences Dijon, 4° série, t. vir, années 1899-1900, p. xrx à xxuri.
Le cadran solaire de Brou, dont on ne trouve pas trace dans les documents du xvr° siècle,
est décrit à la fin du xvu* siècle par le P. Raphaël (ALLOING, Un manuscrit sur Brou, dans
Annales Soc. émulat. Ain, 1882, p. 183). Il était en si mauvais état, que l’astronome Lalande,
qui était de Bourg, le refit à ses frais en 1757, mais en le déplaçant. Il a été reconstruit et remis
à sa place primitive en 1902 par M. Chanut.
Une réplique de ce cadran a été installée à Dijon en 1827; refaite en 1854, elle a été placée
dans le parc de cette ville.
L'ÉGLISE ET LES TOMBEAUX DE BROU 145
quelque temps déjà, à Lille, dans le vieux chartrier de la Maison de Bourgogne,
les textes décisifs commençaient à sortir de l'ombre ().
Le visiteur de Brou, en fouillant du regard les vitraux héraldiques, remarquera
un cartouche commémorant le décès du beau duc de Savoie «+ Drvus PHILIBERTUS »,
survenu le 10 septembre 1504 (?), et se demandera avec inquiétude ce qu'il faut
retenir de ce Cussinet, qui annonce avec tant d'assurance l'achèvement du gros
œuvre de l’église une bonne année avant que sa construction ne fût décidée.
Et cependant, le récit des augustins n’est point dépourvu d'intérêt pour qui veut
dégager les éléments essentiels de la tradition.
Le nom de Colomban rappelle le souvenir de Michel Colombe, le grand sculpteur
chargé de modeler les « patrons » du tombeau de Philibert. Les artistes qui
collaborèrent à l’œuvre appartenaient bien à quatre pays différents. Après le maitre
français, arrivent Van Boghenm, flamand pur sang, Conrad Meyt, d'origine allemande,
et des Italiens qui travaillèrent aussi aux sépultures. Il est question, dans notre texte,
des voyages qu'il fallut faire pour découvrir celui qui édifierait l'œuvre. C’est dans
le Lyonnais qu’on alla en effet chercher Perréal ; son collaborateur Jean Lemaire
avait vécu dans le Beaujolais ; Jean de Chartres, travesti en Philippe de Chartres,
était au service de la duchesse de Bourbon, comtesse de Forez; Salins même,
l'ermitage du personnage légendaire, servait de retraite à un maître imagier,
le malchanceux Thibaut Landry. Tous ces noms appartiennent à l’histoire de Brou.
Pise enfin fut réellement le marché où l’on acheta le marbre de Carrare nécessaire
aux mausolées. Le chiffre de 200.000 écus était quasi-officiel, ayant été proclamé
par Agrippa de Nettesheim dans son oraison funèbre de l’archiduchesse. Si toutefois
on ne voyait point Colomban dans les sculptures de Brou, on avait du moins
la représentation de son patron saint André, protecteur de la Maison de Bourgogne.
I] ne faut point cependant trop médire des légendes. Celle que les pères de Brou
ont imaginée n'est point dépourvue de sens. Ce Colomban, qui démolissait et
reconstruisait, c’est un symbole. Derrière cette figure imaginaire, il y a la main
de Marguerite, celle qui depuis Malines faisait et défaisait. Et c'est ainsi que
la tradition vient rejoindre l'histoire. On verra, en effet, si l'on veut bien suivre
les vicissitudes du monument, l'archiduchesse modifier ses projets pour les rendre
de plus en plus magnifiques et dignes de sa fortune.
Brou, choisi par Marguerite d'Autriche pour la sépulture de Philibert le Beau,
était à cette époque une paroisse qui se mourait (?). Bourg, à vrai dire, en dépendait,
mais la capitale de la Bresse voulait vivre sa vie propre ; dans son enceinte
la chapelle Notre-Dame, enrichie par les fondations d'une généreuse bourgeoisie,
cherchait à s'émanciper. Depuis trois siècles, il y avait une hostilité permanente
entre le curé de Saint-Pierre de Brou et les « remembranciers » de Notre-Dame.
Des arbitrages, l'intervention de l’Ordinaire et des appels en Cour de Rome avaient
(1) Les premiers documents relatifs à Brou ont été publiés en 1838 dans Le GLay, Analectes
historiques.
(3) Un vitrail du chœur de Brou porte cette légende : Drvus PuiLIBERTUS Dux SaBAUDIÆ auIus
NOMINIS IT. MDIINI IV. IDUS SEPTEMBRIS VITA FUNCTUS.
(8) « Dicta ecclesia [parochialis] dicti loci de Brou quodam modo solitaria seu parum
frequentata remansit ». Bulle du 17 août 1506 dans Baux, Hist. église Brou (Bourg 1854), p. 327.
10
146 MARGUERITE D'’AUTRICHE
été impuissants à résoudre un confit lié à des questions économiques (‘). Brou était
aussi le siège d’un prieuré bénédictin, relevant de l'abbaye d'Ambronay, mais
si pauvremeut renté que l’on pouvait à peine y établir deux ou trois religieux,
et les bâtiments tombaïent en ruine.
Le choix d'un endroit presque désert pour édifier le mausolée du défunt duc
ne manqua point de surprendre les familiers de l’archiduchesse ; ils multiplièrent
les objections, car le licu, éloigné de tout secours, pouvait souffrir du passage
des gens de guerre. N'était-il pas plus pratique et moins onéreux d'édifier la
sépulture en pleine ville, à l'abri de bonnes murailles, en l'église de Notre-Dame,
fréquentée par de nombreux fidèles ? L’archiduchesse sentait bien la valeur de
ces arguments, mais, « gettant grosses larmes », elle déclarait être liée par le
« Vœu de Brou » (à).
Lors d'un accident de chasse, pour sauver la vie de Philippe de Bresse,
Marguerite de Bourbon, la belle-mère de l'archiduchesse avait promis en 1480
de reconstruire l’ancien prieuré bénédictin de Brou (*). Pendant vingt-quatre ans
le vœu fut inexécuté, et durant ce laps de temps, trois souverains de Savoie
furent frappés par la mort, la mère (Margucrite de Bourbon), le père (Philippe
de Bresse), le fils (Philibert le Beau). Marguerite, dans la douloureuse épreuve
qui lui enlevait sa plus chère affection, résolut d'exécuter enfin la promesse déjà
lointaine. Laissant à Pont-d’Ain le cœur de Philibert, l’archiduchesse fit transporter
à Brou, dès le 16 septembre 1504 (!), six jours après le décès, le fils à côté
de la mère et s’occupa aussitôt de l'érection d’un couvent : six mois plus tard,
les premiers terrains étaient achetés (5), les entrepreneurs étaient choisis (f).
Mais, pour pouvoir développer l'œuvre sur l'emplacement même de Brou,
il fallait supprimer l'église St-Pierre ; c'est ainsi qu'on fut amené à solliciter en cour
de Rome le rattachement à Bourg de l’ancienne paroisse. Le projet ne rencontra
en Bresse que des sympathies. À Rome, Philibert Naturel, qui était alors en
ambassade près du Saint-Siège, plusieurs cardinaux, surtout celui de Sainte-Croix,
Ja Congrégation de Lombardie, réussirent enfin à obtenir la bulle du 16 juillet 1506
par laquelle Jules IT autorisait l'érection du couvent de Brou (’). Le 28 du mois
suivant, en présence de Gattinara et autres membres du Conseil, au milieu de la
foule des fidèles et d'une longue théorie de jeunes filles, « nympharumque numerosa
serie decorata », le prieur Raïimond Cartier et cinq autres augustins firent leur
entrée dans la vieille église, chantant le Te Deum, plantant devant la grande porte,
en signe de possession, une croix symbolique, tandis que les anciens bénédictins,
(1) NopeT, Les cloîtres de Brou dans Annales Société émulation Ain, t. xzur, 1910, p. 115
à 119.
(2) PARADIN, Chronique de Savoie. Lyon 1561.
(3) GuicHEeNoON, Histoire de Bresse, Lyon 1650, 1° partie, p. 93 et 96. Une donation faite au
prieur de Brou le 7 mai 1493 par Philippe de Bresse montre qu'à cette date il avait toujours la
pensée de réaliser le fameux Vœu (Copie conservée à la Bibl. de l’Arsenal à Paris, ms. 3712
(ancien 115 H.F.), fol 34.
() Compte des obsèques de Philibert, 1504, dans Qurnsonas, Matériaux pour servir à
l'histoire de Marguerite d'Autriche, tome 1, (Lyon 1860), p. 82.
($) Contrat du 26 avril 1505 (Archives de l'Ain, H 605).
(5) Ordonnance et prix fait du 31 mars 1505. Appendice I, n° 2 et 3.
(7) Bulle du 16 juillet 1506. Appendice I, n° 5.
L'ÉGLISE ET LES TOMBEAUX DE BROU 147
rangés processionnellement, emportaient à Bourg, en l'église Notre-Dame, leur
nouvelle résidence, la statue de saint Pierre, patron de l'antique prieuré ().
Marguerite était là, sous une pluie battante, bravant le vent qui soufflait en tempête
et, de ses mains, fut posée la première pierre de la nouvelle église, à l’endroit
que frapperait le soleil levant, quand le ciel devicndrait plus clément (?).
La désignation de religieux étrangers, venant prendre à Brou la place des
bénédictins bressans, était contraire au vœu de Marguerite de Bourbon. On ne sait
rien des négociations engagées par l'archiduchesse avec la Congrégation de
Lombardie, rien de la mission qui a pu être confiée au chancelier de Savoie,
Jean Clopet, mêlé aux premières démarches. Brou, sans doute, avait conservé
le souvenir des anciens solitaires, dont la tradition était maintenue précisément
par les ermites de saint Augustin, qui suivaient, depuis le XII siècle, la règle
de l’évêque d'Hippone. Peut-être une simple coïncidence détermina-t-elle la décision
de Marguerite. Philibert mourut le jour même de la fête de saint Nicolas
de Tolentin (*), l'un des ascètes les plus vénérés de l'Ordre. La dédicace de la
nouvelle église, placée précisément sous l’invocation du saint, semble indiquer
la préoccupation de faire coïncider l'anniversaire du décès du souverain avec Ja fête
solennelle du thaumaturge. Les nouveaux religieux appartenaient d’ailleurs à une
Congrégation éminente, dont plusieurs membres avaient honoré les plus hautes
dignités (!).
Les premiers augustins, qui arrivèrent à Bourg pour donner leur avis sur
l'emplacement du futur couvent, paraissent avoir fait leur apparition vers le mois
de mars 1505 (). L'un d’eux, le frère Aurèle Raimond, fin diplomate, sut calmer
les appréhensions que l’arrivée des étrangers dans la petite ville bressane avait pu
soulever. Il y avait déjà assez et trop de religieux mendiants dans le pays.
Aussi fallut-il donner aux édiles l'assurance que l’archiduchesse, par sa munificence,
assurerait les ressources nécessaires à l'œuvre (f). Les nouveaux moines
se concilièrent bientôt les fidèles en leur ouvrant le trésor spirituel de la
Congrégation. D'insignes privilèges, ceux de l'église romaine de Notre - Dame
del Popolo, furent appliqués au monastère naissant (”)}. On répandit le culte de
(1) Procès-verbal du 28 août 1506. Appendice I, n° 6.
(2) Procès-verbal du 28 août 1506. Appendice I, n° 7. Un religieux augustin, Raimond Cartier
de Cesana, a fait allusion à cette journée pluvieuse lors de la pose de la première pierre dans
une lettre adressée à Marguerite le 24 août [1516 ?] « Et si par le present ne pouvez venir veoir
non le temple de Salomon comme la royne Saba mais le vostre propre, fondé par voz propres
mains le moys d'avril (sir), non obstant la tres grande abundance de pluves, croyés ce que vous
dira vostre aumosnier » (Arch. Nord, B 19184, n° 44535, Orig.).
(3) Certains auteurs ont cru que l'église de Brou était dédiée à Notre-Dame. Cette confusion
provient de l'installation sur le maître autel d'un tableau de la Vierge envoyé par les exécuteurs
testamentaires de l'archiduchesse en 1532, copie faite sur celui de Sainte-Marie Majeure de Rome.
Baux, Hist. église Brou (1854), p. 272.
(t) Mariano de Genazzano, l'ami de Pic de La Mirandole, devint général de l'ordre des ermites
de St-Augustin et mourut en 1498. Il appartenait à la Congrégation de Lombardie.
(5) Aurele Raimundo à Marguerite, 6 mars [1505]. Appendice I, n° 1.
(6) Délibération du Conseil de Bourg, 28 mai 1505, dans Baux, Histoire église Brou (1854),
page 174, note 1.
(7) Instructions de Marguerite à [François de Melun], protonotaire, prévôt de St-Omer, chargé
de solliciter à Rome des indulgences pour les visiteurs de Brou [1507], avant mars (Arch. Nord,
B 20047, n° 19957, minute latine). Cf. Baux, Hist. égl. Brou (1854), p. 276.
148 MARGUERITE D'AUTRICHE
saint Nicolas de Tolentin sous forme de pain miraculeux (‘) distribué le jour de sa
fête, (10 septembre). Les religieux, si efficacement protégés par la grâce du
Saint-Siège et par la puissance de la douairière, s’implantèrent et se multiplièrent.
Les deux moines, venus en éclaireurs dès 1505, furent bientôt suivis par d’autres,
presque exclusivement recrutés en Italie ; cinq années plus tard, ils atteignaient
le chiffre de douze fixé par la fondatrice, puis le dépassèrent (?). Un prieur était
à leur tête, Raimond Cartier de Cesana, qui était piémontais, comme ses successeurs
Anselme Cara et Paul de Dronero. Louis de Gleyrens, qui exerça aussi cette charge,
était de même étranger au pays (°).
La Congrégation de Lombardie, en prenant soin d'assurer sa suprématie
par de nombreuses recrues italiennes, avait encore d'autres moyens d'action :
le prieur et un religieux de Brou étaient tenus d'assister au chapitre général
qui se tenait annuellement dans quelque ville de la Péninsule (*). Des visiteurs
recevaient mission de contrôler le couvent (*). Les actes importants, notamment
le titre de dotation du monastère, devaient, pour être valables, recevoir l'approbation
des supérieurs.
En arrivant à Brou, les moines lombards trouvèrent une église et un couvent.
L'église était encore utilisable, puisqu'elle venait de servir au culte paroissial.
Mais le couvent, si lépreux que Marguerite de Bourbon voulait déjà le faire
reconstruire, n'était pas habitable. Comment vivre sous de vieux murs, dans
l'ombre humide de la Bresse, quand on a connu le ciel et la lumière de l'Italie ?
Un logis spacieux et aéré était nécessaire ; ce fut la première préoccupation.
(4) Sur la dévotion au pain de saint Nicolas, voir une lettre de Meillier du 11 juillet 1629,
publiée par ALLOING, Un manuscrit sur Brou, dans Annales Société émulation Ain, t. xxxv,
1882, p. 263 à 265. Cf. DEPÉRY, Abrégé de la vie de saint Nicolas de Tolentin, patron de l'église
de Brou. Bourg, 1876, 99 p. in-16. Filippo Gior&r, Vita del taumaturgo s. Niccula da Tolentino,
2° édition, Tolentino, 1887, 647 p. in-8° avec planches
(2) Le 4 décembre [1511], il y avait douze religieux à Brou, dont huit prêtres (Arch. Nord,
B 19182, n° 44497, publiée dans CocuiN et BRUCHET, Une lettre inédite de Michel Colombe,
Paris, 1914, p. 43). Ln 1521, il y avait dix-huit religieux à Brou. Le prieur, le vicaire et
dix moines étaient italiens, trois étaient bressans, un était du diocèse de Montpellier. Acceptation
faite le 13 avril 1521 de la dotation du couvent détaillée dans les lettres patentes de Marguerite
du 28 mars précédent (Original avec signatures des religieux de Brou et celles de dix dignitaires
de la Congrégation de Lombardie, Arch. Nord, B 20047, n° 19955).
(5) Les prieurs de Brou étaient en principe élus pour trois ans par le chapitre de l'ordre. Il
semble toutefois que le premier ait exercé cette charge pendant six ans. Voici la succession
probable de ces prieurs : Raimond Cartier de Cesana (1506, 27 août; [1508], 6 mars ; 1599,
12 novembre ; 1512, 15 avril). — Anselme Cara (élu probablement -en 1512; [1513], 14 mars;
[1514], 20 août. — Raimond Cartier (réélu un peu avant le 26 juillet 1515). — Paul de Dronero
(probablement élu vers juin 1518 ; 1520, 25 février ; 1521, 14 avril ; 1522, 13 avril. Ce personnage
était du diocèse de Saluces et était parfois appelé Paulus de Gosmariis de Dragonero). —
Louis de Gleyrens (1522, 30 juillet ; 1525, 24 septembre). — Paul de Dronero (1528, 11 janvier).
(+) Anselme Cara, prieur, à Marguerite, 20 août [1514], Brou. « Tous les ans nous sommes
tenus d'aler fere l'obedience a nostre chappitre dela les monts, qui est grande despense, car a
tout le moins y fault aller deux freres... Ceste année passée, je ne suis point alé a nostre
chappitre pour obvier a la despense et pour non charger le couvent, de quoy aucuns de nos
beaux peres mes majeurs n'ont pas esté contents. L'année qui vient se tiendra nostre chappitre
a Florence ». À la prochaine fête de Pâques, Cara aura terminé la troisième année de sa charge
et devra s'en aller. [1 est « savoisien » (Arch.-Nord, B 19184, n° 44566, original).
(5) Jacques-Philippe, de Turin, et Samuel, de Verceil, visiteurs de la Congrégation de
Lonbardie, écrivent à l’archiduchesse, de Bourg, le 21 septembre 1517, au sujet du procès de
Montellier (Arch. Nord, B 191384, n° 44465, autographe).
L'ÉGLISE ET LES TOMBEAUX DE BROU 149
Dans l'œuvre de Brou, l'influence des augustins est indiscutable, attestée par des
modifications de projets. Elle est non moins certaine, mais occulte, dans les questions
de personnes. Il y avait danger à se débattre de la « chape du moine », et plusieurs
collaborateurs de l’archiduchesse devaient l’apprendre à leurs dépens.
En 1505, un premier contrat, passé avec des maîtres maçons de Bourg,
prévoyait un monastère, une église et deux tombeaux ('). Toute l’activité se porta
d’abord sur le couvent ; il était sage, si l’on voulait loger les religieux, de ne pas
multiplier les dépenses, car on disposait à ce moment de ressources très limitées.
L'accumulation des matériaux sur le chantier, pour les seuls moines, soulevait
quelque étonnement et le bruit en arrivait jusqu’à l’archiduchesse. « Par la voix
et le désir d’un chascun, il seroit désormais temps de commencer vostre église,
lui disait-on, ce que les religieux reculeroient voulontiers de toute leur puissance (À) ».
Les beaux pères laissaient dire, restaient fermes en leurs desseins et suivaient
soigneusement les progrès de leur construction, solide, resplendissante, toute
baignée de lumière. Prudents avec tous ceux qui détenaient quelque parcelle
d'autorité, habiles avec les gens des Pays-Bas qui approchaient l’archiduchesse,
les augustins avec patience parvenaient à leurs fins et bientôt leur monastère,
prenant une belle ampleur, devenait « une grosse montagne » (*). Mais l’église était
toujours en souffrance. Quand, un beau jour, on décida de s’en occuper, les ermites
n'eurent qu'une peur, celle de voir le monument de trop près, et ils tenaient
à contempler, de leur dortoir, les horizons verdoyants du gras pays. Une fois
rassurés, bien installés dans leur couvent neuf, les moines continuérent à
s’accommoder de la vieille église Saint-Pierre, s’occupant de leur temporel sans trop
se soucier des autres travaux. Et si l’archiduchesse venait les tirer de leur quiétude
par une question précise, leur demandant par exemple s'il fallait exhausser le sol
de la future église, ils répondaient évasivement, comme étrangers à une pareille
préoccupation : « Puysque vostre bon plaisir a esté demander nostre advis si vostre
église sera plus belle de la hausser de quatre ou six degretz, il nous semble que,
d'autant que elle sera plus élevée, elle sera plus belle, vous priant que la faictes
faire selon vostre bon plaisir, sans avoir aucun regard a nous (f) ».
Les travaux de Brou commencèrent six mois après la mort de Philibert le Beau.
Cette rapidité montre bien l'esprit de décision de l’archiduchesse. Les projets
s’amplifièrent à mesure que les moyens financiers devinrent plus puissants. La
subvention annuelle passera de 4.000 à 12.000 florins, et les tombeaux évalués
d'abord à 300 livres représenteront plus tard 2.500 écus. Il y eut trois phases bien
caractéristiques dans la gestation de l'œuvre : les projets bressans (1505-1509), les
plans avortés des maîtres français (1509-1512), enfin le triomphe de l'école flamande
avec Van Boghem et ses collaborateurs (1512-1532).
Les projets bressans sont inspirés par un sentiment d’évidente économie : plans
modestes, collaborateurs locaux, travail à forfait, le seul qui permettait de voir clair.
L'église avait les proportions d’une chapelle à trois petites nefs, abritant deux
(1) Prix fait du [31 mars 1505]. Appendice I, n° 3.
(2) Lemaire à Marguerite, 2) novembre 1510. Appendice I, n° 35.
(3) Les religieux de Brou à Marguerite, 20 mars [15101 (Arch. Nord, B 19182, n° 44498, Original).
(t) Le prieur de Brou à Marguerite, 26 juillet [1511]. Appendice I, n° 50.
150 MARGUERITE D’AUTRICHE
tombeaux, d’un prix assez mesquin, celui de Philibert ct celui de sa mère. Le
couvent et l'habitation destinée à l’archiduchesse devaient être non en pierre,
comme l'église, mais en simples briques, avec carrelages en « plates de terre cuite »
et escaliers en colimaçon. Des fenêtres « croisées » et « demi-croisées », avec de
sobres moulures et l’écusson armorié de la bienfaitrice, telle était la seule décoration
prévue (1).
Les premiers travaux, confiés à l'entreprise dès le 31 mars 1505, furent presque
aussitôt modifiés, car les moines trouvèrent le projet trop médiocre. On fit de
nouvelles fondations pour les agrandissements jugés nécessaires, et on améliora les
parties conservées du devis primitif en transformant les fenêtres, en prévoyant des
voûtes pour le cloître, le réfectoire, la salle capitulaire et la sacristie. La cave
même prit des proportions plus impesantes (?).
En principe, la maçonnerie devait être terminée en 1507, mais deux ans après,
quand Gattinara vint faire ses Pâques à Brou avec Barangier, il constata qu'il
faudrait au moins autant de temps pour l'achever. L'œuvre avait, il est vrai, déjà
grande allure et le fidèle conseiller de Marguerite l’'engagcait à donner sans lésimer
pour la parfaire. « Et vous asseure, lui écrivait-il, que si vous eussiez une foys vehu
ce qui est faict, vous vendriés plustost la meilleure robe que haiës que vous ne
trovissiés les mille escuz pour emploier ce qu'est preparé » (*). En 1510, la maçonnerie
du dortoir était terminée; en avril 1511, trois travées du grand cloitre étaient
voûtées (!); en septembre 1512 enfin, on posait les armoiries de l’archiduchesse (°) et
les moines allaient s'installer avant l'hiver dans le nouveau couvent (f). L'impression
générale était un sentiment d’admiration : « Le logis jà fait est sy grant et sy
magaifique, disait un connaisseur, que je ne sçaey que l'on dira, sinon que religieux
sont plus dignes que Dieu d'estre sumptueusement logés » (7). Et le prieur trouvera,
dans la magnificence du verbe italien, des mots enthousiastes pour célébrer l'œuvre
de l’archiduchesse : « Il convento vestro si dimostra ora may non diro convento mha
uno capitolo de’antiqui romani, tanto he splendido e glorioso » (f). Il avait fallu près
de sept ans pour construire le monastère, et encore n'était-il pas complètement
terminé. |
Le « très magnifique couvent », malgré les inévitables blessures du temps, garde
encore une certaine beauté de ligne, car son constructeur anonyme avait le sens des
(1) Prix fait du [31 mars 1505]. Appendice I, n° 3.
(2) Conventions du 7 avril 1506. Appendice I, n° 4.
(3) Gattinara à Marguerite, 24 avril 1509. Genève (Arch. Nord, B 18830, n° 25672, publ. dans
LE GLay, Négoc. diplomatiques entre la France et l'Autriche (Paris, 1845), tome I, p. 248.
(4) Chivilliard à Marguerite, {°° avril [1511]. Appendice I, n° 45.
(5) Chivilliard à Marguerite, 9 Septembre 1512. Appendice I, n° 81.
(6) Anselme Cara à [Louis (cquin], aumônier de l'archiduchesse, 2 août 1512, Bourg.
« … Adhuc manemus in illo incomodo in quo eranus quando Vestra Humauitas apud nos fuit;
. Sunt jam tres ex religiosis infirmi propter intensos calores qui modo hic regnant, in quorum
servicio vix reperitur frater adeo fortis quod possit perseverare ob incomodum maximum
habitationis nostre...; magister operum solicitetur taliter quod ad minus in hyeme futura
possimus nova edificia habitare... Placeat caritati vestre exponere ipsi illustrissime domine
nostre ; exCuSamus n10S apud eam quia ei non scribamus, quod evenit ob ab<entiam cujusdam
fratris nostri qui habet linguam et manum galicam... » (Arch. Nord, B 18840, n° 29076, autogr.).
(7) Perréal à Marguerite, 4 janvier [1511]. Appendice I, n° 40.
(8) Anselme Cara à Marguerite, 21 mai [1513] (Arch. Nord, B 19184, n° 44563).
L'ÉGLISE ET LES TOMBEAUX DE BROU 151
proportions. Un érudit, dont il convient de rappeler l'effort archéologique --- à côté
de celui des Baux, des Didron, des Dupasquier et des Charvet —-, le docteur Victor
Nodet, a trouvé des expressions justes pour caractériser l'œuvre des « maîtres ouvriers
bressans, sans apport étranger, en pleine tradition gothique locale. Ce qui donne au
couvent de Brou son charme et sa beauté, ce sont sans contredit ses cloîtres, où la
promenade se fait si douce, sur ces briques qui s'usent et dont la fine poussière va
poudrer la belle pierre blanche de Ramasse et la colorer de ce ton chaud si particulier,
commun aux cloitres, aux tombeaux et à toute l'église de Brou () ».
Il ne suffisait point toutefois d’être logé superbement, il fallait encore vivre, et
comme l'on avait pris l'engagement vis-à-vis des édiles de Bourg, de ne pas faire appel
à la générosité publique, besoin était d’être bien renté. D'ailleurs l’archiduchesse
n'était pas éternelle ct il faudrait dans l’avenir subvenir à l'entretien de constructions
onéreuses. La question du temporel était primordiale pour les moines et c'était le
sujet de la plupart des lettres qu'ils adressaient à Malines, non sans quelque exorde
insinuant : « Vous avez planté ung tres bon arbre. Les fruictz sont vostres et nous
seront vostres jardiniers » (?), lui disait-on, tandis qu’une plume épaisse écrivait
lourdement : « Vous estes riche et qui plus est d’Auteriche : vous pouvès donner » (°).
Une allusion heureuse à l’activité de la Régente dans les affaires des Pays-Bas ne
pouvait manquer d’exciter son intérêt : « Nous sommes huit prebstres, deux novices et
frere Juste et le Barbeta, que sont douze : c’est assez pour fere la guerre au duc de
Gueld{rJes. Mais que argent ne faille. Moy indigne, le capitaine, pense et compte
combien me fault pour entretenir mes gens d'armes. S’il vous plaist, m'envoierés
secours. Nos armes sont prieres et oraisons que pour vous fourgions nuyct et jour,
et soyés asseurée que pour vous combatrons jusques à la mort » (#).
Mais tous ces beaux discours n'étaient que préludes. Les religieux arrivaient
ensuite au solide, leurs vignes, leurs rentes, leurs procès, ct là, nul verbiage mais
des précisions: « Vous nous avez donné du pain au copon de Bourg, de l'eau en
l'estang de Chyvricu, de la cire en la rente de Montillier : reste avoir du vin sans
lequel ne se peut accomplir le divin sacrifice. Pour ce prions tres humblement
Vostre Benigne Grace qu'il vous sovieyne de la vigne de Jaceron » (*). Et avec
ténacité les religieux reviendront sur cette fameuse vigne, invoquant les textes
sacrés : « La Sainte Ecripture dit que les desirs differés croissent. Quant plus differés
la vigne de Jaceron appellé le cloz de Vachier, tant plus grand desir avons de
l'avoir » (f). Et les moines finirent en effet par avoir deux bons vignobles, en cet
(1) Noper, Les cloîtres de Brou dans Annales Société émulation Ain, t. xuitr, 1910, p. 113,
131. Voir la description du couvent faite par le P. Raphaël à la fin du xvrr siècle dans
ALLOING, 0. c., p. 247.
(2) Raymond de Dauphiné, religieux de Brou, à Marguerite. 20 octobre sans millésime (Arch.
Nord, B 19184, n° 44584, orig.).
(8) Raimond [Cartier] de Cesana à Marguerite, 23 octobre [1515 ?] (Arch. Nord, B 19184,
n° 44574. original).
(#) Les religieux de Brou à Marguerite, 4 décembre [1511] (Arch. Nord, B 19182, n° 44497 ;
publ. dans Cocuin et BRUCHET, 0. c., p. 43).
(S) Raimond Cartier de Cesana à Marguerite, 2% octobre [1515] (Arch. Nord, B 19184,
n° 44582, original).
(6) Raimond Cartier de Cesana à Marguerite, 13 décembre [1515] (Arch. Nord, B 19184,
n° 44973, orig.).
152 MARGUERITE D'AUTRICHE
endroit, à flanc de coteau, avec une maison et un bout de pré. Ce petit domaine avec
les étangs de Chevroux et de Montellier, quelques rentes et le produit de la taxe des
marchandises à Bourg, appelée « leyde ou copponage » (*), c'est le meilleur des
biens octroyés par l’archiduchesse. Des fondations particulières dues à la munificence
de personnages vivant dans l'entourage de Marguerite, Laurent de Gorrevod, Antoine
de Montcut, Jean de Gramont, Constance-Marie Sforza, venaient encore accroître
ces revenus (?). |
Grâce à toutes ces générosités, les religieux avaient la vie facile eten convenaient
volontiers : « Moy et tous les beaux pères et frères de Brou, disait l’un des prieurs,
la Grâce Nostre Seigneur, faisons bonne chiere, servientes Domino in lelicia » (?).
Mais il fallait parfois défendre son bien contre les méchants et la chose n'était pas
toujours facile. Le procès de Montellier le prouva bien. Les moines surveillaient de
très près leurs intérêts, espérant faire « mieulx valoir les piesses que ne font les
censiers » (*). Des difficultés étaient inévitables et d'autant plus irritantes que les
Bressans supportaient mal l'obligation de discuter avec des étrangers dont ils ne
comprenaient pas la langue. L'affaire de Montellier, objet d'un long procès, passa
d’abord au Conseil de Bresse. Mais les religieux qu’on voulait obliger à subir le
rachat des droits constituant leur dotation, parlèrent d'en référer au Saint-Siège (°).
D y eut des incidents violents. Les gens du seigneur de Montellier, lequel était de Ja
puissante famille des Montbel, se livrèrent à des voies de fait; les esprits étaient
tellement montés, que les moiues n'osaient plus se rendre dans ce domaine hostile,
« doubtans qu’on ne leur donne du taillant ou de la pointe » (‘). Le litige finit par
s'arranger à Chambéry, devant le Conseil résidant (?).
Les augustins virent même, par la suite, s’arrondir leurs domaines, mais leurs
revenus ne devaient jamais être suffisants pour subvenir à l'entretien de la « Belle
Gueuse » ainsi qu'ils appelaient irrévérencieusement l'église, quand Marguerite ne
fut plus là pour allouer les subventions nécessaires.
Au début, pendant la période bressane, il y avait à Brou un logis et deux
(1) La cession des droits de « leyda » et de « campenage » perçus à Bourg, qui avaient été
aliénés par le domaine ducal au profit d’'Humbert Grillet, fut faite par ce dernier au couvent de
Brou le 15 avril 1512 (Arch. Nord, B 353, n° 16000). Marguerite avait affecté, par patentes du
28 mars 1511, à la dotation de Brou l'étang de Chevroux (Ain, arr’ de Bourg, canton de Pont
de Vaux), rapportant 174 florins 6 gros de Savoie ; la levde de Bourg, évaluée à 150 florins de
rente ; des étangs et des rentes à Montellier (Ain, arrt de Trévoux, canton de Meximieux), par
acquisition de la famille de Montbel, soit 458 florins 4 gros de rente: deux vignes à Jasseron
(Ain, arr! de Bourg, canton de Ceyzériat), soit 86 florins 6 gros de rente. Le tout formait un
revenu de 36! florins 4 gros. Il restait encore à constituer 330 florins 8 gros pour compléter la
dotation de 1200 florins fixée par les lettres de fondation (Arch. Nord, B 20047, n° 195 ; cf.
JoURNOUD dans Annales Suciété académique architecture Lyon, tome vi (1881 1882), p. 79.
() Sur les fondations particulières faites à Brou, cf. Baux, Hsf. église Brou, p. 223. Sur le
domaine du couvent, voir Arch. Ain, H 605 à 668.
(3) Raimond Cartier à Barangier, 19 février 1519 (Arch. Nord, B 19184, n° 44581, original).
(4) Paul de Dronero à Marguerite, 3 décembre sans millésime, au sujet du projet d'achat de
la maison forte de la Pie, près de Loves (arrt de Trévoux, canton de Meximieux) (Arch. Nord,
B 19184, n° 44590, original).
(5) Anselme Cara à Marguerite, 7 octobre [1515] (Arch. Nord, B 19184, n° 44507, original).
(6) Raimond Cartier de Cesana à Marguerite, 1° août [151%] (Arch. Nord, B 19184, n° 44578).
(f) Marguerite à Charles III, duc de Savoie, 5 novembre 1518 (Archives de Cour à Turin,
Lettere principi Savoia, duchi, mazzo 2).
L'ÉGLISE ET LES TOMBEAUX DE BROU 153
cercueils, logis spacieux pour les moines, miuce projet d'église pour les princes. Une
décision inattendue allait transformer l’œuvre. La veuve de Philibert voudra à son
tour reposer sur la terre de Bresse. Ce désir se manifeste pour la première fois dans
le testament du 5 février 1509 (‘), alors que Marguerite dirigeait depuis deux ans les
Pays-Bas, comme si, meurtrie par sa tâche ardue, l'ancienne duchesse de Savoie
tournait sa pensée vers le pays des années heureuses. Brou alors va s’exalter,
rejetant son humble parure. Pour abriter la gloire d’une Régente des Pays-Bas,
pour magnifier les Maisons de Bourgogne et d'Autriche, ïl fallait une œuvre
grandiose, et un nom pour la signer. L’archiduchesse, comme si elle avait voulu,
dans un mouvement de rivalité féminine, opposer son monument à celui du père
d'Anne de Bretagne, celle qui lui avait ravi la couronne de France, va demander le
concours des meilleurs artistes de la cour de son adversaire. Perréal parut à ce
moment l'homme de la situation.
Perréal était le peintre de Louis XII et son intervention marque une nouvelle
étape dans l’histoire de Brou. Une conception plus riche allait susciter aussi le
concours d’un grand sculpteur, chargé d’ans et de gloire, le maître de l'Ecole de la
Loire. On verra, dans l'ombre des morts, s'agiter les passions, la suffisance d’un
artiste célèbre, l'inquiétude d'un besogneux, la détresse d’un cœur simple et, à côté
d'un Perréal, d’un Lemaire de Belges ou d'un Thibaut, bien au-dessus de ces
misères humaines, dans la sérénité d'une admirable vie de labeur, le grand Michel
Colombe, vivant avec Vieillesse qui lui tient compagnie, encore enthousiaste, prêt à
modeler un dernier chef-d'œuvre dans un suprême effort. C'est la période des plans
avortés dont il ne reste rien sinon quelques papiers, mais singulièrement précieux :
où verra à l’œuvre le peintre qui conçoit et établit le « pourtraict », le tailleur
d'images qui modèle le « patron en terre cuite », enfin le praticien qui réalise
l’œuvre en grandeur d’exécution.
Jean Perréal, appelé aussi Jean de Paris (né en 1463, mort en 1529), peintre et
valet de chambre du roi de France, occupait une situation très en vue non seulement
à la cour de Louis XII, mais aussi dans la ville de Lyon, où l'on appréciait depuis
longtemps ses nombreuses aptitudes, car il était non seulement peintre, mais
ingénieur, et doué d’un vrai talent d'organisation. Le tombeau édifié à Nantes pour
le père d'Anne de Bretagne avait mis récemment le sceau à sa réputation.
Marguerite le connaissait d’ailleurs de longue date, car, jeune encore, il était déjà
attaché à son hôtel en 1484, quand elle était reine de France (?); il lui donna vrai-
semblablement les premières notions de peinture (*). Elle le retrouva en Bresse et le
pensionna en 1504 ou 1505 (*). Puis, de Malines, l’ayant perdu de vue, Marguerite
oubliera de payer les 20 philippus qu'elle lui avait promis chaque année. Perréal
avait heureusement à la cour de la Régente un ami, véritable thuriféraire, Lemaire
de Belges, dont l’encens était gros lorsqu'il faisait l’éloge de son « singulier patron et
(1) Testament du 20 février 1509 n. st. Appendice I, n° 10.
(2) « Jehan de Paris » figure sur les « escroes » de l'Hôtel de Marguerite d'Autriche, reine de
France, du 1° octobre 1484 au 30 septembre 1485, à raison de 80 livres tournois de gages
annuels (Archives Nationales, KK 80, fol. 58). Il s'agit vraisemblablement de Jean Perréal.
(8) CHaravay, J. Lernaire de Belges... et J. Perréal dans Revue des documents historiques,
tome 111 (1876), p. 109.
(#) Mandement du 14 juillet 1510 (Arch. Nord, B 2215, n° 75675, minute).
154 MARGUERITE D'AUTRICHE
bienfaiteur, notre second Zeuxis ou Apelle en peinture » (!). I1 le célébrait, par
habitude, en toutes circonstances, comme l'homme indispensable, celui dont le
concours s'imposait partout, à la Saunerie de Tourmont dans le comté de Bourgogne,
par exemple, où l'on avait besoin de gens « fondez et praticyens en l’art mathema-
tique et geométrie pour sçavoir faire engins. Vous avez entre les mains homme a ce
propice, écrivait-il en novembre 1510 à l’archiduchesse, riche de science, d'amys,
d'entendement, d'ingeniosité, d'audace, d'honneur, d’avoir et d’auctorité, et qui
desireroit de tout son cueur y faire son chief d'œuvre... ; et pour nommer le person-
naige. Madame, c’est vostre painctre et varlet de chambre, maistre Jehan de Perreal
de Paris » (?).
Perréal s'imposait, en effet, par une variété de connaissances qui étonnait même
un esprit aussi encyclopédique que celui de Cornélius Agrippa de Nettesheim, son
illustre contemporain (*). Il avait des lettres, écrivait volontiers, citant Horace sans
imiter sa concision. Ses correspondances sur Brou, vivantes et savoureuses, révèlent
une personnalité brillante certes, mais égoïste et, par certains côtés, bien peu sympa-
thique. On pourrait sans doute louer, comme une preuve de caractère, son dédain
pour l'opinion des gens en place, car il y avait quelque courage à heurter de front
les puissants. Il ne pouvait, disait-il, supporter ni « commentateurs, ni gloseurs », ni
« telles gens autour des princes qui veulent, cuydant complaire, de trop de choses
deviser et gastent le drap » (*). Peut-être était-ce là simple verbiage, car on le voit
par ailleurs assez bon courtisan ; mais, vis-à-vis des humbles, il affichait un mépris
insensé, déniant à des gens de métier, maçons ou tailleurs d'images, toute qualité
pour juger la valeur d’un marbre (f). C'était un orgucilleux doublé d’un autoritaire,
sacrifiant sans pitié, sous l'impulsion du moment, de bons collaborateurs. Perréal
n'eut que de mauvais procédés envers un inoffensif sculpteur, Thibaut Landry, dont
le grand crime était d’avoir voulu travailler aux sépultures avec un marché antérieur
qui lui était personnel. Lemaire de Belges, cet ami qui lui avait été si secourable,
prônant partout son éloge et prenant à cœur les intérêts du peintre et ceux de son
fils, sera lui aussi victime de ce tempéramment violent, quand viendra l'heure de
l'adversité. Le Lyonnais, qui avait pignon sur rue, rentes et pensions de tous côtés,
calomniera bassement l’indiciaire des Pays-Bas quand le malheureux bohème, errant
de cour en cour, sera tombé à terre. Il le traitera de « parleur et inventeur
de menteries », rappelant sa « pouillerie et pauvreté » (f).
Perréal avait-il du moins, pour parler si haut, l’excuse d’un complet désintéres-
sement ? Sans doute, à l'en croire, il ne travaillait que pour la gloire, aux ordres de
(1) Lemaire à Thomassin, 12 août 1509, Lvon, dans LEMAIRE de BELGES, Œuvres, édit.
STECHER, t. 11 (Louvain 1855), p. 406.
(3) Lemaire à Marguerite, 20 novembre 1510. Appendice I, n° 35.
(3) « Quantum enim ex literis magnifici illius cubicularii [Perreal] videre licet, et quantum ex
tua fideli relationi accepi, vir est a quo potius doctrinam exigere debeamus quam ut ipse nos
de aliqua interroget ». Cornelius Agrippa à un ami inconnu, 1509. Dôle, dans P. A. BECKER, Jean
Lemaire. Der erste humanistische Dichter Frankreichs (Strasbourg, 1893), p. 367.
(*) Perréal à Barangier, 4 janvier [1511] dans E.-L.-G. CHarveT, Jehan Perréal, Clément
Trie et Edouard Grand (Lyon, 1834), p. 65 et G2.
(5) Même lettre, ibidem, p. 59.
($) Perréal à Marguerite, 17 octobre [1512]. Appendice I, n° 92.
L'ÉGLISE ET LES TOMBEAUX DE BROU 155
l’archiduchesse « à gaiges et sans gaiges » (!), lui appartenant « aussy bien et myeulx
pour deux sols le jour que les aucuns pour cent sols » (?), et il voulait si bien qu'on le
sût qu'il revient sur ce thème à satiété: « j'ai faict, fais et feray le mieulx que
pourray, déclarait-il en parlant de la Régente, tant que ma pauvre peau se pourra
estandre.. Son bon plaisir soit fait, car je luy ay esté entier et ay prins autant de
peire comme si j'avoye mille escus d'or de pension : mais amour me maine, et vous le
povez congnoistre » (*). Déjà auparavant, quand il travaillait pour la ville de Lyon,
il clamait son désintéressement, besognant pour l'honneur de la ville ct non pour
son particulier profit. À l'occasion d'une réception royale, on lui avait demandé
d'exécuter le modèle d’une pièce d’orféèvrerie destinée à la reine Anne de Bretagne,
« ung beau lyon d'or bien fait et bien tiré, assis sur ses fesses, et de ses deux plotes
devant tenant une belle coppe d'or à la façon ancienne... et cent belles pièces d’or
dedans la coppe ». Perréal fut payé de sa peine, mais fit la grimace car la somme
n'était pas assez ronde, et l’on a conservé le texte révélateur, celui qui enfin démasque
l'homme, quand le Lyonnais qui paraissait si détaché des questions matérielles
remontre à de trop parcimonieux édiles qu’on lui avait donné pour sa peine « autant
ou moins que à ceux qui besongnaient à journées. Et tout le monde crioit et disoit :
À, A! Jehan de Paris sera riche à cesle fois. Et luy mesme pensoit que sa scicnce Juy
donneroit sa vie... Et quand il s’en plaint, les gens sont tous esbahis » Et c'est
ainsi que, protestant encore de son mépris de l’argent, « car là où est volenté lucra-
tive, desir d'honneur n’a lieu » (#), le grandiloquent Perréal tendit la main pour
avoir soixante francs ; du moins le fit-il avec esprit.
Perréal, avec un pareil caractère, était un collaborateur plutôt fâchcux, et encore
avait-il d’autres défauts, car il manquait de franchise. Il dissimulera le prix élevé
de ses projets, « ne voulant pas estonner Madame afin de ne reculer l'œuvre » (P).
Son factotum, Lemaire de Belges, subissait l’ascendant de l'impérieux artiste, et
tout au plus se faisait-il écouter quand il parlait chroniques ou blasons. Lui aussi
clamait son désintéressement et illustrait ses livres de la devise : DE PEU ASsEz (f). A
l'en croire, il vivait de la substantifique moelle des Anciens, répétant avec Cicéron
« Honneur nourrit les sciences et sont les hommes espris de bien faire pour avoir
renommée » (7). Quand il avait trop faim, il criait, mais n'obtenait rien et se croyait
persécuté : « Ma fortune est telle que je bas toujours les buissons et ung autre prend
(1) Perréal à Marguerite, 15 novembre [1509], dans CHARVET, o. c., p. 52.
(*) Perréal à Marguerite, 4 janvier [1511], ébid., p. 69.
(3) Perréal à [Barangier], 30 mars [1512], dans LkMaRE, ŒUVRES, édit. STECHER, t. 1V, p. 379.
(#) Requête de Perréal aux conseillers de la ville de Lyon, peu après le 15 mai 1494, dans
CHARVET, 0. c., p. 17 et 18.
(5) Perréal à Barangier, 4 janvier [1511], dans CuaARvET, 0. c., p. 61.
(6) Cette devise termine quelques-unes des œuvres de Lemaire (notamment les [lustrations
de Gaule publiées en 1511) et se trouve dans son ex-libris, récemment publié dans P. CHAMPION,
Le canonicat pour Jean Lemaire de Belyes à Lyon. Lyon, 1926. I en avait aussi d’autres : Se
non utile est quod faciemus, stulta est gloria; et encore Penser, penser, penser, dire. cf.
BECKER, 0. r., p. 339.
(7) Lemaire à Marguerite [1509], dans Œuvres, éd. STECHER, t. 1V, p. 394. Le texte de Cicéron
(Tusculanes I, 2, 4) porte : « Honos alit artes omnesque incenduntur ad studia gloria ». Voici
une traduction plus libre donnée par le même Lemaire dans sa Couronne margaritique (édition
STECHER, t. IV, p. 60). « Car vertu tant plus est prisée et guerdonnée, taut mieux s'estudie de
croitre ».
156 MARGUERITE D'AUTRICHE
les oisillons » (‘), répétait-il souvent, et cependant le « povre Jan Lemaire » se
donnait du mal. Qui croirait que l’auteur déjà célèbre des Jllustralions de Gaule
el Singulariléz de Troye, celui que Clément Marot appelle.
.... Jean Le Maire, Belgeois (?)
Que l'ame avoit d'Homere le Gregeois
abandonnait ses livres pour aller dans la carrière de Saint-Lothain « au travail, en
l'eaue vifve jusques au genouil », risquant d'être écrasé sous un éboulement, car il
avait fait « creuser, plus de LxxI piedz de parfond, et autant de large et cinquante
en travers, qu'est une chose horrible a veoir » (*). L’intellectuel mettait pour ainsi
dire Ja main à la pâte, car il fallait vivre, et l'affaire de Saint-Lothain semblait une
bonne spéculation; vains efforts et l’indiciaire de Madame, songeant à toutes ses
misères, répétait sans résignation : « À povres gens, menue monnoye » (!).
Lemaire apparaît dans l’histoire de Brou en 1506, quand on l'envoie à Rome
pour assister les princes de l'Église chargés de négocier l'érection du couvent (f). Il
était depuis deux ans au service de Marguerite et allait succéder à Molinet, dont il
était le neveu, en la charge d’ « indiciaire » le 11 septembre 1507, date de sa prestation
de serment (*). Il réapparait en 1509 comme « soliciteur » des édifices de Brou,
fonction assez mal définie. Dès lors, on le verra servir d’agent de liaison entre l’archi-
duchesse et ses collaborateurs, se procurer du marbre à Liége, en extraire à Saint-
Lothain, négocier un marché. Ses connaissances héraldiques et historiques en
faisaient le collaborateur nécessaire de celui qui concevait les projets de sépultures.
Il fallait des précisions pour les devises, les blasons, les emblèmes bourguignons et
savoyards. L'indiciaire des Pays-Bas intervenait alors et collaborait avec Perréal.
Ce fut Lemaire qui, au mois d'août 1509, mit l'artiste lyonnais au courant des
projets de Brou, lui faisant connaître le dessein de l’archiduchesse d'édifier trois
tombeaux dont elle avait déjà quelques patrons, mais elle en voulait encore « ung
de quelque mode digne de memoire » (”). Perréal revenait de Vénétie, la tête pleine
de réminiscences antiques, ses cartons bourrés de croquis (#). Il trouvait en Lemaire,
(1) Lemaire à Marguerite, 20 novembre 1510, dans Œuvres, édit. STECHER, t. 1V, p. 402.
(3) Clément Manor. Epitre à Madame de Soubise (1536) dans ses Œuvres, édition JANNET,
t. 1, p. 258.
(3) LEMAIRE, Œuvres, t. 1, p. 403.
(#) Lemaire à Marguerite, 20 novembre 1510, dans Œuvres, édit. STECHER, t. 1v, p. 406.
(5) Lettres de créance délivrées par l'archiduchesse à Jean Lemaire auprès de l’évêque de
Maurienne et de l'abbé d'Ainay pour solliciter en cour de Rome l'érection du prieuré de Brou et
la concession de « pardons ». La pièce porte au verso « Expeditio Marii apud Urbem » (Arch.
Nord, B 18826, n° 24459, fol. 2). Lemaire se rendit, en effet, à Rome où il était en juillet 1506
(Œuvres, édit. STECHER, t. 111, p. 397) après avoir séjourné à Venise le 31 mai précédent (1b:@.,
t. 111, p. 302).
(6) P. Spaak, Jean Lemaire de Belges (Paris 1926), p. 60.
(*) Perréal à Marguerite, 15 novembre [1509]. Appendice I, n° 11.
(8) Perréal, d'après Lemaire, aurait, pendant l'expédition de Louis XII, accumulé les dessins,
peignant les « citéz, villes, chasteaux de la conqueste et l'assiette d'iceux, la volubilité des fleuves,
l'inéqualité des montaignes, la planure du territoire, l'ordre et le desordre de la bataille,
l'horreur des gisans en occision sanguinolente, la miserableté des mutiléz nageans entre mort et
vie, l'effroy des fuyans, l’ardeur et impetuosité des vainqueurs et l’exaltation et hilarité des
triomphans ». Perréal fut malade au cours de la campagne et soigné par un humaniste, « noble
docteur physicien lyonnais tres scientifique messire Symphorien Champier, qui l'ha tiré hors
des maschoires de la mort, esquelles il s'estoit engouffré par trop grand labeur, abstinence et
vigilance ». Lemaire à Thomassin, 1509, 12 août dans la Légende des Vénitiens, Œuvres, édit.
STECHER, t. Ii, p. 406.
L'ÉGLISE ET LES TOMBEAUX DE BROU 157
qui était déjà allé deux fois dans la Péninsule, unitalianisant (‘) épris de conceptions
originales. La lettre que le peintre lyonnais écrivit à Marguerite, pour lui annoncer
qu'il s'occuperait de ses patrons, est significative, montrant bien l'influence des expé-
ditions d'Italie sur les nouvelles orientations de l'art ; « Sy me suis mis apres, écrivait-
il le 15 novembre 1509, tant pour mon devoir envers Vostre Majesté que pour
l'amour que je vous doy, et ay revyré mes pourtraitures, au moien des choses antiques
que j'ay veu es parties d'Italie, pour faire de touttes belles fleures ung troussé
bouquet dont j'ay monstré le jet audit Le Maire, et maintenant fais les patrons que
j'espere arez en bref » (?).
Perréal tint parole et envoya les « patrons » qui furent approuvés par l’archi-
duchesse en juillet 1510 (*. Marguerite, pour s'attacher plus étroitement ses
collaborateurs, régla les émoluments de l’« indiciaire », le chargea d'extraire, à
Saint-Lothain, l'albâtre des sépultures (*), paya à Perréal sa pension arriérée et lui
délivra une commission de « peintre et valet de chambre de Madame » (‘). Tout
paraissait aller pour le mieux.
Le second semestre de l’année 1510 se passa sans grandes réalisations. Perréal,
sollicité de dresser un projet pour l'église, se désintéressait de cette besogne, car il lui
fallait tenir compte des constructions déjà établies, nécessité qui lui était désagréable.
« C'est chose, disait-il, qui ne so fait pas sans y penser, tant au lieu que à la
convenance... ; mais quand j'aroye fait tout au mieulx que je pouroye, je doubte que
le drap se soyt gasté et que les chausses ne soient courtes » (f)}. On aurait dû
commencer l’église, au gré de l’archiduchesse, dès le carême de l’année 1511 (”), et
au mois de juillet suivant, on en était encore à discuter son emplacement, se
demandant s'il fallait exhausser le terrain (#). Enfin, en septembre, une grande
conférence eut lieu sur place. Perréal, assisté de deux maitres lyonnais, Henriet
Bertrand et Jean de Lorraine, mesura sur le terrain, « par cordeaulx, pour mieulx
juger du tout », le plan de l'édifice, « considérant plus faire ouvrage de fille
d'empereur que pour aultre regard ». Il dressa ensuite sur un parchemin le « patron
de la platteforme de l’église » en se servant d’une échelle dont il donnait le « compas »,
de façon à ce que l'on pût « cognoistre toutes les largeurs, haulteurs et longueurs,
tant du tout que des parties » (°).
Le « patron de la platteforme de l'église », d'autres encore intéressant l'élévation
de ce monument et les arcs boutants extérieurs, exécutés par Perréal dans ce même
(!) Lemaire, dans une lettre adressée 4 Jean de Marnix le 17 novembre [1:07], écrite dans un
latin élégant, s'intéresse à un cahier appartenant à Gilles de Busleyden contenant la description
d’antiquités trouvées récemment en Hainaut et l'envoie à son correspondant. Témoignage à
joindre avec d'autres au dossier des Humanistes des Pays-Bas. Cette lettre est signée de son
anagramme « ERIAMEL, belga, indiciarius regius et canonicus Vallencenensis ». STECHER, t. IV,
p. 372.
(2) Perréal à Marguerite, 15 novembre 1509, Appendice I. n° 11.
(8) Mandement du 14 juillet 1510. Appendice I, n° 23; cf. n° 2.
(t) Mandements du [30 juin 1510]. Appendice I, n°* 18 à 20 ; cf. n° 21 et 22.
(5) Mandements des 14 et 15 juillet 1510. Appendice I, n°* 23, 26 ; cf. n°5 24 et 25.
(6) Perréal à Barangier, 4 janvier [1511]. Appendice I, n° 41 ;
(7) Marguerite à Perréal [15 juillet 1510]. Appendice I, n° 25.
(8) Marguerite au Conseil de Bresse, 6 juillet 1511. Appendice I, n° 48.
(@®) Perréal À Barangier, Y octobre [1511]. Appendice I, n° 58.
158 MARGUERITE D’AUTRICHE
mois de septembre 1511, furent, dès leur achèvement, remis à Jean Lemaire pour
être portés à Michel Colombe (‘). Mais la question la plus importante était, à ce
moment, celle des sépultures.
Et tout d'abord, adopterait-on le marbre ou le métal ? L'archiduchesse avait
peut-être été impressionnée par la magnificence des cuivres de certains tombeaux des
Pays-Bas. Tout récemment n'avait-on pas érigé à Bruges (1495 à 1502), sous la
direction de Pierre de Beckere, le monument de Marie de Bourgogne, en rehaussant
l'éclat du métal par d’admirables émaux généalogiques (?)? Perréal, qui tenait avant
tout à la collaboration du grand artiste qui avait taillé dans des blocs de Carrare les
«images » du tombeau de Nantes, ne manqua point de raisons pour justifier le choix
du marbre. Le cuivre doré, disait-il, « sera plus riche maiz non pas sy bien fait,
quelque bon patron qu'on face au fondeurs qui la fonderont ; car la matiere, qui
coule espesse, bave et enfle choses subtiles, et quant ilz la cuident reparer, ilz
gastent tout pour ce qu'ilz sont fondeurs et non ouvriers tailleurs, et au lieu de
faire des cheveux, ilz feront une queue d'estoupes » (?). On décida donc d'employer
le marbre et l'albâtre.
Perréal avait trouvé, pour exécuter la sépulture du duc de Bretagne, le grand
sculpteur qui dennait à l'École de la Loire une si remarquable originalité. L'œuvre
que Michel Colombe édifia à Nantes (1502 à 1507), pour le père d'Anne de Bretagne,
avait acquis une légitime réputation et il pouvait plaire à l'archiduchesse de lui
opposer un nouveau chef-d'œuvre du même artiste, sans plus s’embarrasser des
marchés conclus avec un imagier local, le comtois Thibaut Landry (*)}. Colombe, il
est vrai, était « fort ancien et pesant, c'est assavoir environ de quatre vingts ans,
goutteux et maladif à cause des travaux passéz », mais la perspective d’un splendide
effort ravivait son courage. Lemaire, venu à Tours pour décider le vicux maître, en
était tout émerveillé ; « Le bonhomme rajovenist pour l'honneur de vous, mandait-il à
l'archiduchesse le 22 novembre 1511, et a le cuer a vostre besoigne autant ou plus
qu'il eust oncques a autre ».
Le contrat passé le 3 décembre 1511 entre Michel Colombe et la douairière,
représentée par Jean Lemaire de Belges, est célèbre à juste titre. Il n'a pas été
grossoyé par la plume indifférente d'un tabellion. Seul un ami des lettres pouvait
ainsi louer les élèves du maître tourangeau, ces « gens meurs, graves, savans, seurs,
certains experimentéz, bien condicionnéz et observant leur promesse ». Qui ne
reconnaîtra, dans cette abondance, la manière exubérante de l’indiciaire des Pays-Bas ?
Il faut remercier Lemaire d'avoir su animer, d’un souffle évocateur, ces feuillets de
parchemin, illustrés par la signature de Colombe, d'une clarté lapidaire. Le marché
conclu pour les sépultures de Brou sort de la sécheresse habituelle de ces sortes
d'actes et nous fait pénétrer dans l'intimité d’un monde dominé par la figure
patriarcale du maître tourangeau (5).
(1) Lemaire à Barangier, 9 octobre 1511. Appendice I, n° 60 ; cf. n° G4.
(2) Le tombeau de Marie de Bourgogne avait coûté 2.850 livres de Flandre. DibRoN, Annales
archéologiques, t. xvur, p. 93. Cf. PINCHART, dans Bulletin Académie royale Belgique, t. xvur.
(3) Perréal à Barangier, 4 janvier [1511], dans CHARVET, Jean Perréal, p. 64.
(t) Thibaut Landry de Salins à Barangier, 1° août [1510]. Appendice I, n° 29. Cf. n°* 30, 32.
Perréal, le 15 novembre [1509], fait l'éloge d’un disciple de Colombe qui paraît être Thibaut.
Appendice I, n° 11. 11 discrédite ensuite « maistre Thibault » ; 30 mars [1512]. Appendice I, n° 72,
(5) La meilleure édition a été établie par M. A. de S' Léger dans P. Virry, Michel Colombe et
la sculpture française de son temps (Paris, 1901) p. 487 à 490. Cf. Appendice I, n° 64.
L'ÉGLISE ET LES TOMBEAUX DE BROU 159
Colombe apparaît, en effet, dans l'acte du 3 décembre 1511, entouré de ses
neveux, «ouvriers en perfection comme héritiers de leur oncle, l’un en taille
d’ymaigerie, l’autre en architecture et massonnerie », un troisième encore devenu
fort habile dans l'art d'enluminure (*). Les disciples du maître étaient vraiment de la
maison. Colombe les appelait ses « serviteurs » et répondait de leur «science et
preudhommie ». Il savait qu’ils ne lui apporteraient ni honte, ni dommage. L’imagier
s’engageait à faire pour le tombeau de Philibert, d’après les dessins de Perréal qui
lui avaient êté remis, le « patron en petit volume », c’est-à-dire la maquette. Colombe
promettait d'exécuter lui-même, sans que nul n'y touche, ce travail pour le statuaire,
qui comprenait le « gisant », les « Vertuz » et les « autres images ». Les « patrons »,
intéressant la partie architecturale, devaient être établis dans son atelier non plus en
terre cuite mais en pierre de taille par Bastien François. L'enlumineur François
Colombe intervenait ensuite pour « estoffer » les patrons de peinture blanche et noire.
Le tout devait former la charge d’un cheval, car toutes ces maquettes seraient
dirigées sur les Pays-Bas pour que l’archiduchesse pâût les examiner à loisir et se
rendre un compte exact, car « en reduisant le petit pié au grand, Madame pourra
veoir toute la sépulture de mondit seigneur de Savoie ». Michel Colombe, empêché
par son « aaige ct pesanteur » de se rendre à Brou, enverrait sur place, pour l’exécu-
tion définitive, Guillaume Regnault, son collaborateur depuis quarante ans, celui qui
l'avait si bien secondé à Nantes. Il était « souffisant et bien experimenté pour réduire
en grant volume la taille des ymaiges servans à ladite sépulture » et serait d'ailleurs
assisté de son gendre Bastien François, qui ferait le même travail de praticien pour la
parte architecturale. D'autres élèves de Colombe pourraient aussi se déplacer,
notamment Jean de Chartres qui était alors au service de Madame de Bourbon (?).
Le tombeau de Philibert tient la place d'honneur dans le contrat du 3 décembre
1511, bien que ceux de Marguerite d'Autriche et de Marguerite de Bourbon soient
tout au moins mentionnés. Il est question encore des patrons de l’église — portail et
arcs boutants extérieurs — que Bastien François devait aussi exécuter, toujours
d'après les dessins de Perréal.
Les projets français de Brou firent quelque bruit à la cour de France. Louis XII et
Anne de Bretagne en eurent connaissance. Toutle monde en parlait, s'émerveillant d'une
pareille entreprise, « là où une très haulte magnanimité se montre et se déclaire » (°).
Marguerite, dans sa satisfaction, témoigna sa reconnaissance à Perréal en le
nommant contrôleur de Brou (*), mais elle voulait en même temps que les travaux
fussent menés avec la plus grande activité.
Colombe fut assez heureux pour terminer en quelques mois les « patrons » que
Perréal, à défaut de l'enlumineur François Colombe, décédé, avait lui-même
« acoustréz, tant blanchy les ymaiges que doréz et faire visaiges » (°). Le maître
de Tours qui travaillait en outre à l'exécution des dix Vertus, objet d'un autre
marché de 800 écus, réclamait toutefois un nouveau délai, glacé d'effroi à l'idée
(1) Lemaire à Marguerite, 22 novembre 1511. Appendice I, n° 62.
() Ibidem et contrat du 3 décembre 1511. Appendice I, n° 64.
(3) Lemaire à Marguerite, 22 novembre 1511. Appendice I, n° 62.
(*) Marguerite à Perréal, février 1512, n. st. Appendice I, n° 70.
(5) Lemaire à Marguerite, 14 mai 1512. Appendice I, n° 78. Cf. n° 85.
160 = MARGUERITE D'AUTRICHE
du départ prochain de son meilleur collaborateur, clamant sa détresse en des termes
profondément émouvants : « J'é esté mallade et suis encore avec Vieillesse qui me
tient compaignye, parquoy n'é achevé, écrit-il, le 27 mai 1512, à l'archiduchesse….
Je suis viel et malade. Or je n’é femme ne n’euz jamais. Je n’ay foy ou fiance que
en mon nepveu [Guillaume Regnault] : c’est le baston de ma vieillesse. Il me garde
et guyde en tous mes afferes, et se il me laissoit à ceste beure, je seroys perdu
jucques a ce [que] j'auré mis fin à tout (!). »
L'œuvre française de Brou paraissait uéanmoins toujours en bonne voie, el
cependant ses propres collaborateurs l'avaient déjà compromise, Lemaire avec ses
propos irréfléchis, Perréal avec sa suffisance hautaine. Lemaire, dès son arrivée
à Brou, s'était rendu indésirable. Les augustins, avec leur finesse italienne, eurent
vite fait de juger l'homme, et quand il parla de s'installer dans une dépendance
du vieux prieuré, pour mieux « solliciter » l’œuvre, malgré les instructions venues
de Malines, on donna à entendre à l’auteur du e Temple de Vénus » que sa place
était peut-être dans un cénacle lyonnais, mais sûrement pas dans un couvent.
L'indiciaire, dont la bourse était plate, trouva plutôt amer de dépenser, en frais
d’auberge, sa petite pension. Aussi, quand l'occasion se rencontra, ne manqua-t-i)
point, avec son tempérament impulsif, de dauber sur les moines en racontant
la fameuse histoire de leur puits clandestin, laissant entendre qu'ils avaient failli
faire crouler le couvent, en creusant le sol de la cave pour arriver à la nappe d’eau,
mettant les « massons bien esbahiz » dans la nécessité de recourir à des maîtres
de Lyon, pour réparer le dégât causé par la témérité des religieux « qui sont par
trop curieux... Pleust a Dieu qu’ilz le fussent autant en dévotion contemplative » (?).
Il fallait une grande naïveté pour ne pas prévoir que de pareilles confidences,
transmises à Malines, feraient le tour du Conseil privé, et là, les moines avaient
de bons amis qui venaient en Bresse presque chaque année, le secrétaire Barangier,
l’aumônier Louis Ocquin. Et de fait, peu après, les gens du couvent protestaient
contre les « faulx et maulvais rapportz » tenus à leur égard, déclarant qu'ils ignoraient
les intentions de leur bienfaitrice au sujet de l’église (*). Tout mauvais cas est niable,
mais un fait était certain : Lemaire avait eu la langue trop longue, et, dans l'ombre
du cloître, on ne devait pas l'oublier.
Pendant toute l’année 1511, les moines patientèrent. Lemaire se multipliait,
d’ailleurs, tantôt à Saint-Lothain, s'occupant à extraire l'albâtre, tantôt à Brou,
pour la conférence des maîtres maçons. On le voit aussi à Tours, négociant avec
Michel Colombe, puis à Bruxelles, apporter au mois de décembre « patrons,
pourtraitz et plattes formes », qu’il remit au héraut d'armes Toison d'or (). Mais déjà
la sourde campagne menée contre l’indiciaire avait porté ses fruits. Il était ruiné
en cour et se plaignait de n'être pas récompensé, disant avec sa maladresse
coutumière sur un ton comminatoire : « Madame pourra deliberer s’elle se veult
servir de moy en cest affaire, et que je soie chief quant à la sollicitation d'icelle,
avecques recompense et estat condigne » (°). Pour se consoler des propos malveillants
() Michel Colombe à Marguerite, 27 mai [1512]. Appendice n° 80. Cf. n°5 73 et 74.
(2) Lemaire à Marguerite, 20 novembre 1510. Appendice I, n° 35; cf. n° 27.
(3) Les religieux de Brou à Barangier. 15 février [1511]. Appendice I, n° 48.
(4) [Lemaire] à Barangier, 29 décembre [1511]. Appendice I, n° 65.
(5) Ibidem.
L'ÉGLISE ET LES TOMBEAUX DE BROU 161
dont il était victime, Lemaire répétait, après Perréal, « ung mot vrayement
philosophal, c'est assavoir que, quand les chiens ne pevent mordre, ils se saoulent
à aboyer » (!). Une fois de plus le pauvre « indiciaire » allait éprouver la vérité
de son proverbe favori : « Nul n’est prophète en son pays » (?). L'ancien serviteur
de l'archiduchesse dut s’expatrier pour chercher fortune auprès d'Anne de Bretagne ;
on le voit déjà à son service en février 1512, s’occupant à compiler « toute l’histoire
britannique », en cheminant « par les vieilles abbayes et maisons antiques » (). Mais,
dans le fond de son cœur, l'auteur de Ja « Couronne Margaritique » gardait, contre
son ancienne souveraine, un peu d’amertume et disait : « Tant m'a fortune bestourné,
transporté, ramoné et pelotté en son service, que je nc sçay comment je suis peu
eschapper (*) ».
Les augustins après avoir éliminé l’un de leurs adversaires, s’efforcèrent
d'atteindre le second. Or Perréal était un personnage plus difficile à exécuter.
I] devinait bien, à vrai dire, quand il était à Brou, un milieu singulièrement hostile.
« Je me débats de la chape du moine », disait-il (5). Mais il n’avait pas plus de succès
auprès des membres du Conseil de Bresse, quand il voulait « assembler ces longues
robes » (f). Perréal dut écrire à l’archiduchesse pour réclamer des pouvoirs
exceptionnels (7) : c'était tout au moins avouer son impuissance, car on pouvait
s'étonner, en haut lieu, que Perréal eût si peu réussi à s'imposer (#). L’exécution
de Thibaut, que le lyonnais avait noirci à plaisir pour s’en débarrasser, ses propos
odieux contre Lemaire, révélaient un caractére passionné, insupportable. Les gens
de Malines, si avisés, en savaient maintenant assez pour comprendre que Perréal
(1) Lemaire à Barangier, 28 mars 1512, n. st. Appendice I, n° 74.
(3) Lemaire à Marguerite [1509] dans Œuvres, édit. STECHER, t. 1x, p. 393.
(3) Lemaire à Marguerite, 14 mai 1512. Appendice I, n° 78. Dans cette lettre, l'ancien indiciaire
montre bien son peu de jugement en demandant à l'archiduchesse, dont il avait quitté le
service, de l’autoriser à continuer l'extraction de l’albâtre dans la carrière de Saint-Lothain,
«comme pour ce qu'il s'en pourra cy-apres et prouchainement faire grande traicte en
France, car elle se commence fort a cognoistre depuis que je l'ay descouverte ». LE GLAay,
Analectes historiques (Paris 1838), p. 27. D'après Clément Marot (cité dans Paul
SPAAK, Jean Lemaire de Brlges. Sa vie, sun œuvre et ses meilleures pages,
Paris, 1926, p. 98, note 2) ce serait une demoiselle d'honneur d'Anne de Bretagne, Michelle de
Saubonne, dame de Pentenav, baronne de Soubise, qui aurait introduit Lemaire à la Cour de
France. Dans les Pays-Bas, depuis trois mois, Lemaire avait été remplacé comme « chroniqueur
et historiographe », sur la proposition de Marguerite, par Remi Du Puvs (Commission délivrée
par les archiducs, le 15 février 1512, ; Arch. Nord, B 2226, n° 76442, copie authentique contem-
poraine). Marguerite garda rancune à Lemaire qui réclamait encore, en termes attendrissants, en
mars et en mai 1512, le solde de ce qui lui restait dû par l’archiduchesse : « Par dela ne faut-
il ja cercher occasion de frustrer le povre Jean Lemaire de ce qu'il lui est deu de son service
justement, car Madame n'en sera pas plus riche, et je l'ay bien gaigné à la sueur de mon corps ».
Lemaire à Barangier, 28 mars 1512, n. st., dans LE GLAY, 0. c., p. 23. La date de la mort de
Lemaire, si controversée, paraît devoir être fixée à 1515 ou 1516 au plus tard. A. HUMPERS,
Quand Jean Lemaire de Belges (de Bavaï) est-il mort f dans Académie royale de Belgique,
Bulletin de la classe des lettres, 1913, p. 408 à 421.
(4) Lemaire à Barangier, 28 mars 1512. Appendice I, n° 71.
(6) Perréal à Barangier, 9 octobre [1515]. Appendice I, n° 58.
(6) Perréal à [Barangier], 30 mars [1512] dans LEMAIRE, Œuvres, édit. STECHER, t. IV, p. 378.
() Perréal à Barangier, 9 octobre [1511]. Appendice I, n° 58.
(8) Perréal déclare qu'il ne veut « en telle affaire que l'esglise, point estre garssonné ne
gourmandé, maiz avoir autorité à tout le moins de conduire les choses ». Perréal à Barangier,
9 octobre [1511]. Appendice I, n° 58. Cf. n° 63.
11
162 MARGUERITE D'AUTRICHE
maintenu sur le chantier de Brou, c'était la discorde en permanence dans ce milieu
difficile de Bourg, déjà trop agité par les querelles de robins. Le peintre de Madame
était désormais jugé et condamné.
Perréal sentait bien que le vent avait tourné. La disgrâce de Lemaire était un
symptôme alarmant. Aussi crut-il habile de se faire réclamer comme l’homme
nécessaire par le brave Colombe, qui n'y voyait pas malice : « J’é, dira le maître
tourangeau, marchandé avec ledict Jehan de Paris, de fere toute l’ymagerie qu'il
fault en ladicte sepulture, dont je feray lesdictes Vertuz en ma maison, et la rendray
toute polie et bien achevée pour VIII escus soleil, moyennant qu'il sera toujours
à mon ayde, car à sa requeste j'é marchandé a luy, et sans luy ne me firay en
homme...» (*). C'était enfermer l’archiduchesse dans un dilemme : ou Colombe,
et avec lui Perréal, ou l’avortement des projets français.
On voit encore, dans cette négociation équivoque, intervenir des comparses,
un certain Jean de Tournai, le futur héraut d'armes de l’Annonciade, qui briguera
la succession de Lemaire à l'office de « solliciteur de Brou ». Perréal l'avait incité
à cette démarche qu'il renouvellera trois fois, mais sans succès (?), car il ne semble
pas avoir été honoré d’une réponse, pas plus que Perréal d’ailleurs, qui se plaint
abondamment du silence de l’archiduchesse. Des indices certains prouvent que
Marguerite avait pris une nouvelle résolution dès le mois de juin 1512. On voit
en effet à ce moment réapparaître sur le chantier maître Henriet, le maçcn de
Lyon (*), et l'un de ses élèves, Pierre Quentin (*). Mais leur présence était
intermittente. Un homme stable, résolument attaché à son chantier, était nécessaire.
Il fallait aussi qu'il fût en contact direct avec la douairière, et, pour remplir cette
condition, on devait le choisir dans les Pays-Bas. C'était déjà l’idée d'un bressan
pratique qui suivait l’œuvre depuis ses débuts (°). Perréal, comprenant que l’on
cherchait à le « rebuter », reprochera à la douairière de n'avoir plus en lui « nul
vouloir à l'occasion d’aulcuns raporteurs » et subira sa disgrâce en répétant
de nouveau qu'il avait travaillé « non pour les biens, mais par amour et honneur » (*).
La période des plans avortés était close. Louis Van Boghem va apparaître, venant
de Bruxelles, et se maintiendra, suivant sa devise, JUSQUES A LA FIN. (*).
Par une destinée singulière, Brou, qui aurait pu être, avec Perréal et Colombe,
l'un des joyaux français de la Renaissance, allait au contraire devenir flamand
au moment où la séculaire influence artistique des Pays-Bas tendait à s’effacer.
Dès le mois d'août 1512, l’archiduchesse donnait charge à un « maçon » de
Bruxelles d'aller « veoir la place, regardé sur le fondement et sçavoir et congnoistre
(1) Michel Colombe à Marguerite, 27 mai [15121, dans Cocui et BRUCHET, Une lettre inédite
de Michel Colombe, p. 49.
(2) Jean de Tournay à Barangier, 11 mai [1512], dans BRUCHET, Jean de Tournay dit Bonnes
Nouvelles, héraut d'armes (Bulletin du comité flamand, année 1926, p. 232, note 7). Cf.
Appendice I, n° 76 et 87.
(3) Quittance d'Henriet Bertrand, 23 juin 1512. Appendice I, n° 82. Cf. n°° 81, 83.
(*) Pierre Quentin à [Chivilliard, juin 1512]. Appendice I, n° 84. Cf. n° 83.
(5) Chivilliard à Barangier, 25 juin 1512. Appendice I, n° 83.
(6) Perréal à Marguerite, 17 octobre [1512]. Appendice I, n° 92.
(7) F. de MÉLy, Le livre d'heures de l'architecte Louis Van Boghem au Séminaire de Bruges
dans Les Arts anciens de Flandre, tome vi (1912-1913), p. 1 à 9.
L'ÉGLISE ET LES TOMBEAUX DE BROU 163
quelz ouvriers et maistres maçons y trouvera sur le lieu » (*}. Les documents
mentionnent au début le personnage sous le nom énigmatique de « Maistre Loys ».
Sa véritable identité apparaît dès 1513, quand Marguerite retient à son service
« Loys van den Beughen, maçon..., pour conduyre et ordonner les ouvraiges
de l'église. .., sans délaisser ne habandonner lesdits ouvraiges jusques ladite église
soit entièrement parfaite de massonnerie » (*); on allait enfin avoir un homme
de réalisation.
Louis Van Boghem, aussi appelé van Bodeghem du nom d’une localité des
environs de Bruxelles, était alors dans toute la force de l’âge. Né dans cette ville
vers 1470, il avait dans sa famille une longue ascendance de maçons et de
sculpteurs. Son père avait taillé un groupe pour l'Hôtel de ville de Bruges,
et lui-même était l’un des maîtres maçons réputés du Brabant. D’un caractère
plutôt violent, Van Boghem avait eu maille à partir avec la justice pour une
sanglante querelle de cabaret, et s’il s'en était tiré par une simple amende, il le devait
au comte de Nassau qui l'employait alors en 1503 (*). Il ne semble point que le rude
maçon ait eu des lettres, comme Perréal, et l'on ne trouvera point dans ses missives
ces citations latines dont l'artiste lyonnais aimait à illustrer son dire. C'était un
flamand pratique, et ne travaillant pas pour rien. Quand il verra ses émoluments
fixés à 500 francs par an, chiffre coquet pour l'époque, il renoncera à l’un de ses
voyages annuels pour se faire augmenter et, avec l’espoir d’une nouvelle gratification
qui doublait ses gages, il promettra de finir à une date fixe (*). Il prévoyait tout
quand ses intérêts étaient en jeu, une indemnité de monture, car il lui fallait un
cheval pour ses déplacements, une assurance contre les accidents, pour ainsi dire,
car il pouvait être rançonné et il entendait être remboursé si d'aventure il subissait
« quelque moleste sur le chemin, veu que pour aller audit lieu de Bourg, lui
convient passer par divers pays » (°). En fin de compte, quand il s'agira de régler,
Van Boghem n'entendra pas supporter les pertes de change. Il fallut lui faire
entendre raison et réduire sa note des deux tiers (). Il est vrai que l'archiduchesse
était morte; aussi Van Boghem, laissant quelques travaux en souffrance (?),
quitta-t-il le chantier : la mine d'or était épuisée.
Le flamand, âpre au gain, avait des qualités qui expliquent son succès. Il était
tenace et laborieux, tout à son affaire. Aussi son autorité ira-t-elle en grandissant.
Van Boghem, dont la charge au début était limitée à la maçonnerie, verra ses
attributions s'étendre et deviendra, par la force des choses, un architecte, au sens
moderne du mot, avec droit de regard sur les charpentiers, sur les menuisiers,
sur les verriers et sur les sculpteurs ().
Le successeur de Perréal avait un tempérament rude. Mais, au début,
(1) Marguerite à Cbivilliard [août 1512]. Appendice I, n° 88.
[3] Mandement du 1°" juin 1513. Appendice I, n° 101.
(8) WauTers dans Biographie nationale publiée par l'Académie... de Belgique, tome nu
(Bruxelles, 1868), col. 560 à 566.
(t) Mandements du 1 février 1515 et du 26 février 1529. Appendice I, n°* 116 et 166.
(5) Mandements du 3 juin 1513. Appendice I, n°* 103 et 104.
(6) Ordonnance du 12 juillet 1533. Appendice I, n° 176.
(7) La toiture défectueuse devait être remaniée depuis 1528.
(8) Requête de Van Boghem, antérieure au 12 juillet 1533. Appendice I, n° 176.
164 MARGUERITE D'AUTRICHE
rentrant ses crocs, instruit par l'expérience de son devancier, il se montra assez
bon homme avec les gens du terroir. Barangier lui-même avait pris soin de
l'ntroduire, et quand Van Boghem fit son apparition à Bourg en octobre 1512,
le maître des comptes Chivilliard le logea dans sa maison, lui réservant son meilleur
vin pour lui donner courage (!). Le flamand reconnut d'abord le terrain, tout miel
avec les moines dont il fit tout de suite la conquête en leur promettant de ne pas
masquer leur dortoir. Il flatte l’amour-propre des maîtres bressans par l'éloge de
l'édifice déjà fait, « très beau et bien ordonné », s’ingénie pour satisfaire la douairière,
lui dessine une chapelle dont la magnificence n'excluait pas la commodité.
Il s'approvisionne en même temps d’albâtre pour faire besogner aux sépultures (?).
Bref, dans la molle et somnolante Bresse, on n'avait pas idée d'une pareille activité.
Aussi, religieux et robins, tous n'auront que louanges, jugeant maître Louis
«homme fort vertueulx et merveilleusement expert en son art » (*). D'ailleurs, dans
le prétoire de Bourg comme chez les augustins, on voyait en Van Boghem l’homme
de coufiance de l’archiduchesse, celui qui allait chaque année conférer avec elle ;
c'était un personnage à ménager. Marguerite, satisfaite de cet heureux début,
témoigna sa reconnaissance à son nouveau collaborateur en le patronnant pour un
office qu'il sollicitait (*).
Quelle est la part de Van Boghem dans la conception de Brou? N’a-t-il fait
qu'exécuter les projets de Perréal? S'en est-il simplement inspiré ? A-t-il créé au
contraire une œuvre personnelle ? On en est réduit aux conjectures d'autant plus
que l'on ignore les dispositions arrêtées par Perréal et qu'aucun de ses « pourtraits »
ne nous est parvenu.
La formule archaïque réalisée à Brou se concilie mal toutefois avec ce que l’on
sait des œuvres subsistantes de Perréal. Sa conception du tombeau de Nantes
prouve, comme sa correspondance, un esprit ouvert à la Renaissance, formé aux
idées nouvelles par de nombreux voyages et le commerce des humanistes lyonnais.
L'architecture de Brou, au contraire, n'aura rien de la Renaissance, rien de français,
vraisemblablement rien du peintre de Louis XII. Van Boghem, qui avait reçu l’ordre
d'exécuter un « patron », resta plus de six mois loin du chantier de Brou. Il put
mettre à profit cette longue période non seulement pour régler ses affaires, mais
aussi pour étudier le travail qui lui était demandé. C'était essentiellement un maçon
des Pays-Bas, jusque là confiné dans sa province et ne pouvant échapper à l'emprise
des monuments qui s’édifiaient sous ses yeux. S'il avait un avis à demander,
les amis, qui devaient collaborer avec lui au « Broodhuys » de Bruxelles
(1) Chivilliard à Marguerite, 4 novembre [1512]. Appendice I, n° 94.
(2) Barangier à Marguerite, novembre 1512. Appendice I, n° 95.
(3) Anselme Cara à Marguerite, 20 octobre [1514]. Appendice I, n° 114.
(4) L'archiduchesse recommanda à la Chambre des comptes de Brabant « Maistre Lovs de
Beughem a l'estat et office de maistre machon de Brabant et le mectre en possession d'icelui
selon la commission qu'il en a ». La Chambre estima qu'on devait lui préférer Antoine Kelderman.
Jean Le Sauvage à Marguerite, 22 novembre 1512 (Arch, Nord, B 18838, n° 28487). Van Boghem
devait toutefois être nommé peu après. WaAUTERS, dans Biographie nationale, t. 11, col. 561.
Marguerite utilisa aussi Van Boghem pour divers travaux soit dans son douaire, à Pont d’Ain
notamment, pour avoir son avis quand la tour du château s'écroula (1516, 18 avril), ou dans
son comté de Bourgogne, à Montdidier (Devis des travaux du château, en 1513-1514, Arch.
Côte-d'Or, B 8539).
L'ÉGLISE ET LES TOMBEAUX DE BROU 165
(aujourd’hui Maison du Roi), tous flamands, ne pouvaient que le maintenir sur
le chemin de la tradition (1). Et si Van Boghem, spécialisé dans son métier de
«maistre masson » et d’appareilleur, n'a été chargé que de l'exécution du « pourtraict »
— et sa commission du {1% juin 1513 stipule expressément qu'il devait « construire
et édiffier selon les pourtraictz que luy en avons baillé » -— on conçoit fort bien que
Marguerite ait provoqué une sorte de congrès pour établir le projet définitif.
Que Van Boghem soit l’auteur du « pourtraict » ou qu'il n’ait eu qu'à exécuter
celui qui a pu lui être remis par l’archiduchesse, un fait demeure certaim : le choix
du projet est l'œuvre de Marguerite et fixe un trait de sa personnalité. L’archi-
duchesse avait entre les mains toute une collection de « pourtraicts » et de « patrons»,
ceux des maîtres bressans, ceux de Perréal et Colombe, et même le dernier en date,
celui d'Henriet Bertrand établi en juin 1512. Certains de ces patrons, exécutés
à Tours, dans l'atelier de Colombe, étaient en relief, intéressant non seulement
les tombeaux mais aussi certaines parties de l'église, notamment la disposition
des arcs boutants. Le projet qui sera réalisé trahira non des influences françaises
mais des réminiscences des Pays-Bas. La nef présente des dispositions inspirées
de celle de N.-D. de la Chapelle à Bruxelles. La partie extérieure de N.-D. des
Sablons, le transept Nord de N.-D. de la Dyle, à Malines, offrent diverses
analogies avec le portail de Brou (?). Marguerite restera une femme du passé,
sans se laisser conquérir par la grâce de l'esprit nouveau. Et cependant il y avait des
foyers d'humanisme dans ses Etats et plusieurs de ses intimes favorisaient les tendances
modernes. À Comines, un descendant de l'historien, Georges d'Halluin (+ 1536),
commentait l'Énéide et traduisait l'Éloge de la Folie; c'était l'ami du fameux
grammairien Despautere dont les manuels enseignaient aux princes les rudiments
du latin (*). À Saint-Bertin, l’abbé Antoine de Berghes (+ 1531), celui qui envoyait
de si jolis singes à l’archiduchesse (*), avait transformé son couvent en véritable
centre littéraire (*), tandis que son frère, Henri, l’évêque de Cambrai, protégeait
Erasme, subventionné d'ailleurs sur le trésor des archiducs (*). En Zélande, à
Souburg, Philippe de Bourgogne, le futur évêque d’Utrecht (f 1524), vivait depuis
son retour de Rome (1509) dans un monde d'italianisants (7). A Malines même,
(1) Van Boghem était lié notamment avec Henri van Pede, le maître des œuvres de Bruxelles,
avec Laurent Kelderman, de la lignée de l'architecte de Marguerite à Malines, ainsi qu'avec
Dominique de Wagemakere, le directeur des travaux d'Anvers. WAUTERS, tbidem. On sait que
l'Hôtel de Ville de Gand (1518-1533) auquel collabora Dominique de Wagemakere, est du style
flamboyant. Celui d'Audenarde (1525-1535) par Henri Van Pede est aussi du même style.
(2) CHARVET, Les édifices de Brou à Bourg en Bresse depuis le XVI siècle jusqu'à nos jours
(Paris, 1897), p. 55 et 61.
(3) Rozrscu (Alph.). L'humanisme belge à l'époque de la Renaissance (Bruxelles, 1910), p. 21.
(*) Arch. du Nord, L. M., n°: 29019, 35621 et 35666.
(6) P. S. ALLEN, Corpus epistolarum D. Erasmi, t. 1 (Oxford 1906), 160 et 334. Cf. Roerscn,
0. C., p. 23.
(6) Quittances d'Erasme du 21 octobre 1504 (Arch. Nord B 2189, n° 73660 orig.) et du
19 octobre 1521 (ibid, B 2307, n° 81373, orig.). Mandements de Charles-Quint portant
constitution de pension du 1°" octobre 1520 (rbid., B 2305, n° 81191, copie auth.), 19 mai 1521
(cbid., B 2303, n° 81123, orig.) et du 12 juin 1521 (ibid., B 878, n° 17057; cf. B 2301, fol. 128).
Voir P. S. ALLEN, Opus epistolarum Desiderit Erasmi, Oxford, 1906 sq.
(7) VaNDER LiNoEN, Biographie de Philippe de Bourgogne (1464-1524), dans Biographie
nationale... de Belgique, tome xvn (1903), col. 250 à 254. Cf. ALLEN. o.c., t. mnt, p. 14.
166 MARGUERITE D'AUTRICHE
dans une demeure princière, Jérôme de Busleyden (+ 1517), le fondateur du collège
des Trois langues à Louvain, recevait tous ceux qui s’intéressaient à la culture
antique (!) et dans ce même Malines, dans son propre hôtel, Marguerite avait aussi
des italianisants, un Jean de Mabuse, un Jacques de Barbari (?), et sous ses yeux
d’admirables collections dont plusieurs œuvres étaient du style le plus moderne.
Mais Marguerite n’a pas su ou n’a pas voulu voir. De même que, dans le domaine
des lettres, elle sacrifiera un Lemaire de Belges sans se laisser séduire par le charme
et la fraîcheur de certaines pages de ces Illustrations de Gaule, qu'elle avait paru
encourager, du moins momentanément, de même qu'elle apparaitra, dans ses Albums
poétiques, fidèle à l'esprit vieillot des compositions bourguignonnes du temps
de Philippe le Bon et de Charles le Téméraire (*), de même, en matière d'art, la
(1) RoERsCH, 0. c., p. 22.
@) P. BauTiIER. Jacopo de Barbari et Marguerite d'Autriche. Les débuts de l'italianisme dans
l'art des Pays-Bas, 1923 (extr. Revue d'Art). Cf A. ne HEevesy, Jacopo de Barbari. Le maître au
caducée, (Bruxelles, 1925) et AcH. SEGAkD, Jean Gossart dit Mabuse, (Bruxelles, 1924). La
question de l'italianisme dans les Pays-Bas est étudiée en ce moment par M. Émile GAVELLE dont
le travail sur Un romantique au XVI siècle, Cornélis Engebrechtsz., 1468-1533 est en cours
d'impression dans les Annales du Comité flamand. Sans doute on peut relever trace de
nombreux auteurs qui gravitaient autour de la Régente. En 1521, Pierre Martyr plaçait sous
sa dédicace son Enchiridion (Picot, Catalogue des livres composant la biblisthèque de feu
M. le baron James de Rothschild, t. 11, Paris 1884, n° 1955). On pourrait multiplier les
exemples, mais ces hommages s'adressaient plus à la souveraine qu'à une initiatrice de belles
lettres. On sait, par Jean Lemaire, que l'Archiduchesse aimait à se distraire en peignant.
Un article de l'inventaire de ses collections, dressé le 9 juillet 1523, vient appuyer cette
affirmation et nous apprend que, dans son hôtel de Malines, dans la « seconde chambre a
chemynée », garnie, entre autres meubles, d'une « belle riche table » aux armes d'Espagne,
d'un buffet à la mode d'Italie, d’un miroir d'acier aux bords dorés sur fond de velours cramoisi,
d’une fontaine supportée par six lions, se trouvait « ung fainct livre, couvert de velours violet,
a deux fermiletz d'argent doréz aux armes de Madame, a trois escailles, une petite boite
d'argent et v pinceaux garniz d'argent dedans ledit livre, le tout servant pour le passe-temps
de Madame a paindre » (Inventaire publié par MICHELANT dans Bull. Com. roy. hist. Belg.,
3° série, t. x1r (1871), page 77.
(3) Une pièce de l’un des « albums » de Marguerite est entièrement de sa main et doit être
considérée sans nul doute comme son œuvre propre (Bruxelles, Bibliothèque royale, ms. 10572,
fol. 21 v.: les fins des 9° et 10° vers, en italique, sont donnés d'après la version du ms. 228 de ce
même dépôt). Il a paru intéressant de citer cette chanson pour donner une idée de la rhétorique
chère à la veuve de Philibert vers 1514, date probable de cette petite composition :
CHANSON FAITE PAR MADAME
C'est pour james q'un regret me demeure
Qui sans seser, nuit et jour, a tout eure
Haut me tourmante que bien voudroie mourir,
Car ma vie n'est fors seullement languir
Et sy faudra a la fin que j'an meure.
De l'infortune pansoie estre bien seure
Quan le regret maudit ou je demeure
Me coury sus pour me fere mourir,
Car ma vie n'est fors seullement languir
Et sy faudra a la fin que j'an meure:
C'est pour james,
On a conservé le texte du premier poème qui fut, à votre connaissance, dédié à Marguerite
tandis qu'elle était duchesse de Savoie. L'auteur, un certain Destrées, écrivit en vers une Vie de
L'ÉGLISE ET LES TOMBEAUX DE BROU 167
Régente, sacrifiant les dessins d’un Perréal ou les « patrons » d'un Colombe, ne
sera pas une novatrice.
L'archiduchesse, par le choix du projet comme par la désignation de l'exécutant,
avait ainsi fixé l'orientation flamande de Brou. Comment Louis Van Boghem allait-il
réaliser son programme ?
Un texte important, que l'on peut restituer au 15 juillet 1513, fait connaître
qu'à cette date, coïncidant avec l'installation définitive de Van Boghem sur le
chantier, l’« église vielle et la maison ancienne » étaient abattues et que l’on avait
nivelé l'emplacement de l'église pour creuser les fondations, « selon les mesures et
cordeaulx mis et apposéz par ledit maistre Loys » ({).
L'« église vielle », démolie par Van Boghoenm, c'était celle du prieuré Saint-Pierre,
qui n’était plus nécessaire depuis que les moines utilisaient pour le service divin
la « Sacristie neuve », c'est-à-dire depuis le 24 juin 1513 (?). La situation de cette
sacristie est hypothétique. Il est vraisemblable qu’elle était installée dans le nouveau
couvent, car il est difficile de concevoir la célébration des offices pendant de
nombreuses années au milieu d’un chantier en travail.
Il semble bien, d’après les textes, que Van Boghem ait fait table rase. Et
cependant un archéologue, qui a longtemps examiné le monument pierre par pierre,
a fait des constatations troublantes. Comment expliquer, si l'on n’a pas construit sur
d'anciennes fondations, certaines anomalies du plan? On peut observer que la
chapelle de Sainte-Apolline, dont le quadrilatère flanque au midi le chevet de
l'église, est hors d’axe avec la basse nef et avec le clocher, disposition qu'on
peut encore remarquer dans la chapelle de la Vierge, au chevet septentrional (?).
On a constaté aussi qu’il y avait des différences dans le style des moulures. Les
bases des piliers du transept, au lieu d'être traitées à la flamande comme celles des
portails, du jubé, des mausolées, sont conformes à celles que les maîtres bressans
ont taillées dans le couvent, conformes aussi à celles de quelques vieilles maisons de
Bourg (*). On a encore remarqué le style bressan dans certains fenestrages
extérieurs du chœur, ainsi que dans les fenêtres de la nef. Il y a là un problème
archéologique que l'on ne peut résoudre qu’en supposant l'utilisation par
Van Boghem de certains matériaux taillés avant son arrivée par l'atelier de
Bourg (°).
sainte Marguerite (d’après le ms. de la Bibliothèque Nationale de Paris, fr. 14997, fol. 1 à 16v.)
du vivant de Philibert le Beau, en 1501. L'œuvre, très incolore, s'apparente aux plus banales
productions de la fin du xv° siècle bourguignon. On trouvera en acrostiches, dans la
strophe xxxu1 les noms Margnreta, Phylybertus Duzx et dans la strophe xxxv ceux de Margareta,
Mazimilyanus, Phylypus. H. HoLGER PETERSEN, Destrées, frère chartreux et poète du temps de
Marguerite d'Autriche, Helsingfors, 1927, 168 p. in-8° (publication de la Finska Vetenshkaps-
Sucteteten, Soctetas Scientiarum Fennica. Tome 1, fascicule 8 des Comomnentationes humanarum
litterarum.
(1) A. Cara à Marguerite, 15 juillet [1513]. Appendice I, n° 106.
(2) Ibidern.
(5) CHARVET, Jehan Perréal, p. 94.
(#) Cuarver, Les édifices de Brou, p. 56 avec dessins de piliers.
(5) Charvet a soutenu avec beaucoup de persévérance l’idée de l'adaptation par Van Boghem
de certaines constructions antérieures, particulièrement sensible dans le chœur. « La chapelle de
sainte Apolline, aujourd'hui sacristie, est, avec le rond-point du sanctuaire, une partie de
l'édifice commencé en 1507 ; les jambages, les arcs et les remplissages de ces fenêtres sont de
168 MARGUERITE D'AUTRICHE
Toutefois ces traces de l’œuvre antérieure n'apparaissent qu'à des yeux très
perspicaces. Brou dans son ensemble reste un monument homogène, sans addition
malencontreuse, œuvre flamboyante dans laquelle le maïtre flamand, faute
d'imagination, a épuisé son art dans l'adaptation de vieilles formules. Le mot a été dit :
il faut aller à Brou voir mourir le gothique, et le témoignage de Didron, qui fut
si précieux quand la Monarchie de juillet s'efforça de sauver notre patrimoine
artistique, vient encore étayer cette affirmation évidente quand on étudie la façade :
« L'édifice est un résumé et un spécimen de tous les styles antérieurs... On y trouve
toutes les variétés de baies, cintres, ogives en tiers-point, ogives lancettes, anses de
panier, accolades, roses et demi-roses ; toutes les espèces de colonnettes, cannelées,
tordues en spirale...; de plus les oves, denticules, raies de cœur, perles de
l'antiquité, doublent les festons, les dentelles, les entrelacs et les rinceaux du style
ogival : et le gothique finissant arrive ici à la perfection même, dans certains
détails » ({).
Le marché passé entre Van Boghem et Marguerite devant l'échevinage de
Bruxelles, peu avant juin 1513, est un des documents dont l’absence est particulière-
ment regrettable, car le Brou actuel est la conséquence de ce contrat. L'architecte
mit vingt ans à édifier son œuvre, de 1513 à 1532, long délai pour l'impatiente
Marguerite à laquelle le maître maçon avait promis de terminer en cinq années (?).
Peut-être les ressources allouées n'étaient-elles pas suffisantes, puisqu'on réclamait
constamment des sommes supplémentaires, et pour ne pas fermer un chantier en
plein travail, on verra le Conseil de Bresse cautionner sur les biens de ses propres
membres un emprunt destiné au salaire des ouvriers (ÿ).
La première pierre de l’église définitive fut posée au mois de juillet 1513 (*). On
conduisit les travaux pendant les deux premières années avec une grande activité,
faisant sortir de terre près du quart de la construction (‘). Il y eut ensuite une
période d’accalmie, causée sans doute par des modifications de plans. L'atelier
continuait à tailler et à préparer les matériaux. Mais, pour les placer, il fallait encore
savoir si l’on ne changerait pas les dispositions prises. Van Boghem était loin d'être
maître absolu sur son chantier. De Malines, avec les patrons dont on avait les doubles,
on faisait et on défaisait. Il est certain par exemple que le clocher, au lieu d’être
latéral, s'enlevait primitivement sur le carré du transept (f). On trouve dansle chœur
travail français ; les têtes de contreforts se trouvent beaucoup plus simples qu'ailleurs ; cette
chapelle constituait une des chapelles absidiales d'une église à trois nefs, sans chapelles
latérales aux basses nefs, et avec transept, dont on retrouve, avec une étude attentive, les
emplacements et les directions dans le plan de l’église actuelle ». CHARVET, Les Edifices de
Brou, p. 55.
(1) DipRoN, cité par JARRIN dans Annales Société émulation Ain, t. xx, 1887, p. 70. Didron a
rédigé le texte (vu + 71 pages in 4°) de la Monographie de Notre-Dame de Brou (Lyon 1842)
par Louis DUPASQUIER, qui forme un atlas in folio de 32 pages dont les planches sont d'une
exécution remarquable. Cet architecte fut chargé de la restauration de Brou en 1845.
(2; Barangier à Marguerite, novembre 1512. Appendice I, n° 95.
(3) Louis de Gleyrens à Marguerite, 24 octobre 1524. Appendice I, n° 149.
(t) Louis Van Boghem à Marguerite, 19 juillet [4513]. Appendice I, n° 107.
(5) Le Conseil de Bresse à Marguerite, 21 octobre [1515]. Appendice I, n° 120.
(6) En 1867, M. Savy a observé qu'il y avait, au-dessus de la voûte du transept, sous le toit,
quatre puissants massifs de maçonnerie s'élevant en encorbellement au-dessus des quatre piliers
L'ÉGLISE ET LES TOMBEAUX DE BROU 169
des raccords dont le mauvais agencement trahit l'embarras d'un architecte devant
d’incessantes exigences. Les chapelles de Gorrevod et de Montcut n'étaient pas
prévues au devis initial. Et pour donner satisfaction aux moines qui voulaient aller
de leur dortoir dans l’église, sans passer au milieu des fidèles, il fallait des combi-
naisons qui expliquent la complication de la partie supérieure du sanctuaire et du
jubé (")}. Et c’est ainsi que, en 1522, dix ans après le début des travaux, ni le chœur,
ni ses chapelles n'étaient voûtés. On n'avait pas encore posé les « fermuures et
cleres voyes et establement de tout le grand cueur » et cependant les pierres en
étaient taillées. Le transept était encore moins avancé, les deux portails latéraux
atteignaient l’arrasement du mur de la charpente, mais n’élaient pas couverts et les
grandes arcades qui devaient supporter la croisée du transept n'étaient pas
complétement placées. Dans la nef, les travaux étaient encore plus en retard. Les murs
ne dépassaient pas le niveau des voûtes des bas côtés et la façade restait à faire.
Le clocher, en benne voie, s'élevait jusqu'à une hauteur de 195 marches, presque le
sommet de la grande nef (?).
La forme authentique du procès-verbal du 30 juillet 1522, qui nous fait connaître
ces détails, la substitution d’un religieux au contrôleur chargé de la comptabilité, les
inspections confiées à Pierre de Marnix, qui venait des Pays-Bas, tous ces faits
donnent à penser que l’archiduchesse ne croyait plus aux belles paroles qu'on lui
prodiguait, quand on célébrait la magnificence de l'édifice qui « tousjours monte hault
et s’aprouche du ciel et le faict merveilleusement bon veoir » (?). Un contrôle plus
rigoureux et une meilleure gestion financière provoquèrent des résultats satisfaisants.
Le chantier devint plus actif. En 1528, le chœur et ses chapelles, le transept et la
plus grande partie de la nef étaient enfin terminés et il ne restait à achever que le
haut du portail de la façade (*). L'année suivante, pour stimuler le zèle de l’insatiable
Van Boghem, il fallut une gratification de 500 livres —- une annuité de gages — pour
obtenir sa promesse de terminer, pour le mois d'octobre 1531, la « massonnerie,
charpenterie, verrieres, sieges, clouchier et autres choses neccessaires, ensemble
aussy les sepultures posées (f). L'église fut enfin consacrée le 22 mars 1532 et, trois
mois après, le « maistre Loys » des premières années quittait définitivement le chantier,
salué des titres de «nobilis magister Ludovicus van Boghem, architector totius
de la croisée, lesquels étaient reliés partout en système d’arcatures. Ce sont les vestiges du
clocher primitif. JARRIN, Brou, dans Annales Société émulation Ain, 1887, p. 35. On a, par
ailleurs, déjà remarqué que les quatre piliers de la croisée du transept sont beaucoup plus
massifs que les autres et que leur dimension est la même depuis la base jusqu'aux combles,
disposition qui ne pouvait s'expliquer que par le dessein d’asseoir, sur ces solides bases, le
clocher primitivement prévu à cet emplacement. Baux, Hist. église Brou (1854), p. 267.
(1) « Une autre preuve de la gêne que l'on a eue pour raccorder le sanctuaire, c'est l’agen-
cement maladroit et d’un effet désagréable, de la partie vers le mausolée de Marguerite d'Autriche
et vers celui de Marguerite de Bourbon. C'est fort à propos que les stalles masquent le raccord
dans la longueur de deux travées, adossées à un mur derrière lequel on ne trouve que des
corridors et des chapelles absolument inutiles ». CHARvET, Les édifices de Brou, p. 57.
(2?) Procès-verbal du 30 juillet 1522. Appendice I, n° 143. Cf. n° 140.
(3) Raimond Cartier de Cesana à Marguerite, 5 juin [1516]. Appendice ], n° 123.
(#) Louis de Gleyrens et Van Boghem à Marguerite, 14 juillet [1528]. Appendice I, n° 159.
(5) Gageure entre l'archiduchesse et Van Boghem, 26 février 1529, n. st. Appendice I. n° 166.
170 MARGUERITE D'AUTRICHE
aedifici de Brou » (‘). La gratitude des Bressans célèbrera ses mérites avec
grandiloquence :
Qui est l'ouvrier ? Le grand maistre Loys.
Vitruvius, le maistre charpentier,
N'’eust a cestuy donné escharpe entier,
Ny attouche, mais perdu contenance
Et d’ung flameng eust suivi l'ordonnance ().
Les documents concernant les collaborateurs de Van Boghem sont rares et l'on
ne peut malheureusement plus consulter la série des pièces justificatives que les
« maîtres de l'œuvre », Chivilliard (1506-1514) et Maxin (1514-1523) ainsi que le père
Louis de Gleyrens (1523-1532) (*), fournissaient à l’appui de leurs comptes, pièces
qui existaient encore aux archives du couvent à la fin du XVI! siècle, quand le père
Raphaël rédigea sa « Description historique de la belle église et du couvent royal de
Brou » (*). Les papiers de la Chancellerie de Marguerite renferment heureusement
quelques textes particulièrement précieux.
Un document énigmatique, qui paraît être de septembre 1512 ou de juillet 1513,
nous apprend que l’archiduchesse avait convoqué à Malines «les maistres maçon et
ymaïigier qui s’en doyvent aller en Breisse tant pour le fait de l'église. que pour la
sepulture » et demandaient pour cette conference le « pourtrait de ladicte sépulture »
(5). On ne connaissait jusqu’à présent qu’un imagier venu des Pays-Bas, Conrad Meyt,
mais il n'apparaît dans l’œuvre de Brou qu’en 1526, et le document est bien antérieur.
Le maçon, c'est Van Boghem, mais l’imagier, c'est encore un inconnu, appartenant
vraisemblablement aussi aux Pays-Bas et chargé de s'occuper de la petite statuaire.
Si l’on peut regretter de ne pas connaître son nom, du moins est-on renseigné sur celui
qui a conçu le « pourtraict » des tombeaux, et sur le sculpteur de la grande statuaire.
On a en effet heureusement conservé, pour les sépultures, deux textes précieux
sur la collaboration flamande. Un document de 1516 fait d’abord apparaître Jean van
Roome dit de Bruxelles, et un autre, de 1526, donne des détails précis sur le
concours de Conrad Meyt.
Van Boghem était avant tout chargé de l'exécution de la maçonnerie. Au début,
sa tâche était strictement limitée à cette entreprise. On comprend donc, et c'était
l'usage du temps, qu'on devait lui fournir les patrons des tombeaux, des vitraux, des
stalles et autres travaux étrangers à sa spécialité. On commença par les tombeaux.
I] n’y avait plus à songer à Perréal, dont la disgrâce était définitive. Il était plus
(1) Compte de Louis de Gleyrens dressé en 1532 pour l'église de Brou (Archives, Ain, H 614).
L'architecte de Brou eut une lignée qui lui fit honneur. L'un de ses descendants occupa le siège
épiscopal d'Anvers et appartenait à la branche des vicomtes de Beughem. WaAuTERS dans
Biogr. Nationale, t. n, col. 566.
(2) A. DE Sarx, Le blason de Brou, Lyon vers 1532. Cet ouvrage a été réimprimé par
A. VayssèRe à Bourg en 1876.
(3) Sur la comptabilité de Chivilliard, de Maxin et de Louis de Gleyrens, voir Appendice Ï,
n° 112, 127 et 146.
(*) Sur la valeur de la « Description » faite par le P. RapnaËL, voir Noper. La valeur documen-
taire des manuscrits sur Brou, dans Annales Société émulation Ain, t. xxxvi, 1903, p. 391,
sq. Cf. ALLOING. Un manuscrit sur Brou, ibidem, t. xxxv, 1902, p. 53 sq.
(5) Marguerite à [Laurent de Gorrevod, septembre 1512?] Appendice I, n° 90.
L'ÉGLISE ET LES TOMBEAUX DE BROU 171
adroit de trouver à Bruxelles même quelqu'un de l'entourage de Van Boghem,
pouvant, par sa résidence, ses habitudes, ses relations, avoir quelque emprise sur le
constructeur de Brou. Il y avait précisément chez les Keldermans, dans la capitale
brabançonne, où fréquentait Van Boghem, un peintre très apprécié qui était l'hôte de
la maison, le bruxellois Jean van Roome connu aussi sous le nom de Jean de
Bruxelles. |
Jean de Bruxelles nous est surtout connu par les cartons qu'il composa pour des
tapisseries de haute lisse. Il savait admirablement, dans des histoires bibliques, faire
revivre les personnages de la Cour de l’archiduchesse. Une tapisserie célèbre,
conservée au Cinquantenaire, les dix panneaux de l'Histoire de David et Bethsabée, au
Musée de Cluny, d’autres encore nous révèlent un art aimable et souriant. L'artiste
faisait aussi des patrons pour les verriers et pour les tailleurs d'images. Il était de
plus bon graveur de sceaux, car il exécuta ceux de l'archiduc. Marguerite le
connaissait ; c'était lui qui avait fait, à Bruxelles, pour la cour des bailles à
Caudenberg, les patrons des statues des ducs de Brabant en 1510. Soucieux
d’exactitude, il avait pris la peine, pour armorier ces personnages, de compulser les
vieilles chroniques (!).
Marguerite avait chargé son trésorier Diégo Florès de « marchander » — à une
époque difficile à préciser, entre 1513 et 1516, mais certainement bien avant cette
dernière date — l'exécution de divers patrons. La somme convenue s'élevait à
150 philippus, et l'artiste devait être payé « incontinent et promptement ». En
réalité il ne toucha que deux acomptes, réclama à plusieurs reprises, et n'obtint le
solde de son travail qu’au mois de juillet 1516 (°).
Les patrons de Jean de Bruxelles sont d'autant plus intéressants qu'ils furent
transmis en Bresse, « et ont les aucuns esté envoyés en nostre couvent de Brouz » et
l'on ne concevrait guère la nécessité de cet envoi, si ces dessins n'avaient pas dû
servir à l'exécution de l'œuvre. On a pensé qu'ils étaient de 1516, et c’est à cette
année que le dernier historien du monument fait remonter l'existence de ll” « atelier
flamand de Brou ». Mais l’année 1516 est la date du règlement définitif du compte
de Jean de Bruxelles, longtemps attendu, et les patrons étaient déjà fournis depuis
longtemps et expédiés. Il est vraisemblable qu'ils durent être exécutés par le peintre
bruxellois peu après l'entrée en scène de Van Boghem, vers 1513.
| Le mandement relatif à Jean de Bruxelles, parchemin précieux bien que lacéré
et raturé, d’une écriture qui n’a pas toujours été lue correctement, renferme une
expression digne de remarque: deux des tombeaux étaient conçus en « sépulture
moderne ». L'artiste avait en effet fourni, entre autres patrons, « une sépulture
moderne de mondit seigneur de Savoye ou petit pied sur parchemin ». Le tombeau
de l’archiduchesse était aussi traité en « sepulture moderne, montant 40 pieds hault
et 20 pieds de large, faite au petit pied sur parchemin ». Les mots « sépulture
moderne » sont assez énigmatiques, mais si on les interprète comme indiquant une
double représentation du mort, c'est à dire le « vif » en costume d’apparat, et en bas
(1) A. J. WauTERs, Jean Van Roome dit Jean de Bruxelles dans Biographie Nationale,
t. xx (1908-1910), col. 23 à 35.
(2) Mandement du 7 juillet 1516. Appendice I, n° 124. L'intervention de Jean de Bruxelles est
postérieure à la disgrâce de Perréal (1512) et à la destitution de Florès (fin 1515 ou début 1516).
172 MARGUERITE D'AUTRICHE
le cadavre, on constatera que cette disposition a été réalisée pour Marguerite
d'Autriche et Philibert. Le tombeau de Marguerite de Bourbon, au contraire, n'a pas
de « representation de la mort », et, en effet, dans le patron, pas de prescription de ce
genre : nouvel argument pour conclure que les patrons qui ont servi à Brou sont
bien ceux de Jean de Bruxelles ({).
Pendant dix ans, l'atelier flamand de Brou fonctionna activement. A la date du
30 juillet 1522, un procès-verbal constate que l'on a terminé la petite statuaire des
tombeaux, notamment les Vertus de la sépulture de Philibert et, pour celle des
duchesses, « toutes les imaiges a l’entour » (*). Ce travail ne pouvait se faire que
d'après le patron, car il fallait tailler les statuettes à dimension, et là encore c'est le
patron de Jean de Bruxelles qui a dû servir.
Le nom de Jean de Bruxelles ne figure plus sur le célèbre contrat de la grande
statuaire passé avec Conrad Meyt le 14 avril 1526. Ce dernier doit « besoignier aux
sépultures. selon le pourtraict pour ce faict.. par Loys van Beughem ». Si l’on
s'en tenait à la lettre du contrat, Van Boghem aurait été substitué à Jean de
Bruxelles pour la conception des tombeaux. La chose est peu vraisemblable, mais il
est possible que l'architecte, devenu le maître de l’œuvre entière, ait signé ou
contresigné l'ancien patron de Jean de Bruxelles, de façon à faire reconnaitre, sur
place, de par l’archiduchesse, son autorité.
La grande statuaire fut exécutée de 1526 à 1531 par un artiste que Marguerite
avait attaché à son hôtel, lui commandant divers travaux, lui faisant faire son buste
en bois — celui du Musée national bavarois à Munich (*). C'était un allemand de
Worms, Conrad Meyt, devenu flamand d'adoption, appelé à cause de sa résidence
près J’archiduchesse « maistre Conrard de Malines ». Par contrat du 14 avril 1526,
le « taillieur d'ymaiges » s'engageait à se rendre à Brou pour exécuter, de sa propre
main, dans un délai de quatre ans, la « figure et representation au vif » du duc de
Savoie, le lion aux pieds, entouré de six « enffans » porteurs d’attributs. Il ferait
aussi la « representation de Madame au vif » avec le lévrier couché, et les quatre
enfants supportant blason et cartouche. Dans chacun de ces tombeaux, en bas, se
trouverait la « figure de la mort ». Les « vifs » et les « enffans » seraient en marbre,
tandis que l'on emploierait l'albâtre pour ceux de la sépulture de Marguerite de
Bourbon, pour la statue de cette princesse ainsi que pour les gisants morts des deux
autres mausolées (*).
(1) Les proportions données pour les patrons des sépultures des deux duchesses dans la
pièce comptable, sépultures dont la hauteur était double de la largeur, laisseraient supposer
que ces patrons comprenaient non seulement les gisants, mais aussi la partie décorative et archi-
tecturale.
(?) Appendice I, n° 143.
(3) Noner. Les tombeaux de Brou (Bourg 1906), p. 55 sq. Le buste de Marguerite, attribué à
Conrad Meyt, est reproduit dans la Gazette des Beaux-Arts, t. xxxv, 1906, p. 95. L'archidu-
chesse n'avait les traits ni de Maximilien ni de Marie de Bourgogne, et tenait plutôt de sa
grand'mère maternelle Eléonore de Portugal, femme de l'empereur Frédéric III. Voir la repro-
duction du buste d'Eléonore dans Exposition d'art autrichien. Les trésors de Maximilien prètés
par la République d'Autriche, Musée du Jeu de Paume 15 juin au 15 août 1927. (Paris, 22 pages
et 12 planches) pl. mi.
(4) Contrat du 14 avril 1526. Appendice I, n° 152. Deux des génies du tombeau de Marguerite
de Bourbon sont détruits. On les avait transportés à la Convention pour inscrire, sur le cartouche
qu'ils tenaient, la tablette de la Constitution. Ils sont arrivés brisés à Paris (Baux, Hist. Brou,
1854, p. 299). ;
L'ÉGLISE ET LES TOMBEAUX DE BROU 173
La petite statuaire était exclue du contrat Meyt ainsi que la partie architecturale
des sépultures. On spécifiait même que les Vertus, qui devaient orner le soubassement
du tombeau ducal, étaient sous la « charge » de Van Boghem. Elles étaient d'ailleurs
déjà tailléces (!).
Quand on examine le tombeau de Philibert, on constate que le soubassement
est bien flamand, tant par ses lignes architecturales que par sa statuaire. Mais la
partie supérieure, écrasante, hors d'échelle, apparaît d'un style si différent qu’elle
semble pour ainsi dire rapportée.
Meyt devait bien, aux termes de son contrat, travailler à la grande statuaire des
sépultures « selon le pourtraict pour ce faict par Loys van Beughem ». Mais si le
« pourtraict » était flamand, son exécution présente un caractère si différent que l'on
est obligé d'admettre une complète indépendance d'interprétation. Les « enffans »
porteurs d’attributs sont bien prévus sur le contrat, mais ils deviennent des génies nus,
tellement nus que, plus tard, quand l'église sera affectée sous la Restauration au
Grand Séminaire, on les mutilera pour ne pas offenser les regards (?). Ce sont des
réminiscences de l'antique. Le bas, qui est antérieur à Meyt, est flamand, mais le
couronnement, c’est-à-dire l’œuvre de Meyt dans le tombeau ducal, est italien.
Comment expliquer pareille métamorphose dans cette église dont les travaux avaient
été poursuivis avec tant d'homogénéité, subissant la tradition archaïque du maître
maçon de Bruxelles, dans la petite statuaire comme dans l'architecture ?
Van Boghem, depuis quatorze ans, avait imposé sa manière parce qu'il avait été
jusqu'alors maître incontesté sur son chantier, et on le savait capable de s'affirmer
par la violence, car il était « assez ligier de parolles et menasses envers l’ung et
J'autre, tant ecclésiastiques que séculiers » (ÿ). Il était craint. Conrad Meyt arriva
avec son contrat en poche, indépendant. C'était une personnalité, d’une humeur
difficile. Les deux hommes eurent vite fait de s'affronter. Mais il y eut dans leur
querelle plus qu'un heurt de caractères : c'était l'antagonisme de deux écoles,
Van Boghem représentant le passé, son adversaire les idées nouvelles.
On ne sait rien de la formation de Meyt. Peut-être avait-il fait partie, avant d'être
(*) I convient de remarquer qu'il y a eu des transpositions dans l'ordre des statuettes ornant
le soubassement du tombeau de Philibert, dont l'ancienne répartition apparaît dans la gravure
publiée dans GuICHENON, Histoire de la Maison de Savoie, Lyon 1660, tome 1, p. 612. Ces
statuettes, en principe — c'était déjà le thème imposé à Michel Colombe (Appendice I, p. 85) —
représentaient dix Vertus. Il n’y en a plus que huit. Les personnages occupant la quatrième niche
(Ste Madeleine au vase) et la huitième (Ste Marguerite foulant aux pieds le démon) proviennent
du tombeau de Marguerite d'Autriche. On trouvera des dessins curieux de diverses statuettes,
avant leur restauration, dans CHARVET, Les édifices de Brou, p. 115 sg. et une discussion sur
ces transpositions dans NoperT. Les tumbeaux de Brou (Bourg, 1906), p. 39 sq.
(2) H. G. Un cas de vandalisme à l'église de Brou, dans Bulletin monumental, tome L
(1884), p. 685.
La gravure de Thurnevsen (dans GUICHENON, Histoire de Savoie, Lyon 1669, tome 1,
p. 612) montre bien que les génies ont été transposés puisqu'elle représente à la tête ceux qui
tiennent l'écu, aux pieds ceux qui supportent le cartouche, montrant aux regards la partie
antérieure du corps. Même disposition dans la gravure publiée dans l'édition de Turin en 1780.
Le P. Raphaël, à la fin du xvrr* siècle, confirme cette constatation. Il est à remarquer que les
deux génies latéraux ont été aussi retournés, car, dans la gravure citée, le heaume était à
gauche du génie par rapport au spectateur et non à droite. On remarquera, dans le tombeau de
Marguerite d'Autriche, que l'écu est resté à sa place naturelle, c'est-à-dire à la tête.
(3) Ordonnance du 31 août 1530. Appendice [, n° 167.
174 MARGUERITE D'AUTRICHE
au service de l’archiduchesse, de la cour italianisante du futur évêque d'Utrecht,
Philippe, bâtard de Bourgogne, ancien « amiral de la mer » (*). Quand il quittera
Brou, il emploiera à Lons-le-Saunier, pour le tombeau de Philibert de Chalon, des
Italiens dont les noms sont connus. Il représentait donc les idées du jour et l'on
conçoit qu'il ait interprêté dans un style nouveau le « pourtraict » attribué à Van
Boghem, c'est-à-dire le patron déjà vieux de plus de dix ans dû à Jean de
Bruxelles.
Un fait significatif montre bien la mésintelligence profonde qui existait entre les
deux hommes. Van Boghem était tenu de fournir à son rival l’albâtre, le marbre de
Carrare et les ouvriers. L’albâtre était déjà sur le chantier quand Meyt arriva, et il
put ainsi commencer la statue de Marguerite de Bourbon et, dans les autres
tombeaux les « figures de la mort ». Mais on lui fit attendre plus de deux ans ses
blocs de Carrare (?), blocs bruts, car on pourrait supposer qu’un pareil délai aurait
permis d'envoyer d'Italie la statuaire toute faite, si l’on n'avait des textes explicites.
Van Boghem lui refusait même les ouvriers prévus au contrat. Il y eut des altercations
si violentes, « attendu l'ynimitié estant entre lesdicts maistres Loys et Conrard »,
que les gens de l’archiduchesse vinrent de Malines pour mettre à la raison les
deux adversaires. On dut les menacer l’un et l’autre des rigueurs judiciaires en
défendant « tres expressement audit maistre Loys user désormais de telles menaces
et parolles et consequemment de toutes euvres de fait, lui faisant sur ce ouverture
de la justice, si mestier est ; et s’il y veult attempter par voye de faict, Madame s’en
prendra à sa personne et à ses biens » (*). On en dit autant à Conrad Meyt, mais, au
fond, on donna raison à ce dernier puisqu'on lui laissa désormais le droit de choisir
ses collaborateurs et de travailler à sa guise, disposition qui justifie l'indépendance
d'interprétation qui devait caractériser l'œuvre du sculpteur (*). Et en fait, à Brou,
Meyt emploiera des Italiens dont les noms nous ont été conservés. Le florentin
Onoffrio Campitoglio sculpta, dans le tombeau de Philibert, les génies de l'épitaphe
et celui du gantelet, tandis que Gilles Vambelli travaillait à la « representation au
vif » du souverain. La nationalité de Benoît de Serins, qui exécuta les trois autres
génies, reste indécise (5).
(1) Un contemporain de Philippe de Bourgogne nous le représente, à son retour de Rome,
vivant en Zélande, dans son château de Souburg, dans une cour d'artistes : € In patriam
reversus, totus exornandæ arci suæ Suytburgo intentus, inter fabros, architectos, sculptores et
pictores versabatur, adeo familiariter ut unus illorum putaretur ». GErarpus NoviomAGus,
Pkhilinpus Burgundus, dans A. MATTHAEUS, Veteris aevi Analecta, 2° édit. (La Haye, 1738), t.r,
p. 156. Nous serions tenté de croire que Conrad Meyt, avant d'être, à partir de 1514, en relations
personnelles avec Marguerite, avait travaillé pour Philippe de Bourgogne. Une lettre inédite de
Marguerite, adressée vraisemblablement vers 1512 à un chevalier de la Toison d'Or, pourrait
bien concerner notre sculpteur. € Mon cousin, pour ce que desire faire faire la portraicture au
vif de feu Monseigneur et mary, cuy Dieu absoille, en pierre, et que sçay avés ung bon maistre
tailleur allemand que avés eu de mon cousin l'admiral [Philippe de Bourgogne], je vous prie le
envoyer a Malines le plus tot que pourrés, et je le vous renvoyray bien brief... » (Arch. Nord,
B 18921, n° 35608, minute).
(2) Mandement du 8 août 1528. Appendice I, n° 162, cf. n° 160.
(83) Ordonnance du 31 août 1530. Appendice I, n° 167.
(4) « Et afin que l'ouvrage que ledit maistre Conrard a en mains ne soit plus retardé, luy a
été commandé... prendre tels ouvrierz que bon luy semblera, sans que maistre Loys ait aucune
cognoissance sur luy ». (Ordonnance du 31 août 1530).
(5) Noper, Les tombeauzx de Brou, p. 69, d'après le P. Raphaël. Cf. Bibliothèque de Dijon,
fonds Baudot, manuscrit 961, folio 16 verso. Les génies placés aux pieds de Marguerite
d'Autriche auraient été l'œuvre de Thomas Meyt, frère de Conrad.
L'ÉGLISE ET LES TOMBEAUX DE BROU 175
Voilà tout ce que l'on sait sur les imagiers des célèbres tombeaux (‘). Peut-être
convient-il encore de sauver de l'oubli le nom de celui qui cisela les lettres de la
devise de l'archiduchesse, au-dessus de son Mausolée, Amé Carré dit le Petit
Picard (?), cette devise qu'on trouve à profusion jusque dans les clefs de voûte ou
sur un bénitier, FORTUNE INFORTUNE FORT UNE. Elle était déjà connue depuis 1509,
lors de la publication des Regrels de la dame inforlunée, et peut être de source
française. Un gentilhomme ami des lettres, qui connut sans doute Marguerite, quand
elle habita les bords de la Loire, pendant son éphémère royauté de France, Arthur
Goufier de Boisy, le gouverneur du futur François I*, aimait à lui rappeler qu'il
avait été « cause de faire faire le petit livre la ou il avoit pourquoy s'est que
Fortune infortune fort une » (?).
(!) On a émis l'hypothèse du concours d'artistes champenois que l’archiduchesse aurait
recrutés lors de son passage à Troyes (KæCHLIN et MARQUET DE VAssELOT, La Sculpture à Troyes
et dans la Champagne méridionale au Xvie siècle. Paris, 1900, p. 54. Marguerite est passée à
Troyes vers le 8 novembre 1501 et peut-être en 1505 après le 5 mai. Mais à cette époque la
question de la statuaire de Brou ne sc posait pas encore.
(2) Noper, Les tombeaux de Brou, p. 40.
(3) [Goufñer de] Boisy à Marguerite, 13 août [1516]. Appendice I, n° 125. La devise FORTUNK-
INFPORTUNE-FORTUNE en trois mots, avec sa belle signification philosophique, allusion à la roue
de la Fortune, a été déformée par l'un de ces déplorables jeux de mots, si chers à Molinet et
autres poètes de la cour de l'archiduchesse, devenant une devise personnelle de Marguerite sous
la forme de FORTUNE INFORTUNE FORT UNE que l'un de ses panégyristes traduira ainsi en 1532:
Fortuna infortunat fortiter unam (G. GRaPHEus, Fata Variæque Fortunæ... Margaritæ... 1532,
édition de REIFFENBERG, dans Archives philologiques, t. 1 (Bruxelles, 1825), p. 209. Marguerite,
déjà Régente, parvenue au faîte de sa destinée, par passe-temps littéraire, écrivait sur ses
infortunes passées un manuscrit qu'elle avait prêté à Madame de Ravenstein. [Françoise
de Luxembourg, femme de Philippe de Clèves]. A une date difficile à préciser, mais antérieure
à 1522, elle fit réclamer ce livre que la douairière € avait fait de sa main, faisant mencion de ses
infortunes, pour ce que Madite dame desire le parfaire » (Arch. Nord, Marguerite à Madame de
a Veuge », sans date, minute de la main de Barangier, mort en 1522, B 18927, n° 35970). Peut-
être s'agit-il du Discours sur la vie et les infortunes de l'archiduchesse (Bibl. de Bruxelles, ms.
10926), resté inédit. Peut-être s'agit-il de la € Complainte sur les malheurs de l'archiduchesse
Marguerite » dont un manuscrit est conservé à la Bibliothèque Nationale de Vienne sous le
n° 2584. On a, d'autre part, la mention d'une « Cronicque Margaritique, par icelle feue dame
composée et escripte de sa propre main, contenant environ quatre vingtz fuilletz » qui fut
recopiée, entre 1530 et 1539, sur l'ordre des exécuteurs testamentaires de Marguerite, par
C. Bernard. Quittance de ce dernier, 4 novembre 1539 (Arch. Nord, B 2415, n° 84750). La même
Bibliothèque possède aussi, sous le n° 2625, un manuscrit composé par Michel Riccio pour
l'archiduchesse intitulé: € Le changement de sort du malheur au bonheur » (Exposition d'art
autrichien. Paris 1927, n°5 97 et 99). On trouvera, dans l'un des albums poétiques de Marguerite
(Bibl. de Bruxelles, ms. 10572, fol. 12, publié par GAcueT, Albums et Œuvres poétiques de Marguerite
d'Autriche, Bruxelles, 1849, page 17), un rondeau débutant par ce vers:
Fortune fortunoit fort une.
Un panégyriste de la Régente, Fossetier, dont les Chroniques Margaritiques sont restées
inédites, commente ainsi, en tête de son premier volume, la célèbre devise :
Vertu en infortune appere.
Qui fort soeffre, il vainct infortune.
Fortune infortune fort une.
Ces chroniques n'ont pas un caractère biographique ; composées entre 1508 et 1517, elles
commencent à la création du monde et s'arrêtent aux guerres puniques, d’après Guy, Histoire
de la poésie française au XVIe siècle, tome 1, Paris 1910, p. 58; elles portent les cotés 10511
et 10512 à la Bibliothèque royale de Bruxelles). Cf. PINcHaArT dans Messager sciences hist.
(Gand), 1862, p. 321.
On trouvera le texte complet de ce rondeau dans de REe1rFENBERG, Notices et extraits des
manuscrits de la Bibliothèque de Bourgogne, tome 1 (Bruxelles, 1829, p. 18).
176 MARGUERTITE D'AUTRICHE
On est encore plus pauvrement renseigné sur les imagiers des retables. Le nom
d'un certain Guisbert, « ymageur de Brou », nous a été conservé pour l'année 1517;
c'était un personnage fort tapageur (‘). Jean de Louhans et Jean de Rolin ont été
relevés parmi ceux qui travaillèrent aux « tabernacles », mais on ne saurait mieux
faire, pour désigner tous les anonymes, que de les grouper sous J’expression
d’ « atelier flamand de Brou » dont l’activité s’exerça de 1513 à 1522 (?). Le Retable
des Sept joies, la petite statuaire des tombeaux, quelques autres statuettes (à
l'exception des génies si italiens de l'atelier Meyt) tout est bien flamand (*). L'œil exercé
d'un Courajod a pu reconnaître les plis bourguignons dans les pleureurs de Marguerite
de Bourbon, dans le saint Paul du portail, dans le saint Pierre du jubé, mais ces
réminiscences de l'École de Dijon sont exceptionnelles. « Brou, déclare le grand
animateur de notre Ecole du Louvre, n'est pas de style flamand-bourguignon pur,
mais bien d'une branche directe de l’art flamand, sans greffe française... C'est du
flamand presque pur sang. C'est l'œuvre à peu près exclusive de la Flandre » (f).
Les textes d'archives connus à ce jour ne sont que des jalons pour l'étude de
Brou. Les lacunes sont graves. On a déjà eu l'occasion, en parlant du gros œuvre et
des tombeaux, d'exprimer quelques regrets. Ceux qui étudieront la petite statuaire
des rctables, le jubé, les stalles, le pavement ne pourront s'appuyer sur aucun
contrat et les textes concernant les vitraux sont plutôt pauvres. On se trouve réduit,
pour dégager quelques noms, à consulter le Père Raphaël, c'est-à-dire un manuscrit
de seconde main.
Les renseignements relatifs au jubé sont purement chronologiques. Sa construction
fut de suite envisagée par Van Boghem pour permettre à l’archiduchesse de se rendre
de son appartement dans sa chapelle en cheminant « par dessubz le jubilé » ().
Mais les fondations ne furent établies qu'en 1526 en même temps que celles des
(1) Le Conseil de Bresse à Marguerite, 1°" août 1517. Appendice I, n° 131.
(2) Procès-verbal du 30 juillet 1522. Appendice I, n° 143.
(3) Des détails de la sculpture flamande de Brou ont été moulés pour le Musée du Trocadéro :
les faces d'un pilier du soubassement du tombeau ducal et deux statuettes de femmes de ce
mausolée ; un panneau du soubassement de celui de Marguerite de Bourbon (pleurant entre deux
angelots), statuette de sainte Marguerite, fragments d'ornementation (choux frisés, bouquet de
marguerites) du même monument. Le tombeau de Marguerite d'Autriche est représenté par une
statuette de sainte Catherine, par des fragments décoratifs (double gorge à redents portant les
initiales P et M enlacées de la cordelière, le briquet de Bourgogne, la palme et la branche de
gui); les initiales P, M et la cordelière ; le bouquet de marguerites ; le buste de Marguerite
gisante sur la dalle inférieure. Le retable des Sept joies de Marie est aussi représenté par la
Vierge d'Annonciation, la Visitation, la Nativité. ENLART (Cam.) et J. RousseL. Cataloque
général du Musée de srulpture comparée du Trocadéro. Nouv. édition, t. 11, France, style
gothique. Paris, 1926. Articles E 28 à E 30.
(#) Courajod, songeant à l’apport italien, ajoute encore cette nuance : € Je le répète, ce qui
domine à Brou, c'est le style purement flamand, et même flamand de la troisième époque, le
style flamand presque sans apport bourguignon dans l'exécution. Ce qui domine le plus, c'est le
style flamand italien ». Courason, Leçons professées à l'Ecole du Louvre, tome 11 (Paris, 1901),
p. 410. On trouvera les principaux types de la sculpture de Brou dans V. de MESsTRAL-
COMBREMONT, Une merveille de l'architecture française au XVI° siècle. La sculpture à l'église
de Brou. Paris, Massin, [1912], 8 pages et 46 photographies in-folio.
(5) Barangier à Marguerite, novembre 1512. Appendice I, n° 95.
L'ÉGLISE ET LES TOMBEAUX DE BROU 177
caveaux (‘). L'année suivante, il était déjà « quasi tout taillé et bien richement ouvré ».
On commença la mise en place en juillet 1528 (?).
Les vitraux de Brou, d'inspiration flamande, ont été exécutés sur place de 1525
à 1531 par un lyonnais, Antoine Noisin, assisté de Jean Brachon et de Jean Orquois.
Van Boghem se procura à Bruxelles « certains grands patrons sur papier, historiés
et armoyés des armes d'icelle dame », pour trois des verrieres du chœur et pour une
verrierc de la chapelle de l’archiduchesse. Ses dessins furent expédiés à Brou en
même temps que 700 livres de plomb (#). Les verriers travaillaient activement l’année
suivante, toujours suivant les instructions de Van Boghem et, en 1527, on avait déjà
placé dans le chœur les panneaux des Apparilions du Chrisl à la Madeleine el à la
Vierge, ainsi que ceux de Philibert et de Marguerite, mais on était arrêté pour les
vitraux armoriés, Van Boghem devant avoir à ce sujet une conférence avec l'archi-
duchesse (*). On dut alors recourir à un peintre resté anonyme, habitant aussi les
Pays-Bas, pour faire dessiner sur papier 64 blasons de couleur contenant les devises
et armes de la « descendue de Madame ». La troisième verrière du chœur était enfin
posée en juillet 1528 ainsi que celles de la chapelle de Marguerite (f). Il fut question
d'en placer aussi trois autres sur la façade (1531, 1° oct.) mais ce projet ne fut pas
réalisé (°).
Les stalles, qui n'étaient pas encore commencées en août 1530, furent exécutées
sous la direction d'un menuisier de Bourg, Pierre Berchod dit Terrasson (”).
Le pavage du chœur et de la chapelle de l’archiduchesse, malheureusement
disparu, avait été exécuté en céramique émaillée, en style de la plus pure Renais-
sance représentant des têtes de l'antiquité latine, des figures contemporaines, des
ornements décoratifs. D'après le P. Raphaël, ce remarquable travail, dont il reste
(t) L'emplacement du tombeau ducal a été très difficile à repérer parce que la voûte était
couverte d'un lit épais de mortier qui assourdissait toute sonorité. Gf. F. FERRET, Les caveauæ
de Brou dans Annales Société émulation Ain, t. xxxv, 1902, p. 148 à 201. Cf. Appendice I,
n°: 202 à 203.
(2) Appendice I, n°° 154, 155, 159.
(3) Mandement du 27 novembre 1525. Appendice I, n° 151.
(#) Relation de [1527]. Appendice I, n° 155. Cf. n° 154.
(5) Louis de Gleyrens et Van Boghem à Marguerite, 14 juillet [1528]. Appendice I, n° 159.
Cf. n° 158. On a observé que, dans le chœur, l’Apparition du Christ à la Madeleine était
inspirée par la gravure de Dürer N,li me tangere. Dans la chapelle de Marguerite, la composition
centrale du vitrail de l’Assomption rappelle un bois du même artiste exécuté en 1510 et la frise
du Triomphe de la Foi est une copie d'un dessin perdu du Titien de la même date connu par
une gravure de Nicollo Boldrini. NoneT, Un vitrail de Brou dans Gazette des Beruæx-Arts,
tome xxxv, 1906, p. 108, sq. avec planches.
La verrière du transept Nord a été brisée par la grêle en 1539 (Appendice I, n° 184), alors
qu'il n'y avait pas de treillages de protection ; son sujet n'est pas connu. La Résurrection du
Christ, placée au-dessus du Retable des Sept Joies, a été enlevée en 1800. Il n'en reste que les
angelots (Description dans CHarveT. Les édifices de Brou, p. 79; cf. le P. RAPHAËEL dans
ALLOING, Annales Société émulation Ain, 1902, p. 242). Les vitraux ont été restaurés à diverses
reprises, notamment vers 1887 par M. Hirsch. Voir pour la description des vitraux conservés
la notice de V. NoperT avec 49 phototvpies et 5 héliogravures dans Lucien BÉGULE, Les vitraux
du Moyen âge et de la Renaissance dans la région lyonnaise. Paris 1911, p. 165 à 200.
(6) Mémoire du 1°° octobre [1531]. Appendice I, n° 169.
(7) La description des stalles a été faite par Mgr H. PERRETANT, Eglise de Brou. Guide express
contenant une description de l'église et du cadran solaire (Bourg, 1920, 8° édition), p. 116 à
135.
12
178 MARGUERITE D'AUTRICHE
heureusement des spécimens dans quelques collections, était l'œuvre de François de
Canarin (1).
La créatrice de Brou, depuis Malines, commandait en regardant des « patrons »,
les uns intéressant les projets à exécuter, les autres représentant les travaux en
cours (?). S'il y avait des réparations à faire, on se servait encore de ces maquettes
faites « a la semblance et selon celle du cloistre de Brou... sans y riens obmettre ».
Sur l’un de ces modèles en relief on portait les corrections à faire (*) et un ouvrier
arrivait sur place avec cette maquette explicative.
L'’archiduchesse n'était pas seule à regarder cette série de « patrons et de
pourtraicts ». Ses conscillers aussi la connaissaient ct il leur était facile, quand ils
revenaient de mission, d'expliquer, pièces en mains, l'état des travaux. Le secrétaire
Barangier, le président Gattinara, le gouverneur Gorrevod, l'aumônier Louis Ocquin,
d’autres encore, membres du Conseil privé ou personnages plus humbles passaient
à Brou et se renseignaient.
Non sculement on suivait à Malines les progrès des travaux, mais encore on les
modifiait, parfois sans se rendre compte du danger de certaines transformations.
Marguerite aimait à parler de son église. Du temps de Perréal, elle montrera les projets
à Pierre Torrigiano, le fameux rival de Michel-Ange (*). D’autres aussi donneront leur
avis. Van Boghem, bon gré mal gré, dut subir bien des interventions, remanier ses
plans même en cours d'exécution. Il avait d'abord placé son clocher au-dessus de la
croisée du transept, il dut le refaire dans son emplacement actuel. Il avait prévu une
« aiguille » de bois ; on l'obligea, quand tout le gros œuvre était achevé, à y substituer
une flèche de pierre, car l’archiduchesse avait voulu que l'on pût voir de loin les
attributs de la puissance impériale, le « Monde » et la « Couronne » des Césars.
Van Boghem dut refaire de nouvelles arcatures pour supporter la charge inattendue (°)
et il faudra plus tard abattre ce couronnement pour éviter un écroulement.
Sur place, le maître maçon avait la direction des travaux, mais non le maniement
des fonds. A ses côtés se trouvait une sorte d'agent administratif, Chivilliard
décoré du titre de maître de l'œuvre, « magister et prefectus edificii » (°) : c'était un
simple comptable, parfois obligé de prendre de petites initiatives quand il s'agissait
d'ouvrages imprévus. Il tenait les cordons de la bourse et avait fort à faire pour
« contenter chescun » (?). Il devait aussi veiller à l'exécution des « patrons », qu'il
recevait parfois directement (®), et tout contrôler : « Il y a des gens le vueillans
aultrement, Madame. Il ne peut estre vostre prouffit que je complaye a chescun » (°).
Sa comptabilité, déjà vérifiée par le Conseil de Bresse, était envoyée à Malines,
(4) Savy et Sarsay, Anriens carrelages de l'église de Brou. Derniers vestiges recueillis et
reproduits d'après des calques. Lyon, 1874, in-folio.
(2) Le Conseil de Bresse à [Pierre de] Marnix, 6 novembre 1518. Appendice I, n° 136.
(3) Ordonnance du 27 mai 1546. Appendice I, n° 185.
(#) Mandement du 26 avril 1510. Appendice I, n° 16.
(5) Relation de 1527. Appendice I, n° 155. Sur l'ancien clocher, voir le P. Raphaël dans
ALLOING, Annales Société émulation Ain, t. xxxv, 1902, p. 234 et 259.
(6) Procés-verbal du 28 août 1506. Appendice I, n° 6.
(7) Ghivilliard à Marguerite, 9 septembre 1512. Appendice I, n° 89.
(8) Marguerite à Chivilliard [juin 4513]. Appendice I, n° 105.
(9) Chivilliard à Marguerite, {°° avril [1511]. Appendice I, n° 45.
L'ÉGLISE ET LES TOMBEAUX DE BROU 179
avéc pièces à l’appui (‘). À la mort de Chivilliard, l'archiduchesse essaya l’un de
ses serviteurs particuliers, le valet de chambre Maxin (?). Mais le vrai contrôle était
exercé non par des officiers, ni des magistrats, mais par les moines et il fallut bien
en passer par leurs mains quand on eut constaté la lenteur des travaux, et peut-être
quelques malversations. A partir de 1523, Louis de Gleyrens, ancien prieur, tint
la comptabilité et ce choix fut heureux. Ses comptes, qui s'étendent jusqu'à
l'année 1532, représentent les dix dernières années de la période de Van Boghem et
enregistrent une dépense de 107.539 florins de Savoie, soit le tiers du prix total
de l’œuvre, église, tombeaux et couvent (*). Les moyens financiers, réduits à
4.000 florins au début, étaient passés à 5.000 florins en 1510, à 8.000 en 1511,
à 10.000 en 1514, pour atteindre, enfin, une subvention annuelle de 12.000 florins
de Savoie, à partir de 1517, sans compter quelques subventions d'un caractère
intermittent (!*).
Certains travaux furent entrepris à la « tâche », c’est-à-dire à forfait, surtout
au début. Le couvent fut ainsi édifié (f), mais on ne trouva personne pour exécuter
le gros œuvre de l'église dans ces conditions. Il fallut subir le travail à la journée (°),
et c'est dans cette comptabilité des salaires qu'il fallait un homme intègre pour
éviter les dilapidations. Toutefois certains travaux d’un caractère spécial furent
encore traités à forfait, les tombeaux par exemple, lors des projets Colombe (),
la charpente (f), les stalles (?), et vraisemblablement aussi les vitraux et le pavage.
Les matériaux nécessaires à la construction se trouvaient à proximité, dans
les falaises du Revermont, et excellents. À Jasseron et Tréconnas, bonne pierre pour
la maçonnerie ; à Ramasse, carrière célèbre pour les revêtements extérieurs, dont
la douairière s’assura Je monopole (‘*); à Gravelle, pierre de roche très dure,
recommandée pour les piliers. On employa aussi de la brique pour faire des blocages,
sur lesquels on plaquait la pierre de taille (**). Le chêne et le sapin se trouvaient aussi
(1) Appendice I, n° 14, 19, 45, 109, 112.
(2) Commission du 30 janvier 1515. Appendice I, n° 115.
(3) Appendice I, n°‘ 146, 147. Baux a estimé que le florin de Savoie représentait, comme
puissance d'achat, dix francs de son temps, s'appuyant pour son évaluation sur le prix des
salaires et celui du blé. Son estimation est vraisemblable, mais elle a été faite en 1854. Barx,
Histoire église Brou (1854), p. 215; cf. p. 203, note 1.
(#) Appendice I, n°° 25, 48, 49, 109, 128, 146.
(5) Prix fait au 31 mars 1505. Appendice I, n°* 2 et 3.
(6) Appendice I, n°: 46, 57, 84.
(7) Marché Colombe, 3 décembre 1511. Appendice I, n° 64; cf. n° 80. Marché Meyt,
14 avril 1526, n° 152.
(8) Supplique de Pierre Godet pour la charpente [1527]. Appendice I, n° 156; cf. n° 9.
(®) Ordonnance du 31 août 1530. Appendice I, n° 167.
(19) Conventions du 9 octobre 1516. Appendice I, n° 126.
(41) Charvet a constaté des vices dans l'appareillage extérieur. « La structure fut si fréquemment
vicieuse, ne consistant le plus souvent qu'en un placage de pierres de taille contre de la
maçonnerie en briques, qu'il ne fallut pas moins que le soin et la vigilante volonté de Dupasquier
pour sauver l'édifice dont la restauration qui fut entreprise en 1849 et qui dure encore... Nous
avons pu constater ces fautes ». CHARVET, Les édifices de Brou, 1897, p. 28.
180 MARGUERITE D'AUTRICHE
facilement dans les régions boisées des environs. Les tuiles et les carreaux vernissés
de la toiture étaient fabriqués dans le voisinage, à la Sardière ({).
La sculpture des tombeaux exigeait des matériaux plus rares. On dut faire venir
de Carrare le marbre blanc pour la grande statuaire (?), le marbre noir en partie
du pays de Liége, comme l'avait déjà fait Perréal pour le tombeau de Nantes (?).
L'évêque de Lausanne put aussi en procurer (*). L’albâtre était extrait de la carrière
de Saint-Lothain, qui eut son heure de célébrité, car l’on s’en servit non seulement
à Brou, mais à Dijon, pour le tombeau de Jean-sans-Peur (5), ainsi qu’à Lons-le-Saunier,
pour celui de Philibert de Chalon, et sa qualité a été maintes fois célébrée par
Lemaire de Belges (°).
L'œuvre de Marguerite a traversé les siècles sans subir trop d’outrages. Sans
doute le clocher a perdu son impériale couronne de pierre ; sans doute l'ancienne
toiture, avec ses lignes aiguës et ses pignons, se profilait dans le ciel avec plus d’élé-
gance que la plate toiture à la Mansart, faite en 1759, et l’on doit regretter les teintes
polychromes des anciennes tuiles vernissées (7). Mais, en somme, l'essentiel a subsisté,
et la Révolution a marqué son passage surtout par la destruction du tombeau
de Gorrevod, dont le bronze servit à faire des canons (*). Au moins, pendant
la période dangereuse, un bon citoyen s'est-il rencontré, Th. Riboud, dont l'initiative
sauva l'édifice, qu’un décret du 13 mars 1791 classa au nombre des monuments
nationaux (*). Depuis, la Commission des Monuments historiques a rendu à l’église
sa primitive splendeur (‘°).
(1) Le P. Raphaël donne divers renseignements sur la provenance de tous ces matériaux. Voir
ALLOING, Annales Société émulation Ain, 1902, p. 69. Jasseron, Treconnas (c'e de Céyzériat),
et Ramasse appartiennent au canton de Ceyzériat, à proximité de Bourg, sur les premières
hauteurs du Revermont. Gravelle, plus éloigné, est un hameau de St-Martin-du-Mont dans le
canton de Pont-d'Ain. La Sardière est un lieudit de Bourg.
(?) Mandement du 8 août 1528. Appendice I, n° 162, Cf. n° 159, 160.
(3) Marguerite au Conseil de Bresse, [jnillet 1510]. Appendice I, n° 28. Cf. 12, 20, 41, 79.
(t) L'évêque de Lausanne à Marguerite, 7 octobre [1515]. Appendice I, n° 118; cf n° 120.
(5) La Chambre des Comptes de Dijon à Philippe le Bon, 13 novembre 1462 (Arch. Côte d'Or,
B. 310), document publié par Bernard PRosT dans Archives historiques, artistiques et littéraires,
tome 11 (1890-91), p. 61 à 63.
(6) Lemaire de Belges s'occupa de l'extraction de l'albâtre de St-Lothain (Jura, canton de
Sellière) avec un remarquable entrain à partir de 1510. Cf. Appendice I, n°s 11, 19, 20, 22, 25,
29, 33, 35, 37, 39, 40, 47, 60 et 64. Voir aussi la curieuse lettre de Perréal du 4 janvier [1511]
n° 41. Sur la carrière de St-Lothain, Cf. CHEVALIER, Mémoires historiques sur Poligny (17309).
t. 11, p. 223; Annuaire du Jura 1813, p. 109 et 1845, p. 155; RousseT, Dictionnaire du Jura,
tome 1v, p. 4. L'emploi de l'albâtre de St-Lothain est stipulé aussi dans le contrat passé le
23 janvier 1531 n. st. pour la sépulture de Philibert de Chalon à Lons-le-Saunier (aujourd'hui
détruite) par Conrad Meyt, flamand et J. B. Mariotto, (rs Mariau), florentin. ROBERT, Philibert
de Chälon. Lettres et documents. Paris, 1902, p. 590.
(7) Description de l'ancienne toiture par le P. Raphaël dans ALLOING, o.c. p. 233. Cf. Barx,
Histoire église Brou, p. 288 et CnaRveT. Les édifices de Brou, p. 89.
(8) Le Conseil général de l'Ain, par arrêté du 21 mai 1793, condamna à la fonte à Brou, à
Coligny et à Montrevel « des mausolées en bronze de trop mauvais goût pour devoir être
conservés comme monuments des arts ». Baux, Hist. église Brou, 1854, p. 295.
(®) Inauguration d'une plaque de marbre au prieuré de Brou en hommage à Thomas Riboud,
18 actobre 1925 dans Annales Société émulation Ain, 1925, p. 90 à 1083.
(1) Parmi les architectes qui ont entrepris, avec tant de cœur et de talent, la restauration
de Brou, les noms de Dupasquier et de Vaudremer méritent d'être commémorés. A côté des
services publics, des amis du monument veillent sur sa conservation. On doit citer, comme un
L'ÉGLISE ET LES TOMBEAUX DE BROU 181
Marguerite ne vit jamais l'œuvre qui devait perpétuer son nom. Brou n'avait pas
encore mis sa dernière parure lorsque, dans le silence d’une matinée d'hiver,
à Malines, le glas de Saint-Pierre annonça au peuple le dernier soupir de la Régente
des Pays-Bas. Sept médecins, penchés sur un lit de mort, avaient été impuissants
à guérir une vicille plaie. Marguerite souffrait depuis plusieurs années d’une
affection à la jambe (!).
En cette fatale année 1530, vers le vingt du mois de novembre, l’archiduchesse
fut prise d’un accès de fièvre « que lui dura environ quatre heures, pour ce que les
humeurs de sa jambe montoient en hault, par les remedes qu'on y faisoit, cuydant
que ce feust gouste ; et fut advisé par les cirurgiens et medecins de luy faire, par
oignemens, ouverture en sa dicte jambe, afin de faire evacuer les dictes humeurs; ce
que fut fait, et s’en cestoit depuis trouvée madicte dame fort amendée » (?). L'espoir
revint mais bientôt, à partir du lundi 28, on n'eut plus d’illusion. Ce jour-là,
l'Empereur, qui était à Spire, fut averti de l'état inquiétant de la malade. Deux jours
après, on lui écrivait que « la doubte de sa mort excede l'espoir de sa vie; l'on a
pourveu qu'elle a esté et est administrée de sa conscience, pour attendre le bon
plaisir de Dieu» (*). La Régente remettait alors ses pouvoirs entre les mains du
comte d’Hoogstrate. Jusqu'à sa dernière heure, elle avait pensé au salut de l'État.
Dans un codicille du 28 novembre, elle adjurait Charles-Quint de « non abolir le nom
de la Maison de Bourgoingne » et le suppliait de «vouloir, pour bien universel de
Crestienté et la seurté de son estat, entretenir, garder et observer la paix ct amytié
avec le roy de France et d’Engleterre » (*). Le jour même de sa mort, dégagée alors
de toute passion humaine, jugeant et condamnant l'œuvre de sa vie, elle voulait encore
fait caractéristique l'initiative toute récente d'un admirateur étranger. Ayant appris par M. le duc
de Trévise le délabrement des portes des chapelles latérales de Brou, dont la réfection était
compromise par des difficultés budgétaires, M. Horace Gallatin, de New-York, a offert de
prendre à sa charge les travaux. Bulletin de l’Art ancien et moderne, février 1927, page 52.
(1) En 1527, le chirurgien Pierre Desmaîtres soignait déjà Marguerite pour « certaine blessure
qu'elle avoit en l'une des jambes » (Arch. Nord, B 2339). Lors de la négociation menée par
Marguerite à Cambrai, le même chirurgien, qui était à Bruges, fut mandé le 8 juillet 1529 pour
que « incontinent et en poste il se transportast à Cambray pour curer ung accident qui estoit
venu ou piet de madicte Dame » (quittance du chevaucheur, Arch. Nord, B 2356, n° 82811 ;
cf. B 2351).
(2) Ant. de Lalaing à Charles-Quint, 28 novembre [1530], Malines, dans Gacnarp, Maladie et
mort de Marguerite d'Autriche, gouvernante des Pays-Bas (dans Collection de documents
inédits concernant l'histoire de Belgique, t. 1, 1833, p. 291).
(8) Ant. de Lalaing à Charles-Quint, 30 novembre [1530], dans GacaRp, o. c., t. 1, p. 292.
Sur la. mort de l’archiduchesse, voir le Compte de Jean de Marnix du 1° janvier 1531 au
31 octobre 1532 dans Quinsonas, Matériaux, tome 1, p. 397 sq. ; cf. t. 1, p. 383. Cf. HENNk,
Histoire du règne de Charles-Quint en Belgique, tome rv (Bruxelles 1859), p. 342 à 347 ; GacHarn,
Les derniers moments de Marguerite d'Autriche, dans Bulletin Académie royale de Bruxelles,
2° série, t. 1, p. 133. [G. DE Azevepo], Korte chronyckhe... van Mechelen, Louvain, 1760. Les
moines de Brou racontent à leur façon l'origine de la blessure de l’archiduchesse et l’amputation
du pied gangréné précédée d'absorption d'opium dont la dose trop forte empêcha la malade de
se réveiller. Récit très suspect par divers détails en contradiction avec les textes d'archives.
Voir le récit légendaire du P. SÉBASTIEN DE SAINTE-CLAIRE, rédigé vers 1708, publié par VILLE-
FRANCHE dans Revue Société littéraire Ain, 1887, p. 70. Cf. Le GLay, Corr. Maximilien et
Marguerite d'Autriche, t. 1 (1839), p. 456. Baux, Histoire église Brou (1854), p. 112 à 115. Sur
la critique de la tradition de Brou, voir GacHarD dans Bull. Ac. roy. Belgique, 2 série, t.1
(1857), p. 135 à 141.
(#) Codicille du 28 novembre 1530 dans Baux, o. c., p. 427.
182 MARGUERITE D'AUTRICHE
rapprocher la France et l'Autriche. La gravité du moment donne à ses ultimes paroles
une solennité émouvante : « Monseigneur, L'heure est venue que ne vous puis plus
escripre de ma main, car je me trouve en telle indisposition que doubte ma vie estre
briefve. Pourveue et reposée de ma conscience, et de tout resolue a recevoir ce qu’il
plaira a Dieu de m'envoyer, sans regret quelconque... je vous ay institué mon héritier
universel... Vous laisse vos Pays de par-de-ça, que durant vostre absence n'ay
seullement gardé, comme les me laissâtes a vostre partement, mais grandement
augmentéz, et vous rends le gouvernement d’iceulx, auquel me cuyde estre 16a-
lement acquitée et tellement que j'en espere remuneracion divine, contentement de
vous, Monseigneur, et au gré de vos subjects, vous recommandant singulierement la
paix, et par especial avec les roys de France et d'Angleterre... vous disant le dernier
adieu... De Malines, le dernier jour de novembre 1530... MARGUERITE » (‘).
C'était la fin. Le 1° décembre 1530, tandis que retentissait le bourdon de Malines,
Jean Carondelet et le comte d’Hoogstrate mandaient en ces termes à l’empereur la
mort de la Régente : « L’indisposition de Madame vostre tante a tellement continué
que quelque remede que les medecins et cirurgiens y ayent sceu donner, le feu s'est
mis en sa jambe, et incontinent est monté au corps et que ceste nuyt [du 30 novembre
au 1° décembre], entre douze et une heure, apres avoir prins son dernier sacrement,
elle a rendu l’ame a Dieu » (?).
Malines gardera pendant six semaines le corps de sa souveraine. Les obsèques
(1) GacHArD, Analectes belgiques, tome 1, 457. Ce texte très connu a été publié aussi par
Le GLay, Corresp. Maximilien, t. 11, p. 457, ainsi que par Altmeyer, Lanz, Henne, Wauters, etc.
(3) Jean Carondelet et Ant. de Lalaing à Charles-Quint, 1° décembre 1530, dans Bull. Acad.
roy. Belgique, 2* série, t. 1 (1887), p. 140. Agrippa de Nettesheim confirme ces renseignements
dans les détails biographiques qu'il donne sur l'archiduchesse dont il fut l'historiographe :
« Nata est in hanc lucem Princeps Sercnissima anno humanae redemptionis millesimo quadrin-
gentesimo septuagesimo nono, mense januario, die decima hora horologii ante meridiana u,
Nata in celeberrima Advaticorum urbe, videlicet Bruxellarum, atque per reverendum dominum
Ferricum, Tornacensem episcopum, juxta ritum ecclesiæ, in templo Divæ Gudulæ per sacrum
baptisma christianæ religion: initiata, fidejubentibus illustribus principibus Philippo a Ravens-
tein, e ducibus Clivorum et Joanne Austeraniæ principe, atque superillustri domina Margareta,
materni avi secunda conjuge, ad cujus imitationem nomen huic divæ Principi nostræ tunc
impositum est ».
Agrippa emploie le style de Pâques ; la date 10 janvier 1479 doit être ramenée à 10 janvier
1480 n. st. Les personnages mentionnés sont : Ferry de Cluny, évêque de Tournai le 8 octobre
1473, promu cardinal le 15 mai 1480, mort le 7 mai 1483; Philippe de Clèves, seigneur de
Ravenstein, qui aurait épousé l’héritière Marie de Bourgogne sans l'hostilité des seigneurs des
Pays-Bas, né vers 1459 (fils d’Adolphe de Clèves, seigneur de Ravenstein et d'Isabelle de
Portugal-Coimbre, lequel se remaria avec Anne de Bourgogne, fille naturelle de Philippe
le Bon), mort à Wynendaele le 28 janvier 1527 ; Jean de Châlon, prince d'Orange (1443-1502);
Marguerite d'York, qui fut la troisième femme du Téméraire qu'elle épousa le 2 juillet 1468 et qui
était la belle-mère de Marie de Bourgogne ; elle mourut à Malines en 1503.
Au sujet de la mort de Marguerite, Agrippa dit qu'elle mourut dans sa résidence de Malines :
« Ibi moribunda obiit, hoc currente anno salutis humanæ Mpxxx, ætatis suæ fere quinquage-
simo secundo, gubernii sui ferme vicesimo secundo aut tertio. Decessit primo calendas
decembris, hora una et media post medium noctis. Sepulchrum et monumentum corporis sui
esse voluit Burgis apud Sedusios. Cor suum Brugis penes Morinos vel Flandros, viscera sibi
vendicavit Mechlinia ». H. C. AGrtPPA AB NETTESHEYM, Oratio habita in funere Dive Margaretae
Austriacorum et Burgundorum prinripis dans Operum pars posterior (Lyon, « per Beringos
fratres », sans millésime), pages 1101 et 1120.
L'ÉGLISE ET LES TOMBEAUX DE BROU 183
furent célébrées en grande pompe les 16, 17 et 18 janvier de l’année 1531 (‘), tandis
que se déroulaient les périodes cicéroniennes de Cornelius Agrippa chargé de faire
l'éloge funèbre (?). Puis un cortège se forma sous la direction de l'archevêque de
Palerme, chef du Conseil privé des Pays-Bas, allant de Malines à Termonde,
s'arrêtant en l’église St-Michel de Gand (), traversant au cœur de l’hiver la vaste
plaine pour confier aux Annonciades de Bruges le corps de leur bienfaitrice (*).
A Brou, on n'était pas encore prêt pour recevoir la dépouille mortelle. Conrad
Meyt n’achèvera ses tombeaux qu’au mois d’août 1531 (°) et Van Boghem demandera
de nouveaux délais. L'église put néanmoins être consacrée le 22 mars 1532. Enfin
allait être exaucé le souhait de celle qui se plaisait à dire :
Le temps m'est long et j'ay bien le pourquoy,
Car ung jour m'est plus long qu'une sepmaine,
Dont je prie Dieu que mon corps tost ramainne
Ou est mon cœur qui n’est plus avec moy (°).
Bruges gardera le cœur de la Régente et Malines, les entrailles, en l'église Saint-
Pierre-et-Saint-Paul (7). Antoine de Lalaing, comte d’Hoogstraete, l’ancien chevalier
(1) Dans les villes des Pays-Bas, on sonna aussi les cloches pendant ces trois jours, notam-
ment à Valenciennes. Voir le récit de la cérémonie des obsèques à cette date, en cette ville dans
le ms. 385, fol. 75 de la coll. Godefroy, Bibl. de l'Institut à Paris.
(2) « Henrici Cornelii Agrippæ sacre Cæsareæ Maiestatis a Consiliis et archivis Inditiarii
Oratio, in funere Dive Margaritæ, Austriacorum et Burgundionum Principis, æterna memoria
dignissimæ habita. Anno mpxxx1... Anvers, 1531, mensis junii die sexto ». L'auteur est le
célèbre Agrippa de Nettesheim. Il avait écrit pour l'archiduchesse le traité De nobilitate et
præcellentia fœminei sexœus declamatio. Anvers, 1529, in-8°. Parmi les pièces de circonstance
publiées à l’occasion de la mort de Marguerite, on peut citer la Complainte faicte pour Madame
Marguerite, Archiduchesse Daustriche, duchesse doagiere de Savoye, Comtesse de Bourgogne
et de Villars. S.1.n. d. [Anvers, 1530 ?], petit in 4° gothique de 4 feuillets. Au milieu de la
page initiale, l'aigle impérial ; au verso, une gravure sur bois de 15 centimètres de haut,
représentant la princesse se promenant dans un jardin clos ; à gauche la Mort. Cette pièce a
été rééditée dans Recueil de chansons, poèmes et pièces en vers français relatifs aux Pays-
Bas, publiés par les soins de la Société des Bibliophiles de Belgique, tome arr (Bruxelles, 1878),
pages 79 à 83.
(3) Compte de J. de Marnix, dans Quinsonas, t. 1, p. 398 à 400. Voir aussi sur les obsèques,
le rôle détaillé dressé par Richard Contault, 4 juillet 1533 (Arch. Nord, B 459, n° 22768).
(4) Déclaration faite le 21 janvier 1531 n. st. par les religieuses du couvent des Sept-Douleurs
situé à Bruges, hors de la porte des Anes, appelé Cloistre des Rouges sœurs de l'ordre de
l'Annonciade, fondé par l’archiduchesse, portant que ce n'est qu'à titre provisoire que le corps
de celle-ci a été déposé devant le grand autel de leur église, après avoir été placé d'abord au
chapitre N.-D. de Bruges et qu'elles délivrent cette attestation à la requête d'Antoine de Monteut,
abbé de Saint-Vincent de Besançon et de Jean de Marnix, seigneur de Toulouse, exécuteurs
testamentaires, rappelant que Marguerite, le 28 novembre précédent, au cours de sa maladie,
avait exprimé le désir que son corps fut confié aux religieuses jusqu’à ce qu'on eut « l'oportunité
de la faire mener en Brouz ». Les noms de 39 religieuses du couvent figurent dans l'acte (Arch.
Nord, B 459, n° 17252, Orig.).
(5) Procès-verbal de réception, 5 août 1531. Appendice I, n° 168.
(6) Ballades, rondeaux et dialogues de Marguerite d'Autriche. Manuscrit 10572 de la Biblio-
thèque royale de Bruxelles.
(7) A Bruges, le cœur de l’archiduchesse fut d'abord placé en l'église Notre-Dame (où se
trouvait déjà la sépulture de sa mère) par les soins de Claude de Boisset (Arch. Nord, B 2379,
n° 83533), puis dans l'église des Annonciades, devant le grand autel. A Saint-Piepre-de-Malines,
les « ventrailles » furent placées aussi devant le grand autel, du côté droit. Voir l’ordonnance
des exécuteurs testamentaires avec avis de l'empereur, signé le 1% mai 1546, dans « Historica
narratio de vita et morte Margarete.. » ms. 15862 de la Bibliothèque royale de Bruxelles (fol. 4),
184 MARGUERITE D’AUTRICHE
d'honneur, entouré de quelques fidèles serviteurs de l’archiduchesse (‘), quittera les
Pays-Bas vers le milieu de mai (?), cheminant sur les grandes routes pendant un mois
derrière un cercueil. Déjà, tant en Bresse que dans le comté de Bourgogne,
10.000 messes avaient été dites pour le repos de l'âme de la trépassée (*). Puis, à
Brou, pendant trois jours, les cérémonies des 10, 11 et 12 juin 1532 (*) commémorè-
rent le souvenir de la douairière et Antoine du Saix la célébra dans son Oraltio
funebris et dans son Blason de Brou (°).
Marguerite avait enfin rejoint, dans la paix du tombeau, celui qu’elle avait tant
Ce document est incomplètement publié dans Baux, Hist. église Brou (1854), p. 442, d'après un
ms. de La Haye. Les entrailles de Marguerite furent transférées dans la nouvelle paroisse de
Saint-Pierre, le 23 octobre 1778 (Procès verbal dans le ms. 15865-66 fol. 47 v. de la Bibl. roy.
de Bruxelles). Cf. GacharD, La translation des entrailles de Marguerite d'Autriche dans Bull.
Ac.roy. Bruxelles, t. xt (1861), p. 226 et ALTMEYER, Marguerite d'Autriche, dans Revue belge,
t. xv (Liége, 1340), p. 352 sq. Cet auteur donne des détails sur la destruction par les iconoclastes
du monument de Marguerite aux Annonciades de Bruges.
(1) Alard Bentinck; Philippe, bâtard de Lalaing ; Jean de Lannoy; Jean de Mastaing ;
Jean de Boynières ; Jean de Hallewin ; Frédéric, bâtard de Melun ; Jean Bonnot, s' de Cormaillon ;
Laurent Bentinck ; Claude, bâtard de Vauldrey, etc. (Compte de J. de Marnix, dans QUINSoNsS,
o.c.,t. 11, p. 334). D'autres personnages assistèrent, du 10 au 12 juin 1532, à la cérémonie des
obsèques célébrées à Brou, notamment Claude de Boisset, abbé de Faverney. Il ne semble pas
que l'on ait conservé le compte de ces funérailles dressé par Jean de Boisset, trésorier de Dôle
et mentionné dans un texte du 22 novembre 1532 (Arch. Nord, B 459, n° 22723).
(2) Quittance délivrée le 12 juin 1532 par Laurent Bentinck, écuyer, « pour me trouver au
lieu de Malines le quatorzieme jour de may... devers monseigneur... le conte de Lalaing.…
ambassadeur et chief pour assister a la translatiou du corps de madicte dame en son eglise et
couvent de Brouz..., dez lequel lieu de Malines et xuni* dudict mois ay continuellement servi
monseigneur le conte jusques audict Bourg, pour faire lequel voiage m'a esté ordonné deux
chevaulx et pour chascun cheval douze sols de deux gros dicte monnoie le sol..., pour
trente jours entiers a compter dez ledit xr11 de may jusques aujourd'huy... » (Arch. Nord,
B 2373, n° 83402, Orig.). Le corps de l'archiduchesse, avant de quitter pour Brou le couvent
des Annonciades de Bruges, fut de nouveau « embaulmer et mis en deu estat » par Jean
Estocart, fruitier de la défunte, Etienne Lullier, son valet de chambre, et Jean Doméon, son
sommelier d'oratoire (Arch. Nord, B 459, n° 22785).
(3) Compte apuré le 4 juin 1533 (Arch. Nord, B 459, n° 22749).
(#) Délibération de la ville de Bourg, juin 1532 dans Baux, o. c., p. 117, note 1.
(5) Oratio funebris in exequiis illustrissime principis Margaritæ Austriæ Broari sepultæ,
habita ab fratre Antonio Saxano, Antoniano, tertio idus junii 1532, 8. 1. in 4° (réimpr. dans
G. PaRADIN, De antfiquo statu Burgundiæ liber, Bâle [1555]. Une traduction française, qu'on
peut attribuer à 1532, a été réimprimée dans QuINsoNas, Matériaux, tome 1, p. 387 à 402.
Antoine de Saix, Le blason de Brou, temple nouvellement édifié au pays de Bresse par tres
illustre... dune Marguerite d'Austrice et de Bourgongne en son vivant duchesse de Savoye,
Lyon, Claude Nourry dit le Prince, vers 1532, petit in 4° goth., 16 feuillets non chiffrés. Réédité
en 1876 à Bourg, par A. VAYSSIÈRE.
Le comte d'Hoogstraete demanda aussi au poète Schryver un éloge dont voici le titre : « Fata
Variæque Fortunæ Omnium Clariss. Heroines, Optimæq. Principis, Divæ Margaritæ Augustæ,
Divi Maximiliani Cæs. Aug. Filiæ, Matris Patriæ, Pacis et Concordiæ Procuratricis diligentiss,
Archid. Austriæ, Ducisq. et Comitis Burgundiæ, etc. CORNELIO GRAPHEO authore, pio voto, ac
jussu inclytiss. D. Comitis Hochstraten moxxxir » (Réimprimé dans REIFFENBERG, Archives
pluilolugiques, tome 1, p. 201 à 219 et dans ses Notices et extraits des mss de Bourgogne (Bruxelles,
1829), p. 116). On peut encore citer : « Carmen sepulchrale in funus Illustrissimæ Principis
Domine Margaretæ, Archiducis Austriæ, Ducis Comitisque Burgundiæ, Viduæ Sabaudiæ, etc.
Nicolao Grudio Belga lureconsulto, Caroli Quinti Imp. Aug. Secretario autore. Louvain, Serv.
Zassenus, 1532, mai », 8 fol. in 4° (réimpr. dans REIFFENBERG, Coup d'œil sur les relations qui
ont existé entre la Belgique et la Savoie dans Nouv. Mémoires de l'Acad. roy. de Bruxelles,
1841, p. 56.
OU ee ne =
L'ÉGLISE ET LES TOMBEAUX DE BROU 185
aimé. L'’adversaire de la France repose maintenant sur terre française. La Révolution
lui fut clémente et son tombeau restera inviolé jusqu'au jour où une pieuse pensée
rassemblera des débris épars et une chevelure d’or tombés d’un cercueil trop fragile
pour porter tant de gloire (*). Brou verra alors se dérouler une dernière solennité, lors
de la réinhumation des dynastes savoyards en présence d’un prince de l'Église et
d’une assistance d'élite. Puis la très magnifique église appartiendra aux archéologues
tandis que, dans le silence des archives, en France depuis deux siècles déjà, puis en
Belgique, en Hollande, en Allemagne, en Autriche et même en Espagne et en
Angleterre, chacun apportera sa pierre pour édifier un nouveau monument à la
Régente des Pays-Bas.
(1) Procès-verbal de la reconnaissance des sépultures du 1° décembre 1856. « La paroi
supérieure du cercueil, assez bien conservée... ; quant à la paroi inférieure, elle n'existait plus
depuis la base du crâne jusqu'aux articulations des genoux... La tête, bien conservée et garnie
à sa partie supérieure d'une assez grande quantité de cheveux roux, présente les traces évidentes
d'une autopsie.. A la partie inférieure du cercueil, nous avons recueilli les deux jambes et les
pieds, enveloppés isolément de débris de peau, et nous avons pu les transporter en bloc dans
le cercueil provisoire. Nous avons alors recherché les parties qui pouvaient être sur le sol et
nous avons retrouvé le maxiliaire inférieur dégarni de deux incisives dont l’une a dû être perdue
du vivant de la princesse. Il manquait également deux petites et grosses molaires du côté droit,
et deux molaires du côté gauche. Ces dents ont dû manquer pendant la vie, ce que prouve la
conformation et l'obturation complète des alveoles... ». Suit la reconstitution anatomique du
corps de l'archiduchesse par le D' Dupré (Publié dans Quinsonas, Matériaux, t. ur, p. 159).
APPENDICE I
Répertoire des documents archéologiques
relatifs à Brou.
EE à
La plupart des textes concernant Brou étaient devenus introuvables, faute
de références précises. L'absence de millésime a embarrassé beaucoup d’éditeurs.
Une revision chronologique s’imposait. D'autre part de nombreux inédits ont été
découverts. Il a semblé, pour toutes ces raisons, nécessaire de rédiger un nouveau
répertoire de cette documentation si curieuse pour l'histoire de l’art, complétant
et rectifiant les utiles travaux de E. L. G. CHARVET (Liste de 124 analyses, pour
les années 1505 à 1896, dans Les Edifices de Brou, tirage à part de la Réunion
des Sociétés des Beaux-Arts, Paris 1897, pages 129 à 142), de Victor Noper (Liste
de 78 documents, de 1505 à 1533, publiée dans Les Tombeaux de Brou, tirage à part
des Annales de la Sociélé d'émulation de l'Ain, Bourg 1906, pages 73 à 85) et de
Paul Vrrry (Liste de 19 documents, de 1509 à 1512, concernant l'intervention
de Perréal de Lemaire et de Michel Colombe, dans Michel Colombe et la sculpture
française de son temps, Paris 1901, thèse de doctorat ès-lettres de la Faculté de Paris,
pages 490 à 492.
On a cru devoir donner au présent répertoire une rédaction plus étendue que
celle des précédentes listes et citer au besoin les passages caractéristiques. C'était
présenter un exposé des travaux de Brou sous la forme chronologique, si commode
pour les contrôles. On s’est toutefois borné, quand certains documents intéressaient
des sujets divers, à extraire des renseignements purement archéologiques.
Les crochets carrés encastrant des dates et des noms indiquent une restitution.
Beaucoup de textes sont dépourvus de millésime et parfois, de toute mention
chronologique.
1. - [1505], 6 mars, Bourg. — Aurele Raimundo (‘), [religieux
augustin], à Marguerite d'Autriche (Arch. Nord, B 751, n° 24414,
original.
Eloge de l'emplacement choisi pour le couvent de Brou et remerciements pour
(*) Le frère Aurèle avait rendu de si grands services, qu'il fût question de le faire revenir
à Brou (Barangier à Marguerite, 20 octobre [1507], Bourg ; Arch. Nord, B 18948, n° 36947,
original). Îl était alors attaché à la Cour de Blanche [de Montferrat, veuve de Philibert I,
duc de Savoie] qui refusa de le laisser partir, alléguant l’état de santé et l'âge du religieux
(Blanche à Marguerite d'Autriche, 2 novembre [1507], Carignan; Arch. Nord, B 19005,
n° 39030, original).
Ce personnage mourut en Italie et il fut question de ramener son corps à Brou, aux frais
de l’archiduchesse (Le prieur de Brou à Marguerite, 4 novembre [1512] ; Arch. Nord, B 19182,
n° 44500, original).
188 MARGUERITE D'AUTRICHE
les approvisionnements préparés par Antoine [de Montcut, chapelain de la douairière].
Signé : Frate AURELIO RAIMUNDO con suoi compagni.
Cf. Lettre de Gonsalès Toledo, médecin de la reine [de Castille], à Marguerite,
mentionnant l'envoi d'une boîte remise par un religieux augustin italien, récemment
venu auprès de l’archiduchesse pour la construction du couvent de « Burch »
(8 nov. [1505], Arch. Nord, B 857, n° 24015, autographe).
2. - 1505, 31 mars, Bourg. — Ordonnance prononcée par Laurent
de Gorrevod, baïlli de Bresse, concernant l’entreprise de l’église et
du prieuré de Brou (Arch. Ain, H 614, copie du xvi* siècle non
authentique, provenant d’un cahier folioté Lxv et LxvI).
Homologation du contrat donné à forfait « in tachiam », au nom de l’archiduchesse,
par noble Jean Bonet, trésorier de Bresse, en présence de Louis Barangier, maître
des requêtes, au profit d’Amé Rogemont, Claude Chardon, Benoît Balichon, alias
Cristin et Cristin Juenet, maçons (ms. lathomi), bourgeois de Bourg, des travaux
à faire « apud Brou et tam in ecclesia dicti loci et prioratus ecclesie sancti Petri
de Brou et circum circa », en se conformant, d’une part, aux prix fixés dans un cahier
de six feuillets et, d'autre part, au dessin (ms. figure et portractus) établi sur
deux peaux de parchemin, authentiqué par notaire.
Baux, Histoire de Péglise de Brou (Bourg 1854), p. 173, note 1 (mauvaise lecture des
noms propres).
CHARVET (!), n° II (à la date du 23 avril). Noper, n° 3 (même date).
8. - [1505, 31 mars]. — Prix fait pour la construction de l’église,
du couvent de Brou et du logis de Marguerite d’Autriche (Archives
de l’Ain, H 614, cahier de 12 feuillets papier, foliotés LvuT à LxIHI
et Cvii à cix, provenant d’un registre, écriture du début xvi*).
Ce document est visé par le contrat daté du 31 mars 1505, passé par Amé
Rogemont et autres maîtres bressans, analysé plus haut.
« S'ensuyt l'ordonnance de la tache de Brou touchant l’esglise, mise par ordre :
» Premierement, seront tenus les massons de faire la toyse du mur de six piedz
en carreure une par toutes, toysant le vuyde comme le plein, jouxte le contenu
du pourtrait, pour le pris d'une chescune toyse IIII Livres XV sols.
» Item, seront tenus lesdicts massons fere le portal devant beau et honneste,
jouxte le contenu du pourtrait, avecques son ostiau et le pignon dessus, complis pour
le pris c’est assavoir IIIT: livres.
» Item, plus seront tenus fere deux sepultures belles et honnestes, cellon
l'ordonnance du pourtrait, pour le pris d’une chescune sepulture CL livres ().
» Item,... fere une chescune des grans votes pour le pris de C livres.
» Plus,... fere une chescune des petites votes avecques son pillierd rond par
dedans l’esglise de pierre de taille, pour le pris de XLV livres.
(*) Les indications Cnarver, NobrrT (sans indication de titre bibliographique), se réfèrent
aux listes chronologiques publiées par ces érudits, dans des travaux dont on a donné la référence
dans les lignes qui précèdent ce répertoire.
(2) La livre contenant 20 sous, et l'écu valant 2 1. 8 sous, soit 48 sous, une sépulture de
150 livres représentait 62 écus sa 24 sous.
ee Sn
RÉPERTOIRE DES DOCUMENTS ARCHÉOLOGIQUES RELATIFS À BROU 189
» Plus,... fere une chescune verriere tant grande que petite pour le pris de
XXXV livres. |
» Item, ... fere une chescune butte (!) par dehors de l'esglise de pierre de taillie
levé jusques a l’hault de l'esglise, de la grosseur qui contient au pourtrait, pour
le pris de... XLV livres.
» Item, les arcs bouttans qui seront sus les basses votes, en droit des doubles
entre la taille des bouttées jusques au mur de l'esglise, seront toyséz et la toyse
au pris du mur.
» Item, la massonnerie dessus les pilliers de l’esglise, la ou seront allegées
les verrieres des grans votes de la nefz de l’esglise, despuis les pilliers jusques
au dessus dudit mur, sera toysé a la toyse comme dessus.
» Item, au dessus desdicts murs, tout a l'entour de l'esglise, sera pousé ung
entablement qui fulgetera le mur ung espand (?) dehors pour poser le couvert
de l’esglise et sera ledict entablement toysé a la toyse dessusdicte...
» Item, toutes places de pierre de roche pour paver ladicte esglise, une chascune
toyse posée, c'est assavoir LXX sols.
» Item, seront tenus lesdicts massons fere ung charnier voté de dix piedz de
parfond et de dix piedz de long et de huit piedz de large pour le pris de III* livres ».
Le prix fait pour le monastère prévoit : murs extérieurs en brique ; portes ;
fenêtres croisées à moulure et écusson pour armoiries ; demi-croisées ; « lermy » ;
escalier à « marche de vis » ; cheminées ; cave ; « plates de terre cuyte pour paver
saules, reffectoire, chambres et tous membres necessaires de paver ». « Item,
le cloistre a esté extimé pilliers, fondacions dudict cloistre avecques l’entablement
pour se asseoir pour le pris de CL livres ; item, dedans ledict cloistre sera fait ung
puy de pierre pour le pris de XL livres ». Pavage du cloître en « plate de roche ».
Le prix fait pour le « bastiment de Ma tres redoubtée dame » comprend : mur
extérieur en brique ; portes de 5 pieds et demi de haut et de 2 pieds et demi de
largeur ; fenêtres croisées à moulure comme celles du couvent, ainsi que les
fenêtres demi-croisées ; « lermy » ; cheminées ; escalier à vis ; cave ; puits en pierre
placé « au milieu du ressert », grande porte du bâtiment de Madame placée « entre
les deux bollevars, sera conté C livres » ; pavage en « plates de terre cuyte ».
On pourra exécuter les articles qui seraient prévus dans le « pourtraict », bien
que non visés dans les présentes dispositions.
Baux, Recherches sur l'église de Brou, 1844, appendice, pages 1 à 6. Baux, Xistoire de
Péglise de Brou, 2° édition, 1854, p. 311 à 317. Cnarver, Jean Perréal, Clément Trie el
Ed. Grand, 1874, p. 46 (extrait).
Caarver, Répertoire des pièces relatives à Brou dans Zes édifices de Brou, 1897, n° I.
Noper, Liste chronologique des documents relatifs aux tombeaux de Brou dans Les tombeaur
de Brou, 1906, n° 4.
Tous ces auteurs ont attribué au document la date du 23 avril 1505.
4. - 1506, 7 avril, Brou. — Nouvelles conventions passées par
Marguerite d'Autriche pour la construction de l’église et du couvent
de Brou (Archives Nord, B 2200, n° 74794, ancien B 2200, n° 9,
minute).
Contrat passé avec Amé « de Rogemont », Benoît Balichon dit Christin et
Claude Chardon, maçons, à Bourg.
() Contrefort.
(?) Fulgetera — dépassera le mur d'un empan, c'est-à-dire de la largeur de la main.
190 MARGUERITE D'AUTRICHE
La vieille église [du prieuré St-Pierre] sera abattue.
La nouvelle église sera édifiée selon l'avis des religieux augustins.
Des voûtes seront placées dans les cloïtres, le réfectoire, le « chapistre »
et la sacristic.
Des modifications seront faites au précédent marché en ce qui concerne les
« fenestraiges », la cave qui devra être agrandie et l'on se conformera à l'avis
des augustins en tout ce qui touche la construction du couvent et celle de l'église.
Les travaux non prévus au dernier prix fait seront payés à dire d'ouvriers, choisis
par les deux parties.
Les fondations commencées ne peuvent servir. Une indemnité de 100 florins
sera allouée pour ce travail devenu inutile.
Le précédent marché, dans les parties non modifiées par le présent contrat,
conserve sa valeur.
Inventaire sommaire des archives du Nord, tome 1V, par Dexaisnes, Lille, 1881, p. 316,
col. 2 (mention). JarRIN, Brou, dans Annales Societe émulation Ain, t. XX (1887), p. 383.
Finor, Louis Van Boghem, dans Réunion Sociétés B.-Arts, 1888, page 188. Noper,
Jean Perréal et Marguerite, dans Annales Société émulation Ain, t. XXXVI, 1903, p. 239
(à la date du 7 avril 1507).
CHaARvET, n° VII (date du 7 avril 1507 et référence B 2000 inexactes). Noper, n° 7.
5. - 1506, 16 juilet (xvir Kal augusti), Rome. — Bulle de
Jules IT, érigeant à Brou un couvent d’ermites de saint Augustin
(Archives Ain, H 611, original, avec bulle sur lacs de soie).
Le couvent est placé sous l'invocation de saint Nicolas de Tolentin et sera
desservi par la Congrégation de Lombardie. L'ancienne paroisse de Saint-Pierre
de Brou, siège d’un prieuré bénédictin, est annexée à Notre-Dame de Bourg.
| L'expédition de cette bulle avait été négociée par Philibert Naturel, domprévôt
d'Utrecht, abbé d'Ainay, d'après les lettres de créance adressées vers le 30 avril 1506,
par l'archiduchesse à [Bernard Carvajal], cardinal de Sainte-Croix, [Louis], cardinal
d'Aragon, [Galeotto de Franciottis], cardinal de St-Pierre ès liens et [Jean-Etienne
de Ferrières], cardinal de Bologne (Arch. Nord, B 18826, n° 24458 et 24459,
minutes). Voir sur ces négociations en cour de Rome aux Arch. Nord, B 19182,
n° 44544 à 44548 et surtout la lettre du prieur de Brou (29 juillet [1506], B 19182,
n° 44505, original) concernant les démarches faites par le prieur de N.-D. del Popolo,
à Rome, de l'ordre des ermites, pour l'argent nécessaire à l’expédition des bulles
et l'intervention du cardinal de Sainte-Croix, plus efficace que celle de Philibert
Naturel.
GuIcHENON, Hisloire généalogique de la maison de Savoie (Lyon 1660), tome II, preuves,
p. 488 à 491. Baux, Recherches historiques et archéologiques sur l’église de Brou (Bourg, 1844),
p. 15 à 21 (à la date du 17 août). Baux, Fistoire de l'église de Brou (Bourg, 1854), p. 326
à 334 (même erreur).
Noper, n° 10.
6. - 1506, 28 août (V Kal. septembris), Brou. — Procès-verbal
de la prise de possession de l’église de Brou par les ermites de
St Augustin, de la congrégation de Lombardie (Arch. Ain, H 614,
original sur parchemin).
L'acte est passé par devant Calixte Forcrand, de Bourg, notaire impérial et
RÉPERTOIRE DES DOCUMENTS ARCHÉOLOGIQUES RELATIFS A BROU 191
secrétaire du duc de Savoie, en présence de Marguerite d'Autriche, « invictissimi
Maximiliani Cesaris Augusti nunc feliciter triumphantis filie », ainsi que de
Mercurin de Gattinara, président de Bresse, Etienne Chivilliard, « magister et
prefectus edificii et operarum que sunt in monasterio predicto », Gui de La Baume,
comte de Montrevel, [chevalier d'honneur de l’archiduchesse], Laurent de Gorrevod,
gouverneur de Bresse, Claude de Sale, lieutenant de Bresse, Jérôme Vent,
maître d'hôtel, Louis Barangier, maître des requêtes, Noël Puget, procureur fiscal
ct Jean de Croso, son substitut. Plusieurs prêtres de l'église N.-D. de Bourg, ainsi
que Raimond Cartier, prieur de Brou et cinq moines de l’ordre des ermites de
St Augustin, plusieurs frères mineurs de Bourg et d’autres personnes assistent aussi
à la cérémonie qui se passe « in ecclesia Sancti Petri de Brou, extra muros ville
Burgi, ad primum lapidem, ordinis s. Benedicti, nunc vero ct ab hinc in posterum
ecclesia s. Nicolai de Tolentino, ordinis s. Augustini... vulgariter nuncupata..,. ».
Baux, Recherches, 1844, appendice, p. 22 à 27. Baux, Hisi. église Brou, 1854, p. 334
(fautes de lecture).
CHarverT, n° IV, Noper, n° 11.
7. - 1506, 28 août (V Kal. septembris). — Pose de la première
pierre du couvent de Brou par Marguerite d'Autriche, d’après le
Liber recordationum de Brou (Archives Aïn, H 620).
..Domina Margarita de Austria..., almæ Congregationis cremitarum divi
præsulis Augustini, observantiæ de Lombardia nuncupatæ, devotissima et hujus
cœnobii institutrix largissima ct erectrix magnificentissima, primum posuit ipsius
lapidem super quem tota dehince structura plantata surrexit, nullo perterrita imbrium
horrore, nec aspera quæ tunc vehemens erat temporis intemperie dejecta, celchratis
prius sacris, longa procerum turma, nympharunque numerosa serie decorata,
in honorem intemeratæ Dei genitricis Mariæ necnon divi miraculorum magnitudine
coruscantis Nicolai Tolentinatis, cui addicta plurimum specialius sacram sacravit
ædem, in religiosori ipsius ædificii loco, in imo videlicet sacrarii, quem surgentis
solis primum indicat jubar angulo ».
Baux, Recherches, 18414, app. p. 22. Baux, Æist. église Brou, 1854, p, 180, note 1.
CHARvVET, n° V. Noper, n° 12.
- [1507], 25 décembre, Bourg. — Barangier à Marguerite
(Arch. Nord, B 18948, n° 36949, original).
Louis Barangier [secrétaire de l’archiduchesse] mande que la maçonnerie du
couvent est terminée. On a demandé pour la charpente trois douzaines de chevrons
et deux douzaines de chènes au duc de Savoie. La quantité octroyée a été si faible
que Barangier l’a refusée, déclarant que le prince « en donroist au maindre de
ses subgectz austant ».
Cf. la lettre adressée par Marguerite à Charles III de Bourg, le 2 octobre [1506], à ce
sujet (Arch. Nord, B 2279, n° 79660, copie contemp.).
9. - 1508, 6 mars, Bourg. — Conventions entre Etienne Chivilliard,
maître des œuvres de Brou, et Pierre Godet, charpentier de Bourg
192 MARGUERITE D'AUTRICHE
(Arch. Nord, B 19182, n° 44560. Cahier de 4 feuillets papier, copie
authentique contemporaine).
Forfait pour les travaux de charpente dans le bâtiment des hôtes « scilicet in
edifficio hospitum a parte ecclesie in introhitu conventus ex parte seri (c'est-à-dire du
côté de l’ouest) usque ad murum dividentem duo claustra inclusive ». Mention du
mur du petit cloître et d’une chambre située «in angulo magni claustri econtra
edifficium librarie ». Godet devra se servir de tuiles à crochets /legulis ad crochez/
pour couvrir le bâtiment des hôtes « ab ecclesia prédicta usque ad primum pilliare
magni claustri inclusive.
L'acte est passé en présence de Raimond [Cartier] de Cesana, prieur de Brou, et
des entrepreneurs Claude Chardon, Benoït [Balichon dit] Chrétien et Aimé de
Rogemont.
10. - 1509, 20 février, n. st., Bruxelles. — Testament de Marguerite
d'Autriche (Arch. Nord, B 458, n° 17994, original; Archives Aïn,
H 614, copie authentique du xvr® siècle).
L'archiduchesse élit sépulture dans l'église qu'elle fait construire à Brou: « Et
voulons estre inhumée empres le corps do feu... le duc Philibert de Savoye..., du
cousté senestre, et au dextre sera le corps de feu Marguerite de Bourbon, sa mere,
et le corps de mondict seigneur et mary ou millieu ».
Elle ordonne que l’on achève le couvent et l’église qu’elle a « conclud et deliberé
faire, avec aussi les sepultures, selon les patrons que en avons faict prendre ».
GuICHENON, Hist. généal. Maison Savoie, (Lyon 1660), tome II, preuves, p. 481 à 488.
Dumoxr, Corps diplomatique (La Haye, 1726), tome IV, 1" partie, p. 90 à 93. Baux,
Recherches (1844), appendice, p. 32 à 50. Baux, Aistoire église Brou, (1854), p. 345 à 367.
Caanver, n° IX. Noper, n° 16 (à la date du 30 février 1508).
La plupart des éditeurs ont donné la date 1508, sans la ramener au style actuel. Les
codicilles du 17 mars 1513 n. st. et du 28 novembre 1530 ont été publiés dans GuicHENON,
Dumonr et Baux.
11. - [1509], 15 novembre, Lyon. — Jean Perréal, dit Jean de
Paris, à Marguerite (Arch. Ain, H 614. Original donné par M. Guyon.
Cette pièce a fait partie jusqu’en 1848 de la collection Aug. Bernard,
passant ensuite dans celle de B. Fillon).
La pension que Marguerite a allouée précédemment à Perréal n’a été payée que
pendant deux années [1504-1506]. Trois annuités restent dues. L'artiste, attaché à la
cour de France, a pris part à la campagne [de 1509] contre Venise. De retour à
Lyon [vers le mois d'août], Perréal a vu Jean Lemaire qui lui a demandé, au nom
de l’archiduchesse, un « patron... de quelque mode digne de memoire » pour les
trois sépultures projetées dans l’église en construction à Brou « que l'on dit estre
fort belle », bien que Marguerite ait déjà reçu divers « patrons » dressés par d’autres.
Perréal va s'inspirer des œuvres vues au cours de ses voyages : « Sy me suis mis
apres. et ay revyré mes pourtraitures au moien des choses antiques que j'ay veu
es parties d'Italie pour faire de touttes belles fleurs ung troussé bouquet dont j'ay
monstré le jet audit Le Maire, et maintenant fait les patrons que j'espere aréz en
bref ».
Suivant le désir de Lemaire, Perréal s’est occupé de l'albâtre destiné aux
RÉPERTOIRE DES DOCUMENTS ARCHÉOLOGIQUES RELATIFS À BROU 193
sépultures et a découvert (‘) une bonne carrière « la plus blanche du monde et à
bon conte, grandes piesses et a grant quantitté ». Il demande si l’on peut commencer
l'extraction.
Perréal a trouvé un « bon ouvrier et excelent disciple du nommé Michel
Coulombe, homme de bon esperit et qui besongne apres le vif » (?) et qui consentirait
à se rendre à Lyon et à Bourg pour travailler sous le contrôle de Perréal ; « rien
n’en empireroit et mesmement pour le visaige de feu Monseigneur et autres choses ».
L'archiduchesse dira si elle veut que l’on s'assure Je concours de ce « bon ouvrier ».
Perréal est tout disposé à conduire l’œuvre à bonne fin, entièrement dévoué à
l'archiduchesse « a gages et sans gages ». Il a écrit à ce sujet au gouverneur de
Bresse [Laurent de Gorrevod] et prie la douairière de conférer avec ce personnage
qui doit venir sur place.
Lemaire a quitté Lyon depuis quelque temps pour se rendre à Dôle. Perréal est
surpris de ne pas avoir eu de ses nouvelles.
Journal d'agriculture publié par la Société d’émulation de PAin, nov. 1848, p. 322.
SIRAND, Courses archéologiques Ain, 1850, 3° vol., page 5. Durax, Essai sur Perréal, (Lyon
1864, ext. Méëm. Soc. littéraire Lyon), p. 66 (extrait). FIzLoN, Documents relatifs aux œuvres
de Michel Colombe, dans Poitou et Vendée (Fontenay, 1865), tome II, page 11. Duravy,
L'église de Brou et ses tombeauxz (Lyon 1867), p. 126 à 130; 2° édition (1879), p. 120.
CHARvVET, Jehan Perréal, Clément Trie et Edouard Grand (Lyon, 1874), pages 44 et 50.
BaxceL, Jehan Perréal dit Jehan de Paris (Paris, 1885), pages 181 à 183. Fixor, Louis
Van Boghem, architecte de Brou (dans Réunion Sociétés Beaux-Arts, 1888, p. 191 (citation).
MicrieLs, L'art flamand dans VEst et le Midi de la France (1871), page 214 (citation).
CuaAGny, Correspondance politique et administrative de Laurent de Gorrevod (Lyon, 1913),
p. 74 à 78.
Caarver, n° XIII. Noper, n° 22. Vrrry, page 490.
Beaucoup d’éditeurs ont restitué, à tort, cette lettre à l'an 1511].
12. - [1509, après novembre]. — [Jean Lemaire à Laurent de
Gorrevod] (Arch. Nord, B 19182, n° 44511. Copie contemporaine).
Le signataire de cette lettre est entretenu aux frais de monseigneur [l’évêque] de
Liége, sans avoir de nouvelles de Jean de Paris. Il désire obtenir que l’archiduchesse
lui délivre des lettres de sauf-conduit pour sc rendre en Bresse et prendre une
détermination, n'étant plus « deliberé de vivre ainsy ».
Brucagr, Marquerite d'Autriche, preuve xxxv.
13. - [1510 après 30 janvier]. — Mémoire remis par les religieux
de Brou à l’aumônier de l’archiduchesse au sujet des travaux exécutés
dans leur couvent (Arch. Nord, B 2200, n° 74795, ancien n° 10,
original avec mentions marginales contenant les décisions).
Concernent : 1° le pavage en « carrons » des chambres des religieux ; 2° l'empla-
cement de l’église pour éviter qu'elle n'obstrue les fenêtres du dortoir; 3° la
nécessité de construire pour les religieux, cave, réfectoire, cuisine, chauffoir,
pancterie et four; 4° la fourniture des ornements sacerdotaux ; 5° l’apposition des
armes de l’archiduchesse sur les portes.
CHanver, n° VI (à la date de 15079). Noner, n° 25.
(4) A Saint-Lothain (Jura, arrt Lons-le-Saunier, canton de Sellières).
(2) Thibaut Landry de Salins, élève de Michel Colombe, de Tours.
194 MARGUERITE D'AUTRICHE
14. - [1510], 1% avril, après Pâques, Bourg. — Barangier à
Marguerite (Arch. Nord, B 18948, n° 36948, original).
Barangier et le maïtre des œuvres [Chivilliard] envoient à l’archiduchesse le
compte hebdomadaire des travaux exécutés pour le couvent de Brou. Le contrôle
des dépenses a été si minutieux que les visiteurs estiment cette construction deux fois
plus chère qu'elle n’a coûté.
Avant de commencer l'église, il faut voüter le monastère. Une avance de
1.000 florins est nécessaire.
15. - 1510, avril [après le 8], Bruges. — Marguerite au duc de
Savoie (Arch. Nord, B 18832, n° 26444, minute).
L’archiduchesse réclame le remboursement de sa créance sur le {trésorier
général de Savoie] Noël et celui d’une somme de 40.000 livres, déclarant avoir
affecté le montant de cette créance à la « fabricque de l’eglise de Brouz » ; elle
devra encore débourser plus de 60.000 francs pour mener les travaux à bonne fin.
« Mais puisque l'ay emprins, j'en vuydrey a chief au plaisir Nostre Seigneur, et sera
une memoire et decoracion perpetuelle pour vostre Maison et a la descharge de vous
et de messeigneurs voz predecesseurs ».
Duray, Dissertation, 1847, documents sur Brou, pièce IV (extrait) à la date du 1 avril.
16. - 1510, 26 avril, Bruges. — Mandement de Marguerite
allouant 30 philippus d’or à Pierre Torrigiano (Arch. Nord, B. 203,
fol. 66 verso, transcription officielle contemporaine).
« Maistre Pierre Tourrisan, tailleur et composeur de figures ct ymaiges », se
rend d'Anvers à Bruges pour conférer avec l'archiduchesse au sujet de « certaines
sepulturres que avons intencion de faire dresser pour nous et feu nostre tres chier
mary le duc de Savoye... ».
Cocxin et BrucHET, Une lettre inédite de Michel Colombe suivie de nouveaux documents
sur Jean Perréal et Jean Lemaire de Belges (Paris, 1914), page 29. Cf. Dorez, Michel-Ange
et son entourage, dans Bibl. Ecole Chartes, t. LXXVIII, page 187.
17.-[1510, mai]. — Marguerite à Chivilliard (Arch. Nord, B 18834,
n° 21211, minute).
Sur l'avis de son Conseil, l’archiduchesse estime qu'il faut travailler au cloître
plutôt que d'entreprendre l’église ; elle fera accorder une subvention supplémentaire
de 300 écus pour les travaux.
18. - [1510, 30 juin]. — Marguerite à Jean de La Croix, receveur
général de Hainaut (Arch. Nord, B 2219, n° 76037, minute).
Marguerite enjoint à ce comptable de payer à Jean Lemaire sa pension
d’ «indiciaire » (‘) à l'échéance du 1% septembre, avant que ce dernier ne parte pour
la Bresse, où il doit rester une année pour la mission dont il a été chargé par
l'archiduchesse.
(') Lemaire avait prêté serment d'historiographe des Pays-Bas le 11 septembre 1507,
RÉPERTOIRE DES DOCUMENTS ARCHÉOLOGIQUES RELATIFS A BROU 19%5
Cette minute est de la main de Lemaire et présente cet intérêt d'avoir servi, au
verso, à des essais héraldiques témoignant des aptitudes de Lemaire à faire un
excellent croquis.
Cf. Mandement du 30 juin 1510 par lequel l’archiduchesse enjoint aux maîtres
.de l'hôtel de continuer à payer, sur les « escroes » ordinaires, Lemaire à raison de
10 sous par jour pendant un an jusqu'au 1* juillet 1511, ce personnage ayant reçu
commission de se rendre dans le comté de Bourgogne et en Bresse « pour solliciter
le fait des sépultures », dont il a apporté les « pourtraictz » à Marguerite (Arch.
Nord, B 2215, n° 75676, minute. Cf. Arch. Nord, B 2215, n° 75770).
Finor, Van Boghem, p. 194 (à la date du 1° avril 1511, n. st.).
19. - [1510, 30 juin]. — Mandement de Marguerite adressé à Louis
Vionet, trésorier du douaire de Bresse, concernant les travaux de
Jean Lemaire à Brou (Arch. Nord, B 2215, n° 75676, 3° pièce, minute).
Lemaire devra recevoir les sommes nécessaires afin qu’il puisse « faire besoigner
aux sepultures, selon pourtraictz sur ce faictz par Jehan de Paris » et payer le
charroi de l’albâtre et autres matériaux, les frais de voyage des ouvriers et les
« sommes des marchiéz qui seront accordéz pour la taille des ymaiges doudict
albastre servant aux scpultures ». Le paiement sera fait sur décision du Conseil de
Bresse ct l'emploi des sommes allouées se justificra par une attestation de Bon Badel,
maître de la Chambre des comptes de Bourg, de Chivilliard, maître des œuvres de
Brou, et de Jean Lemaire.
Sur la mission confiée à Lemaire pour l'extraction de l’albâtre de St-Lothain, cf. deux
autres mandements du [30 juin 1510] adressés à Antoine Glennet, receveur de Poligny
(Arch. Nord, B 2215, n° 75676, minute; FinoT, Van Boghem, p. 190; CHARVET, n° xv';
Noper, n° 35) et à Simon de Chantrans, seigneur de Courbouzon, gouverneur et capitaine
de Montmorot (Arch. Nord, B 2219, n° 76038, fol. 1, copie de la main de Lemaire ;
JARRIN, dans Annales Soc. émul. Ain, 1887, p. 388 ; NoDeT, n° 34).
20. - [1510, 30 juin]. — Mandement de Marguerite à Louis
de Vauldrey, bailli d’Aval, et à Simon de Chantrans, gouverneur et
capitaine de Montmorot, concernant l’albâtre des sépultures de Brou
(Arch. Nord, B 19182, n° 44515, minute de la main de Lemaire)
L'archiduchesse leur mande son intention de faire édifier à Brou, où sont les
corps de Philibert le Beau et de Marguerite de Bourbon, « deux ou trois sepultures
si riches et sumptueuses comme a telz prince et princesses appartient ». Elle a déjà
envoyé chercher à Liëge le marbre noir nécessaire. Elle fera extraire l’albâtre dans
la carrière de Saint-Lothain et a chargé de ce soin Jean Lemaire.
BrucneT, Marquerile d'Autriche, preuve xxxvir.
21. - 1510, 14 juillet, Bruxelles. — Mandement de Marguerite
allouant une somme de 100 florins à Jean Lemaire (Arch. Nord, B 203,
fol. 43, avec vérification du 27 juillet; B 2215, n° 75675).!
Négociations de Lemaire pour l’exécution des « pourtraictz des sepultures et
ediffices » du couvent de Brou, « lesquelz il a poursuy a ses despens et iceulx
apportéz par deça ct encoires les reporte par delà pour les fere mectre en euvre ».
196 MARGUERITE D'AUTRICHE
Ino. somm. Arch. Nord, t. IV (Lille, 1881), p. 323, col. 2 (analyse). Finor, Van Boghem,
p. 190 (à la date du 1° avril 1510).
Cranver, n° XVI (à la date de 1510). Nopgr, n° 36 et 42 (à la date de 1510 d'abord, .
puis à celle du 1° avril 1511).
22. - [1510, vers le 14 juillet. — Marguerite à Jean Lemaire
(Arch. Nord, B 18929, n° 36224, minute).
L'archiduchesse est résolue de se servir, pour la sépulture de Brou, de l'albâtre
de Saint-Lothain. Elle écrit à maître Thibaut [Landry] de Salins, qui a passé marché
pour le tombeau, de commencer d'urgence et de se rendre à Brou avec de bons
ouvriers. Lemaire devra veiller à ce que « Prospere Coulombe » exécute le
« patron » de cette sépulture aux dépens dudit Thibaut et inviter Jean de Paris à
faire, pour l’église en projet, un « pourtraict et patron ».
Brucaer, Marguerite d'Autriche, preuve xxxvuii.
23. - 1510, 14 juillet, Bruxelles. — Mandement de Marguerite
pour le paiement de la pension de Jean Perréal, son peintre et valet
de chambre (Arch. Nord, B 2215, n° 75675, minute, B 203, fol. 42,
copie officielle vérifiée le 26 juillet 1510 ; autre copie aux Arch.
générales du royaume, à Bruxelles).
Trois annuités d’une pension de 20 écus d'or au soleil, soit 60 écus, restaient dues
à Perréal et lui sont allouées en récompense des « pourtraictz » qu'il a exécutés
pour les sépultures de Brou et qu'il a fait parvenir à l’archiduchesse par l'intermédiaire
de Jean Lemaire.
Mémoires Societé littér. Lyon, 1865 (Lyon, 1866), p. LVII (d’après une copie des
Archives générales du royaume, à Bruxelles). Duray, Eglise de Brou, 1867, p. 130 à 132;
2° édition 1879, p. 124. CHanver, Perréal, p. 45. BanceL, Perréal, p. 183. Janin, Brou,
sa construction, ses architectes, sa valeur comme œuvre d'art, dans Annales Société émulation
Ain, 1887, p. 137. Finor Van Boghem, p. 190.
CHarver, n° XVII (à la date du 27 juillet 1510). Vrrry, p. 490. Noper, n° 30.
24. - [1510, 14 juillet}. — Mandement de Marguerite adressé à
Louis Barangier sur le paiement de la pension de Perréal (Arch.
Nord, B 2215, n° 75676, minute).
Trois annuités, formant au total 60 écus d’or, sont dues à Perréal (ms. Jehan de
Paris) pour sa pension. Barangier invitera ce dernier à venir à Bourg auprès de lui
ainsi que le « maistre tailleur d’ymaiges » afin d'arrêter les marchés nécessaires pour
les sépultures, en présence de Bon Badel, maître de la Chambre des comptes de
Bourg ct de Chivilliard, « maistre des euvres » de Brou.
Ino. somm. Arch. Nord, t. 1V, page 323, col. 2 (extrait). Cocuin et BRucHET, p. 31.
Noper, n° 31. *
25. [1510, vers le 15 juillet]. — Marguerite à « Jean de Paris »,
son valet de chambre (Arch. Nord, B 18929, n° 36223, minute).
L'archiduchesse approuve le « pourtraict» et le marché que Perréal a dressés pour
RÉPERTOIRE DES DOCUMENTS ARCHÉOLOGIQUES RELATIFS A BROU 197
la sépulture de Brou et ratifie le choix de l’albâtre. Elle écrit à maître Thibaut
[Landry] de se rendre à Brou et de trouver des ouvriers pour commencer l'exécution
de ce marché sous la surveillance de Perréal. Elle désire que le « bon ouvrier de
Tours » puisse faire aussi le « pourtraict» prévu dans le même contrat. L'archiduchesse
a décidé d’affecter 3.000 florins, sur les 5.000 alloués aux constructions, pour
s'approvisionner de pierres, afin qu’au Carême prochain on puisse commencer l’église
dont elle désire recevoir le plus tôt possible le « patron et pourtraict ».
Brucxer, Marquerite d'Autriche, preuve xxxIx.
Une autre minute, également sans date, mais rédigée de la main de Jean Lemaire
(Arch. Nord, B 2219, n° 76038, fol. 3), et sans doute non expédiée mentionne que les
« pourtraictz » ont été rapportés par Lemaire, chargé de «solliciter l’eftect d’iceulx ». Cette
minute est moins détaillée. Elle a été publiée dans JARRIN, Annales Soc. émulat. Ain, 1887,
page 387 : Finor, Van Boghem, page 193 (avec attribution à l’année 1511) et indiquée par
NoberT, n° 27.
Cf. Mandement daté de Bruxelles, 24 juin 1510, portant une première augmentation de
1.000 florins en sus de la subvention annuelle de 5.000 florins (Areh. Nord, B 2215,
n° 75698, minute; B 203, fol. 38, copie contemporaine; Cocin et BrucHET, p. 17,
note 1).
26. - 1510, 15 juillet, Bruxelles. — Commission de peintre et
valet de chambre de l’archiduchesse délivrée à Jean Perréal de Paris
(Arch. Nord, B 2216, n° 75816, minute; cf. cédule datée du 1er avril
1510, B 2215, n° 75675, verso).
Perréal recevra des gages annuels de 20 écus d’or au soleil à courir du 1° avril
précédent, payables sur la recette de Bresse.
JARRIN, Annales Soc. émulation Ain, 1887, p. 385. Finor, Van Boghem, p. 194 (analyse
à la date du 1° avril 1511 n. st.).
Noper, n° 32.
27. - [1510, juillet} — Marguerite au prieur et aux religieux de
Brou (Arch. Nord, B 2219, n° 76038, minute de la main de Jean
Lemaire).
L’archiduchesse a ordonné que les sépultures qui seront « principaulx membres
aournement » du chœur de l'église de Brou, se feront suivant les « pourtraictz » de
Jean de Paris que lui a apportés Jean Lemaire et que l’archiduchesse a trouvés
«bons en toute perfection ». Lemaire est chargé de trouver les ouvriers et les
matériaux nécessaires. Après la passation du marché, la taille des « ymaiges et
sépultures » se fera dans le vieux bâtiment de Brou qui servira aussi de logement
pour les maïtres et leurs ouvriers ainsi que pour Lemaire.
Ino. somm. Archives Nord, t. IV, p. 326, col. 1 (extrait à l’année 1511). JarRIN dans
Annales Soc. émulat. Ain 1887, p. 386. Fixor, Van Boghem, p. 193 (à la date de 1511).
Noper, n° 29.
28. -[1510, juillet}, — Marguerite au Conseil de Bresse (Arch. Nord,
B 2219, n° 76038, fol. 1 verso, minute de la main de Lemaire).
L'archiduchesse a agréé les « pourtraictz » dressés pour les sépultures de Brou
par Jean de Paris, que lui a apportés Jean Lemaire. Pour en assurer l'exécution, elle
198 MARGUERITE D'AUTRICHE
a envoyé ce dernier à Liége pour se procurer du marbre noir et l'a chargé ensuite de
se rendre dans le comté de Bourgogne, pour trouver de l'albâtre, puis à Lyon, auprès
de Jean de Paris, pour recruter des ouvriers. Le Conseil devra assister Lemaire tant
pour faire exécuter les « pourtraictz » que pour passer les marchés avec les « maistres
tailleurs d’ymaigerie et massonnerie » et faire transporter les matériaux.
JARRIN, Brou dans Annales Soc. émulat. Ain, 1887, p, 385.
NopErT. n° 28.
29. - [1510], 1 août, Salins. — Thibaut Landry de Salins à
Barangier (Arch. Nord, B 18986, n° 38224, original avec un cachet
représentant une étoile à huit rayons).
Thibaut a passé un marché pour « besoingner en la sepulture a Brouz». Il a
demandé à l'archiduchesse, qui lui a enjoint d’exécuter son travail, qu'on lui procure
de l’albâtre de Saint-Lothain, afin d'éviter de licencier les ouvriers du chantier.
Thibaut désirerait assister en personne, moyennant salaire, à l'extraction des blocs,
pour les faire couper aux dimensions requises. Cette pièce est signée : THIEBAULT
LANDRY DE SALINS.
Cocin et BrucHET, Une lettre inédite de Michel Colombe, pages 32 et 33.
30. - [1510,, 1*% août, Salins. — Thibaut Landry de Salins à
Marguerite (Arch. Nord, B 18986, n° 38223, original).
Thibaut a reçu les lettres de l’archiduchesse relatives à l'exécution du marché
qu’elle a passé avec lui pour « faire la scpulture » et portant injonction de se rendre
à Brou pour commencer le travail. Il aurait déjà commencé si Marguerite lui en
avait donné l’ordre plus tôt. Il désire qu'on lui fournisse de l’albâtre de la même
carrière que celui qu'on a déjà amené à Brou, pour qu'il puisse travailler en toute
diligence, et éviter le licenciement des ouvriers qu’il a fait chercher «de toutes
pars », et dont le départ lui causerait une grosse perte.
Cocuin et BRUcHET, page 32.
31. - [15107, 24 août, Bourg. — Chivilliard à Marguerite (Arch.
Nord, B 18963, n° 37399, original).
La maçonnerie du dortoir est terminée. Il faudrait 1.000 écus pour la toiture et
l'on ne peut prendre cette somme sur le montant de l’assignation ordinaire, les
dépenses faites depuis Pâques dépassant 4.000 florins. Les religieux, mal logés, ont
tous la fièvre. Ils désirent prendre possession de leur dortoir. La provision de «lates »
et de tuiles est suffisante mais il faut, avant l'hiver, se procurer du « boys, postz et
aultres choses ».
Cf. Lettre de Chivilliard à Marguerite du 27 septembre [1510] sur la nécessité d'une
somme de 600 écus pour la charpente et sur le désir des moines « d’estre chescum en sa selle ».
(Ach. Nord B 18963, n° 37406, original ; citation dans Cocxin et BrucHET, p. 16, note 3).
L’archiduchesse dit qu’elle ne peut envoyer d'argent et qu’il faut faire une couverture
provisoire (vers oct. 1510, Arch. Nord, B 18828, n° 25071, minute).
32. - 1510, 10 octobre, Bourg. — Marché passé par le Conseil
RÉPERTOIRE DES DOCUMENTS ARCHÉOLOGIQUES RELATIFS A BROU 199
de Bresse pour la « grande sépulture » de Brou et la fourniture du
marbre.
Ce marché n'est connu que par la mention qui se trouve dans une lettre de Jean
Lemaire du 20 nov. 1510. LEMAIRE, Œuvres, édit. STECHER, t. IV, p. 399 et 409.
Peut-être s'agit-il d'un nouveau marché passé avec Thibaut Landry dont parle ce
dernier dans sa lettre du 28 octobre [1510].
33. - 1510, 10 octobre, Anvers. — Marguerite à Jean Lemaire
(Paris, Bibl. nationale, nouv. acq. franç. 1412, copie insérée dans la
lettre de Lemaire du 20 novembre 1510).
L'échantillon de l’albâtre de Saint-Lothain, que Barangier lui a fait parvenir, a été
jugé si défectueux qu'il convient de chercher une autre carrière. Lemaire est prié
d'envoyer un fragment de celui de la fontaine de Tourmont (!) pour que l’archiduchesse
en fasse faire l'essai avant d'entreprendre une nouvelle dépense.
BanceL, Perréal, page 185 (daté par erreur d'Amiens et du 20 octobre). LEMAIRE,
Œuvres, édit. SrecHER, tome IV, Louvain 1891, page 398.
Noper, n° 37 (à la date du 20 octobre).
34. - [1510], 28 octobre, Salins. — Thibaut Landry à Barangier
(Arch. Nord, B 18986, n° 38225, original).
Thibaut se demande si les lettres qu’il a adressées à Marguerite et à Barangier
[le 1% août] sont bien parvenues. Il s'étonne que « certains personnaiges » parlent
avec des sentiments envieux du marché que les officiers de l’archiduchesse ont passé
avec lui pour la sépulture du duc de Savoie. Il rappelle les nombreux voyages qu’il a
faits à ce sujet à Lyon, à Bourg, à Dijon et ailleurs pour se procurer des ouvriers tant
en France qu'en Italie.
Thibaut, qui est sujet de l’archiduchesse, ne demande qu’à commencer et à lui
donner satisfaction ainsi qu’à ses officiers. Mais Jean de Paris ne lui a pas encore
envoyé les « patrons » malgré sa promesse.
Cocuin et BrRucHET, page 36.
39. - 1510, 20 et 25 novembre, Bourg. — Lemaire à Marguerite
(Paris, Bibl. nationale, nouv. acq. fr. 1412, autographe; don Bancel,
18 janvier 1885. Cette pièce a figuré à la vente Charavay le
26 avril 1875).
L'albâtre de Saint-Lothain, dont l’archiduchesse se méfie à tort, est en grande
réputation depuis 200 ans. Feu Anthoinet de Paris (?), le «tres singulier tailleur
d’ymaiges », a choisi cette carrière pour les sculptures du tombeau du duc Philippe à
Dijon ; après avoir fait des voyages en Angleterre et ailleurs il n’a pas trouvé de plus
(1) Jura, art et c°° de Poligny.
(2) Antoine le Moiturier, qui se servit, de 1462 à 1464, de l'albâtre de Saint-Lothain pour le
tombeau de Jean-sans-Peur (et non pas pour celui du duc Philippe). REQUIN, Antoine le Moiturier
dans Réunion Sociétés Beaux-Arts, 1890, p. 96 à 100, cf. Arch. Côte-d'Or, B 1754, fol. 161.
Sur les carrières d'albâtre d'Angleterre, voir notamment, sur celle de Nottingham, l’article de
Mac LaGam publié dans le Burlington Magazine.
200 MARGUERITE D'AUTRICHE
belle carrière car c'est celle où sont « les plus beaux bancs, les plus parfondz et les
plus netz du monde ». Louis XI avait chargé cet artiste de s’en procurer et avait
dépensé pour l'extraction la somme considérable de 1.800 écus. La carrière avait été
abandonnée depuis les guerres, mais le grand nombre d’étançonnages trouvés par
Lemaire prouve l'activité de l’ancienne exploitation, confirmée par l'examen des
archives de l’abbaye de Baume (‘). Lemaire avec seize « robustes compaignons et de
couraige. toujours en dangier... a cause de la terre qui retumboit » a dû, pour
retrouver le gisement, creuser à 71 pieds de profondeur sur une longueur de 71 pieds
et sur une largeur de 50, travaillant « en l’eau vifve jusques au genoil » et tirant de
si gros blocs qu'il fallait jusqu’à douze paires de bœufs pour faire le charroi d’un seul
morceau. Aussi, malgré les protestations des moines de Baume, a-t-il pris possesion
de ce trésor souterrain, plantant les armoiries de l’archiduchesse en signe de possession
« car tous tresors et minieres cachéz en terre appartiennent au prince souverain ».
La fontaine de Tourmont renferme vraisemblablement aussi de l’albâtre. Mais son
extraction serait plus aléatoire qu'à Saint-Lothain, et il n’y a, à la Saunerie de cette
localité, nul homme ayant assez de connaissances pour diriger l'exploitation. Jean de
Paris seul, dont il fait un éloge enthousiaste, pourrait diriger les travaux, nécessitant
au préalable l'épuisement de la nappe d'eau.
À Brou, Lemaire pensait éviter les frais d’hôtellerie en logeant dans une « povre
chambre », dans le vieux bâtiment du couvent, avec les « maistres tailleurs
d'ymaiges ». Mais les religieux ont refusé d'abandonner ce local pour se rendre dans
le nouveau qui leur est destiné.
Les moines dans l’aile du couvent où se trouve le dortoir, par «temerité et
curiosité » ont cherché clandestinement à creuser un puits dans leur cave. En
déchaussant « cinq des maistres pilliers jusques à l’eaue vifve », ils ont provoqué
l'effondrement d'une voûte et de graves lézardes. Le maître des œuvres [Chivilliard]
et les « massons bien esbah1z » ont envoyé chercher à Lyon des maîtres en maçonnerie
pour réparer les dégâts.
Il serait nécessaire de commencer l'église « ce que les dicts religieux reculeroient
voulentiers de toute leur puissance ».
Les marchés concernant la « grand sepulture » ont été passés par le Conseil de
Bresse le 10 octobre précédent, en présence de Rosalles, sommelier de l’archiduchesse.
Jean de Paris est tout disposé à faire les pourtraictz et plates formes » de l’église
projetée. Il assurerait l'exécution de ses plans en venant sur le chantier trois ou
quatre fois par an.
Lemaire a déjà rendu, à diverses reprises, des services désintéressés, notamment
lors des premiers travaux exécutés à Brou « quand Madame commença son bastiment
de Brou ». Il lui aurait fait faire « prouffit de plus de III" livres au prisfait, par
l'advertissement d'envoyer querir des maistres massons partout ».
Il demande le paiement de l’année de gages qui lui est due depuis le 30 septembre
précédent pour sa charge d’ « indiciaire » et le remboursement des frais d'extraction
et de charroi [de l’albâtre de Saint-Lothain].
(Post scriptum du 25 novembre). Les deux maîtres jurés en maçonnerie, que le
maître maçon de Brou et Chivilliard avaient envoyé chercher à Lyon, ont examiné
la « ruyne apparente » de l'édifice menacé et procèdent aux réparations.
BanceL, Perréal, p. 184 à 192 (publication presque intégrale). Lemaire, Œuvres, édit.
(1) Baume-les-Messieurs (Jura, art Lons-le-Saunier, c Voiteur). L'abbaye était propriétaire
de la carrière.
0
RÉPERTOIRE DES DOCUMENTS ARCHÉOLOGIQUES RELATIFS A BROU 201
Srecxer, t. IV, p. 396 à 409 (texte intégral). Dezisce, dans Bull. Svc. histoire Paris, t. II,
page 162 (mention). Becker, Jea: Lemaire, 1893, p. 152 à 155 (extraits). Noner dans
Annales Soc. émulat. Ain, t. XLIII, 1910, p. 126 (extrait). GERMAIN dans Revue française
hebdomaduire, août 1922, p. 209 (citation). P. Spaarx, Jean Lemaire de Belges, sa vie, son
œuvre et ses meilleures pages (Paris, 1926) pages 73 à 75 (citations).
NoperT, n° 38.
36. - 1510, 24 novembre, Bruxelles. — Marguerite à Barangier
(Bourg, ancienne collection Baux).
L'échantillon de l’albâtre de Saint-Lothain, que Lemaire avait envoyé, a été
examiné par « aucuns bons maîtres de par deça » et défavorablement jugé, comme
«tenant plus du gypse que d’albastre ». De nouveaux spécimens sont demandés à
l'indiciaire. Barangier devra, de son côté, faire étudier secrètement la qualité de cet
albâtre. Il convient, en conséquence, de retarder de deux mois l’exécution du marché
[passé le 10 octobre précédent] avec le tailleur de Salins [Thibaut Landry] jusqu'à
ce qu'on soit fixé sur la valeur de la carrière. Il conviendra aussi de rechercher
les gisements exploités pour l’albâtre et le marbre blanc des tombeaux des ducs
à Dijon.
CHaany, Gorrevcd, p. 93, note 1.
Noper. n° 37 bis.
37. - 1510, 29 novembre, Bruxelles. — Mandement de Marguerite
concernant les dépenses de Jean Lemaire pour les travaux de Brou
(Arch. Nord, B 203, fol. 57, copie officielle vérifiée le 2 décembre 1510).
Allocation de 237 florins 10 sous {1 denier, monnaie de Savoie, petit poids,
à Jean Lemaire, tant pour l'extraction de l’albâtre de la carrière de Saint-Lothaim
que pour le charroi de ce marbre jusqu'à Brou et pour le voyage aller et retour
de son neveu (!) de Bourg dans les Pays-Bas.
Voir aussi une cédule de Laurent de Gorrevod du 29 novembre 1510 enjoignant
de payer à Lemaire 128 livres 17 sous pour avoir travaillé pendant 60 jours
à extraire l’albâtre de Saint-Lothain (Arch. Nord, B 2215, n° 75703).
Cocxin et BrucxeT, p. 14, note 1.
38. - [1510, novembre]. — Paiements concernant les travaux de
Brou (Arch. Nord, B 753, n° 16601, compte du 1° janvier au
31 décembre 1510, original).
Vionet, trésorier de Bresse, a payé entre juillet et novembre [1510]: 1° à
Etienne Chivillard, maître des œuvres de Brou, pour les travaux 425 florins
+ 1000 florins de Savoie petit poids, outre la somme imputée sur les revenus de
Villars ; 2° au même, pour le transport de l’albâtre de Mâcon à Bourg 31 florins
7 gros; 3° « a maistre Thicbaud, sur la taiche a luy baillé de tailler la sculpture
du feu mondict seigneur, 350 florins » ; 4° à Jean de Paris, peintre du roi, 61 écus
d'or soleil ; 5° à Jean Lemaire 100 flor. + 122 1. 10 s. t. de 40 gros monnaie de
Flandre + 237 fl. 10 gros.
Duray, Dissertation sur de nouveaux documents trourés dans les archives du département du
(1) Jean de Maroilles.
202 MARGUERITE D'AUTRICHE
Nord concernant Péglise de Brou depuis 1505 jusqu’en 1527 (Bourg, 1847, ext. Journal
agricult. Ain), pièce 111. Duray, Jean Perréal (1864), p. 89. Durav, Eglise de Brou (1867),
p. 130. CHanver, Perréal, p. 46. Tous ces auteurs ont attribué la pièce à l’année 1509.
CHarverT, n° XII. Noper, n° 24.
39. - 1510, 2 décembre, Bruxelles. — Mandement de Marguerite
concernant l’extraction de l’albâtre de Saint-Lothain (Arch. Nord,
B 203, fol. 64 verso).
Allocation d’une somme de 30 livres tournois, monnaie de Bourgogne, à
Christophe de Villey, écuyer, pour l’indemniser des pertes subies par suite des pluies
et des éboulements dans l'exploitation de la carrière de Saint-Lothain, le marché
de 80 livres passé avec les gens de l’archiduchesse étant insuffisant.
Sur le même sujet, cf. une minute non datée aux Arch. Nord, B 19108,
n° 42745.
40. - [1511], 4 janvier Lyon. — Jean Perréal de Paris à Marguerite
(collection Feuillet de Conches en 1865).
Réponse aux doutes exprimés par l’archiduchesse sur la qualité de l’albâtre
et les conditions du marché de Brou.
Eloge de la carrière [de Saint-Lothain]. Barangier se rendra à Dijon pour se
renseigner sur l’albâtre employé [au tombeau de Jean sans Peur], bien que l'emploi
du marbre paraisse préférable. Perréal a fait le « patron » de la sépulture du duc
de Bretagne, et l’a montré à Barangier en lui faisant connaître le prix de cette
œuvre. L'archiduchesse pourra faire exécuter un tombeau du même genre à
condition d'attendre une année.
Perréal s’est déjà expliqué sur le marché conclu et ne redoute « nul soupes-
sonneurs », protestant qu'il est dévoué à la douairière « bien et myeulx pour deux
sols le jour que les aucuns pour cent solz ».
Perréal est joyeux de s’employer à « faire une plate forme (*) pour l’esglise »,
et il s'inspirera de ce qu'il a vu en Italie « touchent couvens, ou sont les plus beaux
du monde » et il ne fera rien pour dépasser la volonté de l’archiduchesse, malgré la
splendeur du logis déjà édifié, « sy grant et sy magnifique ». Il souhaite d’être
« preposé a conduyre tel œuvre » et fera « petit et bon ».
Perréal propose la réfection des armoiries de l’archiduchesse et « aultres devises
es clefs pendens », dont l'exécution par de « grossiers massons » est laide. On
pourrait employer à cette réfection l’« ouvrier ou maistre » (?) qui avait déjà passé un
marché et déjà reçu de l'argent.
Perréal, dans le marché qu'il a négocié [pour le tombeau du duc de Savoie]
a voulu que l’archiduchesse fut servie « comme princesse et que la chose passast
par les mains de grans ouvriers ». Il désire que tout soit au gré de la douairière
et ne se soucie pas de l'avis des autres. Signé : « JEAN PERRÉAL DE PaRIs, vostre
valet de chambre et paintre indigne ».
Ficcon, dans Poitou et Vendée, 1865, p. 5 à 11 (d’après une copie prise sur l'original de
la coll. Feuillet de Conches). D& MonTAIGLON, dans Nouv. archives art français, 1872,
p. 142. BanceL, Perréal, p. 201 à 203. CnHanveT, Perréal, p. 68 à 71. Noner, Tombeaur,
p. 17. |
CHanver, n° XIX. Noper, n° 41.
(1) Plan par terre.
(3) Thibaut Landry qui avait un contrat pour le tombeau ducal.
RÉPERTOIRE DES DOCUMENTS ARCHÉOLOGIQUES RELATIFS A BROU 203
41. - [1511], 4 janvier, samedi, Lyon. — Jean Perréal à Barangier
(original conservé en 1865 dans la collection Benjamin Fillon, provenant
de la bibliothèque Feuillet de Conches).
En réponse aux lettres que l’archiduchesse a adressées à Barangier, qui est à
Bourg, Perréal donne des renseignements sur les diverses qualités d’albâtre et sur
la nécessité de n’utiliser les blocs qu’un an après leur extraction, pour les faire
durcir et obtenir un meilleur poli, précaution que n’a pas observée Thibaut [Landry],
car il « vouloit toujours besongner ». Deux ou trois « belles grandes piesses »,
transportées de Lyon à Tours, en partie par la Loire, ont servi à Michel Colombe
pour la sépulture d’un évêque (‘). Barangier est approuvé dans son projet de faire
des recherches aux archives de la Chambre des comptes de Dijon pour connaître
l'origine et le prix de l’albâtre employé pour les tombeaux des ducs de Bourgogne.
Explications sur le marché que Perréal a passé pour les travaux de Brou,
dont l’archiduchesse témoigne quelque mécontentement. Ce marché a été fait
ouvertement en présence de Barangier pour la somme de 1.500 écus, non compris
les additions faites au su de Barangier et « en barbe de maistre Thibaut ». Au
moment où Lemaire se rendait en Flandre, Perréal lui a dit que le prix des trois
sépultures pourrait en réalité s'élever à 2.500 écus, « maïz qu'il ne falloit pas estonner
Madame afin de ne reculer l’œuvre ». Depuis, à Bourg, en présence de Barangier
et des membres du Conseil de Bresse, Perréal, montrant les lettres lui donnant
charge de marchander, a estimé que le projet de Brou, si on le comparaît à celui
qui avait été réalisé pour le duc de Bretagne, père de la reine de France, était trop
mesquin. Thibaut, qui s'offrait à faire le travail pour 1.200 écus, manquait de
capacité et avait d'ailleurs été averti que s’il ne « besoignoit bien », l'œuvre lui serait
enlevée et que l’on ferait refaire à ses propres frais par de plus expérimentés les
parties manquées. D'autre part, Perréal avait fait venir un des « disciples » de
Michel Colombe « pour en marchander » et reconnaissait que son projet n'avait été
conçu plus coûteux et plus difficile que pour éliminer Thibaut et lui substituer
Michel Colombe.
Les officiers de la douairière à Bourg ont eu de grandes difficultés pour
« accorder le différent dudit marché » et cependant Perréal, qui était auprès d'eux,
en à « veu faire d’aultres a plus grans ouvriers que maistre Thibaut ». Perréal
a passé une dizaine de jours à rédiger le marché, à l'expliquer, à faire le « pourtraiz»,
tant sur parchemin que sur papier, à en faire même un « grosset » contre le mur du
couvent, en y ajoutant des « invencions et aornemens... plus que au patron pour ce
que au petit on ne peult former comme au grant », obligé de se « rompre la teste
pour les invencions ».
L'archiduchesse a fait savoir à Perréal que l’emploi du marbre d'Italie lui
paraissait préférable à celui de l’albâtre. Perréal, pour assurer la durée de l’œuvre,
conseille d'employer, en effet, pour la sépulture, du marbre blanc pris à Gênes et du
marbre noir pris à Liêge, comme l’a fait la reine [de France pour le tombeau du duc
de Bretagne]: «car, sans mentir, ce sera œuvre perpétuelle et de princesse ».
ll ne conseille pas l'exécution en cuivre doré, parce que les fondeurs, en voulant
arranger les bavures du métal, manquent d’habileté. |
Perréal fait allusion au danger d’écouter les donneurs de conseils : « Il est à
present assez de telles gens autour des princes qui veullent, cuident complaire,
de trop de choses deviser et gastent le drap. Telles gens n’ont besoing que d'ung
(1) Guillaume Guégen, évêque de Nantes, mort en novembre 1506.
204 MARGUERITE D'AUTRICHE
seur homme bien experimenté pour leur montrer leurs faultes, et pour ce, chascun
soit expert en son art et ne se mesle de ce qu'il ne scet, et croy qu’il est difficile
a ung homme ce qu'il ne scet ne entend donner a entendre a ung aultre. Il est plus
d'oreilles que d’œul...» Perréal sait que si on montre ses lettres à ceux de par delà,
«a se ne sera pas sans commentateurs et gloseurs ».
Michel Colombe, auquel Perréal avait écrit, a accepté de faire les « patrons »
pour cent écus. Perréal lui a écrit de nouveau pour savoir s’il voulait en outre
« faire les deux principaux ymaiges ou le tout ». Colombe a répondu qu’il était
vieux, qu'il ne voulait pas quitter sa ville de Tours et qu’il ne pourrait entreprendre
le travail que si on lui envoyait le marbre à son atelier. Il convient d'attendre,
d'autant plus que « l'esglise n’est pas faite » et que même le « patron ou plate
forme », réclamé par l’archiduchesse à Perréal, n’est pas encore dressé, car c'est
« chose qui ne se fait pas sans y penser, tant au lieu.que a la convenance... ».
Perréal envoie à Barangier le « patron de la sepulture du duc de Bretagne »,
disant qu'il a assisté à l’exécution de la plus grande partie de l’œuvre et qu'il l’a
posée. Elle est en marbre blanc et noir. Le marbre [blanc] a été transporté par eau
de Gênes à Lyon, par voie de terre de Lyon à Roanne, et de cette ville à Tours par
eau. La dépense faite pour les deux marbres et leur transport jusqu'à Tours s'élève
à 2.000 écus. Michel Colombe a travaillé pendant cinq ans, payé à raison de 20 écus
par mois. Il était assisté, pendant la même période, de deux « tailleurs de massonnerie
entique, italiens » à raison de 8 écus par mois pour chacun, ainsi que par « deux
compagnons tailleurs d’ymaiges soubz Michel Colombe » recevant aussi chacun
8 écus par mois.
Fizcon, Documents relatifs à Michel Colombe (dans Poitou et Vendée, 1865).
de MonTAIGLON, Jean Perréal. Lettre sur les travaux de Brou (dans Nouv. archives art
français, 1872, pages 142 à 145). CHaRvEeT, J. Perréal (1874), pages 57 à 68. MicuieLs,
Art flamand dans Pest et le midi de la France (1877), p. 210 (citation). Inventaire des
autographes de la collection B. Fillon (1879), n° 1584. BanceL, J. Perréal (1885), p. 192
à 201. Ronpor, Les peintres de Lyon (dans Réunion Sociétés Beaux-arts, 1881), page 483
(citation). FinorT, Wan Boghem (ibidem 1888), page 200 (citation). Becker, Jean Lemaire,
der erste humanistische Dichter Frankreichs (Strasbourg, 1893), p. 151 et 158 (citations).
de Maurpe LA CLAvière, Jean Perréal dit Jean de Paris (Paris, 1896), pages 36 à 38.
PALUSTRE, Renaïssance en France, tome IIT, page 81 (citation). CHarver, Ædifices de Brou
(1897), page 39 (citation). Réunion Société Beaux-arts, 1899, page 288. Vrrry, Michel
Colombe (1901), page 354 (citation). NonerT, dans Annales Société émulation Ain (1903),
tome XXXVI, page 242 (citation).
Cxarver, n° XVIII. Noper, n° 40. Vrrry, page 490.
42. - [1511], 4 février, Salins. — Thibaut Landry à Barangier
(Arch. Nord, B 18986, n° 38222, original).
Il est toujours décidé de s'occuper de la « sepulture » du duc de Savoie, mais
il n’a pas encore reçu les « patrons ».
Cocxin et Brucaer, page 37.
43. - [1511], 15 février, Brou. — Le prieur et les religieux de
Brou à Barangier (Arch. Nord, B 19182, n° 44510, original).
On a fait à l’archiduchesse de « faulx et maulvais rapportz » contre les religieux
que l'on a chargés « de plusieurs choses faulsement controuvées ». L'aumônier
[Louis Ocquin]|, qui a visité l’« édiffice » s’est enquis de la vérité auprès des membres
RÉPERTOIRE DES DOCUMENTS ARCHÉOLOGIQUES RELATIFS A BROU 205
du Conseil de Bresse et rétablira les faits. Barangier peut se souvenir qu'avant son
départ de Bourg, il a eu une conversation avec le prieur au sujet de l’église de Brou
« disant que si le plaisir de Madame fut de la commencer, que ce estoit nostre grant
desir. Et, pour amour de Dieu, que l’on la commence. Si plus tost eussions sceu le
vouloir de Madame, pieça luy en eussions escript et prié... ».
Cf. Une autre lettre adressée par les mêmes à Marguerite le 15 février [1511]
protestant de leur dévouement, depuis cinq ans qu'ils sont à Brou, affirmant
qu'ils ont toujours désiré que l'on commençât l’église et qu'ils n'ont pas écrit à ce
sujet à l’archiduchesse parce qu'ils ignoraient son intention (Arch. Nord, B 19182,
n° 44509, orig.).
A4. - 1511} 17 février, Bourg. — Chivilliard à Marguerite (Arch.
Nord, B 18963, n° 37393, original).
L’aumônier [Louis Ocquin] a visité les travaux de Brou « J'espere qu’il vous en
fera la relation et aussi de l’oppinion de Messeigneurs de vostre Conseil. Quant a
perseverer audict ediffice ou de encommancer vostre esglise, l'avoir ouy vous aurez
advis, et apres nous advertirez de vostre bon plaisir lequel sera obeye a nostre
pouvoir...»
45. - [1511], 1° avril, Bourg. — Chivilliard à Marguerite (Arch.
Nord, B 18963, n° 37397, original).
I] envoie à l’archiduchesse le mémoire des dépenses faites depuis trois ans pour
les travaux de Brou, ainsi que le modèle des écritures qu'il dresse pour contrôler le
travail des maçons. Trois voûtes du grand cloïtre sont terminées ainsi que celles
de la cave. Il faudrait continuer à faire les autres voûtes. « Il y a des gens le
vueillans aultrement, Madame, il ne peut estre vostre prouffit que je complaye
a chescum ». Une avance de 200 à 300 écus serait nécessaire pour terminer les
voûtes. Il sera utile de se procurer du bois notamment pour les « sieges » de l’église.
On pourrait le faire venir de la chartreuse de Seillon (*).
Cocxix et BRUCHET, page 16, note 3 (extrait).
46. - [1511], 24 avril, Bourg. — Chivilliard à Marguerite (Arch.
Nord, B 18963, n° 37402, original ; copie contemporaine sous
le n° 37403).
Chivilliard accuse réception du projet dressé par Jean de Paris pour l’église de
Brou. Les maçons, interrogés sur place par le Conseil de Bresse, veulent travailler
à la journée et non à la « tâche » afin de livrer un travail plus minutieux.
Ils se conformeront, pour l'exécution, aux ordres de Jean de Paris que Chivilliard
pense aller voir à Lyon. De nombreux matériaux sont préparés.
Cocuix et BRUCHET, page 317.
47. - 1511, 12 mai, Lyon. — Jean Lemaire à Jean de Marnix
(Arch. Nord, B 18836, n° 27807, original).
Lemaire, qui s’est cassé le bras, a dû ensuite se rendre à Lyon pour se faire
(*) Ain, canton de Bourg, c°* de Peronnas.
206 MARGUERITE D'AUTRICHE
soigner la main droite à grands frais. N'ayant pu, à cause de sa maladie, écrire pour
faire la traduction de l'ouvrage de Pie IT intitulé De maseria curialium, il a
néanmoins fait imprimer, pour occuper son temps, « deux livres a l’honneur de
Madame et la ou ses armes sont ».
Diego Florès [trésorier de la douairière] ou un autre ont fait enlever ou tout au
moins suspendre la « charge » que Lemaire avait des sépultures « soubz umbre de
dire que l'alebastre n’estoit pas bon et que le marchief estoit trop chier ». Barangier,
par les recherches qu'il a faites aux archives de la Chambre des comptes de Dijon
[sur l’albâtre des sépultures ducales], a dû le justifier.
M. Paul Virry, Michel Colombe, page 492, a cru devoir restituer cet acte au
2 mai 1512. La restitution à l'année 1511 est plus justifiée, car : 1°) la date de l'année
1511 est écrite en toutes lettres dans l’acte ; 2°) elle est confirmée par celle de lieu.
En effet, Lemaire était bien en 1511, à cette époque, dans la Bresse et le Lyonnais,
comme le prouvent plusieurs correspondances, alors qu’en 1512, au 14 mai, il était
non à Lyon mais à Blois; 3°) il faut remarquer que la charge à laquelle il fait
allusion dans la présente lettre du 12 mai 1511 intéresse l’exploitation de la carrière
d'albâtre destiné aux sépultures et non pas la charge d'’indiciaire qui fut enlevée à
Lemaire en février 1512.
Sur les recherches faites à la Chambre des Comptes de Dijon à l’instigation de
Barangier pour le paiement des copies intéressant l’albâtre du tombeau [de Jean sans
Peur], voir un mandement du 30 décembre 1511 (Arch. Nord, B 18837, n° 28373,
original et un autre du 25 février 1512, n. st. (2b1d., B. 2222, fol. 73).
Le GLay, Nouveaux Analectes ou documents inédits pour servir à l’histoire (dans Mémoires
Société sciences Lille, année 1850), page 333. Duray, Observations sur la correspondance de
Perréal (1853) page 5, Duray. Moticc sur Péglise de Brou (1879) p.36 à 38. BanceL, Perréal
page 67. Finor, Van Boghem, p. 194. Lemaire, Œuvres, édition SrecHEr, tome IV,
page 381. Becker, Lemaire , p. 160 (mention) Spaax, J. Lemaire, (1926) p. 92 (mention).
Tous ces auteurs ont répélé la mauvaise lecture du 2 mai.
CHARvET, n° XXII. Noogr, n° 43.
48. - 1511, 6 juillet, Bruxelles. — Marguerite au Conseil de
Bresse (Paris, Bibliothèque de l’Arsenal, 115 H.F., copie faite d’après
les archives de Brou; minute sans millésime aux Archives du Nord,
B 19174, n° 44257).
L'archiduchesse, voulant que l'on commence l’église de Brou au prochain carême,
alloue, en sus de la subvention ordinaire de 5.000 florins, une somme de 3.000 florins
pour les travaux. « Et nous semble qu'il seroit bon que du gectuin que l’on tirera
des fondemens fust extendu et mis en la place ou l'on fera ladicte église pour la
haulser de III ou IT marches, si l'on voit que la dicte eglise s’en treuve plus belle et
que ce ne fit nulle difformité à l'ouvraige desja fait, et sur ce communiquerez avec
les maçons et religieulx pour en avoir leur advis..… et le maistre de nos œuvres
Estienne Chevilliard.… ».
49. - 1511, 15 juillet, Anvers. — Mandement de Marguerite
portant augmentation de la subvention annuelle des travaux de Brou
(Arch. Nord, B 2222, fol. 34, copie officielle vérifiée le 17 juillet 1511).
L’archiduchesse alloue quatre annuités supplémentaires de 3.000 florins de
Savoie, à courir du 1° octobre 1510, en augmentation de la subvention annuelle qui
RÉPERTOIRE DES DOCUMENTS ARCHÉOLOGIQUES RELATIFS A BROU 207
s'élevait déjà à 5.000 florins. Ces ressources seront mises à la disposition d'Etienne
Chivilliard, maître des œuvres, pour faire commencer, dès le prochain carême, la
construction du « couvent et monnastere », expressions impropres, car il s’agit non
seulement du couvent mais aussi de l'église projetée et des tombeaux. Cf. Lettre de
Chivilliard à Barangier du 4 août 1511 (Arch. Nord, B 18836, n° 28033,
original).
Inv. somm. arch. Nord, t. IV, p. 328, col. 1 (mention). Finor, Van Boghem, p. 201.
(citation). Cocxin et BrucHET, page 26, note 2.
Noper n° 44.
50. - [1511], 26 juillet, Brou. — Raiïmond [Cartier de Cesana],
prieur de Brou, à Marguerite (Arch. Nord, B 19184, n° 44583).
Le prieur, consulté sur l’opportunité d’exhausser le sol de l’église projetée, pense
que l'édifice serait plus beau s'il était haussé de « quatre ou six degretz ». Toutefois
l'archiduchesse est priée de faire suivant son bon plaisir sans avoir égard à l'avis des
religieux qui la remercient de l'allocation de 3.000 florins destinée pour les premiers
travaux de cette construction.
51. - [1511], 12° août, Bourg. — Chivilliard à Marguerite (Arch.
Nord, B 18963, n° 37395, original).
Chivilliard écrit à Laurent de Gorrevod pour ne pas « atcdier » l'archiduchesse
au sujet des travaux de Brou. Mofflet, qui a visité les lieux, fera un rapport verbal
à Marguerite. Il attend les 400 écus demandés pour terminer le couvent avant de
s'occuper de l’église.
Thibaut [Landry] a passé à Brou. Chivilliard a transmis les lettres de Marguerite
à Jean de Paris et à Jean Lemaire. Il envoie à Gorrevod celles de Jean de Paris et
de Henriet [de Lyon]. Signé Estienne CHIviLLIARD.
52. - [1511], 1% août, Bourg. — Chivilliard à Barangier (Arch.
Nord, B 18963, n° 37408, original).
On fait au couvent les cuisines avec leurs dépendances. Les travaux pourront
être achevés à Pâques si l'on consent une avance de 400 écus. Jean de Paris,
Lemaire et Henrict ont été priés de venir donner leur avis sur la cave, le couvent en
construction et l’église projetée. Thibaut [Landry] a reçu à Bourg les « pourtratz »
dressés par Jean de Paris.
Baucaer, Marguerite d'Autriche, preuve Lix.
93. - [1511], 23 août, Bourg. — Le Conseil de Bresse à Marguerite
(Arch. Nord, B 19175, n° 44290, original).
Le Conseil a visité le chantier de Brou avec les maîtres maçons, en présence
des religieux et de Chivilliard. « Avons confrontéz par ansamble et advisé qu'il sera
biem seam et tropt plus beau de fere les degrés ou devant du portal de ladicte eglise,
laquelle s’en trouvera tropt que plus pompeuse, sans aucune nuysance ny difformité
à l’ediffice fait.….».
Citations dans RouiLLerT, Annales Société agriculture Indre-et-Loire, 1884. Invent.
208 | MARGUERITE D'’AUTRICHE
somm. archives Nord, série B, tome IV, page 327, col. 1. CocxiN et BRUcHET, page 19,
note 4.
Finor, Van Boghem, p. 196, a lu 400 florins au lieu de 400 écus ; 300 florins au lieu de
3.000 florins.
Vrrry, p. 491. Noner, n° 45.
54. - [1511], 6 septembre, Bourg. — Chivilliard à Barangier
(Arch. Nord, B 2221, n° 76293, original).
Jean Lemaire et Chivilliard attendent à Brou Jean de Paris chargé de mesurer
la « placte forme » de l'église avant le voyage que Lemaire doit faire à Tours auprès
de Michel Colombe. Chivilliard demande une somme de 400 écus pour les travaux,
afin de ne pas toucher à la réserve de 3.000 florins mise de côté pour les matériaux.
- [1511], 8 septembre, jour de la Nativité Notre-Dame,
Bourg. — Lemaire à Barangier (Arch. Nord, B 18853, n° 30209,
autographe).
L'archiduchesse dans deux lettres précédentes, avait témoigné à Lemaire peu de
confiance dans le choix de l’albâtre de Saint-Lothain. Une troisième lettre, datée du
8 juillet et que Lemaire a reçue à Lyon, où il se trouvait avec la femme de Jean de
Paris, vers la mi-août, l’a rempli de joie en lui apprenant que « Madame est retournée
a saine cognoissance de son albastre et des marchiez faictz ».
Lemaire, qui est à Bourg depuis quinze jours, attend pour le lendemain dans cette
ville Jean de Paris, Henrict Bertrand [de Lyon] et Jean de Lorraine « pour besoigner
aux pourtraictz de l’église ».
Cette lettre de porte pas de millésime. Mais il est fait mention du départ du duc
de Savoie quittant Lyon le samedi, avant-veille de la Nativité N. D. Cette fête
tombant en 1511 un lundi, la restitution du millésime est certaine, corroborée par le
contexte.
Le Conseil de Bresse, peu diligent, ne notifia à l'archiduchesse que le 21 novembre
[1511] la visite faite à Brou par Jean de Paris, Jean Lemaire et les « maistres
ouvriers », (Arch. Nord, B 19175, n° 44299).
Le GLay, Nouv. Analectrs, p. 335. Duray, Obserrations 1853, p. 6 et 7. Duray, Notice
1879, p. 39 à 41. Finor, Van Boghem, p. 196 (extrait). LEmAIRs. Œurrrs, édit. STECHER,
t. IV, p. 382 à 384. CHaAGNY, Gorrevod, p. 104 à 106. Spaak, J. Lemaire, p. 93 (citation).
CHarverT, n° XXV. Noner, n° 46 (à la date du 8 oct. 1511).
56 - [1511], 29 sept. Brou. — Raimond [Cartier] à Marguerite
(Arch. Nord, B 19184, n° 44570, original).
Il n’a pas eu de nouvelles de l’archiduchesse depuis qu'il est revenu de Bruxelles.
« Maistre Jehan de Paris ct certains autres ouvriers de Lion ont esté a Brou, lesquelz
ont designé et mesuré par cordeaulx la forme de l’eglise. Lemayre en brief s'en ira
vers vous, lequel vous portera le pourtraict et vous advertira de l'estat de l'ediffice ».
97. - [1511], 3 octobre, Bourg. — Chivilliard à Barangier (Arch.
Nord, B 18963, n° 37412, original).
Lemaire est chargé de porter à l’archiduchesse les « pourtraictz » de l'église.
RÉPERTOIRE DES DOCUMENTS ARCHÉOLOGIQUES RELATIFS A BROU 209
Une somme de 400 écus est nécessaire pour les travaux en cours jusqu'à Pâques si
l'on ne veut pas toucher à la réserve de 4.000 florins.
Les travaux de l’église ne se feront pas à « tache ». Il sera nécessaire pour cette
raison d’avoir une personne pour surveiller la sortie des matériaux et une autre pour
le contrôle, car Chivilliard aura de son côté assez à faire pour s’approvisionner de
matériaux et « solliciter les massons et ouvriers ».
Cf sur les mêmes points la lettre de Chivilliard à Marguerite du 3 octobre [1511]
(2bid., n° 37405).
Cocxin et BRucHET, page 38, n° 1 (extrait).
58. - [1511], 9 octobre, Lyon. — Jean Perréal à Barangier (Paris,
Bibl. nationale, nouv. acq. franç. 1412, autographe, don Bancel,
18 janvier 1885).
Perréal a reçu, un peu avant le 15 août, les lettres de l’archiduchesse et se réjouit
qu'il lui ait plu de faire appel à son « tres petit sçavoir ». Il s’est transporté à Bourg
avec Jean Lemaire et deux maitres maçons ». Ils ont conféré avec les membres du
Conseil de Bresse et avec les maçons de Brou.
« Avons bien calculé, speculé et regardé le lieu tant a bastir que celuy qui est basti
pour les freres, et fismes par cordeaulx pour mieulx juger du tout ; mais considerant
le bastiment ja fait qui n’est pas peu, nous sommes tous d’un acord deliberé de faire
une esglise à iceluy correspondent, considerant plus faire ouvrage de fille d’empereur
que pour aultre regard. Sy me suis mis apres et ay fait une plate forme que mons.
l'indiciaire porte, laquelle a porpocions et mesures par le commandement de
geometrie ; sy peu que j'en ay veu et au moins mal ay fait correspondre l’esglise au
bastiment ;.. j'ay envoyé a Madame le compas dont me suis aidé, par lequel elle peust,
comme bien le scet, faire cognoistre touttes les largeurs, haulteurs, longueurs tant
du tout que des parties ».
Perréal sera peut-être blâmé par un maçon qui lui reprochera de n'être qu'un
peintre. Il s’est servi de sa « theorique es-ars mathematique », et s'est efforcé, avec
le conseil de Jean Lemaire, de réaliser des choses tout à fait nouvelles.
Perréal verra son ardeur se ranimer si Barangier vient lui-même sur place, car, à
Bourg, en son absence, il ne sait à qui s'adresser : « Je ne voudroie, en telle affaire
que l’esglise, point estre garssonné ne gourmandé, marz avoir autorité a tout le
moins de conduire les choses ». Perréal se plaint d’être l'objet de « faux raports », et
de ne pas être obéi. « Or je me debus de la chappe du moyne ». Il ferait volontiers
au prochain Carême le voyage de Flandres pour dire verbalement à l’archiduchesso
ce qu'il n'ose confier au papier.
Perréal se plaint du concours [de Thibaut Landry] qui lui est imposé, puisque
l'archiduchesse veut que ce dernier travaille à l’exécution des patrons.
Perréal n’entretient de relations agréables à Bourg qu'avec la belle-mère et Ja
femme de Barangier. Il a fait au crayon le portrait de cette dernière.
Le fils de Perréal, âgé de 18 ans, fait ses études à l’Université de Dôle.
Cotte lettre est signée : Jean PERREAL de Paris p{cintre] d[e] M[adame],.
CHaravay, dans Revue des documents historiques, 3° année, (1875-1876), p. 112 à 115
(et tirage à part sous le titre de J. Lemaire et J. Perréal (1876), p. 12. Bancez, Perréal,
p. 206 à 209 avec fac-simile intégral. Finor, Wan Boghem, p. 196 (extrait). Duray, Æglise
de Brou, 2 édition, p. 131. Noner dans Annales Société émulation Ain, t. XLIII, 1910,
p. 127 (extrait). CHAGNY, Gorrevnd, p. 73, note 2.
CHARvET, n° XXVI. Vrray, p. 491. Noper, n° 47.
Tous les éditeurs ont daté du 8 au lieu du 9 octobre.
14
210 MARGUERITE D'AUTRICHE
59. - 1511, 9 octobre, jour de Saint-Denis, Dôle. — Jean
Lemaire à Marguerite (Arch. Nord, B 18854, n° 30246, autographe
signé LEMAIRE, INDICIAIRE).
Lemaire a conduit à l’Université de Dôle, pour ses études de droit, le fils de Jean
de Paris pour que le père soit encore plus enclin au service de la douairière.
Lemaire se rend à Tours, pour passer marché avec Michel Colombe le « grant
ouvrier », suivant les instructions de Jean de Paris approuvées par l’archiduchesse,
afin de faire exécuter les « patrons de terre des sepultures » et obtenir que le neveu
de Colombe vienne à Bourg tailler les « ymaiges et faire marchié avec lui, car c’est
le plus souffisant de deçà les montz apres son oncle, et avec ce, il est jeune et
portatif ». Lemaire désirerait que l’archiduchesse envoie à Tours Richard Contault,
clerc d'office, pour débourser les sommes nécessaires et passer le contrat avec
Michel Colombe.
Le « tailleur d’ymaiges de Salins », [Thibaut Landry] malgré les exhortations
du Conseil de Bresse, n’a pas voulu accompagnèr Lemaire à Tours. C’est d’ailleurs
un homme surfait, cent fois moins capablé qu'on le prétend : « nulz ouvriers d'estime
ne veullent besoigner soubz lui, né lui-mesmes n’én sçauroit finer pour ce qu'ilz le
desdaignent et est mauvais paieur ».
Le GLAY, Nouv. analectes pages 337 et 338 (lire Michel Coulombe au lieu de Mahieu
Coulomb). Duray, Observations, Bourg 1853, page 7 à 9. Duray, Notice 1879 page 42 à 45.
FinoT, Van Boghem, page 196 (extrait). LemAIRE, Œuvres, édit. SrecHER, IV, p. 385 à 387.
Router, M. Colombe (1884), p. 55 (citation).
Caanver, n° XXVII. Noper, n° 48. Vitry, p. 491.
60. - 1511, 9 octobre, Dôle. — Jean Lemaire à Barangier (Arch.
Nord, B 18854, n° 30244, autographe).
Lemaire chargé par les lettres de l’archiduchesse du 8 juillet « de solliciter de
nouvel les scpultures et la platte forme de l'eglise », a amené sur le « lieu de
l’ediffice » Jean de Paris, ainsi que maître Henriet et maître Jean de Lorraine, « les
deux plus souffisans ouvriers qu'on sache ou pays ». Ils ont, assistés aussi de maître
Cretin, « ordonné la platte forme de l’eglise, laquelle ledict de Paris a patronée de
ses mains en deux peaux et demie de parchemin ». Lemaire emporte ce travail
« avec trois autres pieces, qui sont toutes les montées de l’ediffice qui est desja dressè,
ce que Madame ne vit oncques, ensemble les plattes formes de la grand sepulture,
toutes de mesure, et l'elevation ensemble pour tenir Ja grandeur des marbres noir
en leur perfection et aussi affin que maistre Michiel Coulombe soit mieulx adverty
pour fere les patrons de mesmes mesure pour correspondre du petit au grant ».
Lemaire porte à Tours « tous lesdicts parchemins » pour les communiquer à
Michel Colombe, chargé de faire les « patrons de terre cuitte ». Il lui remettra aussi
un échantillon de l’albâtre de Saint-Lothain, pour le faire « ouvrer pour Madame ».
Lemaire rapportera ensuite le tout ainsi que les « patrons de terre cuite » à
Marguerite, estimant que « des patrons de terre... il y aura ung cheval chargié ».
Il sera nécessaire qu’on lui envoie de l’argent à Tours et que la personne chargée de
le lui apporter puisse aussi « veoir les marchiéz des patrons qui se feront » et aider
Lemaire à les transporter auprès de l'archiduchesse.
Thibaut Landry de Salins, qui aurait dû payer sur son contrat l'argent destiné
à ces « patrons », ct qui a reçu 100 écus d’arrhes, a déclaré n'avoir plus un denier,
« qui cst signe de mauvais maisnaigier et petit ouvrier ».
RÉPERTOIRE DES DOCUMENTS ARCHÉOLOGIQUES RELATIFS A BROU 211
Lemaire désire que l'archiduchesse, le gouverneur [de Bresse Laurent de
Gorrevod] et les membres du Conseil [privé] « poisent et ruminent bien les lettres de
maistre Jehan de Paris touchant à ceste besoigne, car il y est affectionné.. et n’y a
riens de fardé ».
Lemaire a conduit à Dôle, pour faire ses études, le fils de Jean de Paris, et le
recommande à l'archiduchesse pour un bénéfice, « car il sera l’homme d’esperit ».
Cocxix et BRUCHET, pages 40 à 42.
61. - 1511, 28 octobre. — Mandement de Marguerite pour le
paiement des « patrons » en terre commandés à Michel Colombe (Arch.
Nord, B 2222, fol. 59 v., copie officielle vérifiée le 31 octobre 1511).
L’archiduchesse alloue 200 livres de 40 gros à Jean Lemaire, qui est à Tours et
qui est chargé de payer à Michel Colombe, « maistre maçon » demeurant en cette
ville, les « patrons en terre » commandés pour les travaux de Brou.
Sur le même sujet, voir une lettre de Marguerite à [Lemaire] datée du 17 oct.
(arch. Nord B 18837, n° 28231 minute).
Ino. somm. arch. Nord, tome IV, page 328 (citation erronée). Fixor, Van Boghem,
page 198 (a lu 1100 livres au lieu de 200 1.). Cocuix et BRucHET, page 20, note.
CHARvVET, n° XXVIII. Noper, n° 49.
62. - 1511, 22 novembre, Tours. — Lemaire à Marguerite (Arch.
Nord, B 18837, n° 28295, autographe).
Lemaire a remis à Michel Colombe la somme de 142 florins d'or et 24 sous
envoyée par l’archiduchesse, représentant 200 livres de 40 gros, pour l'exécution des
travaux de Brou, très touché de la confiance qui lui a été témoignée de faire la
répartition de cette somme entre les quatre « ouvriers » attachés à l’œuvre, sans
assistance d'un contrôleur.
Michel Colombe a demandé, pour achever son travail, un délai jusqu'à Pâques
« a cause de la pesanteur de l’euvre et aussi pour l'indisposition de sa personne et
et du temps ». Lemaire espère le décider à terminer avant trois mois. « Ledit
Coulombe est fort ancien et pesant, c'est assavoir environ de III ans, et est goutteux
et maladif, à cause des travaulx passéz, par quoy il fault que je le gaigne par doulceur
et longanimité; ce que je fais et feray jusques a parfaire. Le bonhomme rajovenist
pour l'honneur de vous, Madame, et a le cuer a vostre besoigne, autant ou plus qu'il
eust oncques a autre... Vous aurez ung des plus grandz chiefz d'euvre qu'il fit
oncques en Sa vie, Car vous verrez la sepulture de feu Monscigneur en toute
perfection, comme elle sera. Le gisant aura ung pié et demy de longueur, les Vertuz
demy pié; et toutes les autres ymaiges a la correspondance ; et la massonnerie qui
sera grand chose en toute perfection, comme se vous la voyez en grand volume,
tellement que les ouvriers qui besoigneront apres seront tenus de l’ensuivre a toute
righeur, en reduisant le petit pié au grand ».
Michel Colombe est secondé dans ses travaux pour la douairière par trois
neveux () dont deux sont « ouvriers en perfection comme heritiers de leur oncle,
l'un en taille d'ymaigerie, l’autre en architecture et massonnerie, et n’y a gens
(*) Guillaume Regnault, tailleur d'images; Bastien François, maître maçon; François
Colombe, enlumineur.
212 MARGUERITE D'AUTRICHE
nulle part que je saiche qui mieulx reduisent vostre besoigne en grand volume que
eulx deux, et je les ay gaignéz ».
Lemaire se propose de se rendre dans les Pays-Bas pour aller faire sa révérence
à l’archiduchesse et lui offrir de « beaux presentz et bien agreables ». Il ne se mettra
en route qu'après avoir vu la « besoigne en train » et donnera l’ordre de faire
porter le travail exécuté en chargeant l’un des neveux de Colombe de cette mission,
pour qu’il puisse donner à la douairière toutes explications « par le menu ».
Lemaire envoie à Marguerite un bloc d’albâtre de Saint-Lothain en attendant la
statuette que Michel Colombe doit exécuter à titre d'essai. Cet albâtre, dont « j'ay
retrouvé la perriere.., est le plus bel albastre du monde et le plus approuvé: ny en
Espaigne, ny en Ytalie, ny en Engleterre n’en y a point qui l’aproche en bonté,
beauté et pollissement.
Tout le monde est émerveillé de la grande œuvre entreprise « la ou une tres
haulte magnanimité se montre et se declaire. J’ay le tout monstré a l'ambassadeur
de l'Empereur, et est le tout parvenu aux oreilles du Roy et de la Royne... On ne
l'estime point autrement que le plus grand chief d’euvre qu'on faira es parties
par deça ».
Le GLay, Analectes (1838), pages 9 à 12. Puvis, Dissertation sur Brou (1840), p. 3 à 7.
RousseLer, Aistoire de Brou, 5° édition (1840), page 160. Duray, Eglise de Brou (1867),
pages 138 à 143, 2° édition (1879), page 134. Bancer, Perréal (1885), pages 210 à 212.
FinoT, Van Boghem (1888), page 198 (extrait). LEMAIRE, Œuvres, éd. STECHER, tome IV,
pages 410 à 412. Spaak, J. Lemaire (1926), page 94 (extrait).
CHARVET, n° XXIX. Virry, page 491. Noper, n° 50.
63. - [1511], 1° décembre, Lyon. — Perréal à Marguerite (Milan,
collection du comte Gilbert Borromée en 1876).
Perréal a reçu la lettre que Marguerite lui a envoyée de Bois-le-Duc concernant
la conférence tenue à Brou avec les maçons. Il a fait le « patron ou pourtraict » de
l'église, s'efforçant d'inventer et s'inspirant aussi de ce qu’il a pu voir au cours de ses
voyages. Il a établi aussi sur trois parchemins, le dessin des parties déjà construites
du couvent. Le tout est terminé depuis deux mois. Jean Lemaire [qui était chargé de
porter Je tout] est tombé malade en voyage. Il s’est rendu à Tours auprès de
Michel Colombe chargé de l’exécution des « patrons » que Perréal a établis pour la
sépulture.
Perréal n’a pas grand crédit et il serait nécessaire que l’archiduchesse intervienne
pour lui donner « quelque peu d’auctorité » si elle entend lui confier les travaux de
l'église de Brou. Il préfère travailler seul plutôt que de subir « maïstre Thibault »
dont il ne peut se servir et qui l'empêche d’avoir des ouvriers, « et puis il ne scet
rien et veult tout faire ».
CHaravay, dans Revue des documents historiques, t. III (1875-1876), p. 116 à 117 (et
p. 16 du tiré à part J. Lemaire et J. Perréal). Duray, Eglise de Brou, 2° édition, p. 139.
BanceL, Perréal, p. 212 et 213. Finor, Van Boghem, p. 197 (extrait). Noner, dans Annales
Société émulation Ain, t. XXXVI, p. 243. Miruier, Nofice sur l'eglise de Brou (Bourg 1882),
p. 11 (extrait).
CHARvET, n° XXX. Vrrry, p. 491. Noper, n° 51.
64. - 1511, 3 décembre, Tours. — Marché des sépultures de Brou
passé entre Michel Colombe et Marguerite d'Autriche, représentée par
Jean Lemaire de Belges (Arch. Nord, B 2221, pièce 76294, ancien
RÉPERTOIRE DES DOCUMENTS ARCHÉOLOGIQVES RELATIFS A BROU 213
dossier 9, original formant un cahier de 6 pages de parchemin, coté
au début du xvi° siècle Brouz vu).
Ce marché intéresse ce que l'on appellerait l’exécution des maquettes et le travail
des praticiens pour la sépulture de Philibert le Beau. I] mentionne aussi d’autres
projets pour les tombeaux des deux princesses et pour l’église de Brou. Michel
Colombe agit en son nom et en celui de Guillaume Regnault, Bastien François et
François Colombe qu'il appelle ses neveux, et passe quittance d’une somme de
94 florins d'Allemagne valant 128 livres 13 sous tournois.
« Michiel Coulombe, habitant de Tours et tailleur d’ymaiges du Roy », s'engage
à exécuter, avec le concours de ses neveux, la « sepulture en petit volume » du duc
de Savoie. Il fera de sa « propre manufaiture sans ce que autre y touche » les
« patrons de terre cuitte » en ce qui concerne la « taille des ymaiges ». L'archi-
duchesse pourra se rendre compte de Ja grandeur de ces « patrons » par deux
« pourtraictz » qu’il lui envoie « l’un en platte forme pour le gisant, l’autre en
elevation » exécutés par F. Colombe et Bastien François. La partie architec-
turale fera l'objet d’un autre « patron » en relief, car « ledis Bastyen fera de pierre
de taille toute la massonnerie servant a ladicte sepulture en petit volume par vrayz
traictz et mesures, tellement que en reduisant le petit pié au grand, Madame pourra
veoir toute la sepulture de mondit feu seigneur de Savoie dedans le terme de Pasques ».
Ces « patrons », après leur achèvement, seront « estofféz de paincture blanche et
noire, selon ce que la nature du marbre le requierct, par ledit Françoys Coulombe,
enlumineur, la taulette de bronce dorée et les lisieres, armes, fourures d’ermines,
carnations de visaiges et de mains, escriptures et toutes autres choses a ce pertinentes
fournies », et devront être portés à l’archiduchesse par Guillaume Regnault et
Bastien François, à condition que ces derniers reçoivent chacun, par jour de
déplacement, 1 philippus d'or de 25 sous tournois et fassent le voyage en Flandre,
pays qui leur est inconnu, sous la direction d’un guide.
Quand ces « patrons », après avoir été présentés à l’archiduchesse, auront reçu
son approbation, Michel Colombe, ne pouvant se transporter à Brou à cause de son
« aaige et pesanteur » donnera à Guillaume Regnault tout pouvoir pour faire en son
nom « choses concernans nostre art d'ymaigerie et architecture » et aller sur place
pour l'exécution en grandeur définitive. Regnault l’assiste depuis quarante ans dans ses
travaux et a collaboré au tombeau de François, duc de Bretagne (dont le « pourtraict »
est envoyé à la douairière); il est « souffisant et bien experimenté pour reduire en
grant volume la taille des ymaiges servans a ladite sepulture » du duc de Savoie en
se conformant aux « patrons » fait par Michel Colombe. Il sera assisté pour la partie
architecturale par Bastien François, l’auteur même de l’un des « patrons en petit
volume », « souffisant pour exploicter et dresser en grand volume les patrons de
ladicte sepulture quant a l'art de massonnerie et architecture ». Jean de Chartres,
tailleur d'images de madame de Bourbon, qui a été pendant plus de 18 ans au service
de Michel Colombe et quelques serviteurs de ce dernier seront aussi envoyés
à Bourg.
Michel Colombe a gardé le « double de la platte forme » de l’église de Brou,
« icelle platte forme faicte et tres bien ordonnée sur le lieu, mesurés de la main de
maistre Jehan de Paris, avec l’advis, en presence de maistre Henriet et maistre
Jehan de Lorraine, tous deux tres grans ouvriers en l’art de massonnerie ». D’après
ce document, Bastien François exécutera la « montée et elevation du portal et des
arcz boutants par dehors » et portera son travail à l’archiduchesse ainsi que « l’elevation
de [sic] la platte forme de son eglise, mesmement touchant les sepultures des deux
214 MARGUERITE D’AUTRICHE
princesses dont nous avons les pourtraictz et tableaux faitz de la main de Jehan
de Paris ».
Michel Colombe fait l'éloge de l’albâtre de Saint-Lothain, qui a servi à Claus [de
Werve] et à Anthoniet [le Moiturier] pour les sépultures des ducs de Bourgogne aux
Chartreux de [Champmol lez] Dijon. Il s’est servi d’un échantillon apporté par
Lemaire pour tailler de sa propre main une tête de Sainte Marguerite que Regnault
a ensuite « poly et mis en euvre » et dont il fait présent à l’archiduchesse.
Observalion sur ce document : I] convient de remarquer que, dans cet acte,
Michel Colombe considère comme ses neveux non seulement l’enlumineur Frais
Colombe mais aussi Guillaume Regnault, « tailleur d’ymaiges » et Bastien François,
maitre maçon de la collégiale de Saint-Martin de Tours. En réalité, Regnault n’était
son neveu que par alliance, ayant ét6ô marié deux fois et ayant épousé chaque fois
une nièce de l'artiste. De son second mariage il eut une fille, Marie Regnault qui
épousa Bastien François.
Ce contrat, d'une abondance savoureuse, est vraisemblablement copié sur une
minute rédigée par Jean Lemaire qui s'intitule pompeusement « indiciaire et
solliciteur des édiffices de... Madame Marguerite, archiduchesse d’Austriche et de
Bourgoigne..…. ». Les détails qu'il donne sur la carrière de Saint-Lothain, dont il
entendait charger l'exploitation, trahissent l’exagération de sa plume quand il parle
de cet albâtre « tres liche et tres bien pollissable en toute perfection et ung tresor
trouvé au pays de Madicte dame sans aller querir autre marbre en Ytalie ny ailleurs,
car les autres ne se polissent point si bien et ne gardent point leur blancheur, ains
se jaulnissent et ternissent a la longue ».
A la fin du document, l'original porte que « Jan Lemaire, notaire imperial et
soliciteur pour Madicte dame, a soubzcript ». En réalité, il ajoute à sa signature le
titre d’ « indiciaire ». Aucun acte ne permet de penser que ce personnage ait
exercé les fonctions notariales. Il y a là une erreur de scribe.
Le contrat est dressé et signé par Macé ForMon, notaire à Tours, et porte aussi
les signatures paraphées : M. CoLoMBE, LEMAIRE DE BELGES, INDICIAIRE.
Un second marché a été passé certainement avec Michel Colombe pour toute
l « ymagerie » du tombeau de Philibert, notamment pour l'exécution des dix Vertus,
moyennant une somme de 800 écus soleil. Ce marché est antérieur au 27 mai 1512
et probablement rédigé à l'époque où Lemaire était à Tours au mois de décembre
précédent (voir plus loin la lettre de Michel Colombe du 27 mai 1512 et celle de
Perréal du 20 juillet de la même année).
Le (Lay, Analectes (1838), pages 13 à 19. Roussezer, Histoire de Brou, 5° édition
(1840), piges 166 à 173. Puvis, Dissertation sur l’église de Brou (Bourg, 1840), pages 7 à 19.
BorDier et CARTON, {/istoire de France, tome II (Paris, 1859), page 124. Duray, Église
de Brou (1867), pages 143 à 154. de GRANDMAISON, Documents sur Phistoire des arts en
Touraine (1830), pages 194 à 199. PÉAx, dans Bulletin Société archéologique Touraine, t. II
(1871), pages 25 à 29. Durav, £'ylise de Brou, 2° édition (1879), page 1-42. CHARVET,
J. Perréal (1874), pages 83 à 87. Zuventaire sommaire des archives du Nord, iome IV (1881),
page 327 (mention). Roun.LeT, A/ichel Colombe (1881). page 54 (citation). BaxceL, J. Perréal
(1885), pages 214 à 219. Fixor, Fax Boghem (dans Reunion Soc. Beaux arts. 1888), page 199
(mention). JARRIN, Brou, sa construction, ses architectes (Brurg, 1888, ext. Annales Société
émulation Ain), page 41 (extrait). LEmAIRE, Œuvres, édition SrecHER, tome IV (1891),
pages 413 à 419. Becker, Jean Lemaire, der erste humanistische Dichter Frankreichs
(Strasbourg, 1893), page 201 (mention). Virry, Michel Colombe (1910), pages 487 à 490
(contient la meilleure édition de ce texte, établie par A. de SaiNT-LÉGER). Courson, Leçons
professées à l École du Louvre, time 11 (1901), page 676 (mention). Guy, Histoire de la poésie
française au XVI siècle. Tome I. L'École des rhétoriqueurs (Paris, 1910), page 198 (mention.
RÉPERTOIRE DES DOCUMENTS ARCHÉOLOGIQUES RELATIFS A BROU 215
Cocin, Michel Colombe et ses projets pour Péglise de Brou (dans Revue de F Art ancien et
moderne, tome XXXV, année 1914), page 114 (mention). Spaax, J. Lemaire (1926), pages 94 à
96 (extrait).
CxarverT, n° XXXIV. Virry, page 491. Noper, n° 52.
65. - [1511], 29 décembre, lundi, lendemain des Innocents,
Bruxelles. — [Lemaire] à Barangier (Arch. Nord, B 18854, n° 30325,
original).
Lemaire va visiter sa mère qui est sur le point de mourir. Il verra aussi
les neveux et les nièces dont elle avait la tutelle et s’excuse auprès de l’archi-
duchesse de son départ précipité.
Il a remis à Toison d'or [Thomas Isaac] les « patrons et pourtraitz et plattes
formes en parchemin », lui laissant le « compas et donné à entendre le tout »,
de façon à ce que Marguerite puisse les voir avant le retour de Lemaire. Il a chargé
quelqu'un de solliciter en son nom ce qui lui est dû et a justifié par un compte
sa demande qui est légitime.
« Madame pourra deliberer cependant s'elle se veult servir de moy en cest
affaire et que je soie chief quant a la sollicitation d’icelle avecques recompense et estat
condigne et comme on le m'a prommis. Mais j'ay grand peur que je ne soie celui qui
bat les buissons et ung autre prend les oisillons. S'il est ainsi, il fauldra que j'aye
patience ».
LeMAIRE, Œuvres, éd. Srecxer, t. IV, page 402 (extrait d’après PINcHART). CociN et
BrucHET, p. 45.
66. - [1512], 15 janvier, Bourg. — Chivilliard à Laurent de
Gorrevod (Arch. Nord, B 18963, n° 37410, copie de la main de
Chivilliard).
Chivilliard a eu une conférence avec maîtres Godet, Crestin et Chardon au sujet
du bois de sapin nécessaire « tant pour la perfection du couvent, ediffice de cuysine
que de l’esglise » et a dressé avec leur concours la liste des approvisionnements
à faire. Il a envoyé auprès de [Pierre de La Baume], abbé de St-Claude, ledit Godet
avec les lettres de l’archiduchesse pour s’approvisionner.
« Ledit seigneur l'avoir veue mescognent le seel d’icelle, toutesfois il sercha
quasi par ung jour plusieurs paqués de lettres, mays il n’en trouva point de seellées
a si petit seel et semblable, pourquoy n’en pouvons avoir pour ceste heure provision,
qui me retarde fort.
« Monseigneur, vous sçavez que je n’ay point besoing mectre les doiz entre
deux moles et me sembleroit qu'on n'en doyge riens dire a Madame, pour paour
de l’indignation et irrite, ains plustost que Monseigneur le conte, son père (!)},
l’advertisse de la verité et vouloir de Ma dicte dame ».
L'archiduchesse avait demandé la quantité de chênes à fournir « pour les sieges
de l’esglise, sacristie, tables du reffectoire et banchs ». Après avis des maïtres susdits
et du menuisier, on a évalué cette quantité à six douzaines de chênes. Il serait
trop dispendieux, à cause de la distance, de les prendre dans la forêt de la douairière,
(1) La seigneurie La Perrière (Côte d'Or, arrondissement de Beaune, canton de Saint-Jean de
Losne) avait été donnée à Marguerite par son père en même temps que celle de Chaussin, à
proximité (Jura, art. de Dôle).
216 MARGUERITE D'AUTRICHE
à La Perrière. (‘) Il vaudrait mieux essayer de s’en procurer auprès de monseigneur
de Varey et à la chartreuse de Seillon.
« Vous aurez a advisé de quelle sorte Madicte dame veult que son esglise se face.
Vous debvez avoir receu le pourtrait qu’a fait Jehan de Paris par l’homme de Jehan
Le Mayre, nous n'en avons bien retenu la forme, toutesfoiz n'y vueillons nous
en rien touchier ».
En attendant que les instructions demandées à Gorrevod arrivent, « nous
entendrons a fere quelques petites eugives qui sont tallées.
» Je croy que monseigneur le maistre Berangier viendra qui verra tout et aussi
mes comptes avec les aultres qui sont tous pres d'heure en heure. Je n'ay pas fait
mes livrets par Item, ains par belles quictances et confessions signées en bonne forme
comme je croy et vous asseure que je n’y gaigne riens, Dieu soit loué, de tout ».
Vous asseurant que, avoir heu la provision du boys dessus escript, puisques on
aura mis la main a l'esglise, elle sera plustost faicte de la moytié que vous ne
pensés, aussi je le desire ».
Observation. — Cette lettre au gouverneur de Bresse est une copie adressée
dans la lettre de la même date expédiée par le même Chivilliard à Barangier
(Ibidem, n° 37411).
67. - [1512, janvier]. — Marguerite à [Jean Lemaire] (Arch. Nord,
B 19182, n° 44514, minute).
L'archiduchesse s'étonne de n'avoir pas été prévenue par le destinataire de cette
lettre qu'il ne pourrait exercer la charge qu'elle lui avait donnée, au sujet de
l’ « ediffice » de Brou, à cause d’un long voyage qu'il doit entreprendre. Elle a
appris qu'il avait, à son insu, passé procuration à maître Jean Le Roy, pour l’associer
en sa charge, ce dernier ayant fait constater cette procuration. Et « pour ce que
en l'exercice d’icelluy estat et office est bien requis avoir homme qui soit conti-
nuellement apres pour cause des matieres qui journellement surviennent »,
l’archiduchesse désire que le destinataire vienne en personne exercer sa charge
ou l’abandonne complétement. Dès sa réponse, elle pourvoira « tant audict maistre
Jehan Le Roy comme aussi en la charge que nous avons donnée touchant ledit Brou ».
Observation : La restitution de la date et celle du destinataire sont très
hypothétiques. Il est vraisemblable que ce Jean Le Roy est Ic personnage de ce nom
qui était lié avec Perréal (de MauLDE, J. Perréal, page 4). On a une lettre de lui
adressée à Jean Lemaire (Œuvres de LEMAIRE, éd. STECHER, tome IV, page 430).
C'était un poète et un philosophe.
68. - [1512], 28 février, Blois. — Jean Le Veau à Marguerite
(Arch. Nord, B 18838, n° 28690, original en partie chiffré).
Le Veau a remis à Jean Lemaire et à Jean Perréal de Paris les lettres de l’archi-
duchesse et il a dit à ce dernier la nécessité urgente des édifices de Brou. Perréal
enverra le jour même, à Tours, prendre des renseignements auprès de l’ « ouvrier »
chargé de l'exécution des « patrons » [Michel Colombe].
Goperroy, Lettres de Louis XIT, Bruxelles, 1712, t. III, p. 180. Pxan un Bull. Soc.
archéol. Touraine, 1871, page 26.
Virry, page 492. Noper, n° 53.
(1) Gui de la Baume-Montrevel, chevalier d'honneur de Marguerite d'Autriche.
RÉPERTOIRE DES DOCUMENTS ARCHÉOLOGIQUES RELATIFS A BROU 217
69. - [1512, février]. — Marguerite à [Lemaire] (Arch. Nord,
B 19182, n° 44528, minute très raturée).
L'archiduchesse a appris avec plaisir que Lemaire, après avoir pris congé d'elle
par lettre, était au service d'Anne de Bretagne. Elle a vu, par l'entremise de Toison
d'or, les patrons que Perréal a dressës pour l’église et les sépultures de Brou.
Ce dernier a êté nommé contrôleur des travaux en remplacement de Lemaire.
Cocxin et BrucHET, page 46 (à la date défectueuse de mai 1512).
70. - 1512, février, n. st., Malines. — Marguerite à Jean Perréal
(Arch. Nord, B 18835, n° 27374, minute; autre minute B 19182,
n° 44529).
L'archiduchesse remercie Perréal des « patrons » qu’il a envoyés et le nomme
a contreroleur » des édifices de Brou, dont l'office était assuré par Jean Lemaire,
qui a quitté le service de la douairière. Margucrite désire connaître les termes
du marché conclu entre Michel Colombe et Perréal, au sujet des sépultures de Brou
et le délai d'exécution. Le fils de ce dernier sera mis sur le rôle des bénéfices
du comté de Bourgogne.
Duray, Dissertation, Bourg, 1847, pièce n° VI (à la date de février 1511 et avec erreurs
paléographiques). Duray, Eglise de Brou, 1867, page 132 (extrait), 2 édition, p. 126.
CHARVET, Perréal, p. 53. Finor, Van Boghem, p. 201. Bancez, Perréul, p.203 (à la date de
fév. 1511.
CHanver, n° XXXV. Vrray, p. 491. Noper, n° 54.
71. - 1512, 28 mars, n. st. dimanche, Blois. — Lemaire à
Barangier (Arch. Nord, B 18835, n° 27439, autographe).
Lemaire a reçu les lettres de Barangier par l'intermédiaire de Jean Le Veau
et le remercie de sa sympathie, « car, en toute la Maison de Madame, je n'’ay
trouvé si grant amy que vous, ne qui mieulx aidast a soubstenir la verité en
mes affaires ».
Pour perdre Lemaire, on a insinué à l’archiduchesse qu’il aurait « escript
quelque chose contre elle et que, à Paris, l'en le treuve publicquement par escript ».
Dès qu'il a reçu les lettres de Barangier lui donnant connaissance de ce bruit,
Lemaire les a montrées « a Monsieur le contrerolleur, maistre Jehan de Paris, lequel
en riant a respondu ung mot vrayement philosophal, c'est assavoir que quand
les chiens ne pevent mordre, ils se saoulent a abayer ». Il est heureux d'apprendre
que l’archiduchesse n’ajoute aucune foi aux détracteurs de son ancien serviteur
et ne croit « aucune chose sinistre » venant de la bouche de ses ennemis.
Lemaire ne croyait pas offenscr Marguerite d'Autriche en faisant publier
ses travaux à Paris, « c'est assavoir que j'ay fait imprimer, à grande requeste
de plusieurs nobles hommes de France et de Picardie, les {llustralions de Gaule
et singularités de Troye lesquelles ont premierement esté imprimées a Lyon, soubs
le nom, le tiltre et les armes de Madame, et ne les ay point volu bailler ausdits
imprimeurs de Paris, synon sous tel condition que les armes de Madame y seroient,
pour ce que le livre estait dedié a elle (*). Se j’ay mespris en faisant ce, je n’en
(1) Le premier livre des Illustrations de Gaule et Singularitez de Truye fut imprimé à Lyon,
par Estienne Baland, en 1510, et réimprimé à Paris, en janvier 1512, par Geoffrov de Marnef.
Dans ceite réimpression, Lemaire prend encore le titre d' « indiciaire » de l'archiduchesse.
218 MARGUERITE D'’AUTRICHE
demande point de mercy, car je ne l’ay pas cuidé faire pour mal, et si en ay eu ung
bon pot de vin depuis. Lesdits imprimeurs m'ont requis d'ouvrer les Conciles (!) et la
Légende des Vénitiens (*), lesquels je leur ay permis imprimer, car tout est à
l'honneur de Madame. Et en ont desja bien fait en tout six mille volumes qui sont
divulguëéz par tout le monde ».
Lemaire voulait écrire à la douairière au sujet des marchës passés par son
intermédiaire avec Michel Colombe. Il s’abstient toutefois parce que Jean de Paris
doit lui envoyer une lettre à ce sujet.
Lemaire, en raison de ses services, avait l'intention de solliciter « quelque
privilège ou pension », outre ce qui lui était dû. Il renonce à cette idée puisqu'on
lui « baille des nouvelles brisures ». Il réclame toutefois le solde de son compte.
Il ne faut pas « cercher occasion de frustrer le povre Jan Lemaire de ce qu’il lui est
deu de son service justement, car Madame n'en sera pas plus riche » et il l’a bien
gagné à la « sueur » de son corpz.
Lemaire rappelle son affection pour l’archiduchesse : « Se je ne l’eusse tant
aymée, je n'eusse pas tant escript de bonnes choses a sa louenge. Et autant que
j'en ay escript d’elle, en ecriprai-je de la Royne, ma noble maistresse qui me fait
tant de biens... Je vous prie et requiers estre recommandé en toute humilité
à l'excellence de Madame comme son povre serviteur que j'ay esté, ce que je ne
sçauroie jamais escripre sans larmes, car tant m'a Fortune bestourné, transporté,
ramené et pelotté en son service que je ne sçay comment je[me]suis peu eschapper ».
L'archiduchesse ne doit pas savoir mauvais gré à Lemaire de l'avoir quittée.
Elle doit s’en prendre « a ceulx qu’en sont cause, lesquels n’en demoureront point
impugniz ; et cela je le vous prometz, car Dieu est juste. Et se gardent hardiement
de moy et de ma plume, mais ce sera le plus tart que je pourray ».
Le GzLay, Analectes, pages 21 à 25 (à la date du 28 mars 1511). RousseLer, Histoire de
Brou, 5° édition (1810), p. 175 (extrait). Duray, Dissertation (1847, pièce XXV (à la date
du 28 mars 1511). LEMAIRE, Œuvres, édition SrecHer, tome IV, pages 419 à 423. Becker,
J. Lemaire, p. 204 et 208 (mention). Spaak, J. Lemaire, p. 97 (mention).
Vrrey, p. 492. Noper, n° 55.
72. - [1512], 30 mars, Blois. — Perréal à [Barangier] (Arch.
Nord, B 18855, n° 30397, autographe.
Perréal se plaint des difficultés qu'il rencontre à Brou et ne voudrait avoir à faire
qu'avec [Barangier], « pour ce que tousjours vous ay trouvé entier, et je l'ay bien
aperceu a Bourg, et m'en suis bien congneu quant dernierement je y fus pour
prendre la mesure de l’esglise, car jeux plus de paine a assembler ses longues
Le second livre (Paris, G. de Marnef, août 1512) et le troisième livre (Paris, G. de Marnef,
juillet 1513), furent imprimés depuis que Lemaire était au service de la Cour de France.
Le premier livre était dédié à Marguerite d'Autriche. Le second fut dédié à Claude de France,
fille d'Anne de Bretagne et le troisième à cette dernière.
(1) « Le traictie intitulé de la difference des scismes et des concilles » imprimé à Lyon, par
Etienne Baland, en mai 1511, avait été réimprimé en janvier 1542, à Paris, par G. de Marnef.
Pamphlet dirigé contre l'institution de la papauté, sorte d'appel prophétique à un schisme
a grand et merveilleux », que Luther devait réaliser six ans plus tard.
(2) La première édition de la « Légende des Vénitiens » fut imprimée à Lyon, par Jehan de
Vingle, en 1509.
RÉPERTOIRE DES DOCUMENTS ARCHÉOLOGIQUES RELATIFS A BROU 219
robes (!), de quoy je n’avoie que faire, que de faire mon art... ; Je rescrips a Madame
que, se elle veult que bien je besongne, que je ne soie plus en ceste paine. Je vouldroie
bien qu'il vous pleust que je n'eusse a faire que a vous, s’il vous plairoit, voire se je
me mesle de son esglise ».
Perréal négocie avec Michel Colombe et son neveu pour les sépultures. Colombe,
par affection pour le peintre de Louis XII et dans l'espoir qu'il sera avec lui, ne veut
pas d'autre marché que celui passé entre Perréal et Thibaut [Landry]. « Or considerez
quel differance il y a autant de plomb a or; et sy vous di mieulx que jamais je
n’eusse fait le marché que je fis, sinon que je pretandoie tousjours venir a ceste fin,
car je veoye bien que maistre Thibault ne sçavoit rien. Aussy vous sçavez comment
je luy disoie que je romperoie tout, sy ne le feroit bien ; et jamaiz je n’eusse besongné
avec luy, car il eut voulu tout faire, et dernierement je congneux son cas a Lyon ».
Tous les « patrons » de Brou sont terminés et mis en caisse ct l’archiduchesse peut
les envoyer chercher, sauf à les renvoyer à Lyon, si elle désire que Perréal s'occupe
des travaux. Dans le cas contraire, elle pourra les garder.
« Vous voiez la paine que je prens et de bon cuer, tant en invencions que patrons.
Et, sur ma foy, les derniez pourtraiz ou patrons que j'ay faiz, tant celui de l’esglise
que des trois aultres, m'ont donné beaucop peine. ; ce m'est ung grant rompement de
teste tant pour inventer que pour faire au gré de Madame, qui est le tout... J'ay
faict, faits et feray le miculx que pourray, tant que ma pauvre peau se pourra
estandre ; mais aussy que Madame y ait esgard, se tant est qu'elle se veulle plus
servir de moy. Son bon plaisir soit fait, car je luy ay esté entier et ay prins autant de
peine comme si j'avoye mille écus d’or de pension ; maiz amour me maine et vous Île
povez congnoistre ».
Perréal apprécie le «tresorier Vyonet (*), car il est bon homme, combien
que je ne puis estre paié de cy petit que Madame me donne qu'il ne vault pas le
demander ».
Il faudra avoir quelqu'un pour remplacer Lemaire « qui bien nous fait faulte pour
faire tirer l’alabastre de ia perriere et a puissance ».
Perréal réitère à Barangier son désir de ne s'adresser qu'à lui et dene connaître que
lui après l’archiduchesse. Il a vu, le 28 mars, la lettre de Barangier (*), avertissant
le « pauvre Jehan Lemaire » des imputations dont il était chargé. « Vous vous monstrez
son amy, quant l'avez averti. Certes, c'est tres mal fait. Certes, qui m'en vouldroit
autant faire, je ne seroie pas joieux, apres avoir bien besongné, estre mors et piqué.
Vela que ung faulx raport vault. Je n'en attends pas moins ung jour et puis j'aray
bien gaigné mon labeur ». Signé : JEHAN PERRÉAL DE PARIS, p. d. m. d. (!).
Le GLay, Nouv. analectes, p. 330 à 332. Duray, Observations, Bourg, 1853, p. 3 à 4.
Duray, Essai sur Perréal (1864), page 69 (extrait). Duray, Notice, 1879, p. 31 à 35 ;
Duray, Eglise de Brou, 1'° édit. 1867, p. 133 à 138; 2° édit. 1879, p. 127. CHARVET,
Perréal, p. 79 et 80. BanceL, Perréal, p. 204 à 206. Finor, Van Boghem, p. 195. LEMAIRE,
Œuvres, éd. STECHER, t. IV, p. 377 à 380. Becker, Lemaire, p. 159.
CHARVET, n° XX. Virry, n° 491. Noper, n° 56.
Tous ces auteurs, sauf Nodet, ont attribué la pièce au millésime de 1511. Nodet (Annales
Soc. émulation Ain, 1903, p. 237) a restitué la date de 1512 en faisant observer que « l’erreur
qui a fait dater cette pièce de 1511 est une de celles qui ont le plus obscurci la question du
rôle de Jehan Perréal et Michel Colombe à Brou ».
(1) Il s’agit des membres du Conseil de Bresse. Voir plus haut la lettre de Perréal à
Barangier du 9 octobre [1511].
(3) Louis Vionet, trésorier du douaire de Savoie, en résidence à Bourg.
(8) Cette lettre n'a pas été conservée.
(&) Peintre de Madame.
200 MARGUERITE D'AUTRICHE
73. - (1512, après 30 avril]. — Marguerite à Michel Colombe (Arch.
Nord, B 18835, n° 27479, minute).
Pierrechon Lucas est chargé de prendre les « patrons » des sépultures de Brou
exécutés par Michel Colombe. Le neveu do l'artiste devra partir pour commencer
le travail sur place suivant les termes du contrat passé entre son oncle et Jean de
Paris.
Cocxin et BrRucHET, page 48. Cf. tbid. p. 47, note 1, la lettre de Jean Le Veau du
30 avril [1512] (Arch. Nord, B 18839, n° 28832).
74. - [1512, après 30 avril]. — Marguerite à Jean de Paris (Arch.
Nord, B 18835, n° 27478, minute).
Pierrechon Lucas, valet de chambre de l’archiduchesse, va prendre les « patrons»
exécutés par Michel Colombe pour les sépultures de Brou. Cet artiste et ses neveux
avec lesquels le marché a été passé devront se rendre à Brou dans le plus bref délai.
Cocxin et BRUCHET, page 41.
75. - 1512, 6 mai. — Mandement de Marguerite concernant Claude
de La Tour, son fourrier d’écurie (Arch. Nord, B 19181, n° 44454,
minute; B 2222, fol., 94, verso, transcription officielle vérifiée le
1 mai 1512). |
L’archiduchesse lui alloue 500 livres de 40 gros pour le charroi de Dinant
(Belgique) à Chalon-sur Saône des « pierres d’albastre « destinées aux sépultures de
Brou.
Cf. sauf conduit du 7 mai 1512 délivré à C. de la Tour pour se rendre à Brou
(Arch. Nord, B 19027 n° 40012 minute).
76. - [1512], 11 mai. — Jean de Tournay (‘) à Barangier (Arch.
Nord, B 19006, n° 39078, original).
Jean de Tournay rappelle à Barangier le désir de Jean de Paris, voulant lui
confier, dans les édifices de Brou, la succession de Jean Lemaire « pour ce que c'est
cas d'imagerie ».
BrucxeT, Jean de Tournay, (dans Bulletin Comité flamand, 1926) page 232, note 7.
Cf. autre lettre du même jour envoyée par le même personnage à Marguerite,
11 mai [1512], Genève. #bid., p. 232, d’après Arch. Nord, B 19006, n° 39078.
(*) Ce personnage devint, sous le nom de « Bonnes Nouvelles », héraut d'armes de l'Annonciade,
fonction qu'il exerçait encore en 1528. Il était marié en Bresse et fut chargé en 1516 d'instruire
Jean-Philippe de Grolée, désigné cette année pour l'archevêché de Moûtiers-en-Tarentaise
(Savoie), mais trop jeune pour être installé. Jean de Tournay était en bonne relations avec
Laurent de Gorrevod, procurant à ce personnage un « Traité des joustes et tournoys », un autre
petit « Traité de trempures pour tremper toutes pieces de harnoys, tous fers de lances et
espées d'armes » et fit copier à son intention un « Traicté d'artillerie et de feux » (Jean de Tournay
à Laurent de Gorrevod, 31 décembre [1516], Moûtiers, Arch. Nord, B 19006, n° 39076.
RÉPERTOIRE DES DOCUMENTS ARCHÉOLOGIQUES RELATIFS A BROU 221
77.- 1512, 13 nai. — Quittance d'Hubert Nonnon pour fourniture
de marbre noir (Arch. Nord, B 19091, n° 42257, original).
Hubert Nonnon (!), « marchant et maistre des pieres de mabre », bourgeois de
Dinant, donne quittance notariée d'une somme de 92 livres de 15 gros monnaie de
Flandre à lui payée par Diego Florès, receveur général de l’archiduchesse, et d'une
autre somme de 148 livres déboursée par Claude de La Tour, fourrier de l'archi-
duchesse, pour « certaines pieces » de marbre.
78. - 1512, 14 mai, Blois, « au jardin du Roy », Lemaire à
Marguerite (Arch. Nord, B 18855, n° 30411, autographe).
Lemaire prend la hardiesse d'écrire à l’archiduchesse sur les conseils de Barangier.
Il sait qu’elle n’a pas prêté l'oreille à des insinuations malveillantes. Il a êté chargé
par la reine de France de « compiler les cronicques de sa maison de Bretaigne » et il
parcourt ce pays afin de s’enquérir « par les vielles abayes et maisons antiques de
toute l’histoire britannicque laquelle encoires n’a été mise en lumière entierement
jusques a ores ».
Lemaire a remis à Jean de Paris, peintre de l’archiduchesse, tout ce qu'il a pu
« recouvrer des patrons faictz de la main du bonhomme maistre Michiel Coulombe.
Et ledit maistre Jehan de Paris a estoffé lesdits patrons de couleurs, qui est ung grand
chief d'œuvre. a cause que François Coulombe, nepveu du bon maistre, est alé a
Dieu, lequel François Coulombe, enlumineur, avoit receu de votre argent dix florins
d'or par mes mains pour ce faire. Je n’ay pas volu poursuivre sa femme ne ses
heritiers…, voyant qu'il y avoit pitié en eulx. Et pour ce, Madame, il vous plaira
avoir regard aux labeurs et diligences dudit de Paris qui vous sert de bon cuer et
acomplit ce dont les autres estoient paiés, non seullement en ce mais en toutes autres
choses ».
Lemaire rappelle à l’archiduchesse qu'il n’a pas été complètement payé de ce qui
lui restait dû. Il demande, en outre, à être maintenu dans les pouvoirs qu'elle lui avait
donnés pour l'extraction du marbre [de la carrière de Saint-Lothain], nécessaire aux
sépultures de Brou, prévoyant qu'il s’en fera bientôt « grande traicte en France, car
elle se commence fort a cognoistre depuis que je l’ay descouverte ».
Lemaire a appris que l’archiduchesse avait créé « ung nouvel indiciaire nommé
maistre Remy, bourguigon » (?). Il est tout disposé à faire parvenir à la douairière ce
qu'il a rédigé et recueilli pendant qu'il exerçait cette charge, « car vous ny autre ne
veistes jamais la moictié des choses que j'ay faictes a l'honneur de Votre Excellence;
(1) On trouve déjà au milieu du XVe siècle un Jean Nonnon qui avait fourni du marbre pour
le tombeau de Jean sans Peur à Dijon. L'un de ses descendants, André Nonnon, a maistre des
pierres de marbres estant lez ledict Dvnant», passa le 3 mars 1525 un contrat avec Louis
Van Boghem, le maître maçon de Brou, pour la fourniture du marbre noir destiné au tombeau
que l’on élevait dans l'église de Caudenberg, à Bruxelles, à la mémoire de François, frère de
Marguerite d'Autriche, inhumé en cet endroit. PINCHART, dans Messager sciences historiques
Gand, 1858, page 105. Cf. le même auteur dans ses Archives des Arts, tome [ (1860), page 261. Voir
aussi aux archives du Nord l'article B 2339, folio 234.
(3) Remi Du Puys fut nommé par commission du 15 février 1512, n. st., en remplacement
de Lemaire «qui s'est retiré et accepte autre service, délaissant et habandonnant ledit office ».
(Arch. Nord, B 2226. Cf. Cocnin et BRUCHET, Une lettre inédite de Michel Colombr, page 46,
note 5. |
222 : MARGUERITE D'’AUTRICHE
et se elles ne sont achevées, si sont elles bien pourgettées ; mais es mains d'autre que
vous, Madame, jamais ne les delivreray ».
Le GLay, Analectes, pages 25 à 28 (avec fac-similé partiel). RousseLeT, Histoire de
Brou, 5° édition (1840), pages 176 à 180. Puvis, Dissertation (1840), pages 16 à 21.
Duray, dans Journal agriculture Ain, tome XLII (1853), p. 147. Durav, Eglise de Brou
(1867), p. 154 à 159; 2° édition (1879), page 151. BanceL, Perréal, pages 219 à 222.
THIBAUT, Marquerile d'Autriche et Jehan Lemaire de Belges (Paris, 1888), page 154.
LeMAIRE, (Œuvres, édition STECHER, tome JV, pages 423 à 426. Finor, Van Boghem,
page 202 (extrait). BEeckER, J. Lemuire, pages 210 et 222 (mentions). Spaak, J. Lemaire
(1926), page 98 (mention).
CHARVET, n° XXX VII. Vrrry, page 492. Noper, n° 57.
79. - 1512, 26 mai, Bruxelles. — Mandement de Marguerite
pour faire payer le marbre noir destiné à Brou (Arch. Nord, B 2222,
fol. 138 v., copie officielle vérifiée le 12 juin 1512).
Assignation d’une somme de 80 livres à Jacques Jaquinet dit Jehan Pierre,
marchand à Fagnières (Marne), pour fourniture d’une pièce de marbre noir de
neuf pieds et demi de long et de quatre pieds et demi de large pour les sépultures de
Brou.
Finor, Van Boghem, p. 224 et p. 203 (à la date erronée du 25 juillet 1512. Z»v. arc4.
Nord, t. IV, p. 329 (citation).
CHARVET, n° XXXVIII. Nopgr, n° 58.
80. - [15121, 27 mai, Tours. — Michel Colombe à Marguerite
(Arch. Nord, B 18966, n° 37472, original).
Colombe a remis à Pierrechon [Lucas], valet de chambre de l’archiduchesse, les
« patrons » que Jean de Paris a « coustré ».
Colombe, vieux et malade, désire l’ajournement du départ de son neveu, qui est son
bâton de vieillesse. Il ne pourra livrer avant la Toussaint tout ce qui lui a été
commandé. Il continue à travailler, dans sa maison de Tours, aux dix Vertus du
tombeau de Philibert, ayant fait prix avec Jean de Paris, moyennant 800 écus soleil,
pour toute l’« ymagerie » qu’il remettra « toute polie et bien achevée ».
Colombe désire que Jean de Paris continue à l’assister.
Cocin et BrucHET, Une lettre inédite de Michel Colombe, pages 48 à 51. CocniN, dans
Compte rendu Académie des Inscriptions, 1913, page 655. BrucHET, Marguerite d’ Autriche,
preuve LXII.
81 -[1512, avant 23 juin]. — Marguerite à [Chivilliard ?] (Arch.
Nord, B 19182, n° 44517, minute).
L'archiduchesse, voulant que l’on travaille en toute diligence à l'église de Brou
en se conformant au « patron » qu'elle a envoyé, désirerait que maître Henriet
[Bertrand] de Lyon, prenne la direction des travaux en s'engagcant à venir sur le
chantier une fois par mois ou, à son défaut, qu'il indiquât un bon maître maçon, soit à
Lyon, soit l’un de ceux qui firent récemment l'église de Villefranche-sur-Saône. Le
marché qui pourrait être projeté serait transmis à la douairière, qui ferait examiner si
elle pourrait trouver des conditions encore plus avantageuses. Il faut faire exécuter
une copie du patron et l'envoyer « pour le monstrer aux maîstres de par deça ».
Baucargr, Afarquerite d'Autriche, preuve LXIII.
RÉPERTOIRE DES DOCUMENTS ARCHÉOLOGIQUES RELATIFS A BROU 223
82. - 1512, 23 juin. — Quittance d'Henriet Bertrand, maçon de
Lyon (Arch. Nord, B 2225, n° 76412, ancien dossier 6, original signé).
Henriet prend l'engagement de travailler avec un serviteur à l’église de Brou à
raison d’un florin par jour, sous condition de n'être pas astreint à résidence et de ne
pas prendre les travaux à « pris fait ». Il passe quittance d’une somme de trois écus
d'or pour le double du projet de l’église et une somme de cinq sous donnée au peintre.
Finor, Van Boghem, page 205.
CaanveT, n° XXXIX. Noper. n° 59.
83. - 1512, 25 juin, Bourg. — Chivilliard à Barangier (Tours,
collection de Grandmaison en 1894, copie contemporaine de la main
de Chivilliard).
Chivilliard s’est rendu à Villefranche-sur-Saône et à Lyon pour conférer avec
maître Henriet et avec Pierre « Cantin ». Le premier, «expert sur tous autres en son
art», est occupé à l’église d’Alix (!), et ne consentirait pas à se fixer à Brou. Il y
viendrait d’une façon intermittente, demandant pour chacun de ses déplacements un
écu par jour, outre ses dépenses. Si son séjour se prolongeait, il se contenterait,
pour lui et son serviteur, de douze sous par jour. « Cantin », de son côté, vient de
commencer, Sous la direction d’Henriet, la construction d’une chapelle à St-Paul de
Lyon. Il n’est pas de « tel entendement que ledit maistre Henriet » et ne paraît guère
supérieur aux maçons de Bourg.
« Je vous ay fait fere le doble du portrait a toutes diligences; en verité ledit
maistre Henriet et deux des siens il ont demoré cinq jours. Je vous envoye par ce
porteur expressement, pour ce que je desire qu’on mecte la main a ladite eglise basse...
» Quant vosdits massons d’icy seront advertis de quelle forine vous voulés qu'on
face les pilliers qui porteront les grandz votes et quelle molleure es montans, taborins
et aultres ensuyvans ; aussy se vous voliez qu'on fasse nul tabernacles a l'entor du
grand aulter pour mectre des ymages ou ailleurs, ils suyvront bien la forine du
portrait ». Henriet est d'avis « qu’on pillocte toutes vos fondes, pour plus grand
seureté. Il costera, mais la seurance qui s’ensuivra le poyera ».
Chivilliard désire recevoir la pièce comptable qui lui est nécessaire pour toucher
les 3.000 florins de la prochaine échéance du mois de septembre. Il estime que la
solution la plus pratique serait de trouver dans les Pays-Bas un bon maître maçon
plutôt que de courir après ceux de la région lyonnaise.
Observation : Cette copie précède la lettre originale de même date que le même
Chivilliard écrit à Barangier pour le tenir au courant de ce qu’il écrit à l’archiduchesse
sur Brou.
CH. de GRANDMAISON. dans Réunion Sociétés Beaur-arts, tome XVIII (1894), pages 103
à 105.
Caarver, n° XL. Noper, n° 60.
84. - 1512, juin]. — Pierre Quentin, maçon à Villefranche, à
[Chivilliard] (Arch. Nord, B 19001, n° 38859, original).
Pressenti par le destinataire de cette lettre pour servir l’archiduchesse en
(1) Alix, Rhône, ar! de Villefranche.
224 MARGUERITE D'AUTRICHE
« l'eglise et ediffice » qu'elle fait construire, Quentin est disposé à la « servir
avecques les massons dudict Bourg » à raison de 7 sous 6 deniers tournois par jour
en conduisant l’œuvre « jouxte les patrons qu’avéz veuz ».
Quentin refuse de prendre le travail « a pris fait », ne connaissant pas la valeur
des matériaux que l’archiduchesse veut y mettre, n'étant pas assuré de vivre jusqu'à
l'achèvement des travaux : « Ce seroit le domaige de Madame et de l’euvre laquelle
ne se feroit pas si bien a prouffit ». Signé : Pierre QUENTIN, masson de Villefranche.
85. - [1512], 20 juillet, Blois. — Perréal à Marguerite (Arch. Nord,
B 18856, n° 30430, original).
L’archiduchesse a du recevoir, par l'intermédiaire de Pierrechon, la « sepulture
de pierre, ensemble les ymaiges ». Il espere qu'elles sont arrivées « entières ».
Michel Colombe travaille à l'exécution des dix Vertus travail pour lequel il a été
payé par Jean Lemaire d’après un marché qui n'avait pas été préparé par Perréal.
« J’ai fait l'ordonnance et patrons pour faire lesdites Vertus. Il est apres. Le bon
homme est vieil et fait a loysir et m'est avis que encor sera bien heureux ung
meschant ouvrier d’avoir telz patrons. Je ne scay se seréz contante de ce que les ay
ainssy acoustré, tant blanchy les ymages que dorëéz ct faire visaiges. S’il vous plaisoit
me mander.... que ainssy fisse les Vertus.... ce me sera plaisir. Mais je doubte que
pour le temps vous estes lasse de Jehan de Paris, tant par parolles raportées que
aultrement.. Puisque ainsy est que de moy n'avez plus affaire.., il vous plaise me
commander et mander si je feray les Vertus blanches, comme la reste que vous ay
envoyées... ».
Le GLay, Nouv. analectes, p. 339 à 340. Duray, Observations, 1853, p. 9 et 10. Duray,
Notice, 1879, p 46 à 48. Duray, Église de Brou, 1" édit. 1867, p. 160 à 163; 2° édit.
p. 156. Lemaire, édit. SrecHer, t. IV, p. 387 à 389. BanceL, Perréal, p. 222 à 224.
Finor, Van Boghem, p. 202 (extrait). CHaArveT, Perréal, p. 88 à 89. Router, M. Colombe
(1884), p. 70. MauLpe, J. Perréal, p. 49 (citation).
CHARVET, n° XLI. Viry, p. 492. Noper, n° 61.
86. - 1512, 2 août, Bourg. — Anselme Cara, religieux à Brou, à
[Louis Ocquin], aumônier de Marguerite (Arch. Nord, B 18840,
n° 29076, autographe).
Les moines, toujours aussi mal logés, sont malades de chaleur. Nécessité de
s'installer dans les nouveaux bâtiments l'hiver prochain.
87. -[1512}, 23 août, Chambéry. — Jean de Tournay à Marguerite
(collection non désignée).
Jean de Tournay, ayant appris, à Lyon, par Jean de Paris, que la place de
« solliciteur » des édifices de Brou était vacante depuis le départ de Lemaire, brigue
cette charge.
Préambule très littéraire avec allusions à la vie de Marguerite d'Autriche.
RAHLENBECK, dans Messager sciences historiques Gand, 1852, pages 60 à 63; Bull. Soc.
histoire Tournai, t. III, 1853, pages 166 à 170. Sur la restitution de la date, cf. BRUCHET,
dans Bull. com. flam., 1926, page 231.
RÉPERTOIRE DES DOCUMENTS ARCHÉOLOGIQUES RELATIFS A BROU 225
88. - [1512, août]. — Marguerite à Chivilliard (Arch. Nord,
B 19182, n° 44536, minute).
L'archiduchesse a communiqué le « patron et pourget » de l’église qu’elle entend
faire à Brou à un maître maçon [Louis van Boghem]. Ce dernier se rendra sur place
à la fin du mois d’août pour étudier le terrain des fondations, et pour faciliter son
examen, On devra avant son arrivée faire une tranchée sur une longueur de dix toises.
Il se rendra compte des ressources qu'il trouvera sur les lieux en ouvriers et
maîtres maçons et verra aussi l’albâtre destiné aux sépultures. Il fera ensuite son
rapport avant que l’archiduchesse ne passe marché avec lui.
Chivilliard fera toute diligence pour s’approvisionner de pierres ct autres
matériaux destinés à la construction de l'église qu'il faudra commencer dès le mois
de mars, Marguerite désirant « la perfection d'icelle estre le plus tost qu'il sera
possible ».
Cocxix et Brucuer, pages 50 et 51.
89. - 1512, 9 septembre. — Chivilliard à Marguerite (Arch. Nord,
B 18840, n° 29195, original).
Les matériaux rassemblés sont si nombreux que la place manque pour les loger.
Les religieux ont empêché les tranchées ordonnées par l’archiduchesse pour permettre
l'examen du terrain au maître maçon que l'on attend. Chivilliard a fort à faire pour
essayer de « contenter chescum ». On commence à mettre dans les voûtes [du
couvent] les armoiries de l’archiduchesse.
BrucxeT, Marguerite d'Autriche. Cocuin et Brucuer, page 51, note I (extrait).
90. - [1512], septembre ?]. — Marguerite à [Laurent de Gorrevod ?]
(Arch. Nord, B 19182, n° 44539, minute).
L’archiduchesse désire que les « maistres maçon et ymaigier qui s’en doyvent
aller en Bresse, tant pour le fait de l’eglise de nostre couvent de Brou que pour la
sepulture que y entendons fere » puissent partir en compagnie de Louis Barangier et
soient convoqués devant elle à Malines avec le « pourtraict de ladicte sépulture »
en présence du personnage auquel cette lettre est adressée.
L'attribution de date est douteuse. Peut-être s'agit-il du premier voyage de
Van Boghem à Brou nécessitant l'intervention de Barangier pour introduire le maître
maçon auprès du Conseil de Bresse et des religieux.
91. - 1512, octobre [avant le 10], Malines. — Marguerite aux
religieux de Brou (Arch. Nord, B 18856, n° 30471, minute).
L'archiduchesse annonce la prochaine arrivée de [Louis Van Boghem], « maistre
masson qui est ung bon et experimenté maistre et des meilleurs qui soient par deça »
I] visitera l'édifice de Brou, chargé de faire un « rapport de toutes choses, et s'il
vouldra entreprendre la taille de la pierre qui sera necessaire tant pour l’esglise que
pour les sepultures ». Elle desire qu'il soit reçu « benignement, et qu'on lui donne
toute l'assistance nécessaire. Barangier est complètement renseigné à ce sujet.
Elle exprime le désir que l'on fasse transporter à Brou, pour l’ensevelir, le corps
de frere « Aureille » homme de bonne et saincte vie ».
Observation : La minute est datée de 1512, octobre Malines. Elle est antérieure
15
226 MARGUERITE D'AUTRICHE
au 11 octobre, Margucrite, d’après son itinéraire, ayant quitté cette ville la veille. Une
autre minute, non datée (B 19182, n° 44525), était destinée à aviser Chivilliard,
Vionet et Barangier.
Quelques-unes de ces lettres, dont les destinataires ne sont pas identifiés, sont publiées
dans Duray, Dissertalion, 1847 ; Duray, Église de Brou, 1867, p. 165 ; 2° édition, p. 160.
Cf. Duray, dans Journal agriculture Ain, 1865, p. 90. Znvent. somm. arch. Nord, t. 1V,
p. 331 (mention). Finor, Van Boghem, page 205 (mention).
Cnarver, n° XLIII. Noper, n° 63.
92. - [1512], 17 octobre, Blois. — Perréal à Marguerite (Arch.
Nord, B 18856, n° 30469).
Perréal, après avoir « blanchi » les patrons de la sépulture de Brou exécutés par
Michel Colombe, les a fait parvenir à l'archiduchesse par Pierrechon, son valet de
chambre. Il aurait désiré savoir si elle était satisfaite et connaître son avis pour savoir
s’il fallait commencer l’église et « bien achever l’œuvre ».
Il ne peut s'empêcher d'écrire à la douairière « car amour ancienne me constraint,
et ce sçavéz. Mais a present, je cognoy que vous querëéz a me rebuter.…. Bien
congnoys que de vous ce ne vient, mais, comme j'ay piessa mandé à Monseigneur
maistre Loys Barangier, il ne me chault des parleurs inventeurs de menteries, tant
pour Jehan Le Maire dont vous pensez par raport que soie cause, car luy meismes
m'a menassé a batre ou tuer depuis Pasques enssa, pour ce que je luy ay remonstré
sa nativité, sa nourriture, et la bonté de la dame qui bien le traitoit, qui est vous,
Madame, qui l'avez levé et geté hors de la poullerie et pauvreté, tellement que
chascun le congnoist tel qu’il est et s’en est, alé demourer en Bretaigne pour ce que
chascun le note. Et avant qu'il soit guicre, en orrez chanter mauvaise chansson, ct
plus n’en dis d’aultre mot. Je croy que n’avez plus en moi nul vouloir a l’occasion
d’aulcuns raporteurs, comme l'on m'a dit d'un quidem qui vous a raporté tant et tant
de menteries que tout n'en vault rien ».
Perréal espère que l’archiduchesse n’ajoutera pas foi aux mensonges, sachant qu'il
a toujours travaillé « non pour les biens mais pour amour et honneur ». Il la supplie
de lui faire savoir s’il doit désormais s'abstenir de lui écrire. « Et me fera mal a
jamais avoir perdu l’amour de telle dame que toute ma vye j'ay aymée et que
j'aymeray ». Signé : JEHAN de PARIS, p. d. m. d.
Le GLay, Nouveaux analectes (dans Mém. Société sciences Lille, année 1850), pages 341
et 342. Duray, Observations sur la correspondance de Jean Perréal (Bourg, 1853, ext. Journal
agricult. Ain), pages 10 et 11. Duray, Eglise de Brou, 1re édition (1867), p. 163 ; 2° édition,
page 159. Durav, Essai sur Perréal (1864), p. 77. Duray, Église de Brou et ses tombeaur
(1867), p. 163. Duray, Notice sur l'église de Brou (1879), pages 49 à 51. CHARvVET, Perréal.
p. 89 et 90. BaxceL, Perréal, p. 224 à 226. FixorT, Van Boghem, p. 203 et 204. LEuaIRE,
Œuvres, édit. Srecner, tome IV, pages 389 à 391. Becker, Lemaire, page 205 (mention),
Spaa&, Lemaire (1926), page 100 (citation).
CrARvET, n° XLII. Virry, p. 492. NoDer, n° 62.
93. - 1512 [octobre]. — Barangier à Marguerite (sans référence).
On attend à Brou l’arrivée du « maistre masson ». Barangier fait l'éloge de la
comptabilité des travaux tenue par Chivilliard. Les dépenses faites depuis le début
s'élèvent à 50.000 florins de Savoie.
Duray, Dissertation, 1847, documents sur Brou, pièce VII. Noper, dans Annales Societé
émulation Ain, t. XLIIT, 1910, p. 128 (extrait).
RÉPERTOIRE DES DOCUMENTS ARCHÉOLOGIQUES RELATIFS A BROU 227
94. - [1512], 4 novembre, Bourg. — Chivilliard à Marguerite
(Arch. Nord, B 18963, n° 37407, ancien G Brou).
Louis [Van Boghem] portera la présente lettre à l’archiduchesse, et lui fera un
rapport, ayant visité le couvent et l'emplacement destiné à l'église. Chivilliard,
renouvellera la provision de pierre destinée aux fondations de l'église, aux taber-
nacles, aux écussons, aux armes de Marguerite, ainsi qu'il en a été prié par
Van Boghem qu’il a logé en sa maison et qu'il a nourri sans oublier le vin « et du
meilleur affin, quant il sera icy de retour, qu’il est causse de plus demeurer pour
adresser vos afferes ».
Chivilliard a averti le Conseil de Bresse, cn présence de Barangier et de
Van Boghem, de la nécessité d’avoir un aide pour noter chaque jour l'arrivée des
matériaux et chaque samedi les dépenses et les salaires.
Finor, Van Boghem, page 208 (extrait).
CHanver, n° XLV. Noper, n° 64.
95. - 1512, novembre [avant le 15], Dôle. — Barangier à
Marguerite (Arch. Nord, B 2225, n° 76413, original avec cachet).
Louis [van Boghem] a trouvé « tres beau et bien ordonné » l'édifice de Brou.
Il a examiné l'emplacement destiné à l’église, estimant qu'il n’y aurait pas lieu de la
construire sur pilotis. Il la reculera de 15 ou 20 pieds loin du couvent, pour ne pas
cacher la vue du dortoir et pouvoir faire plus belles les chapelles et la sacristie.
Un oratoire pour l’archiduchesse pourrait être fait au-dessus de la sacristie.
Les chapelles seraient placées à l'opposé de l'édifice déjà construit. Le maître
maçon entend faire une chapelle « qui sera ung chief d’euvre et pourréz descendre
par dessubz le jubilé... en vostre chapelle, de laquelle pourréz veoir par dessubz
vostre sepulture au grand haulté.., ».
Barangier conseille de renoncer à faire un « nouveau maisonnement » pour
l’archiduchesse du côté de sa chapelle. Il est plus urgent de commencer l'église
attendu que les moines sont maintenant bien logés. Ce travail pourrait durer
cinq ans. Le maître maçon a essayé avec succès le marbre amené à Brou et désire
en avoir 30 à 40 blocs pour commencer les sépultures et la chapelle de
l'archiduchesse.
Nécessité d'avoir un contrôleur de la comptabilité des travaux, les ouvriers
ne travaillant plus à forfait (tâche) mais à la journée.
Duray, Dissertation, 1847, documents sur Brou, pièce VIII. Duray, Æglise de Brou,
1867, p. 166 à 171; 2° édit. 1879, p. 161. Duray, Æssai sur Perréal, 1864, p. 92 à 94.
BanceL, Perréal, p. 226 à 228. CHarver, Perréal, p. 91. Finor, Van Boghem, p. 207. Inc.
somm. Arch. Nord, t. IV, p. 331 (mention).
CHARveT, n° XLIV. Viry, Colombe, p. 492. Noper, n° 65.
96. - (1512, 30 novembre]. — Marguerite à [Chivilliard]. (Arch.
Nord, B 19182, n° 44524, minute).
L’archiduchesse a commandé au maître maçon [Van Boghem] un beau «patron»
de l'église, pour pouvoir faire commencer les travaux au prochain carême.
L'adoption du travail à la journée nécessite le concours d’un contrôleur. Le greffier
Le Guat a été chargé de cette mission et secondera Chivilliard.
Sur le même sujet, voir une autre minute de l’archiduchesse, non datée et sans
228 MARGUERITE D'AUTRICHE
indication de destinataire (Arch. Nord, B 19182, n° 44523). Sur la nomination de
[Le Guat] comme contrôleur, voir une lettre de Marguerite à Barangier du
30 novembre [1512] (Arch. Nord, B 18838, n° 28513 et B 18837, n° 28309).
Duray, Dissertation, 1847, pièce IX.
97. - 1512, 24 décembre, Malines. — Mandement de Marguerite
concernant la démolition de la chapelle Tarlet à Brou (Arch. Nord,
B 2222, fol. 131, copie officielle vérifiée le 26 décembre 1512).
Une indemnité de 200 florins de Savoie est allouée à Philibert Tarlet, seigneur
d’Aiguerande et à Claude Tarlet, seigneur de Marmont, pour le transfert à N.-D. de
Bourg de la chapelle et du « charnier » qu'ils avaient dans l’ancien couvent
[St-Pierre] de Brou, dont l'emplacement était nécessaire aux nouvelles constructions.
Voir aussi un mandement de décembre 1511 (Arch. Nord, B 18837, n° 28377 et
B 19100, n° 42576, ainsi qu'une lettre du Conseil de Bresse du 30 septembre [1511]
(Ibidem, B 19175, n° 44304).
Ino. somm. Arch. Nord, tome IV, page 329 (analyse).
Noper, n° 65 his (avec référence inexacte).
98. - [1513], 14 mars, Brou. — Anselme (Cara), prieur de Brou,
à Marguerite (Arch. Nord, B 19102, n° 44561], original).
Le prieur félicite l’archiduchesse de la décision qu'elle a prise d'envoyer bientôt
un maître ouvrier [Van Boghem] pour commencer les travaux de l'église.
Cf. Lettre des religieux à Marguerite du 2 mai [1513] (Arch. Nord B 19182,
n° 44499).
99. - 1513, 2 mai, Bourg. — Barangier à Marguerite (Arch. Nord,
B 18858, n° 30626, original).
Eloge de Chivilliard. « Il vous sert tres bien et Ilealment et vouldroye que eussiés
veu vostre beal couvent et grant apprest qu'il a fait pour vostre eglise et ce vous
seroit grande consolation ».
Duray, Dissertation, 1847, documents sur Brou, pièce XI.
100. - [1513, avant juin]. — Conventions passées devant l’éche-
vinage de Bruxelles entre Marguerite et Louis Van Boghem au sujet
de la construction de l’église de Brou (acte perdu, mentionné dans un
mandement du 3 juin 1513, Arch. Nord, B 2230, fol. 5).
101. - 1513, 1° juin, Bruxelles. — Mandement de Marguerite
fixant à 900 francs les gages annuels de Louis Van Boghem (Arch. Nord,
B 19182, n° 44560%, copie contemporaine authentique suivie du visa
du Conseil des finances du 4 juin suivant; copie contemporaine à la
date du 3 juin 1513 aux Arch. Nord, B 2230, fol. 5).
L’archiduchesse a passé « naguaires » devant la « loy » de Bruxelles un «traicté »
avec « maistre Loys van Beughem, maçon, pour soy transpourter en nostre couvent
RÉPERTOIRE DES DOCUMENTS ARCHÉOLOGIQUES RELATIFS A BROU 229
de Broux lez nostre ville de Bourg en Bresse et pour conduire et ordonner les
ouvraiges de l'eglise que y desirons et voulons fayre construire et cdiffier, selon les
pourtraictz que luy en avons baillé, sans delaisser ne habandonner lesdicts ouvraiges
jusques ladicte eglise soit entierement parfaicte de massonnerie ».
Van Boghem recevra par an 500 francs de 20 sous le franc, l’écu d'or au soleil
ayant cours pour 38 sous et ses gages commenceront à courir du 5 septembre
prochain et seront payés par Louis Vionet, trésorier du douaire de Marguerite,
auquel il devra produire la copie de son marché.
Ino. somm. Arch. Nord, t. IV, page 335. Finot, Van Boghem, p. 227. JarriN, Brou
dans Annales émulation Ain, 1887, p. 391. FERRET, i0idem, 1911, p. 156 (citation).
Tous ont publié le document à la date inexacte du 3 juin.
102. - 1513, 3 juin, Bruxelles. — Mandement de Marguerite
concernant la pension de Louis Van Boghem (Arch. Nord, B 2230,
fol. 4, copie officielle contemporaine).
Paiement par anticipation d’une somme de 125 francs, trimestre de la pension
qui court à partir du 5 juin 1513.
Inv. somm. Arch. Nord, t. IV, page 333 (citation). JARRIN, Brou, dans Annales Société
émulation Ain, 1887, p. 389. Fixor, Van Boghem, p. 226 et 227.
CHanver, n° XLVII.
103. - 1513, 3 juin. — Mandement de Marguerite concernant
l'achat d’un cheval pour Van Boghem (Arch. Nord, B 2230, fol. 3
verso, copie officielle contemporaine).
Allocation de 20 livres de 40 gros assignée à Louis van Boghem, « maistre
masson de notre couvent de Brouz » pour l’achat d’un cheval « pour aller audit lieu
de Brouz faire construyre et ediffier l’eglise que y voulons et entendons faire faire ».
Ino. somm. Arch. Nord, t. IV, page 333 (citation). Fixor, Van Boghem, pages 225 et
226. JaRRIN, Brou, dans Annales Société émulation Ain, 1887, p. 388.
CaarverT, n° XLVI.
104. - 1513, 3 juin. — Promesse faite par Marguerite au sujet
de la rançon de Van Boghem (Arch. Nord, B 19182, n° 44560", minute
signée ; n° 44560", fol. 2 verso, copie contemporaine ; ancien
G. Brou) (!).
L'archiduchesse s'engage à payer la rançon de « Loys van Beughem », maïtre
maçon de Brou, qu'elle envoie pour construire l'église, ce dernier redoutant « que,
pour raison de guerres, esmocions et divisions regnans presentement entre les
princes et leurs pays et subgectz, l’on ne luy face quelque moleste sur le chemin,
veu que pour aller audict lieu de Brouz, luy convient passer par divers pays... ».
FinorT, Van Boghem, page 228.
CHARvET, n° XLVIII.
(1) L'ancien G. Brou avait été constitué facticement en 1886 avec des éléments tirés de la
Chambre des comptes de Lille pour former un article concernant les augustins de Brou, placé
par mégarde dans la série du clergé séculier. Ces documents ont été réintégrés en 1914 dans le
fonds primitif (Chambre des comptes de Lille, papiers de la Chancellerie de Marguerite
B 19181 sq. et B 20047).
230 MARGUERITE D'AUTRICHE
105. - [1513, juin ?], — Marguerite à Chivilliard (Arch. Nord,
B 19182, n° 44549, minute).
Marguerite envoie à Chivilliard les « patrons » de l’église pour qu’on puisse
s'assurer si l'exécution des travaux, qui est imminente, sera conforme à ces
documents. L'archiduchesse se réjouit des bonnes réponses faites par l'abbé de
St-Claude, par monseigneur de Nantua et par le prieur de la Grande Chartreuse
au sujet des bois qui leur avaient été demandés (cf. Arch. Nord, n°° 44530 à 44532).
106. - [1513], 15 juillet, Brou. — Anselme Cara, prieur de Brou,
à Marguerite (Arch. Nord, B 19184, n° 44565, original).
Le prieur est heureux de l’arrivée de Louis [van Boghem] pour la direction des
travaux. L'office divin se célèbre dans la sacristie neuve depuis le 24 juin.
« L’eglise vielle et la maison ancienne sont abbatus et a l'on esgallé la place
de l'eglise tellement que l'on est apres à foer la terre pour commencer à fonder
selon les mesures et cordeaulx mis et apposéz par ledit maistre Loys ».
107. - 1513}, 19 juillet, Bourg. — Louis van Boghem à Marguerite
(Arch. Nord, B 19007, n° 39085, original).
On a terminé la démolition des bâtiments dont l'emplacement doit servir à ériger
la nouvelle église. On a déjà tiré les « cordeaulx de la plate forme ». On
commencera demain à creuser les fondations. L'évêque de Maurienne [Louis de
Gorrevod] assistera à la cérémonie de la pose de la première pierre. Van Boghem
fera le « pourtrait » de toute l’église ainsi que les « montans » et les portera à
l'archiduchesse. Signé : LowycH van BoGHEM (avec paraphe centre les syllabes
du prénom).
.Cocxin et BRUCHET, page 50, note 1.
108. - 1513, 25 octobre, Brou. — Anselme Cara, prieur de Brou,
à Marguerite (Arch. Nord, B 18860, n° 30960, autographe).
Eloge du maître maçon Louis [van Boghem] « Piacesse a Dio fusse venuto piu
presto per bene di tuta la fabrica del convento vestro... ».
109. - 1514, 9 février, style de Rome, Bruxelles. — Mandement
de Marguerite concernant les subventions allouées pour les travaux
de Brou (Arch. Nord, B 2230, fol. 39, copie officielle contemporaine,
acte vérifié le 16 février 1514). |
Etienne Chivilliard, maître des œuvres de Brou, recevra une assignation de
10.000 florins de Savoie, petit poids, moitié sur l’amodiation du Pays de Vaud,
moitié sur le comté de Villars, sauf à en rendre compte à la Chambre des comptes
de Bresse après avis du contrôleur Leguat et du maître maçon [van Boghem|, la dite
allocation remplaçant celle de 8.000 florins précédemment assignée.
JARRIN, Brou, dans Annales Société émulation, Ain, 1887, p. 392.
RÉPERTOIRE DES DOCUMENTS ARCHÉOLOGIQUES RELATIFS A BROU 231
110. - 1514 [après mars]. — Louis Vionet, trésorier de Bresse,
à Marguerite (sans référence).
Vionet réclame le remboursement des sommes qu’il a payées pour les travaux
de Brou, salaires d'ouvriers et matériaux depuis le mois d'août 1513 jusqu'au mois
de mars suivant, depuis la maladie et mort de Chivilliard, maître des œuvres,
jusqu’à l'installation de Guillermin [de Maxin].
Duray, Dissertation, 1847, documents sur Brou, pièce XIV. |
111. - [1514], 10 mai, Brou. — Anselme [Cara], prieur de Brou,
à Marguerite (Arch. Nord, B 19184, n° 44562, original).
Le prieur insiste pour que Van Boghem puisse, par une résidence continuelle,
assurer la prompte exécution des travaux.
Finor, Van Boghem, page 212 (extrait attribué à l’année 1515).
112. - 1514, 23 mai, Bourg. — {Chivilliard] à Marguerite (Arch.
Nord, B 18963, n° 37392, original).
Suivant le désir exprimé par l'archiduchesse, Chivilliard lui envoie le compte
des travaux de Brou, vérifié par la Chambre des comptes de Bourg avec le double
des pièces de dépenses. Il reste dû à Chivilliard 1117 florins, ce dernier ayant été
obligé, en engageant ses propres biens, de faire des approvisionnements de
matériaux l'hiver précédent. « Si vous trouvés que j'aye prouffité sur vous ne sus
aultre personne quelques deniers que j'aye livré d'ung seul liard, je vous remectz
ma personne et mes biens a vostre voulenté,. . .».
113. - (1514, avant octobre]. — Règlement concernant le contrôle
des travaux de Brou (Arch. Nord, B 2236, n° 77251, minute).
Chivilliard sera constamment sur le chantier, soit pour recevoir les matériaux,
soit pour payer les ouvriers et sera le scul à manier les fonds. Le maître maçon
« Crestin » s'occupera des travaux sous la direction de Van Boghem, mais n'aura pas
qualité pour payer. Eviter les fraudes de paiements dans le travail à la journée.
Le contrôleur Pierre Le Guat assistera aux marchés des matériaux ainsi qu'à la paie
des ouvriers.
Ino. somm. Arch. Nord, t. IV, page 338 (mention). Finor, Van Boghem, pages 210 à
211 (extrait). BRUCHET, Marguerite d’ Autriche.
CHarver, n° XLIX.
114. - 1514, 20 octobre, Brou. — Anselme Cara à Marguerite
(Arch. Nord, B 19184, n° 44568, original).
Activité des travaux de Brou sous l'impulsion de Louis [van Boghem}, « homme
fort vertueulx et merveilleusement expert en son art ».
Finor, Van Boghem, page 211.
115. - 1515, 30 janvier, style de Rome, Bruxelles. — Commission
de « maistre des ouvraiges » de Brou, délivrée par Marguerite à
232 MARGUERITE D'AUTRICHE
Guillemin de Maxin, son huissier de chambre, en remplacement de
feu Etienne Chivilliard (Arch. Nord, B 19031, n° 40156, minute ;
copie contemporaine non datée, B 19182, n° 44560).
Guillemin, dont les émoluments annuels étaient fixés à 300 florins de Savoie
petit poids, devait « solliciter lesdits ouvraiges », recruter et payer les ouvriers,
acheter les matériaux, le tout après avis du « maistre masson » et celui du
« contrerolleur ». Il devait aussi recevoir les subventions assignées par l'archiduchesse,
prêter serment, fournir caution, et rendre son compte devant la Chambre des comptes
de Bourg.
Cocuin et BRUCHET, page 51, note (extrait).
116. - 1515, 1° février, style de Rome, Bruxelles. — Mandement
de Marguerite portant à 550 francs les gages annuels de Van Boghem
(Arch. Nord, B 19182, n° 44560, fol. 1 verso, copie contemporaine
authentique ; B 2230, fol. 96, copie incomplète avec attestation de
vérification du 2 février).
Le « traicté » que l'archiduchesse avait passé avec Van RBoghem pour la
construction de l’église de Brou, selon les « pourtraictz » qu'elle en avait fait faire,
portait que le maitre maçon résiderait à Brou mais à condition de pouvoir faire dans
les Pays-Bas deux voyages annuels « pour entendre a ses affaires particuliers », l’un
en été, l’autre en hiver.
Marguerite, ayant appris que, « quant ledict maistre Loys vient par deça a
sesdictes affaires, lesdicts ouvraiges dudict couvent de Brouz cn sont fort retardéz et
ne sont si bien dresséz ne conduictz que en sa presence », alloue au maître maçon un
supplément de gages de 50 francs à condition de renoncer à son voyage d'été et à ne
plus en faire qu'un, en hiver, après la Toussaint, mais cette somme ne sera payée
que sur une attestation du contrôleur des travaux faisant connaitre « comme ledict
maistre Loys aura residé audict lieu de Brouz et servy ».
Invo. somm. Arch. Nord, t. IV. Fixor, Van Boghem, p. 229 (d'après une copie incomplète).
CHARVET, n° LV.
117. - [1515 juillet]. — Marguerite à Guillemin [de Maxin] (Arch.
Nord, B 19174, n° 44255 verso).
L'archiduchesse a donné l'ordre à Diégo Florès de délivrer le reste des
4.000 florins nécessaires à l'avancement des travaux de Brou.
À la suite se trouve une autre minute de lettre à expédier à Louis [ Van Bogheml]
lui donnant le même avis et l’avertissant qu'il aura à toiser les travaux faits du temps
de Chivilliard.
Sur la mort récente de Chivilliard, voir la lettre de la Chambre des comptes de
Bourg du 8 octobre [1514] (Arch. Nord, B 19182, n° 44337 ; cf. bad. n° 44535).
118. - [1515], 7 octobre, Lausanne. — [Aimon de Montfaucon],
évêque de Lausanne, à Marguerite (Arch. Nord, B 18997, n° 38660,
original).
Il a fait envoyer volontiers la « pierre de mabre » nécessaire pour l'édifice de
Brou, sur la demande de l’archiduchesse.
RÉPERTOIRE DES DOCUMENTS ARCHÉOLOGIQUES RELATIFS A BROU 233
119. - [1515], 19 octobre, Bourg. — Le Conseil de Bresse à
Marguerite (Arch. Nord, B 19175, n° 44311, original).
Louis [Van Boghem] se rend auprès de l’archiduchesse. Grand progrès des
travaux.
Finor, Van Boghem, page 212 (extrait avec attribution à 1513).
120. - [1515], 21 octobre, Bourg. — Le Conseil de Bresse à
Marguerite (Arch. Nord, B 19175, n° 44271, original avec cachet).
Louis de Gorrevod a fait son entrée dans sa ville épiscopale de Bourg le
30 août (‘) et tenu le synode le 19 septembre.
L'évêque de Lausanne consent à envoyer le marbre noir dont il avait fait
provision pour l'un de ses édifices.
Louis {Van Boghem] se rend auprès de l’archiduchesse après avoir poussé les
travaux de Brou très activement. Le Conseil estime que le quart de l'église est
exécuté.
Brucner, Marguerite d'Autriche, preuve LXX.
121. - 1515, 24 octobre, Brou. — Raimond Cartier de Cesana (°)
à Marguerite (Arch. Nord, B 19184, n° 44582, original).
Activité du chantier de Brou. Les maçons « taillent forse pierre, font murailles,
pilliers, portes, fenestres de vostre eglise ».
FinorT, Van Boghem. page 212 (extrait attribué à l’année 1513 avec la lecture Raynaud
Cartier de Césarée). Cocxin et BRUCHET, pages 52 et 53 (à la date 1512)?
122. - [1515 ?], 24 octobre, Bourg. — Le Conseil de Bresse à
Marguerite d'Autriche (Arch. Nord, B 19175, n° 44315, original).
Louis Van Boghem part dans les Pays-Bas et avertira l’archiduchesse de la
bonne marche des travaux.
Les piliers, les murs et les « fenestrages » jusqu’au chœur atteignent déjà une
hauteur de 22 pieds. Les « fenestrages » du chœur s'élèvent à celle de 28 pieds. La
chapelle de l’archiduchesse est presque entièrement taillée ainsi qu'une grande
partie de |” « ymagerie ».
On a extrait 28 pierres de marbre noir et on les a déjà amenées à Genève.
BrucneT, Marguerite d'Autriche, preuve LXXI.
123. - [1516}, 5 juin, Brou. — Raimond Cartier de Cesana à
Marguerite (Arch. Nord, B 19184, n° 44572, original).
« Monseigneur de Bourg » [Louis de Gorrevod, évêque de Bourg] « souvent nous
(1) Bourg avait été érigé en évêché le 1° juin 1515. Le nouveau diocèse, supprimé le
22 septembre 1516, fut rétabli le 25 novembre 1521 et définitivement supprimé le 4 janvier 1535.
Louis de Gorrevod, frère du gouverneur de Bresse, premier et unique évêque de Bourg était en
même temps, depuis 1499, évêque de Saint-Jean-de-Maurienne. Promu cardinal en 1530, il
mourut en 1535.
(2) Raimond Cartier avait été réélu prieur de Brou vers 1515.
234 MARGUERITE D'AUTRICHE
visite et presque chascun jour, seoir et matin, assistant au divin service. Touchant
l'edifice de vostre eglise, tousjours monte hault et s’aprouche du ciel et le faict
merveilleusement bon veoir ».
124. - 1516, 7 juillet, Bruxelles. — Mandement de Marguerite
allouant à Jean de Bruxelles, peintre résidant en cette ville, une
somme de 950 philippus, pour solde de ce qui lui était dû pour les
« patrons » des sépultures de Brou (Arch. Nord, B 2266, n° 79063,
minute).
Jean de Bruxelles a livré à l’archiduchesse les « patrons » qui lui avaient été
commandés pour la somme de 150 philippus, du temps où Diégo Florès exerçait la
charge de trésorier général. Ce dernier ne lui avait payé que 20 florins d'or et
20 philippus. Marguerite ordonne de faire payer par Jean de Marnix, son nouveau
trésorier, une somme de 50 philippus de 50 gros de Flandre pour solde des patrons
livrés entre les mains de l'archiduchesse, laquelle les a envoyés à Brou, à savoir :
1° « ung patron de sepulture de feu mons. de Savoye.…. fait de blanc et noir sur
toille ou petit pied ».
2° a ung autre patron aussi grant que le vif, assavoir de quinze piedz hault et
quinze piedz large, aussi de blanc et noir sur toille ».
3 « une sepulture moderne de mondit seigneur de Savoye ou petit pied sur
perchemin.… »,
4° « une sepulture moderne pour nous montant quarante piedz hault ct vingt piedz
de large faicte ou petit pied sur perchemin ».
5° « une aultre sepulture pour Madame Merguerite de Borbon... aussi de quarante
piedz hault et vingt piedz large ou petit pied sur perchemin ».
6° « ung visaige de feu mondit seigneur de Savoye sur ung tableau à l'uille
aussi grand que le vif, et pluiseurs autres petis patrons ».
Observalion. La minute de ce document est constituée par un ancien mandement
sur parchemin, lacéré, incomplet du début, couvert de ratures et d’additions de la
main de Marnix et qui portait la date du 1* juillet. La mention relative à Diégo
Florès ne permet pas de savoir à quelle date ont commencé les travaux de ces
patrons, puisque ce personnage était encore en fonctions le 17 octobre 1515 (Arcb.
Nord, B 2230, fol. 115) c’est-à-dire peu avant la date de notre texte. Jean
de Bruxelles est appelé dans d'autres pièces Jean de Roome ou Jean Van Roome.
DE Quinxsonas, Matériaux pour servir à Phistoire de Marguerile d'Autriche, tome 11
(Paris 1860), page 377 (à la date du 1° juillet). Znvent. somm. Arch. Nord, tome IV,
page 349 (extrait, même date). PincHarr, dans Bull. Commission royale,art et archéologie
(Bruxelles 1865), tome IV, page 337. Houpoy, dans Gazette des Beaux-Arts, tome V
(année 1872), pages 515 et 516 (identifie à tort Jean de Bruxelles avec Jean Vermay).
MicHieLs (Alf.), L'art flamand dans P Est et le Midi de la France (1877), page 224 (identifie
le personnage avec Jean de Roome). JARRIN, dans Annales Soc. émulat. Ain, t. VI, 1873,
page 280. DE MÉLy, dans Arts anciens de la Flandre, tome VI (1912-1913), page 4. Finor,
Van Boghem, page 213 (extrait).
CHanveT, n° LVI. Nover, n° 66 et 67 (l’auteur ne s’est pas aperçu qu’il n’y avait qu'un
texte dont la date avait été raturée).
Sur Jean de Roome : WaurTers (A. J.), Jean van Roome dit Jean de Bruxelles, Bruxelles,
1904 (ext. Za Gazette, 21 sept. 1904); cf du même notice dans Biographie nationale de
Belgique, 1. XX, 1908-1910, col. 23 à 35, avec bibliographie. Taréry (A.). Les inscriptions
el signatures des tapisseries du peintre bruxellois, Jean de Bruxelles, appelé aussi Jean de Rome,
peintre de Marguerite de Savoie. Louvain, 1907, 2 vol. in 4° avec 29 planches. (cf. Congrès
archéologique de Gand, 1907). NoneT, T'ombeaux de Brou, pages 12, 24 à 27.
RÉPERTOIRE DES DOCUMENTS ARCHÉOLOGIQUES RELATIFS A BROU 235
125. - [1516], 13 août, Noyon. — [Artus Goufier (‘), seigneur de]
Boisy à Marguerite (Arch. Nord, B 940, n° 23999, original).
Boisy, dans cette lettre de recommandation, fait allusion à la devise de
Marguerite : « Et vous plairra, Madame, avoir souvenance que celuy qui feut cause
de faire fere le petit livre, là ou il y avoit pourquoy s’est que Fortune infortune fort
une vous feroit de tres bon cueur service ».
Anal ysé ainsi dans Znvo. somm. Arch. Nord (Lille, 1906), t. I, 2° partie, p. 93, col. 2:
«Noyon, le 12 août, sans date d'année, vers 1505: Requête adressée à l’archiduchesse
Marguerite par le sieur d’Oisy (?) pour un objet indéterminé ».
Publié dans BRUCHET, À propos de lettres mal datées de la Chancellerie de Marguerite
d'Autriche (Mélanges Pirenne, Bruxelles, 1926), page 57, avec une discussion sur la
restitution chronologique.
126. - 1516, 9 octobre, Bourg. — (Conventions concernant
l'extraction de la pierre de la carrière de Ramasse (Arch. Ain, H 614,
original).
Pierre Gringoz et Barthélemy Julliard s'engagent à fournir à Guillemin de Maxin.
« maistre des euvres », du 15 mars au 1° novembre 1517, un millier de quartiers de
pierre de Ramasse (?) à raison de 14 florins par centaine de quartiers. L’extraction
de la carrière sera réservée aux travaux de Brou.
Baux, Recherches (1844), p. 63 à 65. Baux, Hist. de Brou (1854), page 382.
CHaRrveT, n° LVII.
127. - 1516, 25 octobre, Bourg. — Guillemin de Maxin à Marguerite
(Arch. Nord, B 2266, n° 79060, original).
Maxin demande un auxiliaire pour aller chercher au dehors les matériaux
nécessaires à Brou et désire que l’archiduchesse examine le double du compte
des travaux qui lui sera porté par Louis [Van Boghem]. Ce compte a été dressé sur
l'ordonnance de ce dernier et après avis du contrôleur des travaux.
Van Boghem se rend dans les Pays-Bas après avoir poussé les constructions
avec une telle activité que c’est « une chouse merveillieuse ».
Duray, Dissertation (1847), documents sur Brou, pièce XVI, Jno. somm. Arch. Nord,
t. IV, p. 349 (mention). Finor, Van Boghem, p. 213. JarriN, Brou, dans Annales Société
émulation Ain, 1887, p. 393.
128. - 1517, 5 mars, style de Rome, Bruxelles. — Mandement
de Marguerite à Guillemin de « Maxin », maître des œuvres de Brou
(Arch. Nord, B 19181, n° 44463, minute).
L’archiduchesse autorise Maxin à acheter 200 pieds de chêne pour les combles
(1) Artus Goufer, seigneur de Boisy (né vers 1475 + 1520), avait connu l'archiduchesse en
Touraine quand il était enfant d'honneur de Charles VIII. H devint gouverneur de François Ier
en 1503, lequel le nomma grand-maitre de son hôtel quand il fut roi de France. 1] négocia le
traité de Noyon en 1516. C'était un lettré. Ce serait lui qui aurait donné à François 1* la
devise de la Salamandre. Vazer de Virvize dans Hærer. Nouvelle birgraphie générale,
tome VI (Paris 1854), col. 473.
(2) Ain, art Bourg, ce Cevyzériat.
236 | MARGUERITE D'AUTRICHE
du chœur de l’église et pour ceux de la chapelle de Marguerite, ainsi que pour
l « allée » du dortoir, travaux à exécuter dans la présente année. Une somme de
200 écus d'or sera allouée pour ces dépenses, indépendamment des 12.000 florins
de Savoie affectés à l'œuvre de Brou.
129. - 1517, 10 mars, style de Rome, Bruxelles. — Mandement
de Marguerite concernant Louis van Boghem (Arch. Nord, B 19181,
n° 44464, minute, B 19182, n° 44560, copie contemporaine authentique).
L'archiduchesse promet à « maistre Loys van Beughen, de ceste ville de
Bruxelles, principal maistre et conducteur de l’ediffice et couvent que faisons fere
a Brouz-lez-Bourg-en-Bresse », une gratification de mille livres de quarante gros,
monnaie de Flandre, quand les travaux seront terminés.
Finor, Van Boghem, page 229 ; cf. p. 214.
CHARVET, n° LX.
130. - 1517, 1° août, Bourg. — Le Conseil de Bresse et la Chambre
des Comptes de Bourg à Marguerite (Arch. Nord, B 19176, n° 44323,
original).
Guisbert, « ymageur de Brou », blessé dans une querelle, a été convaincu
d’avoir été « promoteur des paroles et de faict ».
Duray, Dissertation, 1847, documents sur Brou, pièce XVII.
131. - 1518, 20 février, style de Rome, Malines. — Mandement
de Marguerite portant allocation à Guillemin de Maxin, maître des
œuvres de Brou (Arch. Nord, B 2279, n° 79661, minute).
Somme de 700 florins de Savoie petit poids pour acheter le bois nécessaire
à l'édifice du couvent.
132. - 1518, 11 mars, style de Rome, Malines. — Mandement
de Marguerite allouant une gratüfication à Louis Van Boghem (Arch.
Nord, B 2278, fol. 12, copie officielle contemporaine; cf. B 2279,
n° 79662).
Somme de 12 livres de 40 gros assignée au maître maçon de Brou, pour se faire
un pourpoint de velours noir.
Invo. somm. Arch. Nord, t. IV, page 355 (mention).
133. - 1518, 10 juin, Anvers. — Mandement de Marguerite allouant
diverses gratifications (Arch. Nord, B 2278, fol. 32, copie officielle
contemporaine ; B 19181, n° 44466, minute).
Louis van Boghem, maître maçon de Brou, 120 florins ; Guillemin de Maxin,
maître des œuvres, 80 florins ; Claude Combet, docteur en droit, 200 florins.
Ino. somm. arch. Nord, t. IV, page 355 (mention). JARRIN, Brou, dans Annales Société
émulation Ain, 1887, p. 394 à 396.
RÉPERTOIRE DES DOCUMENTS ARCHÉOLOGIQUES RELATIFS À BROU 237
134. - 1518, 5 novembre, Bruxelles. — Mandement de Marguerite
allouant au couvent de Brou un don de 400 florins (Arch. Nord,
B 19181, n° 44472, copie contemp. ; cf. n° 44468 et B 2278, fol. 62 v.).
Travaux pour le puits du second cloître. Grille de la fenêtre du vestiaire.
Charroi de terre sur les « celles » du dortoir des religieux. Enlèvement de la terre
du cloître.
135. - 1518, 6 novembre. — Mémoire adressé par le Conseil de
Bresse à [Jean de Marnix|, seigneur de Toulouse (Arch. Nord, B 19177,
n° 44386, original rongé).
Marnix est chargé d’avertir l’archiduchesse de diverses questions administratives.
On lui envoie les « pourtraictz » de ce qui est déjà fait de l’église de Brou, ainsi que
les autres « pourtraictz » des bâtiments conventuels déjà « perfaictz » pour les
montrer à Marguerite et en faire ce qui lui plaira. Le peintre demande pour son
travail au moins six écus.
136. - 1519, 14 juillet. — Mandement de Marguerite relatif à Louis
Van Boghem (Arch. Nord, B 2278, fol. 102, minute).
L’archiduchesse alloue à Van Boghem, 350 livres de 40 gros, pour la pierre
blanche destinée au chœur de N.-D. des Sept-Douleurs, que Marguerite fait édifier
près de Bruges (‘). Anne Deckeleye, femme de Van Boghem, pourra passer quittance
en l’absence de son mari, retenu à Brou jusqu'au mois de novembre.
Ino. somm. Arch. Nord, t. IV, page 357. Finor, Van Boghem, page 214.
Caarver, n° LIX (à la date du 8 mars 1517).
137. - 1521, 6 avril, Malines. — Mandement de Marguerite
concernant les gages de Louis Van Boghem (Arch. Nord, B 19007,
n° 39086, minute).
L'archiduchesse enjoint au trésorier Vionet de payer intégralement les gages
de Van Boghem, bien que ce dernier n’ait pu se rendre à Brou, dans le délai fixé
par son contrat, son départ ayant été retardé sur l'ordre de Marguerite.
138. - [1521], 2 septembre, Bourg. — Pierre de Marnix (*) à
Marguerite (Arch. Nord, B 18830, n° 25844, autographe).
Le reliquat de 1500 florins sera insuffisant pour continuer les travaux, qui
risquent d’être arrêtés dès le premier novembre faute d'argent. La dépense
augmente « a cause que fault monté les ouvraiges desja bien en hault ». L'œuvre
(1) Marguerite avait eu le projet de se retirer dans ce couvent de religieuses de l'Annonciade.
Voir les lettres publiées dans Baux, Histoire de l'église de Brou (1854), p. 109 et 110. On
trouvera un compte de la construction de ce couvent, du 12 décembre 1524, dans de Quinsunas,
Matériaux, t. Il, p. 352 à 361.
(2) Pierre de Marnix, frère du secrétaire Jean de Marnix, après ses études juridiques à
l'Université de Turin, devint écuyer tranchant de Marguerite d'Autriche et fut chargé de diverses
missions en Angleterre et en Espagne (Arch. Nord, B n° 40134).
238 MARGUERITE D'AUTRICHE
a été poussée avec la plus grande activité cette année, suivant le témoignage
du Conseil de Bresse, avec lequel il s’est rendu sur place. « Il votent le cueur et
desja vostre chapelle est votée et plusieurs aultres et ausi le clocher est bien hault,
car desja, pour y monté, il fault monté cent quatre vingtz et quinze degré... ».
Duray, Dissertation, 1847, documents sur Brou, pièce XXII (à la date de 1519).
139. - [1521], 2 septembre, Brou. — Louis de Gleyrens à
Marguerite (Arch. Nord, B 19184, n° 44587, original).
Pierre de Marnix a visité les travaux de Brou, le jour de la fête de St-Augustin
(28 août), avec le Conseil de Bresse.
Les deux chapelles collatérales du chœur sont voûtées ainsi que les « alées
haultes et basses et oratoires dessus et dessoubz du cousté du cloché ». Les
gargouilles et les chéneaux sont posées sur ces « alées ». Le clocher a été élevé
de 25 pieds. On travaille à voûter le « crepon » du chœur. On fait la voûte qui suit,
ainsi que celle de la chapelle de Montcut. On taille les clefs de voûte dans
la chapelle de Gorrevod.
Les matériaux préparés sont encore nombreux, notamment la tuile et le plomb
pour la toiture, ainsi que le bois pour la charpente. Il serait regrettable, faute
d'argent, d'interrompre des travaux menés avec tant d'activité. La réponse de
l’archiduchesse devra parvenir avant le départ de Van Boghem, pour que ce dernier
puisse donner les instructions nécessaires pour la campagne d'hiver.
Baux, Recherches, 1844, appendice pages 83 à 85. Duray, Mofice, 1844, pages 6 à 8.
Baux, Hist. égl. Brou, 1854, p. 404 à 406. Fixor, Van Boghem, page 215 (résumé).
CHaRver, n° LXV.
140. - [1521], 2 septembre, Brou. — Louis Van Boghem à
Marguerite (Arch. Nord, B 2319, n° 81894, ancien dossier 4, original).
[Pierre de] Marnix est venu examiner les travaux de l’église de la part de
l'archiduchesse. Van Boghem est « bien joyeulx » quand l’archiduchesse fait « bien
visiter et regarder », car il croit que les visiteurs lui « feront bon rapport.... pour
en veoir en brief la fin ». L'œuvre est en tel état que Ja douairière en a « grant
honneur et louange de tous ceulx qui l'ont veue et verront ».
Depuis cinq ans, la subvention allouée annuellement est insuffisante. Pour ne pas
licencier actuellement l'atelier, « pourveu de matières et de gens de bien »,
Van Boghem, avec l'approbation de Louis de Gleyrens, vicaire du couvent, envoie
un messager à l’archiduchesse pour savoir quelle détermination prendre avant
qu’il ne parte. Il serait désirable que « l’œuvre suyve son train ». Van Boghem
souhaite plus encore que l’archiduchesse la fin des travaux, car il voudrait être
en sa maison et « tenir bonne compaignie » à sa femme. Signé, LowycH vAN BOGHEM.
Inv. somm. Arch. Nord, t. IV, page 376. JarriN, Brou, dans Annales Soc. émulal. Ain,
1887, p. 399.
141.-1521, 3 septembre, « cité de Bourg ». — Le Conseil de
Bresse à Marguerite (Arch. Nord, B 19175, n° 44294, original).
Le Conseil a visité les travaux en compagnie de l’écuyer [Pierre de Marnix},
les trouvant très avancés, « mesmement quant aux pierres, tieulles, boys et aultres
a ce faisantz preparées et desja largement posées. ... ».
RÉPERTOIRE DES DOCUMENTS ARCHÉOLOGIQUES RELATIFS A BROU 239
142. - [1521], 23 octobre, Bourg. — Le Conseil de Bresse à
Marguerite (Arch. Nord, B 2319, n° 81892, original).
Louis [Van Boghem], maître maçon de l'édifice de Brou, va partir, laissant
le double de ses « ordonnances » pour continuer les travaux. Nécessité de se procurer
environ 1000 florins si l'on veut éviter de fermer le chantier, qui est en pleine
activité.
Durar, Notice, 1844, p. 8 à 10 (à la date de 1522). Duray, Dissertation, 1847,
pièce XXV. Zno. somm. Arch. Nord, t. IV, p. 375. JARRIN, Brou, dans Annales Société
émulation Ain, 1887, p. 400.
143. - 1522, 30 juillet, Brou. — Procès-verbal dressé devant
notaire par le Conseil de Bresse en présence de Pierre Le Guat, s' de
Feugière, contrôleur de l'édifice de Brou, de Guillaume de Maxin et
de Louis Van Boghem, des travaux exécutés en l’église depuis l’arrivée
de ce dernier (Arch. Ain, H 614, original).
Eglise. — Les fondations sont entièrement terminées sauf celles de la façade.
Les murs de la nef centrale et ceux des bas côtés, ainsi que ceux des chapelles
adjacentes, sont élevés jusqu'à la hauteur des « premieres basses vaultes » (voûtes
des bas côtés). Les pierres de taille sont préparées pour les piliers et pour les arcs.
La « croisée avec les deux portaulx » (transept) ainsi que le « pillier outre croisée »
sont édifiés, sauf les deux pignons, jusqu'à l’arasement du mur de la charpente.
Deux des huits grands arcs de la « croisée » sont posés, les autres devaient l'être
dans l’année. La maçonnerie du chœur, celle des « deux chappelles de Madame
et deux doubles oratoires l’ung sur l'aultre, ensemble deux aultres chapelles a
l'endroit du coeur » est achevée ; la charpente est en partie placée et même
partiellement couverte. La taille des « ogives des arcs des vaultes du coeur », sauf
les clefs de voûtes, et celle des « fermeures et cleres voyes et establement de tout
le grand cueur », est achevée, mais non encore posée.
Clocher. — Il est édifié presque jusqu'à la deuxième voûte et la pierre de taille
est préparée pour atteindre le sommet de la grande nef.
Tombeau de l’archiduchesse. — Les quatre piles de ce tombeau, la décoration
ajourée et la voûte sont presque terminées ainsi que « toutes les imaiges à l'entour »,
c'est-à-dire la petite statuaire. Mais « reste a faire les bassements des pilliers et
et aulcunes pièces non achevées ».
Tombeau de Philibert. — « La pierre de marbre noyr est prest de la moytié
taillée et les Vertus a l'entour ».
Tombeau de Marguerite de Bourbon. — Tout est prêt à être posé, « tant ymaiges
que aultres ouvraiges » sauf le soubassement de marbre noir et celui des piliers.
Retables. — La statuaire des Mystères du retable des Sept-Joies, les trois statues
qui le surmontent et deux autres à placer dans les angles de cette chapelle sont
terminées. La statuaire du retable de la chapelle de Gorrevod ainsi qu'un Ecce homo
destiné à cette chapelle, celle du retable des Sept-Douleurs ainsi qu'un saint Antoine
à placer dans la chapelle de Montcut sont aussi terminés, mais la « massonnerie »,
c'est-à-dire l'ensemble architectural de chaque retable, restait à faire, sauf pour
celui des Sept-Joies, en cours d'exécution. |
Statues diverses. — Trois statues, non encore polies, sont prêtes pour le maître-
autel, ainsi que les statues de Philibert, de Marguerite et de leurs patrons et celle
240 MARGUERITE D'AUTRICHE
d'un Ecce homo, toutes destinées au portail de la façade dont les fondations n'étaient
pas encore faites. Les deux statues destinées aux portails latéraux sont aussi
terminées.
Baux, Recherches, 1844, page 86 à 90. Baux, Mist. égl. Brou, 1854, pages 407 à 412.
Finor, Van Boghem, page 215 (résumé). CHanver, Édifices p. 53 à 55 (analyse). Nover,
Tombeauz, p. 14.
CHARvET, n° LXVII. Nopgr, n° 68.
144. - 1523, [20] mars, style de Rome, Malines. — Mandement
de Marguerite concernant la charge donnée à [Louis de Gleyrens|,
prieur de Brou (Arch. Nord, B 2319, n° 81895, ancien dossier 4,
minute).
L'archiduchesse donne charge au prieur de Brou de gérer les deniers destinés
aux travaux formant une subvention annuelle de 12.000 florins, après avoir destitué
de ses fonctions de maître des œuvres Guillemin de Maxin. (Cf. Mandement du
20 mars 1523, B 2308, fol. 22 v).
Duray, Notice, 1844, pages 10 et 11. Znv.somm, Arch. Nord, t. IV, page 376 (mention).
JARRIN, Brou, dans Annales Société émulation Ain, 1887, p. 396.
145. - [1523], 14 octobre, Bourg. — Le Conseil de Bresse à
Marguerite (Arch. Nord, B 19175, n° 44273, original).
Louis [Van Boghem}] s'en retourne dans les Pays-Bas après avoir beaucoup
avancé les travaux au cours de l'année. Il a laissé aux maitres ouvriers de Brou
ainsi qu'à la Chambre des Comptes de Bourg des instructions pour la campagne
d'hiver. L’archiduchesse pourra en prendre connaissance par la copie qu'il emporte.
« Et trouve l'on les deux portalz de la croysée hors du cueur, pour ce que le
cueur est tout couvert, et avec le demorant, faict tres beau veoir ycelle couverture.
Et esperons, Madame, que si la chouse se continue en telle sorte, que dedans deux
ou troys ans le toui se parfaira jusques aux portalz devant. ».
Observation. La restitution de ce document à l’année 1523 paraît certaine
parce que, dans le contexte, il est dit que le sceau de la Chambre des comptes de
Bourg était détenu par la veuve de Bon Badel. Ce personnage fut remplacé par
Pierre Buatier à la date du 8 novembre 1523 (Arch. Nord, B 19013, n° 39343.
146. - 1523 à 1532. — Comptes récapitulatifs dressés par Louis
de Gleyrens des recettes et des dépenses faites pour les travaux
de Brou (Arch. de l’Ain, H 614, cahier original de 32 feuillets, papier).
(Fol. 2): « Calculus computi fratris Ludovici de Gleyrens de denariis reccptis et
libratis per eum in operibus ecclesie de Brouz in annis xv°xxumt et ais sequentibus
subdeclaratis; ex commissione per ïillustrissmam dominam nostram Dominam
Margaritam de Austria et Burgundia, etc. sibi facta ».
Sommes payées : Année 1523 : 11651 fl. p.p. — Année 1524: 12790 fl., 7 gros,
1 quart, 1 fort, 1 picte et 1/2 picte. — Année 1525: 12143 fl., 2 gros, 1 quart,
maille rt picte. — Année 1526 : 13.126 fl., 1 gros, 1 quart, 1 fort, maille, picte et
demy picte. — Année 1527 : 12320 f., 6 den. gros p. p. et 3 den. — Année 1528 :
11693 À. 11 d., 1/4 den. gros p. p., 1 picte et 1/2 picte. — Année 1529 et début de
RÉPERTOIRE DES DOCUMENTS ARCHÉOLOGIQUES RELATIFS A BROU 241
l'année 1530 jusqu'au 16 avril : 19342 f., 3 d., quart de denier gros p. p. — Fin de
l'année 1530 : 8733 f., 4 gros, 1 fort, maille. — Année 1531: 11528 fl, 11 gros,
2 quarts. — Année 1532 du 2 janvier au 14 septembre : 5105 fl., 8 gros, 2 quarts,
4 fort. — Année 1532, du 16 septembre à la fin de l’année : 759 fl. 7 gros, 1 quart,
1 denier.
Le total des dépenses s'élève pour cette période de 1523 à 1532 inclus (en
négligeant les fractions, à 107.539 florins petit poids de Savoie (et non à 139.445
florins, chiffre donné par J. Baux ; le Père Raphaël avait donné le total de 119.231
florins. Cf. ALLOING dans Annales Soc. émulat. Ain, 1902, p. 71).
Cette récapitulation ne donne, pour les dépenses, que le chiffre des paiements
faits semaine par semaine. Elle est dressée d’après des registres plus détaillés au
nombre de neuf. Le sixième de ces registres concernant l’année 1528, comptait
39 feuillets écrits.
Les cinq premiers exercices étaient réunis en un volume de 180 feuillets. Ces
registres de détail ont disparu.
La récapitulation du dernier compte s'arrête à décembre 1532 et a été arrêtée le
24 décembre 1535 par Claude Jobert, receveur des comptes de feue l’archiduchesse,
Gilles de Verceil, prieur de Brou, Jean-Marie de Ciriaco, vicaire du couvent et Paul
de Dronero, doyen du monastère. La Chambre des comptes de Bresse a vérifié les
autres récapitulations. L'exercice financier commençait à la semaine suivant Noël.
En 1530, mention d’un rôle de dépenses visé « per nobilem Ludovicum de
Van Boghem, lathomum et precipuum rectorem operum ».
Baux, Aist. église Brou, 1854, page 203, note I (résumé avec erreurs de chiffres).
CHaARvET, n° LXXX VII (total erroné).
147. - 1524, 14 septembre, Bruxelles. — Marguerite à la Chambre
des comptes de Bourg (Arch. Nord, B 19031, n° 40157, minute).
Injonction de payer les gages de Guillemin de Maxin, empêché par la maladie
de remplir son office de maître des œuvres, fonctions qu'il devra exercer en se
soumettant aux ordres du prieur de Brou « auquel avons donné charge de prendre
regard sur le tout ».
Cf. une réclamation de G. de Maxin du 30 août [1524]. Arch. Nord, B 19031.
n° 40158).
148. - 1524, 2 octobre, Bruxelles. — Marguerite à Louis Vionet
(Arch. Nord, B 19181, n° 44482, minute).
Nécessité de prélever sur le prochain exercice 2000 à 3000 florins nécessaires
à Louis de Gleyrens, vicaire du couvent de Brou, pour assurer la continuation des
travaux et éviter le renvoi des ouvriers, les disponibilités ayant été absorbées par les
approvisionnements de matériaux.
Duray, Dissertation, 1847, documents sur Brou, pièce XXVII.
149. - 1524, 24 octobre, Brou. — Louis de Gleyrens à Marguerite
(Arch. Nord, B 19184, n° 44585, original).
Gleyrens a emprunté 1000 florins, sur la caution des membres du Conseil de
Bresse, venus sur le chantier, pour assurer le salaire des ouvriers, afin d'éviter
l'interruption des travaux que Van Boghem a poussés avec la plus grande activité,
16
242 MARGUERITE D'AUTRICHE
malgré la peste qui sévissait aux portes du couvent, ayant atteint cinq de ses ouvriers
dont un mortellement. Gleyrens s'est occupé avec zèle des approvisionnements de
matériaux et désire rendre compte de sa gestion.
Duray, Dissertation, 1847, documents sur Brou, piece XX VI.
150. - 1525, 24 septembre, La Haye. — Marguerite à Pierre
de Marnix, son écuyer tranchant (Arch. Nord, B 19181, n° 44486,
minute).
L’archiduchesse sait la bonne marche des travaux de Brou visités par Marnix.
Elle fera assigner sur les disponibilités du prochain exercice une subvention de
2000 florins de Savoic.
Cf. B 19181, n° 44485 et 44488, lettres adressées le même jour à Louis de Gleyrens
et Louis Van Boghem.
151. - 1525, 27 novembre. — Mandement remboursant à « Loys
van Bodeghem » les sommes avancées pour les patrons des vitraux
de Brou (Bruxelles, Archives du Royaume, Chambre des comptes,
reg. 1801).
Le total de ces remboursements s'élève à 631. 13s. dont: 1°) 24 livres pour
« certains grands patrons sur papier, historiés et armoyés des armes d'icelle dame
[Marguerite] pour trois des verrieres du cropon du chœur de Brou et pour une
quatrième, placée dans la chapelle de l’archiduchesse ».
2°) 12 sols pour un coffre destiné à loger les « patrons ».
3°) 16 livres pour 700 livres de plomb destinées aux verrières et pour le charroi
de ce plomb et des patrons de Bruxelles à Brou.
Prosr, Notice sur les vitraux de Saint-Julien, 1885, page 21. Noner, dans Gazette des
Beaux-Arts, t. XXXV, 1906, page 100 (d'après PINCHART).
152. - 1526, 14 avril, après Pâques, Malines. — Contrat passé
entre Marguerite d'Autriche et Conrad Meyt pour la grande statuaire
des tombeaux de Brou (Arch. Nord, B 2338, n° 82335, original ;
B 19182, n° 445607, copie contemporaine).
« Conrad Meyt, taillicur d’ymages », s'engage à se transporter à Brou pour
« besoignicr aux sepultures.. selon le pourtraict pour ce faictpar.. Loysvan Beughen ».
1 devra faire « de sa main assavoir les visaiges, mains et les vifz » des trois
tombeaux, « et au surplus se pourra faire aidier par son frere » et par deux autres
« bons et expertz ouvriers » fournis par Van Boghem qui s'engage en outre à livrer
le marbre et l'albâtre nécessaires. Le travail de Meyt est ainsi spécifié :
« Premier, la figure et representacion au vif de feu monseigneur le duc
Phelibert de Savoie, 1llhecques reposant avec le lion couchant aux piedz, et alentour
les six enffans, dont les quatre tiendront des armes et épitaphe, et les deux du millieu
l'ung les gantelletz et l’autre le timbre ; et cecy se fera de marbre blanc. Item, fera
au dessoubz la figure de la Mort, selon le pourject, et icelle figure sera d’albastre.
Item, fera le personnaige de la figure et representacion de Madame. au vif, avec
le levrier couchant aux piedz, et alentour quatre enffans tenans les armoyries,
le tout de marbre blanc. Et fera au dessoubz la representacion de la Mort, d’albastre
RÉPERTOIRE DES DOCUMENTS ARCHÉOLOGIQUES RELATIFS A BROU 243
» Item, fera aussi le personnaige de la representacion de Madame Marguerite de
Bourbon, mere de feu mondit seigneur de Savoie, et quatre enffans alentour, tenans
les armoyries, lesquelles pièces il fera d'albastre…
» Et quant aux Vertuz et autres pieces necessaires a faire autour des dictes trois
sepultures par dessus ce que dessus, ledit maistre Loys Van Beughem les fera faire
sur sa charge, le tout d’albastre comme il apertient ».
Meyt s'engage à terminer le travail dans un délai de quatre ans à courir du
15 mai 1526. Il recevra une rémunération annuelle de 300 livres de 40 gros. L'œuvre,
lors de son achèvement, après un premier examen fait par deux maîtres de la
Chambre des Comptes de Bourg, le prieur de Brou et le religieux ayant la « charge
et solicitation » de l'édifice, sera définitivement vérifiée par « maistres a ce cognoissans ».
Le contrat est passé à Malines en présence du comte d'Hoogstraete [Antoine de
Lalaing}, chevalier d'honneur de Marguerite, du seigneur de Rosimboz, son premier
maitre d'hôtel, d'Antoine de Montcut, son aumônier, de Jean de Marnix, son trésorier
général et de Louis « Van Beughem, commis par madicte dame a la conduyte de
l'édifice de Brouz ». Signé : MARGUERITE, CONRAT MEYT. Contresigné : LoETSs.
Baux, Recherches historiques et archéologiques sur église de Brou (Bourg, 1844),
pages 91 à 95. Dinron, dans Annales archéologiques, tome I (1844), page 94. Duray, Notice
sur Brou (Bourg, 1844, extrait de l'Annuaire de l'Ain), pages 12 à 14. Baux, istoire de
Péglise de Brou (Lyon, 1854), pages 413 à 417 (à la date du 24 avril). Houpoy, Marguerite
d'Autriche. L'église de Brou (dans Gazette des Beaux-Arts, tome VI (1872), pages 170 à 172.
Micniecs, Art flamand dans Pest de la France (1877), pages 229 à 231 (analyse). Jnventaire
sommaire des Archives du Nord, tome IV (1881), page 385 (résumé). Duray, dans Revue
Société littéraire Ain, tome XII (1883), page 228. Rouzcier, Michel Colombe (1884),
page 70 (extrait). Finor, Van Boghem (dans Réunion Sociétés Beaux-Arts, 1888), page 217
(extrait). CHARVET, K'difices de Brou (ext. Réunion Sociétés Beaux-Arts 1897), page 105
(commentaire). GauTHIER, Conrad Meyt et les sculpteurs de Brou (dans Réunion Sociétés
Beaux-Arts, 1898), page 278 (citation). NoDET, Z'ombeaux de Brou (ext. Annales Société
émulation Ain, 1906), page 15 (citation à la date du 24 avril).
CHaRvET, n° LXXI. Noper, n° 69.
Il est utile de rappeler que, deux ans avant la signature de ce contrat, l’archiduchesse
avait déjà dans sa « librairie » de Malines, d’après un inventaire du 9 juillet 1523, clos le
17 avril 1524, « la representatiou de feu Monseigneur de Savoie, que Dieu pardoint, fete
de mabre blanc, de la main de maistre Conrat ; son harnast complet; la representation de
Madame, fete de mesme main et mabre que la précédente » (Inventaire des collections de
l'archiduchesse, publié par MicHELANT, dans Bull. Com. roy. hist. Belg., 3° série, t. XII,
Bruxelles, 1871), page 58.
153. - 1526, 25 avril, Malines. — Mandement de Marguerite
concernant les gages de Conrad Meyt (Arch. Nord, B 459, n° 22624,
copie contemporaine authentique).
Paiement des annuités de la pension de C. Meyt fixée à 300 livres par an, pour
l'exécution des sépultures de Brou, en exécution du contrat du 14 avril précédent.
154. -[1526!, 3 décembre, Brou. — Louis de Gleyrens à Marguerite
(Arch. Nord, B 19184, n° 44586, original).
En l'absence de Louis [Van Boghem] et conformément à ses instructions, on a
établi les fondations du jubé et celles des caveaux. On a fait clore le transept. La
charpente et la toiture de l’avant-dernière travée de la nef ont été terminées. On
244 MARGUERITE D'AUTRICHE
continue la taille des sépultures. Les « chapuis » ainsi que les verriers travaillent
suivant les instructions écrites de Van Boghem. Conrad Meyt demande des nouvelles
du marbre [de Carrare].
Brucner, Marguerite d'Autriche, preuve XCI.
155. - [1527]. — Relation des travaux exécutés à Brou, dressée
par un personnage non dénommé, délégué par l’archiduchesse (Arch.
Nord, B 19182, n° 44560, original non signé, formant un cahier
de sept pages).
Chœur. — « Est a quatre votes, et chascune vote a cinq clez avec le Sanclus
sancluarium dernier, qui est a double vote et huit clez, et en toutes les clez principalles
fuillatieres avec les armes et blason de Madicte dame, contenant ces motz: FORTUNE
INFORTUNE FORT UNE... Ledict ceur est a doubles galleryes, toutes a clerevois, dont
les basses allées sont pour venir du dourtoir au jubé. Et descendent les freres
religieulx au ceur sans passer permy les gens ».
Chapelle de Marguerite. — «La principalle chappelle est a treze clez avec
fuillatieres pourtans lesdictes armes et blason de Madicte dame painctes et dorées,
et tous les siege d’icelle chappelle d'allebastre, chascung siege son arc remplir (sic)
desdictes armes et blason de Madicte dame, contenant les motz dessusdiz; et au
dessoubz de marbre noir pour s'asseoir, et a chascun cousté ung tabernale ou il y a
ung sainct Andrey et ung sainct Philippe ; et a l'entour de ladicte chappelle, ung
larmier d'allebastre ou sont les dictes armes et divises ».
Chapelle sainte Apolline. — « La seconde chappelle de l’aultre des coustelz,
qu'est sur /sic) la chappelle saincte Apolligne, est a huit clez avec fullatieres, armes,
blason et divises de Madicte dame ».
Oratoires. — « Et dernier lesdictes deux chappelles y a quatre oratoires, deux
dessus et deux dessoubz, chascung sa cheminée, et chascune volte desdicts oratoires
a cinq clez fuillatieres, armoyéz comme dessus ; et chascun sa fenestre pour veoir au
grand haultel lever Corpus domini ».
Chapelles de Gorrevod et de Monicut. — « Apres lesdicts oratoires, y a deux
chappelles, l'une de Monseigneur le Grant Mestre, qui est a huit clez avec fuillatieres
et armes et avec ses sieges richement tailléz, avec ses divises et armes et sa
contretable quasi preste a asseoir. Item, y a de l’autre cousté la chappelle monseigneur
l’aulmonnier, qui est a cinq clez armoyéz de ses armes, aussi sieges assez honnora-
blement faiz, et sa contretable plus que a demi faicte. Item, ausdictes chappelles,
assavoir les quatre collateralles du ceur, y sont les haultez de pierres de roiches
beaulx et riches ».
Transepl. — « La croisée de la dicte eglise est parfaicte de la sorte de ceur.... ;
les deux pourtaulx de la croisée... sont achevéz, qu'est une chose tres singuliere a
veoir, meismes celluy du cousté devers la ville ».
Relable des Sept-Joies. — « Y a une contretable toute d’allebastre pour Madicte
Dame, bien richement ouvrée et quasi preste a asseoir ».
Tombeau de l'archiduchesse. — «La sepulture de Madicte Dame. est fort
avancée, et me semble bien somptueusement et richement taillée ».
Tombeau du duc de Savoie. — « Plusieurs grandes et belles pieces de marbre
noir... D.
Tombeau de Marguerite de Bourbon. — « Sepulture.. quasi achevée et aussi fort
bien menusée des riches ouvraiges ».
RÉPERTOIRE DES DOCUMENTS ARCHÉOLOGIQUES RELATIFS A BROU 245
Jubé. — « Quasi tout taillé et bien richement ouvré ».
Nef. — « Grand nef... toute couverte, reserver la derniere volte, y a beaucoptz
de tailles pour volter ».
Chapelles de la nef. — « Les pignons et ars boutans des huit chappelles
collateralles de ladicte nef, avec basses allées d'icelles, sont faictes, reserver le front
devant de l’une ou sont les massons presentement besoingnans. Item, trois desdictes
chappelles devers ladicte ville sont couvertes et trois devers le couvent sont latées et
prestes a couvrir, et y sont les couvreurs apres... Et quant aux aultres deux
chappelles joinctes au pourtal de ladicte eglise, ne sont encoires couvertes, mais les
charpentiers sont apres journellement pour fere la ramure afin de les couvrir avant
l'yver, ainsi qu’ilz m'ont dit et donné a entendre ».
Clocher. — « Le clochier.… est parachevé bien richement et triomphaument avec
ses clerevois, et ne reste que l’esguille. Et pour ce soit prins l’advis de Madicte
dame... ordonner le fere a son pleisir, soit des pierres ou de bois.
Vitraux. — « Y a deux verrieres posées audit ceur dernier le grand haultel,
assavoir celle du mylieu ou Nostre Seigneur s’apparut a Nostre Dame, et l’aultre
comme il s’apparut aussi a Marie Magdelenne, armoyéz tant des armes de feu digne
memoire l'Empereur, que Dieu pardoint, que celles de Madicte Dame. Item, la seconde
verriere pourte et y a sainct Philipbert qu'il presente feu mondit seigneur de Savoye
avec ses armes soubz luy et son blason et epithaphe dessus, armoyéz aussi des armes
de la duché de Savoye. Oultre plus, l'on est apres la verriere de Madicte Dame, en
laquelle saincte Marguerite represente Madicte Dame, mais le dessus dez le
commancement ou vont les armes ne s’achevera jusques a ce que maistre Loys [Van
Boghem] ayt parler a Madicte Dame pour d'elle savoir son bon plesir… ».
Tentures funéraires. — La couverture de velours noir placée sur le tombeau du
duc est usée après 23 ans d’usage, ainsi que «les aultres habiz de velours noirs »
servant à la grande messe des trépassés célébrée en mémoire du défunt prince.
(Sur le dos, de la main de l'archiduchesse) : De mon esglise de Brou.
Observation : L'auteur de cette relation anonyme est vraisemblablement Pierre de
Marnix. Le velours qui servait depuis 23 ans à couvrir le tombeau de Philibert n'a
été placé qu’en septembre 1504 et était encore en usage entre septembre 1527 et
septembre 1528, période correspondant à la 23° année mentionnée dans le texte.
Baux, Recherches (1844), page 101. de Quinsonas, Matériaux, tome II, pages 380 à
382. Noner, Tombeaur, page 15 (mention). Noner, Un oitrail de Péglise de Brou, dans
Gazette des Beaux-Arts, tome XXX V (1906), page 101 (extrait).
CHarverT, n° LXXII. Noper, n° 70.
156. - [1527]. — Supplique adressée à Marguerite d'Autriche par
Pierre Godet, charpentier de l’édifice de Brou (Arch. Nord, B 19182,
n° 44559, original).
Godet, qui travaille depuis vingt ans à Brou, depuis le début des travaux, a
exécuté « la besoignie de tout le charpentaige tant du couvent que de l’eglise ».
Au moment où la peste sévissait à Bourg, il y a trois ans, il passa un contrat
notarié avec Louis de Gleyrens et Louis [Van Boghem}, maître maçon, pour exécuter
pour 400 florins la charpente de la chapelle de l’archiduchesse et celle de deux
autres chapelles. S'étant aperçu à l’œuvre que son marché ne lui permettait pas de
« profiter ny gaigner ses despens », Godet se plaignit à ces deux personnages qui
l’autorisèrent à travailler à la journée comme il faisait précédemment. Louis de
246 MARGUERITE D'AUTRICHE
Gleyrens a calculé que les journées employées au travail confié au suppliant dépasse
déjà de 88 florins le prix du forfait et lui réclame ce supplément. Godet demande à ne
pas subir cette perte.
157. - 1528, 4 juillet, Malines. — Marguerite à Van Boghem
(Arch. Nord, B 19007, n° 39089, minute).
Injonction d'avoir à réparer les gargouilles et les chéneaux de Brou pour éviter
la détérioration des voûtes. Les « sepultures » et les « ymages » devront être placées
dans le plus bref délai.
158. - 1528 [avant le 14 juillet}. — Paiement fait pour les dessins
des blasons destinés aux vitraux du chœur (Bruxelles, Archives
générales du royaume, Chambre des Comptes, reg. 1804).
Une somme de six livres est donnée à un peintre non denommé pour avoir dessiné
sur papier 64 blasons de couleur avec les « devises, les armes de la descendue de
Madame ». Ces blasons ont été expédiés de Bruxelles à Brou.
Prost, Notice sur les vitraux de Saint-Julien, page 22. NoDeT, dans Gazette Beaux-arts,
t. XXXV, 1906, page 101.
159. -[1528|, 14 juillet, « de-Sainct-Nicolas - de-Tholentin-de
Broz ». — Louis de Gleyrens et Louis Van Boghem à Marguerite
(Arch. Nord, B 19007, n° 39087, original; ancien G. Brou).
La lettre de l'archiduchesse, du 4 mai précédent, a bien été reçue. Le marbre
[de Carrare], rendu au port de Neyron (!), par les soins d'Humbert Grillet et de son
frère, a coûté tant achat que transport 362 écus d'or soleil et un sou tournois. Le
charroi des « neuf piesses dudict marbre » de Neyron à Brou, très difficile à cause
des « troys grandes piesses », s'élève à 274 florins, 11 gros et 2 quarts. La dépense
totale s'élève à 1642 florins, 6 gros et 2 quarts, vérifiée parcelle par parcelle par
la Chambre des comptes de Bourg.
« On met de la diligence à « veoir la fin de vostre egliese, et sont faictes les voltes
des huict chappelles collaterales de la nau, et les six des allées joignantes a icelles;
aussi, l'ont a taillé et posé quatre fermeries des fenestres de quatre chappelles
prouchaines de la croisée collateralles de la nau. Et au plaisir de Dieu, esperons faire
une des grandes voltes de ladicte nau devant l’yver, ainsi n’en restera a faire que
troys de ladicte nau, de quoy nous avons la taille de l’une preste, et ferons tailler ce
yvert a l'aide de Dieu la taille de la tierce ; et ne restera sinon la derniere desdictes
grandes voltes et les deux des allées joignantes au portal, que ne se peuvent faire
sans haulser ledict portal, lequel maistre Loys espere de lever de huict ou neuf pieds
devant l’yver.
» L'on est apres a poser le jubé, qui sera triumphant et fort riche, pour les beaulx
ouvrages et folliages qui y sont.
» Les verriers sont apres la tierce vierriere du crepon et celles de vostre chappelle ».
On espère que, l’été prochain, le portail sera assez avancé pour qu'on puisse clore
(1) Nevron, Ain, ar. Trévoux, canton de Montluel, à une grande hauteur sur la rive droite
du Rhône.
RÉPERTOIRE DES DOCUMENTS ARCHÉOLOGIQUES RELATIFS A BROU 247
l'église, condition nécessaire pour que l’on mette en place les « sepultures et contre-
tables... lesquelles sont fort avancées ».
Pour activer les travaux, Van Boghem ne quittera pas le chantier cet hiver, ou
s’il est obligé d'aller « en sa maison », son absence ne dépassera pas un mois. Il sera
nécessaire, en conséquence, d'avancer de l'argent sur l'exercice prochain car « sera
forse faire plus grosse despense, estant ledict maistre Loys sur l’euvre ». Signé:
Frère Loys DE GLEYREINS, LOWYcH VAN BOGHEM.
Duray, Notice (1844), pages 15 et 16 (à la date de 1526). Baux, Recherches (1844),
pages 99 à 102 (même observation). Baux, Wistotre église Brou (1854), pages 422 à 424 (à
la date du 14 juillet 1526). Houpoy, dans Gazelte des Beaux-Arts, tome VI (1872), pages
173 et 174. Finor, Van Boghem, dans Réunion Sociétés Beaux-Arts (1888), page 218.
CHarvET, n° LXXIII. Noper, n° 72.
160. - [1528, juillet). — Mémoires des dépenses faites pour le
charroi du marbre de Carrare destiné aux tombeaux de Brou (Arch.
Ain, H 614, copie contemporaine).
Neuf pièces de marbre blanc acheté en la « perriere de Carrara près de Pise»
sont transportées sur le Rhône jusqu'à Neyron (Ain) par le facteur d'Humbert Grillet.
Van Boghem et Louis de Gleyrens font dans cette ville et à Lyon des voyages pour
se procurer des charretiers. Le charroi de Neyron à Brou s’éleva à 274 florins,
11 gros et deux grains, et nécessitant des pourparlers qui durèrent trois mois.
Le charroi des trois gros blocs donna licu à de multiples incidents : « au-dessus
dictz charretons, pour leurs domaiges et interets qu'ils ont soubstenus en l’amenage
dudict marbre, en quoy ilz ont vacqué et demouré XV jours, quatre hommes et neuf
chevaulx qui ont rompu leurs roes et charrete, pitié et compassion de leur perde l’on
leur a doné XII florins… ».
Baux, Recherches, 1814, pages 95 à 99. Baux, Aist. dgl. Brou, 1851, pages 417 à 421
(à la date inexacte de 1526). Noper, Z'ombeaux, page 21.
Noper, n° 71.
Cf. Lettre d'[Humbert Grilliet] à Marguerite, 11 juillet [1528] (Arch. Nord, B 19182,
n° 44512). Duray, Motice, 1844, p. 14 et 15 (à la date de 1526).
161. - [1528], 3 août, Brou. — Paul de Dronero, religieux
augustin, à Marguerite (Arch. Nord, B 2319, n° 81893, original).
Le duc de Savoie, que Dronero a vu à Chambéry, désirerait avoir une chapelle à
Brou. Bonnes nouvelles (‘) a visité l’église avec Van Boghem pour proposer un
emplacement.
JARRIN, Brou, dans Annales Société émulation Ain, 1887, p. 397.
162. - 1528, 8 août, Malines. — Mandement de Marguerite
concernant l’achat et le transport du marbre destiné à la grande statuaire
des tombeaux (Arch. Nord, B 2327, fol. 33 v., avec vérification du
10 août 1528 ; B 19181, n° 44491, minute; cf. n° 44492, 44493,
44496). |
Allocation à Humbert Grilliet de Bourg : 1° de 362 écus d'or au soleil et 1 s.t.
(?) Heraut d'armes de l'Annonciade, de son vrai nom Jean de Tournay.
248 MARGUERITE D'AUTRICHE
pour l'achat de 9 blocs de marbre à Pise et pour leur transport par le Rhône
jusqu'à Neyron; 2° de 274 florins 11 gros, 2 quarts de Savoie pour le charroi de
Neyron à Brou, soit au total, pour ces deux paiements, 1642 florins, 6 gros et
2 quarts.
Ino. somm. Arch. Nord, t. IV, page 379. Finor, Van Boghem, page 230.
CHARvET, n° LXXIV. Noper, n° 73.
163. - [1528], 4 septembre, Malines. — Marguerite à Paul
de Dronero, prieur de Brou (Arch. Nord, B 19184, n° 44588, minute).
L'archiduchesse prie Dronero de choisir un emplacement pour la chapelle
sollicitée par le duc de Savoie.
Des instructions ont été données à Van Boghem au sujet des gargouilles, ainsi que
pour la mise en place des « contreteble et ymageries ».
164. - [1528, septembre]. — Instructions données à « Bonnes
Nouvelles » relatives à Brou (Arch. Nord, B 19171, n° 44145, original).
Louis [Van Boghem] devra réparer les gargouilles pour éviter que les eaux ne
tombent sur les voûtes de l’église. Il devra faire connaître son intention au sujet
de la chapelle que le duc de Savoie voudrait avoir à Brou.
Obervalion. Une note marginale fait connaître qu’une décision du Conseil privé
de l’archiduchesse aurait été prise sur cette demande.
165. - 1528, 25 octobre. — Testament de Jean de Gramont, portant
élection de sépulture à Brou (Arch. Aïn, H 616).
L'archiduchesse autorise la sépulture de ce personnage dans une chapelle située
dans le collatéral droit ; le tombeau pourra être orné des armes du défunt, mais
ce blason ne pourra pas être placé « es verrières ».
Baux, Aist. égl. Brou, p. 219.
166. - 1529, 26 février, n. st. Bruxelles. — Gageure entre
Marguerite d'Autriche et Louis Van Boghem sur l’achèvement des
travaux de Brou (Arch. Nord, B 19182, n° 44560, original ; copie
contemporaine, ibidem n° 44560°, ancien G Brou).
«a Madame a aujourd’huy convenu avec maistre Loys van Beughem, maistre des
euvres à Brouz... que si ledict maistre Loys, par son moien et bonne dilligence,
fait tellement que les esglise et couvent de Brouz, dont il a charge, soient
entièrement perfaictz tant de massonnerie, charpenterie, verrieres, sieges, clouchier,
et autres choses neccessaires, ensemble aussi les sepultures posées, le tout bien et
souffisaument a dit de maistres du mestier a ce congnoissans en deans trente mois
a compter deis le jour de Pasques prouchaines, que seront le XX VIII de mars
qu'on comptera l’année XXIX (!), que Madicte dame, par dessus son salaire et autres
(1) La fête de Pâques tombait bien le 28 mars en l'année 1529. La présente convention, du
26 février 1528, a été datée d'après le style de Pâques en usage dans la chancellerie de
Marguerite d'Autriche et dans celle des archiducs. On remarquera toutefois que d'assez
nombreux actes, surtout en matière de finances, relatifs notamment à Brou, sont datés d'après
RÉPERTOIRE DES DOCUMENTS ARCHÉOLOGIQUES RELATIFS A BROU 249
choses... luy donnera encoires la somme de cinq cens livres de quarante gros
pour une foi en don et gratuité especiale ».
Si Van Boghem ne remplit pas cet engagement dans un délai de trente mois,
c’est-à-dire avant le 1* octobre 1531, la somme de 500 livres sera déduite de ce
qui lui sera dû.
Cette convention est passée en présence du comte d’Hoogstraete [Antoine
de Lalaing|], chevalier d'honneur de l’archiduchesse, d'Antoine de Montcut, abbé
commendataire de Saint-Vincent de Besançon, aumônier et confesseur de Marguerite,
et de son premier écuycr d'écurie Philippe de Bregilles. Signé : MARGUERITE.
Lowycx vAN BoGHEM favec paraphe).
Une première addition fait connaître que l’archiduchesse « n'entend les closures
des chapelles estre eu ce conprinses ».
Une seconde addition est ainsi rédigée, de la main de l’aumônier : « Pour ce que
maistre Loys dit n'avoir eu en son marché le couvent de Brouz, ayns seullement
l'esglise et ce qui en depend comme dessus, ne vouloit accepter ceste cedule, ayns
m'a prié parler a Madame pour oster la charge dudict couvent hors ceste cedule,
ce que j'ay fait, et m'a respondu que en parfurnissant le surplus cy dessus
mentionné, elle n’y entend la perfection du couvent estre comprins, ce que je certifie
par mon seing cy mis le VIII de mars anno XV° XX VIII. Signé : A. DE MONTcuT.
Fixor, Van Boghem, pages 220 et 231. de Mécy, Signatures de primitifs. Le livre
d'heures de Parchitecte Louis Van Boghem au Séminaire de Bruges (dans les Arés anciens de
Flandre, tome VI, 1912-1913), page 4.
167. - 1530, 31 août. — Ordonnance de Claude de Boisset (‘) et
de Jean de Marnix concernant le concours de Louis Van Boghem et de
Conrad Meyt à Brou (Arch. Ain, H 614, copie contemporaine non
authentique).
Frère Louis [de Gleyrens] devra « bailler le tache des sieges » c’est-à-dire des
stalles, après avis de la Chambre des comptes de Bourg, en présence de Louis
[van Boghem] qui a déclaré qu'il assisterait à la conclusion du marché à condition
de recevoir une vacation.
Les pièces de bois et autres matériaux destinés aux travaux de l'église et
« aux ouvrages deppendans du couvent » devront être mis en lieu fermé, « inter-
disant l'alienation et distraction desdites piesses a maistre Loys qui les pretend
siennes ».
Van Boghem devra faire diligence pour terminer les travaux dans le délai
qu'il a fixé.
Il devra « pourveoir au faict des gargolles qui ne sont en seurté et es autres
accidents si que ung tel ediffice ne puisse estre ruyneulx a ceste cause ».
Van Boghem devra s'abstenir d'avoir la menace à la bouche et d’entraver le
travail de Conrad Meyt. « Et davantage, pour ce que ledict maistre Loys est asses
le stvle de Rome, qui faisait partir le commencement de l'année non plus de Pâques mais du
25 décembre, sans doute sous une double influence : départ de l'exercice financier au 4% janvier
et usage du style de Rome dans la chancellerie de Savoie, notamment en Bresse. Voir BRUCHET,
À propos de lettres mal datérs de la Chancellerie de Marguerite d'Autriche (ext. des Mélanges
Pirenne. Bruxelles 1926).
(4) Claude de Boisset, franc comtois, doyen de Dôle et de Poligny, grand archidiacre d'Arras,
abbé de Faverney, était membre du Conseil privé de l’archiduchesse,
250 MARGUERITE D'AUTRICHE
ligier de parolles et menasses envers l’ung et l’autre, tant ecclesiastiques que
seculiers, dont plusieurs scandalles se peulvent susciter, comme de faict desja a esté
faict, et par ce l'ouvrage de Madame retardé, sera prohibé et desfendu tres
expressement audit maistre Loys user desormais de telles menaces et parolles,
et consequemment de toutes euvres de faict, lui faisant sur ce ouverture de la
justice, si mestier est, et s’il y veult attempter par voye de faict, Madame s'en
prendra a sa personne et a ses biens. Le semblable sera dict a maistre Conrard
[Meyt] et tous autres qu’il appartiendra.
» Et, affin que l'ouvrage que ledict maistre Conrard a en mains ne soit plus
retardé, luy a esté commandé et sera encoures derechief de parfaire sa charge
le plus tost qu'il pourra, et pour ce fere, prendre tels ouvriers que bon luy semblera,
sans que maistre Loys ait aucune cognoissance sur luy. Et, son ouvrage parfaict,
sera tenu le delivrer audit maistre Loys, qui le recevra au dict et jugement de
deux maitres non suspects qui pour ce seront choisis aux fraiz de Madame, attendu
l’ynimitié estant entre lesdicts maistres Loys et Conrard ».
Le trésorier devra payer les gages dus à Conrad Meyt, tant pour le passé que
pour l'avenir « si avant qu'il besognera en sa charge a la forme de son marché, dont le
terme luy a esté prorogué pour ung an et dela, si avant qu'il plaira a Madame,
attendu que l'on ne luy a fourny l’estoffe ni ouvriers necessaires selon son marché ».
Louis [de Gleyrens] devra payer les ouvriers de Meyt à la journée.
Le trésorier s'efforcera d'acquérir à un prix raisonnable les terrains nécessaires
pour assurer la clôture et la sécurité du couvent.
Baux, Recherches, 1844, page 227. Baux, Histoire église Brou, 1854, page 209 (extrait).
NoperT, T'ombeaux de Brou, page 86.
Nope1, n° 74.
168. - 1531, 5 août, Brou. — Procès-verbal de la réception des
tombeaux exécutés à Brou par Conrad Meyt (Arch. Nord, B 459,
n° 22638, copie notariée contemporaine).
Simon Paluat, lieutenant du bailliage de Bresse, certifie qu'il s’est rendu à Brou,
sur la requête de Louis de Gleyrens, chargé de la comptabilité des travaux, et de
Conrad Meyt, pour assister à la réception des tombeaux de Philibert le Beau, de
Marguerite d'Autriche et de Marguerite de Bourbon, exécutés par ledit Conrad Meyt.
Cette réception a été faite après vérification par François de Toiria, espagnol,
habitant à Montbenoit dans le comté de Bourgogne et par Pierre Vienze d'Anvers,
« magistros expertos in arte menuiserie et ymaginarie ».
Brucuer, Marguerite d'Autriche, preuve XCV.
169. - [1531], 1° octobre. — Mémoire adressé à Charles-Quint sur
les vitraux de Brou (Bruxelles, Archives gén. du royaume, sans
référence).
Ïl y aurait lieu, d’après Van Boghem, de faire sur le grand portail trois grandes
verrières au prix de 700 florins et de poser des « trailles et fils d'archault » afin de
protéger celles qui sont terminées, pour le prix de 600 florins.
Les verrières du portail ne furent pas exécutées.
Prosr (Bern.), Nofice sur les anciens vitraux de Péglise de Saint-Julien {Jura) et
incidemment sur ceux de N.-D. de Brou, Lons-le-Saunier, 1885 (publication de la Société
d'émulation du Jura), page 22.
RÉPERTOIRE DES DOCUMENTS ARCHÉOLOGIQUES RELATIFS A BROU 251
170. - 1531, 26 octobre, Brou, « in camera rationis ». —
Quittance délivrée par Louis Van Boghem (Arch. Aïn, H 614, original
notarié).
Van Boghem « magister opere de Brou », déclare avoir reçu la somme de
1.037 florins et 1 gros de Savoie, à valoir sur ses gages, à lui payée par Louis
de Gleyrens.
Baux, Recherches, 1844, page 107. Baux, Mist. Brou, 1854, p. 430 et 431.
CHaRvET, n° LXXXI.
171. - 1532, 21 février, Bruxelles. — Antoine de Lalaing et Jean
de Marnix, exécuteurs testamentaires de Marguerite aux [religieux
de Brou] (Arch. Ain).
Ils ont examiné le mémoire sur les travaux de Brou rédigé par Louis de Gleyrens.
Van Boghem devra se hâter de terminer l'église. Sa réclamation pour ses
émoluments de l'année précédente a été ajournée, parce qu'il n'a pas tenu son
engagement dans les termes fixés. La réception des travaux sera faite par des
maitres à désigner, l'un venant des Pays-Bas, l’autre du comté de Bourgogne,
le troisième choisi à Lyon, avec attention particulière sur les défectuosités des
gargouilles.
Faire consacrer l'église le plus tôt possible par l'évêque suffragant.
Les religieux, lors du transport du corps de l'archiduchesse dont la date ne peut
encore être fixée, recevront des reliques, des « painctures de dévotion » et des
tapisseries suivant la voulonté de la défunte. Une somme de 300 livres tournois
est allouée aux religieux pour faire exécuter un tableau pour le maître autel,
l’empereur ayant retenu celui que Marguerite destinait à Brou.
« Quand l’on transportera le corps, il fauldra fere quelque beau sermon funebre
en latin a l'honneur de la trespassée et de sa descente, ainsi qu’on est accoutumé ».
Baux, Aist. Brou, 1854, pages 476 à 478.
CHarverT, n° LXXXII.
172. - 1532, 12 mars, « stil de Rome ». — Attestation de Louis
de Gleyrens concernant les travaux exécutés à Brou par Conrad Meyt
(Arch. Nord, B 19182, n° 44560, copie authentique contemporaine).
Louis de Gleyrens, religieux du couvent de Saint-Nicolas de Tollentin, à Brou,
« commis a tenir la raison des deniers de la fabrique de l’eglise dudict Brouz »,
atteste « comment maistre Conrard Meyt, tailleur d’ymaiges, a demeuré audict lieu
de Brouz, environ cincq ans a tailler les ymaiges et piesses a luy chargées..…, durant
lequel temps a vescu et conversé benignement et amyablement avecques nous
en homme de bien ». La réception des travaux de Meyt a été faite, en présence de
« mesdicts signeurs de la justice et du Conseil ducal de Breysse » le dernier août 1531
(*) par « maistre Francisco Toiria, yspagnol, et maistre Pierre Vuenche d'Anvers ».
Meyt a reçu pour le terme de ses gages à l'échéance du 15 mai 1531, la somme
(1) Le procès-verbal de réception est non du 31 août mais du 5 août 1531 (Arch. Nord, B 459,
n° 22638), si toutefois le copiste a bien lu « die quinta augusti ».
252 MARGUERITE D'AUTRICHE
de 179 florins 2 gros de Savoie et pour « final poyement de sesdits gaiges », le
dernier août 1531, la somme de 156 florins 9 gros 1 quart, monnaie de Savoie.
(sur le dos, de la main de Meyt) : « Copie de la certificasion de frere Lois ».
Finor, Van Boghem, pages 232 et 233.
Caanver, n° LXXXIII. Noper, n° 75.
173. - 1532, 22 mars. — Consécration de l’église de Brou (Baux,
Histoire de l’église de Brou, 1854, page 212).
Cotte consécration aurait été faite, d’après Baux, qui mentionne cet événement
sans citer sa source, par Jean Joly de Fleury, évêque d'Hébron in partibus.
Le Père Raphaël, cité par ALLOING, dans Annaies Société émulation Ain, 1902,
p. 75, affirme, d’après la tradition de Brou, que cette consécration aurait été
l'œuvre de Louis de Gorrevod, « évêque de Maurienne et de Bourg ».
CHanveT, n° LXXXV.
174. - 1532, 12 juin. — Récépissé et énumération des reliques
léguées par Marguerite d'Autriche au couvent de Brou (Arch. Nord,
B 20047, n° 19959, copie authentique).
Brucxer, Marquerite d Autriche, preuve XCVI.
175. - 1532, 18 novembre, Bruxelles. — Antoine de Lalaing
aux religieux de Brou (Archives, Ain).
En réponse à la lettre que les moines avaient écrite le 14 juin précédent pour
l'achèvement des « strouctures » et pour la « décoration de l’église et du chœur
et les aornemens de l'autel », les religieux sont avertis que [Claude de Boisset,
membre du Conseil privé], doyen de Poligny est chargé de se rendre sur place.
CHARvET, n° LXXXVI.
176. - [1533, avant le 12 juillet, — Requête adressée aux
exécuteurs testamentaires de Marguerite par Louis Van Boghem pour
le règlement de ses gages (Arch. Nord, B 19182, n° 44560, ancien
dossier 43, cahier de 5 feuillets, original).
« Maistre Loys van Beughem, maistre maçon, resident à Bruxelles », commis par
feue l’archiduchesse « chief et principal maistre et conducteur des ouvraiges de
la maçonnerie et depuis de la charpenterie et de ce que en ensuyvoit pour construyre
et ediffier l’église et couvent... de Brouz », déclare qu'il lui est dû diverses sommes
du fait de son office.
Van Boghem rappelle qu’au début sa charge intéressait « seullement ce qui
touchoit la maçonnerie de ladicte eglise ». Il devait se conformer aux « patrons
qu'il avait fait », signés de la main de Marguerite qui lui alloua, par patentes du
1* juin 1513, des gages annuels de 500 francs (à 38 s. pièce monnaie des Pays-Bas),
gages qui furent augmentés de 50 francs par an par patentes du 1° février 1515
[style de Rome]. L’archiduchesse, par lettre du 3 juin 1513, lui avait en outre promis
de payer sa rançon, s’il était fait prisonnier au cours dé ses voyagés èn Savoie.
« Et voyant Ma dite dame, par véritables rappors que journellement l'on luy
RÉPERTOIRE DES DOCUMENTS ARCHÉOLOGIQUES RELATIFS A BROU 253
faisoit du dit maistre Loys, aussi qu’elle congnoissoit bien il estoit homme de bien,
expert et entendu en son art et semblablement bien sachant au fait de charpenterie
et en ce que dependoit pour toute la perfection du dit ouvraige, ne laissa a repos
le dit maistre Loys jusques a tant qu'il l’eust emprins aussi bien le fait de la
charpenterie de la dite eglise que les verrieres et plusieurs autres nouveaulx
ouvraiges de maçonnerie et charpenterie, assavoir les cloistres et autres ediffices
et maisonnemens faictz au dit Brouz qui sont telz et si excellant, en ce comprins
la dite eglise, que sans vantise le dit maistre Loys veult bien maintenir que, pardeça
les mons, n’y a ung tel et si exquis couvent, lesquelles charges pour complaire a
Ma dite dame le dit maistre Loys accept a voulontairement. Et voyant ce, Ma dite
dame, mesmes qu'il estoit tant meu de bon vouloir envers elle et desiroit a luy fere
service, luy feyt une rencharge de vouloir aussi emprendre et accepter la charge
des sepultures et contretables pour servir en la dite eglise, ce que aussi il feyt... ».
L'archiduchesse, qui n'avait alloué à Van Boghem, et seulement pour la
maçonnerie, qu'un « traictement assez megre et par trop petit », voyant son bon
vouloir, lui promit par lettres du 10 mars 1517 [style de Rome] une somme
supplémentaire de 1000 livres de 40 gros, à toucher lors de l'achèvement des travaux.
Elle fit aussi le 26 février 1528 [1529, n. st.] (*) la « gajure » de payer à
Van Boghem 500 livres de 40 gros, si ce dernier « faisoit et sçavoit livrer parfaict
certains ouvraiges audict Brouz, pour lors entre eulx deux pourpaléz et accordés,
en dedans certains temps et termes ».
Van Boghem accepta depuis « nouvelles rencharges d'ouvraiges pesans et de
grosse emprinse, assavoir de fere l’esguille du clouchié de l’eglise, qui est de
merveilleuse importance, laquelle ne debvoit estre que de bois, l’a faicte toute
de pierres de taille ; et si a fait ung bien exquis cloistre de X vaultes de long, pour
aller les moynnes de leur demeures a l’eglise tout a couvert, que n'estoit nullement
à son marché, en quoy il n’a esté empesché ny occuppé non plus que sept mois oultre
le temps de sa gajure ». |
Van Boghem fournit ensuite une déclaration des sommes qu'il réclame, dont
le total s'élève à 4031 livres de 40 gros, à savoir :
1° 275 livres pour ses gages, à raison de 550 livres par an du 1* janvier 1532
n. st. au 9 juillet de la même année, date de son retour dans les Pays-Bas, en la
compagnie [d'Antoine] de Lalaing, [comte d'Hoogstrate], ayant travaillé pendant
ce laps de temps, soit au couvent, soit aux « choses duisantes pour l'enterrement
du corps de Madicte dame ».
2° 1100 livres pour la perte du change représentant une moyenne de 8 à 9 sous
par écu de gages, chaque écu ayant été évalué entre 44 sous et 51 sous 6 d., alors
que ses patentes lui garantissaient une évaluation de 38 sous au maximum.
3° 356 livres pour indemniser d’une part une perte de 140 livres, subie lors
du pillage de sa maison, à Brou, « quant les François allerent della les mons et
mesmes vouloient lors piller l’abbeye », d'autre part pour les sommes qu'il a données,
s’élevant au moins à 120 écus d'or, « pour eviter les dangiers d’estre prins prisonnier
en allant et venant... et mesmes aux gens d'armes mons. de Loraine que le
conduisoient et menoient a sauveté ».
4° 800 livres représentant la dépense des chevaux de Van Boghem « pour luy
(!) On remarquera que les mandements du 1° février 1515 et du 10 mare 1517, cités dans
la requête de Van Boghem sont, vérification faite sur les originaux, datés en « style de Rome »,
tandis que la gageure du 26 février 1528 est, d’après le contexte, datée en style de Pâques
et sa date doit être ramenée au 26 février 1529.
254 MARGUERITE D'AUTRICHE
mesmes en personne a toutes heures aller deux ou trois lieue loing dudict Brouz sur
les perrieres et aultre part solliciter les maticres et monstrer aux compaignons
ce qu'ilz avoyent affere, qu'a pourté prouffit mieulx de IITIM livres a Madicte dame,
a quoy fere ledict maistre Loys n'estoit nullement tenu ».
5° 1000 livres de 40 gros en exécution des lettres de l'archiduchesse du
10 mars 1517, stipulant cette gratification.
6° 500 livres de 40 gros en exécution de la gageure du 26 février 1529.
Au bas de ce mémoire non daté se trouve l’ordonnancement à la date du
12 juillet 1533, d'une somme de 1500 livres de 40 gros, monnaie de Flandre, au
profit de Van Boghem, après accord amiable avec lui, au lieu des 4031 livres qu'il
réclamait. Cette pièce est signée par les exécuteurs testamentaires : A. de LALAING ;
RosrmMBoz ; RUFFAULT.
Houpoy, Gazette des Beaux-Arts, t. VI (1872), p. 174 à 176 (publication incomplète).
FinoT, Van Boghem, p. 220 (citation).
CHARVET, n° LXXXIX. Nopgr. n° 76.
177. - [1533, 12 juillet. — Requête de Conrad Meyt concernant
le règlement de ses gages pour les travaux de Brou (Arch. Nord,
B 459, n° 227178, ancien n° 17925'%, original).
« Conrat Mayt, tailleur d'imaige de feue Madame », qui avait passé marché pour
« faire plusieurs exquis ouvraiges d'imaigeries de malbre et d’allebaistre au couvent
et esglise de Brou » et dont le travail a été reçu par les « maistres ouvriers ad
ce commis », a reçu 1100 livres 40 gros de Flandre, pour ses gages depuis le début
de son travail, somme payée en monnaie de Savoie, alors que son marché prévoyait
le paiement en monnaie de Flandre.
Le cours de l” « escuz soleil », étant à Brou de 50 sous de Savoie, ne vaudrait
en monnaie de Flandre que 36 sous. Meyt a, de ce chef, subi une perte de plus de
5 sous pour chaque livre de Flandre et fait observer que chacune de ces livres ne
lui a jamais été payée que à raison de 21 sous et demi en monnaie de Savoie.
Le préjudice qu’il a subi du fait du change représente 275 livres de 40 gros.
D'autre part, Meyt a dû prolonger son séjour à Brou quinze mois de plus qu'il
n'était nécessaire, parce qu'il a attendu pendant ce temps le marbre des sépultures.
Ïl a droit aux gages de cette période supplémentaire, soit 400 livres de 40 gros.
Le total de la réclamation de Meyt s'élève à 675 livres de 40 gros. Les exécuteurs
testamentaires, par ordonnance du 12 juillet 1533 rédigée au bas de la requête,
lui allouent pour solde 400 livres de 40 gros.
Observalion : Meyt avait annexé à sa requête le procès-verbal de réception
[1531, 5 août], le contrat passé avec Marguerite [1526, 14 avril], le mandement
fixant ses gages [1526, 25 avril]. Ces trois pièces ont été dispersées, vers 1880, sous
les cotes B 459, n° 22638 ; B 2338, n° 82335 et B 459, n° 22624.
Meyt passa quittance de cette somme de 400 livres à Pierre Damant, le
26 septembre 1534 (copic signée par Meyt, aux Archives du royaume à Bruxelles,
fonds de l’Audience, article 339) ({).
(1) Dans ce même dossier, se trouve une lettre inédite adressée par Mevt, le 6 octobre [1532],
au même Pierre Damant, datée de Lons-le-Saunier, concernant la requête de l'artiste, pour
paiement de solde des travaux faits pour « l'œuvre de Madame » et mentionnant le rachat
d'une rente sur une maison qui appartenait au sculpteur.
RÉPERTOIRE DES DOCUMENTS ARCHÉOLOGIQUES RELATIFS A BROU 255
178. - 1533, 12 juillet. — Ordonnancement des frais de déplacement
d'Henri van Pede (‘) et de Gilles Crappe, maîtres maçons des Pays-
Bas (Arch. Nord, B 459, n° 22782, original).
Les exécuteurs testamentaires de l'archiduchesse allouent à ces deux personnages
une somme de 15 livres pour s'être rendus à Anvers, en avril 1533, « pour entendre
et sçavoir d’eulx se ilz vouldroient entreprendre le voiaige de par deça au lieu
de Brou lez Bourg en Bresse, pour visité les ediffices que feue Madicte dame y a fait
faire par maistre Loys van Beughem, ou sinon sur ce avoir de leur advis ».
179. - 1534, 22 décembre, Bruxelles. — Quittance de Louis
Van Boghem pour solde des gages qui lui étaient dus à Brou (Arch.
Nord, B 2385, n° 83753; Archives du royaume, à Bruxelles, fonds
de l’Audience, article 33°, quittance originale).
Van Boghem reconnaît avoir reçu 1500 livres de 40 gros pour solde des gages
à lui dus pour l'exécution des travaux de Brou, depuis l'année 1513. Signé :
LowYcH VAN BoGHEM.
Tno. somm. Arch. Nord, tome V, page 51. Finor, Van Boghem, p. 233; cf. p. 221, à
la date erronée du 22 novembre).
CHarver, n° XCII.
180. - 1535, 20 avril, Bruxelles. — Proposition des exécuteurs
testamentaires de l’archiduchesse sur la requête des religieux de Brou
concernant les travaux et le mobilier de l’église (Arch. Aïn, H 614,
copie contemporaine).
Bâtiment : Réparation des gargouilles et des chéneaux de la toiture. « Parachever
le grand portal de l'église, selon le devys de maistre Loys ». Faire deux voûtes au
clocher « pour assuration d’icelluy, car l’aguille dudict clochier, qui est de piere,
n'est soubtenue sinon sur boys, qui est tres mal seur et on dangier de tomber ».
Terminer les « ambulatoires par lesquieulx on va à la sacristie ». Edifier autour de
l'église et du couvent un mur de {2 pieds pour éviter le vol.
Mobilier : Faire le tableau du prix de 1200 francs pour remplacer celui que
Charles-Quint avait conservé bien qu’il eut été donné par l'archiduchesse. Donner
des chandeliers pour le maïître-autel et les quatorze autres autels qui sont dans
l’église. Enumération de nombreux objets nécessaires à la célébration des offices.
Tombeaux : « Fere des treilliers de cuyvre autourt des sepultures pour la
conservation d'icelles, aultrement les enfans les guatent et rompent et emportent les
pieces que sera ung tres grand dommaige avec le temps. Item, fere ung treillier de
cuyvre qui traverse le cucur pour conserver lesdites sepultures au lieu de celluy
qui est de bois..; fere des cortines autourt des scpultures pour les guarder et
préserver des mouches et poussfier}e..….. »
(*) Le manuscrit porte Henri van Pe, personnage dont le nom est orthographié généralement
sous les formes « Van Pede » ou « Pee ». C'est l'architecte de Bruxelles qui acheva la Maison
dite du Roi sur la grande place de Bruxelles avec la collaboration momentanée de Louis
Van Boghem et construisit complètement l'hôtel de ville d'Audenarde (E. Marc, dans
Biographie nationale de Belgique, tome xvr, 1901, col. 797 à 801).
256 MARGUERITE D'AUTRICHE
Charles-Quint attendit onze ans pour statuer sur cette proposition. Sa décision
est du 1° mai 1546.
Baux, Hist. de Brou, 1854, p. 438 à 447.
CHarverT, n° XCIII et CI.
181. - 1535, 20 mai, Bruxelles. — Ordonnancement par les
exécuteurs testamentaires de Marguerite d’un paiement relatif à Bernard
van Orley chargé d’estimer les tableaux destinés à Brou (Arch. Nord,
B 459, n° 22932, original).
Pierre Damant fournit un mémoire de 43 1. 12 s. pour diverses avances dont
62 s. 6. d. « pour la despense de Estienne Lullier, varlet de chambre de feue madame
et garde de ses librairie et cabinetz a Malines et maistre Bernard d’Orlet, pointre
residant a Bruxelles, qui a l'ordonnance des dis seigneurs executeurs, sont aller le
VI* de mars anno XXX V, stil de Romme, a Malines pour veoir, visiter et fere
extimation des tableaulx et pointures qui sont esdis cabinetz et librairie que Ma dite
feue dame a legué en son cloistre de Brou les Bourg en Bresse, affin que si il plaisoit
a la Royne, a qui appartiennent presentement les dis cabinetz et librairie retenir les
dis tableaulx pour la dite extimation au proffit desdis de Brouz faire le pourroit. En
quoy faisant 11z ont vacqué III jours comprins leur chariage ».
Observation : Cet inventaire a été conservé (Arch. Nord, B 3507, n° 123906) et
débute ainsi: « S'ensuivent les painctures de devotion qui sont encoires es cabinetz
et librairies de feue Madame, oultre celles qui ont esté envoyées a Brouz en Bresse ».
Il a êté publié dans LE GLay, Correspondance de l'empereur Marimilien (Paris, 1839),
tome II, pages 483 et 484; Baux, Hist. église Brou (1854) pages 431 à 434;
Inventaire sommaire Archives Nord, tome VIII (Lille, 1895), pages 212 et 213.
182. - 1536, 22 janvier, n.st., Bruxelles. — Ordonnancement par
les exécuteurs testamentaires de Marguerite au profit de Bernard
van Orley, chargé d’exécuter un tableau pour Brou (Arch. Nord, B 459,
n° 22915, original).
Un acompte de 300 1. de 40 gros est délivré à « maistre Bernard de Orley,
painctre, resident à Bruxelles » sur la somme de 1.200 1., monnaie du comté de
Bourgogne qui lui avait été promise « pour ung beau, exquis et puissant tableau de
bois de Dennemarke qu'il a emprins poindre et livrer a ses despens pour servir sur
le grant autel de l’esglise du couvent de Brouz (‘)..., icelluy tableau fait et parfait en
tout et par tout selon qu'il est amplement devisé.. ou marchef pour ce fait et passé
entre lesdicts executeurs et ledit maistre Bernard, en date du XII* jour d'avril
derrenierement passé ».
183. - 1539, 9 juin. — Récépissé par Jean Mouchet, receveur de
Charolais, commis au paiement des ouvrages du couvent de Brou, d’une
(4) Triptyque, aujourd'hui à N.-D. de Bruges dont la partie centrale représente le Calvaire
et dont les quatre volets figurent le Couronnement d'épines, le Portement de la Croix, la
Déposition et la Descente du Christ aux Limbes. Ce triptyque, commencé par Bernard van
Orlev, fut achevé par Marc Gheeraerts en exécution d'un contrat du 16 juillet 1561 et restauré
en 1539 par Pourbus le jeune. J. WEALE, Bruges et ses environs (Bruges 1884), page 129.
RÉPERTOIRE DES DOCUMENTS ARCHÉOLOGIQUES RELATIFS À BROU 257
somme de 3120 livres tournois pour les travaux à faire à l’église (Arch.
Nord, B 459, pièce 22987, original).
Prévision pour le plomb nécessaire à la réfection des gargouilles, 800 livres.
Construction du mur et du fossé de clôture, 1500 livres. Peinture des portails de
l'église avec de la couleur à l'huile nommée « loywyt », 30 livres. Balustrades pour
les tombeaux, 300 1. Construction de deux voûtes au clocher et achat de deux
cloches, 200 I. Pavage et blanchiement des deux cloîtres, 250 1. Bénitier 40 1. t.
184. - 1539, 21 juillet. — Compte des réparations faites aux vitraux
de Brou (Arch. Aïn, H 614, cahier de 8 feuillets dont 2 blancs,
original).
Le prieur « Egide de Urtro » passe marché avec Antoine Coucon, verrier de
Bourg, pour « rabiller et accoustrer » les verrieres « rompues par grelle et tempeste »,
ainsi qu'avec Benoit Fuma, « serraillieu » à Bourg pour placer des « treilliers de fil
d'ercaux pour rabiller lesdictes verrieres ». Les travaux se poursuivent pendant les
années 1539 et 1540.
Les verrières intéressées sont: « la grant fenestre du portal de st Augustin du
costé de la bisse », appelée aussi « grant fenestre de la croysée de l’eglise du costé
de la bisse », et encore « portel de la nefz du costé de la bisse » ; puis les cinq
« fenestres du chœur » ainsi que celles de la chapelle de l’Archiduchesse et de la
« chapelle de Mons. le Grant maistre » [Gorrevod], et les « deux fenestres de l’oratoire
de feue Madame, qui est sus la vaulte de l’ouratoyre qui est dessoubz ».
Parmi les fournitures employées figurent 406 pieds de « voyrre blanc » à 35.
monnaie de Savoie le pied, le salaire quotidien du verrier étant fixé à 5 s. ; 370 livres
de « fil de louth » ; 8 douzaines de « prin fil de louthon pour lier » ; le transport de
« liges et plateaux pour fayre les chafaulx » ; la « roucaille pour metre es coleurs
du voyrre » ; 12 livres « d’eytain de Cornaille pour soulder le plumbz de verryeres de
l'eglise » ; 13 livres d’ « angons et clavetes pour estacher les treilliers des fenestres
de l’eglise ».
Baux, Mist. Brou, 1854, p. 224 (citations).
185. - 1546. 27 mai. — Ordonnancement par les exécuteurs
testamentaires de Marguerite du paiement d’un modèle en relief de
l’église de Brou pour diriger les travaux de réparations (Arch. Nord,
B 459, n° 22999, pièce 394).
Philippe Laine, maître maçon d'Anvers, reçoit 16 livres de 40 gros pour avoir
exécuté « en modelle pointe une petite esglise faicte a la semblance et selon celle du
cloistre de Brou en Bresse... sans y riens obmettre, et avec ce y mettre, agensir et
ajouster ce qu'il est besoing de fere en ladicte esglise de Brou pour la contregarde
d'icelle ou autrement, tant par les grans vens, grelles, nesges et eaux de pluye que y
tumbent en si grosse abondance sur les gargoilles qui y sont tres mal faictes..,
laquelle eglise en modelle se envoira audict Brou pour servir de monstre et enseigner
les ouvriers, pour non faillir a ce qu’ilz y auront de faire pour la meillieuration et
asseurance d'icelle.…. ».
186. - 1547, 22 août, Bruxelles. — Instructions des exécutsurs
17
258 MARGUERITE D'AUTRICHE
testamentaires de Marguerite adressées au s' de Cormaillon, sur sa
mission à Brou (Arch. Nord, B 19182, n° 44560", original).
Réparation des toitures du chœur, de la « croisée » de la nef, et des chapelles.
Employer des « goutieres de bois couvertes de plomb ». Faire échapper les eaux
pluviales « par corpz de plomb jusques en la terre en dehors et non pas par le dessus
desdictes chappelles, comme elle sont de present, lesquelles goutieres sont esté tres
mal faictes ». On a fait « en modelle une semblable cglise que celle dudit Brouz » pour
mieux faire comprendre les défauts signalés. Faire reblanchir les parties du bâtiment
endommagées par les fuites d'eau. Deux jeunes ouvriers des Pays-Bas partiront pour
participer aux travaux et devront être bien accueillis « et que nulle rudesse ne leur
soit fete ».
Faire édifier autour du couvent et de l'église un mur de 4 pieds en terre et
6 pieds hors terre, bordé d’un fossé de 6 pieds de large et de 6 pieds de profondeur.
Devant les deux portails de l’église, placer deux portes et des treillis de fer « affin
que nuls chevaulx n’y entrent ny approchent lesdicts pourtaulx ».
Faire peindre à l’huile « de couleur blanche que se fait de plomb, et semble unes
couleur d'albastre », les portails pour les préserver de la pluie, « pour ce qu'ilz sont
menuisez et faictz de doulce pierre ».
Faire des « treillis de cuivre jecté ou de fer. pour contregarder les trois
sepultures qui sont au cueur ».
Faire les deux voûtes nécessaires au clocher ct acheter deux cloches moyennes.
Paver les deux cloitres. Faire un bénitier avec le marbre qui est au couvent.
Signé : Loys DE PRAET, RosIMB0Z.
Houpoy, dans Gazette des Beaux-Arts, t. VIII (1873).
CHARVET, n° CIV.
187. - 1548, 10 juin-14 octobre. — Compte dressé par Augustin
Guiguet du Dauphiné, procureur du couvent de Brou, de l’emploi des
sommes mises à sa disposition pour les travaux par le seigneur de
Cormaillon (Arch. Nord, B 459, n° 22999, pièce 407, cahier de
28 feuillets, original).
Détail des prix de matériaux et des salaires d'ouvriers.
188. - 1548, 15 juin, Bourg. — Prix fait des trois « treilliers de
fert carré » placés pour la protection des tombeaux de Brou (Arch. Ain,
H 614, original; copie contemporaine Arch. Nord, B 459, n° 22999%%).
Baux, Aist. Brou, 1854, p. 448.
189. - 1548, 27 juin. — Contrat passé par Guillaume Laurendet,
maitre maçon, pour le pavage de la nef de Brou (Arch. Nord, B 459,
n° 22999, pièce 409).
Laurendet, maçon de Gravelles, paroisse de St-Martin du Mont (Ain), s'engage à
« fere et copper des plactes de pierre de chon tant de long que de large, qu'est
despuis le jubile de l’eglise de Brou jusques au grand portal de ladicte eglise, et
lesquelles plactes coppera et tailliera comme s’appertient.…, jouxte la forme des
aultres plactes quo sont en ladicte eglise de Brou ».._
RÉPERTOIRE DES DOCUMENTS ARCHÉOLOGIQUES RELATIFS A BROU 259
190. - 1548, [juin-octobre]. — Compte rendu aux exécuteurs
testamentaires de l’archiduchesse par Jean de Bonnot, seigneur
de Cormaillon, baïlli de Hal, des travaux exécutés à Brou pendant
l'été 1548 (Arch. Nord, B 459, n° 22999 pièce 405, cahier de
2 + 24 feuillets, original).
Les dépenses faites intéressent les fournitures suivantes :
Pierre de Jasseron pour la clôture du jardin. Pierre de taille blanche de
Ramasse. « Pierres de lozes >» de Sinissiat pour la toiture des chapelles. Trente
grandes pièces de chêne prises en la « foret de lau bletonnée de bon repous pour les
cheneaux et nioguieres ». « Plattes et quarreaulx de terre » pour le pavage des
cloitres. Tuiles pour la toiture des chapelles. Plomb. Fer. Tuiles à crochet. Huile de
noix pour détremper les couleurs « dont les channaulx ont esté paintz >. « Une
grosse corde d’engin servant pour tirer et avaller de dessus l’eglise tant les grosses
pieces de bois que de pierres et aultres ». Crampons de fer. « Clouz a channée pour
emploier et attaicher les crampons desdictes channées ». (Cloux nommés
« brocquettes ». Achat à Lyon « d'or fin en feuille, azur et aultres couleurs.
dont ont esté painctz, dorés et agensez les pommeaux, feullaiges, channées et aultres
choses de decoration faictes aux toitz et fenestraiges de l’egliso ». « Main euvre
et façon de la plus haulte vaulsure du cloichier dudict Brouz, faicte a l’endroit
d'une gallerie estant oudict cloichier ». Pose de trois « trilliz » de fer formant clôture
des trois sépultures.
Paiement à Nicolas du Pré fsir) pour la façon d'un bénitier, à Jean Guillot et
Thomas de Mollin, maîtres fondeurs de cloches de « Romain-sur-Meuse » pour deux
cloches ; à François Jehan, maître maçon et tailleur de pierres d'Ecaussines (‘), pour
s'être rendu de Hal à Brou pour donner son avis sur les travaux.
Le compte s'élève à 453 1. 10 s. 2 d. t., dans laquelle somme est comprise celle
de 1500 1. destinée aux religieux, notamment pour « meublissement d’une librairie ».
Le compte est rédigé en monnaie de Bourgogne, la livre étant comptée à 20 sous
et le sou à 12 deniers. Par comparaison avec la monnaie de Savoie, la livre de
Bourgogne équivaut à 2 florins 1 gros de savoie, le florin de Savoie étant subdivisé
en 12 gros.
191. - 1548, 22 août, Brou, « faict au premier clostre dudict
couvent ». — Prix fait de la sculpture du bénitier de Brou (Arch.
Ain, H 614, original; autre original Arch. Nord, B 459, n° 22999).
Contrat passé par Jean, s' de Cormaillon, représentant Marie do Hongrie, et par
Augustin du Daulphiné, prieur de Brou, au profit de Nicolas Ducré, tailleur de
pierre, né à Bonneville en Faucigny. Le béniticr sera en marbre noir « jouxte la
forme d'ung patron faict et pourtraict en ung folliet de papier, reservé la croix dudict
beneyty, laquelle ledict Nycolas ne sera tenu fere..., ledict maistre Nicolas Ducré
sera tenu de escripre a la molure dudict benoicty les parolles suyvantes : asçavoir
FORTUNE INFORTUNE FORT UNE ».
Baux, Hist. de Brou, 1854, p. 451 à 453.
(4) Ecaussinnes, Belgique, province de Hainaut, à 9 kil. de Soignies dans l'arrondissement
de Mons.
260 MARGUERITE D'AUTRICHE
192. - 1548, 24 septembre. — Contrat passé par Benoît Bernard
et Jean Mulliard, maçons à Bourg pour des travaux complémentaires
au clocher (Arch. Nord, B 459, n° 22999, pièce 418, original).
« Construire une voste au dessus du berfrey du clochi de l’eglise dudict lieu de
Brouz a une cruyse et par dessus icelle cruyse, une voste de carroi ad cuz de fort,
lesqueulx masson seront tenu rompre la murallie dudict cloché pour faire la dicte
voste en seurté, et laysé en ladicte voste une fenestre pour monté dessus ladicte
voste.….. ».
193. - 1557, 7-10 décembre. — Enquête sur le pillage de l’église
et du couvent de Brou (Arch. Ain, H 614, cahier de 13 feuillets,
original).
Les soldats du roi de France, de la compagnie du baron de Digoine, en partie
suisses et gascons, pillent le couvent et l'église vers le 11 octobre 1557, sous prétexte
qu'ils cherchaient du plomb pour faire des balles et qu'ils ne voulaient rien laisser
aux mains des « Bourguignons » de l’armée d'Emmanuel-Philibert, duc de Savoie,
qui venait assiéger Bourg.
Le vicaire de Brou ouvre la porte du couvent à une bande de 200 soldats, en
voyant par leur « escharpes blanches » qu'ils étaient gens du roi. Les hommes se
mirent à « rompre les portes et fenestres et fere bruit tel que c’estoit chose piteuse de
l'oyr », vidant « buffectz, archebans, oratoires et coffres », emportant les vivres et les
vêtements ainsi que 4775 livres de plomb pris sur la toiture, notamment au dessus de la
chapelle de l'archiduchesse, de celle de Gorrevod, ainsi qu'au dessus de la « chapelle
st Antoine » et de la « chapelle de Monsieur qui est du côté de vent ». Les tuyaux de
plomb de l'orgue furent aussi cnlevés: « Sur le jubile, avons treuvé les orgues
dudict couvent toutes rompues et brisées et quant es tuiaulx qui estoient de plomb,
ilz avoicnt esté levèz et ostéz, et les autres tuiaulx estans de bois estoient encores la
pluspart en l'armoire desdictes orgues ».
Baux, Mist. Brou, 1854, p. 453 à 476.
194. - 1613, 28 février. — Rapport concernant les réparations de
l'église de Brou (Arch. Aïn, H 615, pièce authentique).
Dressé à l'occasion d’une demande de subsides adressée au roi de France qui
accorda 1500 1. t. Les réparations les plus urgentes concernaient le clocher
menaçant ruine, la réfection du portail de la façade et celle du « grand portail du
costé de bize appelé st-Augustin » et du « portail appelé ste Monique, du costé du
vent >.
On trouve dans l’intérieur du second cloître, à l'angle sud-est, au-dessus d’une
porte, une inscription mutilée rappelant les travaux de restauration faits en 1614 à
l’époque où Ange de la Morra était prieur, et Oddot Mayre, de Dôle, architecte.
Baux, Aist. de Brou, 1854, p. 250 (extrait).
195. - 1659, 13 février. — Lettres de cachet adressées au prieur
de Brou pour l'installation des augustins réformés de France en ce
couvent (Arch. Ain, H 617).
Les augustins de la Congrégation de Lombardie durent céder à la force pour
RÉPERTOIRE DES DOCUMENTS ARCHÉOLOGIQUES RELATIFS A BROU 261
faire place aux augustins réformés déchaussés de la Congrégation de France. Ils
intentèrent dans la suite un procès qu'ils perdirent en 1662.
L'installation de ces derniers était négociée depuis la convention du 29 août 1658,
que les anciens moines avaient dû subir sous la pression du duc de Savoie, désireux
de faire occuper le couvent par une congrégation richs, capable de supporter les
frais d'entretien. Le procès-verbal de mise en possession au profit des augustins de
France est conservé aux Arch. de l’Ain (H 617) et daté du 14 mars 1659.
Baux, ist. de Brou, 1854, page 261 et 271. Cf. le P. Raphaël, cité par Alloing, dans
Annales Soc. émulat. Ain, 1902, p. 266 à 270.
196. - 1659, 15 mai. — « Rapport judiciel des ruines de l’église
et couvent de Brou et des réparations qu’il y faut faire » (Arch. Ain,
H 615).
Important pour connaître le délabrement des constructions et certaines dispositions
anciennes, aujourd’hui disparues, notamment en ce qui concerne le clocher.
Ce rapport a été dressé par Benoît d’Aurolles, architecte, et Fleury Patrasson,
charpentier, tous deux de Lyon.
Baux, Hist. Brou, 1854, p. 265 à 270 (extraits). |
CHARvET, n° CXVIII (à la date du 15 mai 1649); cf. le travail du même sur les Ædifices
de Brou, page 88.
197. - XVIIe siècle (fin). — Renseignements archéologiques sur
la construction de Brou recueillis par le Père Raphaël (Bourg,
Bibliothèque de la Société d’émulation, manuscrit acheté à la vente
Jules Baux).
Le manuscrit de Bourg, anonyme, a été avec raison restitué au Père Raphaël de
la Vierge Marie, qui fut attaché à Brou peu après 1659, quand le couvent passa aux
augustins déchaussés de la Congrégation de France, et qui a uülisé des comptes,
aujourd'hui disparus, conservés alors aux archives du monastère.
Bien que sa relation ne soit pas exempte d'erreurs, son manuscrit renferme des
parties utiles, rédigées avec plus de critique que les autres compilations venues du
couvent.
Des extraits ont été publiés par ALLroIxG, dans les Annales Sociélé émulation Aïn,
tome XXXV (1902), pages 53 à 75 et 233 à 272.
Une rédaction plus ancienne, non signalée jusqu'à présent, et faisant mention du nom
de l’auteur « Raphaël de la Vierge Marie, prédicateur augustin déchaussé de la province de
Dauphiné », existe à la bibliothèque de Dijon, dans le fonds Baudot, ms 44, folio 2 à 22.
Voir des extraits dans BruCHET, Marguerite d'Autriche, p. 441 à 447.
198. - 1759. — Restauration de l’église de Brou avec le concours
des Etats de Bresse (Archives Ain).
Substitution d’une toiture « à la Mansard », actuellement subsistante, à celle qui
avait ôté établie primitivement.
Le système d'écoulement des eaux fut complètement modifié, entraînant un
changement très fâcheux dans les lignes extérieures du monument.
Cette restauration, indispensable pour la protection du monument, nécessita la
262 MARGUERITE D'AUTRICHE
surélévation des murs : ceux du chœur furent haussés de six pieds : ceux de la nef,
de quatre. On changea aussi le beffroi du clocher.
RaAPHAËL de la VIERGE MARIE, cité par ALLOING, dans Annales Société émulation Ain,
1902, page 233. CHaRveT, dans Edifices de Brou, page 89, a étudié minutieusement cette
transformation de la toiture. Cf. Baux, Histoire de Brou, 1854, p. 288 (mentions).
199. - 1791, 17 février. — Rapport sur l’église et sur le couvent
de Brou par Chauvereische, architecte (Arch. de l’Aïn).
Important pour faire connaître la distribution du couvent avant sa transformation
et la disposition de l’appartement de l’archiduchesse.
CHARVET, n° CXIX. Cf. CHARvVET, É‘difices de Brou, p. 35 et 90.
200. -1793, 21 mai. — Arrêté du Conseil général du département
de l’Ain concernant la destruction du tombeau de Gorrevod (Arch.
Aïn, série L).
Réquisition du bronze pour la fabrication des canons, notamment des « mausolées
en bronze » conservés à Brou, à Coligny et à Montrevel », de trop mauvais goût pour
devoir être conservés comme monuments des arts » ({).
Baux, Mist. de Brou, 1854, p. 295.
201. -[1794, 4 avril}, an IT germinal, Epidor, ci-devant Bourg.
— Compte rendu de la destruction partielle du clocher de Brou par
l'atelier de charité installé au couvent (Arch. Ain, série L).
La destruction n’intéresse que le dôme et la flèche. Le reste de la construction a
subsisté.
Baux, Hist. Brou, 1854, p. 296.
202. - 1856, 1 décembre, Brou. — Procès-verbal de reconnais-
sance des sépultures de Brou (Arch. Ain, H 668).
Une fouille pratiquée le 17 septembre 1856 avait permis de déterminer l’empla-
cement exact du caveau ducal. La reconnaissance solennelle des sépultures se fit le
1° décembre suivant, jour anniversaire de la mort de Marguerite, en présence du
comte Somis de Chiavrie, représentant le roi de Sardaigne, du préfet de l’Ain, de
l'évêque de Belley, du comte de Quinsonas, de J. Baux archiviste départemental, de
Dupasquier, architecte, du docteur Dupré et de quelques autres personnes.
Sur le cercueil de Marguerite de Bourbon (morte le 24 avril), une inscription
rappelait son ensevelissement à la date du 27 avril 1483. La partie inférieure du
tombeau s'était eflondrée entrainant l’affaissement partiel du corps à partir de la
poitrine jusqu'aux pieds. Le squelette a pu être presque complètement reconstitué par
le docteur Dupré. La défunte avait des cheveux châtains.
Le cercueil de Philibert le Beau n’a pas été ouvert, parce qu'il était intact, sauf
une petite partie de l'enveloppe du plomb. Ses dimensions laissaient supposer un corps
de taille gigantesque. Le cercueil, dont la boîte extérieure était en plomb, était
(1) La description du tombeau de Gorrevod a été donnée par P. RAPHAËL. (ALLOING dans
Annales Société émulation Ain, 1902, page 245).
RÉPERTOIRE DES DOCUMENTS ARCHÉOLOGIQUES RELATIFS A BROU 263
recouvert d'une inscription en relief rappelant que le souverain, mort au château de
Pont d’Ain, le 10 septembre 1504, avait été enseveli à Brou, le 16 dudit mois ({).
Le cercueil extérieur de Marguerite d'Autriche était en bois. Sa forme n’a pas été
décrite, car les parois étaient détruites par la pourriture. L’enveloppe intérieure, en
plomb, moulait le corps, simulant une momie. L’un des chevalets de fer, celui du
milieu, sous l’action de la rouille, s'était effondré, entraînant l’affaissement du corps.
La tête, bien conservée, était encore garnie d’une assez grande quantité de cheveux
roux et présentait les traces d’une autopsie. « La voûte du crâne était séparée de la
base par un trait de scie qui, partant du niveau des bosses frontales, se prolonge de
chaque côté à travers les pariétaux jusque près de l'articulation de ces os avec
l'occipital. Dans ce point, la scie a cessé d'agir et les médecins, chargés de cette
opération, ont fait levier à la partie antérieure et ont rompu l'articulation des
pariétaux avec l'occipital pour pouvoir enlever la voûte du crâne, sur lequel on
coustate l'angle rentrant formé par les deux pariétaux, tandis que l’occipital reste
tout entier à la base. A la partie inférieure du cercueil, nous avons recueilli les deux
jambes et les pieds, enveloppés isolément de débris de peau, et nous avons pu les
transporter en bloc dans le cercueil provisoire. Nous avons alors recherché les parties
qui pouvaient être sur le sol, et nous avons retrouvé le maxillaire inférieur dégarni
de deux incisives, dont l’une a du être perdue du vivant de la princesse. Il manquait
également deux petites et grosses molaires du côté droit et deux molaires du côté
gauche. Ces dents ont dû manquer pendant la vie, ce que prouve la conformation et
l'obturation complète des alvéoles. Nous avons retrouvé deux côtes entières et
trente-quatre fragments de côtes et absence complète du sternum. Ce grand nombre
de fragments de côtes tient vraisemblablement à l'ouverture de la poitrine qui a du
avoir lieu pour en extraire le cœur de la princesse, conformément à son testament.
Nous n'avons pu recueillir que vingt et une vertèbres, plus ou moins altérées. Il
manquait deux cervicales et une dorsale. Les os du bassin, sauf le coccyx, sont dans
un assez bon état de conservation, ainsi que les deux fémurs et les deux rotules. Pour
les membres supérieurs, nous avons recueilli les deux clavicules intactes ; la partie
scapulaire des deux omoplates n'existe pas, et il ne reste de ces os que les apophyses
coracoïdes et les parties articulaires. L'humérus droit est bien conservé, mais la tête
de l’humérus gauche est détachée du corps de l'os. Les os des avant-bras, peu avariés,
existent de chaque côté. Pour les mains, nous n'avons pas trouvé trace des os du
carpe ; mais nous avons pu recueillir huit os du métacarpe et dix phalanges.. Les
corps des deux princesses paraissent avoir été placés dans leur cercueil respectif
enveloppés d'un linceul en cuir de vache... Les cuirs sont tannés, gaufrés, avec
ornements découpés et tailladés ».
L'archiduchesse était revêtue de la robe des religieuses de l’Annonciade.
Une inscription latine, en caractères gothiques, gravés en creux sur cuivre
et émaillés de noir, était placée sur le mur et rappelait que la Régente était
morte à Malines en 1530, le jour des calendes de décembre (1* décembre). La stèle
de pierre blanche, renfermant l'inscription de cuivre commémorant les titres et
dignités de l’archiduchesse, au lieu d'être scelléo sur la colonne servant de support
n'était que « maintenue d’aplomb par une mince cale en bois qui, au moindre choc,
n6 l’eut pas empêché de vaciller et de tomber sur le cercueil ».
En dehors des renseignements donnés par le procès-verbal officiel, une lettre
d’un témoin oculaire, le comte de Quinsonas, donne des détails impressionnants :
(1) Cette date est confirmée par le compte des obsèques de Philibert (QuINsonas, Matériaux
(t. I, p. 82).
264 MARGUERITE D'AUTRICHE
« À la lueur des lampes, j'embrassais bien l’ensemble de cette scène imposante et
lugubre... Entre les trois cercueils et les murs du caveau régnait un étroit passage
permettant à peine aux dix spectateurs justement émus d’entourer ces trois
personnages célèbres dont on entend souvent les noms retentir dans l’histoire. Dans
ce grand cercueil, étendu sous le mausolée, celui qui fut le Duc de Savoie, Philibert
le Beau. A sa droite était bien le cercueil en plomb de la Princesse de Bourbon, sa
mère ; à sa gauche. celui de. la fille des Césars, tous deux, hélas! presque vides,
rompus et brisés dans la partie inférieure; et sous les tréteaux de fer, altérés
profondément par la rouille, gisaient épars quelques débris sans nom... Le cercueil
[de Philibert le Beau] occupe exactement le centre du caveau mortuaire ; son volume
est le double des deux autres. Il repose sur un chevalet massif de fer forgé qui
pourrait encore défier bien des siècles. Nous vimes, en tête de l'inscription, et déposée
là comme un emblème de la Souveraineté, une couronne ou diadème à douze pointes
arrondies en forme de perles ; elle est en cuivre doré, sans émail, avec des pierreries
simulées en bosse, au repoussé et peintes. Je vois encore le cercueil de Philibert le
Beau servant de table et supportant les lampes. M. Dupasquier et vous [Jules Baux]
écriviez chacun à un bout les détails du procès-verbal, ayant près de votre papier
cette couronne illusoire de paillon doré. Votre émotion était visible, aussi bien que
celle du bon docteur Dupré, pendant que. vous recherchiez, à l’aide de la science,
la place de chaque débris humain qu'il fallait auparavant retirer de cette poussière
humaine, puis le reconnaître et le décrire au procès-verbal... Sur un lit de mousseline,
on reconstituait soigneusement les restes de Marguerite d'Autriche... Lorsque le
docteur Dupré eut complété l'ensemble de la tête par le rapprochement du maxillaire
inférieur, que nous venions de retrouver, nous pûmes alors échanger à voie basse les
impressions... On voyait encore, en quantité suffisante et en état complet de conser-
vation pour en apprécier la belle couleur, cette admirable et abondante chevelure
dorée. Il vous fallut six heures d'un consciencieux et émouvant travail continu pour
parfaire cette œuvre patiente de reconstituer à peu près deux squelettes à demi-
consumés.. La dimension des ossements indique que, sans être grande, Marguerite
[d'Autriche], d'une taille au-dessus de la moyenne, dut être heureusement propor-
tionnée.. Quoique la princesse soit morte à cinquante ans, il ne se trouvait aucune
trace de cheveux gris ».
Le cercueil de Philibert le Beau qui n’était que dessoudé à la partie supérieure,
ne fut pas ouvert. En soulevant la plaque de plomb formant l'enveloppe extérieure,
on constata l'existence d’une seconde enveloppe de cuir servant de gaine à un solide
cercueil de chêne parfaitement conservé. Ce cercueil était énorme, mesurant
2 mètres 27 de longueur.
Les murs du caveau étaient « grossierement blanchis à la chaux ». Des inscriptions,
charbonnées à la hâte d’un simple trait, rappelaient les dates funèbres 1483, 1504,
1530, et quelques sentences sur la brièveté de la vie.
L'épaisseur du lit de mortier couvrant le caveau était telle qu'elle défait toute
percussion si l’on voulait au-dehors déterminer l'emplacement. La sépulture fut
ainsi inviolée sous la Révolution.
Le 2 décembre 1856 lendemain du jour de cette exhumation, une solennité
religieuse fut célébrée à Brou pour la translation des tombeaux dans un caveau
provisoire, en présence des autorités. 246 personnes de distinction avaient pris place
sur le jubé pour entendre l'oraison funèbre prononcée par l'évêque de Bellay. Les
corps des deux princesses furent extraits, tandis que celui de Philibert, resté sur
place à cause de son poids, n'était représenté que par un simulacre. Les cercueils
furent portés processionnellement dans un autre caveau, en faisant le tour du jubé,
RÉPERTOIRE DES DOCUMENTS ARCHÉOLOGIQUES RELATIFS A BROU 265
en attendant l'appropriation définitive du caveau ducal et la substitution de tables de
marbre aux chevalets de fer. Puis, dans l'ancien couvent, affecté au Grand Séminaire,
le comte de Somis, au nom du roi de Sardaigne et le Préfet, organe de l'Empereur,
prononcèrent quelques paroles. L’historien des Pays-Bas, Gachard, exprimera plus
tard le regret de la non-participation de la Belgique à cette cérémonie. Oubli
symbolique : en Bresse, au XIX° siècle, on ignorait comme au XVI* siécle la
lointaine Malines.
La réinhumation des corps eut lieu, dans le caveau ducal restauré, le 8 juillet 1858
après une messe pontificale célébrée par le cardinal Donnet, archevêque de Bordeaux.
Plus tard, lors de la réfection du pavage du chœur, on réouvrit le caveau ducal le
23 juillet 1900 et l’on constata son parfait état.
Les procès-verbaux du 1®° décembre 1856 et du 8 juillet 1858 ont été publiés dans de
Quixsonas, Matériaux pour servir à Phistoire de Marguerite d'Autriche (Paris, 1860),
tome III, p. 149 à 164 et 257 à 267. Duray, Eglise de Brou et ses tombeaux (2° édition.
Lyon, 1879), pages 166 à 177, a réédité le procès-verbal de 1858. Les lettres à Jules Baux
sont imprimées dans de Quinsonas, pages 1 à 47 et 73 à 147.
Cf. Van Der MEERSCH. Ouverture du tombeau de Marguerite d'Autriche, dans Messager
des sciences et des arts (Gand, 1857), page 373.
203. - 1902, 6 février, Brou. — Procès-verbal de la réinhumation
des membres de la famille de Gorrevod (Annales Sociélé émulation
Ain, tome XXXV, 1902, p. 199 à 201).
Lors de la réfection du dallage du chœur, on avait ouvert le caveau des Gorrevod
le 30 novembre 1901. On constate la présence de six corps, ceux de Laurent I de
Gorrevod, fondateur de la chapelle, ancien chevalier d'honneur de Marguerite
d'Autriche, mort à Barcelone le 6 août 1529 ; da Philiberte de La Palud, sa
première femme, morte avant 1509, et de Claude de Rivoire, sa seconde femme,
morte en 1535; et celui d’un jeune enfant ainsi que ceux de Jean de Gorrevod,
mort en 1544, et de Laurent II de Gorrevod, mort en 1581, neveux de Laurent I.
Les quatre premiers de ces personnages étaient représentés sur le mausolée de
cuivre, qui fut détruit à la Révolution.
La sépulture avait été violée. Les cercueils étaient effondrés.
Le D' Passerat fit la reconstitution anatomique des ossements épars. Les squelettes
furent placés dans quatre cercueils dont l’un contenait Laurent I et son fils, et un
autre renfermait les restes des deux femmes.
M. le chanoine Perretant, M. Ferret, architecte et M. Chanut, entrepreneur
assistèrent à la réinhumation qui eut un caractère privé.
Cf. FERRET, Les Caveaux de Brou, dans Annales Société émulation Ain, t. XXXV, (1902),
pages 170 à 180 et pages 199 à 201. Cf. t. XLV (1912), p. 340.
APPENDICE II
Bibliographie de Brou.
4.- ALLOING (L). Un manuscrit sur Brou, dans Annales Société émulation Ain,
tome xxxv (Bourg, 1902), pages 53 à 75 et 233 à 272.
Etude du manuscrit du [Père Raphaël de la Vierge Marie] intitulé « Description historique
de la belle église et du couvent de Brou » conservé à la Bibliothèque de la Société d’émulation
de l'Ain.
2. - AMANTON (C. A.). Notice sur André Colomban, architecte. Bourg, 1840,
32 p., in-8° (ext. Annuaire département Ain, 1840).
L'auteur ne soupçonne pas le caractère légendaire de son personnage. Voir aussi le
Supplément à la Biographie des hommes célèbres de P Ain, t. Il (1840).
3. - BANCEL (E. M.). Jehan Perréal dit Jehan de Paris, peintre et valet de
chambre des rois Charles VIII, Louis XII et François I“. Recherches sur sa vie et
sur son œuvre. Paris, 1885, 1v + 248 p., in-8° avec planches (tirage 120 ex.).
Indépendamment des travaux sur Perréal mentionnés dans la présente bibliographie,
on peut encore consulter G. Guicug (dans Bibliothèque historique du Lyonnais, t. ] p. 60
et dans Bibl. Ecole chartes, t. Lxur, 1902, p. 338 à 351); P. Moreau (dans Méëm. Soc.
histor. Cher, 4 série t. v, 1889, p. 31); A. PéricauD (dans Compée rendu Soc. ditt. Lyon,
10 février 1858); F. Roze (dans Archives art français, 2° série, t. 1, 1861, p. 15 à 142);
J. Renouvier, Jehan de Paris, Lyon, 1861; Reure, L’Entrée à Lyon de François de Rohan,
Lyon, 1900 ; MauLe LA CLAvVIÈRE, Jean Perréal, Paris, 1896, 123 p. avec pl.
4. - Baux (Jules). Recherches historiques et archéologiques sur l’église de Brou.
Bourg, 1844, 332 + 176 p., in-8°.
5. - Baux (Jules). Histoire de l’église de Brou. 2° édition, Lyon, 1854, xvi +
508 p., in-12.
Une autre édition a été faite la même année sur papier in-8°. Une 3° édition a paru
à Bourg en 1862.
6. - Baux (Jules). Procès-verbal de la reconnaissance des sépultures de Brou.
Voir ci-dessous n° 98 et 99.
7.- BECKER (Ph.-Aug.). Jean Lemaire, der erste humanistiche Dichter Frank-
reichs. Strasbourg, 1893, 376 p. (cf. Zeitschrift fur rom. Phal., t. xix (1895),
p. 254 et 542 et Romania, t. xxu (1893), p. 601 à 603.
8. - BÉGULE (Lucien). Les vitraux du Moyen âge et de la Renaissance dans la
région lyonnaise et spécialement dans l’ancien diocèse de Lyon. Paris, 1911,
VIII-255 p., in-4° avec planches.
Contient, pages 165 à 200, une notice de V. Nongr sur les vitraux de Brou avec
268 MARGUERITE D'AUTRICHE
49 phototypies et 5 héliogravures intéressant non seulement les vitraux mais la statuaire et
l'iconographie de Marguerite. La description des vitraux héraldiques du chœur se trouve
pages 196 à 200.
9. - BLONDEAU [de CHARNAGE (C. F.)]. Paradoxe suivi de quelques observations
sur l’église de Saint-Nicolas, située près de Bourg-en-Bresse. Paris, 1749, 8 p., in-16.
Mentionne, au pied du grand portail, le cadran solaire. Parle aussi de la petite chapelle
placée à gauche en entrant «remarquable par la singularité que les insectes qui y entrent
perdent à l'instant la vie». L'auteur s’est rendu à Brou vers 1724. Un religieux lui dit
qu'ils n'avaient pas encore eu l’occasion de faire imprimer la description de leur église.
Mentionne dans la chapelle de Gorrevod le tombeau en « bronze » de ce personnage avec
deux femmes et un enfant.
10. - BrossaRD (J.). Inventaire sommaire des Archives départementales de l'Ain.
Séries G et H. Bourg, 1891, in-4°.
Contient, sous les numéros H 605 à 668 l'analyse des documents relatifs aux Augustins
de Brou.
11. - BRUCHET (Max). Archives départementales du Nord. Répertoire numérique :
Série B, Chambre des Comptes de Lille. Lille, 1921, Fascicule 1, Lxvn + 515 pages
in-4°, Fascicule 11, xxxn + 253 pages in-4°.
Les articles relatifs à Brou portent les cotes B 751, 857, 19181 à 19184, 19259.
Voir aussi, à l'index, aux mots BARANGIER, CHIviLLIARD, CARA, CoLomBe, LEMAIRE, MaAxIN,
PERRÉAL, VAN BOGHEM.
Les papiers de la chancellerie de Marguerite d'Autriche portent les cotes B 18824 à
18810, 18844 à 19258.
12. — BRUCHET (Max). Jean de Tournay dit Bonnes Nouvelles, héraut d'armes
[de l'Ordre de l’Annonciade] dans Bulletin Comité flamand de France, Lille 1926,
pages 230 à 239.
Ce personnage brigua en 1512 la succession de la charge de «solliciteur » de Brou.
13. - CHaravay (Étienne). Jehan Lemaire de Belges, indiciaire de Marguerite
d'Autriche, et Jehan Perréal de Paris, pourtraicteur de l’église de Brou. Documents
inédits. Paris, 1876, 19 p. in-8° (ext. Revue des documents historiques, tome 1,
p. 36 à 43 et 109 à 118).
14. - CHARVET (E. L. G.). Jehan Perréal, Clément Trie et Ed. Grand. Lyon,
1874, 253 p. in-8°, avec planches (ext. des Annales Soc. académique architecture
Lyon, t. 1v, Lyon, 1875).
15. - CHARVET (E. L. G.). Les édifices de Brou à Bourg-en-Bresse depuis le
xvI° siècle jusqu'à nos jours. Paris, 1897, 142 p. in-8° avec dessins (ext. Réunion
Soc. Beaux-Arts, 1897).
Les dessins intéressent notamment le plan de l’église et du couvent (p. 48), les piliers
du transept (p. 56) et de la nef (p. 57), 10 croquis de la petite statuaire des tombeaux avant
les restaurations (p. 71, 72, 116, 121, 125).
16. - CHARVET (E. L. G.). Répertoire des pièces justificatives [concernant l’église
de Brou], dans Lee édifices de Brou, 1897, pages 129 à 142.
124 brèves analyses de documents de 1505 à 1896.
BIBLIOGRAPHIE DE BROU 269
17. - Cocuin (Claude). Jean Lemaire de Belges, Michel Colombe, Jean Perréal
et la construction du tombeau de Philibert de Savoie, dans Comptes rendus Académie
Inscriptions 1913, p. 653 à 667.
18. - Cocxin (Claude) et Max BRucHET. Une lettre médite de Michel Colombe
suivie de nouveaux documents sur Jean Perréal et Jean Lemaire de Belges. Paris,
1914, 53 p. in-8°
19. - Cocun (Claude). Michel Colombe et ses projets pour l’église de Brou, dans
Revue Art ancien et moderne, 1914, pages 111 à 116, avec 2 fig.
20. - CocxiN (Claude). Pietro Torrigiani en Flandre. Un lien artistique entre
l'Italie, la Flandre et l'Angleterre. Paris, 1919, 6 p. in-4° avec pl. (ext. Revue art
ancien el moderne).
21. - CussiNET (F. J.). Essai sur l'histoire de Marguerite d'Autriche et sur le
monastère de Brou... tiré d’un ancien manuscrit qui était dans la Bibliothèque du
couvent (1747). Lyon, J. M. Barret, 1837, 79 p. in-&°.
Cet auteur suit la tradition légendaire de Brou qu’il a connue d’après un mauvais
exemplaire du ms. du P. SÉBASTIEN de SAINTE-CLAIRE.
Cet ouvrage a été inscrit, dans certains catalogues, sous le nom de BARRET, qui est
celui de l’imprimeur.
22. - DEHAISNES. Inventaire sommaire des Archives départementales. Nord, série
B, Chambre des Comptes de Lille, n° 1842 à 2338. Tome 1v, Lille, 1881, in-4°.
Les articles suivants contiennent des pièces intéressant Brou : B 2200, 2215, 2219,
2221, 2222, 2225, 2230, 2236, 2252, 2266, 2278, 2279, 2319, 2327, 2336.
23. - DELISLE (Léopold). [Lettre de J. Lemaire à Marguerite relative à la cons-
truction de Brou] dans Bull. Soc. histoire Paris, tome n1 (1875), page 162.
Il s’agit de la lettre datée du 20 novembre 1510.
24. - Deroy et Ficnor. Album de l’église de Brou, érigée à Bourg-en-Bresse de
1506 à 1536. Bourg, 1856, in-4° avec planches.
25. - Dirox. Histoire de Dieu. Paris, 1843, in-4°.
Voir, page 291, la description du Vitrail de l'Assomption, à Brou, et la frise du
Triomphe de la Foi.
26. - DdroN. Marché passé en 1526 pour la confection des trois tombeaux de
Brou par C. Meyt, dans Annales archéologiques, 1844, tome 1, page 94.
27. - DorEez (Léon). Nouvelles recherches sur Michel-Ange et son entourage.
Paris, 1918, 64 p., in-8° (extrait de Bibliothèque Ecole Chartres, tome Lxxvu, année
1916 et tome LxxvIT, année 1917). |
Voir pages 31 à 37, la notice sur le sculpteur Pietro Torrigiano et Marguerite d'Autriche.
28. - Duray (J. C.). Notice sur Brou à l'occasion de 7 nouveaux documents
trouvés dans les anciennes archives de Flandres... Bourg, 1844, 46 pages in-8° (ext.
Annuaire Ain).
270 MARGUERITE D'AUTRICHE
29. - Duray (J. C,). Dissertation sur de nouveaux documents trouvés dans les
Archives du département du Nord concernant l’église de Brou depuis 1505 jusqu'en
1527. Bourg, 1847, 48 + 27 pages in-8° (ext. Journal agriculture Ain, 35° année,
1846).
La dernière partie contient l’analyse de 89 documents dont 28 intéressent Brou.
30. - Duray (J. C.). Observations sur la correspondance de Jean Perréal dit de
Paris avec Marguerite d'Autriche concernant l'église de Brou. Bourg, 1853, 30 p.
(ext. Journal agricult. Ain, 42° année, p. 129 à 161).
31. - Duray (J. C.). Essai biographique sur Jehan Perréal dit Jehan de Paris.
Lyon, 1864, 96 p. in-8° (ext. Mém. Soc. litléraire Lyon, 1863, pages 105 à 200).
Cf. Revue du Lyonnais, 2° série, tome xxvu (1863-1865) et Cuaz, dans Journal
agricullure Ain, t. xLvint (1864), p. 353.
32. - Duray (J. C.). Maistre Loys van Boghem, maistre masson flamand, dans
Journal agricult. Ain, 65° année (Bourg, 1865), p. 90 à 94.
33. - Duray (J. C.). L'église de Brou et ses tombeaux. Lyon, 1867, 2 + 174 p.
in-12. 2° édition, Lyon, 1879, 180 p. in-12.
Le frontispice, gravé par Fr. Hillemacker en 1867, représente Marguerite d'Autriche
en buste, de face, la tête ceinte de la couronne ducale, les cheveux flottants sur un
manteau d’hermine attaché par un bijou au blason d'Autriche et Bourgogne. Légende
MARGARITA. MAXIMILIAN. CÆSARIS. AVGVSTI. FILIA. PHILIBERTI II. SAB.
DVCIS. VXOR. SECVNDA. Ce serait la reproduction d'un portrait attribué à Jean Perréal
conservé au Palais royal à Turin.
34. - Duray (J. C.). Jean Perréal dit Jehan de Paris, peintre, architecte et maître
verrier, dans Annales Soc. émulalion Ain, tome n (1869), p. 334 à 345. Cf. Mém.
Société littéraire Lyon, année 1869, pages 235 à 248 et Revue du Lyonnais, 3° sèrie,
tome 1x (1870), pages 50 à 63.
35. - Duray (J. C.). Brou et ses architectes. Bourg, 1877, 20 p. in-16.
36. - Duray (J. C.). Notice sur l'église de Brou, suivie d'observations sur la
correspondance de J. Perréal avec Marguerite d'Autriche. Bourg, 1879, 82 p. in-12.
37. - Duray (J. C.). Contrat de Conrad Meyt [en 1526] pour les tombeaux de
Brou, dans Revue Société littéraire Ain, tome x (1883), p. 228.
Sur les travaux de Dufay, voir E. Mnuier, Notice nécrologique de Dufay dans Revue Soc.
littéraire Ain, tome xvi (1887), page 93.
38. - DuPpaAsQuIER (Louis) et A. N. DIprRoN. Monographie de Notre-Dame de Brou.
Lyon, 1842, vi + 71 p. in-4° et album in-folio de 32 planches, en chromolithogra-
phies d'Engelmann et Graf et lithographies de Giniez. Cf. Savy, dans Mémoires Soc.
hit. Lyon, année 1867, p. 255.
Planches très remarquables d'exécution, en grand format, représentant : 1°
” Marguerite d'Autriche (vitrail du chœur). 2 Plan coté de l’église, sans les cloîtres.
3° à 6° Plan, élévation et détails du tombeau de Marguerite d'Autriche. 7 Façade
principale de l’église. 8° Philibert le Beau (vitrail du chœur). 9 à 11° Plan, élévation et
détails du tombeau de Philibert. 12° à 15° Vitraux du chœur. 16° Stalles. 17° Plan du Jubé.
18° Pavement du chœur et de la chapelle de la Vierge. 19 Vitrail de la Chaste Suzanne.
BIBLIOGRAPHIE DE BROU 271
20° et 21° Retable des Sept Joies. 22° Clefs de la voûte de Chapelle de l'Archiduchesse.
23° à 26° Vitrail de l’Assomption. 27° Petite statuaire des tombeaux et du retable. 28° Stalles
en albâtre de la Chapelle de l’Archiduchesse. 29° Oratoires de Marguerite. 30° Vitrail de la
Chapelle de Gorrevod.
39. - ENLART (Camille) et Jules RousseL. Catalogue général. Musée de sculpture
comparée au Trocadéro. Nouv. édition. T. n, France, Epoque gothique. Paris 1926,
128 p. in-8° avec 32 planches (voir les articles E 28 à E 30 relatifs à Brou).
Les articles E28 à E 30 intéressent les tombeaux de Philibert et de Marguerite de Bourbon
et la statue de Marguerite gisante les cheveux déroulés.
40. - Excursion à Bourg et à Brou, dans Congrès archéologique de France.
LxvI* session. Séances générales tenues à Mâcon en 1899 (Paris, 1901), p. 57 à 59.
41. - FERRET (F.). L'église de Brou. L'architecte, la construction, la restauration
au XIX° siècle. Bourg, 1911, 83 p. avec planches. Introduction par H. PERRETANT
(extrait des Annales Soctélé émulation Ain, 1911, p. 137 à 172).
Reproduction de la statue érigée en 1890 dans le square des Sablons, à Bruxelles, à
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de Bruxelles. Fait la biographie de ce personnage.
__ 42 - FERRET (F.). Les caveaux de Brou, 1900-1902, dans Annales Soc. émulation
Ain, t. xxxv, 1902, p. 148 à 201.
43. - FERRET (F.). Les réparations de l’église de Brou de 1881 à 1905, dans
Annales Sociélé émulation Ain, 45° année (1912), pages 310 à 351.
44. - FiLLON (B). Documents relatifs aux œuvres de Michel Colombe. Lettres de
Jean Perréal, dans Poilou et Vendée, tome n (Fontenay, 1865), pages 5 à 11.
45. - FINorT (Jules). Louis Van Boghem, architecte de Brou, dans Réunion
Sociétés Beaux-Arts, 12° session (Paris, 1888), pages 187 à 234.
46. - FRANCON (F.). Les carrelages du chœur de l’église de Brou dans Annales
Société émulation Ain, 1926, p. 233 à 240.
47. - Gauthier (Jules). Conrad Meyt et les sculpteurs de Brou dans Réunion
Sociélés Beaux-Arts, 22° session (1898), page 250 à 282.
48. - Gazette des Beaux-Arts. Iconographie de Brou.
Retable de la Vierge 1887, page 149. Grand portail 18923, p. 433. Tombeau de
Philibert 1896, p. 377. Carreau de pavage aujourd’hui au Louvre, 18973, p. 147. Vitrail
de l’Assomption, 19063, p. 96.
49. - GERMAIN (Alphonse). L'œuvre flamande de Brou, dans les Arts anciens de
Flandre, tome vi, 1914, pages 149 à 162 avec 3 planches.
Héliogravures grand format représentant le tombeau de Marguerite d'Autriche, les deux
compartiments inférieurs du Retable des Sept Joies et les stalles.
50. - GERMAIN (Alphonse). Le prieuré de Brou, dans la Revue française hebilo-
madaire, 1922, 20 août, pages 209 à 211, avec photogr.
272 MARGUERITE D'AUTRICHE
51. - GRANDMAISON (Ch. de). Documents inédits pour servir à l’histoire des arts
en Touraine, dans Mém. Soc. archéol. Touraine, t. xx (1870).
Publie p. 194 à 199 le contrat du 3 déc. 1511, exécuté par Michel Colombe.
Cf. Rouizcer, Michel Colombe et son œuvre. Tours, 1884, in 8° (extr. Annales Soc. agricult.
Indre-et-Loire).
52. - GRANDMAISON (Ch. de). Lettre de Chevillard à Marguerite d'Autriche, dans
Réunion Sociétés Beaux-Arts, tome xxvur, 1904.
53. - GROSSETESTE. L'église de Brou et la cartuja de Miraflores, dans Annales
Sociélé émulalion Ain, tome xL, 1907, page 229 à 232 et dans Comple-rendu
Congrès avancement des Scirnres, Lille, 1909, page 1410.
54. - Guy (Henry). Histoire de la poésie française au X VE siècle. Tome 1. L'École
des rhétoriqueurs. Paris, 1910, in-8° (thèse de doctorat-ès-lettres).
Contient, pages 174 à 206, une notice sur Jean Lemaire avec détails sur Brou.
55. - Histoire de Brou. Bourg, Bottier, 1840, in-12.
Ouvrage de vulgarisation tiré à 2.000 exemplaires. SrrAND, Bibliogr. Ain, n° 2220.
Contient aussi la dissertation de M. Puvis sur Brou.
56. - Houpoy (Jules). Marguerite d'Autriche. L'église de Brou. Les artistes de la
Renaissance en Flandre, dans Gazette des Beaux-Arts, t. v, (1872), pages 515 à
518; t. vi (1872), p. 170 à 176, p. 350 à 352; t. vin (1873) p. 261.
57. - H. G. Un cas de vandalisme à l’église de Brou, dans Bull. monumental.
Soc. franc. archéologie. Tome L (1884), formant le t. xu de la 5° série, p. 685.
Mutilation des angelots nus qui surmontent le mausolée de Philibert.
58. - Inauguration d'une plaque de marbre au prieuré de Brou en hommage à
Thomas Riboud, dans Annales Sociélé émulation Ain, 1925, p. 90 à 103.
Th. Riboud (1755-1835), procureur-général-syndic de l'Ain, a sauvé Brou sous la
Révolution en faisant classer l'édifice et les tombeaux comme monument national par
décret du 13 mars 1791.
59. - JARRIN (Ch.). Brou. La légende. La question d'art. Bourg, 1877, 66 p. in-8°.
60. - JARRIN (Ch.). Brou, sa construction, ses architectes, sa valeur comme œuvre
d'art. Bourg, 1888, 220 p. in-8° (ext. Annales Société émulalion Ain, tome xx, 1887).
Voir du même auteur, dans la même publication, tome vi, 1873, p. 280 ; tome 1x,
1876, p. 305.
61.- JourNouD (E.). Un motif de l’église de Brou. Lyon, 1883, in 8° avec 2 planches
(extrait des Annales Société Académie archilecture Lyon, tome vu, 1881-1882,
pages 79 à 88).
62.- LaALANDE. Problème de gnomonique. Tracer un cadran analemmatique,
azimutal, horizontal, elliptique dont le style soit une ligne verticale indéfinie, dans
Mémoires Académie sciences, Paris 1757, pages 483 à 489 avec planche.
Théorie mathématique du cadran solaire de Brou que l’astronome Lalande, originaire de
Bourg. fit reconstruire à ses frais. Cf. Gruey, dans }erue b'urguiqusnne de l'enseignement
supérieur, 1902, page 98.
BIBLIOGRAPHIE DE BROU 273
63.- Laussac (Edouard-Louis). Fortune infortune fort une. Notice explicative du
quituple sens de la devise de Marguerite d'Autriche. Bourg, 1896, 20 p. in 16.
64. - LE Duc (Philibert). Le passage de la Reyssouze par Napoléon. Poème avec
notes. Bourg, 1846, 100 p. in 12.
Mentionne la visite de l’église de Brou en 1805 et l’histoire devenue légendaire du saut
fait par l'Empereur, tandis que sa suite apeurée restait sur l’autre rive de la rivière. Voir du
même auteur: Documents inédits sur la conservation de l'église de Brou. Bourg, 1857
(contenant aussi deux poésies, l’une sur l'Eglise de Brou, l’autre sur la Devise de Marquerite).
65. - LE GLay (Docteur). Analectes historiques. Paris, 1838, 269 p. in 8°. (extr.
Mém. Soc. sc. Lille, année 1838, 2° partie).
Pages 9 à 28 documents de Jean Lemaire et de Michel Colombe concernant Brou.
66.- LE GLay (Docteur). Nouveaux Analectes (dans Mém. Soc. sciences Lille,
année 1850, Lille 1851).
P. 323 à 312, divers documents de Jean Lemaire et de Jean de Paris relatifs à Brou.
67. Lirra (Pompeo). Famiglie celebri italiane. 5° vol. Duchi di Savoia. Milan,
1839, in-fol. | |
Reproduction des vitraux à blasons de Brou.
68. - MÂLE (Emile). L'art religieux de la fin du moyen âge en France. Etude sur
l'iconographie du moyen âge et sur ses sources d'inspiration. Paris, 1908, in 4°.
Mentionne les vitraux de Brou relatifs à N.-D. des Sept Douleurs et au Triomphe
de la Foi.
69. - Mao (Léon). Notre-Dame de Brou. Etude sur la décadence de l'art ogival.
Bordeaux, 1860, 96 p. in 8°.
Ouvrage de vulgarisation.
70.- Mano (Antonio). Bibliografia storica degli stati della Monarchia di Savoia.
Tome mt. Turin 1891 (Publication de la Regia depulazione di storia patria).
Bibliographie relative à Brou, n°5 13361 à 13394.
71. - MarcHAND (abbé F.). Les caveaux de Brou. Bourg, 1902, 79 p. in 8°
(extr. Annales Soc. émulation Ain, tome xxxv, année 1902, p. 148 à 201).
Avec notice sur le cadran solaire de Brou.
72.- MÉLY (F. de). Signatures des primitifs. Le livre d'heures de l'architecte
Louis van Boghem au Séminaire de Bruges, dans Les Arts anciens de la Flandre,
1912-1913, p. 1 à 9, avec 7 planches.
73.- MESTRAL-COMBREMONT (Victor de). Une merveille de l'architecture française
au X VI° siècle. La sculpture à l'église de Brou. Paris, Massin, [1912], 8 p. + 46
photographies in-folio.
Les planches intéressent la façade, avec détails de sculpture, devises, emblêmes
bourguignons de la croix de St André et du briquet (1 à 6), le jubé (7 à 14), le chœur et
les stalles (15 à 22), les tombeaux de Philibert (23 à 25), de Marguerite d'Autriche (26 à 29),
de Marguerite de Bourbon (30 à 33), l’oratoire et la chapelle de Marguerite d'Autriche et
18
274 MARGUERITE D'AUTRICHE
le rétable des Sept joies (34 à 42), la chapelle de Gorrevod (43), les fonts baptismaux (44),
les détails des stalles (45), les anciennes grilles des tombeaux (46).
Cet ouvrage est celui qui donne le plus de reproductions photographiques de Brou. On
peut le compléter, pour d’autres parties de l'édifice avec les publications de Dupasquirr et
DiproN, de BÉGULE, de CHARvET, de GERMAIN, de NopET et surtout de VogGg. Mais il
faut aussi consulter les collections conservées à la Direction des Beaux-Arts ainsi que celles
du Cabinet des estampes à la Bibliothèque nationale de Paris. On trouvera à la Bibliothèque
royale de Turin un groupe de 32 planches photographiques intéressantes parce qu’elles ont
été prises avant certaines restaurations.
74.- Micniezs (Alfred). L'art flamand dans l'est et le midi de la France. 1877,
in-8°. ,
Les pages 209 à 267 sont consacrées à l’art flamand de Brou.
75. - Mir (Étienne). Entrée de François I‘ à Bourg-en-Bresse le {octobre 1541,
dans Revue Société hist. et Litt. Ain, 1877.
Le Musée de Bourg possède un tableau moderne donné par le Gouvernement, exécuté
par Mathieu et représentant la visite du souverain à Brou.
76.- Miuer (Étienne). Iconographie chrétienne. Le Triomphe du Christ, vitrail
de l’église de Brou. Etude d'après une gravure du XVI siècle. Paris, 1882, in-8°.
(extr. de Revue Société lilléraire Ain, t. x, p. 241 et t. x1, p. 14 et 123).
Publio notamment une lettre de Jules QuicHERAT relalive à ce vitrail, datée du
26 février 1882 /Rerue Soc. litt. Ain, t. x1, p. 124). Cf. sur les vitraux de Brou Annales
Société émulalion Ain, tome xvirr, 1885, page 376.
77.- MizLiET (Étienne). Notice sur l'église de Brou. Bourg, 1882, 54 p. in-16.
Contient aussi la Description du cadran elliptique de Brou, par Th. Risoup et Za devise
de Marguerite d'Autriche, par Philibert Le Duc.
78.- MONTAIGLON (A. de). Jean Perréal. Lettre à Marguerite d'Autriche sur les
travaux de Brou, 4 janvier 1511, dans Nouv. archives art français, 1872, pages 142
à 145.
79.-NopET (Victor). La valeur documentaire des manuscrits sur Brou. Bourg,
1904, 24 p. in-8° (ext. des Annales Soc. émul. Ain, t. xxxVI, 1903, p. 377 à 398).
Etude critique sur les anciens mémoires concernant l’histoire de l’église de Brou au
nombre de 17 dont 9 conservés à la Bibliothèque de Bourg, provenant des Archives de
l'Ain, 3 à la Société d’émulation de l’Ain, 4 au Grand Séminaire de Bourg et 1 à la
collection de Serezin. Etudie aussi l’ouvrage publié en 1767 par le P. Rousselet.
80. - NopET (Victor). Jean Perréal et Margucrite. Rôle de Jean Perréal et de
Michel Colombe à Brou, dans Annales Sociélé émulalion Ain, t. xxxvi (1903),
237 à 245.
81.- NoDET (Victor). Les tombeaux de Brou. Bourg, 1906, 88 pages in-8°, avec
pl. (extrait Annales Sociélé émulalion Ain, tomes xxxviI et XxxIx).
82.- NopET (Victor). Liste chronologique des documents relatifs aux tombeaux
de Brou, dans NopEeT, Les lombeaux de Brou, 1906, pages 73 à 85.
Liste de 76 + 2 textes avec références chronologiques et bibliographiques souvent
inexactes el incomplètes.
BIBLIOGRAPHIE DE BROU 275
83. - Noper (Victor). Un vitrail de l’église de Brou, dans Gazelle des Beaux-arts,
tome xxxv (1906), p. 95 à 112, avec photogravures.
Étude sur les sources iconographiques du Vitrail de l'Assomption.
Reproduit notamment la partie du vitrail représentant Marguerite agenouillée, en
costume d’apparat, en face de Philibert le Beau.
Reproduction du buste de l’archiduchesse [par Conrad Meyt] d’après l'original du Musée
Bavarois de Munich.
84.- NoDET (Victor). Le sépulcre des Cordeliers, dans Annales Société émulation
Ain, t. xLn1 (1909), p. 132 à 142.
Intéresse les fragments du cloître de Brou.
85.- NoperT (Victor). Les cloîtres de Brou. Bourg, 1910, 23 pages in 8° (extrait
Annales Sociélé émulalion Ain, tome xzui, 1910, pages 113 à 134. Cf. tome xxx,
pages 132 à 142).
86. - Noper (Victor). L'église de Brou. Paris, 1917, 100 p. in 8° avec 40 photo-
gravures ot 1 plan de l’église (collection des Petites Monographies des grands édifices
de la France, édition Laurens).
La première édition remonte à 1911. La dernière est de 1995.
87. - NoneT (Victor). [Communication sur des bois du XVI° siècle et leurs
rapports avec les tissus peints sur les vitraux de Brou]. Nogent-le-Rotrou [1911],
in 8°, 6 p. (ext. Bull. Soc. antiq. Franre, 3 mai 1911).
88. - NopET (Victor). Le retable des Sept Joies, dans Annales Sociélé émulation
Ain, 1912, page 353 sq.
89. - NopET (Victor). Articles relatifs à Brou publiés dans le Journal de l'Ain,
1913-1920.
Église de Brou (27 et 29 août 1917). Les restes de St-Pierre de Brou (5 janvier 1921).
Le lutrin de St-Pierre de Brou (5 janvier 1921). Le pavement de Brou (2 juin 1920). Jeton
de Marguerite d'Autriche avec la légende Manus Domini proteqat me, (17 déc. 1913).
Voir aussi BÉGULE.
Voir la notice nécrologique et la bibliographie des travaux de V. Nodet, par SErvas,
dans Annales Soc. émulation Ain, 1924, pages 67 à 76 et 155 à 178 avec texte du procès-
verbal officiel de diverses communications faites de 1905 à 1921 à la Société d’émulation de
l'Ain.
90. - Noter (Ch.). Voyages pittoresques et romantiques dans l’ancienne France.
Franche-Comté. Paris, 1825, in folio.
Quelques pages (p. 38 à 42) et planches sur Brou. L'auteur adopte la tradition Colomban.
L'ouvrage est publié en collaboration avec TayLor et DE CAILLEUX.
91. - PazLias (Hon.). Lettre de Marguerite d'Autriche au sujet de l’église de
Brou, 1510, dans Mém. Soc. litt. Lyon, 2° série, tome 1, (Lyon, 1865), pages Lvir à Lx.
92. - PARADIN (Guillaume). Chronique de Savoie. Lyon 1561, in folio.
Contient, pages 390 sq., des détails sur l’église de Brou plus complets que ceux qui sont
contenus dans la première édition de cette chronique parue en 1552 (pages 366 et 367)
276 MARGUERITE D'AUTRICHE
93. - PEAN (Al.). Un nouveau document sur Michel Colombe dans Bull. Soc.
archéol. Touraine, t. n (1871), p. 25 à 29.
94.- PERRAULT-DABOT. Quelques œuvres inédites de la sculpture bressane et de
l'école de Brou. Bourg, 1917, 11 pages in 8° avec planche (extrait Annales Société
émulation Ain, 1916, p. 109). Cf NoDET, dans Journal de l'Ain, 21 novembre 1917.
95. - P[ERRETANT] (H.). La dévotion à Notre-Dame des Sept-Douleurs, sa
nature, ses avantages, ses pratiques avec quelques détails sur son histoire dans
l'église de Brou. Lyon, 1891, in 16.
96. - PERRETANT (H.). Église de Brou. Guide-express contenant une description
de l'Eglise et du Cadran solaire, avec plusieurs vues et dessins, 8° édition. Bourg,
1920, 149 p. in 12.
Contient notamment, p. 116 à 135, un appendice sur l'iconographie des stalles. La
l'édition a été publiée en 1893.
97. - PINCHART (A.). Les œuvres de J. Lemaire au point de vue artistique.
Bruxelles, 1866, in 8°.
98. - Procès-verbal de la reconnaissance des sépultures : 1° de Marguerite de
Bourbon, duchesse de Savoie ; 2° de Philibert le Beau, duc de Savoie ; 3° de Marguerite
d'Autriche, sa femme, et de la translation dans de nouveaux cercueils des restes
mortels des deux princesses. Bourg, Milliet-Bottier, 1856, 8 p. in 4° à 2 col.
Date du 1* déc. 1856. Réédité dans Quinsoxas, Matériaux, t. ir, p. 149 à 164 ; attribué
à Jules Baux.
99. - Procès-verbal de la visite et reconnaissance des travaux faits dans l’église de
Brou pour la réinhumation dans le caveau ducal restauré des restes mortels de
Très Haut, Très Illustre et Très Puissant prince Philibert le Beau, II° du nom,
VIII duc de Savoie; Très Haute et Très Illustre princesse Marguerite d'Autriche,
duchesse de Savoie; Très Haute et Très Illustre princesse Marguerite de Bourbon,
duchesse de Savoie [1858]. Bourg, Durfourd, 19 p. in 4°.
Daté du 5 juillet 1858. Réédité dans Quinsonas, t. at, p. 257 à 267 ; attribué à JulesBaux.
100. - PRosT (Bernard). Notice sur les anciens vitraux de l'église de Saint-Julien
(Jura) et incidemment sur ceux de N.-D. de Brou. Lons-le-Saunier, 1885, 24 pages
in 4° avec 6 planches lithographiées par Louis Clos (Publication archéol. de la Soc.
d'émulalion du Jura, n° 1).
101. - Puvis (M. A.). Dissertation sur l'église de Brou, sur les noms de ses
architectes et sur ceux des auteurs des mausolées des ducs et duchesses de Savoic.
Bourg, 1840, 46 p. in 8°. Cf. Journal agriculture Ain, 29° année, 1839.
102. - QuiNeT (Edgar). Introduction au poème de G. DE Moyru sur l’Église de
Brou. Bourg, 1835, xx1 + 93 p. in 8°.
Avec stances de L. Bruys et de Xavier MARMIER.
103. - Quixsonas (E. de). Matériaux pour servir à l’histoire de Marguerite
d'Autriche. Paris, 1860, 3 vol. in 8° avec pl.
Le tome n (pages 367 à 403) contient une notice sur Brou. Le tome ui (pages 1 à 164 et
BIBLIOGRAPHIE DE BROU 277
257 à 267) renferme les deux lettres à Jules Baux et les procès-verbaux relatifs à
l'exhumation et à la réinhumation des corps du caveau ducal à Brou.
Trois chromolithographies représentent l’archiduchesse et Philibert le Beau d'après les
vitraux de Brou.
104.- RAHLENBECK. Jean de Tournai, poète du XVI* siècle, dans Messager sc.
hist. (Gand, 1852), p. 60 à 63 et dans Bull. Soc. hist. Tournai, t. n1 (1853), p. 166
à 170.
Curieuse lettre adressée à Marguerite par un personnage que l'éditeur n’a pu identifier.
Il s’agit de Jean de Tournay, le futur héraut d'armes de l'Annonciade qui sallicite la
succession de Lemaire de Belges à Brou.
105. - Risoup (Th.) Considérations et recherches sur les monuments anciens et
modernes du territoire de Brou. Bourg, an X, 60 p. in 8° (ouvrage réédité en 1816
et 1823).
106. - RonpoT (Natalis). La céramique lyonnaise, dans Réunion Sociétés Beaux-
Arts, 12° session, 1888.
Renferme, pages 614 à 617, une notice sur le pavement de l’Église de Brou, travail
attribué à Canarin.
107.- RonporT (Natalis). Les peintres de Lyon, dans Réunion Sociélés Beaux-
Arts, 11° session, 1887.
Voir page 483 la collaboration de Perréal et de Michel Colombe pour les projets de Brou.
108. - RoussELET (le Père Pacifique). Histoire et description de l'église royale de
Brou, élevée à Bourg-en-Bresse sous les ordres de Marguerite d'Autriche, entre les
années 1511 et 1536. Bourg et Paris, 1767, in 12. Cf. Journal des Savants, déc.
1768 et Bibliothèque universelle, avril et mai 1823.
L'auteur s'est servi, sans esprit critique, des manuscrits du P. SÉBASTIEN pe
SAINTE CLAIRE, du P. N1izIER DE SAINTE-BLANDINE et du P. RAPHAËL DE LA VIERGE-MARIE.
La seule partie originale intéresse les travaux de restauration du xvirf siècle et la
description des vitraux, faite après examen attentif. Le P. Rousselet, né en 1725, appar-
_ tenait à l’ordre des Augustins réformés et mourut en 1807.
Cet ouvrage a été souvent réédité, avec des corrections et des additions. La 3° édition,
publiée à Bourg en 1826, 1x + 166 p. in-1l2, contient des additions dues à M. PorraALier.
La 5° édition, Bourg, 1840, in-12°, 218 pages, contient les pièces justificatives déjà
publiées par LE GLAY, en 1838 et une dissertation de Puvis (page 181).
109. - RousseLET (le P.). Guide descriptif et historique du voyageur à l’église de
Brou, élevée à Bourg par les ordres de Marguerite d'Autriche de 1506 à 1536.
8° édition augmentée de chapitres nouveaux se rapportant à l’histoire de cette église
et aux caveaux des princes et princesses de Savoie. Bourg, 1866, v + 159 pages
in-12, avec planche représentant la façade.
La partie ancienne est la réédition du travail publié par cet auteur en 1767.
110. - Sarx (Antoine du). Le blason de Brou, temple nouvellement édifié au pays
de Bresse par tres illustre, excellente et vertueuse princesse dame Marguerite
d’Austrice et de Bourgongne, en son vivant duchesse de Savoye.. Lyon, Claude
Nourry dit le Prince, vers 1532, pet. in-4° goth., 16 feuillets non chiffrés.
Réimpression publiée d'après le seul exemplaire connu appartenant en 1854 à la
collection Cigongne par A. Vayssiëre. Bourg, 1876, Grandin éditeur, xxx1 + 48 p. in-12.
278 MARGUERITE D'AUTRICHE
111.- Savy et SaArsay. Anciens carrelages de l'église de Brou. Derniers vestiges
recueillis et reproduits d'après des calques. Lyon, 1874, in folio.
112. - SEBASTIEN DE SAINTE-CLAIRE (le P.). Histoire du royal monastère de Brou,
avec l'explication de tout ce qu'il y a de plus curieux dans l'église, divisé en deux
parties, éditée par J.M. VILLEFRANCHE. Bourg, 1888, in 8° (ext. Revue Société lilléruire
Ain, tomes xv à XVII passim).
Le manuscrit était conservé dans la collection d’Elisée Reynold de Serezin, en 1885.
L'auteur, ancien prieur de Brou, avait été autorisé à imprimer en 1708. Cette impression
commencée paraît avoir été interrompue. Le P. Sébastien n'a pas étudié les documents
originaux. [l a utilisé Fustailler, aujourd’hui perdu, Paradin et Guichenon, et surtout des
mémoires manuscrits de seconde main. Il a répandu les fables traditionnelles sur la légende
d'André Colomban et sur les circonstances de la mort de Marguerite. Sa description des
vitraux héraldiques a été faite d’après un manuscrit disparu et non d’après l'examen des
verrières.
Noper, Valeur documentaire mss. Brou, page 378, n° 1.
113. - THiERY (A.). Les tapisseries historiées signées par Jean van Room, alias
de Bruxelles, peintre de Marguerite d'Autriche, dans AX*® Congrès d'histoire et
d'archéologie (Gand, 1907).
114. - TIERSOT (E..). Histoire et description de l'église de Brou. Bourg, 1888, in 8°.
Travail de vulgarisation.
4115. - Tombeau (Le) de Marguerite d'Autriche dans Intermédiaire des chercheurs
el des curieux, 20 novembre et 20 décembre 1893.
116.- VAN DE PuTTE (F.). L'architecte Louis van Boghem, dans Annales Société
émulation Flandre, tome 11, 1840, page 166; tome mm, 1841, page 432 ; tome 1v,
1842, page 201.
417.- VANDER MEERSCH (P. C.). Ouverture du tombeau de Marguerite d'Autriche
et de Savoie dans l’église de Brou, dans Messager scienres hisloriques, Gand, 1857,
page 373 à 392.
118.- Van Driva. Encore une énigme historique : « Fortune infortune fort une »
dans Mém. Acad. Arras, 2° série, tome v (1872), page 261.
119 - VAYsSsiÈRE (Aug.). Inscriptions recueillies dans l’église de Brou. Bourg,
1876, 19 p. in 8°.
120. - Vie (La) du vénérable frère Fiacre, augustin déchaussé, contenant plusieurs
traits d'histoire des règnes de Louis XIII et Louis XIV. Paris, 1722, m-12.
Intéresse la substitution des Augustins de France à ceux de Lombardie à Brou.
121. - ViTry (Paul). Michel Colombe ct la sculpture française de son temps.
Paris, 1901, in 4°, 531 pages et 220 photogravures.
Contient (p. 490 à 492) un index chronologique de 19 documents relatifs à Brou de
nov. 1509 à nov. 1512.
122.- Vorce (Wilhem). Conrad Meit et les tombeaux de Brou, dans Jahrbuch
des Kôün. preuss. Kunstsammlungen, 1908.
Très nombreuses photogravures. Travail capital pour l’iconographie des tombeaux.
BIBLIOGRAPHIE DE BROU 279
123. - VoEGE (Wilhem). Zu Konrad Meit, dans Monatshefte fur Kunstwissenschaft,
1915, février, pages 37 à 45 avec 14 figures.
124. - WauTERS (Alphonse). Louis van Bodeghem, dans Biographie nationale
publiée par l'Académie de Belgique, tome n, 1868, col. 559 à 567.
125. - WauTERS (A. J.). Jean van Roome dit Jean de Bruxelles, dans Biographie
nalionale, tome xx, 1908, col. 23 à 35. Cf., du même, article dans La Gazetle de
Bruxelles, 21 sept. 1904.
126. - WEALE (W.H.J.). Collection des guides belges. Bruges et ses environs.
Bruges, 1884, 281 p. in 12.
Décrit le triptyque de Bernard Van Orley destiné à Brou, mais resté dans les Pays-Bas et
conservé aujourd'hui à l’église N.-Dame de Bruges, à l'extrémité ouest du collatéral sud.
Cette œuvre a été reproduite par FIERENS-GEVAERT.
SOURCES MANUSCRITES
127. - Abrégé de l'histoire de Bresse, de la ville de Bourg, de l'église de Brou, de
la ville de Bâgé et de son marquisat.
Manuscrit petit in-4° conservé en 1851 à Bourg, dans la collection Jogues.
SirAND, Bibliographie de P Ain (Bourg, 1851), n° 32.
Ce manuscrit est attribué à Pierre-François Chavy, avocat à Bourg, et a été acheté
en 1878 par la Bibliothèque de Lyon. Catalogue général des manuscrits. Départements,
tome xxx, Lyon, 1'e partie (1899), page 476, n° 1537 (ancien 1528).
128. - Abrégé historique du couvent de Brou.
Manuscrit in-4° de 121 pages, conservé en 1851 à Lyon, collection Coste.
SIRAND, Bibliographie de l Ain, n° 47.
129. - Ancienne et précieuse description de l’église de Brou près Bourg-en-Bresse.
Manuscrit conservé en 1903 au Grand Séminaire de Brou.
Copie abrégée du ms. du P. Raphaël. Noper, Valeur documentaire des manuscrits sur
Brou, dans Annales Soc. émulat. Ain, t. xxxvi, 1903, page 380, n° 12.
130. - Bonn (Aimé). Histoire et tableau du royal monastère de Brou et son
origine.
Manuscrit in-folio de 50 pages, XVIII* siècle, conservé en 1851, Lyon, collection Coste.
SrrAND, Bibliographie Ain, n° 61.
131. - CussiNET (Picrre-François). Essay de l’histoire de Marguerite d'Autriche et
de l’église de Brou, avec quelques particularités de la ville de Bourg-en-Bresse, tiré
d’un ancien manuscrit qui est dans la bibliothèque du couvent, dédié à la Reine par
Pierre-François Cussinet, maistre-ès-arts, demeurant à Beauregard-en-Dombes, ce
12 avril 1748.
Manuscrit conservé à la Bibliothèque du Palais des Arts, à Lyon, sous le n° 82.
Noner, Valeur document. mss. Brou, page 381, n° 16. Voir plus haut, n° 21.
280 MARGUERITE D'AUTRICHE
132. - Description de la magnifique église de Notre-Dame de Brou, bâtie prez de
la ville de Bourg-en-Bresse.
Manuscrit petit in-8° de 63 pages, XVIIIe siècle, à Paris, Bibliothèque nationale,
français 19825 ; ancien Réserve de Saint-Germain, paquet 17, numéro 3.
Rédigé après 1739. Divisé en vingt chapitres. Pas original. À utilisé le manuscrit du
P. Raphaël.
133. - Description du royal monastère de Brou et de sa magnifique église.
Manuscrit de 35 feuillets, XVII® siècle, à la Bibliothèque de Lyon, ancien n° 18037,
attribué à Pacazard.
Cataloque général des manuscrits des bibliothèques de France, tome xxx, Lyon, 2° partie,
page 1009, n° 1277.
134. - Derours. Notices historiques sur le territoire et l’église de Brou.
Manuscrit conservé en 1903 au Grand Séminaire de Brou.
Compilation faite d’après le ms. du P. SÉBASTIEN et d’après la notice imprimée
par Rimoup.
135. - FusrTaILLER (Jean). Description de l’église et histoire du couvent de Brou?
Manuscrit dont l'existence est problématique bien que Cussinet, compilateur du
XVIIIe siècle, le cite dans ses sources (Æssai sur Marguerite d'Autriche. Lyon, 1837,
pages 1, 5, 8, etc.).
Il est possible que Fustailler ne se soit occupé de Brou qu’en raison du séjour fait en ce
lieu au X° siècle par Gérard, ancien évêque de Mâcon, dans sa Chronicon urbis Matissanæ
(Lyon, 1559), traduite en français par Nic. Envor (Lyon, 1560), rééditée par J. Baux.
en 1846 et traduite par le même, à Lyon, en 1846.
136. - Histoire de l’église de Brou.
Manuscrit in-4° conservé à la Bibliothèque de Dijon, fonds Baudot, n° 119, page 25 sq.
Cataloque général des manuscrits des Bibliothèques de France, tome v, Dijon, page 271,
numéro 1050.
Compilation peu critique des traditions de Brou.
137. - Histoire de l’église de Brou.
Manuscrit de 35 feuillets in-folio XVIIIe siècle, appartenant, en 1851, à la Bibliothèque
Coste de Lyon.
SIRAND, Bibliogr. de l'Ain, n° 46.
138. - Histoire de la fondation et origine de l’église et monastère de Brou, proche
la ville de Bourg-en-Bresse, et des curiosités que renferme ladite église, tirée mot à
mot des archives du couvent royal de Brou.
Manuscrit anonyme se trouvant, en 1768, dans la Bibliothèque du président Bouhier, à
Dijon, cité par le P. LeLonc, Bibliothèque historique de la France, tome 1 (Paris, 1768),
n° 5021.
139. - Histoire et tableau du royal monastère de Brou et son origine, 1730.
Manuscrit conservé à Bourg, dans la bibliothèque de la Société d'émulation de l'Ain.
Copie d’un abrésé du P. SÉBASTIEN.
Noper, Valeur documentaire mss. Brou, p. 382, n° 117.
BIBLIOGRAPHIE DE BROU 281
140. - MaGxiN (Jean-Baptiste). Histoire et description de l’église de Brou.
Manuscrit rédigé par un bénédictin cité dans l'Histoire littéraire de la Congrégation de
Saint-Maur, page 6914, d’après LeLONG, Bibliothèque historique de la France, édition Fevrer
DE FONTETTE, tome 1v, page 273.
141. - NIZIER DE SAINTE-BLANDINE (le P.). Description de l’origine et de l’état
présent de la belle église et couvent de Brou près Bourg-en-Bresse, faite sur les
mémoires dudit couvent.
Manuscrit du XVIII s. à la Bibliothèque de Bourg.
L'auteur fut prieur de Brou en 1728. Il a utilisé un mémoire manuscrit, aujourd'hui
perdu, rédigé par les anciens augustins de la Congrégation de Lombardie et donne quelques
renseignements utiles ne se trouvant pas dans la rédaction du P. SÉBASTIEN DE STE-CLAIRE.
Noper, Valeur documentaire mss. Brou, page 379, n° 6.
142. - Notice sur l'église royale de Brou.
Manuscrit non coté de la Bibliothèque de Bourg, rédigé de 1818 à 1823.
Nopgr, Valeur documentaire manuscrits Brou, page 380.
143. - Origine de Brou. Extrait d'un manuscrit trouvé dans le couvent, achevé de
copier le 9 juillet 1721.
Manuscrit non coté à la Bibliothèque de Bourg.
Dans le même dépôt, trois autres manuscrits non cotés, l’un intitulé : « Origine de
Brou »; l’autre : « Origine du royal monastère de Brou » ; le troisième : « Recueil de
l'origine de N.-D. de Brou ». Tous ces mss. sont des copies abrégées de P. SÉBASTIEN
DE SAINTE-CLAIRE.
Noper, Valeur documentaire mss. Brou, page 3179, n°5 3, 4, 5 et 11.
144. - Origine de Brou. Manuscrit copié par Charles Pierron, rhétoricien, 1748.
Bibliothèque de la Société d’émulation de l'Ain. Ce manuscrit est aussi un abrégé.
du P. SÉBASTIEN DE SAINTE-CLAIRE.
NoperT, Valeur documentaire mss. Brou, page 382, n° 18.
145. - RaFFriN (Claude-Alexandre). Histoire de l’église de Notre-Dame de Brou-
en-Bresse, tirée fidèlement des actes de cette église.
Manuscrit de la Bibliothèque de Lyon, ancien 743, fol. 71 à 97, XVIIIe siècle.
Cataloque général des mss. bibliothèques France, tome xxx, page 225, n° 840.
L'auteur était curé de Saint-Bonnet-de-Joux. Une copie de ce ms. est conservée à Turin,
Bibliothèque du Roi, Miscellanea xxvi, 3.
146. - [RAPHAËL DE LA VIERGE MARIE (le Père)]. Description historique de la belle
église et du couvent royal de Brou, tirée des archives et des meilleurs historiens qui
en ont écrit.
L'auteur était prieur de Brou en 1696. La première partie de son travail, rédigée
entre 1692 et 1700, a une valeur critique. Le P. Raphaël est le seul des anciens mémo-
rialistes de Brou, qui se soit inspiré des documents originaux, notamment des deux volumes
de comptes dressés par Louis de Gleyrens pour la dernière période de la construction à
partir de 1523. La 2° partie écrite de 1711 à 1715 n’est pas aussi originale.
Manuscrit de 216 pages in-4° conservé à la Bibliothèque de la Société d’émulation de
l'Ain, acquis à la vente Jules Baux.
Décrit et publié par fragments, par ALLOING, dans Annales Société émulation Ain,
t. xxxv, pages 379 sq.
Noner, Valeur documentaire mss. Brou, page 378, n° 2.
282 MARGUERITE D'AUTRICHE
147. - RAPHAËL DE LA VIERGE MARIE. Histoire de Notre-Dame de Brou par le
R. P. Raphaël de la Vierge Marie, augustin déchaussé.
Copie du début du XVIII: siècle insérée dans ce recueil de documents sur la Bresse, de
même écriture.
Bibliothèque de Dijon, fonds Baudot, n° 44, fol. 2 à 32.
Cataloque général des manuscrits des Bibliothèques de France, tome v, Dijon,
page 256, n° 961.
Rédaction plus ancienne que celle du ms. conservé à la Société d’émulation de l’Ain.
Bien que moins complète, renferme la partie la plus originale de l'œuvre. La préface fait
connaître le nom de l’auteur.
Des extraits sont publiés dans Brucagr, Marguerite d'Autriche, pages 441 à 447.
APPENDICE III
Bibliographie de Marguerite d'Autriche.
l.- AGRIPPA DE NETTESHEYM (Henricus Cornelius). Henrici-Cornelii Agrippae
sacre Cæsareæ Maiestatis a Consiliis et archivis Inditiarii Oratio, in funere Dive
Margaritæ Austriacorum et Burgundionum Principis æterna memoria dignissimæ
habita. Anno Mbxxx1... Anvers, 1531 mensis juni die sexto.
À été réimprimé notamment dans l’édition sans millésime des Œuvres d’Agrippa, publiée
à Lyon «per Beringos fratres» Operum pars poslerior, pages 1101 sq. [vers 1545],
et dans E. Müncx, Margaretha von Oesterrcich (Stuttgard, 1833), p. 273 à 304. Cf. A. Prosr,
Corneille Agrippa, sa vie, ses œuvres. Paris, 1881-1882, 2 vol, in 8.
2.- ALTMEYER (J.J.). Marguerite d'Autriche, gouvernante des Pays-Bas. Sa vie,
sa politique, sa cour. Bruxelles, 1840, in 8° (ext. Revue belge, tome x1 à xv, Liége,
1838 à 1840). Cf. ALTMEYER, Isabelle d'Autriche et Christiern IT. Bruxelles, 1842,
in-8° (ext. Trésor national).
3.- ANETHAN (I. d’). Marguerite d'Autriche et Jean Le Veau, dans Revue hist.
diplomatique, 11° année (Paris, 1897), p. 346. Cf. Finor, dans Arch. hist., artist. el
lillér., t. 1 (Paris, 1889-1890), p. 322 à 324 et LE GLay dans Mém. Soc. sc. Lille,
2° série, t. v (année 1859), p. 97 à 101.
4.-AVoINE (d’). Essai historique sur Marguerite d'Autriche, Anvers. 1849, 96 p. in-8°.
Planche reproduisant la statue de Marguerite par Joseph Tuerlinckx.
5- Bauer (Wilhelm). Korrespondenzen Osterreichischer Herrscher. Die Korres-
pondenz Ferdinands T. [ Band: Familien Korresponden: bis 1526. Vienne, 1912,
XLVI + 558, p. gr. in-8. /Kommaission fuer Neuere Geschichle Oeslerreichs/.
Cf. Bauer, Die Anfänge Ferdinands I. Vienne, 1907, in 8°.
6. - BAUTER (P.). Jacopo de Barbari et Marguerite d'Autriche. Les débuts de
l'italianisme dans l'art des Pays-Bas, 25 p. in 4° avec pl. (ext. Revue d'art, 1923).
Publie le portrait de Marguerite d'Autriche conservé au Musée de Bruxelles.
7. - Baux (Jules). Biographie de Marguerite d'Autriche, dans His!. église
Brou, 2° édit. (Lyon, 1854), pages 1 à 124.
8. - Bayor (Alphonse). Les manuscrits de provenance savoisienne dans la
Bibliothèque de Bourgogne, [à Bruxelles], dans Mémoires Sociélé savoisienne histoire,
tome xLvu, (2° série, tome xxu, Chambéry, 1909), pages 305 à 410 avec
10 planches hors texte.
9.- BEER. Inventaire des joyaux..., livres, tableaux... remis par Ferdinand et
Isabelle à Marguerite après la mort de son mari don Juan, 28 septembre 1499, dans
284 MARGUERITE D'AUTRICHE
Jahrbuch Kunsthist. Sammlungen des allerhôchster Kaserhanuses, tume x (Vienne,
1891), pages cx à cxxIm. DAVILLIER, Orfêvrerie en Espagne (Paris, 1879), p. 137.
10.- BEER. Les principaux manuscrits à peinture de la Bibliothèque impériale de
Vicnne, dans Bullelin Sociélé française de reproduction de manuscrits à peinture,
2° année (Paris, 1912), pages 5 à 53, et 3° année (1913), pages 5 à 55.
Reproduction (p. 46) d'une miniature du ms. 2591 représentant, lors de l'entrée de
Charles-Quint à Bruges, Marguerite en costume de veuve dans une litière. Cf. Jos CHMeL,
Die Hanschriften der X. K. Hofbibliothek in Wien. Vienne, 1840-1841, 2 vol. in-8e.
11.- BERGENROTH (G. À.) et P. nE GayaNGos. Calendar of letters, despatches and
state papers relating to the negotiations between England and Spain preserved in
the Archives at Simancas and elsewhere. Londres, 1862, cxLvi-472 p. in 8°. Londres,
1862-1879, 3 tomes en 5 volumes in 8°.
Intéresse la période 1485 à 1530. Nombreux documents tirés des Papiers de Marguerite.
12.-[BLONDEAU DE CHARNAGE]. Abrégé de l'histoire de Marguerite d'Autriche.
Paris, [1764], in 12.
13.- Bone (W.). Die bemalte Thonbüste eines lachenden Kindes in Buckingham
Palace und Meister Konrad Meit, dans Jahhrbuch Kôn. preuss. Kunstsammlungen,
1901, fasc. 4, avec planches.
L'auteur donne une bonne reproduction d'un buste en bois conservé au Musée
National bavarois à Munich, représentant Marguerite en veuve et attribue cette œuvre
à Meyt. Il signale aussi, mais sans croire à son authenticité, un médaillon en terre cuite
du Musée de Vienne. Il donne aussi des renseignements sur la statuaire de Brou.
14. - Boom (Gh. de). La Librairie de Marguerite d'Autriche. Bruxelles 1926,
40 p. in 8° (ext. Revue Université Bruxelles, oct.-nov. 1926).
Le même auteur vient de publier : Un mariage d'enfants princiers. Marguerite d'Autriche
et Charles VIII de France, dans le Flambeau, tome X (septembre 1927), pages 49 à 74.
15. - BRassarT (F.). Documents concernant le voyage de l’archiduchesse
Marguerite en Espagne en 1497 et celui que fit en ce pays l’archiduc Philippe le
Beau en 1501, dans Bull. Com. roy. hist. Belg., 4° série, t. x1 (1883), p. 389 à 406.
16.- BREWER, GAIRDNER, BRODIE. Calendars of letters and papers foreign and
domestic of the reign of Henry VIII preserved in the Public Record Office, in the
British Muscum and elsewhere. Londres, 1862-1902, 18 tomes en 26 vol. in 8°.
Nombreux actes tirés en partie des Papiers de Marguerite conservés à Lille.
Tome 1 (années 1509 à 1514). Tome n (1515-1518). Tome 1 (1519-1523). Tome 1
(1524-1530). Cf. BreweR et GAIRDNER. The reign of Henry VIII... to the death of Wolsey.
Londres. 1884, 2 vol. in 8°. Sur l’utilisation des Calendars, cf. BÉMoxT dans Rev. hist.
LXVII, p. 97.
17.- BrucHET (Max). Le classement des Lettres missives des Archives du Nord.
Lille, 1913, 26 p. in 4°.
Etude sur le fonds des Papiers de la Chancellerie de Marguerite d'Autriche. Ce fonds
occupe les articles B 18825 à B 19258 des Archives du Nord. Les pièces qui le constituent
ont été immatriculées soas les numéros L. M. 23932 à 46562. Le signe L. M. désigne les
BIBLIOGRAPHIE DE MARGUERITE D'AUTRICHE 285
mots Lettres missives. Cf. BRUCHET, Archives départementales du Nord. Répertoire numérique.
Série B. Chambre des comptes de Lille (Lille, Danel, 1921, 2 fascicules in 4°). Fascicule I,
pages 416 à 461 et Fasc. II, pages xxx et xxxr.
Quelques pièces importantes ont été expédiées à Colbert à Paris par Denis Godefroy
(1668-1681), alors directeur des Archives de la Chambre des comptes de Lille. On en
trouvera le répertoire dans Bonpois (P. M.) et La Roncière, Cataloque des mss. de la
collection des Mélanges de Colbert. Bibliothèque nationale, tome n1, Paris 1921. En 1862, le
service des Archives du royaume de Bruxelles a acheté à Londres environ 250 lettres
missives de Marguerite intéressant plus particulièrement le Brabant. GacHArRD, dans Bull.
Com. roy. hist. Belqg., 3° série, t, 1v, p. 218.
18. - BRUCHET (Max). Le projet de mariage de Marguerite d'Autriche et
d'Henri VIL, roi d'Angleterre. Annecy, 1920, 15 p. in 8° (ext. Revue Savoisienne).
19. - BRUCHET (Max). À propos de lettres mal datées de la chancellerie de
Marguerite d'Autriche. [Bruxelles, 1926], 8 pages in 8° (ext. Mélanges Pirenne).
20. - Bruyn (Hyacinthe). Notice sur les anciennes et nouvelles verrières de
l'église Notre-Dame du Sablon à Bruxelles. Bruxelles, 1866, in 4°. Cf. sa Notice sur
l’église N.-D. du Sablon dans Bull. Com. roy. archéol. Belg., tome x1 (1872), p. 84
à 209 et tome xvi, p. 182 à 193.
Une verrière aujourd’hui détruite, avait été exécutée aux frais de Marguerite d'Autriche.
On a conservé dans le ms. 1025 (761) de la Bibl. de Valenciennes un dessin du XVI: siècle
représentant Marguerite d'Autriche el Philibert le Beau, œuvre de Bernard van Orley d’après
ALTMEYER, dans Revue belge, t. xv (Liége, 1840), p. 47. Une des tapisseries formant la
« Légende de N.-D. du Sablon », exécutée aux frais de François de Taxis vers 1519, est
aujourd'hui conservée au Musée du Cinquantenaire, provenant de la collection Spitzer.
L'une des scènes représente l’archiduchesse entourée de ses nièces et de son neveu Ferdinand
(Catalogue Exposition Toison d'Or. Bruges, 1907, n° 7, page 113).
21.- Buzckens(J.F.). Notice sur Marguerite d'Autriche, gouvernante des Pays-Bas.
Malines, 1844, in 8°.
22.- [CANDIE (Gauvain)]. Exploration de pitié... sur la mort du duc Philibert de
Savoie, dans LEMAIRE, Œuvres, 6d. STECHER, t. IV (Louvain, 1891), p. 173 à 181.
23. - CANDITTO (A. E. de). Jacob de Barbary et À. Dürer. La vie et l'œuvre du Maître
au Caducée. Ses élèves Mabuse ct Marguerite d'Autriche. Bruxelles, 1881, in 8°.
24.- CARLIER (J.J.). Une lettre de Marguerite d'Autriche, 1522, dans Bulletin
Comité flamand, tome n (Lille, 1862), pages 69 et 70.
25.— CHAGNY (André). Bourg-en-Bresse au temps de la domination savoisienne,
(X V° et XVI: siècles, dans Bull. Soc. sciences nalurelles Ain, tome x11 (Bourg, 1905),
pages 97 à 144 et tome x (1906), pages 7 à 32.
26.- CHaany (André). L'évêché de Bourg-en-Bresse, 1515-1534, dans Bulletin
Société Gorini, tome n (Bourg, 1905), pages 39 à 49, 131 à 158; tome r11 (1906),
pages 48 à 66, 144 à 176 ; tome 1v (1907), pages 62 à 84.
27.- CHaGNy (André). La vie politique de Marguerite d'Autriche, dans Bulletin
Société sciences naturelles Ain, 1910, p. 28, 40, 66 sq.
28. - CHAGNY (André). Correspondance politique et administrative de Laurent de
Gorrevod, conseiller de Marguerite d'Autriche, 1"° partie, 1507-1520, Lyon 1913,
cix + 456 pages in 8° (thèse lettres Dijon).
286 MARGUERITE D'AUTRICHE
29. - Chefs d'œuvre (Les) d'art ancien à l'Exposition de la Toison d’or à Bruges par
KERvYN de LETTENHOVE, etc. Bruxelles, 1908, 272 p. in folio avec 103 planches.
Reproduction de trois portraits importants.
J. — Diptyque du Musée National de Vienne exécuté vers 1495, au moment du mariage
d'Espagne, représentant, Philippe le Beau à 16 ans et Marguerite à 14 ans. Provient de la
collection d'Ambras. Aurait fait partie des collections de Marguerite. Cadre ancien avec la
mention des États des deux personnages. (Ezæposition Toison d'Or. Bruges, 1907, n° 31.—
Exposition d'art autrichien. Paris, 1927, n° 10). Reprod. dans Jakrb. Kunst. AU. Kais.
t. XXV (Vienne, 1905) et dans TREMAYNE, Marg. of Autria, p. 12. |
Deux répliques de ce diptyque sont connues. L'une est à la National Gallery de Londres,
l’autre a passé de la collection Chigi dans celle de M. Agnew (£Zzposition des primitifs
français. Paris, 1904, n° 143) puis dans celle de M. Salting (Exposition de la Toison d Or.
Bruges, 1907, n° 44). Ces deux répliques portent dans le champ les blasons des États des
personnages.
IT. — Portrait de la collection Carvalho (0.35 X 0.29, Ærposition Toison d'Or. Bruges,
1907, n° 48, attribution à Van Orley), précédemment dans la collection Kleinberger
(Exposition primitifs flamands. Bruges, 1902, n° 224, attribution à Jean Gossart), aujourd’hui
collections Arens, puis Laurent Meeus, à Bruxelles /Ærhibition nf flemish and belgian art.
Londres, 1927, n° 206 avec attribution Van Orley).
C'est le portrait le plus connu de l’archiduchesse, représentée en veuve vers l’âge de
vingt-cinq ans (1). On peut constater la ressemblance des traits de l’archiduchesse avec des
œuvres contemporaines certaines qui la représentent sans contestation possible (Bibl. Nat.
de Paris, ms. fr. 5616, fol. 52, dans Durrieu, Miniature flamande au temps de la Cour de
Bourgogne, planche cn; Bibl. Bruxelles, ms. 14516, portrait contemporain de « Marguerite
Daustriche, femme de Philibert, duc de Savoie », indiqué obligeamment par M. Gaspar,
conservateur des manuscrits), sans parler du buste de Munich, sur lequel on n’a pas de
documents certains, mais qui s’apparente si fort avec cette œuvre (BoDE, dans Jahrb. Kon.
preuss Kunsisammlungen, 1901).
L'œuvre attribuée jusqu’en 1913 à Bernard van Orley et même avec moins de
vraisemblance à Jean Gossart, a été très souvent reproduite notamment dans les Chefs
d'œuvre de la Toison d'Or, en 1907, planche 19), HARE, Marguerite of Austria (Londres, 1907);
TREMAYNE, Margaret of Austria, p. 95 ; KooPERBERG, Mar. van Oostenrik.
Plusieurs répliques, avec quelques variantes dans le costume et dans les mains, sont
conservées à Anvers (ancienne collection van Erthorn ; Æxposition de la Toison d'Or,
1907, n° 49 ; Musée d'Anvers, n° 184 du Catalogue publié en 1912 par WapPPers), FIERENS-
GEVAERT, La peinture en Belgique. Les primitifs flamands, tome 11 (Bruxelles, 1910),
page 237 et planche cLxxx, à Ypres (collection Van der Stichelen de Maubus, n° 50 de
l'Exposition de la Toison d'Or). Une autre réplique, avec les deux mains (0.36 x 0.27),
collection Delporte, a figuré à Londres en 1927 sous le n° 202 du Catalogue, avec attribution
à Bernard van Orley. Un autre exemplaire (0.37 X0.27) est entré en 1913 au Musée de
Bruxelles et provient d’une acquisition faite chez M. Lucas Moreno. C'est peut-être le
meilleur de toute cette suite d’effigies attribuées si longtemps à Bernard van Orley. On
(1) Ce portrait est ainsi décrit par un médecin, grand admirateur de Marguerite (Noner, Gazette des Beaux-
Arts, tome xxxv, p. 109): Marguerite, en costume de veuve, avec guimpe remontant presque sous le menton
et un bandeau laissant deviner des cheveux très blonds ondulés. Yeux à fleur de tête. Paupières grasses,
surtout la paupière inférieure qui remonte et cache un peu les yeux. Nez épais, gros de la pointe, lèvres
projetées en avant, surtout la lèvre inférieure, un peu grasse et sensuelle. Joue pleine sans méplat, menton
rond en galoche, faisant prévoir le prognathisme, lignes épaisses « physionomie assez vulgaire mais non sans
charme ». Le même médecin, qui vivait près de Brou et a étudié, à la loupe pour ainsi dire, les moindres
détails de l'œuvre amie, ne paraît point très séduit par la gisante du tombeau de la douairière, quand il la
représente « avec ses lèvres épaisses et sensuelles, son menton en avant, faisant pressentir le prognatiisme
bien connu de ses neveux, le nez gros, sans distinction, les joues un peu plates, les yeux à fleur de tête; sur
ce visage d'allemande volontaire se manifestait mal l'esprit profondément sérieux, pénétrant et énergique,
fastueux sans frivolité, cultivé sans pédantisme de la tante et de l’éducatrice de Charles-Quint. » Noper,
dans BÉGuLE, Vitrauxr... dans la région lyonnaise. Paris, 1911, page 184.
BIBLIOGRAPHIE DE MARGUERITE D'AUTRICHE 287
en trouvera la reproduction dans P. BauTiIER, J. de Barbari et Marguerite d’ Autriche, 1923,
page 23. On a pensé que ce portrait a pu être exécuté vers 1505, par Pierre van Coninxloo,
lors du projet de mariage de la douairière avec Henri VII (Waurers, dans Bulletin Musée
Cinquantenaire, 1914, page 4). Il est plus vraisemblable que l’œuvre de Coninxloo soit
celle qui est conservée au Musée d'Hampton-Court.
HT. — Diptyque représentant à gauche une Vierge à l’enfant; à droite, agenouillée sur
un prie-Dieu, l’archiduchesse en costume de veuve, avec des traits ressemblants à ceux du
portrait du Musée de Bruxelles, mais dans une attitude différente. Cette œuvre, particu-
lièrement intéressante, figure dans l'inventaire des collections de Marguerite, dressé en 1524
(de LaBorpm, /nventaire, n° 148). Attribué soit à l’école de Jean Gossart, soit à Bernard
van Orley (Erposition des primitifs français ; Paris, 1904. — Exposition de la Toison d'Or ;
Bruges, 1907, n° 51. Ærposition de Charleroi, 1911, n° 23). Aujourd'hui collection de
M. Michel Derville, à Roubaix, provenant de celle de M. Lescarts. Chefs-d’'œuvre de la Toison
d'Or (planche 18 ; cf. page 38 et TREMAYNE, Margaret of Austria, Londres, 1910, p. 317).
30.- CHMEL (Jos.) Urkundem, Briefe und Actenstücke zur Geschichte Maxi-
milians I und seiner Zeit, dans Bibl. liter. Verein Stutlgart, t. x (1845) vin + 579 p.
31.- CHMEL (Joseph). Aktenstücke und Briefe zur Geschichte des Hauses
Habsburg im Zeitalter Maximilians I, aus Archiven und bibliotheken gesammelt.
Vienne, 1854-1858, 3 vol. (Monumenta Habsburgica). Cf. J. CHMEL, Geschichte
Kaiser Friedrichs IV und seines Sohnes Maximilian 1. Hambourg, 1840-1843,
2 vol. in-8°.
32.- CHMELARZ (Edouard de). Ein Verwandter der Breviarium Grimani, dans
Jahrbuch der Kunsth. Sammlungen der Allerhæchsten Kaiserhauses, t. 1x, p. 429.
Intéresse l'Æortulus animæ, manuscrit fait pour Marguerite d'Autriche.
33.- Chronicle of Calais in the Reigns of Henry VII and Henry VIII to the year
1540, edited from mss in the British Museum by John Gough Nichols. Londres,
1846, in-8° (Cambden Society).
Contient notamment deux lettres de Marguerite sur le bruit de son mariage avec
Brandon. Indication due à l’obligeante amitié de M. Pierre Turpin.
34.- CLosson (Ernest). Les basses danses de Marguerite d'Autriche, dans
Annuaire Soc. bibliophiles et iconophiles Belgique, 1911, p. 57 à 61.
Manuscrit figurant dans les collections de l’archiduchesse en 1523, aujourd’hui ms. 9085
de la Bibliothèque de Bruxelles.
Ce manuscrit, qui provient de Marie de Bourgogne, a été publié intégralement avec une
introduction de 77 pages par le même auteur en 1912. Sous ce titre: Le manuscrit des
Basses danses de la Bibliothèque de Bourgogne (Société des Bibliophiles de Belgique).
35.- Cocnon (J.). Les ex-libris autographes de Marguerite d'Autriche, dans
Archives Soc. franç. collectionneurs d’ex-libris, 17° année (Paris, 1910), page 22,
avec fac-simile.
36. - Complainte (La) de dame Marguerite Daustrice fille de Maximilian roy des
Romains. S. I. n. d., vers 1499, 2 pages in-4°, gothique à 2 colonnes.
Un seul exemplaire connu, conservé à la Bibl. de Bruxelles, ms. 10926.
37.- Complainte faicte par Madame Marguerite, Archiduchesse Daustriche,
duchesse doagiere de Savoye, Comtesse de Bourgogne et de Villars. [Anvers, 1530],
4 feuillets, in-4° gothique. Réédité dans le Recueil de chansons, poèmes el pièces en
238 MARGUERITE D'AUTRICHE
vers français relalifs aux Pays-Bas, publié par la Société des Bibliophiles de Belgique,
t. 1 (Bruxelles, 1878), pages 75 à 84. Cf. HENNIN. Les monuments de l'histoire de
France. Catalogue des productions de la sculpture, de la peinture el de la gravure
relañives à l'histoire de la France. Tome vint (Paris, 1862), page 37 ; mentionne une
planche représentant Marguerite, en pied, dans un jardin, prête à être frappée
par la Mort. Cf. plus haut p. 183 note 1.
38. - DEMoNTS (Louis). Un portrait de Marguerite d'Autriche au Musée du Louvre,
dans Revue de l'art ancien et moderne, tome xLvu (Paris, 1925), pages 232 à 246,
avec 7 planches.
Tableau légué au Louvre, en 1920, par M. Sulzbach, provenant de la collection Dilke
et de celle de W. Wilke. Considéré par FRIRDLANDER /Belgische Kunstdenkmäler, Munich,
1923, tome I, page 318/ et par Mme Roscor-DELONDRE (Portraits d'infantes, Paris, 1912),
comme le portrait de Jeanne la Folle, dont il rappelle les traits si connus par les volets
du Triptyque de Ziericksée du Musée de Bruxelles.
L. Demonrs croit devoir identifier ce portrait avec celui de Marguerite d'Autriche en se
basant sur la ressemblance évidente qu’il présente avec celui du diptyque de Vienne (qui
porte une inscription catégorique).
Deux objections se présentent: la première c'est que les traits du portrait rappellent
plutôt ceux de Jeanne la Folle. Marguerite d'Autriche, telle qu’elle apparaît notamment
dans le portrait du Musée de Bruxelles et dans les miniatures de ses manuscrits, est caractérisée
par des paupières inférieures qui cachent un peu les yeux. La seconde est la couleur des cheveux.
La princesse du Louvre n'a rien d’une blonde ardente. Or, à l’âge du personnage représenté,
Marguerite était rousse — et elle ne se teignait pas /Vullo fuco illitam, arte nulla comptam) ;
c'est un hommage que lui rend P. Martyr quand elle avait 17 ans. Rousse elle sera à
25 ans, quand son portrait sera exécuté par van Coninxloo ou Van Orley ; rousse elle
restera après sa mort, comme on le vit lors de l’exhumation de 1856.
Le double mariage espagnol, nécessitant la confection de tableaux des fiancés, explique
peut-être l'erreur d’un peintre qui a pu ne pas travailler d’après le vif, et peindre sur le
diptyque de Vienne, d'après un tableau, Jeanne la Folle, croyant représenter sa belle-sœur
Marguerite, à moins que l'on ne préfère considérer la Marguerite du Diptyque de Vienne,
celle de la National Gallery et celle de l’ancienne collection Chigi — et la Marguerite
du Louvre — comme un type un peu conventionnel.
Si l’on veut vraiment avoir une représentation réaliste et sincère des traits de l’archi-
duchesse, il faut examiner le portrait de Versailles et le buste du Musée National Bavarois,
attribué à Conrad Me yt.
39.- DIMIER (L.). Trois portraits anonymes, dans Chronique des arts, 1901, page 5.
L'un de ces portraits représente Marguerite d'Autriche à l’âge de trois ans trois mois. Il
est conservé au Musée de Versailles (Catalogue Soulié 4026, ancien M. R. 338 de la
collection Revoil) sous le titre d'Enfant inconnu.
40.- DoumaniG (Karl). Porträtmedaillen des Erzhauses Osterreich von Kaiser
Friedrich III bis Kaiser Franz II aus der Medaillensammlung der Allerhôchsten
Kaiserhauses.. Vienne, 1896, in 4° avec 40 planches (collection Kunsthistorisrhe
Sammlungen des Allerhôchsten Kaiserhauses).
Belle reproduction de la médaille de Marguerite d'Autriche et de Philibert le Beau
[juillet 15021, par Marende (planche 1v, n° 19) et celle de Marguerite d'Autriche, déjà âgée
en costume de veuve et en buste, 1528, attribuée à Hans Schwartz (planche rv, n° 20).
41.- DucLos (Ad.). Bruges, histoire et souveuirs. Bruges, 1913, in 8°.
Décrit (p. 147) la Cheminée du Franc de Bruges, exécutée de 1529 à 1531. L'un des
médaillons, de chène sculpté, placé sur le dossier du trône impérial, représente Marguerite.
BIBLIOGRAPHIE DE MARGUERITE D'AUTRICHE 289
42. - DuRRIEU (Paul). Les Très Riches Heures du duc de Berry conservées à
Chantilly, au Musée Condé et le Bréviaire Grimani, dans Bibl. Ecole chartes,
t. LXIV (1903), p. 321 à 328.
Les Heures du duc de Berry ont fait partie de là collection de Marguerite d'Autriche.
43.- DuRRIEU (Paul), Manuscrits d'Espagne remarquables principalement par
leurs peintures et par la beauté de leur exécution, dans Bibl. Ecole chartes, tome
LIV (1893), pages 251 à 326.
Prouve que deux des plus célèbres manuscrits de l'Escurial proviennent de la collection
de Marguerite d'Autriche, l’un (pages 270 à 274) est l’Apocalypse figurée de format grand
in-folio avec miniatures sur le recto et le verso de chacun des 49 feuillets, du XV® siècle.
L'autre (p. 318 à 320) est le Coder aureus renfermant, en grand format, les quatre évangiles,
écrit entièrement en lettres d’or sur deux colonnes au XI°siècle pour la cathédrale de Spire.
44.- DuRRIEU (Paul). La miniature flamande au temps de la cour de Bourgogne,
1415-1530. Ouvrage publié avec le concours dé l’Académie des Inscriptions.
Fondation Piot. Paris, 1921, 80 p. in-4° et 103 planches.
La planche CII reproduit la miniature représentant Marguerite en veuve, d’après le
Bréviaire de Marguerite exécuté par Jean Franco et daté du 31 octobre 1527 (ancien
10197 A. F., aujourd’hui fr. 5616, à la Bibl. Nat. de Paris, manuscrit connu aussi sous le
nom de « Généalogie abrégée de Charles-Quint). La miniature se trouve au folio 52 recto.
Elle avait déjà été publiée dans C. Counerc, Album de portraits d’après les collections du
Département des manuscrits de la Bibliothèque nationale. Paris, 1908, in-4°, planche CXLII.
Sur ce manuscrit, Cf. GacHaArD, La Bibliothèque nationale de Paris. Notices (Bruxelles,
1875), tome 1, page 100.
45. - DuTui (Jules). L'entrée à Lille de Marguerite d'Autriche [en 1483] dans
Au jour le jour, tome xrv (Lille, 1897), pages 432 sq.
D'après les Chroniques de Flandre et d'Artois de 1482 à 1560, de Louis BRÉSIN, éd.
MAnNNIER. Paris, 1880, in-8°.
46. - Fêtes inaugurales de la statue de Marguerite d'Autriche à Malines. 1849,
25 pages avec 12 planches.
Œuvre conventionnelle du sculpteur Joseph Tuerlinckx.
47.- FiINoT (Jules). Inventaire sommaire des Archives départementales... Nord
Série B. Chambre des Comptes de Lille. Tome vm. Lille, 1895, in 4°.
Plusieurs inventaires des collections de l'archiduchesse. Page 178, « Vaisselle d'or »
(B 3497, n° 123707, sans date). Page 208, tableaux et œuvres d'art (B 3507, n° 123900
et 123901, sans date ; cf. Le GLay, Corr. Maz., t. 11, p. 477). Page 209, tableaux et œuvres
d'art, Malines, 17 juillet 1516 (B 3507, n°5 123903, 123904, déjà publié dans Le GLAy,
Corr. Maximilien, tome n, page 479). Page 212, peintures de dévotion (B 3507, n° 123906,
déjà publié dans Le GLay, t. 11, p. 483) et « platines de cuyvre engravées » (B 3507,
n° 123905). Page 215, tapisseries, 18 juillet 1516 (B 3508, n° 123909, déjà publié dans
Le GLay, t. 11, page 485). Page 225, « inventaire des pelites menuités » (B 3511,
n° 129936, sans date, publié partiellement par Le GLay, t. 11, p. 478). Page 226, « belles
et riches serviettes » (B 3511, n°5 123937 et 123938, non daté, publié par Le GLay, t. 11,
page 487).
Dans le même volume, pages 103 sq., on trouvera des citations de divers états journaliers
de l'Hôtel de Marguerite d'Autriche à partir de l’année 1510, avec de nombreuses lacunes.
19
290 MARGUERITE D'AUTRICHE
48.- ForoNDA Y AGuILERA (Manuel de). Estancias y viajes del emperador
Carlos V desde el dia de su nacimiento hasta el de su muerte... Madrid, 1914,
XLIV + 715 p.in-fol. Cf. Foronda, Estancias y Viajes de Carlos V. Madrid, 1895, in 8°
(Soc. Géogr. Madrid).
Très nombreux éléments tirés des Archives du Nord.
49. - GAcHARD (L. P.). [Trois lettres de Marguerite d'Autriche, 1507-1508] dans
Bull. Com. roy. hist. Belg., 3° série, tome vi (1864), p. 133 à 145.
Conservées dans un Recueil de la Bibl. de Munich, sous l’ancienne cote Cod. Gall. 141.
GacHaRD a publié aussi dans ses Analectes historiques, Bruxelles, 1856-1871, 5 vol. in 8
(Bull. Com. roy. hist. Belg.) de nombreux documents relatifs à la période de Marguerite.
Voir aussi les Tables générales du Recueil des Bulletins de la Commission royale d'histoire de
Belgique, séries I à V. Bruxelles, 1852 à 1901, 5 vol. in &.
50. - (rACHARD (L. P.). Maladie et mort de Marguerite d'Autriche, gouvernante
des Pays-Bas, dans GacHarb, Coll. de documents inédits concernant l'histoire de la
Belgique, tome 1 (Bruxelles, 1833), p. 291 à 301.
51.- GACHARD (L. P.). La translation des entrailles de Margucrite d'Autriche en
1778, dans Bull. Acad. roy. Belg., t. x1 (1861), p. 226 sq.
02. - GACHET (Emile). Albums et œuvres poétiques de Marguerite d'Autriche,
gouvernante des Pays-Bas. Bruxelles, 1849, xx + 107 pages in 8. /Soriélé des
Bibliophiles belges de Mons).
Mss. 10572, 228 et 11239 de la Bibl. de Bruxelles. Le ms. 10572 (fol. 21 verso)
contient une poésie autographe de Marguerite.
53.- GAIRDXER (J.). Letters and papers illustrative of the reigns of Richard III
and Henry VII. Londres, 1851-1863, 3 vol. gr. in 8°.
Renseignements sur le projet de mariage de Marguerite avec Henri VII. Cf. GAIRDNER,
Henry VII, Londres, 1889, in-8 et A. F. PorrarT, The reign of Henry VII from
contemporary sources. Londres.
54.- GLück (Gustav). Kinderbildnisse aus der Sammlung Margaretens von
Oesterreich, dans Jahrbuch der Kunsthist. Allerh. Kaiserhauses, t. xxv, Vienne 1905.
Reproduction du diptyque de Vienne et de celui de la collection Chigi (ce dernier avec
des blasons).
55. - [GopErroY (Jean)]. Lettres du roy Louis XII et du cardinal George d’Amboise
avec plusieurs autres lettres, mémoires et instructions écrites depuis 1504 jusques et
compris 1514. Bruxelles, 1712, 4 vol. in-12, avec gravures.
56.- GossarT (Maurice). Jean Gossart de Maubeuge, Lille [1902], 148 p., in &.
Cf. Ach. SEGARD, Jean (ossart dit Mabuse. Bruxelles, 1924, 190 p. in 4°, avec pl.
97.- (RANGES DE SURGERES. Strophes sur la Noël demandées par Marguerite
d'Autriche à Olivier de La Marche d’après un sermon d'Olivier Maillard dans Bull.
Soc. Bibliogr. bretons 1881-1882, tome v, p. 49. Cf. Bull. Com. roy. hist. Belg.,
3° série, t. v. (Bruxelles, 1863), p. 265.
58. - GRAPHEUS (Cornelius). Fata Variæque Fortunæ Omnium Clariss Heroines,
Optimæq. principis, Divæ Margaritæ Augustæ, Divi Maximiliani Cœs. Aug. Filiæ,
Matris Patriæ, Pacis et Concordiæ Procuratricis diligentiss. Archid. Austriæ, Ducisq.
et Comilis Burgundiæ, etc. CORNELIO GRAPHEO authore, pio voto, ac jussu inclytiss.
BIBLIOGRAPHIE DE MARGUERITE D'AUTRICHE 291
D. Comitis Hochstraten Mpxxxu1. Imprimé dans de REIFFENBERG, Archives philologiques,
t. 1, p. 201 à 219 (et dans ses Nofices et extraits des mss de Bourgogne. Bruxelles,
1829, p. 116 à 133 (Grapheus est une formule hellénique de Schryver) et dans
Müncx, Margaretha von Oesterreich (1833), p. 305 à 319.
Un exemplaire manuscrit est conservé à la Bibliothèque nationale de Vienne sous le
numéro 2557 et a figuré à l'Exposition d'art autrichien (Paris, 1927) sous le n° 100. En
frontispice, miniature remarquable représentant Marguerite d’après le tableau attribué
à Van Orley, blonde sous le voile de veuve, sur un fonds à ses armes, avec la devise :
FORTUNE INFORTUNE FORT UNE. Ce ms. est daté de mpxxxit et mentionne le nom de
Corn. Grapheus.
59.- Grupius (Nicolaus). Carmen sepulchrale in funus Illustrissimæ Principis
Domine Margaretæ, Archiducis Austriæ, Ducis Comitisque Burgundiæ, Viduæ
Sabaudiæ, etc. Nicolao Grudio Belga Jureconsulto, Caroli Quinti Imp. Aug. Secre-
tario autore. Louvain, Serv. Zassenus, 1532, mai, 8 fol. in 4°.
A été réédité par de REïrrENBERG Coup d'œil sur les relations qui ont existé entre la
Belgique et la Suvoie (Bruxelles, 1841, 66 p. in-4°, ext. des Nouveaux Mémoires Acad.
Bruxelles, tome xiv), page 56 avec une planche représentant (d’après le ms. 228 de la Bibl.
de Bruxelles) l’archiduchesse en toilette de drap d’or relevé d’hermine, la tête encadrée
du béguin de veuve, miniature de qualité médiocre.
60.- GuIcHENON (Samuel). Histoire de Bresse et de Bugey. Lyon, 1650, in-folio.
Voir dans la deuxième partie, p. 26 à 29, notice sur Brou.
61.- GuICHENON (Samuel). Histoire généalogique de la Maison de Savoie. Lyon,
1660, 2 vol. in folio.
Le tome 1, pages 600, 612 et 616, donne la reproduction des tombeaux de
Marguerite de Bourbon, de Marguerite d'Autriche et de Philibert-le-Beau avant la
transposition et l'enlèvement de certaines statuettes, On remarquera notamment l’ancienne
disposition des génies du tombeau ducal qui faisaient face au spectateur, au lieu de lui
tourner le dos. La réédition faite à Turin, en 1778, renferme aussi une reproduction de ce
tombeau, faite par Valperga, présentant les mêmes dispositions.
62. - HARE (Christopher). The high and puissant princess Marguerite of Austria,
princess dowager of Spain, duchess dowager of Savoy, regent of the Netherlands.
Londres et New-York, 1907, xvi+351 p. in 8°, avec 1 phototypie et 19 photogravures.
63. - HENAULT (Maurice). La tapisserie du Tournoi au Musée de Valenciennes
dans Revue art ancien el moderne, t. xxvin (Paris, 1910), 2° partie, p. 145.
Le personnage féminin représenté à côté de Philippe le Beau serait non pas Jeanne
la Folle mais Marguerite d'Autriche. Cf. DEmonrs, Revue art ancien el moderne, 1. xI.vII
(1925), p. 240 avec planche.
64.- HENNE (A). Histoire du règne de Charles-Quint en Belgique. Bruxelles et
Leipzig, 1858-1860, 10 vol. in 8°.
Ua chapitre entier (tome v, p. 341 à 400) est consacré à Marguerite d'Autriche.
65. - HERMANS (V.). Le « Livre de champt » de Marguerite d'Autriche, dans
Bull. Cercle archéol. Malines, t. xiv, 1904, p. 210 à 226.
Complète l’étude de Verheiden. Hypothèse douteuse de l'attribution des miniatures à
Albert Dürer.
66. - HEVESY (A. de). Jacques de Barbari. Le Maître au Caducée. Bruxelles, 1925,
53 p. in 4° avec 39 planches.
292 MARGUERITE D'’AUTRICHE
67.-JustTE (Théodore). Charles-Quint et Marguerite d'Autriche. Etude sur la
minorité, l'émancipation et l'avènement de Charles-Quint à l'Empire. Bruxelles,
1858, 1x + 175 p. in 8° {Mém. cour. par l’Acad. de Belgique, série in 8°, tome vn).
68.- Jusri (C.). Bonner Vortraege. Bonn 1912, in 8°.
Contient, p. 7 à 40, une biographie sur Marguerite d'Autriche, avec planches.
69. - KooPERBERG (L.M.G.). Margaretha van Oostenrijk, landvoogder der
Nederlanden tot den Vrede van Kameryk. Amsterdam, 1908, xx + 472 p. in &°,
avec planche en frontispice (thèse lettres Leyde).
70.- Kraus (Victor von). Itinerarium Maximiliani I (1508-1518) mit einleitcnden
Bemerkungen über das Kanzleiwezen Maximilians I, dans Archiv. fur œsterr.
Geschichte, tome Lxxxvi (Vienne, 1899), pages 229 à 318.
Rédigé non d’après des actes de chancellerie mais d’après des livres de comptes dressés
par un officier attaché à l'Hôtel de Maximilien. L'éditeur a constaté l'exactitude de cet
itinéraire en comparant avec d’autres documents contemporains. Kraus étudie (p. 266 sq.)
la Correspondance de l’empereur Maximilien et de Marguerite, publiée en 1839, propose
diverses corrections et donne des détails sur les styles employés à la chancellerie impériale.
71. - KREITEN (Hubert). Der Briefwechsel Kaiser Maximilians I mit seiner
Tochter Margareta. U'ntersuchungen über die Zeitfolge des durch neue Briefe
ergänzten Briefwechsels. Vienne, 1907, in 8°, 128 p. (Archiv. fur oesl. Geschichte,
t. XCvI, 2° partic).
- KruL (R.). Margarctha van Oostenrijk, een woord over de goevernante en
haar geslacht, dans De Tijdspiegel, t. 1, 1"° partie (La Haye, 1897), p. 432 à 442,
73. - LABORDE (de). Inventaire des tableaux, livres, joyaux et meubles de
Margucrite d'Autriche... conclud en la ville d'Anvers le XVII d'avril 1524, dans
Revue archéologique, 1° série, tome vu (Paris, 1850), pages 36 à 57 et 81 à 91.
S'est servi d’un manuscrit du fonds Colbert à la Bibl. Nat. de Paris, publié plus
complètement en 1870 par MIcHELANT d’après cet FAempans: puis en 1885 par ZIMERMAN
d’après un manuscrit de Vienne.
74.- LAENEN (J.). Les Archives de l'État à Vienne au point de vue de l’histoire
de Belgique. Bruxelles, 1924, xvi + 683 p. in-8° (Com. roy. hist.).
Ce dépôt renferme, surtout à partir de 1520, des lettres missives appartenant au fonds
de la Chancellerie de Marguerite. Indépendamment des travaux cités dans cette biographie
(Bauer, BEER, CHMEL, ULMANN, Warner, etc.), il faut enregistrer l'importance des
travaux de Karl Lanz : Correspondenz des Kaïsers Karl V aus dem K. Archiv. und der
Bibliothèque de Bourgogne zu Brussel. Stuttgard, 1844-1846, 3 vol. in-8° ; Sfaatspapiere zur
Geschichte des Kaïsers Karl V. Stuttgard, 1845 /Bibl. d. Liter. Verein) ; AMenstücke und
Briefe zur Geschichte K. Karls V. Vienne, 1853 /Monum. Habsburgica) et signaler aussi les
études si importantes de C. von HôrLer sur Philippe le Beau, Jeanne la Folle, Charles-
Quint, André de Burgo, etc., publiés dans les Sifzungsberichte Ak. Wien, 1873, sq
Cf. DaxLMANN-Wairz, Quellenkunde, 8° éd., p. 1094.
795.- LASERNA-SANTANDER (de). Mémoire historique sur la Bibliothèque dite de
Bourgogne, présentement Bibliothèque publique de Bruxelles. 1809, 1v+216 p. in 8.
Contient (pages 31 à 38 et 134 à 145) une notice biographique, parfois erronée, sur
Marguerite d'Autriche et la liste des manuscrits de sa Bibliothèque, deux documents sur
son projet de retraite aux Annonciades de Bruges et quelques extraits de ses Albums.
BIBLIOGRAPHIE DE MARGUERITE D'AUTRICHE 293
76. - LE GLAY (André-Joseph-Gdhislain). Correspondance de l’empereur Maxi-
milien If et de Marguerite d'Autriche, sa fille, gouvernante des Pays-Bas, de 1507 à
1519, publiée d'après les manuscrits originaux [des archives du Nord]. Paris, 1839,
2 vol. in & /Sorélé hisloire de France).
77.- LE GLAY (A.J.G.). Maximilien I, empereur d'Allemagne, et Marguerite
d'Autriche, sa fille, gouvernante des Pays-Bas. Esquisses biographiques. Paris, 1839,
110 p. in &°.
Tirage à part d’une notice publiée dans le tome 11 de la Correspondance et suivie de
l'inventaire des collections de l’archiduchesse (17 juillet 1516).
78. - Le GLaY (A.J.G.). Négociations diplomatiques entre la France et l'Autriche
pendant les trente premières années du XVI siècle. Paris, 1845, 2 vol. in 4°
{Collection des documents inédits sur l’histoire de France].
79. - LE GLAY (A.J.G.). Rectification au sujet de la naissance de Philippe de
Lalaing [au sujet d’une notice de Brassart publiéo dans les Mém. Soc. agriculture
Douai, 1847], dans Bull. Commiss. hist. Nord, 1847, t. 11, p. 326 à 328.
80. - LE GLAY (Edward). Inventaire chronologique de la correspondance de
Henri VIII, roi d'Angleterre, avec Marguerite d'Autriche, 1509-1530, dans
D' LE GLay, Analecles historiques, pages 181 à 198 (ext. Mém. Soc. sciences Lalle,
1838, pages 387 sq).
81.- LEMAIRE DE BELGES. Les regretz de la dame infortunée sur le trespas de
son tres cher frère unique. 1° édition dans la /égende des Vénitiens, Lyon,
J. de Vingle, 1509.
Poésie composée au sujet de la mort de Philippe le Beau, dédiée à Marguerite et
terminée par la devise de l’archiduchesse FORTUNE INFORTUNE FORT UNE.
Réédition dans les Œuvres de LEmaAIRE, publiées par STECHER, tome m1 (1885),
pages 187 à 193.
82. - LEMAIRE DE BELGES. La premiere et la seconde epistre de l’'Amant verd.
1"° édition dans les Illustrations de Gaule. Lyon, Est. Baland, 1510.
Ces deux compositions sont dédiées à « Madame Marguerite Auguste » et renferment
des détails utiles pour sa biographie : elles sont précédées d’une lettre de Jean Perréal
datée de Lyon, 1° mars 1510.
Nouvelle édition par Müncx, Marg. von Oesterr., p. 111 à 140 et par STECHER, Œuvres
de LEMAIRE, tome 11, pages 1 à 37.
83.- LEMAIRE DE BELGES. La Couronne margaritique, publiée pour la 1" fois
dans l'édition des Jllustrations de Gaule, Lyon, Joan de Tournes, 1549, in-folio.
Ouvrage posthume et inachevé, rédigé après septembre 1504 et avant 1512. Détails
utiles pour la biographie de l’archiduchesse.
Réédité par Müxcx, Margaretha von Oesterreich (1833), 141 à 272 et par STECHER dans
les Œuvres de Leuaire, tome 1v (1891), pages 15 à 167.
84.- LEMAIRE DE BELGES. Chronique annale et fragments de chroniques, dans
ses Œuvres, édit. STECHER, tome IV (1891), pages 440 à 522.
Utile pour la biographie de Marguerite d'Autriche pendant l’année 1507.
294 MARGUERITE D'AUTRICHE
85. - LEMAIRE DE BELGES. Œuvres. Édition J. STECHER. Louvain, 1882-1891,
4 vol. in-8° fAcadémie de Belgique/.
Avec notice biographique tirée à part en 1891. Édition commode mais très défectueuse.
Renferme (pages 371 à 439 du t. 1v) les correspondances, déjà connues, et en grande partie
tirées des Papiers de Marguerite d'Autriche.
Des extraits des Œuvres ont été publiés par Krh. LommarzcH, Jean Lemaire de Belges
(Berlin, 1924, xvi + 159 p. in-12° collection des Romanische Texte) et par Paul Spaak,
Jean Lemaire de Belges. Sa vie, son œuvre et ses meilleures pages (Paris, 1926, 279 p. in-8).
Une excellente bibliographie de ses œuvres, si souvent réimprimées au XVIe siècle,
a été publiée par Alfred Humpers, Essai sur la lanque de Jeun Lemaire de Belges (Liège,
1921, 243 p. in-8° ; 26° fascicule de la Bibliothèque de la Faculté de philosophie de Liége).
Des travaux importants, dont on trouvera plus haut les titres, sont dus à BECKER, CHARAVAY,
CocxiN, Guy, PiNcHART (Bibl. de Brou, n°5 9, 13, 17, 54, 97). D'autres encore, dont on
trouvera la bibliographie dans Spaak (pages 271 à 273) ont été publiés par G. DoUTREPONT,
Ch. Féris, F. HAcuez, A. Humrers, A. Joy, A. LEFEBVRE, A. LEFRANC, Ph. MaARTINON,
SALLIER, etc. ainsi que par P. CHAMPION (Le canonicat pour Jean Lemaire de Belges à Lyon.
Lyon 1926, 24 p. in-8° avec ex-libris) et par Arthur TiLLer (Rabelais et Jean Lemaire de Belges,
dans Revue du XVIe siècle, tome 11, 1914, p. 30). Voir ci-dessous n° 113.
86. - MARNEFFE (Edg. de). Inventaire sommaire des Papiers d'état et de l’Audience.
Bruxelles, 1906, 35 p. in-8° /Archives de l'Etat en Belgique/.
Ce fonds contient d'assez nombreuses correspondances diplomatiques de Marguerite
et d'importants registres de copies d’une partie des missives conservées à Vienne.
Un répertoire manuscrit détaillé, rédigé par H. Nezis supplée à la brièveté de cet
Inventaire. Les publications de Gachard et autres travaux belges cités dans cette
bibliographie sont nourris de textes empruntés à ce fonds. Il faut encore citer Ch. MoELLeRr,
ÆEléonore d'Autriche et de Bourgogne, reine de France (Paris, 1895); A. de Ripper,
Les règlements de la Cour de Charles-Quint, dans Messager sc. histsr. Gand, 1893, p. 392
à 418 ; 1894, p. 36, 180 et 280, et, du même auteur, La cour de Charles-Quint dans Choir
de Mémoires de PUniv. de Louvain, t. xiv (1889), p. 39 à 213, ainsi que les travaux de
P. ALEXANDRE, J. FREDERICHS, A. GaiLLaRp et E. LAMEERE sur le Conseil privé.
On trouvera aussi quelques épaves du fonds de Marguerite d'Autriche dans le t. 11 de
GACHARD, Jnvent. des Archives des Chambres des Comptes (Bruxelles, 1845) sous les articles
1797 à 1830 renfermant les comptes et rôles trimestriels de l'Hôtel de l’archiduchesse de
1521 à 1530, par Jean de Marnix, sous les n% 18:32 et 1833 concernant son exécution
testamentaire, et dans le tome 1v de cette publication, sous le n° 27490 relatif à la
construction des Annonciales de Bruges de 1524 à 1529.
87.- MICHELANT. Inventaire des vaisselles, joyaux, tapisseries, peintures,
manuscrits... de Marguerite d'Autriche, dans Bull. Com. roy. hist. Belg., 3° série,
tome xn1 (Bruxelles, 1870), pages 5 à 78 et 83 à 156.
Cet inventaire, commencé à Malines le 9 juillet 1523 et clos à Anvers le 17 avril 1524,
est publié d'après un ms. de la Bibl. nat. de Paris. Il a servi le 23 juin 1533 au récolement
des collections de l’archiduchesse défunte. Des mentions (pages 84 sq.) concernent les
articles destinés à Brou.
MicHELANT a aussi publié un inventaire des collections de Charles-Quint, Bruxelles,
mai 1536 (Zbidem, 3° série, tome xt (1872), p. 199 à 368); et, mais partiellement, un
troisième, daté de mars 1569 n. st. (Zbidem, t. xiv 1872, p. 199 à 206). Ces documents
permettent de suivre les vicissitudes des collections. Cf. GacHarD, Notice sur la librairie de
la reine Marie de Hongrie {Ibidem, 1'e série, t. xit (1845), p. 224 à 246.
Ant. de BeaTis, dans son Voyage du cardinal d'Aragon (traduction Havarp
de LA MoNTAGKNE avec préface d'Henry Cocxin Paris, 1913) décrit les collections qu'il a
visitées le 28 juillet 1517 (page 101). Albert Dürer en a donné aussi une description dans
son Tagebuch der niederl. Reise, éd. Max OxBonx (Berlin, 1905), page 97.
BIBLIOGRAPHIE DE MARGUERITE D’AUTRICHE 295
88. - MILLET (Etienne). La médaille de Philibert le Beau et de Marguerite
d'Autriche [1502, par Jean MARENDE], dans Revue Sociélé littéraire Ain, tome xu
(1883), pages 170 à 173.
89. - MouinET (Jean). Chroniques, édition Buchon, Paris, 1827-1828, 5 vol. in-8°.
Tomes xznt à xLvit de la Collection des Chroniques nationales. S'arrêtent à la mort de
Philippe le Beau (1506).
90. - MouiNET (Jean). Les faicts et dicts de feu de bonne memoire maistre
Jehan Molinet. Paris, 1531, 133 feuillets.
Voir (fol. 75) « Le Retour de Madame Marguerite de France; (fol. 121) « Matrimonialle
Alianche entre messeigneurs les tres illustres enfans d’Austrice et les tres resplendissans
enfans d'Espaigne... 1496 » ; (Fol, 127) « Le Naufraige de la Pucelle ».
91.- Moxe (Franz-Joscph). Briefe des Kaisers Maximilian [ und seiner Tochter
von 1499 bis 1518, dans Anteiger für Kunde der deutschen Vorzeit, tome 1v
(Karlsruhe, 1835), col. 287 à 297, 396 à 405; Briefwechsel uber die Kaiserwal
Karls V, ibidem, tome v (année 1836), col. 13 à 37, 118 à 136, 286 à 298,
398 à 411; Zur Geschichle des Hauses Oeslerreich-Burgund und des Herzogs
Karl von Geldern, 1509-1519. Jbidem, tome vu (année 1838), col. 21 à 26.
92.- Müncx (E.). Maria von Burgund nebst dem Leben ihrer Stiefmutter
Margaretha von York. Leipzig, 1832, 2 vol. im-8°.
93. - Müxcx (E.). Margaretha von Oesterreich, Oberstatthalterin der Niederlande.
Biographie und Nachlass.. Stuttgard, 1833, vi + 418 p. in-8°.
Contient, en annexes, les deux Æpistres de lAmant verd (p. 111 à 140), la Couronne
margaritique de LEMAIRE (p. 141 à 272), l’Oratio d'Acrippa (p. 273 à 304), les Fata de
GRAPHEUS (p. 305 à 319) et les documents relatifs aux traités d'Arras (1482) et de
Senlis (1493, pages 320 à 418).
Cf. Müxcx, Margaretha von Oestreich und ihr politisches und geistiges Wirken in den
Niederlanden, dans Jahrbuch der Geschichte und Staatskunst, lome 11 (1832), p. 289 sq.
94.- Oratio funebris..…. in iüllustrissimæ dominæ Margaritæ, archiducissæ
Austriæ... coram invictissimo Carolo quinto…. et Ferdinando, Hungariæ..… rege,
sacrisque Romani Imperi electoribus.. per doctorem Johannem Fabri, electum
episcopum Viennensem, habita Coloniæ Agrippinæ, I calendas januarii.. Mv° xxxi.
Cité par ALTMEYER, Marguerite d'Autriche dans Revue belge, t. xv (Liége 1840) p. 346.
95.- OviEpo (Gonçalo Fernandez de). Libro de la Camara real del principe
don Juan, officios de su casa e servicio ordinario, édité par J. M. Escupero
DE LA PENA. Madrid, 1870, in-8° /Sociélé des bibliophiles de Madrid/.
Publie (pages 203 à 207) l'inventaire des joyaux, argenterie, tapisseries et riches étoffes
donnés par Ferdinand et Isabelle la Catholique à don Juan et à Marguerite en 1497.
96.- PETERSEN (Holger). Destrées, frère chartreux et poète du temps de
Marguerite d'Autriche. Helsingfors, 1927, 168 p. in-8° (publication de la Finska
Vetenskaps-Socielelen, Socielas Scientliarum Fennica, Fascicule 8 du tome 1 des
Commentationes humanarum litterarum).
Texte et commentaire des vies de sainte Marguerite, de sainte Wenefrede et de
sainte Catherine d’après le ms. de la Bibl. nat. de Paris, fr. 14977.
296 MARGUERITE D'AUTRICHE
97.- Quinsonas (E. de). Matériaux pour servir à l'histoire de Marguerite
d'Autriche, duchesse de Savoie, régente des Pays-Bas. Paris, 1860, 3 vol. in-8°
avec planches.
Le tome 1 contient 35 pièces justificatives concernant notamment les sujets suivants :
Mariage de l’archiduchesse avec le duc de Savoie (1501) ; funérailles de ce dernier (1504);
douaire savoyard (1506); patentes de la régence des Pays-Bas (28 mars 1507); donation du
comté de Bourgogne (17 fév. 1509 n. st.), règlements de l’hôtel de Marguerite (8 déc. 1515
et 3 avril 1525); élection de Charles-Quint (1518); cession de Malines (18 sept. 1520);
succession de Maximilien (20 sept. 1520) ; gages et liste du personnel de l'Hôtel de la
douairière (1° mars 1528) ; inventaire du château de Pont d’Ain à la mort de l’archi-
duchesse (17 février 1531) et compte de son exécution testamentaire (1531-1532).
Le tome 11 renferme, entre autres notices sur les résidences de Marguerite, celles de
Pont d’Ain (p. 103 à 300), de Malines (p. 301 à 325), de Bruges (p. 328 à 365, avec compte
de la construction des Annonciades en 1524 d’après le n° 27491 des Archives de Bruxelles),
Brou (p. 367 à 385, avec l'Oraison funèbre prononcée par A. du Saix en 1532 (p. 387 à 403).
98. - RAHLENBECK (Ch.). Trois régentes des Pays-Bas (1507-1567): Marguerite
d'Autriche, Marie de Hongrie et Marguerite de Parme. Bruxelles, 1893, 1in-8°
(ext. Revue de Belgique, 1892).
99. - Rauscx (K.). Die burgundische Heirat Maximilians I. Vienne, 1880, in-8°.
100. - REIFFENBERG (de). Notices et extraits de manuscrits dé la Bibliothèque
dite de Bourgogne relatifs aux Pays-Bas. Tome 1, partie 1. Bruxelles, 1829, in-4°.
Contient (p. 17 à 24) une étude de l’un des « Albums » de l’archiduchesse, manuscrit
10572 (ancien 246, ancien 610).
101.- REIFFENBERG (DE). Manuscrits relatifs à l’histoire de la Belgique faisant
partie de la Bibliothèque délaissée par feu G. J. Gérard, dans Bull. Com. roy. hist.
Belg., tome 1, 2° édition (Bruxelles, 1844), page 265 sq.
Contient, sous les n° 62 bis, 82, 87 à 93 et 97 la copie de manuscrits concernant l'archi-
duchesse et celle de ses « Albums ». Le n° 97 « Recueil de pièces pour servir à l’histoire de
Marguerite d'Autriche » a été utilisé par E. Müncx. Ces mss. sont à la‘Bibl. de La Haye.
102. - RonDoT (Natalis). Jean Marende et la médaille de Philibert le Beau ct de
Marguerite d'Autriche. Lyon, 1883, 39 pages in 8° (ext. Revue du Lyonnais/.
Médaille exécutée en juillet 1502. Plusieurs variantes. L'auteur connaît 28 exemplaires.
Voir les références bibliographiques et la reproduction dans F. MazeroLLe, Les médailleurs
français du XV° siècle au oies du XVIR (Paris, 1902, 2 vol. in-4° et 1 album ; collection
Doc. inéd. hist. France), tome 1, n° 29 à 31 et album, planche 1.
Rondot (page 16, note 1) cite aussi la médaille exécutée en 1501, par Jacq. Gauvain lors
du mariage savoyard. La reproduction de cette dernière œuvre a été publiée par Cam.
Picqué, dans Revue numismatique belge, 3° série, tome vi (1862), planche xvi, n° 1 (cf.
p. 347) et la bibliographie a été publiée dans MAZEROLLE, 0.c., t. 11, n°5 46 à 48.
103.- RouYEr (J.). Lettre de Marguerite d'Autriche 1512, dans Bull. Soc.
antig. Morinie, 2° année (1853-1854), pages 187 sq.
104.- RoviLe (G.). Promptuarium iconum insigniorum a sæculo hominum.….
Lyon, G. Rovillius, 1553, 2 parties in vol. in 4°.
Reproduction de deux médailles de Marguerite.
105. - RuBBRECHT (Osw.). L'origine du type familial de la Maison de Habsbourg.
Bruxelles, 1910, in 8°, avec pl.
BIBLIOGRAPHIE DE MARGUERITE D'AUTRICHE 297
106.- Saix (Antoine Du). Oratio funebris in exequiis illustrissimæ principis
Margaritæ Austriæ Broaci sepultæ, habita ab fratre Antonio Saxano, Antoniano,
tertio idus junii 1532. S. 1. in 4° (réimpr. dans G. PARADIN, De anliquo statu
Burgundiz liber. Bâle [1557]).
L'auteur était commandeur de St-Antoine de Bourg. Cf. J. Texre. De Anéonio Saxano,
Paris, 1895, 127 p. in-8° (Thèse lettres, Paris).
107. - Sarx (Antoine Du). Oraison funebre faicte et prononcée aux obsecques et
enterrement du corps inhumé a Brou de Tres Illustre Princesse Marguerite d'Autriche
par noble... Antoine du Saix..., 16 fol. goth. S. 1. [1532], in 4°.
Réimprimé par De Quixsonas, Matériaux, tome 1, pages 387 à 402.
108. - SANPERE Y MIQUEL (S.). Michel Sithium, peintre de la cour de la reine
Isabelle la Catholique, de Marguerite d'Autriche et de Charles I*, 1480-1516, dans
Les Arts anciens de Flandre, t. 1 (Bruges, s. d.), pages 85 à 98.
109. - SCHÔNHERR (D. von). Geschichte des Grabmals K. Maximilian I und der
Hofkirche zu Innsbruck. Vienne, 1890, in fol (ext. Jahrbuch Kunsthistor. Samml.
all. Kaiserhauses, t. x1 (1890), p. 140 à 268).
Ce monument représente notamment la statue de Marguerite d'Autriche et deux bas
reliefs commémorant l’un (pl. xxxv) le retour de France (1493), l'autre le Traité de
Cambrai (1508). Cf. F. Desmons dans Revue tournaisienne, 1914, p. 1 à 6.
110. - SCHREVEL (A. C. de). Marguerite d'Autriche et le couvent des Annonciades
[de Bruges]. Bruges, 1924, 18 p. in-8° (ext. Annales Soc. émulat. Bruges).
111.- STALIN (Ch. F.). Aufenthaltsorte K. Maximilians seit seiner Alleinherr-
schaft 1493 bis zu seinem Tode 1519, dans Forschungem zur deutlschen Geschichte,
tome I, p. 349 sq.
Travail basé sur les dates des actes de Maximilien, pas nécessairement sûres, car la
Chancellerie expédiait les pièces en son nom, même s’il était absent.
112.- STEURS (F. M.). Het Keïizershof en het Hof van Margareta van Oostenrijk
te Mechelen. Malines, 1879, 112 p. in-8°, 2 planches.
113. - THIBAUT (Francisque). Marguerite d'Autriche ct Jehan Lemaire de Belges
ou de la littérature et des arts aux Pays-Bas sous Marguerite d'Autriche. Paris,
1888, 278 p. in 8°. (Thèse lettres Paris).
114.- TILMANT (Lucien). Les albums poétiques de Marguerite d'Autriche, dans
Bull. cercle Archéologique Malines, tome x1 (1901), p. 129 à 149. Cf. TiLmanT. Les
humanistes malinois. {bidem, tome xu (1902), pages 79 à 99.
115.- TraCHSEL (C. F.). Philibert II, duc de Savoie (1497-1504). Liste monogra-
phique de ses monnaies et de ses médailles, dans Revue belge numism., 49° année
(1893), p. 61 à 75.
116. - [TREITZAURWEIN (Marx). Der Weisskunig, eine Erzählung von den Taten
Maximilians I. Nouv. édit. par A. ScaurTz. Vienne, 1888, in fol. /Jahrbuch der
Kunsth. Sammil der allerh. Kaiserh. tome vr).
L'une des gravures représente l'audience donnée par le roi de France à Marguerite.
298 MARGUERITE D'AUTRICHE
117.- TREMAYNE (E. E.). The first Governess of the Netherlands. Margaret of
Austria. Londres, 1910, in 8°, avec planches.
Iconographie choisie judicieusement, notamment : diptyque de Vienne (p. 12), tombeau
de don Juan à Avila (p. 29), cheminée du Franc de Bruges (p. 264), Palais de Malines
(p. 273), tapisserie de N.-D. du Sablon (p. 284), Double effigie du Tombeau de Marguerite
(p. 298), Tableau de l’anc. coll. Lescarts (p. 317).
118.- ULMaNx (Heinrich). Kaiser Maximilian I auf urkundlicher Grundlage
dargestellt. Stuttgard, 1884-1891, 2 vol. in 8°.
119. - ULMaNx (Heinrich). Margarete von Oesterreich, Regentin der Niederlande
dans Zeitschraft fur allgemeine Geschichle, t. 11 (Stuttgard, 1885), p. 289 à 306.
120.- VAN CASTER (W.). De gebouwen der Rechtbank van eersten aanleg, oud
hof van Margareta van Oostenryk te Mechelen, dans Bulletin cercle archéol. Malines,
tome IV (1893), pages 15 à 34, avec planche.
Cf. Van CasrTer, Âistoire des rues de Malines et de leurs monuments. Malines, 1882.
121.- Van DEN BERGH (L.P.C.). Correspondance de Marguerite d'Autriche,
gouvernante des Pays-Bas, avec ses amis sur les affaires des Pays-Bas de 1506 à
1528 tirée des Archives de Lille et publiée par ordre du Gouvernement. La Haye,
1842-1847, 2 vol. in-8° (tomes 11 et nr des Gedenkstukken Los opheldering der
Nederlandsche geschiedenis).
122.- Van DEN BUSscHE (Emile). Fondation par Marguerite d'Autriche du
couvent de l’ordre des Annonciades à Bruges, dans La Flandre, tome x1 (1880),
p. 113 à 118.
123.- VAN DER HAEGHEN. Antoine de Ligne et Marguerite d'Autriche (1513-
1519). Deux lettres d'après les mss. du British Museum, dans Messager sc. hist.
Pelg., 1865, p. 119 à 123.
124.- VAN DooRSLAER (G.). Coup d'œil sur la ville de Malines durant la régence
de Marguerite d'Autriche. Malines, 1907, 28 p. in-8° (ext. du Bull. Cercle archéol.
Malines, tome xvu). Cf. VAN DooREN, Inventaire des archives de la ville de Malines.
Tome 1v. Leltres massives [1482-1579]. Malines, 1866, in-8° ct H. Conncxx,
Marguerile d'Autriche commémorée dans Bull. cercle arch. Malines, t. xvu (1907),
p. 103 à 131, avec planche vi, reproduisant la statue de l’archiduchesse dans'le
tombeau de Maximilien à Innsbruck.
125.- Van EVvEN (E.). Een noenmael Margaretha van Oostenrijk aangeboden
in 1509 te Leuven, dans SERRURE, Vaderlandsch Museum, tome n (Gand, 1857),
page 328.
126.- Van HASsELT (André). Essai sur l’histoire de la poésie française en
Belgique, dans Mémoires couronnés par l’Académie royale des sciences el belles-
lettres de Bruxelles, tome x, Bruxelles, 1838, 325 p. in-4°.
Contient (p. 157 à 160) une notice biographique sur l’archiduchesse et sur le recueil de
ses ballades. Publie un certain nombre de poésies (p. 277 à 290) tirées de ses Albums.
127.- Vax MANDER (C.). Le livre des peintres. Traduction, notes et commen-
taires, par H. Hyuaxs, Paris, 1884-1885, 2 vol. in-4°.
BIBLIOGRAPHIE DE MARGUERITE D'AUTRICHE 299
128. - VERHEYDEN (Prosper). Het Gesangbæk van Margaretha van Oostenrijk,
dans Tijdschrift voor Boek- en Bibliothekwesen, tome 11 (La Haye, 1904), pages 22
à 32 et 74 à 84, avec planches.
C'est le « Livre de champt » figurant sur l’Inventaire du 9 juillet 1523. Ce manuscrit
est conservé aux Archives de Malines et contient les messes de Pierre de la Rue.
Cf. J. DEsrTRée, dans Bull. Com. roy. art et archéologie t. xxxvin (Bruxelles 1898),
pages 104 à 107 et Bazs, Jbidem, t. xxvinr (Bruxelles 1889), p. 163. Une transcription en
notation moderne, par Ant. TiraBassi et une reproduction des principales miniatures avec
commentaire par Camille Gaspar est en cours d'impression par la Société des bibliophiles
de Belgique.
129. - VoLTELINI (H. von). Inventaire des bagucs et étoffes envoyées à Marguerite
par le Pape, 22 avril 1530, dans Jahrbuch der Kunsthisl. Sammlungen des all.
Kaiserhauses, tome x1 (1890), pages r et 11.
130.- WaALTHER (Andreas). [Compte rendu] de KREITEN, Der Briefwechsel
Kaiser Maximilians I mit semer Tochter Margareta, 1908, in-8° (ext. Gütling.
gelehrten Anzeigen, 1908, pages 253 à 286).
Propose 170 rectifications chronologiques à des documents déjà publiés.
131.- WALTHER (Andreas). Die burgundischen Zentralbehürden unter Maximilian
und Karl V. Leipzig, 1909, 1x + 220 p. in-8°.
Publie (p. 199 à 203) l'ordonnance de Marguerite sur son Conseil privé, du
17 décembre 1516 d’après la pièce L. M. 43990 des Arch. du Nord.
132. - WaALTHER (A.). Die Anfänge Karls V. Leipzig, 1911, xx + 258 p. in-8°.
Contient pages (213 à 248) plusieurs lettres inédites de Maximilien et de Marguerite.
On trouvera (pages 252 et 253) des fac-simile de l'écriture de Jean de Marnix, de
Guillaume des Barres et de Louis Barangier chargés de rédiger les minutes de la
correspondance de l’archiduchesse.
133.- WauTERS (A.J.). Marguerite d'Autriche, gouvernante des Pays-Bas et
le peintre Pierre Van Connixloo, dans Bullelin des Musées royaux du Cinquan-
tenaire, 13° année (janvier-février 1914), pages 4 à 11 avec photogravures.
Reproduit, le tableau acquis par la Société des Amis des Musées royaux de Bruxelles, en
1913, précédemment attribué à Bertrand Van Orley et restitué par Wauters à Pierre
Van Connixloo qui l'aurait exécuté en 1505 pour être envoyé à Henri VIT lors du projet
de mariage de l’archiduchesse avec ce souverain.
134. - WauTERS (A.). Marguerite d'Autriche, dans Biographie nationale publiée
par l’Académie de Belgique, tome xut (Bruxelles, 1895), col. 582 à 604.
135.- WiLeus (J. K.). Gedichten of Margaretha van Oostenrijk en Philips
den Schoonen in 1493-1497, dans Belgisch Museum voor de Nederduitsche Tael- en
Letlerkunde, tome 1x (1845), pages 141 à 158.
Publie (p. 141) avec une planche la complainte sur le retour de Marguerite d’après le
ms. 10926 de la Bibl. de Bruxelles et (p. 146) des pièces flamandes sur le voyage d'Espagne.
136. - WizeMs (J.F.). Margareta van Oostenrijk, dans Belgisch Museum, tome 1
(Gand, 1837), pages 196 à 205.
Décrit brièvement les « Albums» de Marguerite et reproduit la miniature où elle est
représentée à genoux,
300 MARGUERITE D'AUTRICHE
137.- ZIFFERER (Paul). Exposition d'art autrichien. Les trésors de Maximilien
prêtés par la République d'Autriche. Musée du Jeu de paume, 15 juin au
15 août 1927. [Villeneuve], 22 p. in-4° et 12 planches.
Renseignements sur le diptyque de Vienne représentant Philippe le Beau et Marguerite
et sur divers mss. de la Bibl. de Vienne intéressant l'archiduchesse (Catalogue n° 10, 14,
63, 97 à 100 et 111).
Le n° 97 (Vienne, ms. 2625) compte 38 feuillets 180 X 255 "/x orné de onze miniatures
remarquables représentant l’archiduchesse dans diverses circonstances de sa vie, notamment
en reine de France vêtue de velours bleu fleurdelysé, puis en costume de veuve, douloureu-
sement agenouillée. Cette œuvre aurait été exécutée vers 1505 par Michel Riccio, de
Naples, conseiller du roi de France et porte cette mention « Changement de fortune en
toute prospérité faite pour Madame Marguerite, archiduchesse daustriche ». Ce manuscrit
provient de la bibliothèque de Marie de Hongrie.
138.- ZIMERMAN (H.). Inventaire des collections de Marguerite d'Autriche,
20 avril 1524, Urkunden und Regesten aus dem K. und K. Haus-, Hof- und Slaats-
Archiv in Wien {Jahrbuch der Kunst. Sammlungen des all. Kaiserhanses, tome In,
1885, Vienne, pages xCHI à CXXN).
Réédite l'inventaire déjà publié par MicHELANT (d’après un ms. de la Bibl. Nat. de
Paris), dont de LABORDE avait aussi donné des extraits et donne les références des articles
déjà mentionnés dans celui de 1516 publié par Le GLavy.
139. - ZIMERMAN (H.). Inventaire des bagues, joyaux, vaisselle d'or et d'argent,
tapisserie et chapelle de Margucrite, 14 juin 1493, dans Urkunden... aus... Staates-
Archiv….. ahrbuch der Kunsthistor. Sammlungen des Al. Kaïiserhauses, tome 1
(Vienne, 1883), pages xxVIII-XXX).
Dressé à Valenciennes au moment où Marguerite quitte la Cour de France en présence
de M. et Mad. de Segré.
140. - ZIMERMAN (H.). Inventaire des pierres, joyaux, tableaux... provenant de
la succession de Marguerite laissés à l'Empereur, le 19 mars 1531, dans Jahrbuch
der Kunst. Sammlungen der all. Kaiserhauses, tome x1 (Vienne, 1890), p. v à xn;
Cf. tome int, p. XCIII à CXXI.
(1) Les deux Bibliographies consacrées à Brou (pages 267 à 281) et à la Biographie et À
l'Iconographie de Marguerite d'Autriche (pages 282 à 300), ont un caractère nécessairement
limitatif.
Pour les autres travaux cités dans le corps de l'ouvrage, pour simplifier les recherches,
on a cru devoir donner, dans l'Index (pages 457 sq.), au nom de chaque auteur, la référence à
la page ou à la note contenant la mention renfermant les détails suffisants pour identifier les
publications citées ailleurs en abrécé.
Une bibliographie complète des études et articles concernant le rôle de l'archiduchesse
comme comtesse de Bourgogne et régente des Pavs-Bas sortait du cadre du présent volume.
Nous renvoyons le lecteur aux bibliographies publiées par And. WALTHER (Die burgund.
Zentralbehoerden unter Maxtmilian I'und Karl V. Leipzig, 1909, pages 122 à 134), par
E. GossarT (Charles-Quint roi d'Espagne. Bruxelles, 1910, pages 269 à 274) et par A. CHAGNY
(Corresp. Laurent de Gorrevod. Lyon, 1913, pages xIx à Lvir). On devra aussi consulter, entre
autres Bibliographies spéciales : G. Moon, Fe de l'histoire de France (Paris, 188$);
H. PIRENNE, Bibliogr. de l'histoire de Belgique, 2° édition (Bruxelles, 1902) ; H. Havser,
Les sources de l'histoire de France, 1, 1494-1515 ; Il, 1515-1559 (Paris, 1906-1909, collect. des
Manuels de Bibliographie hist rique) : L. D. PETIT, Repertorium der verhandelingen en
bijdragen betreffende de geschiedenis des Vaderlands in tijdschriften en mengeloerken
tot op 1900 verschenen (Leyde, 1907) ; DAaHLMANN-WAITz, Quellenkunde der deutschen
Gesrhirhte, 8° édit. par Paul HERRE (Leipzig, 1912).
PIÈCES JUSTIFICATIVES
PREUVE
1483, 16 mai, Hesdin (‘). Lettres de Pierre de Bourbon, seigneur de
Beaujeu, chargé de recevoir, au nom du roi de France et du
Dauphin, Marguerite d'Autriche, en exécution du traité d'Arras.
(Original sur purchemin, scellé sur double queue de parchemin du sceau de
Pierre de Bourbon. Arch. Nord, B 360, n° 17775).
Pierre de Bourbon (?), conte de Clermont, de La Marche ot de Gicu, seigneur de
Beaujeu et d'Arminag, a tous ceulx qui ces presentes lettres verront, salut. Savoir
faisons que aujourduy, date de cestes, nostre tres cher et tres amé cousin messire
Odelf de Cleves (?) et de La Marque, seigneur de Ravestin, en ensuivant le traictié
de paix (*) nagueres faicte entre Monseigneur le Roy, son royaulme, pais, seigneuries
et subgetz d’une part, Tres Hault et Tres Puissant prince nostre tres cher seigneur
et cousin le duc Maximilian d'Autriche, nostre tres cher et tres amé nepveu le duc
Philippes son filz, leurs païs, terres, seigneuries et subgetz, d'autre, a mis et delivré
en noz mains, nostre tres chere et tres amée niepce Madame Margarite d’Autriche (5),
fille d’icelluy Monseigneur le duc Maximilian et de feue nostre tres chere et tres
amée niepce Madame Marie de Bourgongne, duchesse d'Autriche (‘), cuy Dieu
absoille, en faisant laquelle delivrance dont, ou nom de Monditseigneur le Roy et
de mon tres redoubté seigneur Monscigneur le Daulphin (”)}, nous sommes tenus et
tenons contans, avons, en vertu de noz lettres de povoir et commission cy apres
inserées, fait ou nom d'’iceulx seigneurs les declarations, promesses et serment qui
s'ensuit, assavoir : Nous avons promis et promectons ou nom du Roy que il fera
garder, nourrir et entretenir nostre dite niepce d'Autriche comme sa fille primogenite
et espouse de Monditseigneur le Daulphin, avons aussi, present nostre dicte niepce,
promis et juré par serment solempnel sur le fust de la Vraie Croix et Sainctes
Euvangilles de Dieu, jurons et promectons pour Monditseigneur le Roy, tant en son
nom que comme pere et soy faisant fort de Monditseigneur le Daulphin, que icelle
({) Hesdin (Pas-de-Calais, arr! de Montreuil, chef-lieu de canton).
(3) Pierre IT, seigneur de Beaujeu, duc de Bourbon, né en novembre 1439, mort le 8 octobre
1503. Il avait épousé Anne de France, fille de Louis XI, dite Anne de Beaujeu.
(8) Adolphe de Clèves, seigneur de Ravenstein et de La Marck, avait été gouverneur des
Pays-Bas à la mort du Téméraire jusqu’au mariage de Marie de Bourgogne avec Maximilien en
août 1477. [l était fils de Marie de Bourgogne, dame de Wynendaele et mari en secondes noces
d'Anne de Bourgogne, bâtarde de Philippe le Bon. Il mourut le 28 septembre 1492.
(#) Traité d'Arras du 23 décembre 1482.
(5) Marguerite d'Autriche avait alors trois ans quatre mois étant née le 10 janvier 1430.
(6) Marie de Bourgogne mourut le 27 mars 1482.
(7) Charles VIII, né à Amboise le 30 juin 1470.
302 MARGUERITE D'AUTRICHE
venue en aage requis de droit, icellui Monseigneur le Daulphin la prandra a femme
et espouse legitime et procedera au seurplus au parfait et consommacion du mariage
de lui et d'elle selon l’ordonnance de Saincte Esglise. Pareillement, ou nom de
Monditseigneur le Daulphin autorizé et dispensé pour son jeune aage de Mondit-
seigneur le Roy, par lettres d'auctorisacion en date du xxir* jour de janvier derrenier
passé, avons promis que Monditseigneur le Daulphin la fera nourrir, garder et
entretenir comme sa compaigne et espouse. EL oultre ou dit nom, avons promis et
juré soulempnellement, promectons et jurons comme dessus, que Monditseigneur le
Daulphin prandra nostre dicte niepce d'Autriche, venue en aage, a femme et espouse
legitime, apres lesquelles promesses ainsi faictes, nostre cousin de Ravestain, par et
en vertu des lettres de commission de Monditseigneur le duc Maximilian d'Autriche
contenant povoir espccial a ce, desquelles nous est apparu, a, comme procureur et
ou nom de Monditscigneur d'Autriche, pere et soy faisant fort de nostre dicte niepce,
sa fille, en la presence d'icelle nostre niepce, des princes et dames ordonnéz a la
conduicte, delivrance et recepcion d'icelle, promis et juré par serement solempnel
sur le fust de la Vraye Croix et Sainctes Euvangilles de Dieu que, icelle venue en
aagce requis de droit, elle prandra Monditseigneur le Daulphin a mary et espoux ;
consequamment, apres lesdictes promesses et repromesses faictes comme dit est,
Nous, en vertu du povoir, charge et commission a nous donné par Monditscigneur le
Roy avons, present nostre dicte niepce, en la presence de Reverends Peres en Dieu
messeigneurs les abbéz de Saint-Bertin (‘) en Saint-Omer, de Saint-Pierre-lez-
Gand (?), d’Auchy-lez-Hesdin () et le prieur de Saint-George audit Hesdin (‘) de
messeigneurs d'Esquerdes (f), du Roux, de Crequi (f), d'Aubigny (?), de Dourrier (*),
monseigneur de Ligne, seigneur de Rely (?), messeigneurs de Moncaverel (1°), de
Tenques (“), de Beaufort (‘?), de Wierre, de Villemant, bailli de Hesdin, Jehan de
Beaumont, eschevin d'Arras, maistre Hugue de Monchy, vicaire et chanoine dre
l’eglise de Saint-Omer, maistre George de Blesel dit de Ricaumez, aussi chanoine
de ladicte eglise, Jehan Denle, escuier, maistre Philippes de Sus-Saint-Ligier,
conseiller d’Audonfort, David de Wissoc, Robert des Prez, procureur de la ville
dudit Saint-Omer, Pierre le Henry, maïeur de Hesdin, Hue de Lens, eschevin dudit
Hesdin, Nicolas Monissart, ancien maïeur d’Aire et plusieurs prelatz nobles et gens
de bonnes villes dudit païs et conté d’Artoys estant et trouvèéz en ceste ville, lesquelz,
en ensuivant ledit traictié de paix, avons tenu et repputé, tenons et repputons
(*) Jean de Lannoy, abbé de Saint-Bertin (Pas-de-Calais, ce de St-Omer).
(2) Philippe Conrault, abbé de S'-Pierre, à Gand (Belgique).
(3) Amand d'Oudegherst, abbé de S'-Svlvin-d’Auchy (Pas-de-Calais, arr de S'-Pol, canton
du Parcq, c° d’Auchy-lez-Hesdin).
(#) Le prieuré de Saint-Georges (Pas-de-Calais, arrt de Saint-Pol, canton du Parcq) dépendait
de l'abbaye bénédictine d'Anchin.
(5) Philippe de Crèvecœur, seigneur d'Esquerdes, négociateur du Traité d'Arras, nommé
ensuite, en septembre 14%3, maréchal de France, mourut en 1494.
(6) Jean, seigneur de Créquy (Pas-de-Calais, arrt de Montreuil, canton de Fruges).
(7) Pierre de Bourbon, seigneur d'Aubigny (Pas-de-Calais, arrt de S'-Pol, chef-lieu de
canton).
(8) Douriez (Pas-de-Calais, arr! de Montreuil, canton de Campagne-lez-Hesdin).
(9) Rély (Pas-de-Calais, arrt de Béthune, canton de Norrent-Fontes).
(19) Montcavrel (Pas-de-Calais, arrt de Montreuil, canton d'Etaples).
(11) Tincques (Pas-de-Calais, arrt de S'-Pol, canton d'Aubigny).
(12) Jean, seigneur de Beauffort, mort le 23 septembre 1503. E. Bacna, Histoire généalogique...
de la maison de Beaufort en Artois (Bruxelles-Paris, 1925, 386 pages in-folio), page 72.
PIÈCES JUSTIFICATIVES 303
representer les Trois Estatz dudit pais et conté d'Artoys (‘), tenue, receue et
declairée, tenons, recevons et declarons nostre dicte niepce Contesse d’Artois, de
Bourgongne palatin, d'Auxerrois, Masconnois, Dame de Salins (?), de Bar-sur-Seine (°)
et de Noiers (?) et ou nom de Monditseigneur avons tenu et tenons Monditseigneur le
Daulphin comme fucteur mary de nostre dicte niepce et elle, pour diligens, en tant
qu'il touche les devoirs qu'ilz seroient tenuz de faire pour les dictes terres qui sont
du royaume, de toutes lesquelles declaracions, promesses, scremens et choses dessus
dictes nostre dit cousin de Ravestain et autres depputéz avec lui nous ont requis
avoir lettres patentes que leur avons accordé.
S'ensuivent les lettres de povoir a nous donné par Monditseigneur le Roy : Loys,
par la grace de Dieu, Roy de France, a tous ceulx qui ces presentes verront, salut.
Comme en faisant le traictié de paix final, lequel, graces et loucnges soient a Dieu
Nostre Createur, a esté fait, conclud et accordé sur les questions ct differans qui
estoient entre Nous et nostre tres cher et tres amé frere, cousin et alyé le Duc
d'Autriche, pour plus grant fermeté, approbacion et confirmacion de ladicte paix, le
traictié de mariage de nostre tres cher et tres amé filz Charles, Daulphin de
Viennois, et de nostre tres chere cet tres amée cousine, Margarite d'Autriche, fille de
nostre dit cousin et de feue nostre cousine Marie de Bourgongne, jadix sa femme,
ait esté conclud et accordé, par lequel traictié de mariage et de paix ainsi fait est
expresscement dit et accordé que, incontinent ladicte paix divulguée et les scelléz,
promesses et obligacions, lettres et seuretéz baïlléz aux ambaxadeurs de nostre dit
cousin et des Estatz de ses ditz païs, en la ville de Lisle ou de Douay, nostre dicte
cousine sera en toute diligence, sans mectre la chose en delay, amenée en nostre
ville de Franchise () et mise es mains de nostre tres cher et tres amé filz, le conte
de Clermont et de Beaujeu, ou autre prince de nostre sang ou commis de par nous,
or est il ainsi que les dictes selléz, promesses et obligacions et scuretéz dessus dictes
ont esté baïlléz depuis aux ambaxadeurs de nostre dit cousin, et a ceste cause est
besoing et neccessité envoiéz nostre dit filz le conte de Clermont pour icelle recevoir.
Savoir faisons que Nous, les choses dessus dictes considerées, mesmement la proxi-
mité de lignaige dont nous actient nostre dit filz, et la tres grant, parfaite et entiere
confience que nous avons de sa personne, et de ses grans faiz, noblesse, vaillance,
bonne conduicte et grant loyaulté, icellui, en ensuivant les ditz traictiéz, avons
commis et ordonné, commectons et ordonnons par ces presentes à recevoir, en nostre
dicte ville de Franchise ou ailleurs pour et ou nom de nous, nostre dicte cousine
Margarite d'Autriche, et lui avons donné et donnons par ces dictes presentes povoir,
faculté et puissance en icelle retenant de promectre, pour et ou nom de Nous, aux
princes ou seigneurs qui la lui delivreront que nous la ferons garder, nourrir et
entretenir comme nostre fille primogenite et espouse de nostre dit filz, le Daulphin
de Viennois, aussi de leur promectre, par serment solempnel qu'il fera sur le fust
de la Vraie Croix et Sainctes Euvangilles de Dieu, tant en nostre nom comme nous
faisant fort de nostre dit filz le Daulphin, que, nostre dicte cousine Margarite
d'Autriche venue en aage requis de droit, que nostre dit filz la prandra a femme et
(1) Le présent document permet de compléter la liste publiée dans Ch. HirscuAUrR, Les
Ro de leurs origines à l'occupation française 1340-1640 (Paris 1923, 2 vol.), tome Il,
page 41.
(3) Salins (Jura, arr! de Poligny, chef-lieu de canton).
(8) Bar-sur-Seine (Aube, chef-lieu d'arr!).
(#) Noyers (Yonne), arr! de Tonnerre, chef-lieu de canton).
(5) Nom imposé par Louis XI à la ville d'Arras en 1479 après la conquête de cette ville, en
usage dans la Chancellerie française jusqu'en 1483.
304 MARGUERITE D'AUTRICHE
espouse legitime et procedera au seurplus au parfait et consommation du mariage de
lui et d'elle selon l'ordonnance de Saincte Eglise, et laquelle nostre cousine
Margarite venue et receue en nostre dicte ville de Franchise, voulons et ordonnons
nostre dit filz que, en la presence des personnes des Estatz du païs et conté d'Artois
et des autres terres et seigneuries de son dot qui illec seront trouvéz, lesquelz sans
en faire autre assomblée representeront les Trois Estatz d’Artoys, elle soit tenue et
declairée Contesse d'Artois et de Bourgogne et Dame des autres seigneuries a elle
baillées par son dit dot et seigneurie, nostre dit filz le Daulphin comme fucteur mary
d'elle et elle tenuz et lesquelz, des maintenant pour lors nous avons pour diligens
touchant les devoirs qu’ilz nous seront tenuz de faire pour les dictes terres qui sont
de nostre royaume et generalement de faire touchant la dicte reception et les choses
que sommes tenuz de faire a icelle par ledit traictié de paix et de mariage ainsi qu'il
verra estre affaire selon et en ensuivant icellui traictié et que nous mesmes ferions et
faire pourrions se en nostre personne y estions ; et des choses qui seront faictes et
que devons faire selon et en cnsuivant icellui traictié en faisant la delivrance de
nostre dicte cousine, bailler ses lettres soy faisant fort des nostres, promectons en
bonne foy et en parolle de Roy, par ces presentes signées de nostre main, avoir pour
agreable et tenir ferme et estable a touziours tout ce que par nostre dit filz sera fait,
traictié et besongné touchant les choses dessus dictes et les deppendances sans james
aller au contraire et les ratiffior, confirmer et approuver, tant en nostre nom que ou
nom de nostre dit filz, et de ce bailler noz lettres toutes et quantes foiz que requis en
serons. En tesmoing de ce, nous avons fait mectre nostre scel a cesdictes presentes.
Donné au Plesseis du Parc-lez-Tours, le vi jour d'avril l'an de grace mil cccc
quatre vingts et trois, apres Pasque, et de nostre regne le vingt deuxieme. Ainsi
signées : Loys, et contresignées de par le Roy : ERLANT.
Item s'ensuit unes autres lettres de povoir a nous donné par Monditseigneur le
Daulphin : CHARLES, ainsné filz du Roy de France, Daulphin de Viennois, conte de
Valentinois et de Dioys, a tous ceulx qui ces presentes lettres verront, salut. Comme
en faisant le traictié de paix final, lequel graces a Dieu Nostre Createur a esté fait,
conclud et accordé sur les questions et differans qui estoient entre Monseigneur et
nostre tres cher et tres amé pere, cousin et alyé le duc d'Autriche, pour plus grant
fermeté, aprobacion et confirmacion de la dicte paix, le traictié de mariage de nous
et de nostre tres chere et tres amée compaigne future, Margarite d'Autriche, fille de
nostre dit pere et cousin, le duc d'Autriche, et de feue nostre cousine, Marie de
- Bourgogne, jadix sa femme, ait esté conclud et deliberé, par lequel traictié de paix
et de nostre dit mariage ainsi fait est expresscement dit et accordé que, incontinent
la dicte paix divulguée et les seelléz, promesses, obligacions, lettres et seuretéz
bailléz aux ambaxadeurs de nostre dict pere et cousin et des Estatz de ses ditz pais
en la ville de Lisle ou de Douay, nostre dicte compaigne sera en toute diligence sans
mectre la chose en delay amenée en la ville de Franchise et mise es mains de nostre
tres cher et tres amé frere et cousin, le conte de Clermont, seigneur de Beaujeu, ou
autre prince, et icelle amenée es païs de Par deça, savoir faisons que nous, consi-
derans la proximité de lignaige dont nous actient icellui nostre frere et la tres grant,
parfaicte et singuliere constance que nous avons de sa personne et de ses grans fais,
noblesse, vaillance, bonne conduicte et grant loyaulté, icellui avons commis et
ordonné, commectons et ordonnons par ces presentes, a recevoir en ladicte ville de
Franchise ou ailleurs, pour et ou nom de nous, nostre dicte compaigne et espouse
future, Margarite d'Autriche, et lui avons donné et donnons par ces presentes
povoir, faculté et puissance, en icelle retenant, de promectre pour et ou nom de
nous aux princes et seigneurs qui la lui delivreront que nous la ferons garder,
PIÈCES JUSTIFICATIVES 305
nourrir et entretenir comme nostre compaigne et espouse, aussi de leur promectre
par serment solempnel qu'il fera, sur le fust de la Vraie Croix et Sainctes Euvangilles
de Dieu, en nostre nom, elle venue en aage requis de droit, que nous la prendrons
a femme et espouse legitime et procederons au seurplus au parfait et consonmacion
du mariage de nous et d’elle selon l’ordonnance de Saincte Eglise et generalement
de faire touchant ladicte reception et les choses que sommes tenuz de faire a icelle
par ledit traictié de paix et de mariage ainsi qu'il verra estre affaire selon et en
ensuivant icellui traictié et que nous mesmes ferions et faire pourrions se en nostre
personne y estions et des choses qui seront faictes et que devons faire selon et
ensuivant ledit traictié en faisant la delivrance de nostre dicte compaigne, bailler ses
lettres soy faisant fort des nostres, promectons en bonne foy et parolle de prince, par
ces presentes signées de nostre main, avoir pour agreable et tenir ferme et estable a
touziours tout ce que par nostre dit frere et cousin sera fait, traictié et besongné
touchant les choses dessus dictes et les deppendances, sans james aller au contraire
et les ratiffier, confirmer et approuver et de ce bailler noz lettres toutes et quantesfoiz
que requis en serons. En tesmoing de ce, nous avons fait mectre nostre seel a ces
dictes presentes. Donné au chastel d'Amboize, le rx° jour d'avril l’an de grace
mil cccc quatre vingts et trois, apres Pasques. Aïnsi signées : CHARLES, et sur le
reply des dictes lettres estoit escript : Par monseigneur le Daulphin, les seigneurs du
Plesseis, Bourré, tresorier de France, de Coulombiers et de la Salleguenaut,
Estienne de Vestz, bailly de Meaulx et autres presens, CoURTIN.
Et pour ce que de ces presentes l'on pourra avoir a faire en plusieurs lieux, nous
voulons que au vidimus d’icelles fait soubz scel autentique foy soit adjoustée comme
a ce present original. En tesmoing de ce nous avons fait mectre nostre scel a ces
dictes presentes. Fait a Hesdin le xvr"° jour de may l’an mil cccc quatre vingt:
et trois. |
(Signé :) PIERRE.
(Sur le repli :) Par monseigneur le conte (signé) : DAMONT.
PREUVE ll
1484-1485. — Extraits du compte de Louis Ruzé,
argentier de Marguerite d'Autriche, reine de France.
(Paris, Archives Nationales, KK 80, registre original de 160 feuillets parchemin).
Compte troisieme de maistre Loys Ruze, conseiller du Roy nostre seigneur, et
tresorier, argentier et maistre de la Chambre aux deniers de la Royne, de la recepte
et despense faicte par ledict Loys Ruze a cause de sesdicts offices durant l’année
commençant le premier jour d'octobre mil quatre cens quatr{e] vingtz et quatre et
finissant le derrenier jour de septembre ensuivant l'an mil CCCC quatre vingtz et
Cid sie
(Fol. 2) : RECEPTE.... Summa totalis recepte presentis compoti XX VI* libre
turonensium.
(Fol. 4): DESPENSE DE CE PRESENT COMPTE. Et premierement, despense des
journées. En la presence de Philibert de Stainville, Jacques d'Espinay, Gilles de
Bouzanton, Jehan de Saubuz et [Benard dit] Moreau, maistres d'ostel de la Royne, a
esté compté de la despense ordinaire de ladicte dame pour le mois d'octobre mil
20
306 MARGUERITE D'AUTRICHE
quatre cens quatre vinglz el quatre, qui monte non comprins les gages d'officiers la
somme de huit cens cinquante sept livres deux solz dix deniers demye pite tournoys.
[Total de ce chapitre pour les douze mois]: XI* III XII livr. X s. I d. ob. t.
(Fol. 11): GAIGES DE CHEFZ D'OFFICES. Et premierement, FEMMES MARIÉES ; À
madame Jehanne de Courraudon, dame de Segré, premiere dame d'honneur de la
Royne, la somme de deux cens soixante quinze livres tournoys... pour ses gaigcs
et entretenement ou service de ladicte dame des moys d'octobre, novembre et ledict
moys de decembre [1484], premier quartier de l’année... au feur de XI 1. t.
Dar: A0. os
Suivent les paiements des gages des autres dames d'honneur mariées. « Katherine
de Bloc, dame d'Euvre » fol. 12/, madame de Bussières f[ol. 1387, la « bailhifve de
Meaulx » f{ol. 13 v./, à raison de 365 livres par an; « damoiselle Jehanne de
Jousne, nourrisse de la Royne » ffol. 14 v./, à raison de 600 livres par an ;
Catherine Giraude /fol. 15/, « madamoiselle de Saint-Pereany » ffol. 16/, décédée
en juin 1485 ffol. 72 v./, « madamoiselle de Vastz » ffol. 16 v./, à raison de
120 livres par an. Dans le chapitre des « filles d'honneur » figurent Anne et Catherine
de Brezé ffol. 17), à 60 1. par an; Antoinelle et Gabrielle de Bussières /fol. 18 v./
el Jeanne de Bertheaune /fol. 20/7 à 30 I. par an; Isabeau de Montalambert
{lol. 20 v.] remplacée en janvier 1485 par Isabeau de Martenay fol. 20 v.},
Francoise Pinquelte ffol. 21 v.], Charlotte et Philippe de Bou:anton ffol. 22} et
Charlotte d'Asnières fol. 23 v.] à 80 L. par an ; Louise d'Euvre /fol. 24] à 120 I.
par an.
Gayges de 2 femmes de chambre à 120 I. par an f[ol. 25], d'une fille de chambre
& 30 L. par an /fol. 26 v./ et d’une autre fille de chambre à 20 L. par an ffol. 27).
Gages de la « lavendiere de corps » et de la « lavendiere du commun » à 60 I.
par an, el d'une autre lavandière à 30 1. /fol. 28].
Gages des mailres d'hôlel : « monseigneur de Segré, grant maistre d’ostel de
ladicle dame... pour ses gaiges el entrelenement ou serwice de ladicte dame... au
feur de M livres lournois par an » /fol. 30) ; Philippe de Slainville ffol. 30 v.},
Pierre Lebreton ffol. 31 v./, Jean de Saubuz fol. 32) et Etienne Benard dit Moireau
ffol. 33 v.], tous les quatre maitres de l'hôlel à 400 L. par an ; Gilles de Bouzanton,
maîilre d'hôlel à 1.200 L. par an f[ol. 32 v./, Jean d'Aux, maitre d'hôtel à 300 I.
par un ffol. 84).
Gages des écuyers d'écurie : Antoine « Dausurenne » « grant escuier de ladicte
dame », à 600 1. par an /fol. 357 ; Joachim de Saubuz /fol. 35 x.] et Gilles du Bec
ffol. 36 v./, lous les deux évuyers d'écurie à 140 L. por an.
Gages des « varlets tranchans » : Piedonault /fol. 37] et Louis Harpin ffol. 38),
lous les deux à 140 L. par an.
Gages des paneliers : Antoine Querin /fol. 39/ et Louis Lelievre ffol. 39 v./, tous
les deux à 140 |. par an.
(ages des echansons : Louis de Slainville /fol. 40 v./ et Eustache des Ysles
ffol. 41/7, tous les deux à 140 L. par an.
Cages des somimeliers de panelerie : Huguet Loriot /fol. 42/ et Giet fol. 42 v./
à 60 L. par an; Audry Chauffourneau, aide et valet de pied /fol. 43 v./ à 30 L. t.
par an, remplacé par Jean Boiffet et Herve /fol. 441.
Gages des sommeliers d'échansonnerie : Pierre Fenoillet /fol. 44 v.], Saint Jehan
(fol. 45/, Coslin de Mons ffol. 46/, lous les trois à 60 L. par an ; Jean Frebourg,
« barrillier » et aide de l’echansonnerie /fol. 46 v.] à 30 L. par an.
Gages des écuyers de cuisine : Jean Alaire fol. 47] à 120 I. par an ; Pierre
Bourreau /fol. 48] à 60 L. par an; Denis Brule, queux ffol. 48 v./ à 100 L. par an;
PIÈCES JUSTIFICATIVES 307
Yvonnet Hamelin, queux fol. 49 v./ à 80 L. par an ; Perrot Carré, « polagier » à
60 L. par an {fol. 50] ; J. Berthier dit Mouton. « hasteur » à 60 [. par an ffol. 50 v.];
Panceman, « polaiger » à 60 L. par an /fol. 51/; Gilbert de Riz dit le Beque,
« galopin » à 18 L. par an ffol. 52]; Jean Chesneau, « autre gallopin » à 9 L. par
an {fol. 52 v./ ; Lardon, « aussy gallopin » à 9 L. par an ffol. 53]; Guillaume
Yvan; « saulcier » à 60 L. par an fol. 54/; Pierre Larcher, « ayde de saulcerye »
ffol. 54 v./.
Gages de deux charreliers à 30 L. par an chacun /[ol. 55].
Gages de deux fruiliers à 40 L. par an chacun /fol. 56 v./.
Gages de la « Fourriere » : « À Jehan de Paris, varlelt de chambre de ladicle
Dame, la somme de vingt livres lournoys qui luy a eslé complée el ordonnée: par
lesdicts maistres d'oslel en la dicle derreniere escroe de decembre pour ses qaiges el
entrelenement ou service de ladicte Dame dudict premier quartier qui est au feur de
quatre vinglz livres lournoys par an... » Suivent trois autres paiements de 20 L. t.
prouvant, avec le précédent, que ce personnage élait allaché à son service du
1% octobre 1484 au 30 seplembre 1485 ffol. 58/. Autres valets de chambre,
Hacquinet, à 80 IL. par an ffol. 59), Jean de Chantalo, à 60 1. par an ffol. 59 v,].
Jean de La Roderie, lailleur, à 60 L. par an fol. 60 »./. Hacquin, valet de pied, à
40 L. ffol. 61/. Martin Poupillart, valet de fourriere, à 40 l. ffol. 61 v./. Maitre
Bernard Chaussade, « medecin de ladicte Dame », à 500 L. par an ffol. 62 v.].
Etienne de La Lande, apothicaire, à 80 I. par an ffol. 63/. Maitre Pierre Signac,
contrôleur de l’argenterie, à 180 L. par an fol. 63 v.]. Pierre Aude et Jean Saulin,
« clercs d'office ». à 60 I. par an ffol. 64 v./. « Messire Jacques Dacqs, aumônier de
ladicte Dame », à 80 L. par an ffol. 65 v./. « Messire Laurens Blancart, chappellain
de ladicte Dame », à 60 L. par an ffol. 66 v./. Pierre Le Royer, « sommellier de
chappelle », à 24 L. par an ffol. 67 v.]. Jean de La Boudinière, huissier de chambre,
à 60 I. par an /fol. 68]. « Maistre Jehan Bontemps, secrelaire de ladicte Dame »,
à 180 I. par an ffol. 69/. « Maistre Loys Le Maye, semblablement autre secretaire »,
à 120 I. par an f{ol. 69 v.}, Pierre Grandin, maréchal des logis, à 120 L. par an
(fol. 70/, en remplacement de mademoiselle de « Vastz ». Jeanne de Menton, à 60 L.
par an ffol. 71/. Geoffroy Mornan, huissier de cuisine, à 24 L. par an ffol. 71 v./.
Marguerile de Sauzay, femme de monseigneur de Fueillet, maistre d'oslel du roy,
20 I. pour les mois d'août et de seplembre [14851] /fol. 72/, Total du chapitre des
gages XIIM IX XLIX L. t. (1).
Autres deniers paiéz par ledit maistre Loys Ruze... maistre de la Chambre aux
deniers de la Royne pour le fait de son argenterie durant l’annee de ce present
compte... finissant le derrenier jour de septembre... mil quatre cens quatre vingtz
et cinq, ainsy qu'il est contenu en douze rooles de parchemin signés en la fin de
chascun roolle de Jehanne de Courraudon, premiere dame d’honneur de la Royne,
pour et ou lieu de la dictée dame pour ce qu’elle n’est en aage souffisant pour
signer.....
(Fol. 74 v.): Octobre 1484... Ung escu d’or pour donner pour .Dieu a ung
homme qui avoit esté prisonnier des Infideles, pour ce XX XIII s. t.;... deux escus
d'or pour donner a ung nain qui estoit venu veoir la Royne, pour ce LX VIII s.t.;...
a Messire Jacques Dacqs, aumosnier de ladicte Dame, pour donner et distribuer
() On trouvera les noms d'autres serviteurs de Marguerite, pendant son séjour en France,
dans l'« Estat des officiers domestiques de l’hostel de la Revne Marguerite d'Austriche, femme
du roy Charles VIIT, depuis l'an 1484 jusques et compris 1490 » dans ms. franc. 7853, fol. 285
de la Bibliothèque nationale de Paris.
308 MARGUERITE D'AUTRICHE
pour Dieu par quatre samedys que icelle Dame a mengé de la chair durant ledict
moys, pour ce XXII s.t......
(Fol. 75 v.) : Décembre 1484 : ... Baïllé content le XXV® jour de ce present
moys, feste de Nouel en trois escus d'or que ladicte Dame a offers cedict jour a
XX XIII s. piece, pour ce CIT s. t.
(Fol. 75 v.) : ... À Guillaume, berbier du commun de ladicte Dame, pour ses
peines et sallaires d'avoir pencé et guery ung vennèur qui avoit esté blessyé d'un
sanglier, et aussy pour avoir habillé Nambroe, paige de ladicte Dame, qui estoit
blessié en la teste, pour ce CIT s. t.
(Fol. 76) : Janvier 1485 n. st. : ... Aux enfens de la cuisine de ladicte Dame,
en ung escu d'or qu'elle leur a donné pour estrennes, pour ce XX XIIIT s. t.; ... A
ses chartiers et varletz de pie pour leurs estrennes, pour ce LX s.t.;... plus X s.t.
que ladicte Dame a donnéz a plusieurs femmes de la ville de Montrichart qui sont
venuz chanter devant elle a aguillenleu ; ... a messire Jaques Dathz, aumosnier
dessus nommé en XXXI onzain que ladicte Dame a offers a sa messe chascun jour,
pour ce XX VIII s. v. d.
(Fol. 77) : Fevrier 1485 n. st. ... Baiïllé contant le II° jour de ce present moys,
feste de Nostre Dame de Chandelle, en deux tiers de lyon, pour l'offrende de ladicte
Dame a XLV s. t. le lyon, pour ce XXX s. t. ; ... Baïllé contant le V° jour de ce
present moys en ung flourin de Rin que ladicte Dame a donnez a ung basteleux qui
a joué devant elle audit lieu de Montrichart, pour ce XX VII s. VI d.t.; ... Baillé
contant le VI° jour de ce present moys, jour de Karesprenant en deux escus d'or
que ladicte Dame a donnéz aux enffans de cuisine, pour ce LX VIII s. t. ; ... plus...
ung escu d’or que ladicte Dame a donné aux potiers du chasteau d'Amboize, pour ce
_XXXIIISs.t.;,... À Pierre Jariel qui autreffoiz fut son tabourin, pour ce cy 1.t. …
plus ... VII. t. ... À Colin Piion que ladicte Dame luy a donnez pour faire nourrir
sa fille qui fut tinse ou nom de ladicte Dame...
(Fol. 78): Mars 1485 n. st. : ... Ung escu d’or que ladicte Dame a offert le
XX° jour de ce present moys avecques ung pain benist en la chappelle de Saint Jehan
du Plessis, pour ce XXXIHII s. t. ; ... quatre flourins de Tret que ladicte Dame a
donnéz a deux enffans qui ont joué de soupplesses devant elle, pour ce CII s. ; ...
ledit jour [31 mars 1485] pour l’offrande de ladicte Dame a Saint-Cosme, pour ce
VIs.t.; … Baïllé contant ledict jour en six escus et demy d'or pour donner pour
Dieu a treize pouvrez ausquelz la Royne a lavé lez piez le jour du jeudi absollu …
pour ce XI I. IIIT s. IT d. ; a maistre Guillaume, clert d'office de madame d'Orleans,
pour ses peines et sallaires d'avoir tiré les armes de la Royne en paincture, pour cy
XXXIIII s. t. |
(Fol. 79): Avril 1485. A ung religieux qui a presché la Passion devant la
Royne … XIII. XVI s. t. ; a Jehan du Croc, joueulx de souplesse, que ladicte
Dame luy a donnéz pour ses peines et sallairez d'avoir joué devant elle, pour ce
XXX V s.t.; … Baillié contant le XI° jour de ce present moys en XXII escus d'or a
monseigneur de Segré, qui est allé tenir l’enffant de monseigneur de La Trimouille
par le commandement du Roy; ung escu d’or que ladicte Dame a donné pour
Dieu a ung pouvre prisonnier qui venoit de Grenade … ; a ung gentilhomme qu'il
fut detenu prisonnier aux Montilz que ladicte Dame luy a donnéz, pour ce XX Vs.
t.; .… baillé contant …. a ung homme qui vint de Chasteau-Regnault decoupper
ledict gentilhomme, X s. t....
(Fol. 80) : Mai 1485... Baïillé contant le XXIIII* jour de ce present moys en
huit flourins au Tret que ladicte Dame a donnez a ung gentilhomme qui a joué de
soupplesses devant elle au chasteau d'Amboize a XXVI s. piece, pour ce X I.
PIÈCES JUSTIFICATIVES 309
VIII s. t. ; … a messire Jehan de Noze, presbtre, pour deux messes qu'il a dictes et
celebrées en la chappelle du chasteau d’Amboise devant ladicte Dame, pour ce cy
Vs. VI d..….
(Fol. 81) : Juin 1485 … Baillé contant le XXIIII* jour de ce present moys, feste
de Saint Jehan Baptiste, en troys onzains que ladicte Dame a offers a Saint Jehan en
Lisle, pour ce cy II s. IX d.t....
(Fol. 81): Juillet 1485 … A ung basteleux a qui ladicte Dame les avoit donnéz
pour ce qu'il avoit joué devant elle, pour ce cy X s.t.; plus la somme de quinze
livres treize solz neuf deniers tournoys qu'il a baillé contant le penultime jour de ce
present moys pour le louaige de deux eschaufaulx ou estoient les dames, damoi-
selles, gentilzhommes et officiers de ladicte dame a veoir joucr la Passion a Tours,
pour ce XV 1. XIII s. IX d.t.; XX s. tt... baillés contant le derrenier jour de ce
present moys que ladicte Dame a donné aux chamberiers de Pierre Morin, marchant
d'Amboise, pour ce que ladicte Dame fut soupper au jardin dudict Morin, pour ce
AA St:
(Fol. 82): Août 1485 … Le XX° jour de present moys a ung basteleux qui a joué
devant elle, pour ce X s.t.; .… a Adam du Vivier pour ung petit arc d’if qu'il avoit
fait pour ladicte Dame, pour ce XXX V s. t....
(Fol. 82 v.): Septembre 1485 … À ung pouvre gentilhomme de Beausse qui a
deux filles a marier, pour ce XV s.t.:... pour mener une pouvre fille a Chastel-
lerault pour luy habillier ung bras qu’elle avoit rompu, pour ce cy XX s. t....
ACHAPTZ DE DRAPS : (Fol. 83), Octobre 1484 .… À Jehan Beauvallet, marchant
demourant a Tours, la somme de LIT s. HIT d. t. pour ung tiers velours noir … le
XIII° jour de ce present moys pour faire bonnetz a ladicte Dame a VIII 1. t. l’aulne ;
… à Macé Gasteau, marchant demourant a Montrichart, la somme de III L. Is.
VI d. t. pour deux aunes trois quartiers de drap noir … le XXI° jour de ce present
moys pour doubler le siege de la chappelle de ladicte dame … ; plus la somme de
XLVIS. III d.t. pour quatre aulnes demye et demy quart de bureau de luy …
achapté le XX VI° jour de ce present moys pour feustrer l’uys et les fenestres de la
chambre de ladicte Dame.
(Fol. 84, Novembre 1484): Audict Beauvallet la somme de IIT** XIII 1. VI Ss.
VIII d. pour unze aunes deux tiers dudict velours … pour faire tocques, chapperons
et gorgeriz a Katherine et Anne de Brezé, Anthoinette et Gabrielle de Bussieres,
Françoyse Pinquette, Jehanne Bertheaune, Ysabeau de Montalambert, Charlote et
Phelippe de Bouzanton, Charlotte d’Asnieres et Margueritte, filles d'honneur de
ladicte Dame...
(Fol. 84 v., Décembre 1484): À Jehan Beauvallet, .… pour troys aulnes demy
tiers drap d'or … pour faire robbe a ladicte Dame, a XXI escu l’aulne, pour ce cy
CX 1. XVISs. VIII d. ob. t. ; a lui, la somme de X I.t. pour une aune et ung quartier
d’escarlate … pour faire robbe a ladicte Dame, a VIII 1. t. l’aulne … ; a luy …
XVI 1. t. pour deux aunes velours noir … pour faire manches et collectz de
pourpoinctz a Nembroe, Arpageon et Saragut, paiges de ladicte Dame, a VIH L. t.
l’aune …; a luy … XXIIIL.t. pour deux aunes trois quartiers .… pour couvrir la
chaise de ladicte Dame ou elle se siect quant elle disne ou souppe...….
(Fol. 87 v., Janvier 1485 n. st.) : À Jehan Beauvallet … VIII. X s. t. pour une
aune velours noir … pour faire cornettes aux maistres d’ostel de ladicte Dame …; a
lui plus la somme de XIII 1. X s. t. pour trois aunes satin tanné doré … pour fere
robbe a ladicte Dame, a III 1. X s. t. l’aune … ; a lui plus la somme de XXII L. t.
pour troys aunes velours viollet … pour faire robbe a ladicte Dame … ; a Macé
Gasteau, marchant demourant a Montrichart pour six aunes troys quars de
310 MARGUERITE D'AUTRICHE
bureau … achapté le XX VI° jour de ce present moys que ladicte Dame a donné aux
cordeliers de Tours, a quinze solz tournoys l'aune … CI s. IT d. t...
(Fol. 88, Fevrier 1485 n. st.) : A Jehan Beauvallet, marchant dessus nommé, la
somme de XXX s. t. pour ung tiers satin noir … pour faire gorgeriz a ladicte Dame,
qui est au feur de III I. X s. t. l’aune .. ; .. pour deux tiers taffettas noir … pour
doubler lesdicts gorgeriz qui est au feur de XLV s. t. l'aune … VII Ss. VI d. t....
(Fol. 88 v., Mars 1485 n. st.): A Jehan Beauvallet … XX VI 1. Vs. t. pour trois
aunes et demye velours noir … pour faire ung manteau à ladicte Dame … ; a luy …
X 1. XIII s. III d. t. pour deux aunes deux tiers damas noir … pour faire robbe a
ladicte Dame … ; audict .… XII. V s. t. pour deux aunes et demye satin noir … pour
faire cotte a ladicte Dame … ; a luy … XX VI s. IT d. t. pour une aune et demye
carisy … pour faire bureau a compter l’argenterye de ladicte Dame et doubler ladicte
cotte, qui est au feur de XVII s. VI d. t. l’aune … ; a luy ..… pour deux aunes ung
tiers de vert brun … pour faire bureau a compter l'argenterye de ladicte Dame a
XXXVIIS. VI d. t. l’aune, pour ce cy III. VII Ss. VI d. t.; a luy .… pour une aune
et ung tiers escarlatte … pour faire robbe a ladicte Dame … au feur de X I. t. l’aune,
pour ce cy XIII 1. VIS. VIII d. t. : audict Jehan Beauvallet … Ls. t. pour ung tiers
velours noir … pour faire bonnetz a ladicte Dame, a VII L. X s. l’aune … ; a luy …
XXX s.t. pour ung tiers satin noir .… pour faire gardecoublz a ladicte Dame … ; a
luy, plus XV s. t. pour ung tiers taffectas noir … pour doubler lesdicts bonnectz et
gardecolz … ; a luy ..… LXVIIS. VI d. t. pour trois quartiers satin noir … pour faire
brassieres a ladicte Dame...
(Fol. 90 v., Mai 1485) : À Jehan du Ruau, marchant demourant à Amboize …
pour trois quartiers de carisy … achapté le IT° jour de ce present moys pour faire
couvertures aux pouppées de ladicte Dame a XX s. t. l’aune, pour ce XV s. t. ; …
À Jehan Beauvallet … pour trois aunes damas tanné … le XX VII* jour de ce present
moys que ladicte Dame a donné a madamoiselle de Tharente, à III 1. XV s. t. l’aune,
pour ce XITII 1. V s. t..…..
(Fol. 92 v., Juin 1485) : À Jehan Beauvallet … pour cinq aunes et demye toille
de soye … pour faire beguins a ladicte Dame, a X s. t. l'aune, pour ce Les. t.; …
(fol. 93) audict Jehan Beauvallet la somme de soixante livres tournoys qu'il a baillez
contans ledict jour [18 juin 1425] a madamoisselle la nourrisse par l'ordonnance et
commandement de Madame de Beaujeu pour employer en deux robbes a son
plaisir...
(Fol. 98, Juillet 1485) : À Jehan Beauvallet … pour troys quars de velours noir
-. pour faire thouretz a ladicte Dame CXII s. VI d. t. ; .… pour trois quars
taffetas noir estroit d’Allexandrie … pour doubler lesdicts thouretz … XX s.
VII d. ob. t. ; .… a luy, .… pour deux aulnes et ung quart gris estrange .… que
ladicte Dame a donné a Jehan Chauvain, son paticier pour fere robbe a ses nopces,
a LX s. tt. l’aune, pour ce cy VII. XV s. t. ; audict … pour une aune satin noir …
pour faire pourpoint audict Jehan Chauvain pour le jour de sesdictes nopces, pour ce
III 1. X s. t..., a luy ..…. pour ung quartier velours noir .… pour faire couverture a
l'A B C de ladicte Dame .…. XXXVIISs. VI d. tt...
(Fol. 99 v., Août 1485) : À Jehan Beauvallet .… pour cinq quartiers autre velours
noir … pour faire couverture à une chaire dorée pour le service de ladicte Dame …
IX 1. VIIs. VI d.t.; a luy .… pour cinq quartiers dudict velours … pour faire une
autre couverture à une chaire de fer a couppletz aussy pour le service de la dicte
Dame … IX 1. VIIS. VI d. t.; audict .… pour une aune et unq quart taffetas noir …
pour faire cornettes à la dicte Dame … LXII s. VI d.t.; …
(Fol. 101, Octobre 1484): FaçoNS D'ABITZ : a Jehan de La Roderye, tailleur des
PIÈCES JUSTIFICATIVES 311
robbes de ladicte Dame … pour … avoir taillé et cousu le XX V° jour de ce present
moys ung siege de velours cramoisy doublé de drap noir, deux paremens d'autel
doublés de bougran noir, ung corporalier et quatre carreaux pour la chapelle de
ladicte Dame … Cs.t. …
(Fol. 104, Mars 1485 n. st.): a Jehan de La Roderye … pour … avoir taillé et
cousu … une couverture de loille cirée pour la litiere de ladicte Dame …
XIISs. VId.t.; … pour .… deux gorgerettes de satin noir doublés de taffettas noir
pour servir a ladicte Dame … VISs.t.;, .… pour … avoir taillé et cousu .…… unes
brassieres de satin noir doubles par le corps de taffettas noir .… Vs. t. …
(Fol. 108): PANNES et FouRREURES … (fol 117, Avril 1485): À Martin Dassy …
pour une panne de costez d'ermines … mise … en une robbe de velours noir pour
ladicte Dame … XX V IL. t.; a lui … pour trente ventres de menu vair .… mis .. ou
corps ct manchans de ladicte robbe... XV s. t. ; a luy .… pour les mouchettes et cuir
pour faulx git de la dicte robbe, pour ce XV s. ; audict .… pour trente ermines …
mises … au get et pougnetz de ladicte robbe … LX s. t.
(Fol. 117 v., Mai 1485): a Martin Dassy … pour dix-huit peaux d'aigneaux
crespés … employées en ung pellisson pour ladicte Dame ..… XLV s. t. ; .… pourune
peau de chevrotin … employée a couvrir les coustures dudict pellisson … II s. VI d.t.
(Fol. 119): AcHaPpTz de Toile. (Fol. 119, Janvier 1485 n. st.) : À Jehan
Beauvallet .… pour douze aunes toille de Hollande … pour faire des chemises pour
ladicte Dame, a XXV s. t. l’aune, pour ce XV I. t.; a luy, pour dix huit aulnes et
demye de toille de Hollande … pour faire huit draps de pye et quatre couvrechiefz
pour servir a ladicte Dame audict prix de XXV s.t. l'aune, pour ce XXII L. ITS.
VI d. ; audict … pour quatre aunes et demye d'autre toille de Hollande … pour
faire chausses et gardegenoulx pour ladicte Dame .. CXII s. XI d.t. … ; (fol. 123):
a luy .… pour six aunes et demye autre toille de Hollande … pour faire couvrechiefz.
mouchouers et coeffes à la dicte Dame … X 1. XI s. III d. t. …
(Fol. 127, Octobre 1484) : CHAUSSEMENTE : À Jehan Brunet, marchant cordouennier
de ladicte Dame, .… pour cinq paires de soulliers à doubles semelles feutréz et doublés
de blanch … pour le service de ladite Dame, .… XX VII s. VI d. t. …; (fol. 129 v.,
Janvier 1485 n. st.); À Raoullet Tissart, … pour avoir taillé et cousu … six paires
de chausses de toille de Hollande pour le service de ladicte Dame . XXX s. t.
(Fol. 135, ORFAVERIE) : .… (Fol. 135 v., Mars 1485 n. st.) : À Berthelot Clabault,
orfevre, la somme de XIII 1. X VIII s. t. auquel a esté baillé par les mains de madame
de Segré VI onces V gros ung denier et vingt grains d’or prins en une des chesnes de
la dicte Dame pour faire une saincture semée de lettres de M M esmaillées de rouge
et blanc, pesant VI onces III gros IT deniers VI grains d'or … ; (Fol. 136): À Nicollas
Philippe, brodeur demourant a Tours … pour … avoir fait troys ymaiges de fil d'or
de Chippre mises en la chapelle de ladicte Dame .… XX V I. X s. t. … ; (Fol. 136 v.,
Avril 1485): A Berthelot Clabault … pour avoir fait en ce present moys le seau et
contreseau aux armes de ladicte Dame pesant I marc III onces II gros d'argent qui
valent au feur de XII. Vs.t. le marc ladicte somme de XV I. XVISs. VI d. t. ;
a luy plus la somme de XXX I. t., pour sa façon d’avoir fait lesdits seau et contreseau,
pour ce XXX I. t.;, … (Fol 137, Mai 1485): À Berthelot Clabault … pour trois
anneletz d'or pesans XI grains par luy mys et employéz en une saincture d'or
semée de M M pour le service de ladicte Dame, pour ce V s. VI d. t. …
(Fol. 139, Communes cHoses) … (fol. 143, Fevrier 1485, n. st.): À Jehan de
Brioude, sellier de ladicte Dame, la somme de quatre livres tournoys pour quatre
paires de bosses dorées … pour quatre des chevaulx des chariots de la dicte Dame,
a XX Ss.t. la paire, valent III Lt. ; a lui, .… pour une couverture de cuir pour
312 MARGUERITE D'AUTRICHE
couvrir le chariot de ladicte Dame … XVIL.t.; .. a Martin Poupillart, … pour
quatre urinaulx pour la chambre, ... a XX d.t. piece, VISs. VIII d.t.; ... audit
Poupillart V s. t. qu'il a ... payée ... a quatre hommes qui ont porté les coffres en
la chambre de ladicte Dame quant elle vint de Montrichart a Amboize, pour ce V s.t.;
.…. à huit hommes qui ont chargé les bagues de ladicte Dame a son département de
Montrichart ... VII Ss. III d.; .... a plusieurs femmes de Montrichart pour le louaige
de neuf litz mis ou chasteau dudict Montrichart pour couscher les femmes de
ladicte Dame. a XVIISs. VI d.t. piece, valent ... VIII. XVIIs. VId.t.:...a
Jehan le paige, pour deux voyages qu'il a faiz a troys chevaulx pour mener la tappi-
cerye de Montrichart à Amboize et ung autre voyaige qu'il a fait a cinq chevaulx pour
amener les damoiselles de ladicte Dame qui estoient demourées, pour ce LIT s.VId.t.
... pour amener les eslancilles de la chambre de ladicte Dame ... III. Xs.t.;
pour ung bassin d’arain pour la chambre de ladicte Dame ... XX s.t.; ... (fol. 146,
mars 1435 n. st.) a ung nautonnier qui a amené la Royne partant d'Amboise aux
Moutilz .... VIII IL. XV s.t.; ... pour avoir amené les estancilles de la chambre de
ladicte Dame dudict lieu d’Amboize jusques aux Montilz ... III 1. XV s.t.;,...pour
deux boisseaux de froument pour les pigeons de ladicte Dame ... IIs. II d.t.; ...
pour une grande caige verte a mettre le papegault de la dicte Dame ... ; pour
deux cens de crochelz et clou a tendre la tappicerige aux Montilz, pour ce XV s.t.;
... pour une seelle garnye d'estriés, sangles et estrivieres, ung harnoys de cuir
rouge, ung mors neuf et une paire de bosses dorées ... pour la hacquenée de
ladicte Dame ... LVIIT s. HIT d.t.; (Fol. 148 v., avril 1485); .... pour avoir fait
porter un coffre ferré pour ladicte chapelle de Tours aux Montilz et pour avoir fait
faire des pochettes de toille pour mettre le calice de ladicte chappelle ... VI s.VId.t.;
.. pour deux basteaux qui ont amené les besoingnes de la chambre de ladicte Dame
de Tours a Amboiïize, et pour les avoir charroyez du port du chasteau dudit lieu
d’Amboise ... XIII 1. XII s. I d. ob. t.… ; (Fol 154 v., Juillet 1485) : ... A Johannes
Bourdichon, painctre du Roy, demourant a Tours, la somme de vingt quatre livres
quinze sols tournoys pour avoir fait faire deux grans chaires tourneisses et par luy
painctes et toutes dorées de fin or pour le service de ladicte Dame … XXITIT I. X Vs.t.;
a Glaude Mortiere, demourant a Tours .., pour avoir fait des franges noires et
tannées de soye pour les chaires dessusdites ... LXX VI Ss. III d. t.; a Pierre Simeon,
serrurier demeurant a Tours ... pour avoir fait une autre chaire de fer a couppletz
pour servir a ladicte Dame ... LX s.t.; a Jehan de Brioude, sellier, ... pour ...
avoir garny de cuir rouge lesdictes chaires et les avoir sangléz et feustrés … XLs.t.;
a lui ... pour avoir couvert l’une desdites chaires de velours noir et mis de franges
avecques quatre boucles dorées et quatre mordans pour tenir le tredoulx de ladicte
chaise et pannonceaulx doréz .... XLs.t,; a lui.... pour une couverture de
cordouen doublée de toille pour couvrir ladicte chaire .... HI. t.; a luy, plus
XX s.t. pour avoir fait le siège garny de sangles, de feutres et acoudouers d'une
autre chaire laquelle fut portée de ceste ville d’Amboise.a Tours tres ledict Johannes
Bourdichon, paintre du Roy pour icelle paindre, et a esté rompue, par quoy n'a peu
servir ... XX Ss.t. ; (Fol. 155 v., août 1485) ; ... pour jonchetz, et une ferrure de
saincture, XLV s. t.…
PIÈCES JUSTIFICATIVES 313
PREUVE Il
[1492], 17 mars, Melun. — Lettre de Marguerite d'Autriche
à Anne de Beaujeu ().
{Paris, Bibliothèque de l'Institut, Collection Godefroy, manuscrit 303, f[olio 82,
copie du À VII siècle faite d'après l'original. Publié déjà dans HaRE, Marguerile
of austria, page 39).
Madame ma bonne tante, il fault bien que je me pleigne a vous, comme en celle
a qui j'ay mon esperance, de ma cousine que l'on m'a voulu oster, qui est tout le
passetemps que j'ay, et quand je l’auray perdue, je ne sçay plus que je feray. Par
quoi je vous prie que veuillez tenir la main pour moy qu'elle ne me soit ostée, car
plus grand deplaisir ne me scauroit on faire. Lachault est venu, qui a apporté lettres
adressantes à ma ditte cousine, par lesquelles le Roy lui escrivoit qu’elle s’en allast.
Touttefois je ne l’ay pas voulu souffrir jusques a ce que vous en eusse advertie, en
esperant que m'y seriez en ayde, comme j’ay en cela et en autre chouse ma parfaite
fiance, vous priant, Madame ma bonne tante, que, quelque part que je soys, ne parte
point de vostre bonne grace, car tousjours en aurai-je besoing, a laquelle bien fort me
veuls recommander. Monsieur de Molitart m'a dit que voulez que je soys mieux
traittée que je ne fus oncques, qui est une chose qui m'a fort esjouie puisque avez
encore souvenance de moy. Vous disant a Dieu, Madame ma bonne tante, que je prie
qu’il vous doint le plus aimé de vos desirs. Escrit à Melun, le dix septiesme jour
de mars.
Vostre bonne humble et lealle niepce.
MARGUERITTE.
Et au dos est escript : À Madame ma bonne tante.
{D'une autre main/: Pris sur l'original.
PREUVE [V
[1492]. — Complainte de Marguerite d'Autriche sur la rupture
de son mariage avec Charles VIIL ()
{Bruxelles, Bibliothèque royale, manuscrit 10926. Feuillet de papier, caractères
gothiques, sur juslificalion à deux colonnes. En têle du reclo, vignetle rectan-
yulaire sur bois représentant Marguerile, placée près d'une porle surmontée
(t) La copie donne deux restitutions du millésime ; l’une donne l’année 1488, mais elle a été
raturée et remplacée par 1486. La date de lieu, Melun, permet d'affirmer que la pièce est posté-
rieure au 6 décembre 1491, date du mariage d'Anne de Bretagne avec Charles VIII. Ce n'est en
effet qu'après cette date que Marguerite n'habita plus la Touraine, mais l'Ile-de-France. On sait
qu'elle ne rentra dans les Pays-Bas que le 12 juin 1493. Nous remercions notre confrère
M. Gebelin d'avoir bien voulu faire la transcription de ce document.
(2) Cette complainte est postérieure à la date de la rupture du mariage de Marguerite
(6 décembre 1411) et antérieure au retour de Marguerite dans les Pays-Bas (12 juin 1493). On sait
que Frédéric JII, l'empereur mentionné dans l'une des strophes, mourut le 19 août 1493. La
ponctuation du texte original et toute sa graphie ont été respectées, à cause de l'intérêt
typographique qui s'attache à cette plaquette rarissime, probablement incomplète de la fin.
314
MARGUERITE D'AUTRICHE
de son blason, agenouillée aux pieds du Roi des Romains Maximilien el de
l'archiduc Philippe le Beau entourés de qualorie personnages don! plusieurs
sont chevaliers de la Toison d'or].
{Première colonne)
{Seconde colonne)
LA COMPLAINTE DE DAME MARGUERITE DAUSTRICE
FILLE DE MAXIMILIAN ROY DES ROMAINS.
Quant une fleur : yssant daitre dhônneur
est entre : en vergier dun seigneur
noble puissant : g riche gouverneur
Et quelle croist en toute souffisance
en force. en bruit. en beaulte en verdeur
en fruit : en grace : en louenge. en grädeur
en purite. en substance : en odeur
Cest mal de lui oster force & puissance
pour moy chascun en a eu cognoissance
Moy marguerite: de toutes fleurs le chois
ay este myse ou grand vergier franchois
pour demourer. croistre : € hanter ainchois
que feusse grande : empres la fleur de lis
La ay receu tous biens € tous esbanois
la ay veu ioustes dansses € tournois.
Et maintenant ie vois. € sy cognois
que ces grandz biens me sont prins € fallis
pas nen doivent les miens estre iolis
Je y ay este noblement arousec
plus dé dix ans : de tresnoble rosec
cuidant estre Royne : et espousee
au Roy Charle : & corone portee
Mais bien parchoy que me suis abusee
par quoy doy estre : en mon cuer doloree
car de par lui: ay este refusee
et sy ma fait hors. du vergiér oster
pour une aultré en nom lieu bouter
Cest espace. Royne ay este nômee
mais maintenant suis la rênommee
O Roy Charles. peu de toy amee
puis { pour une aultre. mavez volu chägee
mais non obslant pas nen suy diffamee
amoindrie foulee ne blamee
se en ton pays. je ne suis confermee
dame & Royne : cause ay de moy planter
en aultre vergier: pour moy de toy vêger
O Empereur de rome redoubte
mon grand pere : de vertu illustre
qui cha ius porte: & as tousjours porte
le monde. aussi lespee de iustice
Je te prie: que tu prende pyte
(Verso
première colonne)
PIÈCES JUSTIFICATIVES 319
de Marguerite : a qui on a oste
plaisir. solas. puissance € maieste
sans regarder a quelque preiudice
cest peu pryse ton noble hostel Daustrice
Mon noble Pere aussi roy des Romains
tousiours auguste entre les corps humaiïs.
Je te requier & prie à iointes mains
pour acquerir de Jhesu le merite
que tu veulles tant prier tes germains
et tes subgectz quen brief sans nulz demais
I1z tirent hors de ces las inhumains
ta petite fillette Marguerite :
qui de solas € ioye on desherite.
Et toy aussy mon frere souffisant
Ppilippe Archiduc daustrice flourissant
en toutes honneurs et en beaulte croissant
Ne metz ta seur petite en non chaloir
fais esclairir : on espee tranchant
fais esmouvoir. ton peple ravissant.
fais desploier. ton estandart puissant
fais a ce cop : ta jeunesse valoir
car selon droit : mon deul te doit doloir
De cuer contrit : je requier a dieu végeäce:
de cuer contrit je demande alligeance
de cuer contrit : je pleure ma nuysance
pensent en moy. que mon corps deviendra
on ma este : mon solas. ma plaisance
on ma donne : pour ioye desplaisance
De faire a dame ainsi est ce lusance :
nOn. jay espoir que le temps changera
Il na pas pleu. tout ce quil plouvera
O mes Flamens estes vous endormiz
vous estes ceulx : qui me y aves miz
en ce dangier. dont de peur je fremis
craignant user en doleur mon eage.
tout les Franchoiïs vous tenez pour amis.
que vous devez tenir pour ennemis
car fausse vous ont. ce quilz vo’ ont promis
touchant delui & moy le mariage
mene mavez en paynible voiage
Et vous qui estes de la noble maison
de Bourgoigne : or est il huy saison
de vous monstrer : en servant la toison
preux et vaillans : sans faire nul haussage
vous voiez que suys a demy en pryson
mise par vous dont petit vous pryse on
se ne vengez la grande mesprison
mettez vous dücques en armes au passage
pour moy ravoir. et on vous tendra sage
316 | MARGUERITE D'AUTRICHE
Considerez la honte € vitupere
que on a fait a moy: € a mon pere
Aydez que le facteur le compere.
selon raison droit & sainte escripture
pour elle aussy que deusse nomme” mere
ne fault gouster. ceste sausse amere
onques cha jus : en nulz livres dhomere
home ne fist de telz fais la lecture
mal en viendra : selon foy & droiture
Oncques parler : de telz fais je ne ouys
que dites vous les bons de mes pays
Verso bien cause avez destre peu esiouys
seconde colonne) 4
pour ces tors fais a moy et mon pere
sy petit nest : qui nen soit esbahiz
qui telz fais brasse : il doit estre hays
0 tristesse : de toy trop je iouys
oultre mô veul : mais sil plaist Dieu jespere.
que ie reverray. ma lyesse prospere
O vous dames damoiselles & pucelles
vous bourgeoises : gentiles damoiselles.
vous marchandes riches & toutes celles
a marier : prenez cy exemplaire
mirez vous y. € lisez mes libelles
nalliez pas vos faces qui sont belles
a homes nulz : qui vous soient rebelles
come de moy est fait : dont me doit desplaire
mais : puis que a dieu plaist par raiso me doit plaire
Se je ne suis en France cronee
Et se du Roy je suis habandonnee
et se une aultre est en mon lieu ordinee,
Il ment covient la pacience avoir
pas ne men chault: mais que soie menee
en la maison. en la quelle suy nec
et souefment : de tous biens gouvernee
pour mon tayon mon pere veoir
je ne demande en ce monde aultre avoir
Adieu plaisir : adieu esbatemens.
adieu deduis. adieu haus paremens.
adieu chansons : adieu bous instrumens.
adieu danses : adieu ioyeusctez
Jay tous anuys : jay tous encobremens
jay toutes peines : jay doleurs € tourmens
jay tous dangiers : & tout par vo’ flamens.
En cest estat mavez. mis et boute.
quant dieu plaira : de moy ara pite
De mon tort fait : larbre en doit sa verdeur
perdre : a tousiours : et la fleur son odeur
le fruyt son goust : le soleil son ardeur
PIÈCES JUSTIFICATIVES 317
loiseau son chant : la riviere son cours
Tous Austriciens subgetz a Lempereur
doivent entrer en vaillance en fureur
en promettant de venger cest erreur
sans des franchois. doubter le secours
Car cest blame pour toutes nobles cours
Je ne scay mieulx que pacience avoir
et mettre en dieu le fait Marguerite
Cest cellui qui peut & scet tout cocevoir
et qui aulx bons donne sa glorie eslite [La fin manque/.
PREUVE V
|(1493-1497]. — Rôle des paiements faits par Jeanne de Comines,
dame d’Halluin (‘)}, pour le service de Marguerite d'Autriche.
(Cahier original de 4 feuillets papier. Archives du Nord, B 20152, n° 155923)
S'ensieult la declaracion des parties paiées et delivrées par madame de Hallewin
pour lés menus afferes, auxmosnes, dons et courtosies faictes pour Madame, dont la
declaracion s'enssieult, de ce puis l'advenue de Madame et retour de France
jusques /blanc sur le manuscril/.
Premiers, a une lavendiere que madite Dame avoit amené de Valenchiennes
laquelle y retourna et lui fut donné XL s.
À deux religieuses qui apportérent a madité Dame aucuns ouvrages de soye,
donné ung lyon d'or de XLII Ss.
Pour le vin de ceulx qui apporterent ung esturgon envoié a madite Dame, donné
ung lion d'or de XLIISs.
À Robinet, de la Chambre de Monseigneur, que Madame avoit pérdu a jouer aux
quartes a diverses foix et a lui paiez, VI 1. XVISs.
À Pasquet, aussy aide de chambre, pour le jeu de quartes qu'il avoit paiez pour
Madame et a lui rendu, LXXIII s.
Aux ouvriers qui firent la chambete (sic) de madite Dame à Malines a la COUR
donné pour leur vin une maille a la croix, sont XX VIII s.
À ung orphevre pour avoir reffet ung livret d'or, une bregiere d'or, et une
pomme sentant d'or, pour tout ensamble de escus de XLV III s.
À une femme qui a fait des fleurs de soie et les apporta a Madame, donné ung
demi noble de XLIs.
À une pointresse de la ville de Gand laquelle apporta a Madame ung
Saint-Martin, des fleurs de soie et autres parties, pour ce lui a esté donné ung
lyon d'or de XLII s
(*) Jeanne de Comines, dame d'Halluin, morte le {1 avril 1512, ancienne gouvernante de
Philippe le Beau, fut attachée au service de Marguerite d'Autriche "depuis le retour de cette
princesse dans les Pays-Bas (12 juin 1493) jusqu'au 10 mars 1497, comme première dame
d'honneur, puis à celui de Jeanne d'Aragon, femme de l'archiduc Philippe le Beau, reine de
Castille. Sur les réclamations qu'elle formula pour les avances faites à l'Hôtel, voir divers actas
des 9 octobre 1499 et 17 octobre 1501 (Arch. Nord, B 2178, n° 72 711; B 2166, n° 71 575 ;
B 2175, n° 72 190).
318 MARGUERITE D'AUTRICHE
À ceux de l’Escurie de madite Dame qu'elle leur a fait donner, XXXVISs.
À maistre Liennart que Madame lui a fait délivrer pour certaines causes VI s.
À Cateline, la lavendiere de madite Dame, delivré a diverses foix tant pour
faire auxmosnes a aucuns povres honnestes maisnages comme pour son vuage,
VII 1. XIII s.
À Grand Jehan, de la Chambre de madite Dame, pour certaines parties par lui
desboursées pour ladite Chambre, rendu XL s.
À ung espangnart, donné pour son vin d’avoir apporté une paire de pantoufles a
madite dame a la mode d'Espaingne, IX s.
À ung merchier pour avoir livré a madite Dame des reubans, paiez VII s.
Pour IT] rolles de bougran pour madite Dame, paiez III s.
À ung josne filz de l'Escurie de madite Dame qui avoit esté blechié, donné pour
paier le mire XXVSs.
À ceulx de la Cuisine, pour le gril de madite Dame, paiez XXI Ss.
Pour VIII alnes et demie de saiette noire pour Madame a VISs. l’aune, sont LIs.
Item pour demi alnne de drap noir, XII s. VI d.
À Margueritte, la femme de chambre de Madame, pour plusieurs menues parties
par elle desboursées, III 1.
Item a Hacquinet, vallet de chambre, pour parties par luy desboursées pour
madite Dame et a lui rendu, VI 1.
À ung homme qui amena ung grand levrier a Madame, donné pour son vin XLs.
À une povre femme, donné en auxmosne ung escut d'or de XXXIIII s.
Item pour rozes, chappeaulx, herbes, et autres menues choses que Madame fist
achetter pour estoffer le baing durant les fianchages de la fille du maistre d’ostel
Le Veau (‘), qui se maria a monseigneur de Famal, XX s.
Audit maistre Liennart, pour plusieurs menues parties par lui desboursés et a lui
rendu, X VIII Ss.
À ung homme a Bruxelles qui garde ung grand chien a Madame, donné a
plusieurs fois LX s.
À ung homme qui avoit donné a Madame ung rollet d'orosons, pour ce donné
XXIHI s. VI d.
Pour l'achat de IX alnnes de saiette pour madite Dame a IX s. l'aune, sont et
pour ce paié XLs. VI d.
Pour III alnnes et demie de saiette pour la petite Margo qui demeure avecq
Madame de Chasteler, paiés XVI s.
Au pere de Michielle, pour aucun ouvrage qu'il avoit faite pour madite Dame,
donné LIT s.
Pour auxmosnes faites par Monseigneur et Madame durant le tamps de Quaresme
et ainsy par eulx ordonné par chascun jour ung florin, sont XL 1.
À ung merchier, pour plusieurs reubans de soie et autres parties de sa marchandise
pour madite Dame, paiez VIII 1. HIT s.
A Hacquin, de la Chambre de Madame, pour plusieurs parties par lui desboursées
pour ladite Chambre, paiez XLI s.
Item, pour faire amener de Malines a Anvers ung coffre a robbes, parmi III s.
pour les despenses de Hacqufi]net, varlet de chambre, qui l’ala querir, paiez XX s.
(1) Gilles Le Veau de Bousanton, dont la femme, Jeanne Lejeune, avait été nourrice de
Marguerite. Ce personnage avait accompagné en 1483 Marguerite d'Autriche en France comme
maitre d'hôtel.
PIÈCES JUSTIFICATIVES 319
À une povre femme qui avoit donné quelque chose a Madame, par l'ordonnance
de madite Dame lui a esté donné XIII s.
À ung povre homme, donné pour Dieu et en auxmosne, XIIII s.
À Kateline, la lavendiere de madite dame, paiez XL s.
À ung jongleur, pour avoir fait des tours d'apertise et joué devant madite Dame,
XX VIISs.
Paié, pour l'amenage du coffre de la Chappelle de Madame, de Mallines a
Anvers, VIS.
A Collin l’uissier, rendu, pour une auxmosne que Madame lui avoit fait
faire, XISs.
À Margueritte, femme de chambre, rendu pour plusieurs parties par elle
desboursées, LX s.
À Huchon, l’aide de l'Espisserie, pour pommes de grenatte par lui achettés pour
madite Dame, paiez IX s.
Pour la fachon de cheinses, creuverchiefz et autres menues parties, paiez
pour Monseigneur XXX VI s.
À Kateline la lavendiere de madite Dame pour son vuage, paiez a deux foix la
somme de IT 1.
À Hacquin, vallet de chambre, pour parties par lui desboursées pour madite
Dame, paiez XXX VIII s. VI d. |
Audit maistre Liennart, huissier, rendu qu'il avoit desboursé a diverses foix,
tant pour auxmosnes comme autrement, VIII s. VI d.
Item, paié pour deux alnes de soie et VII alnes de bougran pour la petite Margo
XXX s. II d.
Donné a Jorquin qui est acoustumé tenir aux charios des filles XL s.
Aux chartons de Madame, donné par son ordonnance XXX V s.
Pour avoir fait amener les coffres et baghes de Madame de Malines a Bruxelles,
tant a les mener de la Court à la riviere pour les faire deschargier a Bruxelles et les
mener a la Court, pour tout paiez IX 1. VIT Ss.
Pour avoir fait amener ung coffre de VI pies, qui est a Monseigneur, de Malines
a Bruxelles, paiez XI s.
Item, pour faire mener le coffre a la vasselle de Madame de Bruxelles a Malines,
et au retour de Malines le remettre a Bruxelles en haut, paiez XX VI s. VI d.
À ung carton qui amena les coffres de Madame avec ung coffre aux filles quand
on fut a Breda, paiez XXX VIS.
À ceux de l’Escurie de Madame, le jour Saint-Eloy, pour eulx recreer en la
maniere acoustumée, X XIII s.
À ung messagier d'Anvers qui apporta ung demi veau a madite Dame, donné
XVIII Ss.
À Hacquin, vallet de chambre de madite Dame, pour certaines parties par lui
desboursées et rendu XLs.
A Margueritte, femme de chambre de madite Dame, pour plusieurs parties par elle
paiés tant pour la dite Chambre comme autrement, V 1. Vs.
A la femme de l'Ours a Malines, paiez pour l'achat de chincq alnnes de drap
noir pour Madame, a III flor. l’aune, sont et paiez XV 1.
Somme de ces parties : IX** III] livres III deniers.
{Signé) : PHILIPPES.
320 MARGUERITE D'AUTRICHE
PREUVE VI
1497, 13 juin. — Lettre de Pierre Martyr ()
au cardinal de Sainte-Croix (°).
(P. Martyr, Opus epislolarum, Amsterdam 1670, page 100, numéro 176].
Pfetrus] Mfartyris] Afnglerius]M[ediolanus]Cardinali Sanctæ-Crucis. Superioribus
diebus ad te scripsi, purpurate princeps, quæ Burgis (?) acta sunt, Margarita regia
nuru adventante. Sed qualem esse intelligerem, quia nondum bene notanm, silentio
praeterieram. Eam si videris Venerem ipsam te intueri arbitraberis, qualem forma,
motibus atque aetate potuit Mars desiderare Cytheream talem ad nos illam Belgae
miserunt, nullo fuco illitam, arte nulla comptam : Orithyiam e Boreae rigentis
manibus elapsam dices ; sed, ne ista infelicitatem nobis et Hispaniae perniciem
aliquando pariant trepidamus. Pallet jam, nimis hujus puellae amore pellectus, hic
noster ephebus Princeps ; hortantur medici Reginam, hortatur et Rex ut a Principis
latere Margaritam aliquando sémoveat, interpellet ; inducias precantur, protestantur
periculum ex frequenti copula ephebo imminere, qualiter eum suxerit, quamve
subtristis incedat consideret, iterum atque iterum monent, medullas laedi, stomachum
hébetari, se sentire Reginae renunciant. Intercidat, dum licet, obstetque principiis
instant. Nil proficiunt. Respondet Regina homines non oportere quos Deus jugali
vinculo junxerit separare. Principis ab infantia naturae debilitatem arguunt, qui
pulliculis gallicinis rebusque hujuscemodi mollibus, tanquam invalidus, semper
fuerit educatus ; non confidat mariti exemplo proclamant, quem natura miro corporis
robore ab utero formavit ; magnum esse inter genitorem et genitum discrimen
repetunt : nihil tamen auscultat Regina. Perstat in fæmineo proposito ; mulierem
quam nunquam induisse hactenus visa est, nunc assumpsit ; constantem illam esse,
semper ego praedicavi, nolim pernicacem; nimium confidit. Satis evagatus sum.
Deus bene vertat.…. Vale, Methinnae Campi (Medina del Campo), idibus juni
MCCCCXCVII (*).
(1) Pierre Martvr d'Anghera, né à Arona (Lombardie) le 2 février 1457, mort à Grenade
(Espagne) en 1526, gouverneur des pages d'Isabelle la Catholique, humaniste célèbre. Cf. J. H.
MaRiËJOL, Un lettré italien à la Cour dEspagne, Pierre Martyr d'Anghera, sa vie et ses
œuvres, Paris 1887, XVI-239 pages in &.
(2) Bernardin de Carvajal de Caceres (Estramadure), né en 1488, mort le 16 décembre 1523,
promu cardinal le 2 février 1493, transféré le 2 février 1495 du titre des Saints Marcellin et
Pierre à celui de Sainte-Croix. Cf. H. Rosspacu, Das Leben und die politisch-khirchliche
Wirksamkeit des Bernaldino Lopez de C'arvajal... Bresslau, 1892, 2-104 pages.
(3) Burgos, dans la vieille Castille, chef-lieu de province, résidence de la Cour d'Isabelle la
Catholique, de Ferdinand le Catholique et de don Juan.
(#) Le mariage de don Juan (né en 1469) avait été célébré à Burgos le 3 avril 1497. Ce prince
mourut le 4 octobre 1497. Pierre Martvr a parle de sa mort dans une lettre du 15 des calendes
de novembre (17 octobre) 1497 adressée au cardinal de Sainte-Croix (Opus epistolarum, page
103, numéro 182) et des couches de Marguerite, dans une lettre datée des nones (7 juillet) de
juillet 1498 adressée à l'archevêque de Braga (1bidem, page 110, numéro 192).
PIÈCES JUSTIFICATIVES 321
PREUVE VII
[Vers 15001. — Lettre de la bienheureuse Louise de Savoie
au duc de Savoie (‘.
{Autographe, papier 305 millim. X 220 largeur, écriture cursive assez serrée.
Arch. Nord, B 18943, n° 36830).
Monseigneur, je me recommande tres humblement a vostre bonne grace.
J'ay receue la lestre qui vous a pleu me recrire par messire Hugue Panssart,
chapellain de cesto ville, contenant en ycelle commant a ma requeste luy avies
donné cent florins pour fere son voyage de Jherusalem, laquelle chose, Monseigneur,
feust ainssy. Mais au regart du beau pere de nostre couvant qui vous a faist la
requeste qui vous pleust de donner ycelle somme a nostre couvant et commander a
ycelluy la nous ballier, je vous asseure, Monseigneur, que jamais cella ne feust de
nostre sceu ny consentement, ne n’y avoist perssonne ne moy ny austre qui sceust
nouvelle de cessy, car jamais, pour quelconque nessecité que eussions, ne vouldrions
demander ny advoir chose qui peust competer a austruy ne porter donmage à nul.
Toutesfoix, Monseigneur, au regard du beau pere qui vous a faist cette requeste, je
l'ay toutjours congneu advoir grande amour et affection a nous et fort grant zelle
au proffist de nostre couvant, et a pris de grant paines maintesfoiex pour nous,
pour quoy, Monseigneur, voyant que ledit chappellain dessux nommé ne faisoist
son voyage ne, celon que 1y samblast, avoist voullenté de le faire, cuidant que par cella
voulsissiés oster la diste aulmonne et la donner en austre lieu, s’avisa de luy mesmes
vous fere la requeste qui fist cuidant fere ung grant proffit, pour quoy, Monseigneur,
je vous suplie tres humblement qui vous plaise, consideré les choses dessulx distes,
n'avoir cessy a deplaisir mais prendre le tout en la sinplece en quoy a esté faist, et
en tant que touche le don que par vos lestres me mestés nous en avoir faist et que
dispose de cessy a ma voullenté, me recommandant ledist messire Hugues,
Monseigneur, en cessy et toutes austre choses, ma voullenté est la vostre, car de
mon costé je n'antans riens avoir en cessy Car jamais, commant dessulx est dist, ne
vouldrions accepter ung tel don, lequel Monseigneur, vous remestons et quitons tout
en tieulle maniere que sy jamais n’an feust esté parlé, mais au regart de la bonne
amour et affection qui vous plaist advoir a moy et a tout nostre couvant, cella
acceptons nous de bon cuer en vous remerciant tant et sy tres humblement que fere
le povons. Et aussy, Monseigneur, la tant belle et grande aulmonne qui vous a pleu
nous fere dernierement, laqueulle avons receue entieremant par les mains de
Monseigneur le (ms des) General et nous en tenons tant tenue et obligée a vous que
seuremant, Monseigneur, ne le vous seroye desclairer, car vous nous avés survenu en
tres grande nessecité et sy grande que ce ne feust vostre bonne aide, ne scay
commant eussions peu passer ceste presante année, et ma bonne mere l’abbesse et
toutes mes bonnes meres et seurs n'an sont pas ingrate car pour vostre bonne
prosperité ont faist et feront maintes belles prieres commant ay bien intencion, sy
(*) La lettre sans millésime, par la provenance (Papiers de la Chancellerie de Margurzrite)
parait être de la période du règne de Philibert le Beau (duc en 1417) avant son mariage avec
Marguerite (1501). Elle est nécessairement antérieure à la mort de Louise de Savoie survenue à
Orbe (Suisse, canton de Vaud) le 24 juillet 1503. Ce document n'a pas été connu par les
biographes de la bienheureuse.
21
322 MARGUERITE D'AUTRICHE
plaist a Dieu, vous recrire plus au lonc le plus tost qui me sera possible et vous
envoyer les devocions qui vous a pleu me mander, commant celle, Monseigneur,
que de toute ma puissance, celon le lieu ou je suis, vouldroye obeyr a tout ce qui
vous plaist me commander, et suis bien joyeuse de vostre bonne devocion, en
priant au Benoist Filz de Dieu qui ly plaise la vous augmenter de bien en myeulx et
vous donner bonne vie et longue, pour lesqueulles choses se font continuellemant
priere en vostre couvant, en ce recommandant tres humbleman a vostre bonne
grace mon bon pere confesseur, ma bonne mere l'abbesse et toutes mes bonnes sœurs.
Escript en vostre couvant d’Orbe, de la main de
Vostre tres humble et tres obeissante orateresse,
(signé) Seur LoysE DE SAVOYE.
Sur Le dos : Jhesus Maria.
A mon tres redoubté seigneur.
PREUVE VIII
1503, 10 novembre, Turin. — Ordre donné au trésorier Jean-Louis
de Piozasco de payer un don alloué à Giraud de Cabrières, garde de
la lionne de Marguerite d'Autriche (').
{Original. Turin, Archives camérales, Inventaire 39, numéro 29/.
La Duchesse de Savoye.
Collateral de Pyozas (?), nous vous ordonnons fere paier et delivrer a Girau de
Cabries, maistre de nostre lyonesse, la somme de six escus d'or, chascun escu de
quarante et deux solz, que luy donnons en aucune racompensa des services que ça
devant ilz nous a faictz et, par raportant ceste signé de nostre main et quictance
dudict (ryrau, voulons et comandons ladicte somme de six escus vous estre passé et
alloué en vos comptes par les desputés. Faict a Thurin le X° jour de novembre l’an
mil V°et trois. Signé : Marguerite.
{Au verso]: Quittance délivrée le 11 novembre 1503 à Turin, signée G. de
CABERIA, faite au nom de « Gyraud de Cabrieres, maistre de la lyonesse ».
(4) On conserve à Turin, sous la même cote, un autre mandement de Marguerite, daté du
21 juillet 1503, Pont d'Ain, pour faire allouer 9 écus d'or au « maistre de nostre lyonesse ».
(2) Jean-Louis de Piozasco appartenait à la famille des comtes de ce nom. Il était collatéral
au Conseil résidant de Chambérv, chef des finances et trésorier de Marguerite jusqu'en 1:04, date
de son remplacement par Louis Vionet (QUINSONAS, Matériaux, tome 1, page 139).
PIÈCES JUSTIFICATIVES 223
PREUVE IX
1504, 28 avril, Turin. — Rôle des dépenses faites par Diego Florès,
sur l’ordre de Marguerite d'Autriche, pour la « momerie » de Carignan,
à l’occasion des noces de Laurent de Gorrevod.
Original. Turin, Archives camérales, Inventaire 39, numéro 29].
Les parties que Diego Flores, garde robe de ma tres redoubtée dame madame la
Duchesse de Savoye, à delivré et paié par le commandement de madicte dame
pour la momerie qu'elle fict a Cargnyan a Caresme prenant l'an MV° et quatre.
Et premierement, pour deux jambes de bois, compris les fers, cordes et façon
desdictes deux jambes, quatorse solz et six deniers, — XIIII s. VI d.
Item, pour ung faulx visaige, quinze solz, — XV s.
Item, pour quatre aultres faulx visaiges, achetés par monseigneur le maistre
Carenchon auquel ledict Diego a rendu l'argent, six florins et deux gros, — VI. Il g.
Item, plus pour trois chapeaulx jaunes que Noë acheta quatre florins et trois
solz, — Il fi. III g.
Item, pour six aultres chapeaulz blanchz, sept florins, — VII fi.
Item, pour VI rax de taffatax jaune et noer pour ung roube a Lordant, a luy
expedié par le comandement de madicte Dame, a XIX s. le rax, neuf florins et six
solz, = IX fl. VI g.
Item, pour quatre rax de taffatax taney pour les manches des paiges de ladicte
momerie VI f. — VI f.
Item, pour ung rax et deux tiers de taffatax blanch pour les forreaulx des espeyes
de ladicte momerie deux florins neuf solz trois quars, — XXXIII s. III quart.
Item, pour trois rax d’aultre taffatax taney pour les cornetes desdicts chapeaulx
blanchz, cinq florins, — V fi.
Item, pour toelle de crespa, ung florin neuf gros, — If. IX g.
Item, pour aguylletes pour ladicte momerie, dix solz et six deniers, — X g. I] quarts.
Item, pour quatre bonetz blanchz a XX solz la piece, huyt florins et quatre solz, —
VIT f. NI g.
Item, pour avoir faict acoustrer lesdicts chapeaulx avec les cornetes de taffatax,
quatre solz, — III g.
Item, pour cordes et batons pour fere descorgies pour ladicte momerie, IT gros
IT quart, — Ill g. Il quart.
Item, a ung homme et une femme pour la façon d'avoir coussu des devantdis
abillemans, deux testons, — XXI gros.
Item, pour ung teston perdu sus une piece de taffatax acheté a Cermanyole, X g.
IT quart, — X g. II quart.
Item, pour rybans noers, ung florin quatre, — I fl. III g.
Item, pour une clef pour la chambre des filles, I gros.
Somme toute LVIII f. IX g. et III quars.
(4) Le tournoi de Carignan (Carignano, Piémont, province de Turin) eut lieu le 19 rue
1504, jour du « Caresme prenant », à l’occasion des noces de Laurent de Gorrevod et de Philip
de La Palud. Voir le récit des fêtes dans Baux, Histoire de l'église de Brou. 2° édition, 1 4,
pages 39 sq.
324 MARGUERITE D'AUTRICHE
La duchesse de Savoye.
Loys Vionet, nostre tresorier, paiez et delivrés a Diego Flores, nostre garde
robe, la somme de cinquante huyt florins neuf gros et trois quars monnaie de Piemont
que luy devons pour les causes comprises au present roule dessus escript, et, reportant
ceste signé de nostre main avec quictance dudict Diego Flores, voulons, mandons et
comandons ladicte somme de LVIIT fl. IX gros et III quars monoye et par les causes
que dessus estre passé, intré et alloué en voz premiers comptes par les auditeurs a ce
deputés, sans difficulté aucune. Faict a Turin, le XX VIII jour d'avril l'an mil cinq
cens et quatre.
[Signé] MARGUERITE.
{Au dos}: Je Dyego Flores, garde robe de Madame, confesse avoir eu et receu de
Loys Vionet, tresorier de Madame, la somme de cinquante huyt florins, neuf solz et
trois quars, esqueulx madicte Dame m'’estoit tenue, comme s’apert par ses lettres et
roule dernier escriptz, de laquelle somme de LVII #. IX s. ct trois quars je quitte
ledict tresorier et tous aultres. Faict a Thurin le XII° jour du mois de juing, l'an mil
cinq cens el quatre.
(Signé! Dico FLORES.
PREUVE X
1505, 12 janvier, Chambéry (‘). — Instructions de Charles, duc de
Savoie, à [Laurent de Gorrevod], seigneur de Montaney, gouverneur
de Bresse, et à de Montvaran, envoyés en mission auprès des ambassadeurs
de Marguerite d'Autriche au sujet du douaire de l’archiduchesse.
{Copie contemporaine. Archives du Nord, B 18825, n° 24036, folio 3 verso/.
Instructions a noz tres chiers, bien amez et feaulx conseilliers et chambellans
les seigneurs de Montaney, gouverneur de Bresse, et de Monvaran de ce qu'il auront
a dire de nostre part a messeigneurs les ambassadeurs de Bourgogne au Pont d’Ains (?)
par devant Madame ma seur, s'il est de besoing.
Premierement, que avoir entendu mondict seigneur les demandes et partiz
dernierement a luy envoyés par Madame Marguerite, qui sont de luy laisser les pays
de Bresse de la sorte que les tenoit feu Monseigneur le duc Philippes (°) estant
seigneur d'iceulx, Vuaud et Foucigny pour en jouyr avecque les emolumens et
revenuz d’iceulx en toute juridicion, comprins Villars et Gordans, pour l’entiere
somme de son douhaire, sans reserver a mon dict seigneur que la souverainneté et
resort, jaçoit que bien soit estrange a icelluy cecy estre dressé tout autrement
(1) La chancellerie ducale se servait du style de Noël. Ce stvle était aussi usité en Bresse
par le tresorier du douaire. « Despenses faictes par Vionet depuis le premier jour de janvyer
annee XV et dix prins a la NATIVITÉ... » (Arch. Nord, B 753, n° 16601).
(2) Pont d'Ain (Ain, arrt de Bourg, chef-lieu de canton), résidence favorite de Marguerite.
(3) Philippe de Savoie, fils de Louis, duc de Savoie, reçut le comté de Bresse en apanage,
devint duc de Savoie le 16 avril 1496 et mourut le 7 novembre 1497.
PIÈCES JUSTIFICATIVES 325
que dernicrement ne fut arrester avecques les ambassadeurs de Monseigneur
l'Archiduc, neantmoins, pour tousjours demonstrer le desir qu'il a d'entretenir
l'amytié d’entre luy et madicte dame, la bien traiter et honnorer, ainsi que bien au
long feront toutes remonstrances a ce necessaires, sans user de rigueur de droit dont
raisonnablement se pourroit deffendre en ce endroit, ainsi que desja bien luy a fait
entendre, sera content sur ce faire a madicte dame comme s’ensuyt :
C’est que de luy laisser a cause que dessus les pays de Vuaud, Foucigny et
Breisse pour de tous trois en jouyr, ensemble tous les revenus et emolumens d’ung
chascun d’iceulx chascune année en toute juridicion, de la sorte et soubz les reser-
vacions que dessoubz : assavoir, que mondict seigneur n'ait riens a prendre desdicts
revenuz et emolumentz oultre ce que dessoubz durant le temps de sa joyssance cy
apres limité et desclairé, ains que madicte dame pour l’asseurance de ses deniers aye
a coustituer et deputer dans lesdicts trois paÿs tous menuz officiers comme
chastellains, curiaulx et autres infericurs, pourveu qu'ilz soient des subgectz de
Monseigneur a luy feables qui jureront et bailleront bonne et asseurée caution,
chascun en son endroit en la Chambre des comptes de mondict seigneur, de bien
paier et satisfaire a madicte dame tous les revenuz et emolumentz de leurs offices.
Et sur ce soit reservé a mondict seigneur puissance de establyr, constituer et deputer
ausdicts Breisse et Vuaud les gouverneur et audict Foucigny les baïllys et juge et
ausdicts Foucigni et Vuaud se facent les cryées ou nom et de la part de mondict
seigueur. Et tascheront pareiïllement conclure touchant Bresse, c’est que les cryées
se facent aussi au nom de mondict seigneur, sans neantmoins se arrester s'’ilz voyent
madicte dame n’y estre disposée.
Et quant audict pays de Vuaud, que pour obvier aux dangiers asses notoires a
madicte dame, dont encoires luy feront plus amples remonstrances s’il est de besoing,
tous actes de juridicion oultre lesdictes cryées se doigent fere au nom de mondict
seigneur, et que madicte dame ne se nomme point en son tiltre dame d’iccellui ;
toutesfois que les revenuz et emolumentz d’icelluy appartiennent a elle comme
dessus.
Plus, que aussi soit reservé a mondict seigneur sur lesdicts trois paÿs et chascun
d'iceulx la souveraineté et resort lesquelz, jaçoit ce que d’eulx mesmes selon droit et
anciennes coustumes contiennent pluseurs choses qui n'ont nul besoing d'autre
declaracion, neantmoins, pour eviter tous differendz qui de ce pourroient sourdre par
l'advenir entre mesdicts seigneur et dame par faulte d’icelle, la feront entendre telle
que s’ensuyt : qui est que soubz ladicte souveraineté soyent eutenduz tous hommaiges,
fidelités de nobles et seremens de villes et terres desdicts trois pays, tailles, subsides
et graces de tous delitz exigent peine de mort, avec recongnoissances et extentes,
commissions de prothocolles, excheutes des us{ur]Jiers et generalement toutes aultres
choses dependentz de ladicte souveraineté.
Plus, que pour la conservacion des entrées ordinaires et patrimoine de mondict
seigneur qui sera au prouffit de madicte dame, soyent tenuz les chastellains desdicts
trois pays, terres et seignoiries chascune année apporter ou envoyer et rendre en la
Chambre des comptes de mondict seigneur les doubles tabellionés comme il
appartient de leurs comptes qui auront esté cloz par les deputéz de madicte dame,
a quoy s’elle ne veult de l’arrivée consentir, feront les remonstrances au prouffit qui
en est a mondict seigneur et a elle sans lui prejudicier en riens, soub telles conditions
que s’il advenoit ent quelque temps mondict seigneur voulsit avoir lesdicts pays de
Vuaud et Foucigny ou l’ung d’eulx, qui le puisse faire quantesfois il vouldra, faisant
la recompense a madicte dame a la value d'iceulx.
Pareillement, s’il advenoit madicte dame par l'advenir soy remarier ou s’en aller
326 MARGUERITE D’AUTRICHE
hors des pays de mondict seigneur, en ce cas lesdicts trois pays, terres et seignoiries
reviennent a mondict seigneur sans aucune diminution, et telz les luy doÿe rendre
madicte dame sans plus en povoir joyr en avant la value des revenuz et emoluments
d’iceulx qui luy sera bien asseurée pour le paiement d’icelle chascune année en ceste
ville de Chambery ou a Bourg.
En apres que, moyennant les choses susdictes, madicte dame doÿe lascher et
remectre comme la raison veult a mondict seigneur toutes aultres places, terres et
seignoiries a elle données par feu monseigneur, et de ce luy en fere bonne quittance
ensemble de XL mille florins par elle demandéz.
Finablement, touchant les baghes et joyaulx qu’elle a riere elle, pour ce qu'ilz
sont de ceste Maison et que nullement se peulent (sic) aliener icelle ny transferer
aillieurs, ainsi que bien entend madicte dame, mondict seigneur l’espere estre si
raisonnable que de les rendre et entend toutellement avant toutes choses luy estre
restituéz.
Lesquelles choses dressées et portées comme dessus, s’il voyent madicte dame
s’en mecontenter en tant qu'elle pourra dire n'avoir pas lesdicts pays de Bresse en
la sorte qu’elle pretend les tenoit feu mondict seigneur le duc Philippes, luy feront
les remonstrances necessaires, mesmement que le tiltre qu’il en avoit estoit tout
aultre, car c’estoit pour partaige a lui donné pour luy et ses hoirs, a cause de quoy
nullement a peu feu Monseigneur le duc Philibert dernier failly en l'eritaige le
ypothequer, laisser ny remectre de telle sorte ou aultre que mondict seigneur son
frere successeur audict heritaige ; et avec ce, il est plus convenable ceulx de la
Maison pour semblable cas et droit de partaige tel que dessus joyr de quelque
preheminences plus amples que les autres.
Et si madicte dame ne se veult contenter du party que dessus, vueillant inferer
et dire les revenuz desdicts pays ne valoir la somme desdicts XII mille escuz, ou par
quelque aultre raison, sera content mondict seigneur lui fere delivrer et paier
chascune année en ceste ville de Chambery ou a Bourg lesdicts XII mille escuz, et
de ce luy en fera baillier bonne et asseurée caution à Lyon s’il est de besoing ().
Ou autrement, fera mondict scigneur a madicte dame, si a ce que dessus ne se
veult accorder, c’est assavoir que s’il plait a icelle choisir et eslire une ou deux des
places plus belles et aggreables a elle soit en Genevois, Chablais et Bresse comme
Annessy, Thonon et le Pont d’Ains pour sa demeure, les luy laissera mondict
seigneur pour en jouyr cependant qu'elle y demeure ct encoires luy fere paier
chascune année ladicte somme desditz douze mil escuz bien asseuréz et de la sorte
que dessus.
Et pour ce que mondict seigneur desire le tout des afferes d’entre luy et ma dicte
dame estre dressé a toutale conclusion et de sorte que nul differend ny question peult
.sonrdre entre eulx par l’advenir, sera content, pour les XL mil francs qu'elle
pourroit demander et paiement de toutes aultres choses, luy laissier les conté de
Villars et Gordans pour en jouyr, ensemble des revenuz et emolumentz d'iceulx,
c’est assavoir en tant moins et deduction de ladicte somme jusques a plain paiement
d'icelle, soub mesme reservacion de souveraineté que dessus. Et s'il advient madicte
(1) Voir Bouzow, La Banque à Lyon aux XVIe, XVII et XVIII siècles dans Revue d'histoire
de Lyon, 1!02, page 433 et 1903, pages 46 et 63. Les Archives du Nord renferment quelques
inédits sur les banquiers de Lvon, Leonard Bertholin (1505, 23 novembre, L. M., n° 24022),
Ambroise et Lazare de Grimaldi (1506, 28 janvier, B. 437, n° 24394), Frescobaldi (1507,
24 juillet, B. 2204, n° 74894), Barthélemy Panciati, représentant et associé de Jérôme
Frescobaldi, florentin installé dans les Pays-Bas (1507, novembre, L. M., n°° 24887, 24888).
PIÈCES JUSTIFICATIVES 327
dame soy remarier ou s’en aller hors les paÿs de mondict seigneur avant qu'elle ait
jouy desdicts conté de Villars et Gordans jusques audict plain paiement, mondict
seigneur luy fera paier ce que pourra rester desdicts XL mil frans, comprins ce
qu'elle aura receu des revenuz ct emolumeniz desdicts conté de Villars et (ordans,
lesquels en ce cas reviendront a mondict seigneur.
Telz sont les partys lesquelz, jaçoit ce que mondict seigneur par rigueur de droit
n'y soil tenu aucunement, ainsi que desja bien luy a fait entendre, neantmoings
ensuyvant tousjours la bonne voulenté qu'il a envers elle coimime dessus, lui presen-
teront de sa part pour toutale resolution.
Et sur le tout faictes les remonstrances necessaires, advertiront mondict seigneur
de la responce qui leur en sera faicte.
Et plus et moins, selon qu'ilz verront expedient.
Fait a Chambery, le XII° jour de janvier mil cincq cens et cincq. Ainsi signé:
CHaRLes, et par le secretaire VULLIET.
PREUVE Xl
1505, 19 janvier, Chambéry. — Instructions du duc de Savoie au
sire de Menthon envoyé à Pont-d’Ain auprès de Marguerite d'Autriche
au sujet du règlement de son douaire.
{Copie. Arch. Nord, B 18825, n° 23036, folio 3 verso].
Instructions a nostre tres chier bien amé feal conseiller et chambellan le seigneur
de Menthon de ce qu’il aura a dire a Madame ma seur de nostre part au Pont d’Ains.
Premierement, que avoir entendu mondict seigneur les reffuz faiz par madicte
dame de non vouloir accepter les partiz de sa part a elle presentés par ses ambas-
sadeurs estans encoires la, s’esmerveille terriblement madicte dame ne se vouloir
contenter de toute raison et du bon vouloir que mondict seigneur monstre par effect
il a envers elle, qui est tel que, consideré la qualité desdicts partis, clerement s’apert
icelluy mondict seigneur oste toute rigueur de droit dont raisonnablement se pourroit
deffendre en cecy, comme desja bien luy a fait entendre faire envers madicte dame
beaucopt plus que raisonnablement n'est tenu, et ce pour l'honneur au lieu du filz
la mere, et entretenir amytié qui est entr’eulx.
Treuve doncques bien estrange mondict seigneur la contrarieté non seulement
qu'il a cogneu du billet par elle envoyé a ce que fut arrester avecques messeigneurs
les ambassadeurs de monseigneur l'archiduc, mais encoires a ce que par le
gouverneur de Breisse dernierement luy fut dit en tant que point de mençion n’y est
faicte des joyaulx ny de la remission des pays si elle se venoit remarier, criés et
autres choses par elle accordées audict gouverneur faire, selon qu'est contenu en la
charge des dicts ambassadeurs.
Lesquelles choses considerées, semble a mon dict seigneur les partys que dessus
n'avoir bien esté entenduz par madicte dame. À ceste cause, perseverant icelluy
tousjours en son bon vouloir et ce mesme propos, a chargé ledict seigneur de
Menthon de rechief les luy ouffrir et presenter, ce qu’il fera ensemble les remons-
trances tant sur ce qu’elle demande tenir les pays de Bresse en la sorte que feu
monseigneur le duc Philippes les tenoit que generalement sur ung chascun des
328 MARGUERITE D’AUTRICHE
aultres poinctz telles que bien saura faire, et de sorte que quant madicte dame ne
plaira l’accepter, trouvera neantmoins tousjours les biens de mondict seigneur a son
commandement et icelluy en ce mesmes vouloir de luy faire plesir et service que de
tous temps a esté.
Et plus ou moins sellon qu’il verra estre expedient comme dessus.
Fait a Chambery le XIX° de janvier l’an mil cincq cens et cincq. Ainsi signé :
CHARLES, et par le secretere TROLLIET.
PREUVE XII
1505, 5 mai, Strasbourg. — Conventions entre Marguerite d'Autriche
et Charles, duc de Savoie, réglementant le douaire de l’archiduchesse
en Savoie.
{Original, Arch. Nord, B 437, n° 17959. Copie du XVE s., ibid. B 438,
n° 17996. Vidimus du XVIIE s., aux Archives d'Etat à Vienne. Copie
authentique du XVF s., aux Archives d'Etat à Lausanne, luyelte 385, n° 15.
Autres copies à Turin, Arch. de Cour, Protocole Cour, 137, fol. 15 et Arch.
cam., nv. 182, n° 13 et 14 et à Paris, Bibliothèque de l'Arsenal, ms. 3712
{ancien 115 H. F./, fol. 7. Publié partiellement d'après un ms. de la
Bibliothèque de Bourg dans Baux. Recherches historiques sur l’église de Brou
{Bourg, 1844 ),p. 77. Analysé duns GuicHENoN, Histoire de Bresse et de Bugey,
1" partie, p. 98.
In nomine Sancte et individue Trinitatis, Patris et Filii et Spiritus Sancti, amen.
Cum esset questio et controversia inter illustrissimam dominam Margaritam de
Austria et Burgondia, ducissam Sabaudie, etc., relictam quondam illustrissimi bone
memorie domini Philiberti, Sabaudie etc. ducis, ex una parte, et illustrissimum
dominum Carolum, modernum Sabaudie ducem, parte ex altera, causa et occasione
patriarum et terrarum eidem illustrissime domine Margarete tam pro ejus dotario
quam alias tradditarum et donatarum ad ejus vitam per dictum quondamillustrissimum
ejus maritum, et jocalium eidem donatorum et penes eam existencium, que omnia
dicebat ipsa illustrissima domina ad se spectare et pertinere tam ex vi pactionum
factarum et conventionum inhitarum in contractu sui matrimonii quam in alis
contractibus et ratifficationibus subsequentis juxta lamen ipsorum contractuum
formam el lenorem, quos contractus ipsa illustrissima domina petebat sibi observari
per dictum illustrissimum ducem modernum, ad quorum tamen observanciam
asscrebat ipsce illustrissimus dux se minime teneri certis de causis sui parte multipliciter
et copiose allegatis, que gralia brevitatis obmittuntur, et quas causas ipsa illustrissima
domina frivolas asserebat ; cumque ipse illustrissimus dux, pro hujusmodi differenciis
sedandis et amicabiliter componendis, destinaverit ejus oratores seu legatos seu et
procuratores videlicct magnifficum dominum Amedeum, baronem Viriaci, militem et
cambellanum ipsius illustrissimi ducis, reverendum Amblardum Goyeti, juris utriusque
doctorem, abbatem Filiaci et vicarium generalem episcopatus Gebennarum,
spectabilemque Hugonem de Balma, dominum Tireti, magistrum hospitii et nobilem
ac egregium Johannem de Furno, secretarium ac magistrum requestarum ipsius
ilustrissimi ducis, quibus et ipsorum cuilibet in solidum ipse illustrissimus dux
PIÈCES JUSTIFICATIVES 329
contulit et dedit amplam et omnimodam potestatem tractandi, concordandi et
componendi de et super premissis omnibus differenciis cum dicta illustrissima domina
prout de hujusmodi potestate fidem fecerunt licteris patentibus per dictum
illustrissimum ducem et prefatum de Furno, ejus secretarium, signatis ac debite ejus
sigillo camere sigillatis, quarunquidem litterarum procurationis et mandati ac
potestatis predicte tenor sequitur et est talis :
Karolus, dux Sabaudie, Chablasii et Auguste, Sacri Romani Imperii princeps
vicariusque perpetuus, marchio in Ytalia, princeps Pedemoncium, comes Gebennesii,
Rotundimontis et de Villariis, baro Vuaudi, Gay et Bellifortis Nicieque Vercellarum
ac Breissie etc. dominus, universis harum serie facimus manifestum quod, cum
impresenciarum destinemus ad serenissimum et invictissimum principem dominum
nostrum metuendissimum dominum Maximilianum, Dei gratia Romanorum regem
semper augustum, videlicet magnifficum nobis sincere dilectos fidelesque consiliarios
et cambellanum nostros dominos Amedeum, baronem et dominum Viriaci, reverepdum
Amblardum Goyeti, utriusque juris doctorem, abbatem Filiaci et officialem
Gebennarum, Hugonem de Balma, dominum de Tireto, magistrum hospitii et
Johannem de Furno, magistrum requestarum et secretarium subsignatum, ad eidem
nomine nostro homagium et fidelitatem prestandum prout Sacro Romano Imperio
tenemur. Et quia illustrissima domina et soror nostra honorandissima domina
Margareta de Austria et Burgondia, ducissa douageria Sabaudie ad eundem dominum
nostrum Romanorum regem, ejus genitorem, presencialiter accedit, hinc est quod
prenominatos oratores et ambassiatores nostros et ipsorum quemlibet insolidum
facimus, creamus, constituimus et deputamus procuratores nostros specialiter et
expresse ad tractandum, transigendum, concordandum et appunctuandum cum
prelibata illustrissima domina Margareta, sorore nostra et deputandis ab eadem et
potestatem habentibus de et super doario seu doagio et patriis in assectum et
assignationem pro dicto doagio constituto et dato per inclite memorie illustrissimum
dominum Philibertum, Sabaudie etc. ducem, fratrem nostrum honorandissimum et
omnibus aliis de quibus ad invicem sumus acturi, et unus ab alio petere vel querelare
posset quavis ratione vel causa, cum plena et libera potestate et aliis clausulis in
talibus solitis, promictentes bona fide nostra, in verbo principis et cum juramento ad
sancta Dei evangelia corporaliter prestito in manibus dicti secretarii nostri et sub
obligatione omnium bonorum nostrorum presencium et futurorum quoruncunque
omnia et singula per dictos procuratores nostros et alterum eorumden fienda, gerenda
et exercenda in premissis et circa ea habere rata, grata, vallida et firma, et nunquam
contravenire, facere nec dicere nec contra ire, facere, dicere vel venire volent in
aliquo consentire clam, palam, tacite vel expresse per nos vel alium. In quorum
fidem has nostras duximus concedendas datas Chamberiaci, die prima mensis aprilis
anno Domini millesimo quingentesimo quinto. Sic signatum : CHARLES, et per
sccretarium DE FURNo ; Per dominum presentibus dominis Anthonio de Belletruchiis,
domino Gerbasii, milite, gubernatore Nicie, Janus de Duyno, domino Vallis Ysere,
Ludovico de Dereya, preside Gebennesii et Georgio de Gimilliaco, magistro hospitii.
Tandem, hinc fuit et est quod, constituti personaliter coram nobis Johanne
Marmier, notario, et Cesaree Majestatis secretario, et Johanne de Furno prefato,
ilustrissimi ducis consiliario, magistro requestarum et secretario subsignatis, ac in
presencia testium subscriptorum, ipsa illustrissima domina, suo nomine proprio, in
conspectu et presencia serenissimi et invictissimi principis domini domini Maximiliani,
divina favente clemencia Romanorum regis semper augusti, ejusdem illustrissime
domine genitoris, ipsique oratores et procuratores prenominati, nomine procuratorio
ipsius ilustrissimi ducis pro quo etiam se fortes fecerunt et faciunt ac de rato habendo
330 MARGUERITE D'AUTRICHE
et ratifficari faciendo omnia et singula in present instrumento contenta infra duos
menses proximos promiserunt et promictunt in vallida forma, sub obligationibus
infrascriptis, volentes dictas differencias pocius via amicabili quam juris rigore sedari
et terminari, attentis potissime affinitate et consanguinilate quibus ipsa illustrissima
domina et dictus illustrissimus dux invicem junguntur devencrunt et deveniunt ad
conventiones, transactioncm et pacta que sequatur.
Et primo, quod inter ipsas partes sit et de cetero perpetuo vigeat bonus amor,
bona pax cet sincera dilectio prout decct inter affines et conjunctos, cessent que
omnes rancores, rixe litesque et controversie nec possit ipse illustrissimus dux ejus
subdictos existentes in servitiis ipsius illustrissime domine ratione consilii seu servitii
eidem in hujusmodi controversiis adhibiti quovismodo molestare, intitulare seu
processibus involvere, ymo si que pene possent dici incurse ratione talis consilii seu
servilii sive forsan licencia ipsius illustrissimi ducis prestiti, ile sint et remaneant
casse, irrite et abolite ac nullius momenti.
Item, quod ipsa illustrissima domina pro summa sui dotari videlicet pro summa
duodecim millium scutorum auri regis annualium habeat et ex nunc relineat patrias
Breissie, Vuaudi et Foucigniaci juxta formam sui contractus dotarii seu dotalicit et
eo nomine et confirmationum inde sequutarum et quia pretendit ipsas tres patrias non
sufficere ad dictam summam, retineat pro integra summa unacum dictis patriis et
usque quo sit facta extimatio de qua infra, videlicet comitatum de Villariis locumque
et terram de Gordanis cum ipsarum patriarum et terrarum omnimoda jurisditione
meroque et mixto imperio pro prima et secunda cognictione, secundum consuetu-
dinem dictarum patriarum, singula singulis refferendo, ita tamen quod si in altera
earundem non consuevit esse judex appellationum, de novo non constituatur ejus
vita durante, salvis duntaxat superioritate et ressorto ipsarum patriarum et terrarum
eidem illustrissimo duci et suis in dicto ducatu successoribus et cum emolumentis,
juribus, modifficacionibus et declarationibus, de quibus infra in sequentibus articulis
seriatim fiet mencio.
Item, quod si ipse illustrissimus dux pretendat ipsas patrias Breissie, Vuaudi et
Foucigniaci cum dicto comittatu de Villariis et terra de Gordanis excedere summam
dictorum duodecim mille scutorum auri regis annualium et intendat deveniri ad
taxam seu extimacionem secundum formam dicti contractus matrimoni, actum fuit
et conventum quod talis taxa et extimatio ficri debeat infra sex menses proximos per
magistros Camere computorum Sabaudie et deputandos parte ipsius illustrissime
domine, quos tenebitur ipsa transmictere ad dictum locum Chamberiaci per unum
mensem ante lapsum dicti termini, et qui magistri Camere cum ipsis per ipsam
ilustrissimam dominam sic deputandis visitabunt computos antiquos et stillum solitum
ipsius Camere quod in talibus asseplis et extimacionibus servari consuevit; ct si ex
ipsa taxa sic fienda et ex diversis computis anthea factis comperiretur ipsas patrias
Breissie, Vuaudi et Foucigniaci sine dicto comittatu de Villariis et terra de Gordanis
sufficere aut excedere summam dietorum duodecim mille scutorum auri annualium,
relaxabit ipsa 1llustrissima doimina dictum comittatum de Villariüs et terram de
Gordanis et quicquid supererit de ipsa summa. Si vero ad minus ascenderent, retinebit
ipsa illustrissima domina dictum comittatum de Villaris et terram de Gordanis pro
supplemento. Et si quid ulterius deerit, supplebit ipse illustrissimus dux in terris et
dominis ipsi patrie Breissie propinquioribus ejusdem qualitatis juxta formam
contractus matrimonii.
Item, quia in ipso contractu matrimoni et in secundo articulo do quo supra facta
est reservatio superioritatis et ressorti eidem illustrissimo duci et suis successoribus,
ideo ne contingat in futurum de ipsis superioritate et ressorto dubitari, dictum fuit et
PIÈCES JUSTIFICATIVES 331
declaratum inter ipsas partes quod, appellatione ressorti, haboat ipse illustrissimus
dux appellationes et recursus qui et que interponentur post primam et secundam
cognictionem a judicibus ordinariis et primarum appellationum dictarum patriarum et
terrarum et non aliud.
Item, quod ratione superiorilatis, habeat et habere debeat ipse tllustrissimus dux
homagia et fidelitates nobilium dictarum patriarum cum juramentis solitis et
investiture dictorum nobilium fiant per illustrissimum ducem, ita tamen quod ipsi
nobiles, ratione dicti homagii, non eximantur a juriditione judicum ordinariorum
ipsius patrie pro prima et secunda cognitione, verum ipsa illustrissima domina per se
et suos officiarios ratione dicti sui dotarii habeat et exerceat juriditionem in eosdem
nobiles et ipsorum subdictos juxta solitum et actento quod ipsa homagia fiunt
immediate per ipsos nobiles, non tenebitur ipsa illustrissima domina pro hiis recipere
aliquam investituram nec portare aliquid onus ratione talium feudorum.
Item, fuit dictum quod ratione ipsius superioritatis habeat ipse illustrissimus dux
in ipsis patriis impositionem subsidiorum et collectarum, nec possint talia imponi per
ipsam illustrissimam dominam, sed in hiis servetur forma que servari consuevit in
terris et dominiis aliorum nobilium inferiorum tenencium sub superioritate ducali,
ita tamen quod ipsa illustrissima domina nichil exigat de dimidia.
Item, quod ratione ejusdem superioritatis, habeat ipse illustrissimus dux
remissiones et concessiones graciarum et criminum penam sanguinis exigencium, nec
possint talia per ipsam illustrissimam dominam fieri seu exerceri, verum si non per
gratiam, sed justicia mediante contingat contra taliter delinquentes procedi, fiant
processus et condempnaciones per officiarios ipsius illustrissime domine, salvo semper
ressorto ut supra.
Item, quod ratione ejusdem superioritatis habeat ipse illustrissimus dux protocolla
et comissiones corundem ac bona usurariorum seu feneratorum que de consue-
tudine patrie Sabaudie consueverunt spectare ad principem tanquam regalia, ea
_ tamen lege quod de emolumentis talium protocollorum et bonorum solvantur nobili
et egregio magistro Ludovico Barangier, secretario ejusdem illustrissime domine,
mille scuta auri solis eidem donata et solvere promissa per dictum quondam
illustrissimum dominum Philibertum, ducem Sabaudie, pro servitiis eidem illustrissimo
duci impensis tam circa contractum matrimonii quam erga serenissimum Romanorum
regem, constantibus licteris patentibus ipsius quondam illustrissimi ducis debite per
eum et Alardet, ejus secretarium, signatis et sigillatis, de quibus ipse magister
Ludovicus edocebit, et pertineant talia emolumenta ad dictum magistrum Ludovicum
usque ad integram satisfactionem dicte summe mille scutorum auri solis duntaxat et
non ultra. Et si infra tres annos proximos non perciperentur ex ipsis protocollis et
bonis usurariorum tot emolumenta que sufficerent ad integram summam dictorum
mille scutorum, teneatur ipse illustrissimus dux supplere residuum.
Item, quod commissiones et recognictiones extentarum fiant nomine illustrissimi
ducis et successorum suorum per commissarios tamen nominandos et deputandos per
ipsam illustrissimam dominam, et qui commissarii tenebuntur reddere computum
emolumentorum obvencionum pro tempore dicti sui dotarii in manibus deputandorum
per ipsam 1illustrissimam dominam, libros vero ipsarum recognictionum reddere
tenebuntur dicti commissarii in Camera computorum Sabaudie, dando tamen
quinternetum reddituum et servitiorum ipsi illustrissime domine seu deputandis ab ea
pro recuperatione fienda.
Item, quia in titulo que sunt regalia, multa enumerantur que dicuntur esse de
superioritate et soli principi reservata et que pro majori parte non sunt in usu, idcirco
ad tollendum omnem scrupulum, dictum fuit actumque et conventum quod ultra
332 MARGUERITE D'AUTRICHE
predeclarata habeat duntaxat ipse illustrissimus dux bona commictencium crimen
lese majestatis et omne id quod ratione ipsius criminis continctur, fabricationem
monetarum auri, fodinas argenti, fodinas et alia mineralia, thesauros inventos,
concessionemque novorum vecligalium et concessionem novi aqueductus ex flumine
publico ac concessionem nove jurisdictionis, duntamen talia concedantur citra
prejuditium ipsius illustrissime domine ratione dicti sui dotarii et quod ejus redditus
et emolumenta per tales novas concessiones non diminuantur et quod ipse illustrissimus
dux ratione ipsius superioritatis non possit pretendere nisi casus superius expressos.
Item, fuit actum et conventum quod alia omnia emolumenta et jura dictarum
patriarum et lerrarum qualiacunque sint et cujusvis maneriei sic] spectent et
pertineant ad ipsam illustrissimam dominam ejus vita durante ratione dicti sui dotarii
habeat que ipsa illustrissima domina in ipsis patriis et terris quascunque penas,
mulctas ac compositiones peccuniarias necnon manus mortuas quando evenerint,
bona hereticorum ac alia bona vacancia ita tamen quod servitia talium bonorum et
conditioncs talliabiles non diminuantur nec alterentur, habeatque etiam ipsa
illustrissima domina corvatas seu plaustrorum prestaciones et alia servitia debitas et
debita per homines dictarum patriarum necnon portus, aqueductus, molendina,
piscarias, pedagia ac vecligalia antiquos et antiqua ac generaliter omnia alia
emolumenta et jura extra casus eidem illustrissimo principi superius speciffice
reservatos.
Item, fuit actum et conventum quod ipsa illustrissima domina pro exercitio sue
juridictionis sibi concesse, videlicet pro prima et secunda cognictione, possit in ipsis
patriis, terris et dominiis constituere officiarios et eis actribuere omnem potestatem
quam ipsa illustrissima domina habet, ita tamen quod constituat duntaxat officiarios
ordiparios et in ipsis patriis constitui solitos, puta castellanos, judices ordinarios et
appellationum ac baillivos, et in locum judicum appellationum poterit ipsa
ilustrissima domina habere presidem et Consilium qui de primis appellationibus
dictarum patriarum cognoscant, ita tamen quod secunde appellationes et que
interponentur a dicto Consilio devolvantur ad ipsum illusirissimum dominum et
sentencie ac pronunciationes talis Consilii per ipsam illustrissimam dominam
constituendi non habeant excquutionem paratam nec fungatur tale Consilium offitio
prefati pretori. Gubernatores vero non poterit ipsa illustrissima domina de cetero
constituere in dictis patriis, eo salvo quod modernus gubernator patrie Breissie
videlicet spectabilis Laurencius de Gorrevodo, dominus de Montaney, quamdiu
placuerit 1ipsi illustrissime domine retineat nomen gubernatoris et officium gubernii
exerceat nomine ipsius illustrissime domine et tanquam ab ea constitutus, ita tamen
quod si contingeret eum a dicto gubernio removeri, nullus alius gubernator deputari
possit, sed duntaxat nomen baillivi obtineat, nec possit tamen ipse illustrissimus dux
in eisdem patris et terris alios officiarios constituere, constituetque eadem
illustrissima domina tales de quibus idem illustrissimus dux merito debebit contentari.
Item, quod in dictis patriis et terris que ut supra remanebunt penes ipsam
ilustrissimam dominam, non possit ipse illustrissimus dux facere aliqua proclamata
nec aliquos actus justicie nisi duntaxat in concernentibus superioritatem et ressortum
modo quo supra, reliqui autem omnes actus juriditiabiles expediantur nomine et per
officiarios ipsius illustrissime domine.
Item, quod ipsa illustrissima domina, pro recipiendis computis castellanorum et
aliorum officiariorum per eam ut supra constituendorum et pro preservandis
emolumentis et juribus fiscalibus eidem illustrissime domine in dictis patriis et terris
ad causam ipsius dotarii spectantibus, possit erigere et constituere unam Cameram
computorum et presidem ac magistros claviarumque et receptores ipsius Camere
PIÈCES JUSTIFICATIVES 333
deputare qui habeant potestatem dicta computa recipiendi et providendi ac alia
faciendi que offitio talium magistrorum Camere et aliorum predictorum incumbunt
et que per tales magistros Camere et alios predictos exerceri consueverunt, teneatur
tamen ipse illustrissimus dux per magistros Camere computorum suorum Sabaudie
expediri facere dictis deputandis per ipsam illustrissimam dominam ad omnem
eorum requisitionem duplum in forma transumpti vallidi quoruncunque jurium
concernencium dictas patrias et terras penes ipsam illustrissimam dominam
remanentes, et si ipse illustrissimus dux habere voluerit pro indempnitate sua ac pro
preservandis juribus suis duplum computorum fiendorum per officiarios et castellanos
ipsarum patriarum, tenebuntur ipsi de Camera Breissie sic deputandi pariter expedire
ipsi illustrissimo domino seu ab eo deputando duplum auctenticum dictorum
computorum sicut premictitur reddendorum ad omnem ipsorum requisitionem,
mediante mercede condigna quorum intererit satisfacienda.
Item, fuit actum et conventum quod, si aliquando ipse illustrissimus dux seu ejus
successores vellent habere patriam Vuaudi pro indempnitate sua vel alias, quod,
eo casu, dando eidem illustrissime domine recompensam equivalentem, in aliis terris,
castris et dominiis proximioribus patrie Breissie et sub similibus conditionibus et
qualitatibus, teneatur tunc ipsa illustrissima domina dictam patriam Vuaudi eidem
illustrissimo duci et suis in dicto ducatu successoribus libere relaxare, dimittere
et reslituere.
Item, et quia ipsa illustrissima domina intendit construi facere ecclesiam et facere
fundationem religiosorum in loco prioratus de Brouz, in quo jacet corpus dicti
quondam illustrissimi bone memorie Philiberti, ducis Sabaudie, ejus mariti et corpus
illustrissime domine Margarete de Borbonio, ejus matris, que fundatio et constructio
tendet etiam in exonerationem consciencie ipsius illustrissimi ducis, stante dispositione
testamentaria ipsius illustrissime domine Margarete de Borbonio, eapropter actum
fuit et conventum quod dicta illustrissima domina pro dicta fundatione fienda et ad
eum finem duntaxat possit acquirere et reachetare de bonis pignoratis seu alienatis
que censchantur de patrimonio Breissie, puta leydam loci Burgi et alia similiter
pignorata seu alienata ac bona emphiteotica talliabilia et alia similia se movencia de
directo dominio ducali ad causam ipsius patrie Breissie et hoc usque ad summam
duodecim centum florenorum annui redditus teneaturque ipse illustrissimus dux
talia bona sic reachetanda et acquirenda amortizare et a prestacione cujuscunque
oneris seu servitii liberare et liberari facere per Cameram computorum Sabaudie.
Item, fuit actum et conventum quod ipsa illustrissima domina teneatur
manutenere castra et domos dictarum patriarum coperta sumptibus suis et, finito
dotario vel ubi casus restitucionis evenerit, ea restiture in eo statu et gradu quo sibi
traddita fuerint, casibus fortuitis exceptis.
Item, fuit dictum et conventum quod, casu quo ipsa illustrissima domina
convolaret ad alia vota, quod eo tunc, ipsa illustrissima domina teneatur et debeat
relaxare eidem illustrissimo duci dictas patrias et terras eidem ut supra pro dicto
dotario tradditas, excepto tamen loco Burgi in Breissia qui in omnem eventum
remaneat penes ipsam illustrissimam dominam et deputandos ab ea ejus vita durante,
et teneatur ipse illustrissimus dux in eum casum per se seu deputandos ab eo solvere
et realiter numerari et exbursari facere singulis annis in dicto loco Burgi in Breissia
in festo Nativitatis donum eidem illustrissime domine seu deputandis ab ea dictam
summam duodecim millium scutorum auri regis annualium, inclusis tamen
redditibus ipsius loci Burgi, ea tamen conditione adjecta quod, illico cessante
solutione, termino et loco predictis, sit ipsa illustrissima domina in pristino statu
et possit propria auctoritate rehabere patrias et dominia predicta tam per se quam
334 MARGUERITE D'AUTRICHE
ejus deputatos et quas patrias in eum casum et ex nunc prout ex tunc et econtra
constituit ipse illustrissimus dux per se et successores suos tenere et possidere
nomine ejusdem illustrissime domine.
Item, fuit actum, dictum et conventum quod, premissis omnibus mediantibus,
teneatur ipsa illustrissima domina quictare prout ex nunc quictat summam
quadraginta millium florenorum per eam petitorum et seu omne id quod sibi
debebatur ad causam pecuniarum sibi debitarum pro intertenemento sui status et
prout ex nunc liberaliter et graciose dictam summam quictat, cum pacto expresso
de ulterius quicquid non petendo occasione premissa, ita tamen quod hujusmodi
quictatio non extendatur ad summam quadraginta millium francorum eidem
debitorum pro restitucione partis dotium suarum solutarum, nec pariter extendatur
ad id quod sibi debetur pro resta subsidii eidem illustrissime domine per patriam
ducalem donati et per nobilem Johannem Noyelle, ducalem tunc thesaurarium
generalem, exacti pro quibus omnibus remaneat jus ipsius illustrissime domine
salvum et non includantur in quictacione predicta.
Item, licet ipsa illustrissima domina pretendat ad se spectare ejus vita durante
nedum dictas patrias et terras ut supra pro ipso dotario assignatas, sed omnes alias
terras sibi donatas extra contractum matrimonii, tamen, volens ut pocius liberalitate
quam rigore et pro bono pacis ac mediantibus predictis, ex nunc relaxavit et relaxat
eidem illustrissimo domino duci comittatum Sommerippe castraque et loca Verruce,
Asperimontis et Thononi, cum omnibus ipsorum castrorum et locorum pertinenciis,
retentis tamen in se fructibus et emolumentis anni presentis qui percipientur et
levabuntur per officiarios modernos dictorum locorum per ipsam illustrissimam
dominam ad id deputatos et qui tenebuntur de ipsis emolumentis computum reddere
in manibus deputandorum per ipsam illustrissimam dominam.
Item, licet etiam ipsa illustrissima domina habeat precipua et ad se spectent
omnia mobilia et jocalia sibi donata per dictum quondam illustrissimum ducem ejus
maritum ex conventione facta in dicto contractu matrimoni et alias, tamen ipsa
considerata humilima requisitione sibi facta per nobiles subditos ipsius illustrissimi
ducis tam existentes in servitiis ipsius illustrissime domine quam eos qui eam
associarunt, humilimis et assiduis precibus supplicavit serenissimo regi ejus patri
predicto dignaretur eidem licenciam impartiri et consensum adhibere ut de ipsibus
jocalibus donare et disponere posset pro libito, cujus precibus assiduis et reiteratis
ipse serenissimus rex graciose annucns dictum consensum et licenciam petitum et
petitam eidem illustrissime domine ejus filie concessit, quoquidem consensu obtento,
eadem illustrissima domina ex ejus mera liberalitate consenciit et consentit et ita
presentis instrumenti tenore promisit et promittit quod, quocienscumque ipse
illustrissimus dux seu ejus successores solverint ipsi illustrissime domine dictam
summam quadraginta millium francorum sibi debitorum pro suis dotibus et solvi
fecerint per dictum nobilem Johannem Noyelli summam eidem restantem de subsidio
per eum exacto, eo casu et premissis sic adimpletis, ipsa illustrissima domina
retrodonabit et realiter prout ex nunc, eo casu donat et remictit eidem illustrissimo
duci jocalia sequencia, videlicet magnam crucem auream gemmis et margaritis
fulcitam, mundum aureum cum suis pertinenciis eidem annexis et carbonculum.
Cetera autem jocalia omnia et mobilia eidem donata et penes eam existencia
remaneant ipsi illustrissime domine nec teneatur ad illorum restitucionem, sed possit
de illis disponere pro libito sue voluntatis, salvis predictis superius specifficatis que
restituentur modo predicto.
Item, fuit actum et conventum quod omnes litiere justicie concesse per ipsam
illustrissimam dominam omnesque constituciones officiariorum per eam facte et
PIÈCES JUSTIFICATIVES 335
omunes actus juriditiabiles per eam et dictos offitiarios gesti et facti tam in civilibus
quam in criminalibus in concernentibus primam et secundam cognictionem et in hiis
que non concernunt superioritatem et ressortum, videlicet tam in patriis Breissie,
Vuaudi et Foucigniaci quam in omnibus aliis terris sibi donalis et per eam hactenus
possessis, videlicet a morte ipsius quondam illustrissimi ducis ejus mariti usque in
hodicrnum, sint et remaneant vallide et vallidi nec possint argui de nullitate deffectu
potestatis.
Quequidem omnia et singula superius narrata, transacta et concordata
prenominate partes, videlicet ipsa illustrissima domina ex una et prenominati
dominus Viriaci, abbas Filliaci, Hugo de Balma ct Johannes de Furno, oratores
Sabaudie, procuratorio nomine quo supra ex alia, promiserunt et promictunt per
eorum juramenta, tactus corporaliter sacrosanclis seripturis prestita, ac sub expressa
obligatione omnium et singulorum bonorum suorum ac dicti illustrissimi domini ducis
Sabaudie presencium et futurorum quoruncunque, habere rata, grata, vallida et
firma et non contrafacere, dicere, opponere vel venire, nec contra ire vel venire
volenti consentire tacite vel expresse, renunciantes insuper ipse partes nomine quo
supra, in quantum quamlibet tangit et concernit, sub vi suorum jam prestitorum
juramentorum, omnibus juribus canonicis, civilibus et municipalibus previlegiis,
statuts, libertatibus patriarum et locorum consuetudinibus etiam pactionibus
incontrarium forsan juratis aliisque omnibus excepcionibus quibus ad veniendum
contra premissa seu ipsorum aliqua in aliquo se juvare possent quomodolibet vel
thueri de quibus premissis pecierunt dicte partes ipsis et cuilibet earum fieri
publicum instrumentum. Actum et datum in civitato Argentine, in conventu fratrum
Sancti Johannis Jerosolimitani, in aula regia, presentibus illustribus dominis Henrico,
duce de Branzevilch et de Lunbourg, Erich, equidem duce de Branzevilch, Gullielmo,
duce Julliasensi, Sigismondo de Frauwemberg, comite et domino de Hag, necnon
reverendo domino Floech, preposito in Meyssen, ac magnifico et spectabilibus dominis
Guydone de Bauma, comite Montisrevelli, milite, Gaspare de Morimont, barone
Belliffortis, baïllivo Alsacie inferioris, Philippo Loeta, milite, Glaudio Carondelet,
baillivo d'Amont, Johanne Ludovico ex comitibus Plosaschi et Mercurino de
Gactinaria(!}), utriusque juris doctoribus aliisque pluribus testibus ad premissa vocatis
et rogatis, die quinta mensis maii anno domini millesimo quingentesimo quinto,
mditione octava. |
Et me J. Marmier prefato notario et Sesaree Majestatis secretario hic sub signato.
Signé : MARMIFR.
Et me Johanne de Furno prefati illustrissimi domini ducis Sabaudie secretario.
Signé : DE FURNO.
(1) Quelques-uns de ces noms doivent être ainsi rectifiés : Henri, duc de Brunswick-
Lunebourg; Eric, duc de Brunswick, appartenant à la branche de Wolfenbuttel; Guillaume,
duc de Juliers ; Sigismond de Fraunberg, s' de Haag ; Sigismond Phloug (ou Pflug), prévôt de
Meerssen (Limbourg) et non de Messines (comme on l’a souvent affirmé); Gui de La Baume ;
Jean-Louis de Piozasco ; Mercurin de Gattinara.
336 MARGUERITE D'AUTRICHE
PREUVE XIII
(1505, après 5 mai]. — Décisions du Conseil privé de Marguerite
d'Autriche au sujet de l’administration du douaire de Savoie.
{Minute. Arch. Nord, B 19171, n° 44187].
Touchant La constitucion des officicrs de Faucigny qui sont icy venuz, Madame
ordonne qu'ilz praignent lettres nouvelles et que les chastellains caucioneront en
bonne forme et feront le serement comme il s'appertient.
Touchant les compositions et obventions du Foucigny données par Monseigneur
de ceste presente année V° et V, Madame ordonne que de sa part et a son nom l'on
contraignet precisement ceulx qu'ont esté composéz, et si Monseigneur en escript a
madicte dame, elle y aura du regard ; aussi que l'on procede contre Jehan Gacouz.
En marge: Habent litteras.
Touchant (ms tout) ceulx de l’abbaye d’Aux qui ontusurpé certaine terre qu'estet
de la juridiction de Monseigneur ou Madame et autres de Samoen et en tout le païx,
Madame commect aux juge et procureur qu'ilz voisent sur les lieux desdictes terres
usurpécs et qu'ilz s’en informent et qu'ilz remectent les choses en l'estat qu'ilz les
trouveront avoir esté ça devant. En marge : Habent litteras ad partem.
Madame commect au juge de Foucigny qu'il s'en voise en toutes les places
qu'elle tient au pays de Foucigny et qu'il face actestation de l'estat ou il les trouvera
avec inventaires des biens meubles que y seront et fera injunction aux chastellains
. de les entretenir en l’estat ou ilz les treuveront. Et escripra a Monseigneur une lettre
qu’il depute homme expres pour y assister de sa part. En marge : Judici.
Touchant de pourveoir ung advocat pour les causes de Foucigny a Geneve,
Madame ordonne messire Conod estre deputé advocat aux gaiges que madicte dame
aviseret. Madame luy escripra une bonne lettre. D'une autre main: aux gaiges
de XXX florins de Savoie. En marge : Expecta.
Touchant d'ung advocat et procureur a Chambery pour poursuyr les droitz de
Madame, Madame ordonne messire Aymé Gringalet pour advocat et Boterii pour
procureur si le veulent fere, et ledict Boterii fasse residence a Chamberi.
Touchant la grefferie de Foucigni, Madame ordonne au juge qui luy commande
venir devers madicte dame pour veoir ses lettres et en reprendre nouvelles. En
marge : Judici.
Touchant les commissaires des extentes, Madame ordonne qu'on les mande venir
devers elle et ce pendant, par lettres patentes sera prohibé a tous commissaires de
non exercer leurs commissions jusques autre chose y soit pourveu. En marge:
Judici.
Touchant les seaux dont l’on doit sceller au Conseilz de madicte dame et es
pays de Bresse et Foucigny et Villars, Madame ordonne qu'ilz soient faitz quatre
seaulx armoyéz des armes de madicte dame et sera mys en escript a l'entour ainsi
que se advisera. En marge : Messire Loys [Barangier] en a la charge.
Touchant l'office du sceleur de Foucigny, Madame ordonne qu'ilz se criera et
expediera au plus offrisant. En marge : Judici.
Touchant les prisoniers de Monluel. En marge : Expectetur.
PIÈCES JUSTIFICATIVES 337
PREUVE XIV
1505, 28 décembre, Lintz. — Lettre de Maximilien, roi des
Romains, au duc Charles III au sujet de René, bâtard de Savoie.
{Orig. avec traces de cachet. Turin, Arch. Cour, Letlere principi foresteri, maz1o 1}.
Hault et puissant prince, tres chier et tres amé cousin. Combien que vous aions
escript et expressement mandé de non recevoir en voz pays de Savoye le bastard
de Bresse, touteffois entendons que, a la poursuite de nostre frere le roy de France
et de Madame d’Anguolesmes, vous luy avez accordé ung traictié qu’il pourra
retourner oudit pays toutes les fois que bon luy semblera, dont nous nous donnons
merveilles et ne sommes aucunement deliberéz de permettre qu'il retourne en
icelluy pays, mais y pourvoir a vostre deffault comme vostre souverain seigneur,
par façon que serons en ce obcys, dont vous advertissons voulentiers et vous
ordonnons et deffendons, sur autant que doubtéz desobeyr a nous et sur le serement
que avez a nostre sainct empire, que ne seuffrez que icellui bastard de Bresse vienne
oudit pays de Savoye sans nostre consentement. À tant, hault et puissant prince,
tres chier et tres amëé cousin, nostre seigneur soit garde de vous. Escript en nostre
ville de Lintz le XX VIII* jour de decembre l’an X V° cincq.
Signé : MAXIMILIEN
ad mandatum domini regis proprium.
Signé : SERNTEIN (avec paraphe).
(Au dos) A hault et puissant prince nostre tres chior et tres amé cousin le duc
de Savoye.
PREUVE XV
[Vers 1505]. — Lettre de Claude de Brosse,
duchesse douairière de Savoie, à son fils Charles III.
{Original signé. Turin, Biblioteca civica, Autografi, paquet 50, dossier Claude
de Bretagne/.
{Sur le dos/ À mon filz, mons' de Savoye.
Mon filz, je me recomande a vous tant de bon cueur que plus ne puis.
Mona filz, quant monseigneur de Bordeau m'apporta l'instruction de vostre part
où il y avoit que me priez que en envoyasse mon maistre d'ostel du Frussac, je le fis
et encoures dys audict seigneur de Bordeau que si les femmes que avoye de France
estoient a vostre regrect, que le me fissiez sçavoir et que incontinent je lez en
envoyeroye à Grenoble ou a Lyon jusques a ce que m'en allasse a Chasey ou ia me
deliberoye, sy ne me reparies la grant honte que me faisiez, de mander querir mez
parens pour m'en mener en quelque lieu que je puisse dire che moy, puisque estoye
si malheureuse que durant vostre temps en Savoye avoye perdu ma liberté que m'y
22
338 MARGUERITE D'AUTRICHE
laisoit avoir monseigneur le duc Philibert, dont Dieu ait l'ame, qu'’estoit que je me
servoye de qui me plaisoit.
Mon filz, ne me cuydés point tenir en la subgection qu'on fait lez exclavez de
Nyce qui n'ont liberté que ung jour de la sepmeyne par ce que leur maistre en ballie
de l'argent, ce que n'avez jamais fait despuys qu'’estes duc pour moy, dont vous tiens
bien pour excusé, veheu les afferez qu’avez heu mais non pas de la rudesse que
m'avez faicte d'en avoir envoyé toutez mes femmes ainsy soudaynement, ou vous
avez peu fcre panser a voz subgectz ou voysins que elles et moy avyons fait des
chosez si mal faictez que ne povyés avoir la pacienco de les en envoyer a vostre
honneur et au myen qu'estoit de la sorte que je vous avoye fait advertyr par vostre
mareschal, mons' de Myolans, auquel donnactes charge de m'en fere la responce et
m'escriptes que je le creusse de ce qu’il m'en escripvoit de vostre part. Ha, mon filz,
si je me suis humilliée vers vous autant que heusse peu fere a feu monseigneur
vostre pere ou au myen, que ne Nostre Seigneur perdointz, vous le debvyés
aultrement recognoistre et m’esbay que vostre conscience ne vous en a remort,
veheu ce que je vous en auvoye mandé par vostre dict mareschal qui vous dy que, si
avyez regrect contre ledict de Frussac, que le luy disissiés et que 1l le me fy savoir
secretement et que je l’en envoyeroye en mez terrez de par della et que nully ne
sçauroit pour quoy ce seroit, jusques a ce que heusse parler a vous.
Mon filz, vous n’eussiez guiere trouver de mere que ne heussent voulu savoir que
leurs serviteurs avoient fait avant que lez en envoyé de leur service, ce que aussy ne
heusse je pas fait sellon conscience ny honneur, s’il n’est que je pensoye que il en avoit
plus pres de vostre oureille que ne suys pour vous gaignier contre moy, comme ilz ont
fait en vous hotant l'amour que debvyez avoir sur toutes lez creatures du monde a
vostre mere, que m'avez bien monstré l'avoir desiré (ms esdirée) veheu que m'avez
laissée sy long temps en si grand regrect, sans me donné point de consolacion. Et pansés
vous le deul en quoy me mistes quant m'escriptes que vouldriez bien sçavoir pour
quoy j'estoye marrye. Il ne le failloit demandé que a vous que m’en avyés donné
l'occasion et non pas une foys mes deux, car appres que me fistes avoir ung piteux
Noel, heu une terrible Chandeleuse. Dez Pasques, je les auroye telles qu'il playra a
mon Createur, mais, mon filz, sy vous ne me remectés en ma liberté comme doibt
estre une bonne proude femme vefve et vieille que je suys, je vous advise et vous
promectz que je ne feray pas la Pantecoste en voz pays ny l’Accension avec, affin
que vous ne cuydez pas que je m'en vucille allé sans vous en advertyr, je vous dys
a Dieu de ceste heure, et sy feray je plus piteux (st) avant que soit troys moys sy
ne me monstrer aultre amytié que n'aviez faicte despuis la Toussainctz en ça, que ne
sera pas sans retour car j'aye esperance que quant serez marié, vous vous en viendrés
de ça les montz ou tous deux vous verray, qui est la chose en ce monde que plus
je desire. Et Dieu le scet, mon createur auquel je prie, mon filz, qui vous doint aussy
bonne vie et longue que la vous desire celle qui est
Vostre bonne mere,
(signé) GLAUDE.
PIÈCES JUSTIFICATIVES 339
PREUVE XVI
(1506, 11 mars]. — Les cantons de Berne et Fribourg au [duc de
Savoie] pour lui conseiller de faire restituer au bâtard de Savoie
le comté de Villars.
{Minute de la main de Barangier. Arch. Nord, B. 18830, n° 25640. Cf.
CiBRARIO, Specchio cronolog., 2° éd., p. 2371.
Tres illustre et excellent prince, seigneur singulierement gracieux, Ilz se
recomandent humblement a vous.
Nous croyons que vous ne ignorez pas ce que, ses années passées, entre vous et
monscigneur le Bastard de Savoye, par nous ambassadeurs et deputéz en la cité de
de Geneve, a esté traictié et conclut et finablement par monseigneur le legat et
madame d’Angoulesmes par l’advis et consentement de Vostre Seigneurie, approvées
et confermées a celle fin, que audict seigneur Bastard soient remis et restituéz ses
biens et apartenances dont il avoit esté spolié et privé et ce dedans le terme conceu
et advisé, pour l'observance desquelles choses, combien que Vostredicte Seignorie
en ait esté plusieurs fois par lettres et requestes dudict Bastard fort prié et requise,
touteffois nous entendons ricns n’en avoir esté faict dont ledict Bastard aye cause
d'estre content, et ce pour complaire a madame Marguerite, qui par adventure
ne vouldroit lascher les places de Villars et de Gordans qu'elle tient, que luy semble
tant plus grief. Et pour ce qu'il nous desplairoit ce que, par bonne paciffication et a
bonne intencion a esté fait et traicté par noz ambassadeurs estre mys a neant et n’en
sortir effect, a ceste cause nous prions Vostredicte Scignorie qu'elle veullie bien
penser a tout ce que dessus et pesiez dont ledict Bastard est issu et a quel paiue et
travail il c'est employé es afferes de la Maison et est encoires prest de fere, et a celle
fin et mesmes en faveur de nous et pour l’amour et bienveulliance que nous portez,
remettre ledict Bastard au premier estat de ses biens et le remectre et restituer en la
possession et joissance d’iceulx comme il a esté et avee ce, qu'il puisse seurement et
saulvement, sans destourbier ou empeschement, aller, passer et repasser en voz pays
et joyr de sesdicts biens, en recompensant madame Marguerite a son contentement
et qu'elle puisse retorner, et si au moyen de madicte dame Marguerite en vient
aucune difficulté, nous sumes contens que nous en soyons chargéz, car nous savons
bien et croyons que ladicte dame est toute affectionné a nous complaire et qu’elle ne
prendra que bien ce que nous demandons estre fait pour bien de paix, afin que si
nous vous povons fere prouffit en quelque chose, que nous n’y veullons faillir. Et il
ne se fait ainsi et que l'affaire soit dillayé nous ne faisons doubte que ledict Bastard
ne trouve d'aultres moyens au moyen desquelz il... /la fin manque/.
310 | MARGUERITE D'AUTRICHE
PREuvE XVII
1506, 25 mai, Turin. — Quittance délivrée par Charles II à
réception de la croix d’or provenant du Trésor de Savoie, apportée
de la part de Marguerite d'Autriche par Mercurin de Gattinara.
{Minute. Turin, Arch. de Cour, Protocole Vulliet, 137, fol. 33/.
Charles, duc de Savoye, etc. À tous ceulx qui ses presentes lettres veant /sic/
sçavoir faisons que nous confessons avoir heu et realement receu de nostre tres
honorée dame et seur dame Marguerite d’Aultriche et Bourgoigne, duchesse de
Savoye, par les mains de nostre tres chier, bien amé et feal conseiller messire
Mercurin de Gattinaire, une croys d'or, ensemble les joyaulx, pierreries en ycelles
joinctes et ataschées : Et premierement, deux centz et soysante une perles, ung
pellicam d'or au dessuz de ladicte croys en la poytrine duquel a ung petit rubiz, au
ayd dudict pellicam est ataché ung gros saphis et quatre grosses perles autour. Au
premier rond de ladicte croys a deux rubis en calliouz et au pied d’icelle aultre deux,
et au deux rondz de la croysée a six aultres rubis tous en calliouz; plus, en ladicte
croys a quarante quatre tryollez de perles, chascun tryollez a quatre perles, desquelles
en a sept ayans plus grosses perles que les aultres. Plus y a neufz balleys d'une
mesme grosseur. Item, dix huyt dyamans desquelx y a neufz poinctes, les aultres
tabletes et aultrement. Item, au crucifix a trois clos a troys poinctez de gros dyamans
d'une mesme grosseur et ung petit rubis au costé. Et poysent tout ensemble treze
marcz moins une onze. Desquelles croys, joyaulx et pierreries nous tenons quictes
nostredicte dame et seur et ledict messire Mercurin par ses presentes, signée de nostre
main et scellées de notre seel. Données a Thurin le XX V° de may l'an mil V° et six.
Extraict du propre original par moy notaire et secretaire.
Signe F. TROLLIET.
PREUVE XVIII
1506, 31 décembre, Fribourg — Petremand de Faucigny au
gouverneur du pays de Vaud au sujet de l'intervention du roi de
France auprès des Conseils de Fribourg et de Berne pour faire
réintégrer René, bâtard de Savoie, dans le comté de Villars.
{Cop. cont. Arch. Nord, B 18826, n° 24385/.
Monseigneur le gouverneur...
Aujourd'uy est comparu par devant messcigneurs en conseil monseigneur
Daureul (*)}, ambassadeur royal, lequel, au nom du roy et de madame d’Angolesme,
nous a exposé de la part de monseigneur le Bastard, monstrant grans lettres de
(!) Rigault d'Oreille (ou Rigaud d'Orelle), gentilhomme d'Auvergne, ancien chambellan de
Louis XI, employé en diverses ambassades par Louis XIT et François 1‘, mort après 1533.
PIÈCES JUSTIFICATIVES : 341
creance tant d’une part que d’aultre, fesant grand mencyon en leur substance. Et
entre aultres, 1l l’a dit comment le roy, ensuyvant son dernyer despeche qu'il eust
tant de Messeigneurs de Berne commo de ceste ville, ainssin comme a monseigneur
le duc en avoit esté rescript, icelluy scigneur l’avoit renvoyer comme constoit pour
encor une fois pricr et requerir messecigneurs des deux villes, comme allyéz de la
maison de Savoye, qui leur pleust pourvoir en fasson que a monseigneur le bastard
soyent remys ses biens, ainssin comme sa charge a plus grant parolles est estre par
luy declayrée.
Monseigneur le gouverneur, sa charge, comme j’ay veu sa instruction seellée et
seignée du roy, est toute aultre ct bien estrange a la charge de monseigneur de
Pynerol (!) qui explicqua dernierement a messcigneurs, car le roy est totallement de
propoz de non plus souffrir que monscigneur le Bastard soit ainssin despoiller de ses
biens, mais y veult remedier par sorte que l’on verra que la chose luy redonde a
cueur. Ledict seigneur Daureul a aussy, en declarant sa charge dernicrement,
ouvert /sic/ comme le roy luy a donner charge non dire que ceste fois pour toutes les
autres il desire avoir responce sy la matere pretendons apaiser, Nous les deux villes
Berne ou Fribourg, ou non, car ce se n’estoit, il avoit charge d’aller par devant
messeigneurs les Ligues tant generallement que particulierement, qui estoyent ses
alliéz et confederéz, pour eulx communiquer le tort que l’on fesoit a monseigneur le
Bastard de Savoye et y mectre ordre par leur advys, nous priant que ne le
volissions avoir à regret, mais avant que ce se fit, il avoit charge de actendre nostre
deliberacion tant d'envoyer a monseigneur le duc lettres ou ambassadeurs selon que
bon nous sembleroit.
Monseigneur le gouverneur, je ne faiz point grand parolles de vous dyre comment
lesdiz parolles, quant ainssin seroit qu'ilz devroient estre dites devant noz Ligues,
pourroyent proffiter a monseigneur le duc, car vous le sçavez bien assavorer /sic/ et
congnoiscés aussy bien quelle gens nous summes en nous Ligues. Je ne doubte point
que ne soyés aussy adverty comment aulcunnes gens ne seroyent plus joyeulx que,
par tiltres que fut, y puissent entrer en Savoye, que seroit bien tout plus au
dompmaige que a grant proffit de la maison de Savoye, pour quoy, monseigneur le
gouverneur, est bien de besoing que par bon advis on l’y advise…
Monseigneur le gouverneur, je vous en escrips au plus prouchain en haste a celle
fin que sy bon vous sembloit que monseigneur de Pynerol retornat icy, puisqu'il est
encor au pay, ou non, que se se fust. Et me sembleroit bien que tout au moings l’ung de
vous fut icy pour veoir et ouyr, avoir conseil les ungs avecques les aultres tout selon
l'exigence du cas, car Messeignours ne l’y ont encoyres point fait de responce
jeusques a son retour de Berne. J’ay tousjours ouy que l'on doit batre le fer tandiz
qu'il est chault ou recevoir les premyeres paches affin que les dernieres ne soyent
plus griesves aulx premieres.
… À Fribourg, le jour Sainct Silvestre anno [XV}f sexto.
Ainssin signée : PETREMAN DE FOUSSIGNI.
La superscription : À monseigneur le gouverneur de Vuaud, mon bien bon amys.
(1) Jean-Amé de Bonivard, abbé de Pignerol, ancien prieur de Saint-Victor de Genève, mort
vers le 9 déc. 1513 ; employé par le duc de Savoie dans les négociations avec les Ligues, en
1906 et avec le roi de France, en juillet 1512 (de Foras, Armorial de Savoie, t. 1, p. 248 ;
Rorr, H'st. représentation diplomatique de la Franre près les Cantons suisses (1900), p. 529).
342 MARGUERITE D'AUTRICHE
PREUVE XIX
[1506]. — Lettre de Marguerite d'Autriche au duc de Savoie
au sujet de René, bâtard de Savoie.
{Minute. Arch. Nord, B 18825, n° 24095. À rapprocher de la lettre de Marguerile
au duc de Savoie datée de Pont d'Ain, 20 nov. sans millésime, conservée à
Turin, Arch. Cour, Letlere principi, maz:o 2].
Monseigneur mon bon frere, j'ay par Philibert, mon panetier, receu voz lettres
par lesquelles, et ce qu'il m’a dit de vostre part, aussi par les despeche et charge que
vous a pleu donné au gouverneur de Bresse sur ce que par mondict panetier vous
avoye fait averty, ay congneu et congnois le desir que avez de me ayder a garder le
myen et de ce ensuivant de la bonne amour et affection que journelement congnois
avez de plus a moy en mes afferes, ne vous en sauroye de trop bon cueur remercyé,
vous prie y continuer et je vous promet, monseigneur mon bon frere que me
trouverez de mesmes.
Quant a l’emprinse de messire Regnier, je croy, selon que j’ay entendu des
despuis le retour de mondict panetier par l’esleu Thomassin (‘) qui est ycy venu devers
moy, qu'il ne vouldroit synon par quelque bon moyen retirer avec ce que luy avez
fait offrir Villars et Gourdans de moy. Je ne suis pas deliberé le relaché, ains le
garder a vostre bon ayde de tout mon povoir, et ne fait a dobter ledict messire
Reguier du cousté de France, car le roy m'a mandé par Haluin qu'il antend me
pourter, ayder et assister en tous mes afferes quels qu’ilz soient, m’a fait offrir argent
et gens et le mesmes m'a confermet le domprevost d'Utrecht (?) et trop plus que ledict
Haluin, et que touchant ledict messire Regnier, ce qu'il vous en avoit escript n'estoit
synon à la grande poursuyte et requeste de madame d’Angoulesme, vostre seur,
laquelle comme j'entendz a deu averty madame ma bonne mere que luy avoye fait
dire par ledict Aluin que, me baillant recompense desdicts Villars et Gourdans, je les
rendroye a icellui messire Regnier et que de ce il avoit charge, ce que je ne pensay
oncques, et afin d'en averti madicte dame, luy envoye ledict Haluin avec de mes
nouvelles.
Monseigneur mon bon frere, j'ay oltre entendu par ledict Thomassin aucuns de la
part do ceulx de Berne et Fribourg sont alléz devers vous, mesmement de Fribourg,
vous sommer rendre audict messire Regnier ce qu'il demande, aultrement sont
deliberéz le pourté a l'encontre de vous, ce que je ne puis croyre, attendu l’encienne
alience d’entre vous et eulx et qu'estes trop plus pour les ayder et fere plesir que
ledict messire Regnier, et avec ce, je croy qu'ilz y penseront, et auront regard aux
bonnes lettres que les roy mes pere et frere leur escripvent en vostre faveur et
myenue, lesquelles nagueres ilz ont eues, mesmement du roy mon frere que leur ay
expressement envoyéz.
(1) Thomassin était un personnage de Lyon, connu dans le monde des humanistes, grand
ami de Perréal et de Jean Lemaire.
(2) Philibert Naturel, abbé d'Ainay, ambassadeur des archiducs.
PIÈCES JUSTIFICATIVES 343
PREUVE XX
1507, 4 mai. — Protestation faite par Charles, duc de Savoie,
contre la suppression de la pension que lui servait le roi de France.
{Copie authentique délivrée le 16 janvier 1531 n.st. par l'official du déranal de
Savoie. Turin, Archives camérales, Invent. 182, n° 12/.
Au nom de nostre seigneur, amen. Comme ainsi soit que tres hault, tres puissant
et tres excellent prince et nostre tres redoubté seigneur monseigneur le duc de
Savoye Charles, deuxieme de ce nom, moderne, ayant en perpetuele assignation
dix mil ducas de rante annuele sur le revenu du duché de Millant, jadys assignéez
par le tres crestien roy de France Loys douxieme de ce nom, moderne, au feu de
bonne memoyre monseigneur le duc Philibert, dernier decedé, pour luy et les siens,
aie plusieurs fois envoyé par devers ledict seigneur et son Conseil pour leur
remonstrer et faire apparoir du tort que ledict seigneur tenoit de ly ac cause des
empesches et destourbiers qui luy estoient faitz en la perception et jouyssance de
ladicte rente, non obstant toutes quelle remonstrances, poursuytes et solicitacions
mondict seigneur n’ayt jamais tant sceu fere que d'obtenir la despeche, liberation et
fruition de sondict revenu annuel), ains ayent esté reboutéz ses gens ct solliciteurs grant
piece sans avoir esté souffisamment amys /sic/ a desclairer le droit do mondict
seigneur, mais pour occasion de ce et de ladicte poursuyte, ses autres afferes s’en soyent
plus mal pourtéz au grant prejudice d’icelluy, finablement appres plusieurs poursuytes
ait esté adverty mondict seigneur par les lengaiges, ditz et proferez par tres reverend
pere en Dieu monseigneur le cardinal d’Amboise, legat en France, principal aupres
la personne dudict seigneur et ayant charge de ses afferez, que ladicte rente estoit
cause que ledict seigneur avoit du regretz a mondict scigneur et que a l’occasion
d’icelle et cependant qu'il en soit question, il ne seroit de bonne voullenté envers
luy, et que aussi ledict seigneur n'’arroit pas desliberé d'en rien paier, toutes ces
choses entendant icelluy mondict seigneur, comme celluy qui ne povoit croire la
voulenté dudict seigneur estre telle pour les services qui luy a fait et vouldroit fere,
aio renvoyé par devers luy presentement pour luy parler de ce affere, duquel
toutesfois n’a esté possible obtenir provision nulle ny aultre expedicions, fors de
plusieurs estranges propos tenuz et continuëéz par ledict monseigneur le legat, en
disant que le roy avoit son armée preste et que se mondict seigneur ne prenoit party
en ce affcre et qu'il quictast ladicte rente de dix mil ducatz audict seigneur pour luy
oster toute souspecion et fantasie qu’il avoit contre luy, il s’en trouveroit mal; et
oultre ce, en ait heu plusieurs lettres et semblables advertissements mondict
seigneur tant de Cholex, son maistre d’hostel et ambessadeur ordinaire en Court
que autres ses amys, par lesquelz et pour les choses susdictes, entendant et considerant
l’'extremité de guerre, dangier et inconvenient qui est apparant pour les menasses
que journelement multiplient contre luy s'il ne remect ladicte rente au roy, ensamble
les grans maulx qui en pourroyent sourdre a ses estat, pays et subgectz, pour ce est
il que aujourd’huy quatriesme jour de may l'an de grace courant mil cinq cens et sept
prins à la Nativité de nostre Seigneur, l’indicion X°°, constitué personnellement entre
les mains de moy, notayre et secretayre soubz signé et des tesmoings soubz nomméz
le susdict mon tres redoubté seigneur monseigneur le duc de Savoye moderne Charles
deuxieme de ce nom lequel, de son propre mouvement et de sa certaine science, par
344 MARGUERTITE D’AUTRICHE
son serement faitz sus les sainctz evangilles entre les mains de moydict notaire, dit et
propose les choses dessus narréez estre veritablez en protestant sollempnellement
que pour quelconques acte, exploit ny contract qu'il face, soit de remission, cession,
quictance ou aultre quel qu'il soit en faveur ne au proffit dudict seigneur roy, ce
n'est ny ne sera point de son bon gré ne franche voulenté mais est par force
et par constraincte des choses dessus declarée et pour doubte et craincte
d'ouvrir la guerre, attendu ce que dessus, protestant en oultre que pour chose qu'il
en dye ne face, il n'entend point faire de transport de ladicte rente de dix mil
ducatz audict seigneur ny autre acte qui en aucune maniere luy puysse pourter
dompmaige ne prejudice par l’advenir, mais entend d'en demeurer tousjours en son
entier et aux mesmes droiïz, tîltres et actions qu'il a et luy competent en ladicte
rente de dix mil ducatz annuelz, a laquelle ne veult aucunement deroguer, s’en
demectre ny despecher, ains la retenir et garder comme sienne propre, en revocquant
et annulant d’ycy et desja de sa certaine science susdicte tous actes et exploiz qu'il
pourroit faire au contraire et les tient pour revocquéz et de nulle valleur et ce
avecques toutes et chacunes les clausules et solempnité en tel cas requises et
pecessaires, desquelles choses mondict tres redoubté seigneur a commandé et
enjoinctz a moy notayre et secretayre susdict faire et recepvoir instrument publique.
Faict a Thurin au chasteau dudict lieu, assavoir en la riere chambre du maisonnement
dessus qui est en la tour du cousté de l'auditoire, presentz reverend pere en Dieu
messire Amé de Romagna|[no], evesque de Mondevix (*), chancellier de Savoye et noble
et puyssant Janus de Duing, s' de la Vauldisare, grant escuier de Savoye, tesmoins a
ce requis et appeléz. Et moy Jehan Vulliet de Chambery, notaire publique par
auctorité imperiale et secretaire de mondict tres redoubté scigneur qui me suis
trouvé avecques les tesmoings suznommëéz es choses dessus escriptes a ce y appelé et
requis, en ay receu ce instrument publique, lequel j’ay excript et soubzscript de
main et y ay mis mon signet duquel j'ay accoustumé user en tel cas, pour plus grant
foy et tesmoignage des choses susescriptes. VULLIET.
PREUVE XXI
[1507, déc.]. — [Gui de La Baume, comte de Montrevel]|, au seigneur
de Menthon au sujet de sa nomination à la châtellenie de Bonne
et des difficultés que le duc de Savoie suscite à Marguerite d'Autriche
à l’occasion de son douaire.
{Minute de la main de Marnix. Arch. Nord, B 18828, n° 25173).
Monseigneur de Menthon, mon frere, je me recommande a vous du meilleur de
mon cueur.
Ayant receu voz lettres, j'ay presenté a Madame [Marguerite d'Autriche] celles
que monseigneur [le duc de Savoie] lui escripvoit et les vostres la requerant vouloir,
enssuyvant lesdictes lettres, vous donner l'office que demandez, lequel elle vous a
accordé, non obstant que desja, non saichant vostre droit, elle en eust fait don a
(4) Amé de Romagnano, évêque de Mondovi, depuis 1497, mort le 17 mars 1509.
PIÈCES JUSTIFICATIVES 349
Marnix, lequel s’en est voulentier despourté pour l'amour de vous. Aussy je luy ay
parlé touchant les jumans pour lesquelles elle a incontinent escript en Hollande
pour en avoir une couple de bonnes.
Et pour ce, monsecignour de Menthon, que desirez savoir de la bonne prosperité
de madicte dame, vous avertiz qu'elle fait bonne chiere et prent une grant paine
pour les afferes de messeigneurs ses nepveur et nyeces, desquelz, ensemble leurs
pays, elle a le gouvernement et administration, et est bien aymée, obcye et extimée
d'un chascun.
Touchant le surplus des aultres afferes, pour la diversité du temps, n’est duysible
en escripre, sinon que l'aliance de mariage entre monseigneur l’archiduc et
madame Marie, fille du roy d'Angleterre, est conclute (‘) et espere l’on qu'elle sera
cause d’une bonne paix. |
Au surplus, je vous avertis que madicte dame a ung merveillieux regret des
novitéz que monseigneur [le duc de Savoie] luy fait journellement, comme l’on luy a
rapporté, et ne scay qui l’a conscillé de ce faire, car madicte dame estoit en une
tres bonno voulenté envers luy et croy que, s’il l’eust entretenu, il en eust bien fait
son honneur et son prouffit, par quoy me semble ferez bien en avertir mondict
seigneur, Car il ne peult riens perdre d'entretenir l’amytié avec elle, et me doubte,
s’il fait aultrement, que madicte dame n'y remedio, car elle est dame d’ung grand
cucur comme sçavez et n’en dit pas sa pensée a nous aultres qui sumez du pays,
may je m'aperçoy bien qu'elle a cecy fort a cueur et tache secretement y remedier
je ne sçay en quelle sorte, et a elle mesme de sa main depesché ung poste au Roy
son pere pour ceste seule cause. S'il en advient aultrement que bien, il me desplaira
amerement, car de mon povoir je y vouldrays entretenir l’amour et amytié comme
j'ay fait pour le passé.
PREUVE XXII
[1508 ?], 1 mars, Chambéry. — Lettre d’Amé Gringallet
à Marguerite d'Autriche au sujet des États du pays de Vaud.
{Orig. Arch. Nord, B 18981, n° 37986].
Tres redoubtée dame.
Je croy que vous avés eslée advortie comme, pour le different qui estoit entre
reverend pere en Dieu monseigneur l'esvesque de Lausanne et vous gens du païs de
Vaulx, sont tenus les Troys estas de ce paÿs a Moudon, cart vous gens du paÿs de
Vaulx mesmement ceulx des bonnes villes ne veullent permectre que ledit reverend
monseigneur de Lausanne, contre gens qui ne soyent clers, puisse proceder part
censures ecclesiastiques. Et esdis Estas ont assisté de l’autorité de mon tres redoubté
signieur monseigneur le collateral de Crans et mouseigneur du Bocx, capitayne de
Chillion, et tous unis a esté conclus que mon tres redoubté signieur, ayant regard a
ce que le droyt veult comme rayson apporte, sur ce donnera provision, ce que n'est
pas encores faict que je sache et ce estoyt en observation, vous offices de ce pays
serient de plus grande revenue. Toutesfoys l’esglise de Lausanne se dit estre en
(1) Par traité signé à Calais le 21 décembre 1507 (Arch. Nord, B 438, n° 47979).
346 MARGUERITE D'AUTRICHE
possession de si longtemps de einsy fere que est difficulté a il mectre conclusion de
nouveaux ; ce que cy fera et je le sache, vous en advertirey.
{Suivent des détails relalifs au nouveau juge du Fuucigny dont il fait l'éloge, aux
juridictions ecclésiastiques el seigneuriales en Bresse, à la chartreuse de Serllon, à
la revendicalion par le dur des biens des usuriers saisis dans les pays du douaire/.
PREUVE XXII
[1508, mars] (). — Instructions de Maximilien, roi des Romains, au
seigneur de Salenove envoyé en mission auprès du duc de Savoie.
{Minute de la main de Gattinara. Arch. Nord, B 18848, n° 29814 avec des
correrlions faites par Marnix dans le cas où les instructions seraient envoyées
au nom de Marguerite d'Autriche : nostredicte fillie à remplacer par madicle
dame, nostredirt cousin à remplacer par mondict seigneur.
Maximilien, etc.,
Instructions a nostre chier et bien aymé capitayne, le seigneur de Salenove, de ce
qu'il dira de nostre part a hault et puissant prince nostre tres chier et tres aymé
cousin, le duc de Savoye.
Premieremant, apres les salutacions et presentacion de nous lettres de credence,
dira que combien haions tout jour eu nostredict cousin de Savoye en singuliere
recomandacion et continuclemant eu intencion et desir de l’entretenir, garder et
preserver, ensemble ses pays et subjectz, comant prince du sainct empire, et autant
que feu nostre filz son frere, et quelque chosse que l’hon y puisset havoir donné a
entendre au contraire, celon qu’havons esté advertiz par ledict seigneur de Salenove,
que nous voulsissions donner le pays de Vaulx aux Suizes et le pays de Chablays et
d'Aoust aux Valleysans, nous ne l’eusmes onques en pensemant, ne le vouldrions
fere en façon quecunque, et ancores vehu que ledict pays de Vaulx apertient a nostre
tres chiere ct tres amée fillie, dame Marguerite d'Austrice et de Bourgongne,
duchesse douagiere de Savoye, sa vie durant, et aussy haiant espoir que nostredict
cousin de son coustet, en temps et lieu, rendroit son debvoir envers nous et hauroit en
bonne recomandacion nostre dicte fillie, luy entretenant la joyssance des terres et
seigneuries de son douhaire, ensemble les preheminences, droictz et autorités a elle
apartenantes, en vertu de l’apoinctement faict par devant nous en nostre cité de
Strasbourg et ratiffié et juré par nostrediet cousin, sans luy fere ou souffrir estre faicte
aulcune novité oultre la forme dudict apoinctemant. Neantmeyns, havons esté
advertys par nostredicte fillie de pluseurs novités, troubles et empeschemants faictz,
tant par lettres patentes do nostredict cousin que par ces officiers et commis,
contravenant en plusieurs sortes d'icelluy apoinctemant, a cause de quoy, et pour ce
que cuydions cela estre procedé plus tost par inadvertence et male consideracion des
conselliers de nostredict cousin que aultremant, luy en havons devant la venue
dudict seigneur de Salenove escript bien amplemant par un nostre herault afin d'en
fere les reparacions necessaires. Et, despuys que icelluy seigneur de Salenove ha
(1) Pour la restitution de cette date, voir la lettre de Gattinara à Marguerite du 3 mars 1503
dans KOOPERBERG, p. 443.
PIÈCES JUSTIFICATIVES 347
esté arrivé par devers nous de la part de nostredict cousin, luy havons bien voulsu
fere particulierement monstrer toutz les articles desdictes novités pour en povoir
plus a plein advertir nostredict cousin.
Et afin que nostredict cousin soyt mieulx instruict desdictes novités, troubles et
empeschemantz, luy pourra icelluy seigneur de Salenove remonstrer preablement
comant le chasteau de Surpierre est incorporé au pays de Vaulx apartenant a
nostredicte fillie a cause de son douhaire sa vie durant. Et, pour se que du temps de
la constitucion de sondict doubhaire, ycelluy chasteau fust en aultres mayns et ne
fust en povoir du prince, toutesfoys, du temps de l’apoinctement faict a Strasbourg,
estoit icelluy chasteau comprins audict pays de Vaulx et en havoit nostredicte fillie
la joyssance et aveque ce ledict chasteau estoit des terres donées a nostredicte fillie
oultre son douhaire et a elle apertenantes, comant est declairé au XX° article dudict
apoinctemant. Et, combien que en icelluy article elle ait quitté aulcunes desdictes
terres données, ncantmeyns n’appert qu’elle ait quitté icelluy chasteau de Surpierre,
et par aynsi s'entend a elle estre reservé par la generalité dudict pays de Vaulx a
elle assigné et par elle retenu audict apoinctemant. Et nonobstant ce que dessus,
ceulx de la Chambre des comptes de Savoye, lesquelz par avant havoient delivré aux
gens des comptes de nostredicte fillie l’extraict des comptes dudict Surpierre et
tout le revenu pour en povoir tenir le compte en Bresse, ont despuys voulsu
contraindre le tresourier de nostredicte fillie a rendre le compte dudict Surpierre en
leur mains et restituer les prinses qu’il en ha levées au nom de nostredicte fille, ce
qu'havons trové estrangie, mesmemant que, en haiant les officiers de nostredicte fillie
faict les remonstrances a nostredict cousin afin d'y remedier, il leur a respondu et
donné responce par escript qu'il entendoit retirer ledict Surpierre et ledict tresourier
deust rendre les prinses, que nous semble chosse assés desraisonable vouloir
despossessioner nostredicte fillie sans cognoissance, et pour ce, le priera de nostre
part se vouloir depourter de cecy et reparer ce qu'en haura esté attempté au
contraire.
Luy remonstrera aussy comant, par ledict XX° article de l'apoinctemant, les prinses
du chasteau de Thonon de l’an XV° et cinq apartenoient a nostredicte fillie, et
neanutmeyns ont esté en icclle année levées par le tresourier general de nostredict
cousin. Et quelque poursuyte que nostredicte fillie et ses officiers en haïent faicte
pour cn havoir la restitucion, mesmes pour ce que nostredict cousin havoit faict
contraindre le tresourier de nostredicte fillie a luy rendre Il° XXI florins monoye de
Savoye receuz du chastelain de Beaufort, devant qu’il fust declairé si ledict Beaufort
estoit comprins au pays de Faucigny ou non, neantmeyns jusques a hoyres n'’ha esté
faicte aulcune restitucion ny recompense a nostredicte fillie de ladicte prinse de
Thonon pour icelle année de l’apoinctemant montant a la somme de XII° florins
monoye de Savoye. Et pour ce, fera instance de nostre part que nostredicte fillie en
soit rambourséce pour l’entretenemant dudict appoinctemant.
Semblablemant, remonstrera a nostredict cousin que, combien que par ledict
apoinctemant et mesme par le cinquiesme article nostredicte fillie doict havoir la
jurisdicion sur toutz les nobles et leurs subjectz desdicts pays de son douhaire, et
aussy par le quatriesme article dudict apoinctemant soit dict et declairé que nostredict
cousin, en vertu du ressort desdicts pays, haura sculemant les appelacions et recours
apres la premiere et seconde cognessance des jugics ordinaires desdicts pays et non
aultre chose, neantmeyns les gens de ses conseaulx tirent journelemant les causes
d’apel des bannercetz et nobles de Bresse au prejudice de la jurisdicion de nostredicte
fillie contre la forme d'icelluy apoinctemant et mesmes contre la disposicion des
statutz de Savoye, et que pis est, font journelemant lettres et provisions en citant les
348 MARGUERITE D'AUTRICHE
officiers de nostredicte fillie aveque les proces et exploitz et la clausule d’interim,
empeschant par ce moyen la premiere et seconde cogneissance apartenante a nostre-
dicte fillie. Et quant les officiers de nostredicte fillie ont sur ce eu recours à
nostredict cousin, il leur ha faict declairer qu'il entend que des jugies d’appeaulx
des banneretz les causes voysent a Chambery sans que les officiers de nostredicte
fillie en haïient ny premiere ny seconde cogncissance, qu'est cleremant contravenir
a icelluy apoinctement. Et pour ce fera instance de nostre part que tout ce qui ha
esté faict en empeschant la premiere et seconde cogneissance de nostredicte fillie
soit reparé et mis a neant, et les causes desdicts banneretz et aultres evoquées devant
ladicte premiere et seconde cogneissance de nostredicte fillie soyent remises par
devant les jugies d'icelle nostre fillie pour en havoir la cogneissance, aynsi qu'il
apertient celon la forme d'icelluy apoinctemant, en donant ordre et pourvoyant
d'hoyres en avant que nulle cause desdicts pays des banneretz ou d’aultres
particuliers soit evoquée ny contre eulx ouctroyéz aulcunes lettres citatoires par
voye de recours ou aultremant, sinon apres le deux cogneissances des officiers de
nostredicte fillie.
En oultre, remonstrera a nostredict cousin que combien, par le VII article dudit
apoinctemant, soit dict et declairé que, des cas requerantz poyne de sang, nostredicte
fillie et ses officiers en doient havoir la cogneissance par voye de justice et que les
proces et condampnacions en soyent faictz par les officiers d’icelle nostre fillie, et
aussy, par le XI article dudict apoinctemant, soit dit que toutes composicions
pecuniaires apartiennent a nostredicte fillie, neantmeyns, contre la forme d'’icelluy
apoinctemant, les officiers et commis de la part de nostredict cousin ont emprisoné
les chastellcyns de nostredicte fillie, mesmes de Perogies et de Credoz et aultres
subjectz a la jurisdiction de nostredicte fillie pour delictz perpetrés es pays de son
douhaire, et ont lesdicts officiers et commis de nostredict cousin en prins la
cogneissance a eulx, et que pis est ont contrainct iceulx officiers et subjectz de
nostredicte fillie a diverses composicions pecuniaires, lesqueles i1z ont converty au
prouffit de nostredict cousin, non seulemant empeschant a nostredicte filie sa
jurisdicion et cogneissance desdicts delictz, ayns soy apropriant icelles composicions,
ce qu'il ne peult ny doibt fere, car en vertu dudict VII article, peult seulemant pour
tielz cas doner les graces et remissions, non poinct en prendre la cogneissance ny les
composer a sommes des deniers a son prouffit, attendu que toutes composicions sont
a nostredicte fillie comme dessus. Et neantmeyns, quant les officiers de nostredicte
fillie ont eu recours a nostredict cousin pour reparer ce que dessus, il ha voulsu dire
qu'il havoit peu fere et que la cogneissance et justice corporele ensemble la grace
luy en apertenoit, ce que nous semble asses estrangie et contre la forme dudict
apoinctemant., Et pour ce fera ledict seigneur de Salenove instance que tout ce que
ha esté faict pour ticlz cas de crime requerantz poyne de sang contre la forme
d’icelluy apomctemant soyt reparé el mis a neant, et que la cogneissance et justice
desdicts cas soit remise aux jugies de nostredicte fillie pour en fere les proces et
condampnacions aynsy qu'il aparlient. Et touchant ceulx qu'il haura composé a
sommes des deniers, que icelles sommes et composicions pecuniaires soyent restituées
a nostredicte fillie ou a ses officiers en ensuyvant la forme dudict apoinctemant et
mesmes d'icelluy XI° article.
Au surplus, remonstrera ledict seigneur de Salenove a nostredict cousin que,
combien que par icelluy traictié d'apoinctemant et mesmes par ledict XI° article soit
expressemant declairé que toutes mains mortes, biens des heregies ct aultres biens
vaquantz apartienent a nostredicte fillie, et aussy par le XIII article soit expressemant
declairé que nostredict cousin ne puisset fere aulcunes cryes ny aultres actes de
PIÈCES JUSTIFICATIVES 349
jnstice esdicts pays du douhaire de nostredicte fillie, sinon es cas concernantz la
sovraineté et ressort specialemant reservés a nostredict cousin, neantmeyns icelluy
nostre cousin, par ses lettres patentes despechiées a Chambery le XVI* du moys
d'octobre dernier passé, ha faict comandemant expres a toutz officiers du pays de
Bresse que incontinent que icelles mains mortes escherront et viendront a vaquer,
ilz mettent en possession desdicts biens mainsmortables le procureur fiscal de
nostredict cousin, en commettant la cogneissance desdictes mains mortes aux
Conseaulx de nostredict cousin, ot par consequant en oustant la cogneissance et la
possession et joyssance desdictes mains mortes a nostredicte fillie et a ses officiers,
et ha faict nostredict cousin sesdictes lettres patentes publier a voix de crie audict
pays de Bresse, non obstant la opposicion du procureur de nostredicte fillie,
lesquelles chosses sont tottellemant contre la forme dudict apoinctemant, et pour ce
justera /sic/ de nostre part icelles lettres concernantes l’'empeschement desdictes
mains mortes, ensemble icelles cryes et aultres chosses attemptées a l’occasion que
dessus estre revoquées et annullées et mises a neant, et pour reparacion de ce que
dessus octroyer lettres contraires lesqueles soyent semblablemant publiées a voix de
crie par toutz les pays du douhaire de nostredicte fillie.
Oultre ce, luy remonstrera comant ceulx de son conseil donent provisions aux
chasteleyns de Bresse, Faucigni et Vaulx, aveque la clausule de interim par lesquelles
ilz empeschent la reddition des comptes et exaction des deniers apartenantz a
nostredicte fillie par voye de simple recours, sans observer le degré des appelacions,
qu'est toutellement contre la forme dudict apoinétemant. Et quant cella ha esté
remonstré a nostredict cousin, il ha respondu que quant tielles lettres seront baillées
par ceulx de ses Conseaulx, que les gens du Conseil de nostredicte fillie en doient
rescripre, et nostre dict cousin y pourvoyera, que semble une responce asses legiere,
car il cousteroit une grande partye du revenu de nostredicte fillie si elle debvoit
journellement envoyer messagiers pour revoquer un taz de lettres que se ouctroyent
toutz les jours contre la forme dudict apoinctemant. Et pour ce, justera ledict
scigneur de Salenove envers nostredict cousin de nostre part que, puys qu'il ha la
loy escripte et les articles dudict apoinctemant devers luy, qu’il veullie doner tiel
ordre devers les gens de ses Conseaulx qu’il ne haiïent cause de ouctroyer aulcunes
lettres en façon que ce soyt contre la forme dudict apoinctemant, ny plus graver
nostredicte fillie en despens a fere la poursuyte desdictes reparacions. Et au cas que
d'icy en avant soyent par nostredict cousin ou ceulx de ses Conseaulx ouctroyé
aulcunes lettres, ou actemptées aulcunes novités contre la forme d'icelluy
apoinctemant, lesqueles doient estre revoquées et reparées, que nostredict cousin
pourvoye que icelle nostre fillie et ses officiers et subjectz soyent ramboursés des
despens et dommagies par ceulx qui hauront esté cause d'ouctroyer tielles lettres ou
fere tielz novités oultre la forme dudict apoinctemant.
Dira a nostredict cousin et luy remonstrera aussy de nostre part que, en bien
”traictant nostredicte fillie, ses officiers, serviteurs et subjectz, et luy entretenant ledict
apoinctemant, ensemble ses droictz, auctorités et preheminences, oultre ce qu'il fera
son debvoir et observera son seremant et obligacion, il nous fera aussy plaisir tres
agreable et nous donera occaxion de l'havoir luy mesme de plus en plus en singuliere
recomandacion et de l’ayder, proteger et garder comme un des membres du Sainct
Empire et nostre bon cousin, et quant il vouldroit persister fere le contraire et
ensuyvir le mal conseil, ce que ne sçaurions bonemant croyre, serions contrainctz a
nostre grand regret y pourveoir par nostre auctorité imperiale des remedes
convenables pour la indempnité de nostredicte fillie, mesmemant consideré qu'elle
s'est absentée des pays de sondict douhaire pour le grand service de nous et de
390 MARGUERITE D'AUTRICHE
vous enfans, et tachera ledict seigneur de Salenove de soliciter envers nostredict
cousin qu'haions la responce de ce que dessus.
Au regard des hommages des nobles de Coconaz, dira que, haïantz les doubles
des despechies par nous a feu nostre filz son frere et a luy sur ce faictes, luy ferons
les provisions necessaires et convenables.
PREUVE XXIV
[1508], 7 mai. — Lettre du duc de Savoie à Marguerite d'Autriche
concernant les négociations avec Berne et Fribourg.
{Original. Arch. Nord, Lettres-missives, B 18940, n° 36713].
Madame, je me recommande humblement a vostre bonne grace.
Madame, j'ay receu les lettres que dernierement vous a pleu m'escripre et vous
mercie tant qu'il est possible le singulier amour et affection qu'avês a moy et mes
afferez, combien que ce ne soit chose nouvelle, car je l’ay cogneu pieça. Aussi ay ma
confiance en vous et d'autant que n’ay rens dont ne puissés disposer comme du
propre, je tiens mes afferez estre les vostres et les vostres les myens, car si en cas
semblable ou autre avyés a fere de moy, je n’espargneroye riens pour vous y faire
tous plaisirs et services.
Madame, despuys que dernierement vous ay escript, ont esté icy les ambassadeurs
de mes alliéz de Berne et de Fribourg qui m'ont fait la demande par entier de toute
la somme comprinse es lettres qui ont esté faulsement fourgées par de Furno, me
faysant entendre que si la chose ne se trouvoit bonne, que lesdictes deux villes pour
rien ne le vouldroyent suyvre. Et experant qu’ainsi le feroyent et que sans difficulté
ilz entendroyent les pointz faysantz a la justifficacion de la faulceté et apparante
reprobation desdictes lettres, ay envoyé mes ambessedeurs par devers eulx pour
leur en faire apparoir, me offrant sur le tout d'en estre a la congnoissance du Saint
Empire. Toutesfois, 11z ne les ont point voulsu aouyr, mesmement ceulx dudict
Fribourg, et n’est question fors qu'ilz vueillent les choses a leur voulenté, persistant
a leur demande, et ou deffault de paiement prétendant faire la guerre. J’en ay de
rechiefz escript a l'empereur mon souverain seigneur et luy ay envoyé le double des
dictes lettres avecques les pointz reprobatoires d'icelles, desquelz j'escrips quelque
chose au gouverneur de Bresse pour vous en informer, ensemble de la forme
desdictes lettres dont pareïllement j'envoye le double, en vous priant, Madame,
qu'il vous playse avoir cedict affere envers mondict seigneur pour recomandé tant
pour l'amour que me pourtés que aussi pour l'interest qu'y avés aussi a mondict
seigneur et le Saint Empire dont si ces gens mectoyent leur voulenté a exequution
pour telle injuste querelle, vous entendés quel dompmaige et peu d’honneur en seroit
a toute la compaignie.
…. Escript a Geneve le VII° de may.
Vostre humble frere
(Signé) : CHARLES.
PIÈCES JUSTIFICATIVES 351
PREUVE XXV
[1508], 12 juin, Genève. — Lettre de [Louis de Balliant, s' de Verboz]
à Marguerite d'Autriche au sujet du conflit entre le duc de Savoie
et les Suisses.
{Original. Arch. Nord, B 18947, n° 36937 ; cf. 86939, instruct. de Marguerite
au s' de Verboz/.
Ma tres redoubtée dame.
Madame, en ensuyvant vos bons comandemens, j'ay esté a Bernez et a Fribourg
et la je trovay messeigneurs les ambesseurs du pape et du roy de France, lesquieulx
atendoient et desiroient fort la venue des ambesseurs de l’empereur vostre pere pour
le prouffit de monseigneur de Savoye, les quieulx n’y ont point esté jusqu’ycy, vous
asseurant que ce ne fust la gran sollicitacion de dis ambesseurs pour .... n'eussent
abandonner le païs de Vuaud et surtout ceulx de Fribourg et la aussy estoient
messeigneurs les ambesseurs de Savoie qui deja avoient la demorés trois semennes
et rien n’avoient fet ny commancer comme le premier jour, car jusque le, voulloient
prover la donnacion faulsse pour dux tesmoyns qui sont mis, et le premier c’est feu
monseigneur de Losanne de Monferrand (!) et provet l’on pour dux actes receu des
noteres qu'il estoit a Lagnoz en sa maison le jour que l'acte de la donnacion est
stüipullé a Chambery, l'aultre est le general Ruffin de Muris, car ce jour. il fit son
testament a Thurin et estoit en gran dangier de mort et a l'on la portéz ledict
testament, mes tout n’est rien, et veant cella, les ambesseurs leur firent requeste
que voulsissent estre a la cognissance de l’empereur comme soverain seigneur de
monseigneur de Savoie et de leurs /sic/, don n’en vollirent rien fere, puis leur fust
presanté a la cognissance des ellecteurs, ancor mayns, puis du saint siege apostolicque,
puis de leurs cantons et alliées et james ne l'ont voullu fere : ce non le pais ou
l'argent, du tout voyla leur responce seulle en leur patoys.
Le jour que j'aryvay la, m'en allay trover monscigneur l’avoy{e|r de Bernez et me
remyt au matin a leur Conseil et que m’envoyroit querre, et le fist et leur presantay
vous lettres aux dux avoyrs et y estoit celluy de Fribourg, et leur dis ma creance et
encontynant m'en dirent que je m’en allasse en mon logis, moy disant que vous
lettres aroyent bon, car en ce jour l’on ancomanseroit a ovryr queque bon party a
prendre de l'argent quelque somme car eulx voulloient demander tout jour le tout;
les ambesscurs du pape et de France furent aviséz que mieulx valloit que eulx
commanssassent à presanter, et tout ainssy que je sortes du Conseil, eulx me
remenarent dedans comme vostre ambasseur et apres plusieurs grandes demons-
tracions que leur firent, non obstant toute faulceté et que en rien leur estoit deu et
oultre tout droit et bonne equité, presentarent de la part de monseigneur C mille
florins, et adonc ces bons villains, sans fere ny dire aultre, remyrent apres dyné,
vous asseurant que l’ambesseur du pape leur dit milles oultrages leur remonstrant le
tort qui fasoient a mondict seigneur, mes james ne respondirent mot a propos.
Lendemain, m'envoyarent querre et me proposarent comme eulx ne vous
escriproient poin et que je vous [escrivlisse comme il vous portent gran amour et
que vous tiengnent tou[jours] leur bonne alliée et leur bonne voesine en tant que
(*) Benoît de Montferrand, évêque de Lausanne en 1476, mort le 8 mai 1491.
392 MARGUERITE D'AUTRICHE
tenés le pais de Vuaud pour vostre douayre, et que ce jour devant, il avoient
monstrer aux ambesseurs de Savoie que vostre requeste avoit porter gran prouffit a
monseigneur de Savoie et auxi que en bfrJjief il vous manderont ung homme de bien
pour queque affere que eulx ont en Bourgogne, car il vous tiegnent une sage famme
et dame plus que il n’y a eu cent ans a en vostre lignage, et voyla les belles parolles
formées que m’on dit, et prie a Dieu que mauldit soit la rasse.
Moy estre dehors'de leur Conseil, me dirent que je ne partis point de ce jour.
mon respect an leur lengage et j'ay sceu depuis que ce [etoit] pour ce traitre de
Furno, car le lendemain, a Fribourg, encontynant que je fus en mon logis, ung sien
serviteur me vint dire qui volloit parller a moy, don je luy dis que je ne parlleres
poin a luy, et encontynant me fist venir ung sauptier de la ville a tout son baton
et me dit que je vous disisse de la part de leur bourgeys de Furno que vous le poiés
IT" florins que le devés et se ne le fesiés que s’en plaindroit a messeigneurs de
Berne ct de Frybour. Je luy respondis que je ne m’an venes poin vers vous ancor de
six mois et que je savoye bien que ne le devyés rien, et se il vous volloit rien
demander que vint en Flandres le vous demander, et touchan ce que disoit que s’en
plaindroit a messeigneurs, que je tences messcigneurs de Bernaz et de Fribourg si
gens de bien que il ne croyrient pas si legierement ung si lache homme que celluy la,
car rien ne luy devés; et encontynant je depechay ung de mes gens que je fis torner
a Berne et rescripvis cella a monseigneur de Losanne et a monseigneur de Saint Joere
que ce recommandoient tres humblement a vostre bonne grace et ancor n’en ay eu
nulles novelles, car je les lessay le /sx/. Pour conclurre, don la somme est à
IIT° mille florins de Savoie et C mille d’ecus secres (??) et le premier terme est a
Noë, mais il ne griefvet poin au païs de poier cella pour avoir eviter ung gran
dangier ou ce traitre avoit mis monseigneur et le païs et vostre païs de Vuaud. Il ne
leur chault en quoy l'on le taillie fors qui soient dehors de ce dangier, et eulx propre
le m’on dit.
Madame, cella estre fet, je m'en revyns vers monseigneur, lequel c’est tien obligé
a vous de ce que vous a pleu mander vers ces deux villes et vous en marcie bien
fort et vous rescript comme verrez, et si m'a dit que il a donné charge a mestre Loys
que ce vous vollés Surpierre que vous lera et encor le fera mestre dedans vostre
douaire. Je luy dis de moy mesmes cella qui vous pleust moy commander, don il c'en
excusat Je plus fort du monde, et si m'a dit que en rien du monde pour la fin fere ne
vous volloit desplaire et que je mandasse a vostre Conseil de Bourg pour ce que je
l'en fis quelque plainte contre eulx, m’avertyrent que il venissent et moy avec eulx
et que il l'ordenoroyt que tout fut mis en si bon ordre que jamey cella ne rompit,
don je l’ay mandé au tresaurier Vionet et a monseigneur le mestre Badel.
De novelles, madame, de par decza, ces Franczois dient que l'empereur c'en est
fouy vers vous pour prandre vous bagues et que son armée est rompue et que
messire Jehan Jaques (*) et les Venecians ont pris trois bonnes villes [a] l’empereur et
ont tué tout, mes que le roy a fet retyré messire Jehan Jaques, disant que il ne veult
point la guerre a l'empereur.
Madame, je vous asseure que ceulx de les Ligues ne sont pas pour l’empereur
vostre pere et ne [sont pour lui] que trois petits cantons et les aultres sont franczois
[au] vray. Je fis demander pour le vous rescripre par monseigneur de Losanne aux
ambasseurs de France se il estoit novelles de l’apointement, don eulx le dirent que
(1) Jean-Jacques Trivulce, au service de Charles VIII, de Louis XII et de François I°'
pendant les guerres d'Italie.
PIÈCES JUSTIFICATIVES 353
ouy, mes que ce demenet par ung trop petit personnage et auxi que le roy
d'Espagne ne le pressoit pas fort, pour quoy il n’y esperoient nul bon expedient, et
aultre n’a de par cza, et quan aultre sorviendra chose digne le vous rescripre, tot
jour par Lion le vous feray a savoir.
Madame, je obliois vous rescripre comme monseigneur le marechal, monseigneur
de Bussy ce recomandent tres humblement a vostre bonne grace et dit que il l’a une
fillie qui vous ressamble et la vous donne et dit Madame la Mareschalle et jure quan
elle fust concepue qu'elle panssoit en vous... A Geneve le XIT° de juing.
Vostre tres humble et tres obeyssant subgit et serviteur,
[Loys de BAJLLIA[NT].
PREuvE XXVI
1508, 27 juin, Bruxelles. — Requête adressée par Marguerite d'Autriche
à Bernardin du Pré, ministre général de l’Ordre des Franciscains, au sujet
de la canonisation de sainte Colette.
{Copie contemporaine. Arch. Nord, B 18848, n° 29780/.
(En marge: Suscriptio). Margareta, archiducissa Austrie, ducissa Burgundie,
vidua Sabaudie, regens et gubernatrix ctc., reverendissimo in Christo pater religiose
ac egregie vir, amice Carissime.
Scribimus impresenciarum Sanctissimo Domino nostro pape sacroque collegio
cardinalium im commendationem canonizationis memorande et Deo dicate virginis,
Colethe nomine, que in dies singulos quamplurimis miraculorum signis in nostro
potissimum Gandensi oppido, ubi ejus requiescit corpus, etiam fulgere predicatur, sed
quid plura. Nonne hec fuit virguncula que ut bene novistis, a puericia ad sixtum
usque supra Scxagesimum sue etatis annum quo vitam cum morte commutavit, ita
religiosissime Deum superosque coluit ut nedum his in partbus nostris verum et in
tota Gallia et Italia cisalpina feminea divi Francisci ordinis claustra, jam non divi
Francisci neque Bceate Clare sed potius Sancte Matris Colethe sororum cenobia vulgo
nominentur, sic profecto suis convenerunt sepe nominata rebus, nam Coletha, quasi
Deum superosque colens, jure interpretatur Theos enim grece Deus est latine.
Itaque, reverendissime pater, amice charissime, cum nobis innotescat majores nostros
Burgundie duces aliosque permultos et reges et principes ter olim ad Sixtum deinde
bis ad bone memorie Alexandrum papam sextum de ea ro scripsisse tandemque ab
ipso Alexandro suis petitionibus transportasse rem ipsam tribus roeverendissimis
cardinalibus fuisse commissam qui propter litium et bellorum discrimina paulo post
exorta suam hujusmodi commissionem executioni demandare nequeverunt, Paterni-
atem Vestram seriose rogamus ita huic negotio ejusque sollicitatori apud eosdem
Sanctissimum Dominum Sacrumque Collegium assistere velit ut ipsi intuitu saltem
et contemplatione hujus tam Sancte virginis Colcthe pro debito ejus vite et
miraculorum examine commissionem ipsam renovari mandent ut ipsa virgo tandem
canonïzetur et prout optime meretur cathalogo sanctarum rite ascribatur, in quo rem
memoratu dignum, Deo et hominibus placentem et nobis gratissimam effecerit. Eadem
23
354 MARGUERITE D'AUTRICHE
Vestra Paternitas Reverendissimaque semper ad vota felix valeat. Ex oppido
Brucellensi, die vicesima septima junii anno 1508.
Sic signatum : MARGUERITE.
Subtus signatum : H. PaRIso.
Superscriptio : Reverendissimo in Christo patri religioso ac egregio viro magistro
Bernardino, sacre theologie professori eximio necnon totius ordinis fratrum minorum
generali ministro, amico nostro charissimo.
Modernus generalis minister ordinis minorum electus in capitulo generali
anno 1513 vocatur magister Bernardinus de Prato, sacre thcologic professor.
Signate quinque httcre domine Margarete die veneris ante prandium per eam,
altera post sacramentum (?) et sigillate post prandium per secretarium Pariso 23
junii ia vigilia Sancti Johannis Baptiste, sed secretarius posuit in litteris principatus
27 juin.
[En marge] : Composuit ac scripsit Germanus Pariso.
PREUVE XXVII
[1508], 19 septembre, Chambéry. — Lettre d’Amé Gringallet
à Marguerite d'Autriche sur les violences des officiers en Faucigny.
{Autographe. Arch. Nord, B 18981, n° 37990].
Ma tres redultée dame.
Les querelles des offi[cijers de Foucynier sunt passées par fasson que le tout vaz
a ce que la reyson pourte…
Vostre chatellein de Castro novo, que a esté chattelein de la Bonneville, est ycy
en arest a la justice du procureur fiscal et est chergé que y a mis en prison ung
homme pour debte, lequel se offerissoit de payer ce pour quoy y estoit prisonnyer.
Ledit chatellein 1y balliaz de ung baton aut travers de l’orellie jusques a infusion de
sang, puys ly dit quelque parolle a l’ourelle, et ledit prisonnyer dit: « Mauditte soit
l'eure que je jameys nasqui » et le myt en prison ; dedens troys heures y se treuva
mort en la prison et estranglé de ung syent duquel y faysoit courroye et a genoux,
et se dit. que ledit chatellein l’a tué.
De une aulire chouse est y chergé, quart ce dyt que y a acheté ung pré de ung
qui estoit pris pour herese II florins qui en vault VI et ly et le inquisiteurs le ont
compousé et banny, einsi vous droys sunt perduz, et ce comme je ay expecrance vous
attouche, vostre procureur et moy en feronz diligence d’y fere poursuite et de
entendre que se sera.
La tempeste que estoit sus les officiers de Foucignier est es officiers de Breysse,
mesmement entre ceulx de Bourg. En verité, je n’y scey donné ordre. Y est de
bessoing que y donne quelque ordre aultre que ney y est. Je en ay escript es ungs et
es aultres, cheschun se excuse. Je ne scey a qui tient. Se monseigneur le gouverneur
estoit aut pays, y entendra comme l’affere va et y donnera ordre, et y est bien de
mestier. Vous y adviserés... À Chambery le XIX de septembre.
Vostre tres humble serviteur
Signé: Aymé GRINGALLET.
PIÈCES JUSTIFICATIVES 359
Preuve XXVIII
[1509], 12 mars. — Lettre de Marguerite d'Autriche à Jean de Marnix
sur les négociations avec l’empereur au sujet des pouvoirs de la Régente.
{Autographe. Arch. Nord, B 18834, n° 27094].
Marnix, Toison d'Or () est retorné, et croy que devés savoir sa depesche, laquelle
n'est pas milleure en riens, par quoy il ne m'est posible de sur ce riens besoinier. Et
sy vous n'avés fet en ceste matiere plus que luy, je n’y voy remede ; par quoy sy deja
ne l’aviés fet et vous fusiés encores vers luy, vous luy presanterés mes letres que
luis escrips de ma main et le solisiterés, sur autant qu’yl aime son bien et son honneur
et de ceste Maison, qui luy plese entandre an cest affere, car sans povoir, je ne m'an
melleroie james et sy ne luy plet de se fere, je me decherge devant Dieu et le monde
quy n’a pas teneu a moy. Cy d’auvanture vous fustes de chemin et fort ellongé, vous
pouriés adreser mes letres, que j'escris a l’anpereur, a celluy enpres luy qui mieulx
vous sanblera, car je ne say a quy l'ong se doit fier, et sur ce feray fin. Se XII°
de mars.
De vostre mestrese
Signé : MARGUERITE.
PREUVE XXIX
(15091, 22 mai, Travagliato. — Lettre de Mercurin de Gattinara
à Marguerite d'Autriche concernant les difficultés du douaire de Savoie.
{Autographe. Arch. Nord, B 18849, n° 29847].
Ma tres redoubtée dame, tant et si tres humblement que fere puys a vostre bone
grace me recomande.
Madame, je vous hay escript dernieremant que vous advertiroye bien au long de
la despechie de monseigneur de Savoye, de laquelle vous eussie adverty incontinant
que arrivasmes en ceste court que fu le XVIII de ce moys, mays le roy, pour nous
traictier plus honestemant, nous ha faict logier ordinairemant dedans les villes, et
incontinant les portes estoient serrées que nul povoit entrer ny sortir jusques au
delogiemant du camp, a fin que nous n’eussions la presse des gens d'armes. Et cela
ha esté cause que je n'hay eu le povoir de vous escripre jusques a present. Et pour ce
maintenant pour vous advertir a plem de nostredict despechié, vous envoye cy
enclous le double de ce que mondict seigneur ha deliberé fere et qu'il baïlliera par
instructions a monseigneur de Salenove qui s'en viendra premieremant devers
l'empereur et apres devers vous, lequel double mondict seigneur m’ha envoyé. Mays
pour mieulx asseurer vostre cas, me semble que sans attendre la venue dudict
seigneur de Salenove me debvés incontinent envoyer la responce pour obtenir les
lettres necessaires de mondict seigneur de bone heure devant que la chosse soit
faicte, car apres, luy pourroit havoir de la difficulté.
(1) Thomas Isaac, roi d'armes de la Toison d'Or, avait été chargé de négocier auprès du
roi d'Angleterre au nom de Maximilien un prêt gagé sur la c riche Fleur de lys » (Nord, B 2212,
n° 75516). Cf. Le GLay, Corr. Mazim., 1, p. 241.
306 MARGUERITE D'AUTRICHE
Et premieremant, pour vous advertir de mon opinion sur chascun article, me
semble que touchant la souveraineté qu'il accourde en cas de la joyssance du
royaulme de Chypres, combien qu'il y haït plusieurs condicions, neantmeyns elles
sont de petit effect, car en tant que touchie les hommagies et fidelités, elles ne
apertiengnent poinct a l’usufructuaire, combien qu'il me semble que vous debvéz
restraindre ceste reservacion aux homagies nobles tant seulemant. Et en tant que
touchie les subsides en cas de mariagie, ce ne peult estre que par une foys pour le
mariagie de madamoiselle sa seur. Et au regard des cryés une foys l’année, ce n’est
chosse que vous puisset prejudicier, le couchant ainsy qu’il demande. Et au pays de
Vaud, la cause de la reservacion est assés raisonable et luy hauroit bien petit proffit
en celle souveraincté. Et ne treuve pas si petite chosse de ce qu'il vous accourda,
car vous oustcrés tout les differentz qui ont esté de za en arriere entre vous deux a
cause d’icelle souveraineté, et n’y haura nul subject qui puist plaidier dehors de
vostre jurisdicion ny tirer les causes a Chambery ny a aultre Conseil de Monseigneur,
et ne pourra mondict seigneur doncer aulcunes graces, ayns sera a vous a fere, et
cesseront toutes aultres difficultés. Et pour ce, me semble que touchant ceste
souveraineté, vous debvéz contenter en la maniere dessusdicte et la accepter par
vous lettres de ceste sorte.
Au regard de l’inteligence qu’il desire havoir aveque vous, me semble luy
debvès respondre que vous voulés havoir aveque luy toute tielle intencion que bone
seur et bon frere doibvent havoir ensemble. Et au regard de baillier les scelles s’il
vous envoyet le sien, vous luy baillierés le vostre en forme semblable.
Touchant Villars et Gourdans, me semble debvéz insister a la responce aultrefoys
faicte d'havoir recompense cquivalente en terres et scigneuries et non aultremant,
sans accepter aultre assignacion. Et que plus debvés declairer que, icelles terres et
seigneuries qu'il vous bailliera en recompense, vous les puissiés tenir es mesmes
condicions et preheminences que vous tiendrés le pays de Bresse et aultres terres de
vostre douhaire, tant en la soveraineté qu'il vous accourdet a present que
aultrement.
De la restitucion des bagues, me semble debvéz respondre que vous, estre
preaflaJblemant satisfaicte de l'argent de Noël, en vous bailliant marchians souffisantz
respondans de poyer la somme de XL* francz en deux ans, luy rendrés icelles
bagues celon le traictié, combien que vous aymeriez beaucoup mieulx l'argent
contanl.
Et au regard de la contrelettre de declaracion que mondict seigneur demande,
me semble que en vous baillant sa lettre de la souveraineté en bonne forme, luy
debvés aussy baillier icelle contrelettre tout ainsy qu'il la demande, luy adjoustant
que ce soil sans en riens prejudicier au demourant du contenu au traictié de vostre
apoinctement de Strasbourg.
Et en tant que touchie ce qu'il ha despechier devers l’empereur, pourrez
respondre que vous y employerés de vostre povoir comme sa bonne seur.
Et pour ce, Madame, que mondiet seigneur dict havoir baillié povoir audict
seigneur de Salenove de promettre et fere toutes lettres necessaires en ce que dessus,
me semble, a fin qu'il n’y hait aulcun advantagie sur vous, me debvés aussy envoyer
ung povoir pour conclure ce que dessus aveque ledict seigneur de Salenove, et
prometrons l'ung a l'aultre de le fere ratüficr, et apres se delibvreront les
ratificacions eu ung mesme temps ct cela sera plus expeditif et plus seur pour vous.
Mays, pour ma deschargie et a fin que je puisse monstrer vous lettres, me
semble me debvés escripre une bonne lettre en la substance que dessus, sans
monstrer que hayés eu aultre advertissement de moy fors que le double de la
PIÈCES JUSTIFICATIVES 357
despechie dudict seigneur de Salenove, respondant de vous mesmes a chascun article
d’icelle despechie en la maniere desusdicte et envoyant ledict povoir pour conclure.
Madame, je demoureray ancores en ceste court aulcuns jours pour les bannys de
Milan et pour conclure ce que j'hay en chargie aveque le marquis de Montferrat
qui est icy et aveque le marquis de Mantue qui est malade. Et havoir icy achevé,
m'en yrey devers le duc de Ferrare, et despuys, me rendray ou sera l’empereur. Et
ce pendant, ledict scigneur de Salenove pourra estre en la court dudict seigneur
empereur ou me pourrés dresser icelle responce et povoir, vous advertissant que
touchant les aultres difficultés qu'estoicnt entre monseigneur et vous, j'hay esté assés
bien despechié et n’y ha que deux poinctz qui sont demourés en sourveance pour les
vuyder en terme droict par aulcuns deputés d’ung cousté et d'aultre dedans Noël
prouchain, asçavoir de Surpierre et des poynes declairées es cas de poyne de sang,
si elles se peussent abolir par la grace où non. Mays si nous gaignons Chypres, la
soveraincté oustera tout ce debat, ce que j'espere sera bien Lost a l'ayde de Dieu.
Des novelles, pour ce que havés esté adverty par messire Andrea de Burgo bien
au long de la horrible desconfiture des Veniciens, je ne vous en escripray plus avant
fors que despuys la bataillie gagnée, lesdicts Veniciens havoie faict la revenue de
leurs gens, ont trové par leurs rolles qui leur fault de leur nombre de X VIIE* a XX*
hommes tant mortz que prins, et se treuve qu'il y en ha assés plus de mortz que
l’hon ne disoit au comencemant, et cella ha donné tant de crainte aux encemis qu'il
o’y ha plus nul qui ouse fere resistence. Et ha lc roy desja gagné tout le pays de
Geradad et Bergamo aveque toutes les villes subjectes, et tout Le pays subject a la
cité de Bressa. Et icelle cité ha envoyé devers le roy pour se rendre, et fera le roy
son entrée a Bressa demain, et ha desja inteligence pour havoir l'obeissance de
Cremona et Cistina, et dedans huyct jours, haura achevé tout ce que luy touchie
par sa part, et vous asseure que si l’empereur dort a ceste heure, il ne se revellicra
jamays, et s’il marchie diligentment, il haura tantost despechié son cas, haïiant si
prouchaine la faveur des gens d'armes du roy. Mays a la verité, chascun est esbahy
que despuys le III° jour de ce moys nous n'havons eu novelles quelconques de luy
ny de son armée et ne povons entendre ou il est. Dieu le veullie inspirer a fere son
bien et honeur.
Madame, vous me manderëés et comanderés vous bons plaisirs pour iceulx
acomplir de tout mon povoir, aydant nostre seigneur qui, ma tres redoubtée dame,
vous doint l’entier acomplissemant de vous desirs.
J'hay esté devers madame Blanche laquelle vous rescript ainsy que verrés.
Monseigneur de Genefve est icy au camp et fu a la journée de la bataillie et s’est
monstré ung rustre, et sont aveque luy monseigneur de Bussy, monscigneur de M...,
mouseigncur de Montjovent, monseigneur de Vaulpergue et plusieurs aultres
gentilzhommes jusques au nombre de XXIIII. Escript au camp a Travallia, a huit
petites millies de Bressa, ce XXII° jour de may.
Vostre tres humble et tres obeissant subget et sorviteur,
MERCURIN de GATTINARA.
Au dos : À madame, ma tres redoubtée dame.
{Sur le dos de cette lettre qui a servi pour une rubrique d'un classement fait par
Jean de Marnir) : Lettres escriptes a madame par le president Gatinelle luy estant
en ambassade de la part de l’empereur et de madame pres le roy de France es Ytales
et en France depuis le mois de may XV°IX jusques en decembre ensuivant.
358 MARGUERITE D'AUTRICHE
PREUVE XXX
[1509], 22 mai, Brescia. — Lettre de Claude de Seyssel à Marguerite
d'Autriche concernant les relations de l’archiduchesse avec le duc
de Savoie.
{Original. Arch. Nord, B 19005, n° 39027].
Ma tres redoubtée dame.
Je me suis trouvé par le commandement du roy mon maistre avecques
messecigneurs de Viry et le president de Bourgoigne (‘), ambassadeurs de l’empereur
vostre pere devers monseigneur de Savoye, pour aucunes chouses dont mesdicts
seigneurs les ambassadeurs avoient charge qui vous touchent, et m'y suis emploié en
ensuivant la charge que j’avoie dudict seigneur roy le moings mal que j'ay peu
telement que, par la bone conduite de mesdicts seigneurs les ambassadeurs et aussi
pour le bon vouloir que mondict seigneur le duc a envers vous, les chouses ont esté
acordées au plus pres de l'intention dudict seigneur empereur et de sorte que a mon
advis vous en contenterés et cognoistrés le vouloir de mondict seigneur le duc estre
bon et entier a vous complaire en toutes chouses ainsi que la raison le veult. Et si
par le passé y a eu quelque petit different, l'attriburés au temps et a la joenesse et
aurés tousjours, par la vertu et haultesse de vostre cueur, l'amour et l'affection que
avés eu par le passé a la Maison et au païs ou vous avés esté tant aimée, honorée et
estimée et serés tousjours tant que ceulx qui vous y ont cogneu seront en vie.
Madame, si j'estoie si homme de bien que vous sceusse faire quelque service, je
me tiendroie bien heureux quant il vous plairoit le moy commander, tant pour le
debvoir que je y ay que pour les sens et vertus qui sont en vous dont tout le monde
a veu l'experience.
Madame, je prie Nostre Seigneur qu'il vous doint tres bone vie et longue.
Escript a Bresse le XXII° de may.
Vostre tres humble et tres obeissant serviteur
Signé : CLAUDE de SEYSSEL.
{Au dos]: À ma tres redoubtée dame, madame Marguerite, douhaigere
de Savoye.
PREUVE XXXI
[15091 5 juin, « Zeybercht ». — Lettre de Jean de Marnix à
Marguerite d'Autriche au sujet des affaires des Pays-Bas et du comté
de Bourgogne.
(Autogr. Arch. Nord, B 18830, n° 25743].
Ma tres redoubtée dame.
L'empereur vostre pere fait presentement depescher ce poste pour, suyvant ce
que je vous ay escript, envoyer responce a messeigneurs les ambassadeurs sur le
contenu de leurs lettres, par laquelle responce, Madame, il les avertit de beaucop de
(:) Mercurin de Gattinara, président du Parlement de Dôle au comté de Bourgogne.
PIÈCES JUSTIFICATIVES 359
choses conformez a ce que par mes dernicres lettres vous ay signiffié, tant touchant
son allée que aussi sur le fait de la paix et neutralité etc., et le tout bien entendu,
trouverez ladicte response fort ambigue et n'y a remede de destourner Sa Majesté
de celles ambiguyctés ; maiz, Madame, vous estez bonne et saige pour user des
choses ainsi que verréz apartenir, ct si ne le faictes ainsi, j’ay grant doubte que les
afferes ne se porteront guieres bien.
Madame, vous vorréz aussi son advis touchant le fait d'Angleterre, et de tout
cella je me contente assez, excepté du dernier article contenu esdicte responce
touchant ce que je vous ay dernierement avertye par ung billiet des offices et
beneffices, et congnoissant assez comme la raison veult que ne le prendriéz de bonne
part, ay remonstré a l’empereur cest affere le mieulx que possible m'a esté de moy
mesmo en la maniere que s'ensuyt: « Sire, j'ay entendu par maistro Hans Renner
aucunes choses que luy avyéz ordonné me communicquer touchant ma depesche, et
mesmement ce quo luy avéz dit des offices et beneffices. Sire, je vouldroie bien
supplier a Vostre Majesté que son plesir fut bien penser en cest affere et faire telle
response a Madame vostre fille qu'elle s’en puisse bonnement contenter car, Sire, si
Vostre Majesté luy oste maintenant ce povoir de conferer offices et beneffices la ou
ça devant par vostre ordonnance elle en a usé, que dira le peuple sinon qu’elle vous
aura desobe}, ce qu'elle ne pensa oncques. Sire, elle est vostre seule fille qui a si
grande affection a vous bien servir, son honneur est le vostre et si elle n’a aucune
auctorité, quelle extimacion fera l'on d'elle, etc. ».
Madame, sur cecy il pensa ung peu, mordant ses levres et soubit comme
courroucié me respondit: « Dictez a ma fille qu’elle m'envoye ung chevalier de
l'Ordre pour conferer avec moy, car c'est trop haulte maticre pour vous ». À quoi je
respondys : « Sire, pardonnéz moy, s’il vous plait, ce que j'en faiz je le faiz comme
serviteur de Vostre Majesté et de Madame vostre fille »; et depuis je n’ay parlé a
Sa Majesté. Et pour dire vérité, Madame, je ne sçay dont cecy procede, car vous
verréz au commencement desdictes responces comment il est deliberé vous donner
tout ample povoir et gouverner tant en bas que en Bourgogne etc., et a la fin
desdictes responces, il vous couppe lesdicts offices et beneffices avec une rethorique
que je ne sçay entendre. Et puisque je voys ainsi les choses, je vouldroye n’estre
jamais venu, car je courrouce Ja compaignie ; toutesfois il me semble, Madame, que
messeigneurs les ambassadeurs luy doibvent faire sur cellui article une responce
conforme au proupoz que j'ay eu avec Sa Majesté, autrement, Madame, et si ne
faictes autrement que ne faictes, n'en sçauréz jamais venir a but, ainsi que je
vous direy.
Madame, je ne puis avoir congié, et si ne fais rien icy, toutesfois je me mectrey
en paine de deslogier en quelque bonne sorte, combien, Madame, que l’on diticy que
m'avéz envoyé pour une deffaicte que seroit, si ainsi estoit, sans jamais l'avoir
deservy, et en ce cas, j'aymeroie mieulx aller aïllicurs. Toutesfois, Madame, je ne le
croy pas et ne layrey pour ce de m'en retourner devers vous.
Madame, il n’y a icy nulles nouvelles. L'empereur va chassant a l’entour de
ceste villete attendant nouvelles de la treve, etc. et aussi la journée imperiale qui se
tiendra a Spir que l'on dit. Monseigneur le cardinal n’est point encoires depesché et
est a Couloigne avec monseigneur de Gurce (‘), et ne sçay s’il y aura quelque
changement a sa charge. Escript a Zeybercht, ce V° de juing.
Vostre tres humble et tres obeissant subgect et serviteur
JEHAN de MaARNix.
(t) Mathieu Lang, évèque de Gurk, en Carinthie, depuis le 6 oct. 1501, cardinal en 1511,
puis archevêque de Saltzbourg, décédé le 30 mars 1540.
360 MARGUERITE D'AUTRICHE
PREUVE XXXII
1509, 10 août. — Procès-verbal de la réception de la châsse du Saint
Suaire offerte à la Sainte-Chapelle de Chambéry par Marguerite
d'Autriche.
{Original notarié parchemin. Arch. Nord, B 1535, n° 16611/.
In nomine Domini, amen. Anno a Nativitate ejusdem Domini millesimo quingen-
tesimo nono, indicione duodecima, die vero decima mensis augusti, pontifficatus
Sanctissimi in Christo Patris et domini nostri domini Jullii, divina providencia pape
secundi, anno sexto, in nostrum notariorum publicorum et testium subscriptorum
presentia, personaliter constiluti venerabiles et egregii viri domini Johannes
Rovererii, archidiaconus, Humbertus Vesperis, thesaurarius, Johannes Chilode,
vicarius, reverendi domini Johannes de Foresta, decani Sabaudie, Anthonius de
Bergone, Johannes de Pradello, Petrus Novellese, Philibertus Buttet, canonici,
Glaudius Thome, Glaudius Sorvenchi, Bonifacius Blondeti, Johannes Grillieti,
capellani, Glaudius Fabri, Anthonius Bellipanis, Andreas Sabaudie, clerici dicte
Sancte Capelle in ecclesia predicta, ante majus altare ibidem in loco electo pro
capitulo tenendo ad sonum campane die et hora ac more solitis ad infrascripta
peragenda congregali et convocali capitulantes et capilulum facientes, qui ex
eorum certis scientiis et spontaneis voluntatibus tam conjunctim quam divisim pro se
et eorum successoribus in dicta Sancta Capella confitentur se habuisse et realiter
recepisse, integre et honeste preservare et custodire juxta eorum possibilitatem, capsam
insignem argeuteam in multis locis deauratam cum ymaginibus incissis et decentibus
circondatam et ornatam ab Illustrissima domina nostra domina Margarita, archi-
ducissa Haustrie et Burgondie ducissa, doageria Sabaudie, comitissa Burgondie,
Quadrilegii necnon Baugiaci et de Villariis ac patriarum Breyssie, Vuaudi et
Foucigniaci etc. domina, per manus magniffici ducalis Sabaudie consiliariü et
cambellani Laurencii de Gorrevodo, baronis Montanesii, domini Gerbaysi,
gubernatoris Breyssie, deputatam et oblatam per eandem illustrissimam dominam
nostram dominam Margaritam ad reponendum, includendum et preservandum
honoriffice Sacrosanctam Syndonem in qua Corpus domini nostri Jhesu Christi,
postquam fuit de Cruce dépositum involutum, et in Sancto Sepulcro inclusum fuit,
prout effigies et stigmacta plagarum per verum Christi Sanguinem apparent, qui
quidem canonici dictam capsam recepisse confitentur sub pactis, conventionibus
promissionibus et conditionibus in instrumento per me Stephanum Borrelli, notarium,
recepto et signato contentis et descriptis, cujus tenor sequitur et est talis :
Suivent l'obligation prise le 30 mai 1509 par le chapitre de la Sainte Chapelle
de Chambéry de célébrer une messe quotidienne en l'honneur de Philibert de Savoie
et de Marguerite d'Autriche el le texte de la délégation passée le 1% octobre 1496 par
Jean de « Foresta », doyen de la Sainte Chapelle, à Jean Chilod, chanoine de cette
collégiale.
Quequidem omnia in dicto instrumento contenta dicti domini canonici, presbyteri
et clerici de novo comprobant, ratfficant et emologant, de quibus omnibus et singulis
dicte partes, scelicet dictus magnifficus Laurencius de Gorrevodo, gubernator
Breyssie, quo supra nomine, et prefati venerandi domini archidiaconus, thesaurarius
PIÈCES JUSTIFICATIVES 361
et vicarius ac ceteri canonici, presbiteri et clerici ejusdem capelle petierunt a nobis
notariis subscriptis de premissis tria instrumenta ejusdem tenoris.. Acta fuerunt hoc
in dicta ecclesia, in castro Chamberiaci, ante majus altare, presentibus ibidem
spectabilibus ducalibus consiliariis Ludovico de Derreyaz, presidente Sabaudie,
Anthonio de Rossellione, domino Belliretorti, milite, presidente Camere computorum
Sabaudie, Janus de Crans, collacterali, Paulo de Capris, advocato fiscali Sabaudie,
Guillermo Castellano Annessiaci, Johanne Candie, Gilberto de Varax, Humberto
Chabeu, domino de Verfay, ducalibus scutifferis egregiisque Johanne Bonet, Johanne
Verdet et Calixto Forcrandi, ducalibus secretariis, testibus ad premissa astantibus
vocatisque specialiter et rogatis.
{Suivent les seings et les formules des notaires Etienne Borel et Claude Caltel/.
PREUVE XXXIII
[1509, août]. — Lettre de Marguerite d'Autriche à Laurent de Gorrevod,
le félicitant de son mariage et lui donnant des instructions sur le douaire
de Savoie.
/Minute. Arch. Nord, B 18830, n° 25840).
Tres chier et bien amé.
Nous avons receu par ce pourteur voz lectres par lesquelles nous escripvez comme
monseigneur de Morienne et madame la mareschalle vous ont maryé de quoy,
suivant ce que nous aviez promis, nous en avertisséz, vous remercions de vostre bon
avertissement et bonnes nouvelles et sumes bien joyeuse que avez adressé a une si
bonne, belle et vertueuse dame. Dieu doint que au bout de l’an en puissiéz avoir ung
beau filz…
Vous hasteré aller veoir nostre ouvrage de Broux. Vous nous feréz sçavoir
combien il fault pour lever les bulles pour ledict Broux et nous les ferons recouvrer,
vous recommandant ledict Broux.
Touchant les memoires et responces sur le fait des pays de nostre douaire en
Savoie, apres avoir receu lesdicts memoires et advis sur icelles, avons le tout
renvoyer a nostre president avec povoir pour besoigné. Et qant Tourtellet a veu
lesdicts memoires, il a respondu qu'il n’avoit charge de besoigné selon icelles, et ne
pourtoit son povoir synon de besoigné selon ses instructions, par quoy la chose est
retardée jusques il ait nouvelle de Monseigneur de Savoye, mon bon frere, auquel il
a envoyé le tout.
Sur cest affere a fait ledict Tourtellet une ouverture de lui mesmes telle qu'il luy
semble que, sans actendre la conqueste du royaulme de Chippres, mondict seigneur
et bon frere, en luy quittant ce qu'il me doit et luy rendant ses baghes, 1l me baillast
le souveraineté et tout tel droit a vye durant qu'il peult avoir es pays de mondict
douayre, laquelle ouverture de prime face nous a’semblée bonne et meilleure que
d'actendre ladicte conqueste pour vivre et demeurer en paix en noz pays et y estre
dame et maistresse et pour eviter debatz et rancune, aussi les fraiz que journelement
nous fault supporté a aller a chascun cop devers mondict seigneur, et auryons
merveilleux regret si estions en nosdicts pays et l’on nous feist chose contre nostre
302 MARGUERITE D'AUTRICHE
traité, ce que congnoissés l'on fait journelement. Et a ceste cause avons escript qu'il
entendit dudict Tourtellet de Iny mesmes si la chose scroit conduysible, et de ce qu'il
en cntendroit avec son advis, il nous avertit incontinent; de vostre part y pourréz
penser sans en fcre bruyt et nous escripre aussi vostre oppignon, afin de selon ce
nous conduyre…
PREUVE XXXIV
[1509], 13 septembre, « Chastelneuf ». — Lettre d'André de Burgo
à Marguerite d'Autriche concernant le projet de mariage du duc
de Savoie avec Jeanne, reine de Naples.
{Orig. Arch. Nord, B 18830, n° 25861/.
Madame...
Je croy, Madame, que vous sçavéz a quel terme sont les pratiques du mariage du
duc de Savoye avec la niepse du roy d’Arragon, Jenne, royenne de Naples. J'ay sceu
pour vray ce matin par la bouche dudict ambassadeur [du roi d’Arragon] la chose
estre en ces tormes que ledict duc de Savoye luy demande trois cens mille escuz
pour dot et que ledict seigneur roy d’Arragon estoit /sic/ ne luy en avoit offert [que]
deux cens milles, lesquelx icellui duc a reffusé, me remonstrant ledict ambassadeur
estre chose hors de toute raison et que riens ne s’en feroit, et que du surplus il ne se
vouloit obligé que en cas que sa femme mourit avant luy sans hoirs de son corps,
rendre sa dot a ses heritiers; et pour ce qu'il le m'a dit en secret, je vous prie a le
garder aussi secret.
À Chastelneuf, ce XIII° jour de septembre.
Vostre tres humble et obeissant serviteur.
Signé : ANDREA DA BURGo.
PREUVE XXXV
[1509, après novembre](f). — Lettre de [Jean Lemaire]
à [Laurent de Gorrevod ?].
{Copie du temps. Arch. du Nord, B 19182, n° 44511}.
Mouseigneur,
Il vous a pleu de voustre grace me faire entretenir avec monseigneur de Liege
jusques a present, sans avoir heu aucune noelle de mon frer Jehan de Paris. Ne say
sy en aves heu, car je luy envouey vos lettres, ainsy comment m’aviéz hordonné.
Monseigneur, que y soit de vostre grace me faire obtenir de madame Marguerite
(1) Cf. sur date NoneT, Tombeaux de Brou, n° 28 et page 20.
PIÈCES JUSTIFICATIVES 303
une lectre de surté en cex pais de Bresse pour ce que je y veux aler pour veoir sy
je pourey fore mon apointement et aussy pour recouvrer de l'argent pour me
monter et acoutrer, et de prendre quelque party, car je ne suis plus deliberé de
vivre ainsy. Si vous supliant m'y voulloir aider et je prierey toute ma vie pour voustre
prosperité et tousjours voustre tres humble serviteur.
PREUVE XXXVI
[(1510;, 24 mars, Moûtiers en Tarentaise. — Lettre de Georges
de Marnix à Jean de Marnix sur leurs affaires de famille.
{Autographe. Arch. Nord, B 18995, n° 38555/.
Mon tres honoré nepveur, je me recomande a vous tant que fere le puys sans
oblier ma bonne niepce vostre femme.
J'ai receu vostre lettre et en oultre ay veu ce qu’avés escript a feu mon frere,
lequel est allé de vie a trespas et a fait la plus belle mort que l’on sauroit fere, et a
esté sa maladie longue de plus de V moys, ayant la plus belle memoyre du monde,
durant laquelle maladie monseigneur de Tharentaise personnellement l'est aller
visiter par troys foys, et a la derniere, qui fust deux jours avant son trespas, luy
donna sa benedicion. Il avoit desja fait son testament XV jours par avant, auquel
fus present, et l’a receu Mermeti, present le pere lecteur de Sainct-Michiel, auquel il
a ordonné estre ensevelly et sepulturé devant vostre chapelle de saincte Catherine,
et plus a fait comment le pouvés entendre ses hoyrs vous et voz freres par egualles
porcions, et donné au seurs ses filles IIT° florins et a ma seur vostre mere a donné la
tutelle des pupilles sans rendre compte et fere inventayre, sa demeurance en la
maison avecques vous tous et en cas, ce que ne sera, elle ne peu acorder avecques
vous et voz freres, luy a donné a sa vie le boys, etc. J'espere que elle sera tousjours
acordant avecques vous et ne desire que vostre vennue de par deça et ma nyepce
vostre femme, tousjours a vostre honneur et aventaige.
Sans vous fere grand lengaige, mondict frere a beaucop souffert durant sa
maladie et paciemment, car jamays n'a esté corrossé de humeur. Il en a heu tant
qu’il a esté possible, et durant la noveyne, vous asseurant qu'il y a heu grande
despense tant en sa maladie que apres, car en sa dicte maladie, autant falloit il fere
feu et veiller toutes les nuys que les jours faisant gros feu, et avoir gens veillans
continuellement, etc. Dieu soit loué de tout. Las! vous esperiés que monseigneur
l'escuyer, vostre bon compaignon, heu veu vostre dict pere, mays le jour avant qu'il
aborde ycy fust faicte et achevée la noveyne ou furent convoyés au disner tous les
bons et gentilzhommes de ceste cité ayant fait l’onneur continuellement qu'il leur a
esté possible sans faillir en riens. Je seroit trop long escrire (ms escre) le surplus,
pourtant en feray la fin.
Touchant le demeurant, devés savoir que la despense a esté grande, tant a cause
de la maladie comment de la sepulture comment devés bien considerer, et d’aultre
part, vostre dict pere mon frere estoit sans argent, pour quoy a esté force de
prendre draps et torches a creance, et avecques celle, empronté argent de
monseigneur le curé d’Aulteville, dont ma seur vostre mere et mon nepveu Pierre,
304 MARGUERITE D'AUTRICHE
qui vint icy quelques XII jours avant le deces de mondict frere, ont fait quelques
plaintes et lamentacions de vostre venue de par deça qu'estoit bien attendue par
eulx et aussy par vostre dict pere a sa vie, qui desiroit fort vous voir a cause de
faulte d'argent, quoy voyant et considerant, ledict monscigneur l’escuyer present
pourteur a offert a ma belle seur vostre mere tous les biens et personne qu'il avoit,
en tant qu'il a presté quarente escus au soleil dont mesdicts scur et nepveu se
voloyent obliger, ce qu’il n’a vollu, pourtant vous prient madicte seur et nepveur
luy vueillés rendre ct restituer. Et desdicts XL escus en fauldra delivrer a mon
nepveur de La Frace, mary de ma nyepce Pernete, qui a bien rendu son devoir et
elle aussy, lesquelx mondict frere envoya querre avent son trespas et sont encores
icy pour le moyns une quinzaine pour ses afferes qu'il a, dont il est ung peu pressé ;
de la reste fauldra rendre l’empronte, poyer draps et torches etc.
Item, touchant ce qui touche monseigneur l'official, mondict nepveur et moy
avons parlé a luy et monstré vostre lettre sus ce passage, lequel en a esté bien
joyeux tant qu'il touche la cure, et en ce cas il fera cella que vouldrés. Touchant la
prebende et chanoynie de Salins, il dit qu'il n’en veut puent car il ne sera jamays
habitant la. En oultre a deliberé s’il peut avoir congié vous aller voir in propria (?)
avant ung moys a cause d'Aymme, et se recomande a vous tant qu'il est possible,
vous advisant qu'il a presenté a ma seur et a mon nepveur or et argent et la personne
et aultres biens sans point de faincte et jusques a C escus, etc. Des aultres afferes et
occurrens, mondict nepveur vous en rescript plus a plain.
Il demeurc a fere response sus ce que aultresfoys avés cescript a feu vostre dict
pere, laquelle response vous a bicn esté envoyée, mays nous entendons bien que
n’avés pas heu les lettres. Et souvent avyons parlé ensemble vostre dict pere et moy
de trouver quelque bonne piece, etc. Et tant y a que aucun avoit parlé de celle que
Anthoine Noyel a en ce cartier de Tharentaise bien secretement et aultres. Mays
mondict frere disoit tousjours qu'il estoit de besoing avoir l'argent present, par ainsy
croy quant ledict argent scroit en quelques mains de marchans en ce pays pour
delivrer a l’eure, l’on trouverait ce que demandés. Mays tant y a que aulcuns disent
que ne vollés riens achater du fez de l’esglise, etc. Je vous promet que celle dudict
Noyel est bon et luy a bien rendu ça devant, etc. Vous y pourrés adviser et rescripre
vostre volloir et au regard de moy vous y serviray plus que ne ferés pour moy.
Mon tres honoré nepveur, je ne vous scay que plus escripre synon que tous
desirons vosire venue et aussy de me nyepce a laquelle et a vous se recomandent
ma scur vostre mere, nostre femme et moy parcillement et d’aultre part ay charge
vous fere a tous deux les recommendacions de messire Copellin et Jacques Coster
qui a esté icy tousjours.. bon subject et serviteur et c’est par milliers de foys…
Escript a Mostiers le XXIIII° jour de mars par
Le tout vostre bon et loyal oncle,
Signé : GEORGE de MARNIx.
PIÈCES JUSTIFICATIVES 365
PREUVE XXXVII
(1510, juin], — Mandement de Marguerite d'Autriche concernant
la mission de Jean Lemaire pour l’extraction de l’albâtre de Saint-Lothain,
destiné à Brou.
[Minule. Arch. Nord, B 19182, n° 44515).
Marguerite, etc., a noz améz et feaulx conselliers Loys de Vauldrey, bailli
d'Aval et a Symon de Chantran, gouverneur et capitaine de Mon[tmorot] et a
chascun de vous ou de voz lieuxtenans, salut. Comme, apres le trespas de feu prince
de bonne memoire nostre tres chier seigneur et espoux le duc Philibert de Savoie,
cuy Dieu absoille, Nous, pour la singuliere amour et affection que lui portions en son
vivant, ce que ne debvons oublier apres, ayons a l'honneur de Dieu premierement et
consequemment pour le bien et remede des aimes dudict feu seigneur et de ses parens
et aliéz, fait fonder et ediffier le couvent de Saint Nycolas de Tolentin lez Bourg en
Bresse, ouquel lieu les corpz dudict feu seigneur et madame Marguerite de Bourbon, sa
mere et nostre grand tante, reposent, et soit nostre intention augmenter ledict
ediffice et fondation de tout nostre povoir et y faire eslever deux ou trois sepultures si
riches et sumptueuses comme a telz prince et princesses appartient, affin que ceulx
qui les verront cy apres ayent occasion de prier Dieu pour les ames, pour lesquelles
sepultures dresser, en ensuivant l'exemple de noz feux predecesseurs ducz et contes
de Bourgoigne, nous soit mestier avoir bonne quantité de marbre noir, lequel avons
desja envoyé querir en Liege, et autre grand quantité de marbre blanc qu'on
dit albastre, dont avons entendu qu'il se treuve une bonne carricre au lieu de Sainct
Lotain lez Poligny en nostre conté de Bourgoigne au bailliage d'Aval, pour lequel
faire extraire et conduyre en quantité convenable nous soit necessaire deputer et
commectre ung personnaige a ce souffisant et ydoine et a nous feable, savoir faisons
que nous, confians a plain des sens, loiaulté et bonne diligence de nostre chier et bien
amé serviteur et indiciaire Jehan Lemaire, avons icelui commis et commectons
nostre commissaire et serviteur especial en ceste partie pour fere fere, solliciter et
pourchasser l'attrait et fourniture de la pierre d’albastre necessaire pour ladicte
euvre, commettre les ouvriers sur ce propices, fere lever ledict albastre, icelluy
tailler et traire de ladicte carriere de Saint Lotain par telz quartiers et quantitez
que lui et le maïistre tailleur d’ymaiges en baïlleront les eschantillons et mesures, et
d'illec les faire charrier jusques audict couvent de S. Nycolas de Tolentin lez Bourg
en Bresse [pour] illec estre mises, en payant deuement et raisonnablement tout ce
que en ce cas fera a payer et frayer, et de ce fere lui avons donné povoir, auctorité
et mandement. Si vous mandons, et a chascun de vous en droit soy si comme a luy
apartiendra, que nostredict indiciaire et commissaire en tout et partout ou il vous
requerra a l’execution de sadicte charge vous assistez et faictes assister par noz
subjects es mectes de vos offices, faisant par iceulx nosdicts Subjectz conduyre et
charrier ladicte quantité de marbre meme jusques es frontieres de noz pays de Bresse
a pris raisonable, cessants les contreditz et empeschemens a ce contraires et non
obstant oppositions et appellations et sans prejudice d'icelles, car tel est nostre plaisir,
et de ce vous donnons plain povoir, auctorité et mandement special par ces presentes,
nonobstant oppositions ou appellations quelconques. Donné.….
366 MARGUERITE D'AUTRICHE
PREUVE XXXVIII
[1510, vers le 14 juillet). — Lettre de Marguerite d'Autriche à
Jean Lemaire au sujet des travaux de Brou et de la collaboration
de Thibaut Landry et de Perréal.
{Minute non datée. Arch. Nord, B 18929, n° 36224].
De par l’archiducesse et contesse, etc.
Chier et bien amé, nous avons conclud et deliberé fere le sepulture a Brou de
l'alebastre estant audict Brou par vous prins a Saint Louthain dont vous voulons
bien averty afin que, suyvant vostre commission, vous poursuyviez ceste affere selon
que vous en avons donné la charge par vostre dicte commission.
Nous escripvons a maistre Thiebault de Salins, auquel a csté marchandé de
ladicte sepulture, se tirer audict Brou et besongnié a diligence sur icelle, et sur
tout qu'il se furnisse des meilleurs euvriers qu'il pourra trouver, et a ce tiendrez
main, aussi que le patron de Prospere /sic/ Coulombe doibt fere aux despens dudict
maistre Jaques /sic/ soit fait. Nous escripvons de ceste matiere a maistre Jehan de
Paris, auquel en communiquerez.
Aussi le solliciterez fere le pourtraict et patron de l’eg[lise] que entendons fere
audict Brou, si fait n’estoit et, icelli fait avec son advis, nous ferez envoyer
incontinent, car nous avons deliberé fere continuer a ladicte eglise ceste caresme, et
ne cesserons qu'elle ne soit parfaicte au plaisir de Dieu.
Au surplus, desirons bien sçavoir de vostre besongnie, et si avez riens de
nouveau, nous ferez plesir nous en escripre. A tant, chier et.
À nostre chier et bien amé secretaire et indiciaire maistre Jehan Le Maire.
PREUVE XXXIX
(1510, vers le 15 juillet] — Lettre de Marguerite d'Autriche à Jean
Perréal concernant les travaux de Brou et le marché de Thibaut Landry.
{Minute non datée. Arch. Nord, B 18929, n° 36223).
De par l’archiduchesse et contesse.
Chier et bien amé, nous avons, apres bien avoir veu voz lecttres, conclud et
deliberé fere fere la sepulture a Brou de l’alebastre tel que avez veu audict Brou et
selon vostre pourtraicte et marchief. À ceste cause, escripvons a lui maistre Thiebault
qu'il se tire audict Brou pour besongnié selon ledict marchief, et voldryons bien que
le bon ouvrier de Tours eust fait le pourtraict selon que avez conclud doit fere sur
ledict marchief. |
Nous escripvons ausst audict maistre Thiebault qu'il treuve et praigne des
melheurs ouvriers qu'il pourra fyner, afin que tant myeulx et plustost il parface son
marchief pour apres, selon ce, marchandé des euvres (?). Luy venu, vous prendrez
garde de trois mois en trois mois ou de quatre, selon que aviserez, pour regarder
com il besongnera et se il fera selon vostre dict pourtraict et devis.
PIÈCES JUSTIFICATIVES 367
Au surplus, nous avons ordonné trois mil florins sur les cinq mille florins pour
fere avances de pierre afin de, a ceste caresme qu'il vient, commancer a nostre
eglise, et ne cesserons au plesir de Dieu qu’elle ne soit achevée pour que les
religieulx s{oijent bien lougiéz. Par quoy vous requerons, chier et bien amé, que si
avez fait le patron et pourtraict de ladicte eglise, que le nous envoyez avec vostre
advis et que, si ne l’avez fait, le veullez fere le plus tost que pourrez, et incontinent
le nous envoyé, et vous nous ferez plesir. À tant, chier et bien amé, nostre seigneur
soit garde de vous.
A nostre chier et bien amé verlet de chambre Jehan de Paris.
PREUVE XL
[1510 ?], 30 septembre, Bonne-sur-Menoge. — Lettre de Mercurin
de Gattinara à Louis Barangier concernant l’administration de la justice
en Faucigny.
fAulogr. Arch. Nord, B 18977, n° 37867).
Monseigneur le maistre, je me recomande a vostre bone grace.
Je suys apres a exploiter ma chargie au mieulx qui me sera possible, et desja
n'hay tant faict que c’est grand honeur et renomée a Madame et espere que le tout
retornera au grand prouffit d'elle et de ses subjectz. Je luy hay escript comant je
havoy interdict l'office au chastelleyn de la Boneville, frere de Savoye, et depuys
hay faict le semblable au chastelleyn de Samoen, ce que n'’ha pas esté agreable a
Mathieu. Et vous prometz que j'hay bien esté marry que le sort soit tumbé sur ceulx
que je eusse voulsu plus supporter et que je tenoye plus mes amys, mays pour le
debvoir de ma chargie, j'hay esté contrainct de aynsi fere, car je les hay trové les
plus entachiés de la bande, et doubte devant que je parte de ceste ville qu'il fauldra
fere de mesme a cesty de Bone et a celluy du Chastellet Clavelly, car desja en hay
quelque bon comencemant. Du chastellein de Montjoye, havoir vehu le lettres de
Madame aveque celles de Monseigneur, je me perforçay a bones parolles persuader
a La Frace de se vouloir desister dudict office, mesmemant pour non desplaire a
Monseigneur, et aussy pour non doner occascion de moy enquerir plus comant ledict
de La Frace s’estoit pourté par avant audict office, luy remonstrant que je havoie
desja quelques informacions du maulvays traictemant qu'il havoit faict ; toutesfoys il
ne fust possible le contenter qu'il se voulsisse desister dudict office, a cause de quoy
je luy dis que je ne permetroye poinct qu'il prinset la possession dudict office, et luy
deffendi de non la prendre jusques a ce que aultremant seroit ordoné par Madame.
Toutesfoys, incontinant que je fu party, il alla prendre la possession, nonobstant la
deffense, disant que je n'havoye poinct auctorité ny commission de ce fere, a cause
de quoy, ce matin, hay faict un mandemant pour luy deffendre soubz la poyne de cent
marcz d'argent et de la indignacion de Madame, qu'il ne se meslet poinct dudict
office jusques a ce que aultrement par Madame luy sera pourveu, deffendant aussy
au subjectz de non luy obeir, et hay laissé celluy de Montfort comant commis et
delegué sede vaccante, comant j'hay faict des aultres que j’hay deposé, car de toutz
ceulx que j'hay demys, je n’hay poinct voulsu fere une scule constitution de
chastelleyn, ayns hay pris le rolle de toutz ceuly qui demandent office pour
368 MARGUERITE D'AUTRICHE
l’appourter a Madame, afin que elle mesme, havoir ouy mon raport, luy mette en
toutz les offices tielz que bon luy semblera. Il est vray qu'il y ha pluseurs concurrans
en l'office de La Boneville entre lesquelz il y ha deuz gentilzhommes pour lesquelz
Madame haura grande requeste, l’un du cousté de Monseigneur de Sainct Joyre,
l’aultre du cousté de Monseigneur de Lucingie, mays celhon que je suys informé,
nully de ce deux ne scroit agreable ny proffitable aux subjectz, toutesfoys 11z s'en
viendront toutz deux aveque moy. Or est il vray que Monseigneur de Sainct Joyre,
devant qu'il fusset requis par son nepveu, m'a dict havoir par avant escript en la
faveur de un aultre gentilhomme appellé de Castronovo, qui est chastelleyn du
chasteau de Faucigni, qui vouldroit laisser ladicte chatellanie et prendre celle de la
Boneville ; et pour ce que je l’hay trové plus homme de bien et n’hay trové nulle
plainte de luy je luy hay conforté de s'en venir avec la lettre de monseigneur de
Saint Joyre devant que je arrive la, et me semble que Madame fera bien de luy fere
sa constitucionz sans actendre aultres requestes; et quant les aultres requerantz
seront venuz, elle se pourra excuser que desja a la requeste de monseigneur de
Sainct Joyre 1l havoit pourveu a l’aultre, car aultremant, s’il luy mettoyt l’un des
deux aultres, esset error pejor priore. Au regard de Monseigneur de Sainct Joyre,
combien que l’aultre pour cui il escripra soyt son nepveu, il m’a dict que quelque
requeste qu'il fera pour sondict nepveu que je ne laisse poinct de dire a Madame
qu'elle choisisse le plus souffisant. Et pourtant, Monseigneur le Maistre, vous en
pourrés advertir Madame et Monseigneur le conte et Monseigneur le governeur afin
que la chiosse soit faicte quant les requestes des aultres viendront pour l’honeur et
prouffit de Madame et de ses subjectz et contentement de toutz les aultres
requerantz.
Monseigneur le Maistre, je espere que vendredy par tout le jour haurons
despeché le demourant de nostre chargie pour nous rendre a Bourg dimenche au
soir ou lundy au disner. Et a tant vous [dis] a Dieu, Monseigneur le Maistre, auquel
je prie vous doner ce que desirés et aussy a ma feme des festes et a ma belle
comerre esquelles s'il vous plait moy recomanderés, et apresterés le petit enfant
pour acomplir le comparagie.
Escript en Bone bien maulvayse, ce dernier jour de septembre.
Le tout vostre frere,
Signé : MERCURIN de GATTINARA.
{Sur le dos} : À Monseigneur Maistre Loys Barangier, mon bon frère.
PREUVE XLI
1510, 16 octobre, Moûtiers. — Lettre de Pierre de Marnix
à Jean de Marnix au sujet de sa présentation à divers bénéfices.
{Original. Arch. Nord, B 18833, n° 26763].
Humanissime frater, humillima debitaque commendacione non omissa. Quia ut
ex litteris vestris perceperam vos venturum fore in festo Sancti Michaelis, quo
tempore in studio non legitur, eum qui tot in me confert beneficia visendi causa
patriam petii, qui cum per litteras piissime matri nostre per vos missas intellexerim
PIÈCES JUSTIFICATIVES 369
vos legitima causa necdum venturum, ut a ceptis non defiscam, Thaurinum proficisci
infra duos dies decrevi.
Preterea, et si michi nunquam dubium fuit quin vobis essem carissimus, tamen
quothidie ex litteris vostris id magis prospicio extatque quod semper pollicitus estis.
Mane ut in litteris vestris legi, tres canonicatus pro me in manibus habetis,
quamobrem vobis immortales gratias ago agamque, dum vivam tantis enim oficiis
non videor michi respondere posse. Vestras item litteras Thaurini missas suscepi, ea
que a me adimplenda sperabat pro posse adimplebo, et si litteras et procuratorem
ad vos necdum destinavi, ea causa fuit quod is qui ea defferre debebat, qui de Turre
nuncupatur, morbo laboravit, usque in presentem diem nec alium tueri invenire
potiri nunc autemillud et quod juxta formam minute nil addito nilque remoto fieri
mandastis presencium lator deffert et vivas attestaciones diversis temporibus et die
expeditas unacum primariis precibus Augustensi et Tharentasiensi, quia jam Auguste
et Tharentasie vacuerunt plura beneficia que occasione non fulminatorum processum
reverendi collatores conferre renuerunt. Ideo, si vobis bonum videbitur, dictos
processus fulminari facietis ct de his que in diocesi Tharentasiensi vim habent si
possibile sit, de novo impetrabitis nomine meo quia venerabilis dominus de Cupellino,
avunculus noster, verretur ne occasione illarum reverendus dominus archiepiscopus
sibi noceat. Dominus Henricus Morelli dies suos clausit extremos in mense ordinari
nec fuit qui auderet acceptare, dictis finem imponendo. Valete. Musteri, die XVI*
octobris millesimo quingentesimo decimo.
Vester humillimus frater ad votaque paratus,
Petrus de MARNIx, studens.
Frater noster de Fracia et soror Peroneta se vobis commendant sororique mee
nomine meo, si placet, salutem dicet.
Au dos : Ilustrissime domine Margarite secretario Johanni de Marnix, fratri meo
honorandissimo.
PREUVE XLII
[1510], 14 novembre, Bourg. — Lettre de Laurent de Gattinara,
procureur de Bresse, à Marguerite d'Autriche concernant le lieutenant
de Bresse.
{Autographe. Archives Nord, B 18850, n° 299601].
Ma tres redoubtée dame,
Vous m'avés mandé que je m'avise en la justice de par deça de voz drois.
De moy, je suis le plus ingnorant de tous et le moindre, mais pour m'acquitter de
mon devoyr et vous obeyr, je suis marry que je suis contrain vous escripre de l'estat
en quoy est vostre justice de present, et ce pour la faulte et indiscrection de vostre
lieutenant messire Combet, lequel, comme :il est tout notoyre, est ung homme
particulier et affectionné tousjours d'ung costel (lire costé) ou d’aultre, et combien
que l’on luy aye deffenduz non faire ryens es cause fiscales sans moy appeller, tant
par voz lectres, Madame, que aultrement, il n’en veult ryens faire, disant qu'il fera
comme il a accoustumé, que ne sera pas vostre prouffit, Madame, ny aussi de voz
pouvres subgectz si n’y remediés.
24
370 MARGUERITE D'AUTRICHE
Madame, dernicrement quant monseigneur fust en ceste ville, il donna audience
deux jours publicque pour ouyr les plaintes d’ung chescun, mais jamais n'y fust fait
plainte sinon contre le dict lieutenant, et de gens de bien dont devant mondict seigneur
ne sieust faire excuse quelconques, et de cas, Madame, si grandz et en tel nombre
que en seryés hebaye et qui seroyent trop longs a raconter.
Madame, pour soy justiffier devant mondict seigneur, apres lesdictes accusacions
faictes, il vint dyre a mondict seigneur publicquement, luy cuidant complaire et en
ma presence, Madame, qu'il n’estoyt point Margaritain, dont mondit seigneur luy feist
une honteuse responce et depuis ne le vouloist veoyr ne ouyr, et dit publicquement
qu'il est lieutenant de mondict seigneur, comme j'ay escript bien au long a vostredit
gouverneur.
Madame, de tout ce que je vous escriptz et de plus grandz choses je le maintiendray
sur mon honneur, vouz assurant, Madame, que si n’y donnés ordre, n’est poussible
qui n’en sortisse quelque inconveniant. Et ce que je vous en escript, Madame, c'est
pour ma descharge et obeyr a voz commandemens. Escript a Bourg ce quatorziesme
jour de novembre.
Vostre tres humble et tres obeissant serviteur,
Signé: LAURENS GATTINAIRE,
procureur en voz pays de Bresse.
PREUVE XLIII
[1510 ?]. — Mandement de Marguerite d'Autriche [au procureur de
Bresse] lui prescrivant l’arrestation des gentilshommes et des malfaiteurs
qui pillaient la région de Bresse.
[Minute. Arch. Nord, B 18834, n° 27208).
Marguerite,
Tres chier et bien amé, nous avons receu voz lettres et par icelles entendu le
desir et affection que avés de nous servir en l’estat et office que vous avons commis
et institué, dont sumez bien joieuse et esperons, si ainsi le faictes, de tellement vous
recompenser que auréz cause vous en contenter.
Au surplus, nous sumez avertye qu'il y a ung tas de gens du pays de Bresse et
d'environ, gentilhommes et autres tres mal condicionnéz, qui ne cessent journellement
de se assembler, envahir, piglier et desrober gens deça et della, tant riere nous que
alentour, tellement qu'il y a a ceste heure personne qui ose vuydier sa maison, de
quoy nous sumez tres mal contente et nous esbayssions que vous et autres noz
officiers de Bresse n’y remediéz autrement, et mesmement vous, a cuy il est plus
loysible fere telles poursuytes que a gens de longe robbe. Par quoy et que nostre
desir est sur toutes chose tenir noz pays en paix, justice, union et bonne pollice et
que chascun puist aller seurement par iceulx, vous mandons et commandons tres
expressement que, appeléz par vous ceulx qui feront a appeller, sur ce y pourvoiéz
tellement et si dilligemment que telz volleurs et malfacteurs peussent estre prins et
apprehendéz ou corps, et en apres, que d'iceulx l'en face telle et si bonne justice
sans faveur ou parcialité quelconcques qu'il soit a l'exemple d'ung chescun et que
PIÈCES JUSTIFICATIVES | 371
noz pays soient netz de telz maulvais garsons, et quant ne les pourra apprehender,
qu'on y procede par contumace, confiscation de biens et autrement, ainsi que a justice
apartiendra. Et si en ce faisant convient fere aucuns fraiz oultre les ordinaires, vous
ferés d'icculx rembourser. Sy y vucilléz tellement faire et exploitier que puissions
congnoistre le desir que avés vous bien acquitter en vostre charge.
PREUVE XLIV
[1511], 15 janvier, Chambéry. — Lettre du Chapitre de la Sainte-
Chapelle de Chambéry à Marguerite d'Autriche au sujet du reliquaire
du S'. Suaire et des fondations de Philibert le Beau.
fOriginal. Arch. Nord, B 19250, n° 46229; cf. sur l'attribution de date,
ibid., B 1535, n° 16669).
.Nostre tres redoubtée dame, appres tant de grandz biens qui nous a pleu nous
fere comme de ouffrir une chasse d’argeant dourée de tres grande extime et valleur
ordonnée pour repouser le tres precieulx Sainct Suayre, aussi de nous avoir donné
chasubles, darmatiques et draptz d'autel frize et d’aultres, ensemble deux chappes de
vellour noir et le grand tableau de Nostre Dame painct de grand pris et merveilleuse
beaulté, perseverant de bien en mieulx dernierement de vostre grace vous a pleu
nous donner et eslargir troys mille florins monnoye de Savoye, lesqueulx nous
debvoit payer vostre tresorier de Breysse a deux termes deja passéz, comme se conste
par voz lettres patentes, lesquelles vous envoyons pour les renfforcer, si vostre bon
plaisir est, de sorte que puissions obtenir poyement desdicts trois mille florins le plus
brefz qu'il vous plaira pour les emploier en bonnes rentes qu’avons a main, en
descharge de vostre grande messe de Requiem, laquelle a esté celebrée a dyacre et
soubdiacre par voz chanoynes continuellement despuis le jour que vostredicte chasse
fut offerte, ainsi qu’en summes tenuz et obligéz au remede de l'ame de feu nostre
tres redoubté seigneur monseigneur Philibert, duc de Savoie, que Dieu absoulve ; il
vous a pleu de nouveau que nous obligeons sellon le contenu de vos dictes lectres,
laquelle chouse ferons de tres bon cueur, a cause des grandz et innumerables biens
que nous avés faictz. Et pour ce faire, nous vous envoyons le double dudict oublige
pour y addir et diminuer tout ainsi que vostre bon plaisir sera, vous suppliant tres
humblement qu'il vous plaise avoir esgard aux bonnes et anciennes coustumes des
esglises universelles tant cathedrales que collegialles, ausquelles jamais ne se chante
messe fondée pour les trespassés les dymenches et jours de festes doubles et
sollempnes, mais occupent telz jours a donner louenge a Dieu et a sa Glorieuse Mere
et gloire triomphante au Saimct duquel on faict l'office, sans mesler Requien avec le
Gloria patri, ne pour ce ne laissent ilz a tieulx jours de rendre leur debvoir en leurs
oraisons et messes pour tous ceulx et celles ausqueulx 1lz sont tenuz et obligéz de
prier. Nous vous supplions tres humblement que vous plaise avoir aggreable que
fassions ainsi que toutes aultres esglises font... À Chambery, ce XV° de janvier.
Vos tres humbles et tres obeissantz serviteurs et orateurs les chanoynes et
chappitre de vostre Saincte Chapelle de Savoye.
Au dos : À nostre tres redoubtée dame.
372 MARGCGERITE D'AUTRICHE
PREUVE XLV
[1511], 7 février, Pont de Vaux. — Lettre du procureur de Bresse
[Laurent de Gattinara] à Barangier, greffier [du Parlement de Dôle|,
concernant les magistrats du Conseil de Bresse.
{Original. Arch. Nord, B 18834, n° 26988].
Mon tres honnoré scigneur.…, apres vostre departement, vint a Bourg le beau
frere de monseigneur de (Gource, monseigneur l'ambassadeur qui s’en alast devers le
roy d'Aragon avec mon frere pour l’empercur, et me dist que mon dict frere estoit
saing et en bon point, Dieu mercy, combien qu'il aye esté ung peu malade de son
catarre, et me dist que mondict frere ne pourroit partyr devers ledict roy deans
Pasques jusques a ce qu'il aye responce et aultre mandement de l’empereur, combien
qu'il ne m'aye ryens escripl.
Au surplus, je vous advertis que Roollet est de retour de devers nostre tres
redoubté seigneur [le duc de Savoie], lequel a appourté quelque responce asses crues
laquelle fust lehue et publyée en Conseil, et furent demandées les oppinions de
chascun selon la coustume et l’on commença a moy comme le plus fol, et combien
que je fusse d'avys que l'on envoyast le double de ladicte responce a nostre tres
redoubtée dame et l’advertyr des aultres responces que nostredict tres redoubté
seigneur avoit desja fait sur les articles a luy presentés par moy touchant Surpierre,
car la responce derniere est toute a l'opposite de l’autre, touteffoys messeigneurs
dudict Conseil furent trestous de contrayre oppinion comme ceulx qui craignent
desplaire a mondict scigneur et qui doubtent encouryr sa male grace, et tout pour
vous dyre veryté, comme gens de court qui vont a Plaisance et laissent Veronne, sans
nully excepter fors que monscigneur l’advocat lequel a la fin fust de mon oppinion;
mais a la fin nous ne fusmes pas creuz et pour ce, pour moy acquiter tousjours a la
raison et tenyr le serement que j'ay a madicte dame, volentyers vous en ay voulsu
advertyr comme celluy en qui est toute ma fyance et le singulier de mes amys de
par della. Et s’il vous semble de en advertyr madicte dame pour ma descharge, me
ferés ung singulier plaisir, sy non en ferés vostre bon advys car je me submectz de
tout a vostre correction et vous promectz, ma foy, que j'ayme mieulx estre loyal
pouvrre et coquin /si/ et en debat de tout ledict Conseil que estre desloyal a
madicte dame, car j'ay fait le serement en ses propres mains, lequel j'ay tenu et
tyendray quant je deveroye perdre corps et byens. Je en heusse a elle mesme, mais
je me doubtoye de mal faire. Touteffoys si vostre bon plaisir est en cecy, et en toutes
aultres choses, me ferés mes excuses, et s’il vous plait me mander ou commander
quelque chose, l’accompliray de tout mon pouvoir.
En oultre, je croys que estes assés advertys que monseigneur est contrain fayre
la guerre aux Allemans, lesquelx demandent la plus part de son pays pour les
faulces donacion receucs par le traitre de Furno, et demain, l’on fera les monstres a
Bourg, et desja tous les gentilhommes sont mandés de la part de mondict seigneur.
Madame la presidante et madame la maitresse, vostre femme, font bonne chiere
avec le petit Anthoine et ne dessirent que d’avoir de voz nouvelles. (!).
Vostre humble serviteur, le procureur de Bresse.
(1) « Madame la Presidante » est vraisemblablement la femme de Gattinara, président du
Conseil de Bresse (Andrietta degli Avogadri). « Madame la maîtresse » désigne Claude Grillet,
femme de Louis Barangier, maître des requêtes de l'Hôtel de l'archiduchesse. Cf. Arch. Nord,
L. M., n° 37980.
PIÈCES JUSTIFICATIVES 313
PREUVE XLVI
[1511], 23 février, Verboz. — Lettre de Louis de Balliant,
[s' de Verboz|, au comte de Montrevel et à [Laurent de Gorrevod|,
gouverneur de Bresse, relative à la mauvaise administration du douaire
de Savoie.
{Original. Arch. Nord, B 18947, n° 36940).
D
.…lJ'ay esté a Bonnaz et ay tout remys a monseigneur le juge, et n’est pas sans
cause car le chatellein a desir de ce fere riche et voyla le plus gros que je vous
rescrips de la visitacion que j'ay fet, car il n’y a deux fois autant, et tout j'ay lessé
a monseigneur le juge pour escript de la main du procureur fiscal, et de la vollanté
de monseigneur le juge, je m'en suis signé desoubz, et doit en fere justice ettermyné
les composicions, et le double de tout j'ey envoé a Borg a monseigneur le mestre :
Badel et a monscigneur le tresorier, et pour ce, vous povés cognoistre se ceulx qui
vous disoient que par decza n’avoit rien a fere quan je party dernierement s'il
estoient bien infformé du cas, vous asseurent, messeigneurs, que tout le païs se tient
bien obligé a Madame de ceste visitacion et louent Dieu d’estre en ces mains et y
panssent envoer ung homme pour la remarcier a ce Pasques.
Messeigneurs, au departy de la, je m'en allay vers Monseigneur Annessy car il a
(ms la) pris l’année passé V composicion que valloent deux mille et V° florins et
plus et luy n’en a ricn eu cenon le gran escuyer, et luy dis comme ces places sont
bien entretenues et covertes, et luy dis comme j'avés trové ces composicions fetes et
donnés, don il ce cuydoit eschaufer. Je le dis: « Monseigneur, vous me troverés
toujour vostre tres humble et tres obeissant subgit. Je suis serviteur de Madame et
seray toute ma vie. Je vous dis la verité que pour cella vous rompés son traté et ne
s’an seroit comptanter », don il me dit et adonc ce repesat /sic/ung peu que pour rien
je le mandasse a Madame ny a vous aultres et que je retournasse apres festes
dever luy et que regarderoit de comptanter tout. Et cuydant y retourner, la goute
m'a pris tant que il y a ung mois que je l'ay et encontynant qu'elle me lera, je yray
ver luy et ferey au mieulx que je pourray, et vous suplie, messeigneurs, que
Madame n'en sache rien jusque que je vous dye colla que m'ara fet et la reparacion,
et vous prie, messeigneurs, que tant pour ma goute que pour aller solliciter cella,
car je proffiteray pour l’advenir a tout le moins que aussy pour aller apointer ces
gentilhommes de Monffor, car aultre discencion n’a plus en Foucigny que vous plaise
moy fere prolongier mon congié, car il ne dure que pour le moys d'avril et si vous
plest, le ferés fere pour tout le moys de may, et si plest a Dieu, je y serey devant.
Messeigneurs, je vous rescriprey quatre ou cincq avis tout pour le bien et prouffit
de Madame. Si vous samblent, vous le ferés, et ce non, vous le lereis et soit tout a
vostre bonne correpcion.
Le premier est que les paynnes de la jugerie de Foucigny ne soy recovrent poin,
et ce pert cella pour Madame et de cella l'on paieroit le juge et les procureur et les
aultres; et le tresorier et monseigneur le mestre Badel le ballierent 11 y dux ans,
mes james n’en a esté recovré ung liart, pour quoy fauldroit que le secretere de le
jugerie levat les paynes de mandament en mandement et les balliat aux chatellens,
lesquieulx en compteroient a la Chambre et au tresorier, et les paynnes des
chatellens et des officiers le procureur fiscal le recepvra et en tiendra compte a la
374 MARGUERITE D'AUTRICHE
Chambre et au tresorier et de cella fauldrat donner C florins au juge de creuee de
gages ou vous le perdrés, car monseigneur les a fet jurer sur le saing canonz de non
prandre argent ce non vyvres et a ordonné Mousecigneur que monseigneur de Viry
luy donnasset pour le sel qui est a luy C florins, et il le luy vauldra bien, mesil
p'en fet rien, et monseigneur ne vousit poin ordonner de ces gages et luy dit que
l'en recryroit a Madame, vous asseurant que c’est un gran homme de bien et aymant
jastice et ferés bien de le bien trater. Tochant le procureur fiscal, c'est ung homme
de bien et me semble que proffite aux afferes de Madame, mes il dit que monseigneur
de Balleison prant tous ces gages, car il est bally et procureur, pour quoy vous y
aviserés. | |
Aultre avis est pour les composicions et causes fiscalles, car a Chambery les
causes de Madame je cuyde que il n’y a plus de cent et nulz ne le sollicitet et ce
perdent toutes et les mangent tres bien ses seigneurs de Chambery ; et m'ont dit ces
chatellein de Foucygny que eulx n’y ont bien LX causes et tout ce pert, pour quoy
je dires que vous ostissez a monscigneur Conoz cella qu'il a et a monseigneur
de Laude auxi car il l’a mal... et a Tollein aussy cella qu'il a, car il ne sert de rien;
de monscigneur Gringallet, il fet cella qui peut et lesse le ces gages, mes fauldroit
oster a tous les aultres cella qui l'ont et le ballier au procureur de Bresse et au
procureur de Foucigny et que suvissent les causes fiscales eulx mesmes, et celluy de
Foucygny n’est contant, et james ne se perdront les composicions ny les causes,
pour quoy vous y adviserés.
L’aultre est que james ne permetés fere chatellen au lieu d'ou il est,
L'autre est que ne metés poin gentilhommes chatellen, car il pillient a double et
ne poient poin.
L’aultre avis est, monseigneur le gouverneur, que vostre bally ce tiengne resident
a Bourg et tout le jour qui tiengne conseil pour les afferes de Madame et que fasset
charrier droit ces folz clercs et il n’y a ung que je vous direy may estre de della que
traversset tout et quan il vient ung qui soit a cheval et qui meynne l’avocat et
procureur fiscal et qui metet a but tout.
L’aultre et le principal, je le vous diray moy estre de della. Messeigneurs, je
vous prie que toujours je demeure a vostre bonne grace et moy manderés et
commanderés comme a vostre esclave que je suy a tout jour mais, le scet Nostre
Seigneur qui vous doint tres bonne vie et longe.
À Verboz le XXIII de fevrier. Vostre tres humble serviteur,
Signé : Loys DE BALLIANT.
Sur le dos : À monseigneur le conte de Monrevel et a monseigneur le gouverneur
de Bresse, mes tres honorés seigneurs.
PREUVE XLVII
1511, 2 mars, n.st. Malines. — Lettre de Raphaël Le Nadre
à Jean de Marnix, sollicitant sa protection pour un office.
{Original. Arch. Nord, B 18834, n° 27065/.
Monseigneur le secretaire.
Je vous prie, en ensivant la requeste que vous feiz a vostre partement d'icÿ
touchant l'estat et office de machier que j'ay possessé et desservi du vivant de feu le
PIÈCES JUSTIFICATIVES 375
roy de Castille etc, qui Dieu pardoinst, affin que par vostre moyen j'en puisse
semblablement possesser devers monsecigneur le duc Charles aux gaiges telz que du
vivant dudict feu roy y estoient ordonnéz.
Je vous prie d'autre part vous informer se l'on fera aucun estat a part aux dames,
et se oudict estat s’y feroit maistre de la Chambre, contrerolleur et clercs des offices.
S’ainsy estoit, fcriéz bien demander pour vous l’estat de maistre de la Chambre, et
se ne le voulliéz demander pour vous, se par vostre poursuite et moyen y povoye
parvenir, je vous prommets en donner tel pot de vin que par deux ou trois vos bons
amys seroit dit que ainsi faire devroye, ou que vous et moy nous trouverions
d’accordt sans en empeschier aultrui. La chose vault bien y vouloir entendre, et de
ce qui vous en pourroit advenir, soit dudict estat ou d’aultre qui me pourroit estre
duisable, vous prie de vostre grace en avoir l'offre et advancement de par vous avant
tous autres, et quant aux deniers et payement ne trouveréz faulte. Je n’ay espoir
avoir aucune provision se ce n'est par vostre moyen.
Mademoiselle vostre compaigne et vostre heritier sont en tres bon point.
Monstréz moy sy vous plait en quelque chose que vous voulez servir de moy.
Mon entendement est petit mais la reste jusques a cent florins pres de tout ce que
Dieu m'a presté est vostre. De ma part vous povéz tenir asscuré pour furnir a voz
bons plaisirs tant par dela que par deça de mil florins d’or et avec ce de ma personne
prest accomplir voz bons desirs. Ce scet le Saint Esperit qui, monsecigneur le
secretaire, mon tres honnoré seigneur, vous ait en sa saincte garde.
À Malines le second jour de mars XV° et dix.
Vostre humble serviteur,
Signé : Raphael LE NADRE.
{Sur le dos]: Mon tres honnoré seigneur, maistre Jehan Marnix, secretaire de
l'Empereur, de Monseigneur et de Madame la douagiere de Savoye, a present
embassadeur devers l'Empereur.
PREUVE XLVIII
(1511), 12 mars, n.st. — Instructions de Charles, duc de Savoie,
à son écuyer Usillion, envoyé en mission auprès de Guillaume de Vergy,
maréchal de Bourgogne.
{Cop. cont. Arch. Nord, B 18834, n° 27099].
Memoire a nostre escuier Usillion de ce qu'il aura a dire de nostre part a
monseigneur le mareschal de Bourgoigne, seigneur de Vergy, mon cousin, ou a son
absence a son lieutenant.
Premieremant, que luy avons escript touchant nostre affere d’'Alemaigne, duquel
le croyons assés estre informé et que de fres avons heu lettres de Madame ma seur
qui nous escript le bon vouloir qu’elle ha envers nous et de nous ayder et porter,
ensamble aussy avoir donner charge a mondict cousin faire mettre sus gens du
conté de Bourgoingne.
Et que sumes tres aise qu'il en ayt la charge, esperant qu'il l’aceptera et prandra
voulentier ceste peinne pour amour de nous et pour nous faire plaisir, comme il a
tousjours fect en toutes aultres choses.
376 MARGUERITE D'AUTRICHE
Plus, que luy prions vouloir promptement ensuyvre la voulenté de madicte dame
ma seur et sur le tout donner tel ordre qu’il tienne prest ceulx de ladicte conté,
mesmement gens de cheval au plus grant nombre que faire se poura pour les nous
amener au pays de Vuaud quant il aura nouvelle de nous, affin de nous en povoir
ayder si l'affere vient ou que (ms quel) la chose est tousjours en gros doubte et
difficulté.
Et remontrera que cecy touche madicte dame ma seur et, oultre l'amour qu'elle
nous porte, c'est son cas propre a cause des pays de son douayre qu'ilz sont
ypothequéz a ses gentz pour la faulce lettre dont il est question, lesquelz ils menassent
prandre et invehir, et ceste ayde qu’elle nous fait sera pour les garder.
Plus, que le prions il vouloir diligenter can, apres la journée d’entre eulx et
nous estre tenue que sera le XXIIII de ce moys, est danger qu'ilz ne veuillent
marcher en pays, dont lors nous conviendra avoir nostre cas prest, et que de son
cousté il le soit avec ses gens pour demarcher quant il aura novelle de nous, ainsy
qui sçara bien faire et qu’en avons en luy parfaicte fiance, et que, sur le tout, il nous
veuille faire responce et nous advertir de combien de gentz a cheval il poura finer,
l'advertissant que recongnoistrons bien sa peyne. À Genefve, le XII de mars.
CHARLES. VULLIET.
PREUVE XLIX
1511, 18 mars, n.st., Colmar. — Lettre de Jean de Marnix à
Marguerite d'Autriche concernant le mariage de Philiberte de Savoie.
fAutographe. Arch. Nord, B 18834, n° 27130. Les premiers paragraphes
concernent les affaires de Gueldre, l'hôtel de l'archiduc Charles, celui
des archiduchesses et les finances des Pays-Bas. Publication partielle dans
Van DEN BERGH, Corr. de Marguerite, t. I, page 261}.
.…Touchant le fait de Monseigneur de Savoye dont j’ay par plusieurs fois parlé a
Sa Majesté [Maximilien d'Autriche], elle a cejord’uy depesché deux ses ambassadeurs
pour se trouver a la journée des Suyches et espere l'on qu'il s’en ensuyvra quelque
bien. Monseigneur de Salenove est icy qui sollicite aussi lesdictes afferes.
Du mariage de mademoiselle de Savoye, Sadicte Majesté m'a dit qu'il ne mect
aucune difficulté que soit avec monseigneur de Zachz, l’electeur ou le duc de Baviere,
vostre cousin, qu’il ne conduise ledict mariage, et qu'il en sçaura la fin en brief
temps. Et m'a dit que s’il estoit en voulenté de soy marier, qu'il la prendroit pour
luy, touteffois, Madame, j'ay doubte, quoy qu'il die, qu'il ne le pourra conduyre car
ledict duc de Zachz, apres vostre reffuz, n’a jamais voulu entendre a nul mariage.
Et quant a ce qu'il dit n’estre en voulenté de soy remarier, je me doubte que si
est, car mesmes il m'a dit en vouloir avoir vostre advis, lequel il a assez peu veoir
par vostre memoire que j'apportey a monseigneur de Berghes, lequel il a veu de
mot a autre, maiz en ce cas, je croy qu'il tiendroit aillieurs que a mademoiselle
de Savoye.
Ledict seigneur de Salenove m'a dit avoir charge de, par manicre de devise, dire
a Sa Majesté que monseigneur de Savoye avoit entendu qu'Elle desiroit courir Sus
son marché et m'a enquis si j'en sçavoie riens de vostre part, a quoy luy ay respondu
que non et que je ne le sçauroie croyre.
PIÈCES JUSTIFICATIVES 377
Du mariage que mondict seigneur de Savoye desireroit avoir pour monseigneur
de Genevois, dont il vous avoit pleu aussi mo donner charge, j'en ay parlé a Sa Majesté
qui m'a respondu absolutement que l'en povéz bien mectre hors d'espoir veu que ce
n'est pas party convenable.
Madamo, pour vous declairer l’intencion de Sadicte Majesté, Elle vist tousjours
en l'espoir de la paix que vous ay escript et se fie enticrement aux François et deffic
du roy d'Aragon, et ne luy peult l’on mectre hors la teste qu'on ne vueille faire le
filz de l’arcevesque de Sarragoce roy de Naples. Ne sçay quelle fin il aura desdictes
afferes.
Sa Majesté c’est partie d’icy a nuyt pour convoier le conte paladin Federic, le
duc de Zachz, les marquis vieulx et jeusne de Baden et le duc de Meyclebort a
Anghessey, et doit retourner demein pour continuellement besoigner sur nostre
depesche et a espoir que deans samedy serons depechéz en tout.
Madame, Sadicte Majesté m'a fait bailler les lettres que le duc de Ferraro luy
a escriptes de sa victoire, lesquelles vous envoye avec cestes, et sur ce, madicte
dame, ferey fin. Escript a Collumbier, ce X VIII de mars XV° et dix.
Vostre tres humble et tres obeissant subgect et serviteur,
Signé : MARNIx.
PREUVE L
(1511, mars]. — Rapport de [Louis de Balliant] sur sa mission
en Bresse et en Faucigny.
{Aulographe. Arch. Nord, B 18981, n° 37992).
Messeigneurs, si tres humblement que fere je puis plus me recomande a vostre
bonne grace.
Messeigneurs, encontynant que fus de par decza, m'en allay fere la reverence a
Monseigneur qu'estoit a Chambery, et d'aventure trovay ceulx de Gordam cryant
apres Monseigneur et apres le Consseil, disant que les officiers de Madame les
pillioient et que l'on avoit assencer ledict Gordan a ung que ce nomme La
Montanyere de ceulx de Gramon, et ballioient XXX articles contre luy et contre
son curial ; et entre ces articles disoient comme La Montanyere amenoit les
prisoniers quan les vollours en n’avoient pris au chateulx et avoit efforcer fillies
Jeans et avoit forragier ung curé a Lurtes et plussicurs aultres maulx, et disoient qu'il
avoient esté a Bourg, mes que nulle justice n'y avoient trovéz, et soy querellent aussi
fort de l’advocat de Borg qui est leur juge. Je fis tant que Monseigneur me balliat la
suplicacion et les articles et le mandey a Borg a messeigneurs du Consseil pour y
remedier, mes james n’en ont rien fet comme je cuyde, car l’on m'a dit que
monscigneur de Messymieu en n'a eu VI escus au soulleil depuis, et surtout a esté
une chose mal fete de assencer Gordam a tieul homme, car chascun scet bien que
p'oseroit aller a Bourbonoys d'ou il est, et ou Conseil de Chambery, l’on apelle
Gordam « Spelunca latronum », pour quoy vous y adviscrés.
Monseigneur avoit ballier une aultre commission aussy pour aller a Sallanche en
Foucigny, don je le dis que Madame m'y envoit pour regarder se ces officiers
pillioient les bonnes gens et se l’on y tenoit bonne justice, car Madame ne desire que
3178 MARGUERITE D'AUTRICHE
de fere fere tenir justice et bonne raison. Et encontynant, il fist rompre sa commission,
don le gran escuyer fust bien mal contant, car il l'avoit donnéz la composicion. Et
lendemain m'en allay en Foucigny et ne trovay pas le juge, car monseigneur le
viconte l’avoit en Allemagne mander pour la marque qu’il a avec de Furno, et allay
a Sallanche et la trovay le chatellein et Le Frasse tout en armes. Je le pris et le
mys en prison, et james nulz ne moy reffusat de moy obeyr quan je le comandey de
la part de Madame et tous les compagnons me suyvirent et obeyrent pour l'amour de
Madame, et a la verité dire, La Frasse avoit tort et non pas le chatellein. Je les fis
fiancer et respondre es mains du procureur fiscal et le fis aller a La Bonneville atondre
que le juge fust venuz, mes avant, je le fis bons amys et soy sobmyrent a la dite du
juge pour les interest de Madame, car james n’ay touché en poin des denyers ny
composicion de Madame et tout est remys au juge et au procureur fiscal et au
tresorier, et avant que je partisse, je apointay Monfort et La Frasse ou tant de gens
de bien on fally et qui tenoient tout le païs en discorde grande. Je y fis trois ou
quatre aultres apoinctemans ou il estoient viellies haynes et discencions et le
fesoient vollantier pour l’onneur de Madame, car je leur fesoie encroere que madicte
dame m'avoit envoiéz la expressement pour cella fere, car tous les jours ce
entrebastoient comme diables, et tous estoient blessé et plusieurs tuês et mors sus la
place, et pour brief, je ne lessay discorde ny haynne en tout ce quartyer, cenon de
dux Monffors et le doy aller appointer a Geneve en ce moys de mars, et le fault fere
car tous deux ont grande suyte en ce pays et seroient cause de gran mal.
J'ay esté a Flumet et la, eulx avoient retenu les ossieges de fromages deja dux ans
et pleydoient a Madame a Chambery et nulz ne savoit rien, don jo les mys en prison
et le fis menner devant le juge, don il ce sont obligé de non james le retenyr et de les
sautisfere au tresorier de Madame. Ceulx de la ville ont copés ung gran boys
qu'estoit a tout jour mais pour la reparacion du chateaulx, et Monseigneur en fesoit
gran bruyt. Je les ay fet condampné a quadruple du bois et des interest de Madame
devan le juge et le procureur et le tresorier et ancor d’aultres compocisions qui
seroient trop longes a racompter. Je fus a Monjoie et y a une bonne composicion et
bien maulvaise contre le chatellein La Frasse et tout ay lessé au juge et aux aultres
dessus nommés. À Passie, je n'y ay rien trové contre le chatellein, cenon que
Madame est trompée de L florins pour an, car le chatellein a les ossieges de Madame
pour. florins et se l'on le cryoit, l'on en n'aroit LV ou LX florins par an, et ay
demandé de qui le sist et le j'ay sceu que le chatellein de Flumet, le chatellein de
Monjoie et celluy n’on james conter de baus des bestes de ceulx de Beauffort depuis
Madame a eu Foucygny. Jay esté a Cluses, mes du bally n’ay james eu nulle
querelle, mais il est nonchallant, car je y a trové de bonnes composicions que j'ay
mys en avant, et, entre les aultres, il y a un gran terme de tamps que ung prestre ce
pendit ot le sien valloit VIT florins et tant a esté extimé, et les parans allegoient
qu'il estoit a l’evesque, et encontynent j'envoyay a Gencve vers monseigneur Milliet
et vers monseigneur Gros, et me manderent, se il n’estoit curé, que monseigneur
l'evesque n'y avoit rien et tous ces bien je les myse a le main de Madame, et est
devan le juge et le procureur fiscal. Ledict prestre avoit la chapelle du chasteau de
Cluses que ce nomme Chatillion. Je vous prie que Madame le moy donnet car
Monseigneur l'a donnet à ung aultre, mes je l’arey bien et vous prie que cella l’on
me donnet pour ma dangereuse paynne, car ce prestre doit manger careme prenant.
Y ci, je suis a ung aultre mandement que ce nomme Samoyen, et pour quatre sindiques
tout le mandement estoit en armes a poin de soy batre et le chatellein tenoit une
partie. Je les fis venir a Cluses a mon logis et commis a dux de Cluses que il vissent
leur compte et en XXIIII heures les apointay et furent bons amys; et la partie qui
PIÈCES JUSTIFICATIVES 379
avoit tort pour le mutynement et assemblé de gens qu'avoient fet et auxi le
chatellein qui les suportoit, je les envoyay a monseigneur le juge qui les fist respondre
et fiancer pour Jes interest de Madame. Le chatellein de la Bonneville est frere de
monseigneur le tresorier Vionet et est asses aspre aux povres gens, mes il a
monseigneur le juge qui l'en gardet. À Chatellet de Credot, n’ay rien trové que le
chatellein, ny aussy a Foucigny et m'on dit les bourgeus que il n'eurent james si
homme de bien pour chatellein…
PREUVE LI
(1511, mars]. — Lettre [du Gouverneur du pays de Vaud]
à Marguerite d'Autriche sur le conflit du duc de Savoie avec les Ligues.
{Original incomplet. Arch. Nord, B 18917, n° 35366].
Ma tres redoubtée dame, tant et si tres humblement que faire puys je me
recommande a vostre bonne grace. |
Madame, j'ay actendu longuement a vous escripre des nouvelles de nostre guerre
pour actendre le retour de monseigneur de Salanove qui estoit allé [a Ber]na, pour
mieulx vous en povoyer adverty. A Ia virité, aujourd'uy mondict monseigneur de
Salenove est revenuz, et par effait, a ce que j’ay puys entendre, la guerre ou la pay
est entre les mains de messeigneurs les Suyche et tous veulle avoir l'honneur de
conduire et paciffié cestuy affere et en voldroient bien faire leur profist, may il ne se
pouve acordé entre eulx, car messeigneurs des troys canton Berne, Fribourg et
Salorre, que sunt allié de Monseigneur, desire de demelé ceste matire tout seul
(ms seur), et les aultres canton, que sunt allié des Vallesiens, vouldrent parilliement
conduyre cest affere, et pour mieulx le povoir faire, il ont appelé cinqz aultre canton
avesque eulx, et sunt mantenant huyt canton ensemble qui ont embrassé ce differend,
ceulx de Lucerne, de Churit, de Svyche, de Heres, de Chut, de Singard, d’Autrewal-
dem et de Bala (‘), et huyt canton ont envoyé leur embassadeur a Syon et ont pris une
treve avesque l’evesque de Syon et les Vallesiens san le scieu de monseigneur ny de
ses embessedeurs qui sunt a Berne, combien que en la treve il dise le contraire. Et
parelliement l'ont fait san le scieu de messeigneurs de Berne, de Fribourg et de
Salorre, dum lesdicts des troys ville sunt marry. Et sunt venu lesdicts embessadeurs
de huit canton a Montey devers monseigneur le visconte et luy ont apporté la treva
qui avoient faicte, dum je vous envoye le double, et ont pressé monseigneur le
visconte que la vousy reconfermé pour Monseigneur. Et pour que ce mondict
seigneur le visconte ne l'a puent vousu faire san adverty Monseigneur et ses
embassadeur et ausi ses allié des troys ville, lesdicts embessedeur des huit canton
luy ont usé de grosse parolles et grande menasse en luy disant que hu cas que
n’achete la treve que avons faicte pour bonne et que tout incontinant il ne fist retiré
sont armée, que se declarent tous ensemble ennemys de Monseigneur, se faisant fort de
ceulx de Berna, de Fribourg et de Salorre, et que dedans troys jours, il viendroent
a se grande puissance que le delogerent bien et que tout ce que porrent prendre des
(1) Gantons de Lucerne, Zurich, Schwvtz, Uri, Zug, S'-Gall, Unterwalden et Bâle.
380 MARGUERITE D’AUTRICHE
pays de Monseigneur, qui ne le rendront james. Monseigneur le visconte, voyant
leur menasse, a esté contraint de faire partir (?) ses gens dehors de Monthey deux
aut troys lieu, et luy s’an est venu jusque en ceste ville a cause du logy. Etaadverty
de cecy les embessadeurs de Monscigneur qui sunt a Berna. Et quand ceulx de
Berna, Fribourg et Salorre on entendu que ceste treve avoit esté faite sans [eulx],
il l'an ont esté tres deplaisant et ont envoyé d'aultres leurs embassadeurs a Syon
pour changier ceste treve plus a l’aventage de Monseigneur. Lesdicts embassadeurs
des troys ville on recontré en chemyn les aultres dicts embassadeurs des huit canton
qui s'ent retornient a Berna et les ont vousu retorné a Syon avesque eulx, may il ne
y sunt puent vousu retorné, dum lesdicts des troys ville ont esté marry et ont dit au
embassadeur de Monseigneur que sunt la, et ausi eulx ont mandé a Monseigneur le
visconte que rasambla toute son armée et que fist bien gardé les passages et que
dedans sept au huit jour il l’avertiront de la guerre ou de la pax. Et a ceste cause,
nous sumes tous en armes en actendens leur novelles. Et est apparent que pour leur
difference nous avons la guerre, ou qui faudra que, tous les canton ensemble ayant la
cognoessance de ceste matire, les allié de Monseigneur dise qui le serviront contre
tout le monde. Et voyla, Madame, a quoy la chiose en est, et jusque a ceste heure il
n'y a pas hu on seur cot sne (?) ne d'ung costé ny d'aultre, fors que de ceulx de ma
bende qui on prist deux Vallesiens qui venent a Genesve et pourtent tres bien de
l'argent, may a cause de la treve, monseigneur le visconte le a fait lessé allé et leur
a fait rendre tout leur argent, que a bien deplu a ceulx que les avent prist. Et vous
asseure, Madame, que vostre bende de Bresse ne vous fara puent de honte, et on
esté bien joyeux tous ceulx de l'armée de nostre venue, car il avoent bien peu de
gens a chivalx.
Madame, de ce que sorviendra de nostre guerre je vous en advertiray et ne
tiendra pas a vostre bende que nous ne ganyons la bactallie.
Madame, si vous plait, ne vous ennoyié puent de ma longue lettre, car c'est la
fasson des gouverneurs de Vaud et de Bresso de les faire teulle.
Madame, je vous supplie qui vous plaise me mandé et commendé vous bon plaisir
pour ilceulx acomply et vous obeir de tout mon povoir, aydant Dieu auquel je prie,
ma tres redoubtée /{a suile qui formait le feuillet suivant manque/.
PREUVE LII
[1511], 1 avril. — Lettre des habitants de Cluses, Sallanches
et Bonneville et autres villes du Faucigny à Marguerite d'Autriche.
{Orig. Arch. Nord, B 19252, n° 46241).
Tres redoubtée dame, tres affectueusement vous remercions de la tres necessaire
visitacion qu'a esté faicte par deça en voz scignoiries de Focigny par vostre maistre
d'hostel le seigneur de Verboz, par lequel avons cogneuz le bon vouloir et amour
qu'avéz a nous, dont sumes tres heureux. Et nous a ledit seigneur de Verboz tous
enhortéz de par vous a vivre en paix et tenir bonne union ensemble, ce que ferons
mieulx que jamais, considerant que sumes soubz vostre main, que nous est ung
singulier bien et prouffit.
A semblablement ledit seigneur de Verboz de par vous visité toutes les places,
PIÉCES JUSTIFICATIVES 381
villes et seignoriez de vostre dit pays de Foucigny et a controuléz tous les officiers
qui du passéz avoient mesuséz et abuséz de leurs officiers et commis pilleries et
extorcions sur les povres gens du pays, tellement que les povres gens ont reuz le
leur et iceulx officiers pugays par vostre juge de Foucigny. Et entre aultres, a ledit
seigneur de Verboz de par vous appaisier plusieurs vielles querelles et haïinnes
mortelles ce qu'avoient bien failliz plusieurs bons personnaiges, mais dez lors qu'ilz
ont cogneuz que c’estoit de par vous, de bon cueur se sont bien tost rengéz.
Pour quoy, tres redoubtée dame, vous humblement supplions que puys qu'il vous
a pleu encommencer faire telle visitacion, que vostre bon plesir soit y perseverer, et
nous ferés ung tres grant bien, car cela donra craynte a voz officiers grans et petiz
de non faire injustice ne travailler et extorquer voz pouvres subgectz, en quoy
faisant, nous prierons Dieu pour l’entretencment de voz nobles estat et prosperitéz.…..
À Sallanche, Cluse et Laz Bonnes Villes, ce premier jour d'avril.
Les vostres tres humbles, tres obeissans subgectz et serviteurs de voz pays de
Foucigny.
PREUVE LIII
[1511], 6 avril, La Palisse. — Lettre d'André de Burgo sur les
négociations du duc de Savoie avec les Ligues Suisses et sur la
politique générale.
{Original. Arch. Nord, B 18852, n° 30052).
Madame, avant que d’espedier ceste poste, j'ay voulu ce matin parler premie-
rement au roy, lequel j’ay trouvé tout esmeu pour deux nouvelles qui m'a dit estre
survenue ceste nuyt passée, l’une que le pape est aliené toutellement de la paix et
que tout ce qu’il fait ne sont que pratiques et tromperies, mais que il fault actendre
la responce qu'’aura heue monseigneur de Gurce de l’embassadeur d'Espaigne
qu'estoit alé devers le pape, et que le plus grant bien que peulent avoir l'empereur et
le roy est d’estre resoluz ou a paix ou a guerre, et que le pape a ceste heure plus
que jamais se perforce avec toute sa puissance avec gens de cheval et de pied pour
remectre le siege a La Bastide, ou derrenierement il fut rompu, et semblablement
asseger Ferrare, et que le roy de son cousté y fera tout ce qu’il pourra a l'encontre,
et que si l'empereur vostre pere vouloit fere le semblable, les choses iroient bien,
et de rechief je luy escrips afin qu'il se hatte.
L'autre nouvelle est que les Suisses, es pratiques d’appoinctement que se faisoient
entre le duc de Savoye et eulx, et ne veullent que l’empereur, les electeurs ne autres
en soient mediateurs, mais veullent estre entierement satisfaictz de leur juste
querrelle, et desja s'apprestent ung grant nombre ensamble pour entrer au pays
dudict duc, lequel a, comme desesperé, envoyé ung sien ambassadeur a diligence
devers le roy le supplier qu'il le veulle ayder de genset d'argent. Le roy a respondu
qu'il fera ce qu'il pourra, touteffois qu'il est bien chargé de son entreprinse qu'il a
dela les montz, et m'a dit escripre a l'empereur fere le semblable, et aussi a
monseigneur de Gurce que, avec les ambassadeurs d'Espaigne estant riere le pape,
ilz vuillent tenir main devers Sa Sainteté qu'il face cesser ceste entreprinse des
Suisses, car, de vouloir tenir ces pratiques et mectre broulliz de toutz coustéz, seroit
chose bien contraire. Je luy ay escript comme il m'a ordonné. Ledict ambassadeur
382 MARGUERITE D'AUTRICHE
demandoit ayde de gens ot d'argent, mais le roy dit qu'il ne sauroit faire les deux,
mais qu'il souffisoit que il luy donnit gens et que les autres semblablement l'aydent
et luy qu’il se ayde de soy mesmes. Et a ceste heure, envoye audict seigneur duc
messire Claude d’Ais, evesque de Mersaille, son subgect, et seroit l'on d'advis que
icellui scigneur duc fit tout ce que possible luy seroit pour s’appoincter avec lesdicts
Suisses avec moyen d'argent, et semble qu’il ne sauroit faire appoinctement d'argent
qu'il fut malvais, car l’on a craincte que premierement que ledict duc peut estre bien
secouru, lesdicts Suisses luy feront beaucop de maulx et pourroit tumber la chose a
aucune malvaise fin que l’on ne cuide. Touteffois, en cas que l’appoinctement ne se
peut fere par moyen d'argent et que ce movement des Suisses procedat aussi du
cousté du pape comme l'on croit, j'ay remonstrer au roy que le cas luy touche
beaucop et m'a respondu qu'il le congnoit bien et qu'il ne luy fauldra de son cousté.
J'advertis de ces choses bien et au long l'empereur. Plaise a Dieu qu'il se puisse
donner bon remede en temps, car nous en avons mestier non maindre que ledict duc
de Savoye. Si autre survient, je vous en advertiray. À tant, ma tres redoubtée dame,
je prie Nostre Seigneur vous donner tres longue et bonne vie.
A La Palice, ce matin VI° jour d'avril.
Vostre tres humble et tres obeissant serviteur,
Signé : ANDREA DA BORGo.
Je ne suis point desesperé de la paix, mais le pape et le roy d’Arragon la
veullent fere a leur plaisir et perde qu'il vouldra, et ne se pourra fere autrement.
{Au dos/: À Madame.
(Cachet au lion grimpant).
PREUVE LIV
[1511], 11 avril, Bourg. — Lettre d'A. de Montjovent à Marguerite
d'Autriche sur les préparatifs militaires du duc de Savoie contre
les Suisses.
{Original. Arch. Nord, B 18997, n° 38667].
Ma tres redoubtée dame.
Je croy qu'estes advertie de l'appareil que monseigneur vostre frere a fait en ses
pays pour se garder de la maulvaise voulenté que messeigneurs les Suisses ont envers
luy. Il y a environ dix ou douze jours que mondictseigneur vostre frere me rescripvist
des lettres et commanda par icelles que je luy eusse a mener tous les nobles et
aultres gens de cheval de ce païs et a fere semblablement marcher les gens de pied,
lesqueulx il a fait lever en ce païs jusques au nombre de cinq cens arbalestiers, ce
que je fis, et avons marché jusques a Nantual la ou il luy pleust moy rescripre que
j'eusse a ramener les nobles et aultres gens de cheval en ce païs, et que ung chescun
aye a soy tenir prest pour desmarcher toutesfois et quantes que par luy seront
mandés, et quant aux gens de pied, qu'ilz ne s'avencent point pour trois ou quatre
jours, actendans aultres nouvelles de luy.…
À Bourg, ce XI° d'avril.
Vostre tres humble subgect et serviteur,
Signé : de MONTJOVENT.
PIÈCES JUSTIFICATIVES 383
PREUVE LV
[1511], 27 avril, Genève. — Instructions du duc de Savoie à l’écuyer
Chales sur les négociations avec les Cantons suisses.
{Copie cont. Arch. Nord, B 18852, n° 30079].
Coppie.
Instructions et memoire a nostre escuier Challes de ce qu'il aura a dire a Madame
ma seur de nostre part.
Premierement fera noz humbles recommandacions. Dira qu’avons receu la lettre
qui luy a pleu nous escripre, veu aussi celle que luy a escript mon cousin monseigneur
de Nassau, luy remercyant beaucop de fois le bon vouloir qu'elle a envers nous en
cest affere et tous aultres, comme journellement et de plus en plus nous appercevons.
Sy luy plaise y continuer et que de nostre cousté nous trouvera tousjours de mesmes
envers elle en bon et humble vouloir, continuelment prest a luy fere tout plaisir et
service a nous possible.
Et quant a l’affere dudict monseigneur de Nassau, dira que pour luy donner a
congnoistre l'amour et toutelle (lire totale) fiance qu’avons en elle, aussi que ne
voulons fourvoyer de raison, et qu’il ne tiendra a nous que la chose ne se vuyde
amiablement, sumes content en remectre la congnoissance a madicte dame et en
tenir, faire et complir tout ce que par elle en sera dit, congneu et ordonné, comme
dernierement luy avons escript.
Si luy plaise donner ordre que ledict monseigneur de Nassau le soubmecte
semblablement a son ordonnance et qui luy envoye sur ce puissance necessaire.
Et pour ce faire pourra madicte dame ma seur advertyr du tout ledict monseigneur
de Nassau pour en entendre sa voulenté.
Et en cas qu’il s’y accorde, plaise a madicte dame prendre terme dans lequel
puissions envoyer devers elle, luy de son cousté et nous de nostre, gens instruictz de
noz droiz avecques puissance necessaire.
Plus, dira a madicte dame comme a la journée dernierement tenue a Zuch ou se
trouvarent ses ambessedeurs avecques ceulx de l’empereur et du roy, quelque chose
que tous ensemble sceussent faire, les gens des huits quentons qui estoient la assembléz
ne voulsirent aouyr les lettres pour ce que l'on ne leur presentoit rien. Et furent en
voulenté de faire marcher leurs gens pour commencer la guerre.
Touteffoys, pour la requeste et instance desdicts ambessedeurs, ilz arrestarent
une journée entre eulx aux Heremitez pour conclurre ce qu'ilz vouldroient faire de
la paix ou de la guerre et qu'il nous en advertiroyent.
Sur ce pendant, sont entrevenuz ceulx de Berne, Basle, Fribourg et Chauffusen,
qui n’ont point part en ce affere, et, a leur pourchas et instance, a esté arresté audict
lieu des Heremites qui se tiendroit une journée au mardi apres Quasimodo.
Et ont envoyés lesdictes quatre villes leurs ambessedeurs par devers nous pour
nous faire entendre ce arrest et qu’ilz desirent la paix de sorte que, s’il nous plait, 11z
s’employeront voulentiers de tout leur povoir pour appoincter ceste matere, mais
qu'il est de besoing qu'envoyons noz gens a ladicte journée et qu’ilz ayent puissance
de presenter quelque somme raisonnable, car lesdicts quentons en veullent avoir,
encoires que chascun congnoisse la faulseté du meschant. Sur quoy leur avons
remercyé leur bon vouloir et que sumes bien content qu'ilz s’en meslent pour y
384 MARGUERITE D'AUTRICHE
mectre paix, tant y a que pour la faulse lettre, ne sumes desliberé de payer jamays
une maille pour la consequence et les grans dangiers ou nous tomberions, comme
leur avons fait remonstrer, pourquoy nous ont conseiller que ce que baïillerons soit
pour entrer en quelque aliance avecques eulx.
Sur ce, nous avons despeché noz gens pour estre a ladicte journée ou se doyvent
trouver lesdicts ambassadeurs de l’empereur et du roy, aussy avons escript a ceulx
de madicte dame qu’ilz se vueillent trouver, et lors esperons qu’il s’y dressera quelque
traicté d’appoinctement, duquel et des partys qui se mectront en avant en advertirons
madicte dame, car a ce que povons presumer il y aura encores une journée.
Plus dira qu'il ne tiendra point a nous ne a quelque argent que se affere ne
s’appoincte au moyen de ladicte alliance, et quant ilz en vouldroient avoir par aultre
moyen ou nous gehenner a trop grosse somme qui nous fut insupportable, nous avons
desliberé nous deffendre, par quoy les choses sont encoires incertaines et ne peult
l'on savoir a quoy tomberont, sinon qu’il y a tousjours plus d’apparance de mal que
de bien aux gens a qui nous avons affere.
Et a ceste cause, prions madicte dame qui luy plaise avoir souvenance, si l'affere
venoit, nous donner ayde et de rechiefs en mander sa voulenté a monseigneur le
mareschal de Bourgoigne pour tousjours tenir ses gens prestz, et que de tout ce que
surviendra en advertirons continuelment madicte dame pour la toutelle et entiere
fiance qu'avons a elle.
Communiquera le tout a monscigneur de Montrevel et au gouverneur de Bresse
et fera plus ou moins, ainsi qu’il verra cstre expedient. Fait a Geneve XX VII° d'avril.
Ainsi signé : CHARLES. Et du secretere : VuzcET. Et seelé en placcart.
PREUVE LVI
[(1511](‘), 9 juin, Moudon. — Lettre de Jean d’Estavayer à [Guillaume
de Vergy|, maréchal [de Bourgogne].
{Original. Arch. Nord, B 18973, n° 37750).
Monseigneur.…, Demain a Berne ce doit fere la conclusion avecques les deputéz
de messeigneurs des Ligues. Sy la paix est bien assurée, congnoistrés par lesdis
doubles qu'elle couste bien chierf, que suys assurer monseigneur nostre prince
trouvera bien estrange et non sans cause, veu les durs termes que l'on luy a tenu. Je
crois que mondict seigneur soit de retourt a Geneve de Chambery ou il estoit aller
trouver la royne et monseigneur d'Angolesme qu'ilz ont estéz audict Chambery pour
veoir le Sainct Suayre au nombre bien deux milz chevaulx. Les ungs dient que le roy
passera les monts et d’aultres dyent de contraire. De cela et d’aultres choses que je
pourrey sçavoir vous en advertiray tousjours, vous suppliant en advertir monseigneur
de Besançon, messcigneurs de Vallengin et de Neufchastel. Je mande a vostre
capitaine de Champvens qui ne ce fye pas tant a la paix que pour ung peu de temps
il ne face tousjours bon guest, ce que sumes deliberés de faire en ce pay de Vuaud
(1) L'attribution à l'année 1511 est corroborée par une lettre de Burgo du 6 juin {1511}
mentionnant le passage de la reine de France à Chambéry pour voir le S. Suaire. GODEFROY,
Lettres de Louis XII, II, p. 265.
PIÈCES JUSTIFICATIVES 385
jusques ad ce que ayons de mondict seigneur ce qui ly plaira nous mander et
ordonner. Et pour ce, Monseigneur, que je vous promes ay la teste sy tres rompue
que je eulx yl y a dix ans, ne vous feroy point plus grant escripture... Escript a
Modon le IX° jour de jung.
Vostre homble servyteur,
Signé : Jan d'ESTAVAYER.
Monseigneur, je ne vous fais point de recommandacion de ma femme pour ce
qu'elle est toujours a Grangettes en bonne sancter.
PREUVE LVII
[1511], 16 juin, Bourg. — Lettre du clergé de N.-D. de Bourg
à Marguerite d'Autriche concernant la construction et les stalles
de cette église.
{Orig. Arch. Nord. B 19180 n° 4%447 ; rf. pour l'attribution de date, le mandement
du 15 juillet 1511, Arch. Nord, B 22292, fol. 35].
Madame, nous vous remercions tres humblement la bonne volanté et devocion
singuliere qu'avés eue et avés continuelement en vostre esglise de Nostre Dame de
vostre ville de Bourg, pourquoy sumes desliberer a james estre vous tres humbles et
obeissans subgectz, serviteurs et orateurs, bons amis et favorables a vous religieux.
Au surplus, nostre tres redobtée dame, vous savés et entendés assês la pouvreté
et necessité de vostre dicte eglise de Nostre Dame; nous diligentons le plus que
povons il fere journelement quelque ediffice en tant que, a l’ayde de Dieu et de vous,
nostre bonne dame, protecteresse et princesse inspirée du Sainct Espirit, avons mis
propos recourre a vostre bonne grace que vostre plaisir soit, et pour l'honneur de
Nostre Seigneur et de Sa Glorieuse Mere, voloir avoir pitié de vostredicte eglise,
esperant que dedans peu de lemps, a vostre bonne ayde, que les eugives et pilles
pour fere les deux votes serons achevées, pourquoy, nostre bonne dame, avons
entreprins, se pendant que se ferons lesdictes eugives et pilles, fere faire les formes de
vostredicte esglise, nous confiant en vostre bonne ayde, et avons faict prins avec les
maistres, si vostre bon plaisir sera, pour le nombre de quarante quatre des deux costés,
une cheschune forme pour le pris de trante florins, et les quatre crosses deux cent
et quarante florins, comme si vous plaist verrés pour les portrais, en vous suppliant
en toute humilité que en se principalement ayés vostredicte esglise pour recommandée.
Escript a Bourg le XVI° jour de juing.
Vous tres humbles obeissans subgetz, serviteurs et orateurs, les prestres de vostre
esglise de Bourg.
Au dos: À ma tres redoubtée dame.
386 MARGUERITE D'AUTRICHE
PREUVE LVIII
[1511], 31 juillet, Bourg. — Lettre de A. de Montjovent à Marguerite
d'Autriche concernant le subside voté par les États de Savoie.
{Orig. Arch. Nord, B 18997, n° 38669/.
Ma tres redoubtée dame.
Il y a envyron huyt jours qui pleust a monseigneur vostre frere m'escripre que
me trouvasse a Chambery le XX° de ce moys, ce que j'ay faict, la ou il a tenu ses
Estatz. Le commun peuple a esté mys a ung florin plus qui n’estoit; la ou il ne
poyent que ung forin, fauldra qu'il en poyent deux. La chose a esté faicte de sorte
que ung chescung ce contante, vehu les afferes de mondict seigneur vostre frere. Je
ne scays ce l’on demandera rien a messeigneurs les clerctz, bien ont ilz estéz mys
sus le bureau... À Bourg, ce dernier jour de julliet par
vostre tres humble subgect et serviteur,
Signé : A. DE MOoNJOVENT (!).
PREUVE LIX
[1511], 1° août, Bourg. — Lettre de Chivilliard à Barangier
concernant les travaux de Brou.
{Aulographe. Arch. Nord, B 18963, n° 37408).
Mon tres honnorë seigneur, je me recommande humblement a vostre bonne grace.
J’ay receu deux lettres de Madame, l’une par Martin, l’aultre par Mengin. Je luy
escriptz de mes nouvelles et aussi a mons. le Gouverneur.
Mofflet a vou l'ediffice tout au long si comme nous sumes apres fere les cuysines,
garde mangier, aygueroutil, retraitz et aultres choses illecques necessaires. Tout
sera fait a Pasques si le bon plaisir de Madame m'avance IIIT escus, ainsi que j'en
advertiz mons. le gouverneur par une memoyre don le double est icy encloz, et vous
prie avoir sur le tout response. Il est temps entendre a chescune des partyes.
Aussi j'ay receu vostre lettre par Martin et, tant par icelle comme par d’aultres
et vraye experience, apperceu qu'estes plus mon amy que les bons qui ont escript. La
verité sera a querre. Je ne suys ny flacteur ny envieus.
J’ay monstré vostre lettre a madame la maistresse [femme de Louis Barangier]
et aussi a madame la presidente [femme de Mercurin de Gattinara] et leur ay offert
tout mon pouvoir, Il ne restera synon faulte de m’employer. J’ay bon vouloir leur
fere et a vous quelque bon service.
J'escriptz a madame que Mofflet a visité son ediffice si que par effect il me fault
HITS escus. Elle fera son prouffit.
(1) D'après une autre lettre de ce personnage, datée de Belley, 13 août [1511], le duc de
Savoie aurait convoqué à Annecv, à une autre réunion pour le 20 août, les gens d'église et les
châtelains de Bresse (Arch. Nord, L. M., n° 33671).
PIÈCES JUSTIFICATIVES 387
J'ay envoyé a Jehan de Paris et a Jehan Lemayre et ay escript a maistre Henriet
venir veoir nostre cave et l'ediffice, aussi pour avoir son oppinion touchant
l'esglise. J'envoye les lettres de response dudit maistre Jehan de Paris et de maistre
Henriet a mons. le gouverneur, que je pense il mounstrera a Madame et que vous
pourrés veoir apres. Vous y entendrés mes petites dilligences.
Maistre Tibaut a est{é] icy avoir receu les pourtratz dudict maistre Jehan de Paris.
Il viendra besoigner selon le commandement de Madame.
Mengin a son rotour pourtera la response de Messeigneur du Conseil touchant
aulsé l’esglise. Il m'y appellerent et me feirent asseoir aupres mons. le maistre
Badel. Mays jamés ne se voulsit retourné devers moy. Il ne peut laisser son ire. Je
ne vouldroye tenir de sa complexion….
Escript a Bourg le premier jour d’aoust.
Vostre petit serviteur a jamays,
Signé : ESTIENNE CHIVILLIARD.
Sur le dos : À mon tres honnoré seigneur monseigneur le maistre Barangier.
PREUVE LX
[1511], 21 novembre, Bourg. — Lettre de A. de Montjovent
à Marguerite d'Autriche concernant le subside voté par les États
de Savoie pour payer les Suisses.
{Orig. Arch. Nord, B 18997, n° 38670).
Ma tres redoubtée dame...
Pour vous advertir des novelles que a present sunnt de par deça, monseigneur
vostre frere est a Genesve et fait grosse diligence pour faire le premier payemant
des Allemans et, pour soulaiger le menu peuple, a appelé pour ayde a faire cedict
premier payemant messeigneurs les prelatz et autres gens d’eglise ayant ‘benefices
en ses pays et semblablement les notaires. Et veu les grans afferre en quoy il est,
n'y a nul qui ne soit bien contant de ce faire. A Bourg, ce XXI° jour de novembre.
Vostre tres humble et obeyssant subject et serviteur,
Signé : A. de MONJSOVENT.
PREUVE LXI
[1512, février]. — Lettre de Marguerite à Jean Lemaire
après son entrée au service d'Anne de Bretagne.
{Minute très raturée. Arch. Nord, B 19182, n° 44528].
Transcription de la minute raturée : Marguerite, etc. Tres chier et bien amé,
Nous avons receu voz lettres datées a Bloys du premier jour du present mois par
lesquelles, ensemble le compte de l'argent qu’avez receu a Tours pour vostre vouaige
| 388 MARGUERITE D'AUTRICHE
et commission de Brouz, lequel feront veoir par ceulx de noz Finances, et si aucune
chose vous est deue, la vous ferons payer et contenter incontinent comme reson
veult. |
Quant aux patrons des ediffices et sepultures de nostre couvent de Brouz,
Thoison d'or les nous a monstré, et selon que escripvons presentement a maistre
Jehan de Paris, qui y a si bien et amplement labouré, nous entendons qu'il parachevera
de myeulx, dont Iuy en laisserons la charge, et vous requerons que, en ce que vous
y pourrez aider et assister, vous le ferés, comme tenons [que] y avez l'affection, et
vous nous ferez plesir.
Du surplus contenu en vos dictes lettres, mesmes touchant le congié que prenez
de nous par icelles, pour les causes y declarées, nous sumes avant toute euvre bien
joyeuse que avez une bonne dame et maistresse, et nous ferez singulier ct agreable
plesir de la bien servy, car nous savons veritablement qu’elle vous recompensera
tres bien et amplement selon voz merites, combien qu'il peut sembler que ne poviez
moins fere que, a vostre departy d’icy, nous en dire quelque mot de vostredit congé,
toutesfois nous en passons et a tant (si), vous requerant nous adverty tousjours de
quelque novelle, et vous nous feriez plesir, vous advertissant neanmoins que en ce
.Ou vous pourrions fere quelque adresse, le feront d'aussi bon vuel que jamais.
Transcription de la minute rectifiée : Margucrite, nous avons receu voz lettres
datées du premier de ce present mois par lesquelles nous avertissez comme la Royne
vous a retenu en son service, par quoy prenez congié de Nous par vosdictes lettres,
ce que eussiez bien fait vous estant icy. Toutesfoys ne summes deplaissante que avez
trouvé si bonne dame et maistresse et nous feriez plesir de la bien et lealment
Servir.
Quant aux patrons des ediffices et sepultures de nostre couvent de Brouz,
Thoison d'or les nous a monstré et recognoistrons a maistre Jehan de Paris la panne
qu'il en [a] prinse. Et puisques ainsi est que nous avez laissée, le commettrons en vostre
lieu conterolleur aux ouvrages de nostredit couvent et le traicterons tellement qu'il
se contantera de nous.
Touchant le conte que nous avez envoyé, le ferons ‘voir, et si riens vous est
trouvé deu, vous ferons contenter et paicr.
PREUVE LXII
[1512], 27 mai, Tours. — Lettre de Michel Colombe
à Marguerite d'Autriche sur les « patrons » des sépultures de Brou (!).
Original. Arch. Nor:l, B 18966, n° 37472).
Madame, tant et si tres humblement que fere puis a vostre bonne grace me
recommantle.
Madame, j'é receu voz lettres par vostre varlet de chambre Pierrechon et ay veu
le contenu d'icelles dont de tout mon cueur vous remercye.
(t) Bien que l'auteur se soit fait une règle de n'imprimer que des documents inédits, op a cru
devoir faire exception pour ce texte important, déjà inséré dans CociN et BRUCHET, Une lettre
inédite de Michel Crclombe... (Paris, 1914), p. #8. Cette notice est assez peu répandue et :l
nous a paru qu'il était juste de rendre cet hommage au maître français.
PIÈCES JUSTIFICATIVES 389
Madame, long temps a que j'é achevé ce que ledict Pierrechon vous porte, que
Jehan de Paris gardoit et a coustré comme verrez. Je suis apres pour fournir les dix
Vertuz qui seront a l’entour que piessa eusse fait, mais j'é esté mallade et suis encore
avec vieillesse qui me tient compaignye, par quoy n'é achevé; mais je metré poyne
de ce fere en bref avec autres besongnes quo j'ay, a laquelle je mectz ordre pour le
mectre a fin, et lors scray quitte, combien que tousjours en vient d’autres ; mais quant
a vostre besongne, suis deliberé besongner bien bref.
Madame, comme je vous ay dit, je suis viel et malade. Or je n’é femme ne n’euz
jamais. Je n’ay foy ou fiance que on mon nepveu; c’est le baston de ma vieillesse ; 1l
me garde et guyde en tous mes afferes, et se il me laissoit a ceste heure, je seroys
perdu jucques a ce j'auré mis fin a tout.
Madame, vous demandez quant j» pourray envoyer mondict neveu et mes
gens. Certes, je n’auray achevé qu'il ne soit la Toussains tout ce que j'ay a present.
Or l’iver sera incontinent, que l’on doit laisser passer pour le prouffit de la besongne,
et mesmes quant c'est en albastre, par quoy ne pourriez estre bien servie qu'il ne
fust en mars qui vient pour le myeulx. Toutesfoiz, vous me manderez vostre plaisir
pour icelluy acomplir de tout mon povoir.
Madame, j'é marchandé avec ledict Jehan de Paris de fere toute l’ymagerio qu'il
fault en ladicte sepulture, dont je feray lesdictes Vertuz en ma maison et la rendray
toute polie et bien achevée pour VIII escus soleil moyennant qu'il sera tousjours a
mon ayde car a sa requeste jé marchandé a luy et, sans luy, ne me firay en homme ;
il est pres de Bourg, ou sera mon nepveu et deux ouvrifers] avecques luy, lequel
nepveu veult que l’on communique avec luy, ou aut{rement] ne sauroye fere l’œuvre
ne ne vouldroye avoir a autre affere que a luy, [et ainsi] avec son ayde, je desir de
vous servir en sorte que serez contente de noufs et n’aurois] jamais antrepris l'œuvre
se il ne m'en eust requis et fort pr{essé, aussi] m'a il promis ne me abandonner point
en cest affaire... ne feray de ma vye. Il a esté tousjours en toutes mes bonnes
œuvres], a celle de la Royne et d’autres, et pour ce que j'ay ayde de luy a present,
s[i convient] qu’il aide a mon nepveu et mes gens puisque n’y puis estre combien.
sont bien achevéz, mais encor quant se vient a besongner au gr..., a grant art et je
ne sé en sc royaulme qui entende et saiche m{ieux besongner que] mondict nepveu
en qui j’é toute ma fiance et a mon compcre Jehan.
Madame, j'é esté payé et contenté de tous mes patrons par Jehan Le Maire [dont]
vous remercye, mais je vous asseure que pour l’amour de vostre grande bonté...
j'é entrepris vous servir aussi bien que jamais je fis prince ne princesse, [pour quoi]
donnerez lieu a ma bonne voulenté affin de achever ce que Jehan [de Paris a preparé
et me tiens] a present pour estre adelivré de vous servir tout a mon aise.
[et faire ce] que myeulx [porray].
Madame, je pry au Benoist filz de Dieu qu’il vous doint bonne vie et longue.
À Tours, ce XX VII° de may.
De vostre tres humble et tres obeissant serviteur,
Signé: MICHEL COULOMEE (!).
() La signature Micuez CouLomBE est tout à fait différente de celle du contrat du 3
décembre 1511. Il est possible que l'artiste ait, comme on en a de multiples exemples pour
d'autres personnages contemporains, une signature officielle avec paraphe et une signature
ordinaire plus simple. 11 est possible aussi que le maître ait laissé à l’un de ses neveux le soin
de transcrire et de signer cette lettre.
390 MARGUERITE D'AUTRICHE
PREUVE LXIII
(1512, début juin]. — Lettre de Marguerite d'Autriche à [Chivilliard]
pour le concours d’'Henriet de Lyon aux travaux de Brou.
{Minute. Arch. Nord, B 19182, n° 44517),
Tres chier et bien amé, pour ce que nous desirons besongner a toute diligence a
nostre eglise de Brouz, et mesmement que icelle eglise soit faicte el construicte selon
et enssuivant le patron que vous avons envoyé, desirons bien que vous informiez a
maistre Henryet de Lyon sy scet quelque bon maistre masson, soit audict Lyon, ou
celx qui firent nagueres l'eglise de Villefranche et que, par son conseil et advis,
vous fissiez marchiet avec ung bon maistre ou deulx se mestier estoit, ainsi que
aviserez avec ledict maistre Henryet pour besongnié a ladicte eglise et conduyre
l'ovraige d'icelle. Et si ledict maistre Henryet le vouloit entreprendre moyennant
quelque gracieux pris que pouvez convenir avec lui, le vouldryons bien, ou
du moings en lui donnant une pension qu’il y vint une foys le mois et qu'il
regardast de choisir ouvriers tels qu'il les congneut pour besoigner en Jadicte eglise.
Et sur ce que dessus vous informerez le plustost que pourrez, et de ce que en
trouverez, nous avertissez a diligence par homme expres s’il est besoing, sans
toutesfoys riens conclure que premier ayes entendu le tout, car selon que trouverons
que aurez fait, ferons regarder de par deça si treuverions encores un melleur
merchiet. Nous vouldryons bien que faictes tirer autre patron sur celluy que vous
avons envoyé pour ladicte eglise et que vous envoyez cellui que aurez fait sur ledict
patron pour le monstrer aux maistres de par deça, et n'y faictes faulte. À tant.
PREUVE LXIV
1512, 20 août, Bruxelles. — Lettre de Marguerite d'Autriche
au duc de Savoie concernant Claude, bâtarde de Savoie.
{(Minute, corrigée par Marnix. Arch. Nord, B 18840, n° 29130/.
Monseigneur mon bon frere, je me recommande a vous de bien bon cueur.
J'ay par Savoye, vostre officier d'armes, entendu ce que luy avez chargé me
dire quant au fait de mon cousin le conte de Nassou et ma seur la Bastarde. Et pour
ce que mondict cousin de Nassou n'est icy, ue si est peu fere autre que ce que verrez
par l’escript que ledict Savoye porte. Et quant a ladicte Bastarde, j'estoye en traicté
de la marier bien et haultement comme je vous ay fait dire par maistre Anthoine
de Salive et qu'ay dit audict Savoye moyennant vostre bonne ayde, touteffois s'il vous
plaist l'envoyer querre, pourveu que ce soit dedens la Toussains prouchaine, la vous
delivreray voulentier, esperant que en feréz vostre honneur et prouffit et que la
pourréz plus haultement logier que moy, et aussi que par ce moien m'en tiendray
deschargée et si ne l’envoyéz querir dedens ledict temps, considerée la grandeur de
sa personne et sa curpulence, sera de besoing adviser d'en fere pour le mieulx
PIÈCES JUSTIFICATIVES 391
parmy vostre bonne assistence ; mais si l’'envoyés querre, n'est besoing que apres la
me renvoyéz, car je ne luy seroye trouver tel party que feroye bien a present, veu
que ea s’en allant, tous les partiz que ay en main seront delaissés, et pour la mal
logier, l’ayme mieulx en voz mains que es myennes, car je y auroye trop de regret.
Au demeurant, s'il y a service que vous puisse fere en me le faisant savoir, le feray
de bon cueur. Ce scet Nostre Seigneur, monseigneur mon bon frere, auquel je prye
vous donner voz desirs. Escript a Bruxelles, le XX° jour d’aoust X V°XII (*).
PREUVE LXV
1512, 9 septembre, Bourg. — Lettre de Chivilliard
à Marguerite d'Autriche sur le prix des travaux de Brou.
{Original. Arch. Nord, B 18840, n° 29195).
Ma tres redoubtée dame, tant et tres humblement que fere puys je me recommande
a vostre bonne grace.
Madame, j'ay receu voz lettres darrenierement escriptes, et desja avoye fait
grand amas de toutes maticres et tant que je n’ay plus de place ou les logier.
Touchant fere croser pour et affin que vostre maistre masson [Louis van Boghem],
que debvez envoyer, puisse entendre l'estat des fondes, les religieux ne l'ont voulu
souffrir, ont vous escripra la cause, et mons. de Beauregard la vous dira. J’ay bien
affere de contenter chescun.
Qu'aux /sic/ des deniers receuz et livrées jusques a cest heure, je n'ay receu sy
non environ de XXXV* a V° florins qui sont employés. Si plus, je suys apres qu'on
voye mes mises ct lors ont le cognoistre. J’ay a recepvoir a ce terme de septembre
environ de V' a V ou VI: florins.
Par ainsi a Pasques que seront six ans que m'avez donné ceste charge, je auray
receu de XL" a V ou VI florins et suys bien deliberéz, comme de vostre grace vous
m'advertissés, vous en rendre bon et loyal compte.
De voz armes mectre en toutes les voctes et ailleurs, il y a desja bon commen-
cement. Ce pourteur le vous dira et ne cesseray jour et nuyt.
Touteffoys voz religieux me vucillent fere mectre la main en quelque aultre
chose qui n’est pas de la tache de voz massons ny au pourtrait de l’ediffice. Ont vous
en fera des plaintes. Je ne doiz entendre sy non a la charge qu’on m'a commise. Par
ainsi, ont ne m'en peut chargier.
J'ay fait du tout achevé la cuysine et les appartenances magnifficques comme il
vous pleut a ces Pasques darnier m'advorty. Les religieux demandent fere ung aultre
ediffice qui ne pourra estre fait guerez devant X VIII moys, et si n’ay pas ny boys ne
pierre en provision, synon celle de l’esglise qui doit aller devant a mon advis.
Aujourd’uy demandent une chose, demain une aultre, Madame, j'ay tant de peine
que je n'en puys plus pourter…
Escript a Bourg le IX° jour de septembre M V° et XII.
Vostre tres humble et obeissant subget et serviteur,
Signé : E. CHIVILLIART.
(1) Une autre minute datée de Bruxelles, 21 août 1512 (Arch. Nord, L.M., n° 30441) renferme
un passage raturé faisant allusion à la rupture du projet de mariage négocié par l’archiduchesse
et la difficulté de trouver de nouveaux partis à la suite du refus de la demande présentée par un
personnage non désigné.
392 MARGUERITE D'AUTRICHE
PREUVE LXVI
[entre 1513-1518], 28 juillet, Chambéry. — Lettre des clarisses
de Chambéry à Marguerite d'Autriche concernant la canonisation
de sainte Colette.
{Original. Archires du Nord, B 19251, n° 46231].
.Jhesus, Maria, +, Franciscus, Clara.
Joie de cueur procedant du Saint Espirit vous doint le doulx Jhesus Nostre
Sauveur et Sa Sacrée Virge Mere Marie, amen. Nostre tres haute, tres redoctée et
tres excellente dame et nostre tres benigne et singullieremant aymée mere en Nostre
Sauveur Dieu Jhesucrist, le plus tres humblemant et afectueusemant que a nous
vous tres humbles et petites serves et possible nous recomandons a vostre tres benigne
grace, et S'et par autant de foiz que Nostre Sauveur a respandu de goutes de son
precieux sanc en faisan les heuures de nostre redempcion, en vous tres humblemant
remerciant, nostre tres redoctée dame et pour la sainte amour de Dieu soit, de toutez
les ausmonnez et grans biens que de vostre grace nous avés fait autrefoiz, lesquelx
ne hoblions par devant Nostre Seigneur ne vous ossi, nostre tres redoctée dame, et
combien que vous estes moll loint de nous vous humbles filicz, se vous avonz
nous tousjours molt chiere devant Dieu, devant lequel vous tenonz pour nostre tres
benigne dame et mere. Et vous plaise assavoir, nostre tres redoctée ct tres excellante
dame, que nostre tres reverant pere general de tout nostre Saint Ordre a maintenant
mandéz a vostre tres humble horateur, nostre bon pere confesseur, qui labeure a la
canonisation de nostre glorieuse mere seur Colecte, de bonne memoire, pour laquelle
chose vous supplions toutez tres humblemant a genus et à mains jointes que, pour
l’amour de Dieu et de sa benoite mere, que vostre bon plaisir soit en escripre a nostre
saint pere lé pape, ainsi que de vostre grace l’aves desjaz fait es autres sains peres
trespasséz, et vous plaise Jÿ demander qui plaise a Sa Sainteté ballicr la commission
de fere l'examen de la vie et miracles de la beate mere seur Colecte pour apres la
canonizer. Et plaise a vostre Haute Seigniorie en rescripre a monseigneur le cardinal,
nostre protecteur, et a tout le saint college des seigneurs cardinaulx et a vostre
procureur que avês a Rome, afin qu'il ayen ceste sainte heuvre a intercesse par
devers Nostre Saint Pere. Et encores vous prions, nostre tres redoctée dame, que
vostre bon plaisir soit mander a tres redocté et tres excellant seigneur vostre pere,
nostre sire l’Anpereur, qui 1y plaise rescrire de sesy coninant desgaz 11 ly a plu le
fere deux foiz, et luy vous serés bien heure{u}s de vous emploier en ceste sainte
heuvre. Et se par vous bons moiens elle se sort à bon effait, toute notre sainte
religion sera tenue a prier Dieu pour vous a tous temps, et en cesy depen grandemant
l'onuneur de Dieu auquel vous ferès gran plaisir et service et sy ferès vous a ladicte
sainte dame que a fait de sy grans choses en l'eglise, comant de reformer les deux
ordres de Nostre Pere Monseigneur Saint Franssois et que jornellemant fait Lant de
miracles, pour quoy croiéz qu’elle sera une avocate devant Dieu. En vous prian ossi,
nostre tres redoctée dame, que pour l'amour de Dieu vostre bon plaisir soit nous
fere l’ausmone de cella qui vous plaira pour vivre, car de present nous sommes en
plus gran necessité de nostre povre vie que ne furen onques et cella que de vostre grace
vous plaira nous donner, l’'omme que vait avec se bon frere que envoionz par della
pour avoir les dictes lettres le nous aportera bien seuremant et par avanture que
PIÈCES JUSTIFICATIVES 393
n'envoierons jamais plus nul par della et pourtant s’il vous plait nous fere l’ausmonne,
vous nous ferés gran misericorde et consolacion et de plus en plus serons tenues a
prier Nostre Seigneur pour vostre bonne prosperité, sancté et longue vie. À tant,
nostre tres redoctée dame, prions le benoit filz de Dieu qu’il vous doint acompli-
cemant de vous bons ct sains desirs, amen. Escrist a Chanbery, en vostre povre
covant de madame Sainte Clere, le XXIII de julyet.
Ma tres redoctée dame, moy vostre tres humble serve seur Margucrite Carionne,
humble abesse de vostre dit covant de Chanbery, vous envoie ceste coronne de la Glo-
rieuse Virge Marie et ceste croix et scenomdeJhesuset de Maria pour mectre en vous
heures et s’il vous plait de vostre humilité prendrés en gréz mon petit present.
Vous tres humbles et tres hobeissantes filiez et serves en Nostre Seigneur,
l'abbesse et seurs dudict covant de Chaubery.
Sur le dos: Jhesus Maria + A nostre tres haute, tres redoctée et tres excellante
dame madame la duchesse, tres humblemant.
PREUVE LXVII
[1514]. — Instructions pour le contrôle des travaux de Brou.
{Minute très ralurée. Arch. Nord, B 2236, n° 77251].
S'ensuyt l’ordre qui se debvra tenir en l’ediffice du couvent de Brouz par les
officiers et ouvriers d’icellui, ainsi qu'il a esté ordonné par Madame.
Premierement, que d’icy en avant le maistre des euvres dudict Brouz Estienne
Chevilliard se prenne garde en personne comme s’en devra pour le fait dudit ediffice
que, par chascun jour qu'il sera, sera necessaire qu'il se treuve sur le lieu pour illec
estre plus prest a veoir et recevoir les pierres, lauzes, chaulx et autres matieres que
y arrivent, et aussi savoir des ouvriers qui besoingnent journellement ce qu'ilz ont
fait, et aussi ce que scroit encoires a fere et s’il y a necessité d'aucune chose, pour y
donner l’ordre, et que ledit payement comme pour les journées desdis ouvriers et
autres pour le fait dudit ediffice, ne se face plus que par les mains dudit Chevillard
selon l’ordre que on luy a donné, sans que autre personne manye les deniers que luy
ou par ung clerc qu'il pourroit envoyer en son absence, pourveu que ce soit a ses
propres frais.
Item, que le conteroleur Pierre Leguat soit d'ores en avant appelé et qu'il se
treuve aux marchéz qui se feront pour l'achat des dites pierres, chaulx, Jauses et
autres matieres necesseres pour ledit ediffice, pour sçavoir comme les dis marchéz
seront conduictz et en sçavoir respondre. Et aussi que d'ores en avant, au bout de
chacune sepmaine ou autre jour que se fera le payement des ouvriers ctautres que
besoignent et se meslent dudit ediffice, ledit conteroleur aussi appelé soit present a
fere le payement ct en tienne le conterole comme il appartient /ce paragraphe
esl rayé).
Item, que maistre Crestin, maçon, besoingne d'ores en avant en ses journées
sans soy meslé non plus de la distribution desdis deniers ne fere le paiement pour et
ou nom dudit Chevilliard ausdis ouvriers, ains qu'il face au fait dudit ediffice ce que
luy touche et que maistre Loys van Beughen luy commandera. /Le passage suivant
est rayé : afin que ledit Chevillard face luy mesmes ce qu'il doit fere en son office
394 MARGUERITE D'AUTRICHE
sans pour ce destourber les autres et leur souffrir prendre double journées et fere
leur prouffit particulier qui viendront a perte a la longue et seroit cause retarder
l'ediffice).
Et au surplus que, au fait dudit ediffice, tous ouvriers et ouvriercs facent ce que
maistre Loys van Beughen, maistre maçon, leur commandera et qu'ilz ensuyvent
l'ordre qu’il leur donnera pour fere et avancer l’edifice comme Madame le desire et
qu'elle l’a ordonné audit maistre Loys, qu’elle entend a ceste cause renvoyer en
bref par dela.
Item, que ledit Chevillard et Pierre Leguat, conteroleur, se treuveront ensemble
chacun jour de samedi de la sepmaine en place audit Brouz pour illec fere le
payement desdis ouvriers, et ordonne Madame qu'ilz auront chacun ung livre pour
inscripre le payement chacun au syen.…, et s’il y a marché de pierre, chaulx et
autre matiere servant audit ediffice, excedent cent florins, ledit Chevillard avec ledit
conteroleur en advertiront pour conclure la marchandise aucuns de ceulx des
comptes de Bourg, pour le tout mectre par escript comme dit est et sçavoir comme
les afferes dudict ediffice se conduiront.
PREUVE LXVIII
(1515, mail ('). — Lettre de Marguerite d'Autriche à Louise de Savoie,
duchesse d'Angoulême, concernant René, bâtard de Savoie.
{Minute de la main de Gattinara, Arch. Nord, B 18943, n° 36831).
Madame ma bonne seur, j'ay receu les lettres que m'avez escriptes par mon
cousin monseigneur de Vendosme et aultres ambassadeurs de monseigneur le roy et
entendu ce qu'ilz m'ont dict de vostre part pour l’entretenement de l’amityé et alliance
dernierement faicte, auxquelz ay respondu comme par eulx entendrez et ne tiendra a
moy que toutes chosses ne viegnent a bon chemin et seray toutjour encline a tout
bien et a fere de mon pouvoir tout service au roy vostre Glz, avec lequel me tiens
avoir ung lyen davantage que je n’avoye avec ses predecesseurs.
Aussy, madame ma seur, ay receu par le seigneur de Jenlys (?) aultres voz lettres
escriptes a Mellun le XX VIII d'avril par lesquelles, en faisant responce a celles que
vous avoye pieça escriptes par mon presidant de Dole, m'escrivez estre bien aise de
ce que icelluy presidant vous ha dict de ma part du bon vouloir et affection que
j'avoye a vous et de la confidence a vous choisir mon advocate pour l'adresse de mes
afferes envers le roy vostre filz et que n'avez meindre volunté envers moy et
vouldriez autant porter mes afferes que les vostres propres et que y avez faict ce
que desireries estre faict pour vous mesme en cas semblable, vous rapportant en ce
sur mondict presidant, et par les mesmes lettres m'escripvez avoir souvent solicité
monseigneur de Savoye, mon bon frere, de rendre et restituer a vostre frere le bastard
la joyssance de sa conté de Villars et aultres pieces desquelles, sans cognoissance de
(:) Pour la date la lettre de Louise de Savoie du 28 avril [1515], publiée dans LE GLary,
Négociat. t. 11, p. 83.
(2) Le s' de Genlis, chargé à diverses reprises par Louis XII et François I°' de négociations
auprès de l'archiduchesse.
PIÈCES JUSTIFICATIVES 395
cause, il ha esté spolié, et qu'il c’est toutjour excuser ne le pouvoir fere pour ce que
lesdictes pieces estoient en mes mains, combien qu'il dict m'avoir offert et offrir
encoures de me bailler bonne recompence, et pour ce que desiréz pour aulcunnes
bonnes causes ladicte conté et pieces estre rendu audict bastard sans toutcsfoys que
je y aie aulcung dommage, vous me priez que sur toutz les plaisirs que je vous
vouldroie jamais fere, en me baillant ladicte recompense souffisante d’aultres pieces
voysines a quoy tiendrez main, je veuile estre contente mo despartir de ladicte conté
de Villars et aultres pieces appertenantes audict bastard afin qu'elles luy soient
rendues et que en ce vous feray tres grand plaisir, car avez ceste matiere fort a
cueur pour les causes que dictes avoir declairer a mondict president pour les me dire,
comme plus a plein vosdictes lettres le contiegnent.
Madame ma seur, quant au premier poinct de vosdictes lettres, combien que
mondict presidant a mon arrivée devers moy ne m’apportast aulcunes lettres de vous
pour ce que ledict bastard, a cuy l'avyez remys pour de luy prendre voz lettres, luy
fist dire que les ambassadeurs du roy les apporteroient, neantmeins me rapporte
icelluy presidant de bouche toutes les bonnes parolles que luy avyëés dictes et
ordonner me dire de la bonne voulonté qu'aviez a moy et a l’adresse de mes afferes
et que le roy feroit mieulx veoir mon cas pour m'envoyer par ses ambassadeurs
toutes bonnes despeches et que non seulement en ce qu’estoit de justice mays en ce
que seroit de grace vous tiendriés la main que le roy me feroit tout ce que seroit
possible sur ce que je demandoie. Et sur cestuy espoir, j’ay toutjour actendu la
venue desdicts ambassadeurs, esperant qu’ilz m'apporteroient toutes despeches
raisonables aultres que celles que mondict president avoit apportées, lesquelles par
toutz gens clercz auxquelz les ay faict veoir tant du Conseil de monseigneur mon
nepveur que aultres ont esté jugées toutes exorbitantes de raison ct de justice et leur
semble que le roy n'eust sceu justement refuser a la meindre personne de son
royaulme ce que je luy demandoye par mes requestes. Mays j'ay esté frustrée de
mon espoir et n’ay treuvé les effectz tielz que je pensoye, car lesdicts ambassadeurs
ont dict n'avoir aulcune charge d’aulcunes despeches sur mesdictes requestes, et
pourroit sembler que le roy ne m'extime pas tielle que luy sceusse fere aulcun
service ou que quelcun luy auroit faict aulcung sinistre rapport par lequel l'hon me
tient tielz termes, combien que je luy eusse voulontiers faict tout service a moy
possible et peult estre que je luy pourroie fere plus grand service que ne vaillent les
pieces dont est question. Toutesfoys, pour me mectre toutjour en plus grand debvoir,
j'ay faict dresser nouvelles requestes que j'envoye pour presenter au roy, en espoir
que sur icelles me fera despecher provisions convenables de justice celon que ses
ambassadeurs en ont porter la parolle, en quoy vostre plaisir sera tenir la main et, ce
faisant, pouray dire que serez bonne advocate et garderez que le traictier d’amityé et
alliance ne sera pas comancer a enfraindre a l'encontre de moy et de ce qui
me touche.
Au regard du conté de Villars et aultres pieces que je tiens pour mon douhaire
en vertu du traictié que j'ay avec monseigneur de Savoye, mon bon frere, pour ce
que par vosdictes lettres n’entendez que j'en aye aulcung dommage dont vous mercie.
Je treuve tant par le Conseil de l'Empereur, mon seigneur et pere, que par le
Conseil de monseigneur mon nepveur et aussy par les gens de mon Privé Conseil,
que je ne pourroye rendre lesdictes pieces et prendre recompence sans prejudicier a
mon traictier et mettre mon cas en danger, que ne se pourroit fere sans mon grand
dommage, et mesmes que, combien mondict traictier ait esté si solempnelement faict
et auctorizer par l'Empereur, mon seigneur et pere, l’hon ne laisse de m'y fere
journelement tout plein de nouveletéz et troubles au contraire, ce que l’hon feroit
396 MARGUERITE D'AUTRICHE
eucoures plus si, de mon consentement et sans l’auctorité de mondict seigneur et
pere, estoit une foys derroguer ou innover a mondict traictié, ce que je n’entendz
fere sans le sceu, consentement et ordonance dudict seigneur Empereur, mon pere,
celon le vouloir duquel entendz me regler en toutes chosses. Et pour ce que ledict
bastard ne peult en ce avoir aulcun dommage et que je ne tiens lesdictes pieces
si nOn à ma vie et pour mon douhaire, et apres mon trespas elles pourront demeurer
audict bastard et a ses successeurs, et ce pendant pourrés tenir main que la
recompence que monseigneur de Savoye me vouldroit baïller soit baillée a icelluy
bastard, laquelle recompense estant meilleure celon que l'hon m'escript, pourra
ledict bastard y avoir plustost du prouffit que du dommage. Ce consideré, vous prie,
Madame ma sœur, vous vouloir contenter de le prendre de bonne part, car je ne le
pourroie aultrement fere sans mon grand dommage et interest. Et a tant etc.
[En dessous, toujours de la main de Gatlinara/: Lettres au roy celon la substance
du premier article de ceste lettre et y adjouster que, sur les requestes que, de sa part,
luy seront derechief presentées, son plaisir soit luy fere despecher bonnes provisions
de justice en ensuyvant la forme du traictié d’amityé.
PREUVE LXIX
[1515], 12 juillet. — Lettre de Jacques Annocque, procureur de
l’archiduc en cour de Rome, concernant la collation de l’abbaye
de Saint-Claude en faveur de Pierre de La Baume.
fAulographe. Arch. Nord, B 18859, n° 30770).
Tres redoubté dame.
Ayant receu vous lettres le XXI° de julliet, ensamble une a nostre Saint Pere le
pape et au cardinal d'Engleterre et a l'ambassadeur du Roy Catholique et au l'orateur
du roy d’Engleterre en faveur de monseigneur l'abbé de Saint Glaude, me suys
retiré vers eulx et, presentant lesdictes Jettres, et tant fait que lesdicts seigneurs
cardinal d'Engleterre, ensamble le cardinal de Surrente, que ensamble sommes
incontinent allé vers nostre seigneur le pape, luy remonstrant vostre bonne volonté,
ensamble les outraiges que l'evesque de Vincence faisoit audict seigneur de
Saint Glaude. Et viendrent vousdictes Jettres si bien appoinct que sans faulte ledict
de Saint Glaude eult eu sentence contre luy, ensamble le sequestre, nonobstant que
le seigneur de Carpy en avoit pryé nostredict seigneur par deux foys de consentir
un delay aultrefoys obtenu par monseigneur le cardinal de (Gource en faveur dudict
Sainct Glaude, lequel, incontinent apres le partement dudiet seigneur de Gource, le
pape avoit revoqué et en a esté importuné tellement que jammes jour n’est que le
seigneur Constantin, oncle dudict evesque de Vincence, en a eslé deux fois vers
nostre scigneur, mes, apres que nestre Saint [Pere] avoit lise vostre lettre, disoit aux
cardinalx d'Engleterre et de Surrente et a l'ambassateur d'Espaingnie qu'il entendoit
bien que vous aviez ceste matere bien fort a ceur et me demandoit si je savoye bien
que vous aviez escript toute la lettre, car il luy sambloyt bien que vostre nom estoit
d'ung aultre main que ladicte lettre. Et je luys diz que je savoye bicn que avez
escript toute la lettre et que a jourd’huy ne vous pouroit fairre plus grant plaisir que
de imponer silence audict evesque de Vincence. Sur quoy promist ausdicts cardinalz
PIÈCES JUSTIFICATIVES 397
et ambassateur qu'il estoit content de faire tout son mieulx de contenter ledict de
Vincence et croy que nostre Saint Pere advoquera ladicte cause et proces pour en
appointer soit par pension ou aultrement. ù
Madamme, quant vousdictes lettres sont arrivé a Romme, le scigneur de Carpy
estoit hors de Romme en une abbaye de Saint Poul, mes le dimance le XXII° de
jullet, a ceste cause pour assister et obtenir delay duques (lire jusques) apres les
vaucances, et envoya incontinent pour moy et luy compta comment le jour devant
nous avesmes besongné avecque nostre Saint Pere don il estoit fort joyeulx. Et est
bien marry que le tenez suspect en ceste matere, a cause que ceste foys ne luy avez
point escript et l’aultre foys luy avez escript en aultre sorte que avez accostumé,
non obstant qu'il en a toutjour fait son devoir, car ledict evesque de Vincence et son
frere, avecque le seigneur Constantin, sont les plus grans inimis qu'il a en ceste court
de Romme, et sans point de faulte il en a toutjour fait son miculx que luy este
possible, et mesmes ledict dimance, en ma personne, il en a fait son devoir et promist
nostre seigneur de recif qu'il en ferra ce que luy serra possible ; toutefoys en cas
que monseigneur le cardinal de Luxenburch ne mande point telle certification et en
la forme qu’on luy a envoyé, je me doubte que monseigneur le prothonotaire de
La Baulme en sera contraint de donner queque recompense, pourquoy il est besoing
de faire diligence vers ledict cardinal pour avoir ladicte certification devant que les
vacances soyent finies. Et a cause que ledict evesque de Vincence se doubte qu’il
pouroit avoir queque enpaissement, 1l a permué son dict evesché de Vincence afin
qu'il n'aye riens subjet a l'Empereur, car Vincence estoit et est encore a l'obeissance
de l'Empereur et de Roy Catholique, pour mieulx povoir proceder contre ledict
prothonotaire. Toutefoys je croy qu'il en est bien long de faire ce que cuydoit faire.
Nostre Saint Pere dist her ou cardinal Surrente que vouldroit bien complaire et
servir aux princes qu'il ont escript en faveur de monseigneur le prothonotaire,
moyennant qu'il veult donner queque grosse recompense, et demande ledict de
Vincence son abbaye qu’il a en Peumont. J’ay respondu audict cardinal que vous n’y
vouldriés jammes consentir car on m'a dist qu’elle vault pres autant que l’abbaye de
Sainct Glaude. Madamme, il vous playra respondre a Nostre Sainct pere et audict
cardinal vostre bonne volenté.
Monseigneur le cardinal d’Engleterre a esté maladde depuys le III° jour de ceste
mois qu'il fust vers nostre seigneur en la matere de monseigneur l'abbé de Saint
Glaude, et disoit on her au pallais qu'il estoit mort. Mes, grace a Dieu, il est ung
peu emendé et donnent bon espoir les medecins qu'il ne morera point de ceste
maladie, aydant Nostre Seigneur a qui je prye qu'il vous donnet, très redoubté
damme, ce que vostre tres noble cuer desire. Escript a Romme ceste XII° de jullet.
Vostre tres humble et obeisant serviteur indigne,
Signé : JACQUE ANNOCQUE.
(Au dos : a Madame). Avec un cachet écartelé aux 1 et 4 de trois rustes (losanges
percés d’un trou) et aux 2 et 3 de deux épées en sautoir, avec un écusson à la fasce
brochant sur le tout.
398 MARGUERITE D'AUTRICHE
PREUVE LXX
[1515], 21 octobre, Bourg. — Lettre du Conseil de Bresse à
Marguerite d'Autriche sur l’entrée de Louis de Gorrevod en sa cité
épiscopale de Bourg et sur les travaux de Brou.
{Original. Arch. Nord, B 19175, n° 44271 avec cachet rond sur papier de 25 mill.
de diamètre aux armes de l'archiduchesse, parties de Savoie el d’Autriche-
Bourgogne).
Nostre tres redoubtée dame, tousjours tres humblement nous recomandons a
vostre bonne grace.
Madame, le penultime jour d’aoust passé, tres reverend pere en Dieu messire
Loys de Gorrevod, evesque de Mourianne et de vostre cité, a faict en ycelle vostre
cité de Bourg son entrée a grande consolacion de tout vostre peuple, en apres a
celebrer le synode le dix neuviesme de ce moys, qu'a esté chose fort loyable ct
pleine de toute devotion, et csperons vostredicte cité tousjours de plus en plus en
emender. Et comme avons entendu, par la teneur des bulles appostoliques, le tout que
soloit estre du diocese de Lyon, tant en Savoye, Bresse que Beauljoloys, entre la
Sohone et le Rosne, maintenant et d’yci en avant sera du diocese de vostredicte cité
de Bourg quant a la spiritualité, et quant vostre bon playsir sera y donner cella
qu'est constitué devers vostre conté de Bourgoigne, que par cy-devant tenoit quant a
la spiritualité l’archevesque de Lyon, entendons nostre Sainct Pere le passera, que sera
ung aultre gros bien a vostredicte cité et fort convenant par les raisons don plus
amplement monseigneur le prothonotaire de Cornon, present pourteur, par ces
instructions vous informera. Sy nous a ressamblé vous en advertyr a long et
supplier vostre bon playsir soit fere ce gros bien a vostredicte cité, oultre les
aultres que par cy devant y avés faitz et journellement vous plait il fere.
Madame, nous avons escript a mons. de Losanne pour avoir du marbre noir, et
avons de luy repceu bonne responce par laquelle il vous offre le tout, et mesmemant
celluy qu'il avoyt faict tirer pour son ediffice.
Madame, maistre Loys [van Boghem] s'en va par devers vous, lequel vous
informera plus a long touchant vostre ediffice de vostre eglise de Brouz, tant ya
pour le passé jusque yci encour n’y avons trouvé sy gros apprest qu'il y est
maintenant, vous asseurant que c'est tres belle chose a veoir et estre le tout bien
compasser, nous trouvons la quarte partie de vostre eglise de ceste heure estre
perfaicte. Voz maistres de present il font jours et nuyt grosse diligence et esperons
il continueront, a quoy nous employerons et donrons bon ordre de nostre costé.
Madame, a la solicitation de mess. voz religieulx et par l’advis desdicts maistres,
avons ordonné acheter une partie de mayson assise la pres avec ces appertenances
pour l'accomplissement neccessaire a vostredict ediffice, comme desja cy devant vous
avons adverty.
À Bourg, ce XXI d'octobre.
Vos tres humbles et tres obeissanz subgetz et serviteurs, Les gens de vostre
Conseil en Bresse.
PIÈCES JUSTIFICATIVES 399
PREUVE LXXI
[1515 ?|, 24 octobre, Bourg (‘). — Lettre du Conseil de Bresse
à Marguerite d'Autriche sur les travaux de Brou.
(Original. Arch. Nord, B 19175, n° 44315].
Nostre tres redoubtée dame, tant et sy tres humblement que fere pouvons a
vostre bonne grace nous recomandons.
Madame, maistre Loys [Van Boghem], present porteur, se retire par devers vous,
lequel vous advertira bien a plein de la beaulté et excellence de vostre ediffice de
Brouz et de la bonne et grande diligence que l’on y a faicte ceste année et qu'on y
faict journelement a tant que tous les pilliers jusques au cueur de vostre esglise
sont dehors de terre l'aulteur de XXII pieds, la murallie et fenestrages a l'entour de
mesme aulteur et les fencstrages du cueur de l’aulteur de XX VIII pieds, vostre
chappelle prestque toute tailliée, et une grande partic de la ymagerie, de sorte que
c'est une chose tres excellente a veoir.
Au surplus, voz pierres de marbre noir en nombre de XX VIII sont tiréz et desja
amenées jusques a Genefve, et esperons il fere diligenter de sorte que, dedans peult
de jours, seront randues yci, et en oultre, en l'absence et jusques au retour dudict
maistre Loys, il donrons tousjours bon ordre comme il] appartiendra.
Madame, nous avons par cy-devant tousjours faict et faysons tout le debvoir a
nous possible touchant l’administration et l’'exequution de vostre justice de sorte qui
n’est plus nouvelles d’aulcune voleric en voz pays de Bresse de par deça, et a tant
que l'on y peult aller par les champs a toute asseurance, et esperons tousjours y
continuer et proceder de myculx en myeulx moyenant vostre port et bonne ayde.…
En vostre cité de Bourg, ce XXIIII° d'octobre.
Voz tres humbles et tres obeissantz subgets et serviteurs, Les gens de vostre
Conseil en Bresse.
Au dos : À nostre tres redoubtee dame.
En marge du recto: Registrata.
Preuve LXXII
[Vers 1515]. — Note sur le Saint Pain () de saint Nicolas
de Tolentin.
{Copie du début du XVI siècle. Arch. Nord, B 20047, n° 19958).
La manire pour user le Sain Pain en l’honeur de monseigneur saint Nycolas de
Tollentino de l'ordre saint Augustin.
(1) La pièce sans millésime est datée de la « cité de Bourg », 24 octobre. On trouve, dans
l'article B 191735, huit autres exemples de ce mot rité. Toutefois l'emploi du mot cité se trouve
concurremment avec le mot Bourg dans des actes datés ou dont le millésime peut être restitué aux
années correspondant aux périodes diocésaines. Cette pièce étant, d'après la description des
travaux, antérieure au rétablissement de l'évêché de Bourg (13 nov. 1521), peut appartenir à
l'époque de la première érection du diocèse (1°' juin 1515-22 sept. 1516). Elle pourrait aussi, à la
rigueur, être du 24 octobre [1516] si l'on suppose du retard dans la publication de la bulle
portant suppression du diocèse.
(2) Sur la dévotion du Saint Pain encore populaire aujourd'hui, voir le récit du P. Raphaël
cité par l'abbé ALLoING dans Annales Snc. émulat. Aïn, t. xxxv (1902), p. 264-265.
400 MARGUERITE D’AUTRICHE
Tout premier, il fault nettement et honestement mestre se pain beny en ung
cofre ou aultre par, et quant ung en veult user, on doit prendre ungne petite pieche
et ung peu de cler yauwe en ung voire aveq ung goblet d'argent et on doet ceste
pieche de pain troe foy plongier en ceste yauwe et dire sinc Pater Noster et sinc
Ave Maria, en a priant Dieu que par sa sainte grace et merite de saint Nycolas de
Tollentino luy plaise de conceder che qu’il demande, et promettre en bonne foy de
donner ungne offrande ou bon sain ou de envoier en quelque convent des Augustin.
La vertu du Saint Pain.
Pris en ceste maniere, on a trové ct on trove journelement que pluseurs Dieu a
gary et preservé de pluseurs maladies et preservé de mort. On le doet prendre en la
maniere devant dit pour fievre, pour peste et pour toute aultre maladies. Et pour la
tempeste de la meer ou aultre yauwe, on le doet jetter en l'iauwe et invocer
saint Nycolas de Tollentino. En dangier de feu, on le doet jetter dedens le feu, et
on trove que le feu cessoet et ne faisoct plus de domaige. Item, pour femmes qui
travellent d'anfans, on leur doet donner a mangier en la maniere devant dit.
Tout susy troverés emprimé dedens le Breviaire et messe qui sont a l'usaige
de Rome.
PREUVE LXXIII
[1516], 3 août, Rouen. — Lettre de Louise de ‘Savoie à Charles Ill
concernant la suppression des diocèses de Bourg et de Chambéry.
{Copie À VE. Turin, Arch. Cour, Lettere principi Sarort, principi dirersi].
Mon frere, j'ay receu la lettre que m'avés escripte et a[y] ouy ce que le s° de
Chasteaufort m'a dist de vostre part, sur quoy je luy ay faict response telle qu'il
vous fera sçavoir, vous priant, mon frere, mectre poyne d’appaiser et contempter le
roy, ce qui se peult fere cn faisant remectre les erections des eveschéz de Bourg et
Chambery en leur premier estat, en revocant et anullant ce qui peult toucher audict
seigneur et a ses pais et subgectz, et aultrement non, vous advisant, touchant cella, ne
fault que vous esperés que celluy qu'envoyerés pour ceste cause par deça, ne
remonstrance qu'il saiche dire ne faire, y puissent de riens proffiter ny servir, comme
cognoistrés par effect, par quoy me semble que mieulx est que vous ayés le gré de ce
que se y fera que /sic/ nostre sainct pere ne aultre car, comme je vous ay tousjours
mandé, le roy n'est desliberé pour chose du monde souffrir ne permectre que
lesdictes erections ayent lieu en son royaulme et en ce endroict, prie Dieu qui vous
doint mon frere ce que desirés. À Rouen, le III° jour d’aoust. [LoysE].
Suit le terte du mémoire donné à Chäteaufort l'avertissant que François E° est
st opposé à l'éreclion des nouveuur diocèses que si Charles [IT ne prend pas les
mesures tminédliales nécessaires, l'est a craindre que le roi ne lombe « contre mondict
seigneur de Savoye son frere en quelque inymitié et aygreur et telle que ses pays et
subgectz en pourront souffrir et porter du dommaige.. Aussi est il bien adverti le roy
et de bon et seheur lieu que, combien que mondict seigneur de Savoye ait dit et promis
qui n’en feroit ny feroit fere porsuite en court de Romme ne ailleurs pour le fait desdictes
erections que, de part luy et de son commandement, Nostre sainct pere et aulcuns
cardinaulx ont estez de ce poursuyvez vueillant empescher les revocations et
PIÈCES JUSTIFICATIVES 401
anullations que les ambassadeurs du roy poursuyvent et de ce a esté ledict seigneur
certiffié et asseheuré par aucuns esquelz se sont addresséz les gens de mondict
seigneur de Savoye en faisant la porsuite, ce que le roy a trouvé fort estrange et de
plus en plus l’a lanymé /sic/ et estomaqué contre mondit seigneur de Savoye ({)....».
PREUVE LXXIV
[1516], 6 août, Bourg. — Lettre de [Mamert] de Costis
à Marguerite d'Autriche concernant ses négociations en cour de Rome.
{Original. Arch. Nord, B 18966, n° 37500).
Ma tres redoubtée et souverainne dame, si tres humblement que fere puis a vostre
bonne grace me recommande.
Madame, le XX VII° de julliet, estant [a] Annessye devers Monseigneur pour voz
afferes et ordonnance de vostre Conseil, receu d'Hans le chevaulcheur, present
porteur, les lettres que vous a pleu m'escripre du VIIF et IX° dudict mois, ensemble
les instructions et pieczes y contenues. Et combien feusse encor bien fort malade
comme scet ledict Hans, du lendemain me party de la et me tyray yci pour mectre
ordre aux affaires et m'en aller exploiter la charge que vous a pleu me mander et
commander en court de Rome, et ay faict la meilleur diligence que m'a esté poussible
de sorte cependant ay vaccué voz prisons des brigans, don a Bagié a esté pendu
Le Rosty, a Chastillion decapité celluy qui se faisoit nomer le Petit Savoye, et au
mylieu de vostre cité de Bourg mys en quartier le nommé Golevant, qu'estoit chef de
bende, les aultres fustiguës et bampnys, a tant que je laysse vostre pays de Bresse
purgié de telz meschens et vostre peuple consolé et je prie a Dieu le trœuver en tel
estat a mon retour que je le laysse, car il n'est plus question d'y vouler comme
par avant.
Madame, le maistre reverend frere Glapion estoit party de Lyon devant la
Magdalainne tyrant la ou est le roy de France, comme appert par la responce du
message, mais ce non obstant, me parforceray me rendre a Rome ou la out le Sainct
Pere sera le plus tot que pourray, et expere fere si bonne diligence que Vostre
Excellence cognoistra par bon effaic£ la bonne et grosse affection qu'ay a vous obeyr
et fere service, et si souvent que pourray vous advertiray.
Madame, pour venir au point, il est de besoing que Vostre Excellence tienne
main ferme s'en relascher en rien toucheant la guarde et redduction des biens
de l'abbaye Sainct Vincent et tous aultres beneffices, si aulcungs vacquent
riere Vous, jusques vous soit accordée vostre juste requeste. Et cella sera cause fere
venir les gens a la raison car je cognois leur nature. Au surplus il est de besoing
avoir procures de monseigneur vostre aulsmonier, sellon la forme aultreffois mandée
par ledict frere Glappion, si desjaz ne sont a Rome, car je n’en ay point troceuvé au
(1) Le duc de Savoie continua néanmoins ses démarches en cour de Rome. François I°f était
si mécontent qu'il y eut même menace de guerre à ce sujet entre les deux souverains. « Come
il Christianissimo re a mandato uno araldo a intimarli la guerra a quel ducha di Savoja s'il non
desiste. La causa è per certo episcopato di Borgo di Brexa, etc. Ma si tien la madre dil
Re Christianissimo, sorela di quel Ducha, conzerà ogni causa ». Louis de Galere à la
République de Venise, vers le 24 septembre 1517. SANUTO, Diarii, tome xxiv, col. 620.
26
402 MARGUERITE D'AUTRICHE
pacquet. Le meilleur touteffois seroit avoir depesché et emporter la piecze par
entier, et de ce me parforceray ou aultrement sellon le chemyn desja dressé et
meilleur comme pourray entendre estre mieulx, plus sehur et expedient suyvant
lesdictes instructions.
Madame, demain, Dieu aydant, je m'en partiray et m'en yray a mon voiage le
plus tot que je pourray, poussible ne m'a esté plus tot partir a cause tant de mon
mal que desdictes affaires, aultrement j'eusse layssé vostre Bresse en grosse desolation
a cause desdicts brigans.. En vostre cité de Bourg, le VI° d’aoust.
Vostre tres humble et tres obeissant subgect et serviteur,
Signé : DE Cosris.
PREUVE LXXV
[Vers 1516]. — Lettre d'Yves de La Howarderie, religieux au Reclus
de Chambéry, à Marguerite d'Autriche.
{Autographe. Arch. Nord, B 1535, n° 16811.
Jhesus Maria.
Ma tres honnourée et tres redoubtée dame, tant et sy tres humblement et du
melieur endroit de mon povre ceur qui m'est possible je supplie a Nostre Sauveur
Jhesus qui vous doint le sallut qui donne a ses bons amis et amie, moy indienne
(lire indigne) d'en priier et de vous saluer, mais la grant humilité et charité qui est
en vous le me fait faire. Et pour tant que moy indienne (lire indigne) ay esté et suis
encore l’ung des plus pety de vos povres serviteurs et a tous les vostres, premier je
ay, moy indienne, servy feu mon tres redoubté seigneur monseigneur vostre gran pere
Charle bien XIIII an, apres je ay servy nostre sire et tres redoubté seigneur
l'Empereur vostre pere, et apres je fus mis en vostre serviche au Vergié en Angou
et estoie encoire a vostre serviche au marchié de Miaux quant feu le roy Charle
vous envoia la robe che (/1re chez) monseigneur des Melin pour ung jour de Noel, et
quant vous fuste menée en Espaienne, je fus mis au serviche du feu roy vostre frere
qui Dieu a l’ame (ms l'aile) et tous autres et apres tou ce, je me suis mis au serviche
du Roy par desus les autres, portant l’abit de penitanche de la tierche ordre de
monseigneur sain Fransois et povre reuclus en vostre ville de Chanbery, sans jamais
sortir que deux fois en ung an, c’est a savoir le jour du Sain Suaire et le jour du
Presieux Cor de Jhesus Crist, pour aler a la poursession avecque les autres. Et pour
ce que suis mal prouveu de chappe honnourable pour sortir ce dict jour, je vous en
demande unne pour l’ongneur de Nostre Seigneur qui soit armoiié de vos armes, el
sy vous vint a plaisir de furnir la chasuble et les tornique, je serons /sic/ obligié au
grant jamaies de prier pour feu mon tres redoubté seigneur et pour vous et les vostre,
et sy donneres a connaitre comment la povre maison de La Hovardrie a servy vous et
vos predisesseurs, lesques sont risu (lire issu) de vostre noble maison de Flandre et
de Savoie et en portons les armes.
Ma tres redoubtée dame, sy vous savies les grans povreté que je porte depuis le
trespas de feu Madame et depuis le partement de madame la duchesse de Nemours
vostre seur, vous serics esbahie et ne ay que deux povre paien (/ire pain) de gros
PIÈCES JUSTIFICATIVES 403
monoie de Savoie par simainne pour toute aumonne. Et sy m'a mis avecque moy
mon tres redoubté seigneur vostre frere le povre frere Benoit dit Seplage, recluz,
lequel vous salue bien humblement, et morons de fain lung pour l’autre, pour quoy
vous supplie de nous avoir pour recomandé en vos aumonnes et ausy vers nostredict
tres redoubté seigneur et prinche monseigneur vostre frere et que luy rescripmes deux
mos pour nous, et vous ferés une grant aumonne et charité, et a mon tres redoubté
seigneur monseigneur le conte vostre frere, lequel nous aieme fort pour ce qu'il est
averty de feu Madame que nous estiemme risu de noble sanc, comme ilse monstre en
vostre esglise de Nostre-Dame de Lingselle en Flandre et a La Hovarderie et a
Cavrienne (*) et tout en vostredict païs et ansy que je ne vous vodroie avertir que de
veryté, comme celuy qui suy et demouray le plus pety et le plus humble de vos
orateurs et serviteur de voz humbles serviteurs, et me faisant commander vostre
bon plaisir et vollenté pour l'aconplir, comme set Nostre Seigneur auquel je supplie
qui vous doint ce que vostre tres noble ceur desire et paradix en la fin, amen.
Escrip en vostre povre renclusage de Nostre Dame de Grasse a Chambery par le
plus que vostre indienne povre fis et reuclu,
Frere Yve de La Hovardrie (?).
PREUVE LXXVI
[Avant août 1517 (*)]. — Lettre de Marguerite d'Autriche
au duc de Savoie au sujet de la collation des bénéfices de Savoie.
{Minute de la main de [Marnix]. Arch. Nord, B 18942, n° 36793).
Monseigneur mon bon frere, je me recommande bien affectueusement a vous.
Il a pleu a Nostre Sainct pere, puis aucun temps en ça, m'accorder certaine
nomination des dignités abbatiales et aultres beneffices d'importance qui vacqueront
en mon comté de Bourgogne, et semblablement es pays que je tiens riere vous pour
douhaire, que sera cause que telles dignités ne seront desormais transferées aux
courtesiens de Romme, comme elles souloient ça devant, au moyen de quoy les
esglises et membres d'icelles venoient la pluspart en ruyne et desolation, ayns entens
y avancer et preferer ceulx du pays en tant que en nous sera. Et pour ce,
(1) Linselles (Nord, art de Lille), Cavrinnes (Belgique, Hainaut, ce de Hérinnes-lez-Pecq)
et Howardries (Belg. Hainaut). Notre personnage était vraisemblablement fils ou neveu
d’Arnoul du Chastel de La Howarderie, qui devint seigneur de Linselles en 1430 lors de son
mariage avec Anne de Mortagne, dame de Cavrinnes. Sur cette famille consulter Du CHASTEL
DE LA HOwaARDRIES, Généalogie de la famille Du Chastel de La Hownrdries, 1200 - 1872
(Tournai 1872).
(2) On conserve aux Archives du Nord (B 1535, n° 16811) une autre lettre de ce personnage
adressée à l’archiduchesse, sans millésime, datée de Chambéry 1° mars, dans laquelle il rappelle
encore les souvenirs d'enfance de Marguerite lorsqu'il était à son service « vos estant en Franche
out Vcrgier en Anjou et a Melon, quant les presens de ladicte ville vos fure fait des vin qui
estoit vers, et vos dites que siz estoit pour tant que les serment estoitte fallis, laquelle reponse
fut bien notée de cheeux dudict Melung, et depuis vos servis a Miaux en Brie la ou vous fites
He grans regres quant la robe vous fut presentée aut jour de la Nativité de Nostre Sauveur
Jhesus....»
(8) Pièce antérieure au 1° août 1517, d'après une lettre du Conseil de Bresse accusant
réception des lettres de Marguerite relatives à l'indult sur les bénéfices du douaire de Savoie,
LM. n° 44323.
404 MARGUERITE D'AUTRICHE
monseigneur mon bon frere, que cecy redondera au bien et utilité de vostredict pays
et en apres de moy, la nomination se porra plus facilement transferer a vous et voz
successeurs, vous en ay bien voulu avertir, priant bien affectueusement que, quant
le cas d'aucune desdictes vacations arrivera, que me vueillés en tant que en vous
sera favoriser, aydier et assister pour fere entretenir et observer ladicte nomination,
de laquelle j'entens user de si bonne sorte que aurés cause nous savoir grey. Et s’il
y a chose en quoy vous puissions fere plesir, nous en avertissant le ferons de tout
cueur, Dieu en ayde, auquel je prie, monseigneur et bon frere, vous donner etc.
PREUVE LXXVII
[1517], 1% août, Brou. — Lettre de Raimond Cartier de Cesana à
Marguerite d'Autriche sur les violences exercées contre les religieux
de Brou par le seigneur de Montellier.
{Original. Arch. Nord, B 19184, n° 44578].
Jhesus.
Nostre tres redoubtée dame et mere tres benigne, Dieu vous doint bonne vie et
longue. Je ne vous sauroie mander des nouvelles du Montellier (!) sinon telles que
aujourd'huy j'ay eues qui sont maulvaises. Il me desplaist bien de vous contrister,
mais je ne sçay à qui recourir si non a vous qui estes nostre refuge afin qu'il soit
vostre bon plaisir de nous y donner remede. Deux religieux de vostre couvent,
assavoir le procureur, qui est prebstre, et son compaignon sont aujourd'huy arrivés
a Brou venans dudit Montillier ou je les avoie envoiés pour les affaires du couvent.
Et m'a recité ledit procureur, qui est religieux et presbtre, que samedi dernier passé,
feste S. Jacques, ung des seigneurs dudit Montillier le menassa qu'il le batroit ou
feroit batre. Et lendemain le dimanche, estant ledict religieux oudit Montillier avec
ung commissaire qui la estoit alé pour fere une enqueste pour vostredit couvent
contre lesdicts seigneurs de Montillier, sur le proces que vostre couvent a contre
iceulx seigneurs du Montellier pour faire partir les estangs, survint ung serviteur
desdits seigneurs de Montillier lequel, d’une espée traicte qu'il portoit, le frappa du
plat de son espée sur les espaules, toutesfois, la grace Nostre Seigneur, il n’y eust
point de sang. À cause de quoy ledict procureur et sondict compaignon et aussi les
autres religieux de vostre couvent craygnent d'aller audit Montillier, doubtans que
l'on ne leur donne du taillant ou de la poincte, et moy encoures ay plus grande
peur, par quoy je suis bien empesché car je ne sçay comme faire ne comme lever la
rente dudit Montillier, car riere lesdits seigneurs de Montillier nous ne trouvons
homme qui nous vueille loger, et d’ailleurs nous ne trouvons a qui accenser sinon a
mespris. Par quoy, pour l'amour de Dieu, nous vous supplions et requerons qu’il
soit vostre bon plaisir de nous y faire faire justice, nous recommandant tres
humblement et tous vos petitz orateurs a vostre benigne grace, en priant Nostre
Seigneur qu'il vous doint le comble de voz bons desirs. Escript en vostre couvent de
Brou, le premier jour d’aoust, par vostre humble orateur des Augustins le moindre,
Frere REYMOND CARTIER de CESANE.
(t) Montelier (Le), Ain, art Trévoux, c° de Meximieux.
PIÈCES JUSTIFICATIVES 405
PREUVE LXXVIII
(1517, 18 septembre], — Mandement de Marguerite d’Autriche
aux officiers de Bresse au sujet du règlement intérieur du Conseil
de Bresse.
{Minute de la main de Barangier. Arch. Nord, B 755, n° 16838?).
De par {[l’archiduchesse]
Chiers feaulx et bien améz,
En oultre les ordonnances contenues en noz lettres patentes que vous envoyons
avec cestes, nous voulons et vous mandons expressement si acertes que d'ores en
avant, quant l’on sera mandé de la part de nostre Vispresident comme vostre chief en
l'absence de nostre Gouverneur ou President de Bresse, chascun de vous se treuve
incontinant en la Chambre de nostre Conseih au chasteau, la ou nous entendons que
d'oires en avant nostredict Conseil s’assemble et non ailleurs, si ce n’estoit que
nostredict Vispresident fust malade, ouquel cas le pourroit fere en sa maison.
Item, que nul n'aye a parler audict Conseil tant que l’auftjre parlera a cuy sera
son reng de parler et que nostredict Vispresident demandera les oppignions.
Item, que ne soient dites aucunes parolles injurieuses de l’ung a l’autre.
Item, que les deliberations de nostredict Conseil soient tousjours escriptes sans
en y point laisser.
Item, que ordonnence expresse sera [faicte sous] grosse poyne au greffier Ogier
et aultres greffiers que d'oires en avant il use de melleur papier en sa grefferie qu'il
ne fait et luy reiteréz ladicte ordonnance judicialement, afin que chascun en soit
adverty pour en fere les plaincte et y remedier s’il fait au contraire.
Item, que ceulx qui seront commis de nostredict Conseil voysent la ou leur sera
ordonné sans delay et facent les devoir en leur charge et que chascun de vous dye
verité sans dissimulation ny port, en gardant desormais lesdictes ordonnances sans y
Contrevenir ou les enffrandre aucunement, sur pene deshobeïssant d’estre suspendus
de les offices et autrement pugniz selon l'exhigence du cas, car tel est nostre plesir.
Et de ce fere avons donné et donnons povoir a nostredict Vispresident, dont vous
advertissons pour selon ce vous conduyre et regler, en vous ordonnant en oultre et a
chascun de vous de fere, incontinent cestes veues, le serement par avant en ses
mains d'observer lesdictes ordonnances, ensemble celles contenues ausdictes lettres
patentes, afin qu'il n’y ait point d'abus. A tant etc.
406 MARGUERITE D'AUTRICHE
PREUVE LXXIX
(1517, 18 septembre] ('). — Mandement de Marguerite d'Autriche
sur le service intérieur du Conseil de Bresse.
{Minute de la main de Barangier. Arch. Nord, B 755, n° 168382].
Marguerite, etc. À noz améz et feaulx les gens de nostre Conseil et nostre
Chambre des comptes par nous ordonnéz en la cité de Bourg en nos dicts pays de
Bresse et a chascun d’eulx en son endroit et regard, salut et dillection. Comme
depuis nagueres advertye du grand desordre estant a l’exercice de nostre justice et
poursuyte de noz afferes et droictures es pays de nostredict douayre, au moyen du
petit debvoir d’aucuns noz officiers illec et des piques, inimicitiés et parcialitéz d’entre
eulx, Nous, desirans en sçavoir la verité, ayons sur ce fait prendre bonne et amples
informations, lesquelles ont esté recourues /sic/ comme il appartenoit, et par icelles
nous est amplement apparu desdicts desordres, piques, parcialitéz et des nons et
surnoms des culpables, sur quoy avons pourveu selon droit et justice pour le bien
de la chose publique et nosdictes afferes. Et soit besoing donner ordre en aucuns
pointz fort necesseres pour readresser et ressoulder nostredicte justice, nosdicts
officiers qui sont les membres d'icelle et par consequent nosdicts afferes et le
gouvernement d’iceulx, savoir faisons que Nous, desirans de tout nostre cueur le
bien des pays de nostredict douayre et le soulaigement des subgectz d’icelluy pays,
pour ces causes et autres a ce nous mouvans, avons advisé, conclud et determiné par
l’advis de nostre lieutenant gencral et gouverneur en nosdicts pays de Bresse et des
gens de nostre Conseil estans lez nous, concluons, voulons et determinons par ces
presentes les ordonnances cy apres escriptes, en oultre celles ja nagueres par
nous fetes :
Premierement, pour ce que nosdicts gouverneur et president de Bresse sont
absens de nosdicts pays et sont presentement devers nous en nostre service, a ce
moyen est debat entre les vispresident, visballi et lieutenant en nostre balliage de
Bresse, tendans chascun d'’eulx de presider et estre le chief. Nous, desirans a ce
remedier, declairons et voulons que, en l'absence de nosdicts gouverneur ou
president, ledict vispresident soit chief et preside lesdicts visbailli, lieutenant et
nosdicts autres officiers oudict pays et, selon l'opportunité des affcres, qu'il mande
eulx et les autres gens de nostre Conseil en la Chambre, lesquelx seront tenuz d'y
venir, et voulons qu'il luy soit obey comme a tel estat appartient, sans y plus metre
aucune difficulté, a peyne d'estre suspenduz de leurs offices par ledict vispresident,
soubz nostre bon playsir, ou eulz pugniz selon qu'il verra estre necessere, et de ce
fere luy donnons povoir.
Item, pour obvyer au grand desordre qui cest de present aux condempaations qui
se font aux assises, lesquelles condempnations se moderent et souvent se font
compositions durant lesdictes assises, soit autrement aucunes fois devant, soit aussi
apres icelles assises tenues tant par le lieutenant seul que autres noz officiers, et
entendons que ne se fait sans en attrapper argent pour user et diminuer l'amende a
nous adjugée, Nous deffendons expressement sous peyne d’amende arbitraire que
(1) Document non daté, mais rédigé au moment de la suspension des lieutenant, avocat-fiscal
et procureur de Bresse, faite par mandement du 18 juillet 1517 d'après B 755,n° 168352. Sur la
restitution de la date, cf. B 2252, fol. 37 v. et 38.
PIÈCES JUSTIFICATIVES 407
d'ores en avant nulles amendes ne soient moderées, ains ordonnons a n0z juges de
fere les condempnations selon la raison et merite du cas et non autrement.
Item, nous ordonnons que les lettres patentes par nous ouctroyées, touchant la
deffense des ab extra, soient publiées par toutes les chastellenies de nosdicts pays et
soient d'ores en avant observées inviolablement, attendu que par les statuz ducaulx
de Savoye lesdicts ab extra sont semblablement prohibéz.
Item, nous deffendons expressement a tous nosdicts officiers et chascun d’eulx
en son regard que, d'oires en avant, 1lz ne soient associéz arec les admodiateur des
fermes de nostre demaine pour obvier aux abbus qui sont esté trouvéz comme en eu
par cy devant.
Item, pour ce qu'il y a eu question envers noz officiers lequel devroit avoir la
garde des benefices vacans en nosdicts pays de Bresse, Nous declarons que, en
l'absence de nostredict gouverneur de Bresse, son visbailli en aura, la charge et
ordonnons a vous de nostre Conseil tauxer le gaiges qu'il aura, par jour vacant a
ladicte garde, de cellui acuy s’en adjugera la possession, et entendons que ledict
visbailli n'y sejourne guieres, ains, au moins de frais qu'il pourra, y laisse quelcun
pour obvyer aux desordres qui nous a apparu y avoir esté commis, deffendant
expressement a icellui visbailli de prendre autre charge que sesdicts gaiges, sur peine
de privation d'office et de l’amender arbitrairement envers Nous.
Item, ordonnons au lieutenant de nostredict balli de Bresse que d'ores en avant
il pese bien les sentences interlocutoires qu'il rendra afin qu’il ne les revoque a tous
propos, comme nous entendons avoir esté fait ça-devant a la grand foule de noz
subgectz.
Item, touchant les mainmortes que nous adviennent journellement, Nous voulons
et declairons que nostre tresorier de Bresse ayt la charge de les recouvrer et requerir
et que deis incontinant qu’elles seront advenues, il soit tenu fere l'inventaire des
biens et en tenir ung registre, et si debat en venoit, fere fere la poursuyte et delivrer
la coppie des pieces servans a ce es mains de nostre procureur fiscal, auquel
ordonnons en fere son debvoir et voulons qu’il ayt la charge de les poursuyvre par
justice comme il appartient a son estat, et de d'ores en avant chascun an tenir compte
en la Chambre de nostre Conseil de celles qui seront vuydées et de celles qui ne le
seront point, afin que l’on cognoise sa dilligence. Et /la fin manque).
PREUVE LXXX
1518, mai, Malines. — Lettres patentes de Marguerite d’Autriche
autorisant Mercurin de Gattinara, destitué de son office de président
du Parlement de Dôle, à entrer au service du duc de Savoie (').
[Minute. Arch. Nord, B 19021, n° 39775].
Marguerite, etc., a tous ceulx qui ces presentes lettres verront, salut. Comme
nagueres, a la tres instante priere et requeste de pluseurs principaulx nobles noz
(4) Par mandement de même date (mai 1518), l'archiduchesse alloue un don de 5.000 francs
à Gattinara, payable moitié en novembre 1519, moitié en novembre 1520, pour dédommager
le Président de la perte de son office. Gattinara, dans une note autographe, sollicite un
paiement plus rapide « ayant esgar que, en resignant l'estat de mon grey, j'en eusse eu plus
grand somme et argent » (Arch. Nord, L. M., n° 39776, minute avec des corrections de
Jean de Marnix et de Gattinara).
408 MARGUERITE D'AUTRICHE
vassaulx et subgectz de nostre conté de Bourgoingne, et singulierement pour faire
cesser la haynne et grande inimytié et malvuillance estant entre eulx et nostre tres
chier et feal conseillier Chief de nostre Privé conseil et nagueres President de nostre
court de Parlement a Dole, messire Mercurin de Gattinaire, chevalier, et evicter les
grans inconvenians que vraysemblablement estoicnt apparans de sourdre a cause de
ladicte hayne, nous l'aions destitué et deppourté dudict estat de president de
nostredicte court de parlement a Dole, lequel se voyant privé dudict estat s'est üré
par devers nous et nous a fait sur ce plusieurs remonstrances au contraire, et
finablement apres lesdictes remonstrances, il nous a humblement supplié et requis
Juy donner congé et permectre que, sans nous offencé, il puise prendre et accepter le
service de monseigneur de Savoye, nostre bon frere, son naturel seigneur, et pour
tesmoingnaige tant de son bon acquict en nostre service que de son honneur quant a
ladicte destitucion dudict estat de president, declarer icelle destitucion n'avoir esté
faicte que pour la cause susdicte, luy faisant sur ce despecher noz lettres patentes
en tel cas, Savoir faisons que Nous, ces choses considerées, audict messire Mercurin
de Gattinaire inclinans a sadicte supplicacion, avons donné et donnons par la
teneur de ces presentes congié et licence de soy retirer de nostre service, prendre et
accepter celluy de nostredict bon frere le duc de Savoye, son naturel seigneur, sans
mesprendre envers nous ne au serement qu'il nous a fait, pourveu qu'il ne face
machine ou procure, face faire, machiner ou procurer directement ou indirectement
en queque maniere que ce soit chose qui puise tourner au blasme, deshonneur, grief,
prejudice ou dommaige de monseigneur mon nepveur, de nous, ses subgectz et les
nostres. Et au surplus, quant a son acquit de son debvoir et service envers nous, nous
avons declaré et par ces presentes declairons que, depuis le temps que premierement
il est venu a nostre service jusques a present, n'avons sceu qu'il ait aucune faulte ne
mesuz en l’exercice desdicts estatz de Chief de nostredict Privé conseil et President
de nostre dict court de Parlement a Dole ne autrement en nostre service, mais nous
a bien et loyalement servye et tellement que de son service sumes tres contente.
En tesmoing desquelles choses nous avons fait mectre nostre seel a ces presentes.
Donné en la ville de Malines, le jour de may, l'an de grace mil cinq cens
et dix huit.
{Sur le dos} : Tierce mynute de mandement.
PREUVE LXXXI
[1518], 7 juillet, Bourg. — Lettre de Noël Puget à Marguerite d'Autriche
au sujet de sa destitution.
fAutographe. Arch. Nord, B 19000, n° 38848).
Ma tres redoubtée dame.
Picça vous ay maintesfois supplié qui vous pleust me fere donner le double de ce
qu'avoit esté fait et pourchassé contre de moy par vos commis deputéz sus voz
officiers de vostre cité de Bourg, et neantmoings n'en ay jamais riens peu avoir, ains
demeure tousjours chargé et sans cela ne me sçaureis purger. |
Madame, il est verité que je sçay et entendz que de voz offices vous les pouvéz
donner, oster a qui qu’il vous plait. Mais, a cause que ma suspencion de mon office
PIÈCES JUSTIFICATIVES 409
a esté faicte a cause et au rappourt de voz commis, pour mon honneur et que je sçay
non vous avoir jamais fait chouse pourquoy l'on me deust suspendre, j'ay esté
contraing en appeler a mon superieur tant pour ce que je veulx dire que les causes
ne sont pas souffisantes et qu'ilz vous ont rappourté contre verilé, aussi qu'ilz m'ont
degnyer me donner le (les mots en italique sont soulignés dans le texte avec un index
les désignant placé en marge) double des informacions comme la raison le veult,
toutesfois j'ay demeuré tousjours jusques icy et differé de poursuir mon appellacion,
esperant que en me faisant justice me feriéz donner le double du tout, car je ne
veulx aucunement fuyr vostre congnoissance aut (lire ou) de quelque commis qu'il
vous plaira, ains garder vostre auctorité de mon pouvoir, pourveu que j'aye le
double de ce qu'a esté fait contre moy pour me pouvoir purger ou d’estre pugny
selon que j'auray merité.
Madame, j'ay entendu que, au pourchas de mes malveillans, l’on vous a donné a
entendre que mon appellacion se devoit faire par devant vostre Conseil a Bourg.
Madame, d'appeller de vous et de voz commis a voz serviteurs, sy je l’eusse fait, y
vous eust donner a entendre que je ne vous eusse point fait d'honneur. Aussi par le
droit l’on ne peult appeler du superieur a l’inferieur, est verité, et ay appellé pour
ceste cause au superieur. Toutesfois, Madame, s'il vous plait que je poursuyve mon
appellacion par devant vostre Conseil a Bourg, j'en seray tres content, pourveu qui
vous plaise y commectre gens non subspectz, car messires Bergier, Ron Badel et
Vyonnet sont mes ennemys et me playdeent eu Avignion sus une monicion apostolique
que j'ay faite, et sont de ceulx que je pretendz qui m'ont chargé a tort et sans cause
envers Vostre Haulte Seignorie ou fait charge par interposites personnes pour les
raisons cy apres declairées, et en cela je ne pense riens avoir fait au prejudice de
vostre auctorité.
Madame, j'ay entendu aussi qu'ilz vous ont fait informer que la monicion
apostolique que j'ay fait adnuncer que c’est contre vostre auctorité et voz commis
qui ont procedé contre de moy, qui est chouse manifestement contre verité, et s’en
sont fait dix mille en voz pays et de Bourgogne et de Bresse de la sorte de la myenne
que jamais a personne l’on n'y contredit, car, Madame, ma monicion est en forme
de malfacteurs commune contre tous ceulz qu'il m'ont chargé envers Vostre
Seigneurie faulsemement et contre verité, mesmement de tous les articles desquelx
l'on m'a fait respondre es mains de voz commis et qui contre verité et faulsement
ont depousé contre moy, car de tant qui ly en a, n’en y{a] pas ung vray et si fusse vray,
je ne les heusse pas mis en ma monicion car je me excommunieroye moy mesmes,
comme, s’il vostre plaisir est, verréz par le double de ma monicion que je vous envoye.
Madame, a ladicte monicion se sont opposéz ledict mestre Bergier, Badel, Vyonnet
et certain autre et se sentans culpables de ladicte monicion, m'ont fait citer en
Avignion, qui est contre vostre auctorité, et ont donné ung libel et articles contre
moy vuillans empescher le cour de ma monicion comme verréz, s’il vous plait, par
le lonp libel que je vous envoye, aussi qui est evidentement a veoir, puys que je ne
fais ma monicion que contre ceulx qui contre verité m'ont chargé et qui vuillent
empescher le cours d’icelle qui sont coulpables du cas et veulx dire, Madame, qu'ilz
font contre vostre auctorité, car il se devoit declairer par devant voz juges, et sur
les declaracions la poursuyte eust esté faicte par devant vostre lieutenant et Conseil,
comme ont fait d’aultres. Mais ilz ne s’ilz vuillent declairer, ains me vuillent travailler
a voz despens soub umbre de lours menleries a faulx donner a entendre, aussi,
Madame, que j'ay les declarans en mes mains contre eulx que j'ay esperance que s’il
vous plait me laisser poursuyr mon affaire, que le poste se descouvrera et qu'il
viendra a vostre grant proffit et que vous congnoistrez ceulx qui vous ont loyalment
410 MARGUERITE D'’'AUTRICHE
servye, aussi que ma monicion n’est point au prejudice de vostre auctorité, quelque
chouse que l’on vous ait donné a entendre, et vous asseure, Madame, que vous verréz
encores en ces affaires le jeuz de Saincte Susanne, s’il vous plait me leisser poursuir.
Madame, lesdicts messire Bergicr, Badel, Vyonnet m'ont fait prier trois ou
quatre fois vouloir laisser ceste monicion, ce que n'ay voulsuz faire pour mon
honneur, a cause de quoy, par interposites personnes, ilz vous ont fait entendre contre
verité que Jadicte monicion est contre vostre auctorité pour me contraindre a la
laisser et me poursuyvre a vos despens en Avignion que ne debvéz souffrir, el au
moyen des parens qu'ilz ont aupres de vous qui ont credit envers Vostre Seigneurie el
tout ceulx que vostre Conseil qu'ilz ont gaignéz pour les intelligences qu'ilz ont
ensamble journellement, sont apres a me brasser quelque chouse pour me mectre
tousjours en vostre malle grace pour tousjours parvenir a leurs fins.
Madame, si vostre plaisir est de faire veoir tant mon appellacion que ma
monicion a gens non subspectz aux despens de qui appartiendra, si j’ay riens fait
contre vostre auctorité, je rendray ma personne, quant bien je me debvroys faire
pourter en une lictiere, la out y vous plaira, pour en estre pugny selon que j'aurais
a merite.
Madame, combien que je sçay que vous estes la plus triumphante et gracieuse
dame du monde et pleine de bonté et que jamais rigueur ne fut en vous, neantmoings
pour ce que le Bon Badel, vostre maistre de Chambre des comptes a Bourg, me
veult mal de mort a cause d’une myenne maison que j'ay ediffiée aupres de luy,
mieulx pour vous, Madame, et les gens de bien que pour moy. Si d'avanture venyéz
a Bourg ct que pour la manyance qu'il a de voz affaires et monseigneur le
gouverneur et parens aupres de vous qui ont credit, aussi qu'il a gaigné et bandé
aucun de vostre Conseil de par dela a ly pour les intelligences qu'il a, je me doubte,
Madame, qu'il ne cesse luy et ses consors brasser quelque chouse pour me mectre
en vostre malle grace, qu'ilz ne vous facent donner a entendre quelque chouse contre
moy pour pervenir a leurs fins, dont vous supplie, ma tres redoubtée dame, tres
humblement que a ses rappours que l'on vous pourroit faire de moy vous plaise ne
les vouloir croyre que n'en soyéz informée premierement par gens non suspectz, car
j'ameroye mieulx mourir que d’avoir fait ny dit chouse contre vostre auctorité et
n’avéz subgect qui la voulsit mieux pourter ny garder de ma possibilité. Ledict
Badel et sa suyte a tant fait que la pluspart de vostre Conseil sont contre moy et ne
cuyde avoir pour moy, Madame, que vous. Je vous supplie tres humblement vouloir
estre pour moy avec la raison et non aultrement, ce de quoy je m'’asseure.
À Bourg ce VII de juillet.
Vostre tres humble et tres obeyssant subgectz et serviteur,
Signé : Noë PUuGET.
ce
PREUVE LXXXII
(1518, août]. — Remontrances faites au duc de Savoie de la part
de Marguerite d'Autriche par Hugues Marmier avec les réponses du duc.
{Original. Arch. Nord, B 441, n° 18112).
S'ensuyvent les remonstrances faictes a Monseigneur de la part de Madame sa
bonne seur par maistre Hugues Marmier, maistre aux requestes ordinaire de son
hostel et son ambassadeur.
PIÈCES JUSTIFICATIVES 411
I. Premier, que jasoit que la provision de tous offices des païs que madicte dame
tient a cause de son douayre luy appertienne sellon le traité sur ce fait entre
mondict seigneur et elle, neantmoins, puis icelluy traité, mondict scigneur a institué
le seigneur du Boys bailly au pais de Vuaud et aussi a pourveu es chastellanies de
Nyon et de Morges estantz audict pais, au prejudice de madicte dame et de l’effect
dudict traité, sur quoy a esté requis mondict seigneur qu’il face declaration par ses
lettres patentes qu’il veult et entend souffrir jouyr madicte dame de la provision
desdicts offices, en anullant par ses lettres patentes tout ce que pourroit avoir esté
fait au contraire, et qu’il entend que ceulx qui en seront pourveu de part madicte
dame en jouyssent ensuyvant ledict traité. RESPONSE : Mondict seigneur declare qu'il
veult et entend que madicte dame constitue les officiers jouxte Ja forme de son
traité et que le bailly de Vuaud, lequel touteffoys a esté depuis par elle, ne se ayde
point de la constitution faicte par mondict scigneur, mais qu’elle soit de nulle valleur
et qu'il excercisse son office par vertu de la constitution a luy faicte par madicte
dame confermée par mondict seigneur, declairant aussi que les constitutions des
chastellains du lieu de Nyon et de Morges faictes par mondict seigneur soyent de
nulle valleur et que madicte dame en pourvoye comme il luy plaira.
IT. Item, par ledict traîté, les presentacions des beneffices estantz du patronaige
de mondict seigneur esdicts païs appertiennent a madicte dame sans qui soit loisible
par raison fere acte contraire ; neantmoins elle] est advertye que despuis ledict
traité, mondict seigneur a prescnté ung nommé François Arzent en la cure de
Coudrefin comme vacant nonobstant que madicte dame y heust presenté, qu'est au
prejudice dudict traité, dont madicte dame a fait requerre reparation necessaire ; et
pareillement de ce que ladicte cure dudict Coudrefin et celle de Romont ont esté
unyes ct annexées a certain colliege de chanoynes nouvellement erigé et dressé
audict Romont. RESPONSE : Mondict seigneur, combien qu'il pourroit dire et alleguer
plusieurs exceptions en cecy, touteffloys pour complaire a madicte dame il luy laisse
la possession et jouyssance du patronaige desdicts beneffices et ne veult ny entend
luy rien innover, bien luy prie il avoir aggreable la provision que fut jadys faicte de
la cure de Coudrefin au filz de François Arzent, semblablement l'union et annexation
d'icelle et de l’autre de Romont, car ce a esté ung cas tres necessaire pour le bien et
proffit de madicte dame et de mondict seigneur pour les raisons qu’il a plus au long
dit et declairé a monseigneur l'ambassadeur ; et neantmoins, icelluy mondict
seigneur, pour donner a congnoistre son bon vouloir a madicte dame, il luy laisse le
patronaige et presentation des prebendes de ladicte eglise collegiale de Romont pour
le nombre qu'il s’est reservé, a sçavoir pour (comme mieulx plaira a madicte
dame) en pourveoir avecques luy par alternative, laquelle mondict seigneur
commencera.
III. Item, que par ledict traité madicte dame doibt entierement jouyr dudict païs
de Vuaud comme elle a fait par deux ou trois ans et jusques a ce qu’elle a eté spoliée
par monscigneur de la seigneurie de Surpierre et fruys en dependans, estant membre
dependant dudict païs de Vuaud, dont elle quiert la reintegration et des levées en
provenans, ce fait, sera preste se soubmettre au principal sus telz personnaiges que
l’on advisera. RESPONsE : Mondict seigneur ne croit madicte dame en avoir aulcu-
nement esté spoliée, veu que jamais ne l’a possedé despuis le trespas de feu
Monseigneur qui Dieu absoille, toutefloys, attendu la qualité de la forteresse et du
petit renom dudict chasteau, aussi la grant despense de la reparation et fortiffication
d'icelluy, pareillement que Monseigneur en poye cent escuz tous les ans a
Monseigneur le bastard, il prie madicte dame que, en faveur et consideration de ces
choses, luy plaise laisser mondict seigneur en l’estat en quoy il en est, non refusans
412 MARGUERITE D'AUTRICHE
touteffois que l'on ne congnoisse des droiz des parties par arbitres esleuz d’un cousté
et d’aultre, comme aultreffoys a esté arresté, s’il plaist a madicte dame.
IV. Item, que par ledict traicté, la congnoissance des premieres et secundes
instances appertient aux officiers de madicte dame esdicts païs de son douaire,
peantmoins ceulx des Conseilz de mondict seigneur despechent plusieurs provisions
au préjudice desdictes instances et les estirent (lire attirent) a eulx sans avoir regard
audict traité ny aux commandementz qui desja sur ce leur ont esté faictz par
ordonance de mondict seigneur, a ceste cause a esté requis mondict seigneur qu’il
luy plaise fere despecher tel et si bon mandement qu'il soit obeyr comme raison
veult, affin que madicte dame n'ait occasion cy appres en faire doleance. RESPONSE :
Mondict seigneur ne peult croire que les officiers de madicte dame soyent aulcunement
troubléz ny empechéz en la premiere congnoissance ny en la seconde, en ce qu’elle
la doibt avoir, ne aussi en aultre maniere contre la forme de son traité et si
aultrement se fait, c’est de tout contre son vouloir et intention, et pour le donner a
congnoistre, il a sur ce octroyé lettres a part en bonne et ample forme lesquelles il
veult toutellement estre observées.
V. Item, combien que par ledict traité soit prohibé instituer nouveaulx juge
d'appel, toutefloys, despuis que mondict seigneur a infeudé monseigneur le comte
son frere de la comté de Genevois, mondict seigneur le comte a dressé nouveau
Conseil en ce lieu d’Annessy qu'il veult congnoistre des appellations emises du juge
de madicte dame en Foucigny, avecques ce, congnoit des premieres instances et
despeche les provisions a ce neccessaires, que plus est, empeche les officiers de
madicte dame faire poursuyte en ladicte premiere instance contre delinquantz et
malfacteurs, qu'est directement contre ledict traité et pour ce a esté requis mondict
seigneur y pourveoir et faire entretenir ledict traité. RESPoNsE : Mondict seigneur
trouve que les subgectz de Foucigny ne sont point grevéz oultre ce qu'est accoustumé,
veu que de tous temps les premiers appeaulx ont accoustumé d'estre devoluz au
Conseil de Genevois quant il y a ung comte, et par ainsi n’est point contre la forme
du traité et de la declaration faicte par madicte dame faisant mention nommeement
que les appeaulx soyent devoluz du juge de Foucigny, jouxte ce qu'est accoustumé.
Quant a occuper la premiere congnoissance par le Conseil de Genevois, mondict
seigneur y pourvoyera par aultres lettres a part, lesquelles il veult toutellement
estre observées.
VI. Item, les gens des comptes de mondict seigneur doibvent donner aux gens de
madicte dame suyvant Jedict traité les copies antiques /sic/ de toutes recongnoissances
et aultres tiltres a elles necessaires es païs de son douayre, neantmoins, ilz l'ont
refusé, par quoy a esté requys mondict seigneur luy octroyer telles et si bonnes
lettres qu'ilz congnoissent que son bon plaisir est qu’ilz en facent deslivrance cellon
la forme dudict traité. RESPONSE : Mondict seigneur mandera par lettres a part ct par
la presente mande et ordonne expressement a messeigneurs de sa Chambre des
comptes que sans delay, reffus ny excusation quelconques, ilz ayent a expedier et
bailler le double de tous les tiltres qui ont esté demandéz ou que l’on demandera de
la part de madicte dame concernant les pieces de son douaire en forme authentique
toutes et quantefoys ilz en seront requis par le procureur ou les commys de
madicte dame.
VII. Item, et semblablement a esté desclairé par ledict traité que toutes confis-
cations, compositions, mulctes et poynes declairées sur les subgectz des païs et
seigneuries appertcnantz a madicte dame a cause de son douayre doibvent appertenir
a madicte dame, et neantmoins les officiers de mondict seigneur le preignent et
composent en obtenant les graces et avecques ce, par icelles graces, mondict seigneur
PIÈCES JUSTIFICATIVES 413
remect les poynes adjugées, qu'est oster le droit desja acquis a madicte dame.
RESPoxsE : Mondict seigneur mande prohiber et deffendre a tous ses officiers et
a ceulx de monseigneur le comte qu'ilz n'ayent a composer les subgectz de madicte
dame pour aulcuns delictz ou poynes, veu que cella appertient a elle, et en baillera
lettres patentes a part lesquelles il veult toutellement estre observées, tant y a que
au demourant quant mondict seigneur fait grace a quelcun pour aulcun delict et qu’il
luy remect toutes les poynes, elles s'entendent estre remises entierement encoures
qu'elles fussent declairées par les officiers mediatz, et de ceste sorte en a esté usé
tousjours au temps des partaiges de Bresse, de Genevoys, de Vuaud et aultres.
Touteffoys, si l’on en faisoit quelque doubte, mondict seigneur en demourera a la
congnoissance de deux arbitres qui seront csleu d'un cousté et d’aultre, s’il plait a
madicte dame, tant y a que a le bien entendre, elle n’y peult avoir interest ny ses
officiers aussi, car quant mondict seigneur fait telles graces moyennant composition,
lesdicts officiers de madicte dame prenent leur quart denier, et si elles se font gratis,
ilz ne laissent point d’avoir leur cancellatures des proces.
VIII. L'office d’advoyrie de Paerne a esté vacquant despuis ledict traité, par quoy
en suyvant icelluy, madicte dame y debvoit pourveoir et neantmoins, il a esté
pourveu par mondict seigneur. RESPONSE : Quiconques est bailly de Vuaud est
advoyer de Payerne, auquel lieu ledict gouverneur /sic/ depute ledict advoyer qui
luy sert de lieutenant, et mondict scigneur n’en a point aultrement pourveu.
IX. Item, mondict seigneur a quitté et remys certaines rantes que madicte dame
debvoit lever et percepvoir sur la chastellanie de Romont a la diminution de sondict
douayre et prendre dudict traité. REsPoxsE : Mondict seigneur ne scet que c'est, et
quant il en sera certiffié, il y pourvoyera car il n'entend en aulcune maniere diminuer
ledict douaire directement ou indirectement, et s’il se trouve qu'il en ait donné
quelque chose, i] le supplira d’ailleurs.
X. Item, que les commissaires des extentes et recongnoissances doibvent estre
nomméz par madicte dame es païs de sondict douaire et sont tenuz lesdicts commis-
saires luy donner bonne caution cellon la forme dudict traité, neantmoins aulcuns
ont esté commys par mondict seigneur sans lesdictes nominations et cautions, qu'est
a son prejudice et derogue audict traité. RESPONSE : Quant esdicts commissaires
d’extentes, si ceulx cy agreent a madicte dame, ilz seront nomméz par elle, et s’ilz
ne luy sont aggreables, l’on leur prohibera l'office, et seront constituéz les nomméz
par madicte dame et en tout evenement, tant ceulx cy qui sont de present que les
aultres qui seront deputéz, donneront plege, a la forme dudict traité, et sur ce seront
ordonnées lettres neccessaires.
XI. Item, ceulx de Coudrefin ont empeché et empechent les deniers du revenu
dudict Coudrefin soub colleur de certains proces qu'il dit avoir contre messeigneurs
de Berne qu'est au dompmaige de madicte dame, et cy apres pourra estre au
prejudice de mondict seigneur, sur quoy a esté requis mondict seigneur vouloir
octroyé mandement de contraincte, nonobstant toutes oppositions et appellations et
lettres, au chastellain d'ilecques et aultres qui pourroyent estre cause dudict
empechement de fere poyer lesdicts seigneurs devers madicte dame. RESPONSE :
Mondict seigneur mande oster tout empechementz sur l'exaction aux deniers de
madicte dame et les debteurs estre compelly a payer comme il est de coustume, bien
prie il madicte dame avoir quelque esgard aux fraiz et despens supportéz par les
bonnes gens dudict lieu de Coudrefin a la poursuyte de l’affere qu'’ilz ont heu
avecques messeigneurs des deux villes a cause de la limite et leur en fere quelque
recompense, attendu que ledict affere a esté vuydé au proffit de madicte dame.
XII. Item, les officiers de madicte dame ne peulent (/1re peuvent) avoir bresve
414 MARGUERITE D'AUTRICHE
expedition de justice es Conseilz de mondict seigneur touchant les causes devolues
par appellation, et pour ce, s’il plait a mondict seigneur leur escripre bonnes lettres
a ce necessaires. RESPONSE : Mondict seigneur veult et mande dilligentement vuyder
et expedier lesdictes causes et les preferer a toutes causes de tous particuliers.
XIII. Item, a la requeste de madicte dame, mondict seigneur a tant par ses
lettres que parolles par luy dictes a maistre Jehan Allemant, secretaire de madicte
dame, ‘accordé l'affranchissement de Loys Vyonnet et ses freres, et pour ce que
ledict Vyonnet lui a fait plusieurs bons et aggreables services, elle a fait de rechiefz
requerir mondict seigneur que, en exequutant son bon vouloir, il vueille faire
despecher ledict affranchissement tant par luy comme par mondict seigneur le comte
son frere, ordonant tous intervienans a ce neccessaire, que le plaisir de mondict
seigneur soit faire despecher ses lettres patentes de quittance dheument veriffiées
des deniers receu par ledict Vionnet es seigneurics de Beaufort et Surpierre,
dont desja ledict Vionnet a tenu compte a madicte dame sellon que mondict
seigneur J’a desja accordé a monseigneur le maistre Verbouz, aussi que mondict
scigneur face rambourser ledict Vionnet des blez prins par son ordonance
audict pais de Vuaud, ainsi que desja il a dit audict Verbouz. RESPONSE : Mondict
seigneur n'entend point avoir accordé l’affranchissement audict maistre Jehan
Allemand, ne l'avoir promis par lettres, veu que n’appertient point a luy mais a
monseigneur son frere, auquel touteffoys il en parlera, et touchant la quictance,
mondict seigneur l’a ordonné par lettres a part'duble quant le tresorier viendra; s’il
n’en a heu J’assignation, comme mondict seigneur pretend, il luy fera de sorte que
madicte dame soy contentera.
XIII. Et pour ce que madicte dame est advertie que les religieulx du couvent
de Brouz ne peulent (lire peuvent) paisiblement jouyr des rantes par elle acquises
sur la seigneurie de Monttillier et que en ce sont journellement empechéz par les
seigneurs dudict Monttillyer, a fait requerir mondict seigneur qu'il considere la
matere qu'est favorable, il face assister par ses officiers lesdicts religieulx de Brouz
de sorte qu'’ilz puissent jouyr paisiblement de ladicte rante sans y estre molestéz,
comme ilz ont esté le temps passé. RESPoNsE : Mondict seigneur y a pourveu par
lettres a part, lesquelles il veult toutellement estre observées.
XV. Madicte dame pieça a esté advertie que ses officiers de Bourg commettoyent
en leurs offices plusieurs abbuz, commissions et pilleries a la grant folle des subgectz
et prejudice de madicte dame et per consequent de mondict seigneur, a ceste cause
desirant y pourveoir feist sur ce faire informations par aulcuns ses conseillers non
suspectz et par leur besoignés apparut qu'ilz meritoyent estre suspendus desdicts
offices pendant le proces, ce qu'elle feist declairer, les recepvant neantmoins en
justice a proposé et justiffié leurs descoulpes et descharges et octroyant ausdicts
officiers la copie desdictes informations faicte contre eulx dont il n'avoyent cause
eulx douloir, neantmoins aulcuns d’eulx c'est assçavoir l’advocat surnommé Puget a
obtenuz certaine monition en forme de malfacteur au lieu d'Avignon du vicegerent
du Sainct Siege appostolicque, laquelle il a fait publier audict Bourg contre tous ceulx
qui s'estoyent meslé le mettre en poursuyte ou porté testmonaige de et touchant
lesdicts abbus, au tres grant content et mesprisement de madicte dame et de mondict
seigneur, et inferant craincte aux tesmoings et gens de justice ayantz fait leur
debvoir contre luy, enquerir et sçavoir la verité desdicts abbus, sur quoy a esté
requis mondict seigneur de la part de madicte dame non vouloir permettre a ceulx
de ses Conseilz despecher provision d'appel ou aultre qu'ilz puissent empecher et
retarder la juste poursuyte faicte contre ledict Puget, aultrement seront ouvrir Ja
pourter (lire serait ouvrir la porte) aux delitz et donner craincte aux pouvres
PIÈCES JUSTIFICATIVES 415
subgectz eulx douloir des abbus commys par lesdicts officiers. RESPoNsE : Mondict
seigneur n'entend point d'empecher la congnoissance des deputéz par madicte dame
ne souffrir ledict advocat estre par ses Consaulx assisté a la poursuyte et exequution
dudict monitoire en ce qu'elle pourroit empecher la poursuyte contre luy commencée
par voye de justice temporelle, reservé touteffoys l'appel si ledict advocat Puget
estoit grevé.
XVI. Plusieurs differendz sont mieulx (/ire meus) entre les officiers de mondict
seigneur et ceulx de madicte dame touchant les limites de leur duché de Savoye et
du comté de Bourgoigne, et mesme sur le quartier de Sainct Glaude, et pour ce
que madicte dame desire lesdicts differentz estre amyablement vuydéz et que bonnes
(lire bornes) et limites soyent mises et assises entre lesdicts païs sellon que sera
trouver par raison, à esté requis mondict seigneur qu'il vueille commettre de sa part
tieulx qui luy plaira et madicte dame fera le semblable pour soy trouver sur le
lieu au jour que sera advisé pourveu que, ce pendant, toutes poursuytes demourent
en sourceance et que tous gaiges prins d'un cousté et d’aultre soyent rendu sans
prejudice. RESPONSsE : Mondict seigneur s'accorde que ces differendz se voyent
amyablement et ordonnera ses commys et arbitres qui se trouveront au lieu de
Mijouz le jour et feste Sainct Denix prouchain que l’on dira IX° jour du prouchain
moys de octobre pour, avecques les commys et arbitres de madicte dame, eulx y
assembler riere la terre et seigneurie d’une partie et d’aultre affin de communiquer
et conferer par ensemble de ceste matiere et y proceder sellon que le cas requerra,
et si tant est qu’ilz ne la puissent vuyder sur ledict lieu, qu'ilz ayent pouvoir d’en
choisir ung aultre d'entre eulx tel qu'ilz leur semblera commode pour ceste matere,
et a ce ledict ambassadeur s’est accordé et aussi que, ce pendant, l’on sourcée (lire
sursoie) de toutes molestes d’un cousté et d’aultre et que les gaiges levéz de tous les
deux coustéz soyent restituëz moyennant caution sans prejudice des droiz des parties.
Signé : VULLET.
Karolus, dux Sabaudie, etc. Dilectis Consiliüis nobiscum Chamberiaci et
Ann{ifssiaci residentibus, presidenti et magistris Camere computorum nostrorum,
Salutem. Visis capitulis sub annexis parte illustrissime domine sororis nostre
honorande domine Margarite de Austria et Burgondia, ducisse doagerie Sabaudie
in eis nominate per spectabilem dominum Hugonem Marmier, consiliarium et
oratorem suum, nobis exhibitis necnon responsionibus in pede ipsorum cappitulorum
per nos factis omniumque tenore considerato, Vobis ex nostra certa sciencia expresse
mandamus quatenus eadem cappitula eidem illustrissime sorori nostre et ejus
procuratoribus et officiariis juxta dictarum responsionum formam et tenorem teneatis,
attendatis et observetis ac per quoscunque officiarios et subdictos nostros quorum
intererit observari faciatis, quoniam sic fieri volumus, quibuscumque oppositionibus,
excusationibus, exceptionibus, litteris, mandatis ac aliis in contrarium allegandis non
obstantibus. Datum Annessiaci die vigesima quinta mensis augusti millesimo quingen-
tesimo decimo octavo.
Per dominum, presente domino illustri Philippo de Sabaudia, comite Gebennesii,
Johanne, comite Camere, Georgio, barone Menthonis, Alexio de Aulenove, Gabriele
de Laude, patrimoniali preside, Ang. de Pontefvitreo ?], preside Gebennesti, Hugone
de Balma, domino Tireti, magistro hospicii, Ludovico de Castillione, domino de
Musinens, cappitaneo garde, Jaffredo (?) Paserii (?)}, advocato fiscali, Aloysio
de Gallete, financiarum Sabaudie generale.
Signé: VULLET.
Reddite litteras portitori.
[Traces de sceau rouge plaqué/.
416 MARGUERITE D'AUTRICHE
PREUVE LXXXIII
[Vers 1518]('), 1* septembre, Bourg. — Lettre du Conseil et de
la Chambre des Comptes de Bourg à Marguerite d'Autriche au sujet
des indulgences accordées aux franciscains de Bourg pour la construction
de leur clocher.
{Original. Arch. Nord, B 19180, n° 44434).
Madame, les beaux peres du couvent de Sainct Françoys de ceste ville nous
ont adverty comme il a pleu a monseigneur l’arcevesque de Besançon leur accorder
de publier leur indulgences par toute sa diocese affin qu'ilz puissent parfaire leur
clochier. Ne reste, comme il dient, que d’avoir sur ce vostre bon plaisir et
consentement.
Madame, nous vous certiffions en verité qu'ilz ont bien employé les aulmonnes
qu'ilz ont receu de vous et aultres. Ilz ont fait une belle el grosse œuvre et s’en vaid
ledict clochier parfait, beau et sumptueux, ne reste que les fenestraiges et l’aguyllie,
et soroit ung grand dommaige si la chose demouroit imparfaicte.
Madame, il y à ung marchant bourgeois de ceste ville, homme de bien, lequel a
receu et deslivré tous les deniers, qui nous a certiffié que de tout l’argent qu'ilz ont
eu des pardons et indulgences, n'est pas resté ung seul denier que ne soit esté
employé audict ediffice et avec ce, en ont desja employé lesdicts religieux du leur une
bonne somme, tout ce qu'ilz ont peu finer. Pourquoy, Madame, nous semble que ferés
bien et grand aulmonne si vostre bon plaisir est de leur donner ledict consentement,
mandant a messeigneurs de vostre Parlement leur donner assistence et faveur, ce
que en toute humilité nous vous supplions fere.. Escript a Bourg, ce premier jour de
septembre.
Voz tres humbles et tres obeyssants subjectz et serviteurs, Les Gens de vostre
Conseil et Chambre des Comptes à Bourg.
PREUVE LXXXIV
[1520 ?], 21 avril, Bourg. — Lettre de Thomas Bergier et Bon Badel
à Marguerite d'Autriche sur leur mission en Faucigny.
{Original. Arch. Nord, B 18947, n° 36915).
Madame, ensuyvant ce qu'il vous a pleu nous mander et commectre, nous
sumes transpourtés en vostre pays de Foucigny et avons presenté a Monseigneur,
qui estoit et est a Geneve, voz lettres, lesquelles et celles de commission avoir veuez,
a trouvé bien bonne vostre provision et nous a promis bailler lettres patentes de
assistence et offert gens se besoing en avions, aussy toutes faveurs et aides necces-
(t) Sur l'attribution de date, cf. Mand! du 10 avril 1518 n.st. B. 2278, fol. 15.
PIÈCES JUSTIFICATIVES 417
saires, nous commandant bien exequuter nostre charge, et que a nostre retour
deussions repasser par luy pour le advertir de ce que aurions fait. Et nous baiïlla
aultre commission de sa part, ensemble lettres missives a monseigneur le bailly
dudict Foucigay, pour faire tout ce que luy seroit ordonné par nous. Et nous dit
aussy qu'il avoit tousjours eu tout bon rapport de mons. le juge dudict Foucigny et
qu’il estoit bien diligent a la charge de son office et que par luy entendrions sur
quoy devrions proceder.
Madame, au despartir de Monseigneur, avons fait la meilleur diligence que nous
a esté possible d'entendre les abuz, exces et delictz faitz audict pays. Et avons trouvé
que ledict monseigneur le juge avoit fait prandre l'ung des plus mal famés dudict
pays, lequel pour plus grant sehurté avoit esté mené a Annessy, la ou estoit ledict
juge, pour le faire respondre. Et estre adverty par noz lettres de nostre arrivée, il ne
demoura gueres a nous venir trouver et avoir conferé ensemble de ce qu’avions
trouvé et qu’il avoit entendu despuis qu'il estoit venu audict office, le trouvames si
fort deliberé et diligent a faire bonne justice que plus on ne pourroit, et toutes les
gens de bien du pays bien consolés d'avoir ung tel officier.
Madame, les gens creignoient fort dire ce qu'ilz savoient contre ledict prisonnier,
doubtans sa delivrance et que apres il ne leur pourtast dommage pour ce qu'il avoit
des amis qui pourchassoient sa grace, de quoy nous advertimes Monseigneur, luy
suppliant qu'il luy pleust commander ledict prisonnier retourner audict Foucigny, ce
que incontinant il fit faire. Et tant cestuy affaire comme d'ung aultre prisonnier
destenu a La Bonneville pour quelque murtre fait riere les Allemans dont il est
inculpé, et pareïllement de tout ce qu'a esté delinqué par cy devant audict pays
dont justice n’a esté faicte, et de tout ce que pourra survenir, nous avons
recommandé audict monscigneur le juge de vostre part pour en faire bonne et briefve
justice, a quoy nous esperons il fera bon devoir.
Madame, nous avons aussy trouvé, tant au rapport dudict juge que autres gens
de bien, que la justice n’estoit point bien obeie, a cause principalment que quant
quelcung y a commis quelque peine ou y a esté condempné, telles peines n'ont
jamais esté recouvrées par quoy nous y avons, aussy par l’advis dudict juge, constitué
ung clavaire qui recouvrera lesdictes peines.
Madame, pareillement avons trouvé que vostre procureur fiscal audict pays a
esté asses negligent a poursuyvre les proces criminaulx et voz droiz la ou il estoit
tenu, dont vous avés pourté du dommage ; et veant que plus en pourriés avoir si n’y
donnions ordre, l'avons demis et en avons mis ung aultre en son lieu qui a la
renommée estre diligent et fort homme de bien et qui nous a affermé s’y pourter de
telle sorte que voz droiz et les aultres fiscaulx ne demourent en arriere par faulte
de bonne poursuyte, esperant, Madame, que vous aurés regart a son bon service.
Madame, nous avons aussy trouvé qu'il seroit bien neccessaire qu'il eust ung bon
chastellein au lieu de Salanche qui fust pour mectre la main a tous les delinquans
sans pourter nully, et qui ne fust point du lieu, car c'est la ou il s’est fait plus de
bruit. Et combien que le chastellein qui y est a present soit homme de bien,
toutesfoiz, Madame, il est eagé et foullé et n’est pas bien pour courir apres les
malfacteurs, aussy il est allié avec d'aucungs gentilshommes du lieu. Et n’y avons
point mis d’aultre pour ce que jusques icy n'avons trouvé aucung souffisant ad ce, et
aussy il y a esté pourveu icy d’ung aultre de noveau par vertu de voz lettres missives.
Madame, nous avons sejourné aux principaulx lieuz dudict pays de Faucigny
tousjours deux jours, et par avant fait publier nostre venue et s’il y avoit personne
qui se voulsist pleindre tant des officiers que d’aultres, il se deusse trouver et
comparoistre par devant nous pour leur faire bonne justice, et a ceulx qui sont
27
418 MARGUERITE D'AUTRICHE
venus plaintifz, avons fait par appoinctement et aultrement le mieulx qu’avons peu,
le surplus avons recommandé a mondict seigneur le juge, lequel a prins la charge et
d'y pourveoir de si bonne sorte que justice sera gardée. Et partout, tant aux
officiers que aux sindiques, avons fait les remonstrances de vostre part ainsy qu’avons
congneu cstre preparé et neccessaire.
Madame, a nostre retour, nous avons de tout ce qu'avons fait et trouvé adverty
Monseigneur, de quoy il s’est bien contanté, el a confermé ledict clavaire pour ce
que c’est office noveau. Et nous a commandé le advertir la ou il sera de besoing
qu'il donne quelque provision pour vous et voz affaires, et fait toutes bonnes offertes,
et tant a l'allée que au retour nous a ouy incontinant et depesché.
Madame, parcillement messcigneurs de Balleyson et de Lucinge se sont offertz a
vous faire tous les services a eulx possibles et tres volenticrs se sont emploiés a
solliciter comme nous la depesche des provisions necessaires a ladicte commission.
Madame, incontinant estre arrivés preallablement a La Bonneville et apres a
Cluse et dey la a Salanche et succecquemmant a Bona, avons fait venir tous les
chastelleins et curiaulx de tout lediet pays lesqueulx avons fait jurer bien estroictement
nous reveller toutes informacions des delitz faitz et perpetrés audict pays, et avoir
veu et entendu tout ce qu'ils nous ont revellé par leurs dicts seremans et le demené
des proces, n’y avons peu proceder aultrement que dessus, car les ungz avoient
absenté ledict pays, d'aultres avoient esté pugnis et les aultres estoient es mains de
vostredict juge et peu d’aultres avoient eu grace de Monseigneur et a bonne cause,
car, comme avons veu par les exploitz, ce qu'ilz ont fait a esté leurs corps deffendant.
Toutesfoy, il en y à ung nommé de Castro qui obteint sa grace de Monseigneur,
donnant a entendre qu'il avoit fait le cas de son corps deffendant, et Monscigneur
nous dit qu'il n'entend point l'avoir donnée s'il n’avoit supplié la verité. Et au
surplus, Madame, avous trouvé voz subgectz dudict pays qui devant nous sont
apparuz bien obeissans et pleins de toute bonne volenté tant envers vous que envers
Monseigneur.
Madame, pour non vous actedier, ne vous escripvons en particulier tout ce
qu'avons fait, mais quant vostre bon plaisir seroit le vouloir avoir, vous envoierons
les memoires de tout. Escript a Bourg le XXI jour d'avril.
Vos tres humbles et tres obeissans subgects et serviteurs,
THOMAS BERGIER
et BON BADEL.
PREUVE LXXXV
1521, 20 mars {style de Noël], Chambéry. — Instructions du duc
de Savoie à de Montjovent au sujet des bijoux de la maison de Savoie
détenus par Marguerite d'Autriche.
{Original. Arch. Nord, B 18896, n° 33978).
Memoire a monseigneur de Monjovent de ce qu’il aura a dire a monseigneur le
gouverneur de Bresse de la part de Monseigneur.
Premierement, qu'il sçait assez les propos qui luy a tenu de ses bagues qui sont
entre les mains de Madame sa belle seur pour le desir qu'il a de les recouvrer a ceste
venue qu'est cas de neccessité et qui touche l'honneur et reputation de la Maison.
PIÈCES JUSTIFICATIVES 419
Et pour ce qu’il entend assez le service que ledict monseigneur le gouverneur
luy peult faire en ceste matere envers madicte dame et la bonne voulenté qu'il en a,
je luy prie s’i vouloir employer et tenir main que madicte dame se contente luy
rendre le charboucle et le monde qui sont les deux pieces qu’elle est tenue restituer
par son traité, et mondict seigneur luy fera respondre par la grant compagnie de sa
somme.
Et pour ce aussi qu'elle a troys aultres pieces c’est assavoir le seingt et le
pendans qui est aux deux lettres X et M avecques ung aultre pendantaux lettres X etM
qui viendroyent fort a point a mondict seigneur et dont les deux, assavoir le seingt et
le premier pendant, sont partys de la Maison, luy priera tenir main envers madicte
dame pour les luy faire recouvrer et avoir moyennant quelque honneste somme qui
sera advisée, laquelle il luy fera respondre par ladicte grant compagnie.
Plus et a cause que c’est pour la venue de Madame qui arrivera entre cy et my
may ou le XX° au plus loing, luy priera vouloir entamer la matere et l’addresser au
plustost qu’el pourra entre cy et la, car il ne Juy serviroit de rien appres et il luy fera
singulier plaisir en ce faisant.
Plus et affin de gaigner temps, voyant qu’il est si court que avant qu'il ait
response de madicte dame et qui luy ait fait avoir la caution et sehourté de ladicte
grant compagnie le moys de may sera passé et plus avant, beaucop il sera content
pour la scheurté de madicte dame, en cas que en dedans le terme de troys moys
mondict scigneur ne luy donne ladicte grant compagnie pour respondant ou aultre
seheurté a elle aggreable, de luy yppothequer. obliger et transporter d’icy et desja
deux ou troys des meilleurs pieces qu'il plaira a icelle choisir en Beugeys au pluspres de
Bresse qui soyent a elle toutellement en cas de default, sur quoy ledict gouverneur
arrestera avecques nostredicte dame en faisant les promesses et trectéz en tel cas
neccessaires pour et au nom de mondict seigneur qu'il aura ferme et aggreable en la
maniere que dit est, en rendant madicte dame lesdictes pieces comme dist est.
Et ledict seigneur de Monjovent devisera avecques ledict seigneur gouverneur
des places qui luy semblera plus duysantz pour la seureté de madicte dame et
advertira mondict seigneur de l’arrest dont ilz demoureront ensemble.
Fait a Chambery le XX° jour de mars mil cinq cens vingt ung.
Signé : CHARLES.
Plus et que s’il a point de novelles de monseigneur le conte, qu'il en vueille
advertir mondict seigneur.
Signé : VULLIET.
PREUVE LXXXVI
(1524, 15 avril] (). — Requête adressée à Marguerite d'Autriche
par Vincent Perraud, d'Annecy, sollicitant un sauf-conduit et un secours
pour des pèlerinages.
{Original. Arch. Nord, B 19093, n° 42299).
A Madame,
Remontre tres humblement vostre tres humble serviteur maistre Vincent Perraud,
de Annessi en Savoye, coment, depuis le septiesme jour du mois de juillet derrenier
(1) Cf. 42300. Minute de sauf-conduit du 15 avril 1524.
420 MARGUERITE D'AUTRICHE
passé, 1l s’est disposé et mis en train pour faire et accomplir certains peregrinaiges
que son grand pere avoit voué a Sainct Jaques en Compostelle et de la en Jherusalem,
pour lesquelz voiaiges fere et parfaire il a esté enhorté sy qu’il ne le oseroit laisser.
Et soy estant ainsi mis et disposé pour acquiter lesdicts veuz, il fust adverty des
sainctes reliques qui estoient en ses pays d’en bas si comme a Treves ou est la robbe
de Nostre Benoist Saulveur Jhesu Christ, a Coloingne ou reposent les corps sainctz
des Trois Roys, en la ville d'Anvers ou est la precieuse Circuncision Nostre Seigneur
et en la ville de Bruges le Sainct Sang Nostre Seigneur qui feust recueillé de son
precieux corps quant il fust mis juz de la croix, et ainsi lui vint en couraige de
visiter icelles belles reliques avant que de faire les autres voiaiges, ce que il a fait
excepté celle de Bruges laquelle il est deliberé de fere sy tost qu'il pourra et de la
tirer oultre pour parfere les autres, pour lesquelles choses plus facillement povoir faire,
il a obtenu lettres de recommendations de son prince naturel monseigneur le duc de
Savoye, affin que l’on le voulut laisser passer et repasser sauvement comme appert
par icelles. Ores est que ledict suppliant s’est tenu en ceste ville d'Anvers depuis la
Toussains jusques a maintenant ou il a vescu des biens faictz que aucuns chanoines
et autres gens de bien lui ont fait et n’est osé partir hors icelle ville, comme encores
il n'oseroit pour parfere lesdicts voiaiges pour cause des guerres, et doubtant estre
travaillé et herselé sur les chemins et par les passaiges a cause qu'il ne scet le
langaige, se ce n’estoit qu'il eust de vous, tres redoubtée dame, lettres de passaige
addressant a tous etc., pour lesquelles il vous supplie tres humblement les lui
vouloir accorder in forma affin qu'il puist aler passer et rapasser seurement et
sauvement sans moleste en corps et en biens; ct pour ce que en venant par decha
tout son vaillant dont il entendoit fere lesdicts voiaiges lui a esté prins et osté par les
chemins si qu'il n'a plus de quoy, il vous supplie que pour la Passion Nostre
Seigneur, il vous plaise lui donner vostre aulmosne. Et ce feisant, ledict povre
suppliant priera Dieu devotement pour le salut et prosperité de l’Impériale Majesté
et de vous. Et ferez bien.
PREUVE LXXXVII
[1524], 18 septembre. — Lettre de Nicolas Perrenot à Marguerite
d'Autriche au sujet d’une mission en Savoie.
(Aulographe. Arch. Nord, B 18900, n° 34450].
Madame, si tres humblement que fere puis a vostre bonne grace me recommande.
Madame, selon que vous escripviz a mon partement pour le vouaige de Savoye,
si tost que monseigneur de Ray fut hors de dangier de sa blessure, bien qui ne fut
guery, nous mismes en chemin pour aller devers monseigneur le duc de Savoye,
lequel nous a convenu aller trouver a Thurin, et sumes seullement retournéz puis
trois jours, et avons besongnmié sur la charge qui vous a pleu nous donner comme,
si vous plait, Madame, pourréz fere vooir et entendre par la coppie des responces de
mondict seigneur es remonstrances a luy faictes et articles en concouz a sa
requisicion et mandemens par luy expediéz, iceulx articles dresséz selon noz
instructions et les advertissements heuz de la part de messeigneurs du Conseil et des
Comptes de Bourg, officiers de Foucigny et voz pensionnaires d’Annessy.
PIÈCES JUSTIFICATIVES 421
Madame, il y a heu plusieurs difficultéz qui seroient troup prolixes d’escripre
avant que d'obtenir Jesdictes responses et encoires si expresses et declairées comme
elles sont, le tout entierement a vostre prouffit et intencion, fors que quant a l'achat
de Prangin et touchant les graces pour les causes contenues en la responce de
mondict seigneur, lequel apres plusieurs remonstrances a diversses instances faictes
nous dit qui vous en cscriproit encoires, et quant auréz entendu ses excuses en ce et
elles ne vous aggreont, il en fera comme vous plaira. Et nous fit plusieurs secremens
que, d'oires en avant, y fera observer entierement ses responses et tout le traictié
d’entre vous, Madame, et luy, et l'ordonan tres acortcs a son chancellier que aussi
le nous promit, et en escripvit au Conseil dudict Annessy. Si fit monsecigneur le conte
de Genevoys bien expressement, lequel fut present quant dismes nostre charge et a
la pluspart de noz poursuytes, et bailloit entendre et crois vrayement qu'il avoit gros
regret es empeschemens mis cy devant es pays de vostre douhaire.
Madame, en repassant audict Annessy, avons presenté au Conseil d’illec lesdictes
lettres et notiffié nostre besongnié avec les mandemens que le concernent, que a
respondu d'y obeyr entierement, et avons bien sceu par aucuns bons personnaiges
audict lieu que le presidant craindoit d’en estre en indignacion de mesdicts seigneurs,
mesmement de mondict seigneur le conte, a raison desdicts empeschemens fais par
luy que, sans luy en fere apparoir, y vouloit la pluspart nyer. Aussi avons du tout
adverty les officiers dudict Foucigny qui nous ont dit que, moyennant le mandement
de pouvoir contraindre comm'il est obtenu, n’y aura difficulté au recouvrement de
voz deniers. Semblablement avons declaré nostre besongnié aux admodiateurs du
pays de Vaulx et leur avons baillié les deux mandemens qui les concernent, prenant
recepisse d’eulx. Si feray je [avec] lesdicts seigneurs du Conseil et des Comptes de
Chambery et leur envoirray coppie desdicts articles et responces et les autres
mandemens et depesches.
Madame, pendant qu'estions audict Thurin, envoy{[a]smes devers monseigneur le
vis roy, lequel pour autres afferes y vint et parla de nostre charge a mondict seigneur
de Savoye et se ouffrit fort vous fere service, et croions que sa presence ne nuysit a
nostre depesche, combien que la pluspart fut desja lors accourdé. Mais la difficulté
estoit a l'avoir par escript, jaçoit [que] mondict seigneur le duc s'i soit tousjours
demonstré avoir bonne affection observer le traictier, que toutefois son Conseil
vouloit en plusieurs poincts entendre en autre sens qui n’empourte. Et nous a dit
assz de fois qui vous tenoit non seullement comme sa bonne sueur ains comme sa
bonne mere, et que y vous veult complaire de tout ce que concerne ledict traictier
et tous ses biens et son pouhoir.
Madame, aussi avons nous visité madame la duchesse de vostre part, qui nous a
chargié vous en fere mercye et dire que n’y a personne en ce monde que plus desire
vous fere pleisir et service et se tiengnent mondict seigneur ct elle de plus fort
obligéz a vous, Madame, qu’ayéz desiré savoir de leur prosperité et de monseigneur
le prince leur filz, et nous baïillairent lettres a madame La Vaul d'Isiere, sa
gouvernante, pour le nous montrer, et le sumes esté visité audict Annessy, et est
tout gaillard selon son aage.
Madame, en prenant congié de mondict seigneur il nous baillit une lectre de
credance a vous, Madame, avec ung memoire signée de sa main contenant de vous
advertir qu’il a espoir que madicte damo la duchesse soit ensainte, et vous requerit
de sa part que vous plaise luy fere cest honneur que de fere tenir en vostre nom
l'enffant que Dieu luy donra et qui le reputera a l’ung des plus grans biens que luy
sçauriez fere, et autres articles contenuz oudict memoire que vous envoye avec ceste.
Et quant a ce que concerne le bailly de Vaulx, les loz de Prangin et Gonoillies,
422 MARGUERITE D'AUTRICHE
nous voulions excuser d'accepter vous en parler, mais y nous en a fort pressé et dit
que ce que vous escript, non obstant l’avoir par vous entendu, il en fera selon que
vous plaira... De Besançon ce dix huitiesme de septembre.
Vostre tres humble et obeissant subgect et serviteur,
Signé : N. PERRENOT.
PREUVE LXXXVIII
1524, 27 septembre, Bruxelles. — Lettres patentes de Marguerite
annulant les commissions d’offices et les collations de bénéfices
qu’elle avait pu délivrer.
{Original scellé du grand sceau de l'archiduchesse. B 2321, n° 81965].
Margucrite, par la grace de Dieu archiducesse d'Austrice et de Bourgoingne, ducesse
douagiere de Savoye, contesse de Bourgoingne, de Charrolois, de Romont, de
Baugey, de Villars etc., dame de Salins, de Malines, de Chastelchinon, de Noyers,
de Chaulcins, de La Pariere, des pays de Bresse, de Vaulx, de Foucigny etc., a tous
ceulx quy ces presentes verront, salut. Comme nous ayons par ci-devant fait pluseurs
promesses et dons a futurs de benefices et offices tant a noz serviteurs domesticques
que autres, et mesmes en avons fait a aucuns plus par importunité et inadvertance
que pour merites et dessertes, et aucunes fois deux ou trois sur une mesme chose,
dont s’ensuyt que, quant il vacque quelque beneffice ou office a nostre disposicion, non
seullement se meult question et debat entre ceulx qui ont lesdictes promesses et dons
a futurs a cause de la pluralité d'icelles, mais, que pis est, sommes par telles
promesses prevenue d'en disposer a ceulx que congnoissons cestre ydoines et les avoir
meritéz lesquelz, desperans par ce moyen de retribucion de leurs services peullent fsic)
vraysemblablement diminuer leur bon vouloir de continuer en iceulx, a quoy nous
soit besoing remedier, Savoir faisons que Nous, ces choses considerées et vueillans
d'ores en avant demourer en nostre franche et pure liberté desdicts beneffices et
offices pour en pourveoir quant ilz vacqueront ceulx de noz serviteurs ou autres que
congnoistrons par leurs services, vertuz et souffisances les meriter, avons de nostre
propre mouvement, auctorité et plaine puissance revocqué, cassé et adnullé et par ces
presentes revocquons, cassons et adnullons toutes et chascunes lesdictes promesses
et dons a futurs que povons avoir faiz sur aucuns bencffices et offices estans a nostre
collacion et disposicion a quelque personnes et pour quelque causes que ilz puissent
avoir esté faiz, et pareillement toutes telles lettres que cculx a cuy les avons faiz en
peullent avoir soubz quelque forme de parolles qu’elles puissent estre expediées, declaï-
rant en oultre que se aucuns en sont par nous faiz cy apres, a cuy ne pour quelque cause
que ce soit ne voulons qu'ilz aient aucunement lieu ne qu'ilz prouffitent a ceulx qui
les auront de nous, et dois (lire des) maintenant pour lors les cassons, revocquons et
adnullons comme ceulx du passé par cesdictes presentes, et voulons que tant
seullement ayent lieu les provisions que ferons desdicts benefices et offices apres
qu'ilz seront vacans. Si donnons en mandement aux chief et gens de nostre Privé
Conseil, a nostre gouverneur de Bourgoingne, aux president et gens de nostre
court de Parlement a Dole, aux president et gens de nostre Conseil et des Comptes a
. PIÈCES JUSTIFICATIVES 423
Bourg et a tous noz bailliz, chastellains et officiers cuy ce peult et pourra toucher et
regarder et a chascun d’eulx en droit soy que ceste presente revocacion, declaracion
et ordonnance selon que dit est 11z observent et facent observer invyolablement, car
ainsi nous plaist il. En tesmoing de ce, nous avons mettre nostre seel a ces presentes.
Donné en la ville de Bruxelles, le XXVII° jour de septembre l'an de grace
mil cincq cens vingt et quatre.
(Signé) : MARGUERITE.
Par Madame, le conte de Hoogstrate, chevalier d'honneur, l’archidiacre d'Arras,
premier maistre aux requestes et autres presens.
(Signé) : DES BARRES.
(Sur le repli, signé) : DE Bolsser.
Grand sceau de Marguerite.
PREUVE LXXXIX
[1525], 5 décembre, Moudon. — Lettres des États du pays de Vaud
au duc de Savoie au sujet de la fourniture du sel.
{Original. Arch. Nord,B 19254, u° 46267).
Nostre tres reddoubté et souverain seigneur, si tres humblemant et de si bon cueur
que faire povons a vostre bonne grace nous recommandons.
Monseigneur, plaise vous sçavoir qu'il a yci esté ung ambassadeur envoyéz de la
part de Madame [Marguerite d'Autriche] lequel a cuyder mectre en exequucion
aulcung mandemant et lectres patentes emanées de la "part de nostredicte dame
faisant a propos du sel de Tormont, comme desja entendons cstes adverty par
monseigneur vostre gouverneur et baillif de vostre pays de Vuaud.
Monseigneur, le plus grand mal que peust advenir en vostredict pays cestuy yci
seroyt bien l’ung quant il demourroyt en l’estre fsic) que ceulx de Sallins ont
pourchassé dernieremant envers nostredicte dame. Si vous supplions tres hbumblemant
que vostre bon plaisir soyt d’avoir advys d’avertyr nostredicte dame qu’il luy plaise
le bien et prouffit qu'elle a voulsuz oultroyé laisser au pays, et quant aultremant
son plaisir seroyt de faire, vous supplions vous plaise y mectre de l'ordre et faire
fornir le pays du sel de vous grenyers, que sera ung gros bien pour toute la
reypublique et a vous, Monseigneur, augmentemant de vostre revenue et aussy,
Monscigneur, vous plaira avoir regard et faire entendre a nostre dame l'erreur de
vous mOnnoyes qui ne veulle accepter audict comté ne prendre, qui est une aultre
grosse taillie a tout vostredict pays. Et de rechief vous supplions y provoir de
remede et nous mander et commander sur le tout vostre bon voloir et plaisir pour
y obeir de tout nostre povoir, moyen[nant] la bonne ayde de Nostre Seigneur, lequel
prions, nostre tres reddoubté et souverain seigneur, qu’il vous doint tres bonne vie
et longue. Escript en vostre ville de Moudon, ce V° de decembre.
Vostres tres humbles et tres obeissans subgects les ecclesiastiques, nobles ct
bonnes villes des Estats de vostre pays de Vuaud.
Au dos : À nostre tres reddoubté et souverainz seigneur, avec cachet de la ville
de Moudon représentant une M arec légende : $. comunitatis ville Melduni.
424 MARGUERITE D'AUTRICHE
PREUVE XC
1526, 26 janvier, Malines [style de Rome]. — Lettre
de Marguerite d'Autriche à Béatrice de Portugal, duchesse de Savoie.
{Original signé. Turin, Arch. de Cour, Leltere principi Savoia, maz:o 2/.
Madame ma bonne niepce et belle seur, je me recommande de tres bon cueur a
vous. J'ay par le seigneur de Verfay receu voz gracieuses lettres et entendu des
bonnes nouvelles de mons. mon bon frere, vostre mary et de vous, dont je suis fort
joieuse et vous mercye de tres bon cueur la souvenance et bonne voulenté qu'’avez a
moy. Et promectz que se an semblable chose estoit que pour vous puisse, le me
faisant savoir le feray tres voulentiers, et tiens que par l'alliance de mariaige de
madame ma niepce vostre seur a l'empereur, monseigneur et nepveur, l’ancienne
amytié de ces Maisons s'accroistra de bien en mieulx a quoy n'oblieray tousjours
tenir Ja main.
Au surplus suis tres joieuse du fruit que pourtez duquel je prie a Dieu vous
donner joye a vostre desir, et me sera chose tres agreable d'en estre la commere,
comme mondict seigneur et bon frere m'a fait requerir. Et a tant, madame ma bonne
niepce et belle seur, prie le Benoit Filz de Dieu vous donner l’entier de voz desirs.
De Malines, ce XX VI° de janvier, anno XX VI.
Vostre bonne seur,
Signé : MARGUERITE.
PREUVE XCI
[1527], 3 décembre, Brou. — Lettre de Louis de Gleyrens
à Marguerite d'Autriche concernant les travaux de Brou.
jAutographe. Arch. Nord, B 19184, n° 44586].
Jhesus. Nostre tres redoubtée dame et mere tres benigne, Dieu vous doint bonne
vie et longue. Vous plaise savoir que depuis le partement de maistre Loys, nous
avons faict et faisons la meilleur diligence que pouvons. Et en suivant son ordonnance,
avons faict fonder le jubé et les charniers pour reposer les corps des princeps et
conlinuerons a faire chaver au bas du cueur pour les religieux ainsi que ledit
maistre Loys a ordonné. Et avons aussi faict clorre la croysée afin que, puis qu’elle
est voltée et blanche, n’y soit faicte macule. Et aussi l’on a dressé le charpentage de
la penultime volte de la nauf et icelluy couvert entierement. Et sont les ouvriers
tant massons, chapuis que verriers, apres les tailles tant des sepultures que autres
ouvrages comme ledit maistre Loys a laissé en son ordonnance par escript, et aussi
maistre Conrald [Meyt] faict bon devoir a mon advis, lequel m'a solicité fort et
demandé tous les jours si j'ay point de nouvelles et s’il y a point d'ordre pour avoir
le marbre, auquel je ne sçay que respondre jusques a ce que je aye response de cecy
par Vostre Excellence, car comme vous rescrips dernierement, le marchant laissa
PIÈCES JUSTIFICATIVES 425
de prendre la charge pour non avoir respondant des fretz. Pourquoy vous supplie
qu’il vous plaise mander a vostre tresorier de respondre audit marchant, et aussi
vous requiers commander que l'on me transmecte par le present porteur la descharge
de l'argent qu'il vous plaira ordonner pour l’année qui vient, car je n’ay plus d'argent
que pour ceste sepmaine, par quoy suis contrainct d'envoyer le present porteur au
secours par devers Vostre Excellence lequel, si ne l’ay en brief, suis en dangier de
rester en la bataille, et les compaignons de demeurer sans argent et capitaine.
Escript en vostre couvent de Brou, ce III° jour de decembre.
Frere Loys de GLEYRENS,
religieux de Brou.
PREUVE XCII
[1528], 21 décembre, Bourg. — Lettre de Baudouin de Saint-Barthé-
lémy, inquisiteur dans le diocèse de Bourg, à Antoine de Montcut,
aumônier de Marguerite d'Autriche.
{Original. Arch. Nord, B 19003, n° 38958, avec quelques fins de ligne disparues.
Sur l'attribution de dale, cf. 44258].
Monseigneur l’aumonier, mon tres honnourer seigneur, tres humblement a
voustre bonne grace me recommande.
Monseigneur, le plaisir de tres reverend pere en Dieu monseigneur de Bourg a
esté de [me] fere son inquisiteur ou pays de noustre tres redoubtée dame et ay fait
ladicte inquisi[cion] l’espace de deux ans et on estés incinerées VI femmes et leurs
biens conf[isqués] a Madame, sans c’est que jamais messeigneurs les conseiliers de sa
Chambre [me] ayons riens donner desdicts biens. C’est ung office lequel ne est peu
[fere sans] grand despens. Vous sçavés comme je suys venctiens. Il me couste plus
de... de mes biens propres pour suyvre Jadicte affere, vous supplye tres humblement
[qu'il] vous plaise le remonstrer a Madame a tout le mains que l'on me {donne le prix]
de mes abillemens et le louyé des chivaulx et vous promest que [sy plaist a] Madame
de me donner quelque gaige, que dedans deux ans a l’ayde de Dieu je purgeray son
païs de ces gens. Ipsi sunt sine numero; omnes clamant post me, non possum nec
valuo expensis meis istud facere. Fabete ingencium (?) commendatum ad exaltacionem
Sancte Fidei Catholice, rogando Altissimum qui vos conservet et ad sui regni
imperium... perducat..… Ex civitate Burgensi, die vicesima prima decembris per
vesitrum.….
Bauduin de Sancto Bartholomeo inquisitorem.
(Sur le dos): [A monseigueur] l’aumonier et [confesseur] de noustre tres
[redoubtée] dame messire Anthoyne de Moncut, mou tres honnouret seigneur.
426 MARGUERITE D'AUTRICHE
PREUVE XCIII
[1528] (). — Memorandum sur la mission de [Jean de Tournay dit]
Bonnes Nouvelles.
{Autographe de'Bonnes Nouvelles avec noles marginales de Guillaume Des Barres.
Arch. Nord, B 19171, n° 44145).
Advertences pour la despesche de Bonnes nouvelles.
Premier, playra a Madame adviser a qui son plaisir sera commettre tenir sur les
fons en son nom le nouveau né de monscigneur de Savoye, et quant que cela se
pourra fayre, et en escripre a mondict seigneur son intention et comme il aura nom.
Plus, luy playra en escripre a madame de Savoye. Samblablement, a monseigneur
de Painthievre ce que luy playra. En marge : Madame escripra a monseigneur de
Maurienne aler lever sur les fons ce prince et lui fera delivrer argent par son
tresorier de Bresse pour bailler a la Chambre jusques cent escuz et escripra que
comptés revenir (?) visiter son filz qu'auret nom Philibert en cas que le prince de
Piemont ayné filz n’ayt desja ce nom, soient faictes lettres a Monseigneur et a
Madame ; il est satisfait quant a monseigneur de Pentievres.
À messeigneurs du Conseil et Chambre de Bourg. Premier, sur ce que les officiers
lessent ruyner les places, lesquelles selon la teneur du contract doibvent estre
maintenues pour les restituer en l’estat auquel on les baillast, leur escripre ce que
bon luy en semblera.
Secondement, touchant les recongnoissances lesquelles selon le statut dominical
se doybvent renouveller de XX ans en XX ans et pour ce que le tresorier prend tous
les lauds dont on soloyt payer les commissaires, lesdictes recongnoissances
demeurent a fayre, les fiefz se perdent, les tencmentiers changent, le tout au grand
préjudice du patrimoyne ducal.
Tiercement, pour la consequence de non renouveller les recongnoissances, les
gentilzhommes usurpent les jurisdictions la ou ilz n’en ont point. En marge : Madame,
sur le raport du doyen de Poligny, a deu escripre a Monseigneur qu'elle vouloit
envoier en Bresse quelqu'un et que apres, aviseroit sur ces articles pour fere
response.
Aux freres de Brou: Pour leurs affayres, leur escripra ce qui luy playra. A
maistre Loys [Van Boghem]: Qu'il ayt a reparer les gargoules qui moullent les
volées (lire voutes) de l'eglise et qu’il ayt a poser les sepultures et les ymaiges en
toute diligence. Semblablement, son intention de la chappelle que mondict seigneur
veult fayre en Brou. En marge : Lettrez a maistre Loys et aultres comme hier fut
conclud au conseil apres disné prendre les lettres de monseigneur l’aumonier (?) et ce
qu'est icy dit.
Pour moy : Escripre a ceulx de Tournay qu'il ayent a me fayre raison des biens
de ma sœur que les Angles tuerent ou aultrement, Elle me pourvoyera de justice.
Et autant a monseigneur le gouverneur de Tournay mais plus gratieusement. Plus,
me fayre ung saulfconduit pour moy troysieme avecq la clausule de lesser passer
deux ronssins pour la litiere de Madame de Savoye.
Finablement que je me recommande tres humblement a sa bonne grace. Le
(1) Peut être déterminé par la date du mandement du 3 sept. 1528 (L.M. n° 34856 ; cf. 34854)
PIÈCES JUSTIFICATIVES 427
darnicr voiaige que je vins vers elle en ceste ville, il luy pleust me donner IIT° fl. par
son escript au tresorier Vionet; Gaspard Guyot le me perdit et je n'en eulx jamais
riens. Il luy playra m'avoir pour recommandé. Signé : Bonnes NouveLLes. En
marge : Soit escript à ceulx des comptes que si un a cez III fl., que l'en les luy baille.
PREUVE XCIV
1529, 10 août, Cambrai. — Lettre de Marguerite d'Autriche
au duc de Savoie sur la paix de Cambrai.
{Original signé. Turin, Arch. de Cour, Lettere principi Saroia, maz1o 2/.
Monseigneur mon bon frere. Apres pluseurs communications qu’avons 1cy tenues
longue espace de temps avec madame ma bonne seur la duchesse d’Angoulmois,
mere du Roy Tres Chrestien, sur la conclusion du traicté de paix a desmeler entre
ces deux grands princes, finablement a l’ayde de Dieu y avons trouvé une si bonne
resolucion que ladicte paix a esté conclute et par nous deux solennellement jurée
le V° de ce mois en l’eglise cathedrale de ceste cité a l'honneur de Dieu, nostre
createur, et au bien desdicts princes, leurs bons amys et allyéz et de toute la
Chrestienté. Et pour ce que estes du nombre des dicts leurs bons amys et allyéz,
vous en ay bien voulu avertir et comment vous ay comprins de par Sa Majesté en
icelle paix, saichant que ne vous resjouyrés moings d'icelle que moy mesmes, qui si
longuement y ay labouré, et ay ferme espoir que desormais l’effusion du sang
chrestien cessera, et convertiront les princes leurs forces contre les Infideles, a
l'honneur et exaulcement de nostre Saincte Foy, dont je prie a Dieu leur donner
la grace, et a vous, Monseigneur mon bon frere, bonne vie et longue. De Cambray,
ce X° d’aoust anno XXIX.
Vostre bonne seur,
Signé : MARGUERITE.
(Au dos) : À monseigneur, mons. mon bon frere le duc de Savoye fCachet sur
papier, parti de Savoie et d'Autriche/.
PREUVE XCV
1531, 5 août, Brou. — Réception des travaux de Conrad Meyt par
François de Toiria et Pierre Vienze.
{Copie authentigne contemporaine. Arch. Nord, B 459, n° 22638].
Nos Symeon Paluat, jurium doctor, locuntenens in baïllivatu Breyssie, subrogatus
pro illustrissimo domino nostro domino Karolo, Sabaudie etc. duce, universis faciens
manifestum quod, hodie subscripta, requisitioni venerabilis domini fratris Ludovici de
Glerens, religiosi conventus sancti Nicolai de Tollentino de Brouz prope hanc
428 MARGUERITE D'AUTRICHE
civitatem Burgi, cumissi (sic) deputati ad tenendum rationem fabrice ejusdem
conventus et ecclesie fieri ordinate per quondam bone memorie illustrissima[m]
domina[m] Margaretam de Austria et Burgondia, Sabaudie viduam, Nos personaliter
transtulimus ab hac civitate Burgi ad ipsum locum de Brouz, cum testibus et secretario
nostro subnominatis et signato, et dum hic fuimus, prefatus venerabilis frater Ludovicus
nobis presentavit magistros Franciscum de Toiria, hyspanum, habitatorem Montis-
benedicti, patrie comitatus Burgondie, prope castrum Jovis, et Petrum Vienze de
Antwerpia, patrie Flandrie, magistros expertos in arte menuiserie et ymaginarie,
per quos petit visitari ymagines et staturas illustrissimorum quondam bone memorie
Philibert, Sabaudie ducis, et Margarite de Borbono, ejus matris, ac Margarite
prefate de Austria, ejus relicta[e] uxoris, et alias mermoreo scultas compositas pro
decoratione sepulcrorum eorumdem principum per magistrum Conradum Mey,
ejusdem artis ymaginarie expertum magistrum, precedentibus juramentis per nos
ejusdem et cujuslibet ipsorum defferendis et veritate dicenda et refferenda an vel ne
ipse ymagines sint et fuerint bene et decenter composite, secundum ymaginantiam
et menuiserie. Qui quidem Franciscus de Toiria et Petrus Vienze, ad nostri
delationem, juraverunt, eorum mediis juraments, tactis corporaliter Dei sanctis
evangelis nostris in manibus prestitis, easdem ymagines visitare et tandem nobis
refferre an vero ne sint bene ct decenter composite et constructe secundum artem
ymaginarie et ministerium, promiserunt quoque deffectus, si qui sint in eisdem
imaginibus pandere et propallare ac revellare, hoc in presentia prenominati magistri
Corandi Mey qui fuit per vos interrogatus an vel ne eosdem magistros habeat
suspectos [aut] confidentes, qut respondit quod eos babebat confidentes, cum
eos intelligat fore expertos ad cognoscendum si ipse ymagines sint bene constructe
vel ne. Quo juramento delato, dicti Franciscus Toiria et Petrus Vienze, in absencia
ejusdem magistri Corandi, easdem ymagines visitaverunt ad oculum, et singulariter,
ac so per Se, ac ipsi ambo simul, et ipsis visitatis, nobis retulerint, mediantibus tamen
eorum juramentis, tactis corporaliter scripturis Dei sanctis iterato prestitis, quod dicte
ymagines sunt bene et decenter constructe, de et in ipsis non reperiuntur aliqui
deffectus, inymmo peroptime perficiuntur et construuntur, de quibus premissis ipse
venerabilis frater Ludovicus et magister Conrandus petierunt litteras testimoniales
sibi concedi, quas eisdem duximus concedendas et concessimus, sigilloque curie
nostre selari jussimus in premissorum omnium et singulorum robur el testimonium,
presentibus ibidem domino Glaudio Guiot, advocato fiscali ejusdem patrie Breyssie, et
nobili Petro Leguat, domino Feugerie, procuratore fiscali Breyssie, vos Yssnard,
ibidem nobiscum astantibus. Datum apud Brouz, die quinta augusti millesimo
quingentesimo trigesimo primo.
Per dictum dominum locontenentem.
Y'SSNARD.
Datum pro copia. {Signé/ : TROLLIET.
(Sur le dos, de la main de Conrad Meyl] : Copie du jugement de le heuvre que
je ay fet a Brou.
PIÈCES JUSTIFICATIVES 429
PREUVE XCVI
1532, 12 juin, Brou. — Récépissé par les religieux de Brou des
reliques apportées par Claude de Boisset, et provenant d’un don fait
au couvent par feue Marguerite d'Autriche.
{Original notarié sur parchemin. Arch. Nord B 20047, n° 19959).
Ipsi domini prior et religiosi prenominati... confitentur et publice recognoscunt
pro se et suis in dicto monasterio successoribus perpetuo quibuscumque habuisse et
realiter recepissse de predictis exequutoribus, per manus prefati domini archidiaconi,
ea que sequuntur :
Et primo unam pixidem seu unum alabastrum ligneum in quo sunt sancte reliquie
de veste, videlicet capillis et sotulari Beate Marie Virginis et alie reliquie
quamplurimorum sanctorum et sanctarum. Et hujusmodi reliquie sunt inferius petiis
papireis involute.
Erat insuper in eodem alabastro una crux aurea latitudinis quoad transversum
trium digitorum vel circa et consimilis altitudinis, cum sua clausura aurea consimilis
quantitatis in qua est, quantum contineri potest, de Cruce Domini Nostri Jhesu
Christi.
Erat insuper in ea pixide unum alabastrum cristallinum longum in altitudine
quatuor digitorum vel circa, in quo sunt alique sancte reliquie.
Item, habuisse confitentur et habere unum angelum aureum cum suo pedoe
argenteo deaurato tamen, circa quem pedem sunt affixe sex gemme seu lapides
preciosi dictus itaque angelus in manu dextera tenet incensum aureum et in manu
sinistra crucem auream consimilis altitudinis angeli ; in summo cujus crucis, et subtus
transversum quantum continet ipsum transversum est de precioso ligno dicte Crucis
Domini Nostri Jhesu Christi, cruxque ipsa munitur octo gemmis et novem margaritis
grossIs.
Item, habuisse et habere prout supra confitentur unum pulcherrime structure
argenteum tabernaculum ponderis quater viginti marcharum, trium oncziarum et
quindecim esterlinorum habetque ipsum tabernaculum in parte anteriori duas portas
argenteas claudentes et infra sunt fenestre seu separaciones ant cellule ad reponendum
predictas sanctas reliquias, et habet hujusmodi tabernaculum a parte posteriori portam
claudentem rotondum.
Item, habuisse et habere confitentur novem tappeta seu novem pecias tapisserie
magnas et largas in quibus confecta sunt arma predecessorum seu genealogia prelibate
quondam domine Margarite ex armis ibidem contextis dignoscitur, quequidem pecie
sunt nove noviterque composite.
Preterea habuisse et habere confitentur prenominati dominus prior et religiosi
octodecim ymaginum tabulas que sequuntur : Et primo, unam in qua depicta est ymago
Domini Nostri Jhesu Christi prout captus fuit a Judeis.
Item, tabula in qua est depicta ymago ipsius Domini Nostri ad formam Ecce homo,
que verba sunt pendentia in ejus collo et in alia manuum tenet flagellum et in altera
harundinem, et fondus ejus est colore rubeo depictus.
Item, aliam tabulam in qua est caput quod fertur esse depictum ad veram
effigiem Christi, et in duobus lateribus ejusdem tabule scriptum est litteris aureis, et
est ipsa tabula vitro clausa et fermata.
430 MARGUERITE D'AUTRICHE
Item, tabulam in qua depicta est ymago Katerine virginis, de pietate et in qua
sunt sex ymagines depicte.
Item, tabulam ymaginis ejusdem Virginis Marie habentem tabernaculum quod
dicitur factum ad formam massonerie, cum sua clausura duarum portarum in quibus
est una oratio que incipit: Virgo decus etc., litteris aureis scriptum.
Item, tabulam picture representantis Dominum Nostrum Jhesum Christum
euntem ad mortem, bajulantem crucem suam, cujus anguli seu extrema sunt
deaurata.
Item, tabulam Bcate Marie Virginis tenentis puerum suum nudum ante se
habetque ipsa tabula duas portas claudentes, in una est pictura unius angeli extendentis
manum cum sSpata et in alia porta est pictura unius angeli presentantis unum
carthusiensem orantem.
Item, tabulam unam parvam in qua picta est ymago sancti Francisci, in cujus
pede scriptum est Sancle Francisre ora pro nobis.
Item, tabulam in qua depicta est ymago sancti Anthoni tenentis librum unum
habentisque subtus ejus brachio baculum seu substentorium, cum pluribus figuris.
Item, tabulam picturarum figurarum ymaginumque Bcate Marie, sancti Johannis
et sancte Clare et ab extra sunt figure Ade et Eve.
Item, tabulam in qua depicta est ymago sancti Anthonti cum clamide suo ceruleo
simili colori et prope se habet pictum crucifixum tenetque manus suas closas et hec in
tela sunt.
Item, aliam tabulam ymaginis Christi in habitu rubeo tenentis baculum, habentis
coronam in capite spinarum.
Item, tabulam antiquam in qua est depicta Passio Christi cum aliis ministeriis /sic/.
Item, tabulam broderie ymaginis Christ infra torcular existenlis, in cujus corona
sunt margarite et in parte inferiori sunt figure Paradisi et Inferni necnon caput
mortui tenentis intra dentes unum os[sum|].
Item, aliam tabulam ejusdem artis broderie ymaginum beate Marie etsancte Anne
cujus extreme termimantur margaritis.
Item, aliam tabulam ejudem arts broderie in qua est ymago capitis Christi cum
corona spinarum confecta filis aureis et argenteis [cum] claudentibus duabus portis et
duplatur ex duobus lateribus satino nigro, in alteraque portarum scriptum est Vere
langores noslros etc.
Item, tabulam aliam in qua picta est ymago beate Marie Virginis in tabernaculo
massonnerie unacum cetcris aliis tabulis predictis.
Item, aliam tabulam Domine Nostre tenentis puerum suum, que pictura esse
videtur quasi viventis.
Et de quibus jocalibus, ornamentis ct rebus preexpressatis prenominati dominus
prior et religiosi merito contentuntur, et prelibatam Magestatem Imperialem heredem,
dictos dominos exequutores et archidiaconum ac omnes quos concernit et concernere
poterit in futurum, ipso domino archidiacono mecum notario ad opus eorumdem
stipulantibus et acceptantibus quittaverunt et quittant.
Actum et datum in capitulo et loco ubi solet teneri capitulum ipsius monasterii de
Brouz.….. (1).
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(1) Il semble, d'après les renseignements donnés par Baux (Histoire église Brou, 1854,
page 263) que, lors du récolement du couvent effectué en 1659, au moment de la substitution de
la Congrégation de France à celle de Lombardie, une partie des objets reçus en 1532 n'était
peut-être plus conservée à Brou.
PIÈCES JUSTIFICATIVES 431
PREUVE XCVII
1535, 4 mai. — Quittance de Richard Contault, garde des joyaux
de feue Marguerite d'Autriche, pour dépenses relatives aux obsèques
et aux collections de l’archiduchesse.
{Orig. parch. Arch. Nord, B 2391, n° 83885).
Je Richard Contault, jadis garde joyaulx de feue tres noble memoire Madame
Marguerite, archiducesse d’Austrice, ducesse et contesse de Bourgoingne,
douaigiere de Savoie etc., confesse avoir receu de Pierre Damant, commis a tenir le
compte de l'execution du testament de madicte feuc dame, la somme de huit cens trois
livres treze solz du pris de quarante gros monnoie de Flandres chascune livre que,
par ordonnance de messeigneurs les executeurs du testament de madicte feue dame
il m'a paié, baillé et delivré contant pour mon rembourcement de semblable somme
que de leur sceu et ordonnance j’ay frayée et desbourcéce ainsi que s'ensuit :
Premiers, que j'ay paié a Jacques Reinau le brodeur, demeurant a Bruxelles, pour
avoir fait et livrer les parties de brodures et taillures suivantes, lesquelles sont estées
richement faictes et ont servy sur les pales volans et pales couchans mis et pourtéz
sur Je corps d’icelledicte dame jusques au cloistre de l’Anunciade lez la Porte des
asnes a Bruges, ou elle fut enterrée :
Assavoir une grande double lozenge et quatre doubles escussons aux armes et
quartiers d’icelle feue dame, portéz devant le corps par cinq gentilzhommes ; sept
lozenges de mesme brodure qui ont servi sur le pale couchant de drap d’or; une
grande lozenge de taillure, avec quatre aultres petites de mesme, qui ont servy au
pale volant de drap d'or avec huit escussons de mesmes ayans servy aux goutieres
d'icellui pale ; aultre grande lozenge, quatre meindres avec huit escussons, qui ont
semblablement servy au pale volant de velours noir, pour toutes ces parties ensemble
IH°XL livres.
Item, pour le ferraige de deux gittes ou cielz de bois faiz pour lesdicts deux pales
volans par dix haultz bastons, comprins deux faiz de crue, avec les wiis et clefz
d'icelles pour pourter lesdicts pales, pour le ferrement de cinq bastons pour pourter
ladicto grande double lozenge et lesdicts quatre quartiers, comprins le ferrement
d'un grant coffre ou layette de bois faicte pour repourter lesdictes brodures par les
champs, avec aussi le bois des huit lattes pour lesdictes deux gittes, VIII 1. X s.
Item, pour trois wys de crue servans ausdicts bastons des pales volans pour, si
aulcunes des aultres se fussent rompues par les champs, et pour avoir mis quelque
ferraige de plus audict coffre de bois, X s.
Item, pour l'achat de cinq quartiers de drap noir pour en couvrir les cinq bastons
csquelz l'on pourtoit lesdicts doubles lozenges et quatre quartiers, XVII s. VI d.
Item, pour six grandes douzainnes d’esguillettes pour d'icelles attaicher lesdicts
pales volans de drap d’or et velour noir, XIII s.
Item, pour deux grandz sacz de canevache pour y mectre et pourter par les
champs les bastons et gistes servans ausdicts pales volans, a cause qu'ilz estoient
couvers de tafftaf noir, y comprins la façond d’iceulx sacqz XVIITs. IX d.
Item, pour cincq quartiers et demy de taftaf noir emploiéz a la doublure de la
quatriome gouttiere du pale volant de velour noir qui se pourtoit sur le corps par les
gentizhommes, XXX VIII s. VI d.
432 MARGUERITE D'AUTRICHE
Item, pour quatre aulnes et demye de franges de soye noire emploiées esdictes
goutieres, pesans six onces et demye a IX s. l'once, LVIIT s. VI d.
Item, pour trois onces ung quart demy d’aultres franges de soye noire emploiées
a la quatrieme goutiere dudict docelet volant de drap d'or, qui aussi s’est pourté sur
le corps par lesdicts gentilzhommes, a IX s. l'once, XXIX s.IX d.
Item, pour huit pippes et demye d'or de Cipre emploié en franges a ladicte
goutiere du pale volant de drap d'or, a XVI s. la pippe, VI 1. XVISs.
Item, pour la façon desdictes franges d'or, VIII s. VI d.
Item, pour cinq onces ung quart de franges de soye noire emploiées a l’entour
d'ung grant coussin de velour noir et aux quatre houppes d'icellui coussin fait pour
pourter le chappeau archiducal cy apres escript, XLVIT s. II d.
Item, pour six pippes moins ung quart d’or de Cypre, a XVISs. la pippe, emploiées
es franges et houppes dudict coussin, III]. XII s.
Item, pour la façon desdictes houppes et franges d’or, VIII s.
Item, pour avoir fait atlaicher une croix de damas blanc a ung pale couchant de
drap d'or qui a reposer sur le corps avant que l'on feyt le service en l'eglise Sainct
Pierre a Malines, Vs.
Item, pour la façon et doublure de Ja quatriesme goutiere du pale volant de
velours noir et aultres ouvraiges en icelluy, VIII s.
Ilem, pour ovoir doubler et franger la quatriesme goutiere audict pale volant de
drap d'or, VIS.
Item, pour avoir fait et doublé ung grant pale couchant de velours noir fait neuf
pour laisser sur le corps au cloistre a Bruges et y avoir poser une croix de satin
cramoisy dessus, XXXISs.
Item, pour avoir mis une aultre croix de satin cramoisy sur le grand pale couchant
de drap d'or trait, X s.
Item, pour avoir mis deux aultres croix de satin cramoisy au dossal et devant
d’autel de drap d'or frizé noir qui a servy pour le parement du grant autel du cueur
ou les services funeraulx se sont faitz, et pour la façon du coussin de velours noir cy
dessus escript, XI s.
Item, pour avoir fait couldre une grande croix de satin cramoisi sur ung pale
couchant de vieux velour qui a servy sur le chariot ouquel estoit pourter le corps
par les champs audict cloistre lez Bruges, et avoir fait couvrir et couldre de taftaf
noir les huit bastons pour pourter lesdicts pales volans, XV s.
Item, pour l'achat de quatre aultres bastons achetéz pour pourter l'ung desdicts
pales volans, lesquelz n’ont neantmoins servy a cause que Thoison d'or en avoit fait
faire d’autres a Bruxelles, IX s.
Item, pour avoir fait soyer le bois des gittes des deux pales volans faiz a Malines,
comprins la façon des pilliers et lambourdz de bois ayant servy a dresser le riche
docelet d'orfevrye soubz lequel gisoit le corps deans l’eglise, XXX s.
Item, pour quatre grandes lattes de bois de chesne pour le gitte dudict docelet
d'orfaverye, XLs.
Item, pour l’achat de quatre grandz pilliers sur lesquelz ledict riche docelet a
reposé, en ce comprins quatre lambourdes ou faulx pilliers pour dresser ledict
docelet, LIIII s.
Item, pour quatre paires de pentures de fer servant ausdicts piliers et faulx
piliers, LX VI s.
Item, pour cinq cens de crochetz servans pour attacher sur les gittes dudict riche
docelet d'orfaverye, XVII s. VI d.
PIÈCES JUSTIFICATIVES 433
Item, pour cordes et les avoir fait taindre noires pour servir a tendre lesdicts
docelets, X VIII s. IX d.
Item, pour avoir eslargy des deux costéz le pale couchant d'or traict d'ung riche
drap d'or a cause qu'il estoit trop estroict, XII s.
Item, pour la despence de mon aide qui a esté par deux fois dez Malines audict
Bruxelles devers le garde joyaulx de l'Empereur et Thoison d'or pour le fait dudit
service, X VIS.
Item, pour fillet noir pour couldre et couvrir les bastons desdicts pales volans, IIs.
Item, pour avoir de nouveau rataché les goutieres au pale volant de drap d’or
qu'il convint deffaire pour y mectre les lozenges et escussons de brodures
dessusdicts, VII s.
Item, pour avoir semblablement rataché les goutieres du pale volant de velour
noir qu'il convint aussi deffaire pour y asseoir les lozenges et escussons de
taillures, VIT s.
Item, pour avoir fait eslargy le pale couchant de drap d'or sur lequel estoit la
croix de damas blanc et avoir mis en ce lieu une croix de satin cramoisy pour servir
sur le corps, aux eglises par les champs, XITSs.
Item, pour l'achat de XXIX aulnes de toille noire a II s. IX d. l'aulne pour
doubler le pale couchant de neuf velour laisser audict cloistre a Bruges,
LXXIX s. IT d.
Item, qu'il a paié a maistre Martin des Ableaux, orfevre de Madame, pour trois
marcs trois onces treze estrelins demy d'argent par luy emploiéz au chappeau
archiducal fait pour le service de madicte feue dame, au pris de LXIII s. l'once,
tant pour l’argent, pour l'or entré en la dorure que pour façon, videlicet IITI** VII 1.
IT. s. VI d.
Item, pour avoir fait racoustré et remis en estat le collier d'or garny de pierres
precieuses et de perles qui avoit servy au decorement dudict chappeau, XXX s.
Item, pour achat d’une demye aulne de velours de grayne pour en faire le bonnet
et edenture dudit chappeau archiducal, XXXIX s.
Item, pour ung quartier et demy de satin de Bruges rouge pour en doubler ledict
bonnet, III s. VI d.
Item, pour vingt hermynes mises et emploiées a la fourrure dudict chappeau
archiducal, LXIIT s.
Item, pour le sac de toille contonné dedans lequel a esté par les champs ledict
chappeau, comprins la façon, XVI s. VI d.
Item, pour une custode de bois pour pourter ledict chappeau affin de mieulx le
contregarder, III s. VI d.
Item, pour esguillettes de soye pour en attacher ledict chappeau sur le coussin de
velour sur lequel il fut pourter, HIT s. VI d.
Item, pour cinq aulnes et demye de drap rouge, a neuf solz l’aulne, pour mectre
entre le riche docelet d'orfavrerie cy devant declairé, affin d’estre mieulx contre-
garder par les champs, XLIX s. VI d.
Item, pour treze onces ung estrelin d'argent blanc pour commencer le chappeau
archiducal, pour lesquelles icelluy maistre Martin l'orfevre n’a rabatu que XXX s.
pour once, et il a esté acheté XXX s. VI d., pour ce icy de taire, VIS. VI d.
Item, pour le salaire de deux compaignons qui ont appourté toutes les tapisseries
de feue Madame dez les chambres a Malines en mon office de garde joyaulx, pour
illec estre gardées, II s. VI d.
Item, pour avoir fait laver et essuyer certaines albes, hamys et nappes retirées
du clerc d'oratoire avec X VIII nappes et IX douzaines de serviettes retirées du gardes
28
431 MARGUERITE D'AUTRICHE
linge de feue Madicte dame, qu'ilz n'estoient nettes pour le souldain partement du
deul pour aller a Bruges, XX V s. VI d.
Item, pour avoir fait rattaché au pale couchant d'or traict qui avoit servy sur le
corps de feue Madame, ung ciel de satin cramoisy et la bordure de mesmes qui y
servoit auparavant, VIS.
Item, pour avoir fait attaché a ung docelet d'or frizé qui avoit servy au pale volant
audict obseque, ung ciel de mesme drap d’or frangé, Vs.
Item, pour avoir remis en estat ung cyteal de deux draps d'or bordé d'ung large
bord de velour cramoisy figuré, lequel drap d'or avoit servy pour eslargy des deux
costetz ledict pale d’or couchant d’or traict, VIS.
Item, pour avoir cousu ensemble deux pandz de drap d'or, II s.
Item, pour avoir rataché ung drap d'or et demy doublé de velours cramoysy,
lequel avoit aussi servy audict pale d'or traict, Vs.
Item, pour avoir recoulsu deux coussins de drap d'or frizé, II s.
Item, pour ung grant sacq de canevache contenant six aulnes qui a servy pour y
mectre et pourter les pilliers de bois couvers de taftaf rouge qui servoient pour
dresser et soubstenir le riche docelet d'orfevrye aux eglises, XIII s.
Item, pour bois et fagotz brusléz, tant en la librairie comme en l'office des
joyaulx, depuis le trespas de Madicte feue dame pendant qu'il a fait temps
moiste, XLSs.
Item, pour six livres de chandoilles qui sont esté bruslées oudict office des
joyaulx depuis le trespas de Madicte feue dame, pour ce mesmes qu'il y a eu toutes
les nuytz lumiere et deux compaignons couchant oudict office, VIII s.
Item, pour avoir fait blanchir deux grandes nappes damassées et XX VI serviettes
de mesmes, lesquelles avoient servy le dernier voiage fait a Bruges, X s.
Item, pour avoir fait pourter dez l'office des joyaulx certaines tapisseries pour
en tendre le quartier de l'Empereur en la maison de madicte feue dame a Malines,
pour sa premiere venue apres le trespas de madicte feue dame oudict hostel et les
rapporter, et aussi pour avoir pourter les riches tapisseries, tant de drap d'or que
aultres, dois ledict garde joyaulx en la Chambre des finances, pour les monstrer aux
deputéz de l'Empereur affin de choisir ce que Sa Majesté vouloit retenir, VII s.
Item, pour le salaire d’ung pieton envoié de Malines a Gand devers monseigneur
de Grantvelle pour le fait des papiers concernans les affaires de l'Empereur, estans
chez feu maistre Guillaume Des Barres audict Malines, XII Ss.
Item, pour le remeinaige de trois coffres d'Anvers a Malines, esquelz avoit esté
pourtée la vaisselle d'argent de feue Madame, que l’on a fait fondre a la Monnoie
audict Anvers pour emploier au fait du testament de madicte dame, VISs.
Item, pour une neufve clef et avoir fait levé une sarrure en l'ung des huys de la
librairie, II s.
Item, tant pour avoir fait faire deux coppies des inventoires des cabinetz et
librairies a Malines, deux coppies de l'inventoire des baghes, joyaulx, vaisselle,
riches tapisseries et aultres parties de Madicte feue dame, delivrées par messeigneurs
les testamenteurs de madicte dame a la Majesté de l'Empereur, LXXIJIIT s.
Item, pour le louaige de quatre chariotz lesquelz ont amené de Malines a Bruxelles
le reste des tapisseries et aultres choses de madicte feue dame que, a l'ordonnance de
l'Empereur, ont esté delivrées a la Royne, en ce comprins l'amenaige des aornemens
d'eglise amenëéz audict Bruxelles, pour les delivrer au pere confesseur du cloistre de
l'Annunciade de lez la ville de Bruges, affin de les pourter et conduire audict
cloistre, V 1. XVIIS. |
Item, pour le chargeaige et deschargeaige desdictes tapisseries et aultres parties
PIÈCES JUSTIFICATIVES 435
tant audict Malines que a Bruxelles et pour la despence du voiage que mon aïde a
fait a aller querir lesdictes bagues, XIIII s. VI d.
Item, pour fagotz brusléz en la librairie durant ladicte année, XVII s. VI d.
Item, pour ramons pour servir en ladicte librairie, IT s.
Item, pour avoir envoié querre dez Bruxelles a Malines ung coffre estant aux
cabinetz plain de linges et serviettes ouvréz a la mode d'Espaigne, duquel l'Empereur
feyt don a la Royne, XIII s.
Item, pouv avoir, par ordonnance de l'Empereur, envoyé de Bruxelles a Malines
querre deux perceforestz que Sa Majesté faisoit presté a la Royne, VII s. IT d.
Item, pour avoir renvoyé dudict Bruxelles a Malines lesdicts perceforestz, VIII s.
Item, pour avoir envoié querre dez Bruxelles a Malines la pourtraicture de feue
Madame faicte en tapisserie, par ordonnance de monseigneur de Grantvelle, XIII s.
Item, pour despence faicte par Estienne Laullier, tant pour son chariaige que
pour ses despens d’avoir esté dudict Bruxelles a Malines pour y repourté ledit
tableau que l'Empereur avoit voulu veoir, X s.
Item, que j'ay encoires payé audict Estienne Lullier pour son chariaige et
despence de bouche d'avoir pourté de Malines a Gand a l'Empereur ung riche tableau
de diverses painctures enchassées en argent doré, ouquel voiage il vacquist six
jours, Ls. |
Item, a lui pour avoir esté de Bruxelles a Malines querir ung grant chandelier
d'argent qui estoit aux cabinetz audict Malines, pour ce que l'Empereur le vouloit
veoir, et l'avoir repourter, XXIIIT s.
Item, pour avoir esté querre aultre tableau de paincture fait apres feue Madame
pour la monstrer a l'Empereur, X s.
Item, audict Estienne pour, par ordonnance de messeigneurs les executeurs l’avoir
cnvoié dudict Bruxelles a Malines pour visiter les tableaux de dovocion estans
ausdicts cabinetz, lesquelz se devoient envoier au cloistre de Brouz, XII Ss.
Item, pour avoir fait changer les deux sarrures et locquetz desdicts cabinets,
XII s. |
Item, pour le salaire de deux compaignons lesquelz ont couché de nuyt en l'office
des joyaulx de Madicte feue dame durant les mois de fevrier et mars anno XXXI,
stil de Romme, a cause que toutes Iles riches baghes de madicte feue dame y
estoient, LX s.
Item, pour mes vaccations et salaires d'avoir encoires excercé mon office depuis le
premier jour du mois de jauvier X V°XX XI, stil de Romme, jusques au XX V° d'octobre
ensuyvant oudict an, ayant fait toutes les delivrances de ce qu'estoit a ma charge
tant a Malines que a Bruxelles a la Majesté de l'Empereur, a la Royne et a
messeigneurs les testamenteurs que aultres, qui me sont esté ordonnéz solliciter
d’avoir les inventoires qui avoient esté renouvelléz, tant des cabinetz que librairies,
a mectre en ordre, par ordonnance de messeigneurs les testamenteurs, l’inventoire
des baghes, joyauls, vaisselle et aultres choses que par iceulx testamenteurs avoient
esté delivréz a ladicte Majesté de l'Empereur, a faire et dresser les comptes desdictes
delivrances, aussi dresser les roolles des parties que j'ay, a l'ordonnance de mesdicts
seigneurs les testamenteurs, exposées pour et a cause de mondict office et jusques
audict XX V° d'octobre XV° trente ung que lofs je feiz la derniere delivrance a la
Royne de ce que restoit en ma charge, ou sont comprins ITII*X VIIT jours entiers
qui, au pris de unze solz par jour que sont seullement mes gaiges ordinaires que je
souloie avoir de madicte feue dame, reviennent a CLXIII 1. X VIITS.
Item, pour les gaiges de Symon de Parenti, mon aide d'office, pour avoir exercé
sondict office et m'assister depuis ledit premier jour de janvier XV°XXXI, stil de
436 MARGUERITE D'AUTRICHE
Romme, jusques au XV° d'octobre ensuivant, a III s. par jour, que sont aussi les
semblables gaiges qu’il avoit de madicte feue dame a cause de sondict office, videlicet
LIX livres XII s.
Item, pour les gaiges de Estienne Laullier, jadis varlet de chambre de madicte
feue dame, pour avoir conduict soubz moy le fait des cabinetz et librairies puis ledict
premier jour de janvier XV'XXXI, sul de Romme, jusques ou premier d'octobre
dudict an XX XI, a six sous par jour que sont semblables gaiges qu'il souloit avoir,
reviennent ensemble a IT 1. XVII Ss.
Et pour mes vacations d'estre venu dez Malines a Bruxelles par quatre fois devers
mesdicts seigneurs les executeurs du testament de madicte feue dame pour les
poursuyr et sollicité d’estre deschargé de toutes choses par moy delivrées et rendre
compte de tout ce que estoit a ma charge, quoy faisant j’ay mieulx vacqué de
cinquante jours entiers que, a raison de trente solz par jour comprins chariages et
logis, videlicet LXX V 1.
Revenans lesdictes parties ensemble a la dicte somme de huit cens trois livres
treze sols dudit pris de XL gros, de laquelle somme de VIII 1. XIIIT s. des pris,
monnoie et pour la cause susdicte, je suis contant et bien paié, et en quicte lesdicts
seigneurs executeurs, ledict Pierre Damant et tous aultres qu'il appartiendra.
Tesmoing mon seing manuel cy mis le quatriesme jour de may quinze cens
trente cinq.
Signé : CONTAUT.
Nous Estienne Lullier, jadis varlet de chambre, et Symon de Parenty, jadis aide
du garde joyaulx de feue Madame l’archiducesse d’Austrice, ducesse et contesse de
Bourgoingne, douaigiere de Savoie etc, cuy Dieu absoille, certiffions a tous comme
nous avons esté bien paié et contanté par les mains de maistre Richard Contault,
garde joyaulx de madicte feue dame, de noz gaiges et traictemens depuis le trespas
de madicte dame en ça contenuz et declairéz en la quictance cy dessus escripte, pour
les causes et raisons illec dictes, assavoir a moy, ledit Estienne, la somme de
quatre vingtz une livres dix huit solz de quarante gros monnoie de Flandres chascune
livre, et a moy, ledict Simon, la somme de cinquante neuf livres douze solz du dict
pris, dont nous tenons pour contans et bien satisfaictz et en quictons madicte feue
dame, ledict maistres Richard Contault et tous aultres qu’il appartiendra. Tesmoing
n0Z seings manuelz mis le quatriesme jour de may quinze cens trente cinq.
Signé : Estienne LULIER, S. DE PARENTY.
PREUVE XCVIII
1537, 2 juin. — Mandement de Charles-Quint concernant la radiation,
sur l'inventaire des joyaux de la couronne, des bijoux de Savoie
provenant de l’archiduchesse Marguerite et donnés à [Béatrice de
| Portugal], duchesse de Savoie.
{Orig. Arch. Nord, B 2399, n° 84222).
Charles, par la divine clemence empereur des Romains..…., a nostre chier et feal
chevalier et gentilhome de nostre chambre le seigneur de La Chaulx, par nous
commis sur le faict de noz finances ou lieu et en absence des conte de Nassau et
PIÈCES JUSTIFICATIVES 437
seigneur de Praet, grand et second chambellans et du s' de Noircarmes, premier
sommelier de corps, salut et dilection. Sçavoir vous faisons comme nostre amé et
feal conseillier et garde de noz joyaulx Pierre de Cortewille, escuier, ayt par nostre
ordonnance et exprez commandement delivrer et distribuer les bagues d'or, pierreries
et joyaulx telz et de la qualité que cy apres sont declairëéz et speciffiéz, venans de feue
madame Marguerite, nostre bonne tante, dont Dieu ayt l’ame et selon l'inventaire
qu’il en a de nous: Assavoir ung beaul et excellent carboucle dit le carboucle de
Savoye, mis en une petite boitte d'or esmaillée avec une verge d’or agrapes servant
a mectre ledict carboucle quant l’on veult.
Item, une seinture d'or faicte a charnieres, avec une petite gibessiere y servant,
le tout esmaillé de blanc et rouge, en laquelle sont quinze trousses de perles rondes
a trois, avec quatre petitz grains d’esmail noir a chascune trousse, dix huit diamans de
diverses tailles et trois rubis cailloux dont l’un est au clouant de ladicte gibessiere
appelé ladicte seinture de Savoye, et pese le tout ung marc cinq onces deux et demi
esterlins, et ne pesoit que ung marc cinq onces en l'inventaire, mais ledict garde
joyaulx y a adjouster par nostre commandement les deux et demy estrelins d'or pour
y avoir fait a fere quelque charniere pour clorre.
Item, plus le monde d’or venant de Savoye ou sont quatre princes pourtans une
civiere, assavoir l'empereur, le roy de France, le duc de Savoye et le duc de Cleves,
sur quoy ledict monde est assis, avec ung crucifix dessus ; a l’entour de ladicte
cyviere sont sept balaix avec dix perles enchassées a l'entour, et, au pommeau de
l'espée de chascun prince, y a une perle; a l’entour du monde et de la croix sont
unze ballaix et trente et une perles, pesant le tout neuf marcz quinze et demi esterlins,
pesa, selon le contenu de l’inventoire, neuf marcz dix sept et demy esterlins, pesa
moings de deux esterlins a cause qu’il y a tumbé quelque fleurettes et esmail,
desquelz carboucle, seinture el monde comme dessus speciffié avons fait baïller et
delivrer a nostre tres chiere et bien amée belle seur, la ducesse de Savoye. Donné en
la cité d’Aste, le vingt et huitieme de juing mil cinq cens trente et six.
Nostre garde joyaulx nous a envoyé par nostre ordonnance, nous estant en Aste,
dois Naples, ou il estoit avec noz joyaulx, le riche carboucle, le monde d’or garny de
pierreries et de perles et la scinture d’or aussi garny de pierreries et de perles, le tout
venant de Savoye... Donné en nostre ville de Vailladolyd, le deuxième jour de juing
l'an de grace mil cinq cent trente et sept. Contresigné : BAVE.
PREUVE XCIX
1561. — Extrait des Chroniques de Guillaume Paradin, concernant
Brou.
{Chronique de Savoye, revue et nouvellement augmentée par M. Guillaume PARADIN,
doyen de Beaujeu. Lyon, 1560, in folio).
Ceste année mille cinq cens et quatre fut, par la permission de Dieu, disposée à
grandes afflictions et desastres, et fit une tres male saison, tant pour la disposition
des corps humains que pour la production et durée des fruictz de la terre. L’esté fut
excessivement et prodigieusement chaut et vindrent les blez en tres petite quantité es
païs de Lyonnois, Daulphiné, Savoye, Auvergne, Bourgongne et autres circonvoisins.
438 MARGUERITE D'AUTRICHE
Des vins 1l en fut assez competemment, mais ilz aigrissoyent faisant vendenges et
n'en pouvoit on boire, et ceux qui en avoyent de pur et net le vendoyent ce qu'ils
vouloyent, et de telle intemperie d’air s’engendrerent tant de diverses maladies que
c'estoit pitié de la grande multitude de gens qui mouroyent quasi en toutes les parties de
la Gaule. Au moyen de quoy le paovre peuple des regions susdites, sentant la pesanteur
de la main du Seigneur Dieu estre aggravée sur eux en toute espece de punition, des
le moys de mars commencerent a faire penitences publiques, faisant incessamment
oraisons et processions tout a blanc, c'est assavoir estans accoustréz seulement de
linges blancz, et piedz nudz, avec des croix de bois en leurs mains, avec piteuses et
espouvantables clameurs, et n'eussiez veu autre chose parmy les champs que grandes
trouppes de gens de tous estats habilléz a blanc, faisans processions et oraisons
publiques, avec larmes et grandes et memorables penitences, comme faisans piteuses
amandes honnorables de leurs pechéz, et alloyent des processions de cinq ou six lieues
d'esglise en esglise criants misericorde, et y avoit tel village qui alloit errant par les
champs six ou sept jours sans retourner en leurs maisons, et n’y avoit cœur si dur ny
inhumain que ces paovres peuitens ne fissent getter des larmes son saoul, et n'y avoit
celui qui ne s'efforçast de leur bailler a vivre les uns du pain, les autres du vin, de
maniere que tout le monde estoit esmeu a charité et amitié. Et fut ceste année
nommée l’année des processions, auquel temps et an, au mois de septembre, le beau
duc Philibert estant allé chasser en un lieu nommé Laigneu, avoit fait apprester son
disner aupres d’une fontaine au licu de Saint Bulba qui est du mandement et
jurisdiction de Loyettes, et ayant chaut, print trop grande frescheur aupres d’icelle
fontaine, qui lui engendra un pleuresis, dont se sentant mal ledit seigneur, se retira
incontinent en son chasteau du Pont d’Ains, lieu fort delectable, auquel lieu fut si
pressé que bien tost apres vint a rendre l'esprit a Dieu environ le neuvieme jour de
septembre, en l’an de son aage vingt cinquieme, dont le païs fut fort desolé : car
c'etoit un fort bon et vertucux prince et bien aymé de ses subjets.…
Ladite princesse [Marguerite] fit mettre le corps de son mari en la chapelle du
chasteau dudit Pont d’Ains ou il fut environ huit jours, pendant lequel temps l’on
chantoit messes incessamment et autres suffrages et oraisons nuict et jour, auquel lieu
se trouvoit pour lors messira Laurens, seigneur de Gorrevod, grand escuyer de
Savoye et depuis grand maistre d’hostel de l'empereur Charles cinquieme, personnage
de vertu incomparable qui donnoit ordre a toutes choses concernans l’obseque dudit
seigneur duc defunct, a ce que toutes funebres ceremonies fussent faites et observées,
comme est la coustume de faire aux grans princes. Auquel temps envoya Madame de
Varax, (belle mere dudit seigneur de Gorrevod, grand escuyer) au Pont d’Ain un
son maistre d’hostel pour savoir dudit seigneur Grand escuyer, son gendre, ou l’on
avoit deliberé d'ensepulturer le corps dudit seigneur Duc. Auquel fut fait response
en ces mots par le Grand escuyer susdit : « Madame veut qu'il soit enterré en l’esglise
de Brouz, avec feu sa mere, madame Marguerite de Bourbon ». À quoy repliquant le
Maistre d’hostel: « Ne lui plait-il pas (dit-il) qu'il soit porté en l’abbaye de Haute
Combe avec les autres ducs de Savoye ses predecesseurs », « Monsieur le Maistre
(dit le Grand escuyer), sachez pour vray qu’on ha fait a Madame toutes bonnes
remonstrances sur ce fait, mais elle ha dit et respondu qu'elle ha esté informée bien a
plain du vœu qui fut fait par feu Messieurs et dame, pere et mere de son feu seigneur
et mary, de faire fonder un couvent de l'ordre S. Augustin au lieu de Brouz, mais
que feu Monsicur le pere, apres qu'il fut venu a plus grande autorité, l’oublia et ne
fit pas son devoir de faire mettre a effect son vœu, et qu'il avoit pleu a Dieu de
prendre mondit seigneur son mary en son jeune aage de maniere qu'il n’avoit eu
loisir ny le temps de faire mettre a execution ledit vœu de ses pere et mere, mais
PIÈCES JUSTIFICATIVES 439
qu'elle, a l’ayde de Dieu, le feroit faire; et ainsi l’a conclud et arresté ». Encores que
plusieurs grans personnages lui remonstroyent ce qui s'ensuit : Premierement, que
d'autant qu’elle estloit fille d’un grand empereur et qu’elle avoit esté royne de France
et depuis espousé un si grand et renommé prince, il lui conviendroit faire de grans
et insupportables fraiz pour faire chose digne de sa grandeur, a quoy elle ha
respondu que Dieu pourvoyeroit a la despence. On lui ha dit davantage : « Madame,
vous avez possible regret que le corps de Madame sa mere est enterré en ce petit
lieu de Brouz, l’on aura bien dispense du pape de la transporter ailleurs ». A quoy
elle dit qu'il ne faut dispense d’une chose que l'on peult faire de soy. Davantage
l'on lui remonstra que apres qu'elle aura fait ce qu'elle pretend, que advenant une
guerre en ce pais, gens de guerre des ennemis se pourroyent retirer lcans et s’y
loger pour battre la ville, qui seroit a la longue cause de la destruction dudit
couvent. Ha repliqué madite dame ces mots: « Les puissances des princes sont
aujourd'huy si grandes a raison de l'artillerie que s’il venoit un siege devant Bourg,
il ne seroit nul besoing d'attendre la batterie ». Et encoires lui ha l'on fait
remonstrer qu’en l'esglise Nostre Dame, qui est en la ville de Bourg, y ha fort beau
commencement, et que s’il lui plaisoit employer ce qu'elle veult mettre a ce couvent,
que des millions de personnes prieront pour elle, car il n’y ha personne a Bourg
qui une fois le jour n’aille faire son oraison et devotion en ladite esglise Nostre
Dame. Et a cela ha respondu madite dame, gettant grosses larmes: « Vous dites
vray, et est le plus grand regret que je puisse avoir. Mais quand ainsi se feroit
que vous dites, le vœu ne seroit accomply, ce que a l’ayde de Dieu je feray faire ».
Ce sont les remonstrances de mot a mot qui furent faites et les responses qu'elle
y faisoit quand l'on s’eflorçoit de la divertir d’edifier ce beau couvent de Brouz, et
furent icelles remoustrances et responses escrites sans y rien oster ny adjouster par
un fidele serviteur de la maison qui se trouva present quand l’on s’efforçoit de la
desmouvoir de ceste entreprinse. Depuis, fut le corps du Duc Philibert susdit mis en
sepulture en ladite esglise de Brouz aupres de celui de sa mere avec tel obseque
et service qu'il appartient a tel prince. Et certain temps apres, commit madite
dame Marguerite architectes et autres personnes a ce entendans pour donner
commencement a l'œuvre de ce couvent, entre lesquelz fut commis maistre Piorre
Anchemant, secretaire de l'empereur Maximilian et de Monseigneur l'archeduc,
oncle maternel de l'auteur de ceste histoire, pour conduire l'œuvre et avoir
superintendence de faire avancer et diligenter les maistres ouvriers. En laquelle
commission mourut quelques années apres ledit Anchemant, et fut inhumé audit
couvent. Finablement fut fait et parfait cestuy couvent ou furent mis religieux de
l'ordre saint Augustin, selon l'institution de saint Nicolas de Tolentin. Lesquelz
messire Jean Clopet, chancellier de Savoye et president de Bresse, avoit des
longtemps pratiqué en Italie, et avoit fait promettre aux superieurs dudit ordre de
les envoyer en Bresse, estant le convent construit. Ainsi fit ceste bonne princesse
fonder, bastir et parachever ce somptueux edifice en l'honneur de son mary, et
pour la descharge de la conscience de ceux qui l’avoyent voué, qui est le plus
superbe et trionfant bastiment et la plus plaisante structure (pour une œuvre a la
moderne) qui soit en Europe. Et peult estre conté cest edifice entre les miracles de
beauté d'esglises que l’on puisse aujourd'huy choisir de l’œil non pour estre un
grand amas ou monceau de pierres, ny trop grosse mole d'ouvrage, comme sont
plusieurs en France et Italie, ains pour l’ingénieux artifice pour la riche, plaisante
et riante assiette, pour la moderée et bien proportionnée d'invention, pour la
blancheur et politure de la pierre, pour la vivacité des statues sepulchrales du
duc Philibert et celles des deux Marguerites, l’une sa mere de Bourbon, l’autre sa
440 MARGUERITE D'AUTRICHE
femme d'Austriche, et outre il y ha pour la decoration des verrieres, toutes enrichies
par bel ordre, des armoiries de toutes les alliances qu'oncques furent contractées
en la maison de Savoye, depuis la venue du prince Beral de Saxonne jusques audit
duc Philibert, chose la mieux et plus richement digerée et recreative, a homme de
bon esprit, qui se puisse trouver. Je ne dis rien des beaux cloistres doubles, des
lieux reguliers, dortoirs, refectoirs et autres, si beaux qu'ils semblent estre bien
heureux ceux qui habitent en lieu si orné et delectable. Quant au pavement, mesmes
celui qui est tant au chœur qu'en la chapelle exquise de madite dame Marguerite
d’Austriche, c'est bien la chose autant plaisante et delicieuse a voir qu'il est possible
de trouver pour estre le tout de joyeuse et singuliere plomberie, entremeslée
d'imagerie fort diverse, representant en plusieurs medailles et faces les pourtrais
de plusieurs personnages antiques, et avec iccux se voyent les figures et faces au
naturel du beau duc Philibert et de ces deux excellentes Marguerites, mere et
femme, comprises chacune en un petit carreau, d'environ trois doigtz de carreau,
portant chacune figure, tant antique que moderne, son ültre et escriteau de tres
belle lettre latine versale, bien apparente et lisable, dont plait et rid se pavé si fort
aux regardans que l'on ha quasi regret de marcher dessus. Je me souvien que y
estant, y avoit un gentilhomme qui, faisant conscience de cracher sur ce pavé,
cracha au visage d'un gros villain patissier, ayant le nez tout fleury de groz boutons,
taints en escarlate, disant qu'il n’y avoit lieu en toute l’eglise plus sale pour cracher
que cestuy là. Apres tout, estant leans, semble que voyez un songe et ne savez
a quoy premierement addresser voz yeux pour les repaistre parce qu'une chacune
chose se convie a regarder comme un nouveau spectacle. Je me souvien aussi avoir
veu descendre le feu roy François, quand il vint a Bourg, qui apres avoir veu ceste
esglise restoit ravy en admiration, disant n'avoir veu ny savoir temple de telle
excellence par ce qu'il contenoit. Vray est qu'il se print garde (comme il estoit
prince excedant en bon esprit tous les rois de son temps) que ceste pierre blanche,
dont est l’eglise bastie, ne seroit de durée a la gelée, pour estre trop rare et trop
tendre. Et s’est trouvé depuis qu'il disoit vray, car longtemps apres, tomberent du
quarré du clocher aucuns de ses grans bastions ou gargoles qui conduisent les
eaucs sur le couvert de l’eglise, du costé des cloistres, chose qui fit grand dommage
au bastiment. Toutefois depuis fut envoyé un gentilhomme de par l'Empereur
Charles cinquieme qui fit faire de grandes reparations audit couvent. Au surplus,
si le lieu est beau par admiration, les religieux qui y sont y adjoustent grand
ornement, car j'y en ay veu de tres doctes et tres modestes, et sentans je ne say
quoy de l’antique anachorisme tant en vie qu'en doctrine.
PIÈCES JUSTIFICATIVES 441
PREUVE C
(Fin xvn® s.). — Renseignements sur la construction de l’église
et des tombeaux de Brou par le Père Raphaël de la Vierge Marie.
{Bibliothèque de Dijon, fonds Baudot, ms. 44, fol. 2 à 22. Copie, écriture du
XVIIE siècle] ().
(Fol. 2 verso). Description historique de la belle eglise du couvent royal de
Brou, scituëê près de Bourg en Bresse, tirée de leurs archives et des meilleurs
historiens qui en ont ecrit, par le R. P. RAPHAËL DE LA VIERGE MARIE, prédicateur
augustin dechaussé de la province du Dauphiné.
(Fol. 10 v.). Elle [Marguerite d'Autriche] appelle à Brou, de toutes les nations
voisines, de France, d'Italie et d'Allemagne, les uns disent plus de 200, les autres
plus de 400 ouvriers des plus habiles. Elle etablit une chambre du Conseil pour
regler toutes les affaires de la fabrique dont Laurent de Gorrevod, grand maistre
d'Espagne, grand escuyer de Savoye et gouverneur de Bresse, est le chef et
l'ntendant général de ses batiments. Pierre Ancheman, natif de Cuiseau et secretaire
de Maximilien aupres de la Princesse, a l'inspection generale et immediate de tous
les ouvriers. Il mourut dans cet employ et fut un des premiers enterrés dans l'eglise
de Brou (?). Louis van Bodem, allemand, etoit le maitre entrepreneur et le principal
architecte. Conrard Meyt, apparamment italien, etoit le chef de tous les sculpteurs,
qu'on appelloit en ce tems les imagiers ou folliagiers, dont les premiers ne
travailloient qu'en figures, statues ou images, et les seconds en ornemens et en
feuillages. Pierre Terrasson, qu'on croit etre de Bourg en Bresse, fut le principal
menuisier qui eut le prix fait des formes du chœur. Guillaume Colon paroit dans tous
les memoires a la tete de tous les statuaires et travailleurs en maçonnerie.
Louis Bernard et Claude Rodet tiennent alternativement le premier rang des
charpentiers. Tous les maçons, au nombre de 70 ou 80, sont distribués en IV classes,
qu'on appelloit 1, 2, 3. 4 et derniers massons. Les verriers sont Jean Brachon,
Jean Orquois, Antoine Noisin, car on faisoit le verre dans une maison pres de Brou
pour les vitraux de l’eglise et pour les fenetres du couvent. On employa les paysans
d'alentour pour les charrois des materiaux. On tira ce prodigieux amas de pierre
(1) On ne connaissait l'œuvre du Père RAPHAËL que par un manuscrit anonyme, conservé
aujourd'hui à la Bibliothèque de la Société d'émulation de l'Ain, provenant de la collection
J. Baux, décrit dans les Annales de la Société de l'émulation de l'Ain, t. xxxv (1902), p. 53 à 75
et 233 à 272, par L. ALLOING, qui a publié les extraits les plus caractéristiques. L'intérêt de
l'œuvre du P. Raphaël a été signalé par NoDET, dans son étude sur la Valeur documentaire des
manuscrits sur Brou, insérée dans la même collection, t. xxxvr (1903), p. 377 à 393. Le
manuscrit dont on donne ici des extraits est une rédaction antérieure, avec nom d'auteur,
etre d'une dédicace, adressée par le P. « Raphaël de la Vierge Marie» aux officiers du
résidial de Bourg.
(2) Ces affirmations sur Ancheman sont inexactes. Ce personnage fut enterré non à Brou mais
à Bourg, en l'église Notre-Dame. Ancheman n'eut pas le loisir de s'occuper des travaux, puisque,
en 1505, au moment de l'ouverture du chantier, il était en Angleterre, du 24 mars au 14 juin
1505 et du 6 septembre 1505 au 17 mai 1506, s'occupant de négocier le mariage de Marguerite
avec Henri VII, sans succès, et repartait en Bresse le 12 juin 1506 pour entretenir la douairière
et mourir le 8 juillet suivant au cours de cette dernière mission. KERvYN de VOLKAERSBEKE, es
missions diplomatiques de Pierre Anchemant, 1492-1506 (Gand, 1873), p. 111 à 157, passim.
442 MARGUERITE D'AUTRICHE
blanche de Gravelle, de Ramasse, de Rogiers, et la pierre de roche dure encore de
Gravelle, la loze ou pierre brute, si propre a batir (fol. 11), de Jasseron et de
Trevonna, tous vilages au deça ou au dela de la montagne du Revermont, eloignés
de deux ou trois lieues de Brou. L’albastre a eté trouvée et achetée a Vaugrinieuse
en Bresse (*), le marbre a Saint-Louthain dans le comté de Bourgogne, le marbre
blanc, dont on admire le poli et l’eclat, vient de Carrara, pres de Pise en Italie, ou
un domestique intelligent du seigneur Humbert Grillet l’alla acheter et le fit conduire
par mer, de la sur le Rhosne, en remontant cette riviere jusqu'au port de Neiron pres
de Miribel, d'ou il fut mené a Lyon et de la, avec beaucoup de peine, par la voye
des charetiers, a Brou. La chaux etoit faitte et cuite a Rapes. Le sable charié de
toutes parts, pris de la riviere de Ressouse, qui passe au dessous de Brou, les forcts
de Mortaville, de Malaval, de Bua, du Chatelet, de Chatillonnet, de Chassour et de
Soillon, fournissoient les bois de chesne, les montagnes de Bugey ceux de sapin. Les
briquetiers et tuilliers de ces premieres forests et ceux de la Sardiere aidoient
considerablement pour la fourniture des tuiles, briques et carreaux vernissés, plombés
et communs pour couvrir, voûter et paver l’eglise et le couvent. Celles qui sont
figurées et dont on a pavé autour du grand autel et la chapelle de la Princesse ont
eté faites par François de Canarin dans une de ces forets. Cette belle et grande
pierre qui fait la table du grand autel et qui a 14 pieds de long et 7 de large, celles
des deux autels des chapelles du Prince et de la Princesse et les pilliers du jubé sont
éncore des morceaux de la carrière dé Gravelle.
Les ouvrages etoiént a prix fait, a pieces et a journées. Les prix etoient payés par
Mess. dé la Chambré du Conseil, les ouvrages estimés et taxés par l'architecte. Les
ouvriers furent payés pendant 9 ou 10 ans, suivant les memoires que j'en ai vus, par
le Pere Louis de Glerins. Il recevait (fol. 11 verso) les sommes de Mons. de Marnis,
tresorier general de la Princesse par les mains du sieur Louis Vionet, son tresorier
en Bresse. En neuf ans, il reçut et delivra cent dix neuf mille deux cent et un florin,
quatre quarts, cinq deniers, deux oboles. Tous les payemens que ce religieux faisoit
etoient contresignés par le sieur Van Boghem, architecte. Un frere Gabriel Cologne
de Lyon copioit les comptes, la copie etoit collationée a l'original par un notaire. J'ai
vu son compte final rendu devant spectable messires seigneur Jean Buatier, maistre
des comptes, et Jobert, secrettaire, et devant les Peres Eloy, Joseph et Paul,
trois religieux vocaux de son couvent.
Les sculpteurs et maçons du premier rang n’avoient pour leur journée que
cinq gros, qui sont, de ce temps ci, quatre sous deux deniers, et les autres a proportion.
Le dernier manœuvre pouvoit gagner par jour deux gros et demi, et maistre
Louis Van Bolgleem n'avoit lui meme que huit sous par jour lorsqu'il assistoit au
Conseil pour y donner son avis sur quelque achat ....
On commença d’abord le couvent pour loger les religieux. Il etoit peu avancé
lorsqu'on jetta les fondemens de l’eglise pendant le caresme de l’an 1511 (Fol. 12).
En arrivant en Flandre, cette princesse tomba malade et fit son testament a Bruxelle
le 20 fevrier 1508. Cependant on lui envoyoit les plans et les figures des ouvrages
avancés. Un homme alloit de Bourg en Bresse a Malines en Flandres, ou elle tenoit
le siege de son gouvernement, pour sept ecus d’or, qui faisoient en monnoye de
Savoye vingt cinq florins et un gros, c’est a dire en monnoye de France environ
douze livres dix sous 9 deniers. Claude Renaud, marchand peletier et habitant de
Bourg, a fait souvent ce voyage a ce prix la...
(1) 11 y a là une confusion. L'albâtre venait de Saint-Lothain (Note M. B).
PIÈCES JUSTIFICATIVES 443
(Fol. 12 verso)... Depuis 1523 jusqu'en 1535, le Pere Louis de Glerins fut
chargé des soins et de la depense de l’edifice . . .…
(Fol. 13 verso)... Mandement du 24 janvier 1535 de la somme de 1500 florins
pour etre employés aux gargouilles de l’eglise, et du 24 décembre meme année pour
la fabrique de Brou. Le dortoir du couvent ne fut achevé qu’en 1536, comme porte
la pierre taillée en cul de lampe qui soutient la lanterne ou cette date est marquée
apres le mot SiLENTIUM. Les treillages de fer qui couvrent en dehors les vitreaux de
l'eglise furent mis en 1539 et 1540. Les cloitres blanchis et carrelés en 1548, comme
on voit encore en quelques carreaux qui se sont conservés. Le prix du bénitier fait
en 1548 et icelui posé en 1549. Gilbertus Cognatus, dans sa Descriplion des Gaules,
parle amplement de cet ancien edifice. I] dit qu'il a bien couté a son auguste fondatrice
200.000 ecus d’or, mais qu'a sa mort, il en faloit bien encore plus de 20.000 pour
l'achever. L’eglise fut consacrée le 22 mars 1532 par Louis de Gorrevod, cardinal
du titre de Saint-Cesaire, eveque de Maurienne et de Bourg ....
(Fol. 14)... Le couvert [de l’eglise] est a la françoise, de tuiles plates a crochet,
vernissées, plombées et peintes de plusieurs couleurs qui forment une suite reguliere
de lozanges. Le clocher est haut de six etages, quarré de sa figure, flanqué a chaque
angle de deux bonnes butes, couronné d’une galerie a claire voye, orné dans ce
couronnement de plusieurs flcurons et ouvrages en sculpture, terminé autrefois par
un dome de pierre fait en couronne imperialle avec sa lanterne, son monde et sa croix,
et presentement, a cause des ruines survenues, terminé par un dome rond et de bois,
du milieu duquel s’eleve une aiguille ou piramide tres haute et couverte comme le
dome de fer blanc. Les murailles sont ornées de pieres de sculpture, culs de lampe,
niches et figurés d'animaux, pour faire couler les eaux des couvers....
Il y a une place quarrée devant le grand portail. Ce portail est gothique mais bien
travaillé. A droite il y a une tourelle qui porte un degré pour monter sur les voutes
de l’eglise. |
On voit a l’entréc une montre solaire. C’est une grande pierre de taille couchée
sur son plat a fleur dé terre sur laquelle on a ecrit, avec une distance methodique,
les douze premieres lettres des noms dés douze mois dé l’année, et tout autour sur le
terrain on a formé en brique, enfoncées par leur dos, les vingt quatre heures du jour.
Quand le soleil luit, on n’a qu’a se mettre sur la lettre du mois courant ou s'avancer
sur la lettre du mois suivant a proportion qu'on est plus ou moins avancé dans le mois
courant, ot l'ombre de l’homme qui se place de la sorte en se tenant droit va marquer
l'heure qu'il est.
(Fol. 14 v.). L'église est d'architecture gothique mais d’ailleurs fort belle,
fort regulière et fort claire, elle a cinq nefs en largeur, elle a huit arcades en sa
longueur, un jubé qui separc le chœur de la nef, un balustrade. Le chœur fait en
coquille a des allées collaterales. Du coté de l'Evangile, la chapelle de la fondatrice,
ensuite son oratoire en haut et en bas, avec une petite cheminée tres propre en
chaque etage et enfin la chapelle de M" les ducs de Pont de Vaux. De l’autre coté
et au fond de l'allée gauche, un degré, Ja chapelle du prince, son oratoire en haut
et en bas, il n’y a de cheminée qu’en bas; le clocher, une allée par laquelle on va
à la sacristie et au couvent et enfin la chapelle de M" l’abbé de Montecut, aumonier
de notre illustre princesse.
Dans la nef, on voit trois rangs de pilliers de chaque coté, une gallerie a claire
voye qui, comme une ceinture brodée, fait par dessus la pointe des arcades tout le
tour de l’eglise. Entre les pilastres, l’entrelassement des pierres forme un P etune M
entrelassés dans un cœur pour signifier que Philibert de Savoye et Marguerite
444 MARGUERITE D'AUTRICHE
d'Autriche n'eloient qu'un cœur par l'effet de leur amour. Les pilliers s'elevent
jusqu'a la voûte.
L'eglise a de longueur depuis le grand portail jusqu'a la grande porte du chœur
qui est sous le jubé 20 toises un pied et demi, depuis cette porte jusqu’au fond de la
coquille derriere le maître autel 14 toises, en tout de longueur 34 toises un pied et
demi. Sa hauteur est de 11 toises. La longueur totale dans œuvre est de 210 pieds
et demi, la largeur a la croisée de 107 pieds, la hauteur de 60 pieds, la largeur du
chœur est de 33 pieds moins deux pouces. La largeur de toute la nef depuis un mur
jusqu'a l’autre est de 15 toises. La croisée a de longueur 16 toises et 7 pieds,
la largeur est de 3 toises et demie. La grande nef du milieu a de largeur depuis la
face d’un de ses pilliers jusqu'a celle de l’autre qui est vis-a-vis 4 toises et demie ;
les deux mitoyennes mesurent de meme une toise et {9 pieds et les deux dernieres
une toise (Fol. 15) et demie et 4 pouces. Les pilliers de la grande nef ont de pourtour
et de circonference 3 toises et demic, ceux des autres nefs sont un peu moindres
a mesure que les nefs s’etrecissent et les 4 gros qui font le milieu de la croisée
ont 4 ioises et demie. La largeur du chœur depuis un mur jusqu'a l’autre, est de
cinq toises et un pied et depuis un rang des formes jusqu’à l’autre il y a dans œuvre
3 toises et un pied, ainsi il reste evidemment que les formes ou sieges du chœur
ont 2 toises de profondeur, il y en a deux rangs, chaque coté comme ailleurs,
dans le rang d'en haut il y en a 21 et dans le rang d’en bas 16 de chaque coté
qui font en tout 74.
Elle [l’église] est pavée de pierre de taille depuis le grand portail jusqu’au jubé,
et le reste en carreaux quarrés, au milieu de quatre longs et pointus. Ils paroissent
aujourd'hui rougeatres, parce que le vernis en est levé. Ils etoient peints et figurés
d'architecture et de tetes d’empereurs. Il s'en voit encore des restes sous les
marchepieds /Suivent des renseignements sur le bénilier et le jubé/ (Fol. 15 verso)...
Il y a au centre de l’eglise et au milieu d’une croisée l'Histoire de Susanne sur une
vitre. Cela est fort beau. La vitre à l'opposite est en verre blanc, ayant été brisée
en 1539 par la gresle. On prit de la occasion de mettre au dehors des grillages de fer
contre les vitraux {Suurent détails sur la chapelle des Sept Douleurs ct sur le maitre
autel] (Fol. 16)... Les vitraux [du chœur] sont d’une grande beauté et representent
en peinture et en couleur tres vives plusieurs figures, histoires, etc. Sur les
deux vitraux, au coté de l'Evangile, se voit la Genealogie de Philibert le Beau, etc.
et plusieurs autres des familles attenante a la fondatrice. Les deux vitraux qui sont
du coté gauche et de l’Epitre representent, comme nous avons dit, la Succession
chronologique des ayeux de Marguerite d'Autriche et les armes des terres et provinces
qui ont apartenu et apartiennent encore a son auguste famille.
A l'egard des mausolées, il y en a trois, l’un de Marguerite de Bourbon, mere
de Philibert le Beau, duc de Savoye; le deuxieme, de ce prince et le troisieme,
de Marguerite d'Autriche, son epousc. Ils sont tous trois a la tête du chœur sur la
meme ligne et vis-a-vis l’un de l’autre, celui du prince au milieu, et dans une egalle
distance de ceux de ces deux princesses. Leur architecture, leurs ornemens et
quelques unes de leurs figures sont d'albastre, tirés de Vaugrinieuse, mais les
principales figures (Fol. 16 verso) sont de beau marbre blanc et les tables sur
lesquelles elles sont couchées ou debout, sont de marbre noir.
Le premier, de Marguerite de Bourbon : La figure de cette princesse, vetue
de son manteau ducal, la couronne en tete sur un carreau, une levrette couchée
a ses pieds, le tout en marbre blanc et pasle, y est etendue sur une table de marbre
noir. Six anges en plein relief sur leurs pieds d’estaux et dans leurs niches,
PIÈCES JUSTIFICATIVES 445
quatre pleureuses, deux pyramides aux deux bouts. C’est cependant le moindre des
trois mausolées.
[Mausolée de Philibert le Beau]. Deux tables de marbre noir, l’une au dessus de
l’autre, separées par un vuide de 3 ou 4 pieds, polies en leur plat et façonnées de
plusieurs moulures en leur bord, sur lesquelles sont couchées deux figures de ce
prince en marbre blanc et en font les deux etages ; celle de dessous le represente
mort et en cadavre, l’autre comme vivant et habillé en homme de guerre, de sa cotte
d'armes avec les brassards et les cuissards, la couronne en tete roposée sur un grand
carreau, le collier de l’Annonciade avec tous ses ornemens passé a son col, l’epée au
costé et un lion couché a ses pieds. La figure d'en haut est accompagnée de
six genies. Les deux qui sont aux pieds l'emportent sur les autres et sont d’une
grande beauté. Benoist de Serins a fait los deux qui tiennent l’ecusson des armes
du prince et celui qui tient son casque, apres en avoir fait les moules en torre ;
et Honoré Campitoglio, florentin, a fait les trois autres, ceux des pieds a deux fois,
parce que la premiere fois, apres les avoir fort avancés, la piece de marbre sur
laquelle il les tailloit, avec le cartouche de l'epitaphe, se rompit, et le troisieme
est celui qui tient les gantelets. Les trois premiers ont en effet un meme air bien
different de celui qui est commun aux trois autres.
Gilles Vambely a ebauché la figure du prince qui est au-dessus et Conrad Meyt,
le premier de tous les statuaires employés pour cet edifice, les a achevé et fait celle
qui est au-dessous. Enfin, un balustre de fer orné de lacs d'amour, des premieres
lettres des noms du prince et de la princesse, son epouse, P. M. (Fol. 17) et de la
devise FERT, environne ce mausolée.
Le mausolée de la princesse fondatrice est un veritable lit de parade; il y a
deux figures de la princesse avec des ornemens, la levrette dont nous avons parlé,
deux anges debout contre le dossier du lit et deux autres aux pieds ; ils sont travaillés
admirablement par Meyt, frere de Conrad Meyt, chef des sculpteurs de l’edifice.
Il y a un balustre de fer autour de ce mausolée.
À gauche de ce superbe monument est la chapelle de la princesse dediée a la
Sainte-Vierge sous le mystere de l’Assomption. La grande pierre de l'autel est de
la carriere de Gravelle ainsi que celle du grand autel. Jean de Louhans a beaucoup
travaillé au corps du tabernacle, Jean de Rolin, Amé le picard, Amé Carré ont fait
beaucoup de figures et c’est ce dernier qui a taillé les lettres de la devise de la
princesse qui sont a la corniche de son mausolée. Il y a plusieurs figures en
albastre ; on admire surtout les lettres de la devise de la princesse: FORTUNE,
INFORTUNE, FORTUNE, taillées si delicatement a jour sous la corniche du pied d’estal
de saint André, elles n’ont pas deux lignes de largeur et ne sont guëères plus
longues ni plus grosses qu’une grosse epingle. Les vitres de cette chapelle sont
peintes et repersentent divers sujets pieux.
Entre l'autel, du coté de l'epitre et la statue de saint Paul, on voit une belle
niche creusée en rond dans le gros du mur, les ornemens qui debordent sur la surface
de la muraille s’elevent en clocher et sont fort propres, c'est une piscine qui fait
l'objet de la pieté vulgaire ; le peuple y mene les sourds pour etre gueris en
appliquant l'oreille sur le trou de cette piscine. La superstition a cet égard a meme
gagné les gens d'un rang elevé.
On voit encore l'oratoire bas de la princesse au niveau du pavé de l’eglise, avec
une petite cheminée. Au haut de celui-ci, il y est un autre oratoire, avec un escalier
par lequel on y monte ; il est tout semblable a celui d'en bas, pareillement avec une
CHOMINOE Sn asser
446 MARGUERITE D'AUTRICHE
(Fol. 17 verso). En descendant a droite, on trouve la chapelle des ducs de
Pont de Vaux...... AA ue Aro se |
(Fol. 18.). Vers le fond de la chapelle se voit le mausolée de M" et Dames
de Gorrevod. Sur un grand marbre noir, avec plusieurs ornemens, sont couchées sur
leur dos trois grandes figures de bronze, l’une de ce fameu Laurent de Gorrevaud
fondateur de cette chapelle, au milieu de ses deux epouses ; a sa droite Philiberte de
la Palud, sa premiere femme, l’autre a gauche Claudine de Rivoire, sa seconde
femme qui lui survequit de cinq ans, car il mourut l'an 1530 ct elle l'an 1535
a Besançon, dont son corps fut aporté et enterré a Brou ainsi que celui de Philiberte
de la Palud ; on voit entre celle-ci et Laurent de Gorrevaud la figure d’un petit
enfant emmailloté couché entre eux deux, c'est une petite fille née de ce premier
mariage et morte dans le berceau. Il e a ses pieds un levrier de bronze, aux quatre
coins de la table de marbre les quatre Vertus cardinales en bronze.
Il y a deux rangs de formes dans le chœur, toutes en bois de chesne, avec
sculpture ; le coté droit n’a que des sujets de l'Ancien testament, le gauche du
Nouveau ; il y en a vingt-quatre de chaque coté. Il est vrai que, du coté gauche, il
n'y a que vingt-trois figures, la deuxieme figure de ce coté la a clé derobée. Messire
Antoine de Neuville, abbé de saint Just et grand vicaire de Lion, donna un monitoire
en 1660 contre ceux qui l'avaient prise
Le lutrin ressemble asses a une grande armoire quarrée en chesne avec les quatre
evangelistes a coté et une frise qui porte la devise de FORTUNE, INFORTUNE, FORTUNE.
Description du couvent de Brou.
(Fol. 18 verso.). Il y a un grand et long dortoir tirant vers le midy de plus
de 200 pieds en longueur ct environ de 14 en largeur, eclairë aux deux bouts et
au milieu des deux cotés par doux grandes croisées, bordé de chaque coté de
chambres ou cellules pour les religieux, interrompues seulement de part et d’autre
vers le milieu, a droite en venant de l’eglise et du coté de l'occident, par une espece
de vestibule pour l'entrée d'une grande salle ; une gallerie pour aller a l'infirmerie.
Ce dortoir est accompagné d’autres batimens, à droitte et au couchant de deux beaux
cloitres voutés qui poussent leur etendue jusqu'au juste allignement du portail de
l’eglise, en sorte que l’eglise et le couvent ne font qu’une façade bien suivie sur le
grand chemin, et a gauche vers l’orient, ce dortoir a encore un cloistre pour la
menagerie, avec un vuide qui reste pour le verger du couvent; dessous il y a, en
commençant par le plus pres de l’eglise de la sacristie, un chapitre et un passage
pour aller au verger, un deuxieme chapitre, le grand escalier et le refectoire. Ce
premier cloistre repond a ces trois premiers endroits, il communique a l'appartement
de la princesse qui consiste en huit chambres, quatre en bas pour les domestiques,
quatre en haut pour elle et pour ses dames ou demoiselles, un degré pour aller des
unes aux autres et une gallerie par laquelle elle pouvait aller directement a plein pied
et a couvert de ses chambres a son oratoire dans l’eglise. Cette grande salle dont
nous avons parlé est une des plus grandes qu'on voye en province : longueur de la
salle, 87 pieds et demi, largeur 27 pieds et demi. Les chambres n'ont jamais été
meublées, la princesse n’y étant jamais venue; cependant son dessein étoit de se
retirer un jour dans cet apartement.
La sacristie de l’autre coté du cloitre et de l'orient est fort belle, elle est quarrée
boisée en noyer.
Chapitre du prèmier cloitre. Le chapitre qui suit est vouté, appuyé et partagé de
memé, mais il n'est ni boisé ni peint et il y a seulément tout autour un banc simple
attaché a la muraille, sans dossier et sans marche-pied. (Fol. 19.) I] y a un premier
PIÈCES JUSTIFICATIVES 447
cloitre quarré et ensuite un plus grand. Au milieu, un parterre de 100 pieds pour le
moins en toute carrure, environné de À grandes allées de 124 pieds et demi chacune
en longueur et 12 en largeur, bordées de belles arcades, 7 pour chacune, ce qui fait
en tout 28, larges d'environ dix pieds chacune dans œuvre.
Au dessus des allées de ce cloitre, du coté du midi et du couchant, on voit deux
belles galleries dont l’une a vue sur la foret et chartreuse de Seillon et l’autre sur le
grand chemin de Lion. Longueur de ces deux galleries 114 picds, largeur 13 pieds,
Ensuite vient le chapitre du grand cloitre, l'escalier, le refectoire, le cloitre de la
menagerie, la cuisine, le chaufoir, les fours, galleries du cloitre de la menagerie. La
bibliotheque, qui n'est pas riche en livres pour une maison comme celle-la; il y a
cependant quelqués bons casuistes ; elle est asses eclairée et tire ses jours du coté du
midy. La cave, un beau puis, le bucher et les jardins, tout cela a l'avenant de la
MAISON .......e On dit quelquefois comme proverbe : l’eglisé de Brou, la Belle
Gueuse et le couvent, le Pauvre Magnifique. La devise dé la princessé etoit une
montagne batue des vents: Perflant altissima venti. Secondé devise : un arbre
chargé de fruits qué la foudre fend én deux: Spoliat mors munera nostra. La
troisieme dévisé qui sé voit autour dé l’eglise : Fortune, Infortune, Fortune qui
marqué sès malheurs et sés evenèmens heuréux. La quatrieme devise qui est sur lès
tapisseries dont elle a fait present a Brou : uné main sur un brasiér, Manus domini
protegat me. Il y a au déssus un heliotrope mais sans paroles. La devisé du duc etoit
les quatré lettres Fert c'est-à-dire Fortitudo ejus Rhodum tenuit.
(Fol. 20.). La fondatrice avoit fait faire plusieurs tentures de tapisseries de soye
pour l’eglise, mais la mort en a privé Brou. Charles V, son neveu, les vendit a
plusieurs seigneurs de sa cour, excepté une tenture de quatre piecôs que nous avons
a Brou, dont on orne quelquefois le sanctuaire. Elle etoit allée a Anvers pour acheter
plusieurs beaux et bons livres imprimés sur velin ét reliés en maroquin rougo de
Lévant pour la Bibliotheque dé Brou, mais ils furent vendus aux Jesuites d'Anvers ;
pour les tableaux, nous n'avons eu qué celui dé N-D des Sept Douleurs.
Lés vitres de Brou, cassées au commencement de juillet 1559, et le 21 du même
mois réparéés en vérré blanc avec treillage de fer. Le clocher fut aussi reparé. Deux
freres convers y travaillerent, il en couta 18.897 1. pour le reparer, il n'ést plus si
beau qu'il etoit.….
+ Re
a Ù_—
TABLE DES PREUVES
.
I. — 1483, 16 mai, Hesdin. Lettres de Pierre de Bourbon, seigneur de Beaujeu,
chargé de recevoir, au nom du roi de France et du Dauphin, Marguerite d'Autriche
en exécution du Traité d'Arras (Page 301). |
II. — 1484-1485. Extraits du compte de Louis Ruzé, argentier de Marguerite
d'Autriche, reine de France (Page 305).
III. —-[1492], 17 mars, Melun. Lettre de Marguerite d'Autriche à Anne de Beaujeu
(Page 313).
IV. — [1492]. Complainte de Marguerite d'Autriche sur la rupture de son
mariage avec Charles VIII (Page 313).
V. -- [1493-1497]. Rôle des paiements faits par Jeanne de Comines, dame
d'Halluin, pour le service de l’Hôtel de Marguerite d'Autriche (Page 317).
VI. — 1497, 13 juin. Lettre de Pierre Martyr à Bernardin de Carvajal, cardinal
de Sainte-Croix (Page 320).
VII. — [vers 1500]. Lettre de la bienheureuse Louise de Savoie au duc de Savoie
(Page 321).
VIII. — 1503, 10 novembre, Turin. Ordre donné au trésorier Jean-Louis
de Piozasco de payer un don alloué à Giraud de Cabrières, garde de la lionne de
Marguerite d'Autriche (Page 322).
IX. — 1504, 28 avril, Turin. Rôle des dépenses faites par Diego Florès, sur
l'ordre de Marguerite d'Autriche, pour la « mômerie » de Carignan, à l'occasion
des noces de Laurent de Gorrevod (Page 323).
X. — 1505, 12 janvier, Chambéry. Instructions de Charles III, duc de Savoie,
à Laurent de Gorrevod, et au seigneur de Montvaran, envoyés en mission auprès
des ambassadeurs de Marguerite d'Autriche au sujet du douaire de Savoie (Page 324).
XI. — 1505, 19 janvier. Instructions du duc de Savoie au sire de Menthon
envoyé à Pont d'Ain auprès de Marguerite d'Autriche au sujet du règlement
de son douaire (Page 327).
XIT. — 1505, 5 mai, Strasbourg. Conventions entre Marguerite d'Autriche et le
duc de Savoie constituant le Traité du douaire de Savoie (Page 328).
XIII. — [1505, après 5 mai]. Décisions du Conseil Privé de l’archiduchesse
concernant l'administration du douaire (Page 336).
XIV. — 1505, 28 décembre. Lettre de Maximilien, roi des Romains, au duc
Charles IIT, au sujet de René, bâtard de Savoie (Page 337).
450 MARGUERITE D'AUTRICHE
XV. — [vers 1505]. Lettre de Claude de Brosse, duchesse douairière de Savoie
à son fils Charles III (Page 337).
XVI. — [1506, 11 mars]. [Les Cantons de Berne et de Fribourg] au [duc de
Savoie] pour lui conseiller de faire restituer au Bâtard de Savoie le comté de Villars
(Page 339).
XVII. — 1506, 25 mai, Turin. Quittance délivrée par Charles III à réception
de la croix d’or provenant du Trésor de Savoie, apportée de la part de Marguerite
d'Autriche par Mercurin de Gattinara (Page 340).
XVIII. — 1506, 31 décembre, Fribourg. Pétremand de Faucigny au gouverneur
du Pays de Vaud au sujet de l'intervention du roi de France auprès des Conseils
de Fribourg et de Berne pour faire réintégrer René, bâtard de Savoie, dans le
comté de Villars (Page 340).
XIX. — [1506]. Lettre de Marguerite d'Autriche au duc de Savoie au sujet
de René, bâtard de Savoie (Page 342).
XX. — 1507, 4 mai. Protestation faite par Charles, duc de Savoie, contre la
suppression de la pension que lui servait le roi de France (Page 343).
XXI. — [1507, déc.]. Lettre de [Gui de La Baume, comte de Montrevel] au
seigneur de Menthon au sujet des difficultés du douaire de Savoie (Page 344).
XXII. — [1508], 1* mars, Chambéry. Lettre d'Amé Gringallet à Margucrite
d'Autriche au sujet des Etats du Pays de Vaud (Page 345).
XXII. — [1508, mars]. Instruction de Maximilien, roi des Romains, au seigneur
de Salenove euvoyé en mission auprès du duc de Savoie (Page 346).
XXIV. — [1508], 7 mai. Lettre du duc de Savoie à Marguerite d'Autriche
concernant les négociations avec Berne et Fribourg (Page 350).
XXV. — [1508], 12 juin, Genève. Lettre de [Louis de Balliant, seigneur de
Verboz] à Marguerite d'Autriche au sujet du conflit entre le duc de Savoie et les
Suisses (Page 351).
XX VI. — 1508, 27 juin, Bruxelles. Requête adressée par Marguerite d'Autriche
à Bernardin du Pré, ministre général de l'ordre des Franciscains, au sujet de la
canonisation de sainte Colette (Page 353).
XXVII. — [1508], 19 septembre. Lettre d'Amé Gringallet à Marguerite
d'Autriche sur les violences des officiers de Faucigny (Page 354).
XX VII. — [1509], 12 mars. Lettre de Marguerite d'Autriche à Jean de Marnix
sur les négociations de l’empereur au sujet des pouvoirs de la Régente (Page 355).
XXIX. — [1509], 22 mai, Travagliato. Lettre de Mercurin de Gattinara à
Marguerite d'Autriche concernant les difficultés du douaire de Savoie (Page 355).
XXX. — [1509], 22 mai, Brescia. Lettre de Claude de Seyssel à Marguerite
d'Autriche concernant les relations de l’archiduchesse avec le duc de Savoie (Page 358).
XXXI. — [1509], 5 juin. Lettre de Jean de Marnix à Marguerite d'Autriche
au sujet des Pays-Bas et du comté de Bourgogne (Page 358).
TABLE DES PREUVES 451
XXXII. — 1509, 10 août. Procès-verbal de la réception de la châsse du
Saint Suaire offerte à la Sainte-Chapelle de Chambéry par Marguerite d'Autriche
(Page 360).
XXXIIT. — [1509, août]. Lettre de Marguerite d'Autriche à Laurent de Gorrevod
le félicitant de son mariage et lui donnant des instructions sur le douaire de Savoie
(Page 361).
XXXIV. — [1509], 13 septembre. Lettre d'André de Burgo à Marguerite
d'Autriche concernant le projet de mariage du duc de Savoie avec Jeanne, reine
de Naples (Page 362).
XXXV. — [1509, après novembre]. Lettre de [Jean Lemaire] à [Laurent de
Gorrevod] concernant des missions à Liôge et en Bresse (Page 362).
XXXVI. — [1510], 24 mars, Moûtiers. Lettre de Georges de Marnix à Jean de
Marnix sur leurs affaires de famille (Page 363).
XXX VII. — [1510, juin]. Mandement de Marguerite d'Autriche concernant la
mission de Jean Lemaire pour l'extraction de l’albâtre de St-Lothain destiné à Brou
(Page 365).
XXX VIII. — [1510 vers le 14 juillet]. Lettre de Marguerite d'Autriche à Jean
Lemaire au sujet des travaux de Brou et de la collaboration de Thibaut Landry
et de Perréal (Page 366).
XXXIX. — [1510, vers le 15 juillet]. Lettre de Marguerite d'Autriche à Jean
Perréal concernant les travaux de Brou et le marché de Thibaut Landry (Page 366).
XL. — [1510?], 30 septembre, Bonne. Lettre de Mercurin de Gattinara à Louis
Barangier sur l’administration de la justice en Faucigny (Page 367).
XLI. — 1510, 16 octobre. Lettre de Pierre de Marnix, étudiant à Turin, à Jean
de Marnix au sujet de la présentation à divers bénéfices (Page 368).
XLII. — [1510], 14 novembre, Bourg. Lettre de Laurent de Gattinara,
procureur de Bresse, à Marguerite d'Autriche concernant le lieutenant de Bresse
(Page 369).
XLIHI. — [1510]. Mandement de Marguerite d'Autriche au [procureur de Bresse]
lui prescrivant l'arrestation des gentilshommes et des malfaiteurs qui pillaient la
région de Bresse (Page 370).
XLIV. — [1511], 15 janvier. Lettre du chapitre de la Sainte-Chapelle de
Chambéry à Marguerite au sujet du reliquaire du Saint Suaire et des fondations
de Philibert le Beau (Page 371).
XLV. — [1511], 7 février, Pont-de-Vaux. Lettre de [Laurent de Gattinara] à
Barangier concernant les magistrats du Conseil de Bresse (Page 372).
XLVI. — [1511], 23 février, Verboz. Lettre de Louis de Balliant au comte de
Montrevel et à Laurent de Gorrevod sur la mauvaise administration du douaire
de Savoie (Page 373).
XLVII. — 1511, 2 mars, n. st. Lettre de Raphaël Le Nadre à Jean de Marnix
sollicitant sa protection pour un office (Page 374).
452 MARGUERITE D'AUTRICHE
XLVII. — [1511], 12 mars, n. st. Instructions du duc de Savoie à son écuyer
Usillion envoyé en mission auprès de Guillaume de Vergy, maréchal de Bourgogne
(Page 375).
XLIX. — 1511, 18 mars, n.st., Colmar. Lettre de Jean de Marnix à
Marguerite d'Autriche concernant le projet de mariage de Philiberte de Savoie.
(Page 376).
L. — [1511, mars]. Rapport de Louis de Balliant sur sa mission en Bresse
et en Faucigny (Page 377).
LI. — [1511, mars]. Lettre du Gouverneur de Vaud sur le conflit du duc de
Savoie avec les Ligues (Page 379).
LIT. — [1511], 1% avril. Lettre des habitants de Cluses, Sallanches et Bonneville
à Marguerite d'Autriche sur les missions judiciaires en Faucigny (Page 380).
LIT. — [1511], 6 avril, La Palisse. Lettre d'André de Burgo sur les négociations
du duc de Savoie avec les Ligues et sur la politique générale (Page 381).
LIV. — [1511], 11 avril. Lettre d'A. de Montjovent à Margucrite d'Autriche sur
les préparatifs militaires du duc de Savoie contre les Suisses (Page 383).
LV. — [1511], 27 avril, Genève. Instructions du duc de Savoie à l’écuyer
Chales sur les négociations avec les Cantons suisses (Page 383).
LVI. — [1511], 9 juin. Lettre de Jean d'Estavayer à [Guillaume de Vergy]},
maréchal de Bourgogne (Page 384).
LVII. — [1511], 16 juin. Lettre du clergé de N.-D. de Bourg à Marguerite
d'Autriche concernant la construction et les stalles de cette église (Page 385).
LVIIL. — [1511], 31 juillet, Bourg. Lettre d'A. de Montjovent à Marguerite
d'Autriche sur les Etats de Savoie tenus à Chambéry (Page 386).
LIX. — [1511], 1* août, Bourg. Lettre de Chivilliard, maître des œuvres, à
Barangier, concernant les travaux de Brou (Page 386).
LX. — [1511], 21 novembre. Lettre de A. de Montjovent à Marguerite d'Autriche
coucernant le subside voté par les Etats de Savoie pour payer les Suisses (Page 387).
LXI. — [1512, février]. Lettre de Marguerite d'Autriche à Jean Lemaire qui
passe au service de la reine de France (Page 387).
LXII. — [1512], 27 mai. Lettre de Michel Colombe à Marguerite d'Autriche sur
les patrons des sépultures de Brou (Page 388).
LXII. — [1512, jun]. Lettre de Marguerite d'Autriche à [Chivilliard] sur le
concours d'Henriet de Lyon aux travaux de Brou (Page 390).
LXIV. — 1512, 20 août. Lettre de Marguerite d'Autriche au duc de Savoie
concernant Claude, bâtarde de Savoie (Page 390).
LXV. — 1512, 9 septembre. Lettre de Chivilliard à Margucrite d'Autriche
portant récapitulation des sommes dépensées à Brou (Page 391).
LXVI. — [1513-1518]. Lettre des clarisses de Chambéry à Marguerite d'Autriche
concernant la canonisation de sainte Colette (Page 392).
TABLE DES PREUVES 153
LX VII. — [1514]. Instructions pour le contrôle des travaux de Brou (Page 393).
LX VIII. — [1515, mai]. Lettre de Marguerite d'Autriche à Louise de Savoie,
duchesse d'Angoulême, concernant René, bâtard de Savoie (Page 394).
LXIX. — [1515], 12 juillet. Lettre de Jacques Annocque concernant la collation
de l’abbaye de Saint-Claude en faveur de Pierre de La Baume (Page 396).
LXX.— [1515], 21 octobre. Lettre du Conseil de Bresse à Margucrite d'Autriche
sur l’entrée de Louis de Gorrevod dans la cité épiscopale de Bourg et sur les travaux
de Brou (Page 398).
LXXI. —[1515], 24 octobre. Lettre du Conseil de Bresse à Margucrite d'Autriche
sur l’état des travaux de l’église de Brou (Page 399).
LXXII. — [vers 1515]. Note sur le Saint Pain de saint Nicolas-de-Tolentin
(Page 399).
LXXII. — [1516], 3 août, Rouen. Lettre de Louise de Savoie, duchesse
d'Angoulême, à Charles III concernant la suppression des diocèses de Bourg et de
Chambéry (Page 400).
LXXIV.— [1516], 6 août. Lettre de [Mamert] de Costis à Marguerite d'Autriche
concernant ses négociations en cour de Rome (Page 401).
LXXV. — [1516]. Lettre d'Yves de La Howarderie, religicux au Reclus à
Chambéry, à Marguerite d'Autriche rappelant le séjour de l'archiduchesse en France
avant la rupture de son mariage avec Charles VIIT (Page 402).
LXX VI. — [avant août 1517]. Lettre de Margucrite d'Autriche au duc de Savoie
au sujet de la collation des bénéfices de Savoie (Page 403).
LXX VII — [1517], 1° août, Brou. Lettre de Raimond Cartier de Cesana à
Marguerite d'Autriche sur les violences exercées contre les religieux de Brou
par le seigneur de Montellier (Page 404)
LXX VII. — [1517, 18 septembre ?]. Mandement de Marguerite d'Autriche au
sujet du règlement du Conseil de Bresse (Page 405).
LXXIX. — [1517, 18 septembre]. Mandement de Marguerite aux officiers de
Bresse sur le service intérieur du Conseil de Bresse (Page 406).
LXXX. — 1518, mai. Lettres patentes de Marguerite d'Autriche autorisant
Mercurin de Gattinara à entrer au service du duc de Savoie (Page 407).
LXXXI. — [1518], 7 juillet. Lettre de Noël Puget, avocat fiscal du Conseil de
Bresse, au sujet de sa destitution (Page 408).
LXXXII. — [1518, août]. Remontrances faites au duc de Savoie de la part de
Marguerite d'Autriche par Hugues Marmier, avec les réponses ducales (Page 410).
LXXXII. — [vers 1518], 1° septembre. Lettre des officiers de Bresse à Marguerite
d'Autriche au sujet des indulgences accordées aux franciscaines de Bourg pour la
construction de leur clocher (Page 416).
LXXXIV. — [1520 ?], 21 avril. Lettre de Thomas Bergier et de Bon Badel à
Marguerite d'Autriche sur leur mission en Faucigny (Page 416).
454 MARGUERITE D'AUTRICHE
LXXXV. — 1521, 20 mars. Instructions du duc de Savoie à de Montjovent
au sujet des bijoux de la Maison de Savoie (Page 418).
LXXXVI. — [1524, 15 avril]. Requête adressée à Marguerite d'Autriche par
Vincent Perraud, d'Annecy, sollicitant des secours pour des pélerinages (Page 419).
LXXX VIT. — 1524, 18 septembre. Lettre de Nicolas Perrenot à Marguerite
d'Autriche au sujet d’une mission en Savoie (Page 420).
LXXX VII. — [1524], 27 septembre. Lettres patentes de Marguerite d'Autriche
annulant les précédentes commissions d'offices et collations de bénéfices (Page 422).
LXXXIX. — [1525], 5 décembre. Lettre des États du Pays de Vaud au duc de
Savoie au sujet de la fourniture du sel (Page 423).
XC. — 1526, 26 janvier. Lettre de Marguerite d'Autriche à Béatrice de
Portugal, duchesse de Savoie (Page 424).
XCI. — [1527], 3 décembre, Brou. Lettre de Louis de Gleyrens à Marguerite
d'Autriche concernant le marbre nécessaire à Conrad Meyt pour les sépultures
de Brou (Page 424).
XCII. — [1528], 21 décembre. Lettre de Baudouin de St-Barthélemy, inquisiteur,
à Antoine de Montcut (Pago 425).
XCIII. — [1528]. Memorandum sur la mission de [Jean de Tournai] dit Bonnes
Nouvelles, héraut d'armes [de l’Annonciade] (Page 426).
XCIV. — 1529, 10 août, Cambrai. Lettre de Marguerite d'Autriche au duc de
Savoie sur la paix de Cambrai (Page 427).
XCV. — 1531, 5 août, Brou. Réception des travaux de Conrad Meyt par
François de Toiria et Pierre Vienze (Pago 427).
XCVI. — 1532, 12 juin. Récépissé des reliques envoyées à Brou (Page 429).
XCVITI. — 1535, 4 mai. Quittance du garde des joyaux pour les dépenses
concernant les obsèques et les collections de Marguerite d'Autriche (Page 431).
XCVII. — 1537, 2 juin. Mandement portant restitution à la Maison de Savoie
de certains bijoux provenant des collections de Marguerite d'Autriche (Page 436).
XCIX. — 1561. Extrait des Chroniques de Savoie rédigées par Paradin relatif
à l'église dé Brou (Page 437).
C. — XVIF siècle. Rénseignements archéologiques sur l'église de Brou d'après
le P. Raphaël de la Viérge Marie (Page 441).
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INDEX
ALPHABÉTIQUE
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INDEX ALPHABÉTIQUE
Abbeville (Somme): 11 note 5.
AGNEw : Collection 286 n° 29.
Agrippa de Nettesheym, indiciaire de
Charles-Quint : 138 note 2, 154 et note 3,
182 note 2. Oratio dive Margaritæ 283.
De nobilitate et præcellentia fœmine
sezus 183 note 2.
Aime (Savoie, ar. Moûtiers, ch. 1. c°») : 364.
Ainay (Rhône, c?° Lyon): 43 note 5 ; 105
note 2.
ALAIRE (Jean) : 306.
ALARDET (Philippe) : 33.
Albâtre : voir St-Lothain.
Alberi : Ambasciatori veneti 59 note 2.
ALEXANDRE VI: 136 note 8, 353.
Alix (Rhône, ar. Villefranche, c° Anse): 223.
ALLEMANT (Jean) : 414.
Allen: Corpus epistolarum Erasmi 1€5
note 5.
Alloing : Un manuscrit sur Brou 261.
Allut : Symphorien Champier 51 note 4.
Altmeyer : Marguerite d'Autriche 233. -
Marguerite et Christiern II 283.
Amanton : 4. Colomban 2617.
Amboise (Indre-et-Loire, ar. Tours, ch.l. canton):
11, 12, 16, 89, 104 note 4, 305, 30$, 309,
310, 312.
AMBOISE (Georges, cardinal d'): 102, 103 note
4, 290 n° 55, 343.
Ambronay (Ain, ar. Belley, c°" Ambérieux) :
129, 146.
Amiens (Somme): 14 et note 3, 11 note 5,
19 note 1, 136 note 8.
ANCHEMANT (Pierre): 18 note 2, 439, 441 et
note 2.
ANDRIETTA : VOir AVOGADRI.
Anethan : J. Le Veau 283.
Angers (Maine-et-Loire) : 41 note 5.
Aanghessey : voir Ensisheim.
Angleterre : 389. 7
ANGLETERRE (Edouard IV, roi d'):8 n° 6.
— Henri VII: 15, 24 note 2, 30 note 2, 31
note 14, 285 n° 18, 287 n° 33, 290 n° 53,
299 n° 133.
— Henri VIII: 27, 132 note 1, 287 n° 33,
293 n° 80.
— (Marie d’): 345.
Angley : Hist. du diocèse de Maurienne 48
note 2.
Ansou (René d'): Tapisseries 12.
Annecy (Haute-Savoie): 42 note 4, 92 note 4,
94 note 3, 98, 99, 100, 136, 138, 326, 373,
401, 412, 419, 421. - Clarisses 137 note 8. -
Conseil de Genevois 98 note 8, 99, 100
note 14, 415, 421. - Dominicaines 137
note 8. - États 386 note 1.
ANNOCQUE (Jacq.), procureur en cour de Rome :
396.
Annonciade : Ordre 220.
Anselme: Hist. généal. Maison France 43
note 7.
Anshelm : Berner Chronihk 81 note 7.
Anvers (Belgique): 21, 22, 101 note 5, 138
note 6, 1065 note 1, 257, 294 n° 87, 318,
319. - Pèlerinage 420. - Musée 286 n° 29.
Aoste (Piémont): 97, 134 et note 4, 346, 369.
Apremont (Savoie, ar. Chambéry, c° Mont-
mélian): 37 note 3, 94 note 2, 103 note 5,
104, 334.
ARAGON (Charlotte d'): voir TARENTE.
— (Ferdinand le Catholique, roi d’): 14, 15,
24, 25, 283 n° 9, 295 n° 95, 320, 377, 382.
Voir CasrTiLe (Isabelle la (Catholique,
reine de).
— (Jeanne d'); 21, 79, 362.
— (Louis d’), cardinal : 30 note 3, 140 note 3,
190.
Arbois (Jura, ar. Poligny, ch. 1. canton): 35, 60
note 4.
458
Archers : 72 note 2.
Archives : voir Bourg, Lausanne, Paris, Turin,
Vienne.
Archives du Nord: Bibliographie des publi-
cations contenant des textes tirés des
Papiers de la Chancellerie de Marguerite.
ALTMEYER 282 n° 2, Bancez 267 n° 3,
BAUER 283 n° 5, BAUTIER 283 n° 6, Baux 267
n‘‘4et5, BECKER 267 n° 7, BERGENROTH 284
n° 11, Bonpois 284 n° 17, BREwWER 284 n° 16,
BRUCHET 268 n°: 11 et 12, 284 n°: 17 à 19,
CHagny 285 n° 28, CHARVET 268 n°: 14 à 16,
CocmiN 269 n° 17 à 20, DEuaISsNEs 269
n° 22, Dipron 269 n° 26, Dorez 269 n° 27,
Durax 115 note 1, 269 n°: 28 à 37, FINoT
211 n° 45, 289 n° 47, FORONDA Y AGUILERA
290 n° 48, Gacnarp 42 note 1, GODErFROY
290 n° 55, GossarT 290 n° 56, Hévésy 291
2° 66, Houpoy 272 n° 56, JarriN 272 n° 60,
KOOPERBERG 292 n° 69, Kraus 292 n° 70,
KREITEN 292 n° 71, LaBorne 292 n° 73,
Le GLay (D') 44 note 4, 273 n°1 65 et 66,
292 n° 76 à 78, Le GLay (E.) 293 n° 80,
LEMAIRE 294 n° 85, MéLy 273 n° 72, Mone
295 n° 91, Noper 274 n°* 80 à 83, PALLrAS
275 n° 91, PincnartT 276 n° 97, Puvis 276
n° 101, Quixsonas 296 n° 97, ROBERT 180
note 6, RousseLeT 277 n° 108, SPpaax 161
note 4, THiIBAUT 297 n° 113, VAN DEN BERGH
298 n° 121, Van DE PuTTe 278 n° 116,
Virey 278 n° 121, WaLTREr 299 nos 130 à
132, WauTERs 279 n° 124 (1).
— Voir MARGUERITE D'AUTRICHE (Chancellerie).
— Textes tirés des Archives du Nord publiés
in extenso: 189, 194 à 260 passim, 301,
317, 321 à 436 passim.
— Explication del'abréviation L.M. : 284 n° 17.
Arcis-sur-Aube (Aube) : 34.
Argent : Pouvoir 179 note 2.
Armures : Trempure 220 note 1.
ARPAGEON, page de Marguerite : 309.
Arras (Pas-de-Calais): 11 note 5, 26, 302, 303
note 5. - Traité de 1482, 8 et note 6, 16
note {, 302 note 5.
— (grand archidiacre d') :
(Claude de).
voir Botrsser
MARGUERITE D'AUTRICHE
ARSENT (Thibaut) : 132 note 2.
Art de vérifier les dates : 15 note 1.
Artois: 11, 18 note 4. - États 10, 302, 303
note À.
ARZENT (François): 411.
ASNIÈRES (Charlotte d'): 306, 309.
Asti (Piémont): 437.
Aubigney (Haute-Saône, ar. Gray, c°: Pesmes):
46, 48. Voir BARANGIER.
Aubigny (Pas-de-Calais, ar. St-Pol, ch. 1. c°»):
302. - Seigneur 10 note 5.
Auchy-lez-Hesdin (Pas-de-Calais, ar. S'-Pol,
c°* du Parcq) : Abbé de S'-Sylvin 10
note 5, 302.
Aune (Pierre): 307.
Audenarde (Belg., Flandre orientale) : 165
note f.
Audenfort (Pas-de-Calais, ar. S'-Omer, c°*
Audruicq, cr® Zutkerque): 302.
AurrAY (Jean d'), maître des requêtes de l'ar-
chiduc : 11 et note 1.
Augustins de France : 260, 278 n° 120.
Augustins de Lombardie : 146, 148 notes 2, 4
et 5.
AUMONT (S' d'): 34.
AUROLLES (Benoît d'}, architecte : 261.
Auton (Jean d'): Chroniques de Louis XII
39 note 6.
AUTRICHE (Eléonore d'), reine de Portugal, puis
mariée à François I, nièce de Marguerite :
294 n° 86.
— (Ferdinand d'), frère de Charles-Quint : 283
n° 5.
— (François d'), frère de Marguerite : 221
note {.
— (Isabelle d’), reine de Danemark, nièce de
Marguerite : 283 n° 2.
— (Marie d'), reine de Hongrie, nièce de
Marguerite : 294 n° 87, 296 n° 98, 300
n° 137, 435.
— (Marguerite d') :
TRICHE.
— (Maximilien d’): voir MAxIMILIEN.
voir MARGUERITE D'AU-
(1) D'autres publications, non citées dans le présent ouvrage, contiennent aussi des textes puisés à Lille
dans le fonds de Marguerite. On en trouvera les références dans Bruomer, Répertoire numérique de la Ch. des
Comptes. Fascicule IL (Lille, 1921) pages xx11 sq., aux mots Bzauvois n° 22, Durar n°‘ 330 à 336, Fmor n°: 872
à 388, FLAMMERMONT n° 401, GacxarD n°8 436 et 445, GavTaier n° 462, d'HErpouez n° 529, Hôazsaux n° 553
Jansex n° 532, Juste n° 580, Kazxar n° 6582, pe La Brière n° 595, Le GLax n° 647, 651 et 652, MoxLien
n° 820, Pixcmarr n° 866, de Ripper n°5 913, 944, Scaurrs n° 971, Van DER STRATEN n° 1.046, Van Doonszazr
n° 1018.
INDEX ALPHABÉTIQUE 459
AUTRICHE (Philippe le Beau), archiduc, roi de
Castille : 7, 8, 22, 25, 27, 31, 286 n° 29,
292 n° 74, 293 n° 81, 301.
Auvergne : 11.
AUx (Jean d') . 306.
Auxerre (Yonne): 11 note5.
Aval (Bailliage d’) : 133 note 4, 365.
Avignon (Vaucluse): 131 et note 5, 409, 414.
Avila (Espagne, Vieille Castille) : 24 et note 5;
298 n° 117.
AVOGaDRI (A. d'), femme de Mercurin de Gatti-
nara : 45, 372 note 1.
Avoine (d'): Marguerite d'Autriche 283.
AYALA (Pedro d’}), ambassadeur : 27 note 4.
AYMERIES (s' d'): 48.
AZELIO (Augustin d'), membre du Conseil de
Savoie : 31 note 3, 32 note 5, 43.
Azevedo (G. de): Chronyche van Mechelen
181 note 3.
Bacha: Généalogie Beauffort 302 note 12.
Ban (Christophe, marquis de): 19, 377. -
Philippe, son fils 22.
BapEeL (Bon), maître de la Chambre des comptes
de Bourg : 110 note 6, 111, 113 note 2, 116
et note 4, 117, 119 note 3, 124, 125 note 1,
195, 196, 352, 373, 409, 410, 416.
— (Pierre) : 106 note 2.
BanoER (J.), ambassadeur : 89 note 7.
Baes : Bréviaire Grimant et Mss. à minia-
tures du commencement du XVIe siècle
299 n° 128.
Bâgé-le-Châtel (Ain, ar. Bourg, ch. 1. c®):
32, 57 note 1, 91, 104, 109, 110 note 3, 118,
119, 120 note 1, 401.
BALAISON (Claude de), s' d'Avanche : 31 note 3,
84 note 5, 101 note 2, 120 note 2, 121 et
note 2, 120 note 1, 374, 418.
Bâle (Suisse) : 83, 379, 383.
BALICHON (Benoît) dit Cristin, maître maçon de
Bourg : 141 note 4, 188, 189, 192, 210, 215,
231, 393.
BaLLrnT (Louis de), s' de Verboz : 49, 81 notes
3, 4 et 6, 94 note 5, 108 note 6, 110 et note
4, 111 note 1, 119 note 5, 123 et note 13,
351, 373, 377, 380, 414.
Bancel : 199, 209. Perréal 2617.
BANNENS (protonotaire de): 133 note 1.
Bannissis (Jacques de), secrétaire impérial :
84 note 4.
BARANGIER (Louis), secrétaire et maître des
requêtes, greffier du Parlement de Dôle, s'
d'Aubigney : 22, 26 note 3, 31 note 1, 33,
46 et note 3, 47 notes 2, 5 et 6, 59 et note
5, 64 et note 1, 65, 86, 94 note 1, 95, 97
note 1, 97 note 5, 106, 107 notes 2et3, 110
note 6, 111 note 2, 113 note 3, 116 notes 4
et 7, 122 notes 3 et 4, 123 et note 3, 126
note 8, 131 notes 1 et 7, 152 notes 3 et 5,
158 notes 3 et 4, 160, 164, 187 note 1, 188,
191, 194, 196, 198, 199, 201 à 205, 207 à
210, 215, 217, 218, 221, 223, 226 à 228, 330,
336, 367, 368, 372, 386. - Marié à Claude
Grillet 107 note 5 ; gendre de Sandre Felix
113 note 1. - Type de son écriture 299
n° 132.
BarBaRI (Jacques de), peintre de Marguerite :
166, 283 n° 6, 285 n° 23, 291 n° 66.
Barret : Brou 269.
Barrillon : Journal 140 note 2.
Bar-sur-Seine (Aube) : 34, 303.
BASTELLIN (J. A.), fauconnier : 54 note 1.
Bauer : Anfänge Ferdinands I 283; Korres-
pondens Ferdinands I 283.
Baume-les-Messieurs (Jura, ar. Lons-le-Sau-
nier, c° Voiteur): 133 note 5, 200.
Bautier : J. de Barbari 283.
Baux (E.): Louise de Savoie à Lyon 129
note 4.
Baux (J.): 4, 151, 262, 281 n° 146. N.-D. de
Bourg 140 note 4. Eglise de Brou 261.
Biographie de Marguerite 283.
Bavai (Nord): 54.
BAvE, secrétaire impérial : 437.
BAviÈRE (Guillaume, duc de) : 376.
— (François, comte palatin de) : 88, 377.
Bayonne (B.-Pyrénées) : 25.
Bayot : Manuscrits savoistiens 283.
Beatis (de) : Voyage du cardinal d'Aragon
30 note 3.
BEAUFFORT (famille de): 302 note 12.
— (Jean, s' de): 302 note 12.
BEAuUroRT (Savoie, ar. Albertville, ch. 1. c°) :
98 note 7, 347, 378, 414.
BEAUFORT (Pierre de), s' du Bois, gouverneur
du Pays de Vaud :98 note 5, 126 note 1,
345, 411.
BEauseu (Anne de France, dame de), femme de
Pierre de Bourbon : 10, 11 note 2, 12, 13
note 3, 14 note &, 40, 51 note 2, 310, 313.
460 MARGUERITE D'AUTRICHE
BEAUMONT (Jean de), échevin d'Arras : 302.
BEAUPAIN (Ant.): 360.
BEAUREGARD (de) : voir LA THOUVIÈRE.
BEAUVALLET (Jean), marchand à Tours : 309,
310.
Beauvoir (Allier, ar. Montluçon, ce Montma-
rault, ce Colombier) : 130 note 6.
Becker : J. Lemaire 268.
BECKkERE (Pierre de), auteur du mausolée de
Marie de Bourgogne : 158.
Beer : Inventaire des joyaux de Marguerite
283. Mss de la Bibl. de Vienne 284.
Bégule: Vitraux de la région lyonnaise 268.
BELLEGARDE (s' de): 111 note 3.
BELLETRUCHE (Ant. de), s' de Gerbaix : 329.
Belley (Ain): Évêque 262.
BELLOT (Jean), augustin : 138 note 1.
Bémont: Les Archives publiques d'Angle-
terre et l'inventaire des Papiers d'Etat 284
n° 16.
BÉNARD dit Moireau (Etienne), maître d'hôtel
de Marguerite : 305, 306.
Bénéfices ecclésiastiques : 114. 130.
BeNoir dit Seplage, reclus à Chambéry : 403.
BENTINCK (Alard), maître d'hôtel de Marguerite :
49, 73 à 75, 184 note 1.
— (Laurent): 49, 184 notes 4 et 2.
BérarD (Ant.), châtelain de Bâgé-le-Châtel :
119, 120 note 1.
BERCHOD (Pierre) dit Terrasson, sculpteur des
Stalles de Brou : 141 note 4, 177, 441.
Bergame (Italie, chef-lieu de province): 357.
Bergenroth et Gayangos : Calendar 284.
BERGHES (Ant. de), abbé de St-Bertin : 25
note 5, 32 note 1, 33, 36, 165.
— (GCornille de), s' de Zevenbergen : 32 note À.
— (Henri de), évêque de Cambrai : 32 note 1,
165.
— (Jean, s' de) : 376.
— (S' de): 67 note 1.
BERGIER (Thomas), vice-président du Conseil
de Bresse : 110 note 6, 112, 113 notes 1 et
2, 122 note 1,124, 125 note 1, 409, 410, 416.
BERGOIN (Ant. de), chanoine à Chambéry :
360.
BERNARD (Auguste) : 192. - Benoît 260. - Claude
53. - Louis 441.
Berne (Suisse): 39, 81 et notes 5 et 7, 82, 83
et note 9, 103, 105, 119, 339, 340, 342, 350
à 352, 379, 383, 384, 413.
BERRY (Jean, duc de): 289 n° 42.
Berry-au-Bac (Aisne, ar. Laon, c** Neufchâtel) :
34.
BERTHEAUNE (Jeanne de), fille d'honneur : 306,
309.
BERTHIER dit Mouton : 307.
BERTRAND : voir HENRIET.
BERvOUICK (F.), banquier : 101 note 5.
Besançon (Doubs) : 422. - Archevêché 384. -
Abbaye de St-Vincent 183 note 4, 401. -
Chapitre 131 note 9, 132 note 4.
Béthune (Pas-de-Calais) : 10.
BEuGxEM (vicomtes de): 170 note 1.
Bibliothèques : voir Bourg, Bruxelles, Dijon,
Lyon, Paris, Turin, Vienne.
Billiat (Ain, ar. Nantua, c Chôâtillon-de-
Michaille) : 42 note 1, 43, 89, 139.
Bise (Ant.), procureur de Vaud : 126 note 2.
BLacas (comte de): 27 note 6.
BLAESvELT (Anne de), fille d'honneur : 25 note
9.- Marguerite 50.
BLANCART (Laurent), chapelain de Marguerite :
307.
BLANCHET (Pierre), franciscain à Chambéry :
135 note 7.
Blasphémateurs : 73.
BLEsEL (Georges de), dit de Ricaumez,
chanoine de St-Omer : 302.
BLoc (Catherine de), dame d'Euvre, dame
d'honneur : 306.
Blois (Loir-et-Cher) : 221, 387.
BLois (Louis de), s' de Trélon : 33.
Blondeau de Charnage : Marguerite
d'Autriche 284. Eglise St-Nicolas prés
Bourg 268.
BLonper (Boniface) : 360.
Boccard : Hist. Valais 80 note 4.
Bocuu (Claude), procureur fiscal de Faucigny:
117 note 4.
Bode : Thonbüste in Buckingham Palace 284.
Bodin : Hist. Brou 279.
Bohème (Ladislas, roi de) : 88 note 1.
BoirrET (Jean): 306.
Bois (du): voir BEAUFORT.
INDEX ALPHABÉTIQUE 461
BoisseT (Claude de), doyen de Poligny, abbé
de Faverney, membre du Conseil privé :
60 note 3, 65, 66 note 2, 100, 131 note 7,
183 note 7, 184 note 1, 249, 252, 423, 426,
429.
— (Guillaume de), commis au greffe du
Parlement de Dôle : 46 note 3, 131 note 2.
— (Jean de), trésorier de Dôle : 184 note 1.
BoissiEr (Humbert), maître de la Chambre des
comptes de Chambéry: 43, 92 note 1, 116,
117 note 2.
Boisy : voir GOUFrIER.
Bozprini (N.), graveur : 177 note 5.
Bologne (Italie) : 80.
Bonanp (Claude de), grand écuyer de Philippe
le Beau : 32 note 1.
Bondois et La RONGIÈRE : Catal. Mél. Colbert
285 n° 17.
Boxer (Jean), trésorier de Bresse : 188, 361.
BontFAcE de Sienne : voir CEVA.
BonrvarD (Jean-Amé de), abbé de Pignerol:
125 note 5, 341.
Bonne (Haute-Savoie, ar. St-Julien, c° Anne-
masse): 120, 123, 124, 344, 367, 373, 418.
Bonnes NouvELLEs : voir TOURNAY (Jean de).
Bonneville (Haute-Savoie): 120 et note 2, 123,
124 et note 1, 259, 367 378, 379, 380, 417,
418.
Bonnor (Jean), s' de Cormaillon : 184 note 1,
258, 259.
BonTEMPs (Jean): 307.
BonvaLorT (François), administrateur de l’arche-
vêché de Besançon : 133 note 7.
Bonvizzars (Pierre de), président de Savoie: 31.
Boom (de): Librairie Marguerite 284. Mar-
guerite d'Autriche et Charles VIII 284 n° 14.
Bordeaux (Gironde) : 11 note 5.
BORDEAUX (s' de) : 337.
BoreL (Et.), secrétaire ducal : 360.
Bornate : Histor. vite et gestorum per
Magnum Cancellarium k4 note 1. Vita di
Gattinara 44 note 4.
BoRROMÉE : Collection 212.
Bosco : Sepolcri B. di Monferrato 41 note 7.
BoTitER, procureur à Chambéry : 336.
BoToLLiER, châtelain de Sallanches : 122.
Bouchage : St-Suaire 139 note 6.
Bouclans (Doubs, ar. Baume-les-Dames, c°*
Roulans) : 60 note 6.
Bouptrr (Oudinet) : 25 note 5.
Bour8ox (Charles, duc de): 129.
— (Isabelle de), seconde femme du Téméraire,
mère de Marie de Bourgogne : 8 note 3.
— (Jean de), s' de Rochefort : 22, 23.
— (L., bâtard de): 82.
— (Marguerite de), première femme de
Philippe de Bresse, mère de Philibert le
Beau : 28 note 3, 29 note 2, 104, 146, 262.
— (Pierre de), s' de Beaujeu : 10, 51 note 2,
301.
— (Pierre de), chanoine à Salins : 131 note 2.
— (Pierre de), s' d'Aubigny : 302.
— (Suzanne de), femme de Charles duc de
Bourbon, fille d'Anne de Beaujeau : 13 note
3, 159, 213.
BourpiCHON (Jean), peintre du roi de France:
312.
Bourg-en-Bresse (Ain): 46, 54 note 4, 78, 89
note 3, 101, 106, 108 note 1, 108 note 5,
109 note 3, 110, 115 et notes 2 et 3, 118,
121 note 5, 123, 129 note 7, 139 note 3,
147 note 6, 209, 285 n° 25, 295 n° 88, 326,
328, 370, 382, 386, 387, 401, 447.
— Archives départementales de l'Ain: 188,
190 à 192, 235, 239 à 241, 247 à 249, 251,
252, 255, 257, 260 à 262, 268 n° 10. -
Archives municipales : 128 note 4.
— Bibliothèques : Grand Séminaire 279 n° 129
sq. - Ville 281 n° 141 sq., 328. - Société
d'émulation 261, 280 n°5 139, 144 et 146.
— Chambre des Comptes : 93, 106 note 2, 110
note 6, 116, 117 note 2, 236, 241, 332, 373,
406, 416, 426.
— Clarisses de St-Georges : 137 note 7.
— Commanderie de St-Antoine : 133 note 1.
— Conseil de Bresse : 44, 66 note 2, 93, 106sq.,
113 sq., 126, 195, 207, 208, 209, 227, 236 à
241, 251, 332, 349. 352, 354, 369, 372, 374,
377, 387, 398, 399, 405, 406, 408, 416, 426,
442. - Sceau 113 note 3.
— Couvent de Ste-Marie l'égyptienne : 135
note 9.
— Dominicaines : 137 note 9.
— Évéché : 119 note 4, 128 sq., 141, 285
n° 26, 398, 399 note 1, 400. Titre de « cité»,
129, 233 note 1, 238.
— Franciscains : 135 note 8, 275 n° 84. 416.
— Leyde : 151, 152 note 1, 333.
462 MARGUERITE
Bourg-en-Bresse (Ain): Notre-Dame : 141 et
note 4, 145, 147, 190. 228, 439. - Stalles 385.
— Peste : 242. 245.
— Siège de 1557 : 260.
Bourges (Cher) : 11 note 5.
Bourgogne (comté de) : 18 note 4, 47,57 note 1,
60 note 1, 76 note 3, 130. Don du comté à
Marguerite 296 n° 97. - Psychologie du
comtois 58.
— (Maison de): Emblêmes et Briquet, 273
n° 73. - Croix de St-André 34 note 7.
BOURGOGNE (Anne de), bâtarde de Philippe le
Bon, femme d'Adolphe de Clèves, s' de
Ravenstein : 10, 182 note 2, 301 note 3.
— (Anne de), fille d'Adolphe de Bourgogne,
s' de Beveren, dame de Veere, 3° femme de
Jacques, comte de Hornes : 87.
— (Marie de), fille du Téméraire, duchesse de
Bourgogne : 8, 11, 13, 182 note 2, 295 n° 92,
296 n° 99.- Manuscrit des Basses danses 287
n° 34. - Tombeau 158 et note 2.
— (Marie de), dame de Wynendaele, mère
d’Adolphe de Clèves : 301 note 8.
— (Philippe de), amiral, bâtard de Philippe
le Bon : 165 et note 7, 174 et note 1.
BourRÉ, trésorier de France : 305.
BourREAU (Pierre), écuyer de cuisine : 306.
Bourrilly : Rapports de François I avec
Savoie : 80 note 1.
BousANTON : voir LE VEAU.
BourTon (Phil.) : 25 note 5.
BoYnIËRES (Jean de) : 184 note 1.
BRaccIoLt (Pierre) : 39 note 1.
BRACHON (Jean), verrier à Brou : 441.
BRANDEBOURG (Frédéric, margrave de): 18 note 2.
— (Joachim, margrave de) : 88.
Brassart: Voyage de Marguerite en Espagne
284.
Bréda (Pays-Bas, Brabant sept.) : 105, 319.
BRréGrzzes (Phil. de), écuyer d'écurie de Mar-
guerite : 50, 71 note 3, 219.
Brescia (Italie. ch. 1. de prov.) : 357, 358.
Brésin : Chroniques 289 n° 45.
Bresse : 62 note 1, 91 note 3, 97, 109, 118. 291
n° 60, 325, 326, 3390, 332, 316, 347, 349, 354.
356, 369, 370, 373, 386 note 1, 401, 413.
Épidémie de 1504, 437. - Inquisition 138
n° 8.
— Conseil : voir Bourg.
Bretagne : États 14 et note 4, 15 note 1.
D'AUTRICHE
BRETAGNE (Anne de) : 86 note 7, 140 note 1.
155, 159, 217, 218, 221, 226, 384, 384.
Mariage avec Maximilien 14, 15. - Mariage
avec Charles VIII, 16.
— (Claude de): voir Brosse (Claude de).
— François II, duc de) : 14. - Tombeau: voir
Nantes.
Brewer : Calendars 284 - Reign Henry VIII
284.
BRÉZÉ (Anne et Catherine de), 306, 309.
— (Jacques de), grand sénéchal de Norman-
die : 11.
BRIENNE (s" de) : 34.
BRIOUDE (Jean de), sellier : 311, 312.
Brossard : Cartulaire Bourg 121 note 5.
Invent. arch. Bourg 128 note #4. Inc.
arch. Ain 268.
BROSSE (Claude), dite de Bretagne, douairière,
seconde femme de Philippe de Bresse et de
Savoie, mère de Charles III : 40 note 5, 42,
43, 94 note 5, 113 note 4, 115 note 3, 139
note 4, 337.
Brou : 33 note 1, 93 note 3, 100, 103, 138 et
note 1, 361, 365, 366, 386, 388, 390, 391,
393, 398, 399, 404, 414. 424, 437, 438 sq.
kh1 à 447.
— Archéologie : Répertoire de titres sur la
construction de l’église et des tombeaux
187 à 265. - Détails archéologiques 167 et
note 5, 168 et note 6, 169 note 1, 179 note 11.
— Armoiries de Marguerite : 150, 244.
— Augustins de Lombardie: 53, 148 et notes 2
et 3, 160, 204, 241, 404. - Liste des prieurs
148 note 3. - Saint Pain de St Nicolas 399.
Visite de François I 274 n° 75. - Temporel
151. - Difficultés avec Lemaire de Belges
200 et avec Perréal 209.
— Augustins réformés de France: 260.
— Bénitier : 259.
— Bibliographie : 207 à 279. Bibliographie des
manuscrits rédigés par les Augustins 279 à
282. - Leur valeur documentaire 267 n° 1,
274 n° 79. - Nouveaux inédits 5.
— Cadran solaire : 444 note 4, 268 n° 9,
272 n° 62. 273 n° 71, 274 n° 77,276 n° 96, 443.
— Caveaux : 177 note 1, 271 n° 42,273 n° 71.
— Chapelles : Chapelle de Marguerite 227,
236,244, 245, 270 n° 38,273 n° 73. - Chapelle
de Montcut 238, 239, 244, 443. - Chapelle de
Gorrevod 238, 239, 244, 270 n° 38, 274 u° 73,
453. - Chapelle Ste Apolline 167 et uote 5,
244. - Chapelle de Charles III 247, 248.
INDEX ALPHABÉTIQUE 463
Brou: Clocher : 178, 238, 239, 245, 253, 257, Brou : Tableaux et mobilier : 255, 256, 435,
259, 260, 261, 262, 443. 447. - Triptyque de Van Orley 279 n° 126.
— Cloches : 259. — Tombeaux: 171, 172, 234, 250, 255, 258,
— Cloîtres : 150, 275 n° 84 et 85, 446. 274 n° 81, 278 n° 117, 278 n° 122, 365, 427.
— Couvent : 148 sq., 187 sq., 446. Reconnaissance de 1856, 262, 276 n°: 98, 99.
— Tombeau de Laurent de Gorrevod : 446.
— Tombeau de Marguerite d'Autriche : 183,
dédicace de Notre-Dame 147 note 3. - Sur- 239, 242, 244, 250, 271 n° 39 et 49, 273
— Façade : 240, 270 n° 38. — Tombeau de Marguerite de Bourbon : 172
: note 4, 239, 242, 244, 250, 271 n° 39, 273
— Iconographie : 267 n° 8, 270 n° 38,271 n° 48, dr we
273 n° 13, 275 n° 6. n° 73, 276 n°‘ 98, 99 et 103, 291 n° 61, 444.
— Indulgences : 147 note 7. - Pardons : 156 — Tombeau de Philibert : 173, 174, 199, 201,
note 5. 202, 204, 211, 214, 222, 224, 239, 242, 244,
250, 270 n° 38, 271 n° 39, 273 n° 73, 276
n° 98, 99 et 103, 291 n° 61, 445. - Muti-
— Église : Pose de la première pierre 147
note 2. - Consécration 252. - Prétendue
— Inscriptions : 278 note 119.
— Jubé : 176, 177, 227, 243, 244, 264, 270 lation 272 n° 57. - Transposition 173
n° 38. 273 n° 73. notes 1 et 2.
— Lutrin : 275 n° 89, 446. — Toiture et gargouilles : 180, 248, 255, 257,
— Matériaux : Provenance 179, 203, 235, 259. 443. - Restauration de 1759, 261.
Marbre de Carrare 246, 247. - Marbre de — Vitraux: 177 et note 2 à 6, 242 à 246, 248.
Dinant et de Liége 198, 220. 221. - Marbre 250. 253. 267 n° 8. 269 n° 25. 270 n° 38
: , ‘ , ’ ,
n01P 0e PANNE en Er Un RP 273 n°: 67 et 68, 274 n° 76, 275 n°: 83 et 87,
Travail à la journée 209, 224. Voir Saint- 276 n° 100, 277 ne 103 et 110, 440, 441
e 9 ? 9
Lothain (albâtre). &4&, 447. - Destruction en 1539, 257.
— Notre-Dame-des-Sept-Douleurs : 273 n° 68, — Vœu de Marguerite de Bourbon : 146.
. … ; Bruchet: Palais Rihour 9 note 3. Jacques
— Oratoires : 244, 270 n° 38, 273 n° 73. de Savoie, duc de Nemours 98 note 7.
— Orgue : 260. Savoie d'après les anciens voyageurs 140
— Pavement : 177, 178, 258, 270 n° 38, 271 note 4. Lettres missives 284. Répertoire
n° 46, 275 n° 89, 277 n° 106, 278 n° 111, de la Ch. des Comptes 285 n° 17. Mariage
446. de Marguerite et d'Henri VII 285. Lettres
— Piscine miraculeuse : 445. mal datées de la Chancellerie de Margue-
— Portail St-Augustin : 260. - Portail Ste- AHEEOS,
Monique 260. Bruges (Belg., F1. occ.): 25 note 4, 163, 181
— Portraits et patrons : 213, 227, 229, 230, note 1, 182 note 2.
234, 237, 257, 258. - Portraits en terre — Annonciades : 76 note 3, 183 et notes 2,
cuite 210, 211. - Usage d'un « compas » & et 7,237, 292 n° 75, 296 n° 97, 298 n° 122,
209, 215. — Cheminée du Franc : 288 n° 41 ; 298 n° 117.
— Prieuré et paroisse St-Pierre : 145, 146, — Franciscains : 135 note 6.
167, 228, 271 n° 50, 27% n° 89, 333. - — Notre Dame: 279 n° 126. - Triptyque de
Suppression de la paroisse 190. Brou 256.
— Reliques : 252, 429. — Obsèques de Marguerite : 431.
— Restauration : 180 note 10, 271 n° 43. BRuLE (Denis) : 306.
— Retables : 239, 244, 270 n° 38, 271 n° 49, BRUNET (Jean) : 311.
274 n° 73, 270 n° 88. Brunswick (Eric et Henri, ducs de): 335.
— Stalles: 177, 270 n° 38, 271 n° 49, 273 Bruxelles (Belgique) : 31, 33, 74, 162, 228, 236,
n° 73, 276 n° 96, 446. 318, 319.
— Statuaire : 176, 242, 247, 268 n° 8, 284 — Archives du royaume : 196, 242, 246, 250,
n° 13. - Moulages du Trocadéro 176 n° 3. 255, 294 n° 86, 296 n° 97.
464 MARGUERITE
Bruxelles (Belgique) : Bibliothèque : 183 note 7,
286 n°: 29 et 36, 287 n° 35, 290 n° 52, 291
n° 59, 292 n° 75, 296 nes 100 et 101, 299
n° 128, 313.
— Caudenberg : Cour des bailles 171. - Église
221 note 1.
— Hôtel de Nassau : 105 note 2.
— Maison du Roi ou Broodhuys : 165.
— Musée du Cinquantenaire : 171, 285 n° 20.
— Musée : Portrait de Marguerite 283 n° 6,
288 n° 38.
— Notre-Dame-de-la-Chapelle : 165.
— Notre-Dame-du-Sablon : 165, 285 n° 20.
— Sainte-Gudule : 8, 182 n° 2.
7 BRUXELLES (Jean de), dit Jean van Roome : 170
à 172, 234, 278 n° 113, 279 n° 125.
Bruyn : N.-D. du Sablon 285.
BUATIER (Jean), procureur de Bresse : 141,
116 note 4, 442. |
Bueiz (Honoré de): 31 note 3.
— (S" de): 104.
Burrer (Jacques): 34.
Bugey : 99 note 1, 291 n° 60, 419.
Bulckens : Marguerite d'Autriche 285.
BurGo (André de), ambassadeur impérial: 14,
83 note 5, 140 note 1, 292 n° 74, 357, 362,
381.
Burgos (Espagne): 24, 320.
BUSLEYDEN (Fois de), archevêque de Besançon :
32 note 1.
— (Gilles de) : 157 note 1.
BussièREs (Antoinette et Gabrielle de), filles
d'honneur : 306, 309.
Bussy (de): 82, 97 note 3, 353, 357.
Burrer (Philibert), chanoine à Chambéry : 360.
CABRIÈRES (Giraud de), garde de la lionne de
Marguerite : 322.
Cappop (s' de), maître d'hôtel du duc de
Savoie : 85 note 3, 86.
Caen (Calvados) : 115.
Cais de Pierlas : Documents sur les Gri-
maldi 84 note 5.
CALABRE (duc de): 21.
Calais (Pas-de-Calais) : 45 note 2, 345 note 1.
— Chronique 287 n° 33.
Calmette : Politique espagnole 14 note 4.
D'AUTRICHE
Cambrai (Nord) : 78, 181 note 1.
— Chapitre : 131 note 9, 132 note 4.
— Évêque : voir BerGnes (Henri de).
— Traité de 1508, 78, 97 note 2, 98 note 2. -
Traité de 1529, 80 et note 3, 181 note 1,
427.
GAMPITOGLIO (Onofrio), imagier de Brou : 174,
445.
CaNaRIN (Fr. de), auteur du pavement de Brou :
178, 277 n° 106, 442.
Gandie (Gauvain) : Exploration de pitié 285.
— (Jean), écuyer du duc de Savoie : 361.
Canditto : J. de Barbary 285.
CaPris (Paul de), avocat fiscal de Savoie : 3614.
Cara (Anselme), prieur de Brou: 148, 150
notes 6 et 8, 152 note 5, 224, 228, 230, 231.
CararA, évêque de Sabine : 136 note 8.
GARENSON (Pierre), maître d'hôtel: 22, 26 note 4,
49.
Carignano (Italie, prov. de Turin): 37 note 2,
41, 138 note 1. - Tournoi 54, 323 note 1.
CARIONNE (Marg.), clarisse à Chambéry : 137
note 4.
CARONDELET (Claude), bailli d'Amont : 335.
— (Ferry), abbé de Montbenoît: 79, 99 et
note 3.
— (Jacques), maître d'hôtel de Marguerite en
Espagne : 22.
— (Jean), archevêque de Palerme, chef du
Conseil privé : 76 note 2, 182.
Carpi (comte de), ambassadeur : 133 et note 2,
396.
Carrare (Italie, prov. de Massa): Marbre 174,
180, 204, 244, 216, 442.
CARRÉ (Amé), imagier de Brou : 175.
— (Perrot) : 307.
CARTELIER (Pierre) : 122 note 2.
CARTIER (Raimond) de Cesana, prieur de Brou :
146, 147 note 2, 148 note 3, 151 notes 3,5,
6, 152 notes 3 et 6, 191, 192, 207, 298, 233,
404.
CARvAGIAL (Bernardin de), cardinal de St°-Croix :
146, 190, 320 et note 2.
CARVALHO : Collection 286 n° 29.
CasA (F. della) : 21 note 1.
Castan : Rivalité des Rye et Granvelle 134
note 1.
GASTILLE (Isabelle la catholique, reine de) : 283
n° 9, 298 n° 95, 320.
INDEX ALPHABÉTIQUE 465
CASTILLE (Juan de), mari de Marguerite d'Autri-
che : 18 note 4, 21, 24 et note 1, 283 n° 9,
295 n° 95, 298 n° 117, 320 note 4.
— (Jeanne la Folle), femme de Philippe le
Beau, fille d'Isabelle la catholique. Portrait:
288 n° 38.
CasTiLioN (Louis de), s' de Musinens : 418.
CASTRO (de) : 418.
CASTRO Novo (de), ancien châtelain de Bonne-
ville : 354.
— (de), châtelain de Faucigny : 368.
CATEL (Claude), notaire : 117, 361.
CATHERINE (sainte): 295 n° 96.
Caudenberg : voir Bruxelles.
CauLIER (Jean), s' d'Agny : 76 note 2.
Cavrinnes (Belg., Hainaut, c* Hérinnes-lez-
Pecq): 403.
Cerr (Jeanne de), femme de Jean de Marnix:
50.
Cerise (Charles), bailli de Faucigny : 132 note 6.
CESTRE (Ant.): 92 note 5.
Ceva (Boniface de), franciscain : 134.
Ceyzériat (Ain. ch. 1. ce): 115, 118.
CaaBErT de Scalengues : 31 note 3.
Caaseu (Humbert de), s' de Verfay, écuyer du
duc de Savoie : 361.
Chablais(ancienne province dela Haute-Savoie,
ar. Thonon): 97, 346.
CHAFFARDON (dame de) : 86.
Chagny : Bourg-en-Bresse. Évêché de Bourg.
Vie politique de Marguerite. Correspon-
dance de Gorrevod 285.
CHALANT (de): 33, 82.
CuaLes (Amé de), maître d'hôtel du duc de
Savoie : 32 note 5, 83 note 4, 88 note 1,
104 note 3, 105 note 5, 383.
— (Jean de), gouverneur de Bresse : 32 note 5.
CHÂLon (Hugues de): 43.
— (Jean de), prince d'Orange: 33, 34, 182
note 2.
— (Philibert de), prince d'Orange: 174, 180
et note 6.
Chäâlons-sur-Marne (Marne) : 34.
Chambéry (Savoie) : 46, 58, 78, 83, 86 note 7,
88 notes 1 et 4, 90 note 1, 95, 113 note 4,
120 note 2, 140 notes 1 et 5, 324, 327, 330,
336, 345. 349, 351, 354, 384, 386.
— Archevêché : 128, 141 et note 3, 400.
Chambéry (Savoie) : Chambre des comptes : 92
note 1, 93, 116, 117. 347, 412.
— Clarisses : 137 note 4, 139 note 6, 392.
— Conseil résidant: 100, 122 note 2, 152,
348, 374, 377, 412, 415, 421.
— Franciscains : 135 note 7, 139 note 2.
— Recluserie : 136 note 4, 402.
— Sainte-Chapelle : 139 notes 2 et 6, 140
note 3, 141, 360, 371. |
— Saint Suaire : voir ce mot.
CHAMLITE (Amé) : 128 note 4.
CHaMPIER (Symphorien), historiographe lyon-
nais : 52 note 1, 156 note 8.
CHamprion (Benoît), gentilhomme vaudois: 50.
Res (Pierre): Canonicat pour Lemaire
n° 09.
Champlitte (Haute-Saône, ar. Gray): 48 note 1.
Champollion-Figeac : Documents inédits
2 note 4.
Champvans (Jura, c°° Dôle) : 384.
CHANTALO (Jean de), valet de chambre : 307.
CHANTRANS (Henri de) : 87 note 2.
— (Simon de), s' de Courbouzon : 32 note 1,
86, 195, 365.
CHANUT : 265.
Charavay : Lettres de Louis XI 11 note 5.
Lemaire de Belges 268.
CHaArRDON (Claude), maître maçon de Bourg :
188, 189, 192, 215.
CHARLES-QUINT : 3, 26, 28, 47, 59 note 2, 77 à
80, 102 note 1, 181, 289 n° 44, 292 n°: 67
et 74, 294 n° 86 et 87, 296 n° 97, 299
nos 131 et 132, 345, 375, 434 à 436, 440,
447. - Duc de Luxembourg 10 note 6.
— Itinéraire 290 n° 48.
Charolais : 57 note 1, 60 note 6.
Charousse (Haute-Savoie, ar. Bonneville, c°
St-Gervais, cr Passy): 119 note 4, 120.
Chartres (Eure-et-Loir) : 11 note 5.
CHARTRES (Jean de), imagier de la duchesse
de Bourbon : 145, 159, 213.
— (Philippe de): 144.
Charvéet : Perréal. Edifices de Brou, 268.
CHassey (Etienne de) : 33.
CHASTELER (dame de): 318.
Château-Chinon (Nièvre): 57 n° 1.
CHÂTEAUFORT (de): 101 note 5, 400.
CHÂTEAUNEUF (de): 120 et note 2.
30
466 MARGUERITE D'AUTRICHE
Château-Renault (Indre-et-Loire) : 308.
Chäâtelains : 118 sq.
CHATELAIN (Pierre) : 402 note 2.
— (Guillaume): 361.
Châtelet-de-Crédo (Haute-Savoie, ar. Bonne-
ville, cor La Roche, cre Cornier): 120, 121,
123, 348, 367, 379.
Châtelleraut (Vienne) : 309.
Châtillon-sur-Cluses (Haute-Savoie, ar. Bonne-
ville, co Cluses): 120, 378.
Châtillon-les-Dombes (ou Châtillon-sur-Chala-
ronne, Ain, ar. Trévoux, ch. 1. cer): 109,
118, 401.
Châtillon-sur-Seine (Côte-d'Or) : 34.
Châtillonnet (Ain, ar. Bourg, c° Ceyzériat,
coe Bohas): 442.
CHAUFFOURNEAU (André): 306.
CHAUSSADE (Bernard), médecin : 307.
Chaussin (Jura, ar. Dôle, ch. Il. cr): 215.
CHAUVEREISCHE, architecte : 262.
CuAvAnNESs (Ant. de), s' de St-Nizier : 130 note6,
136 et note 6.
Chavy : Abrégé Brou 279.
CGhazaud : Enseignem. Anne de France 13
note 3.
Chazey-sur-Ain (Ain, ar. Belley, c° Lagnieu):
42 note 1, 337.
Chef des Finances : 69 sq.
Chefs-d'œuvre de la Toison d'Or : 286.
CHESNEAU (Jean): 307.
Chevalier : Saint Suaire de Lirey 140 note 5.
Chevalier d'honneur : Attributions 65 à 71.
Chevigny (Jura, ar. Dôle, c° Montmirey-le-
château) : 45 note 3.
— (s' de): voir Gattinara.
CHEVRIER (Philippe), jurisconsulte : 43.
Chevroux (Ain) ar. Bourg, c° Pont-de-Vaux):
151, 192 note 1.
CuiGi : Collection 286 n° 29, 290 n° 54.
Cuizzoup (Jean), chanoine de la Sainte-Chapelle
de Chambéry : 360.
CuivizciarD (Etienne), maître de l'œuvre de
Brou : 110 note 6, 116 et note 8, 117, 164,
170, 178, 191, 194 à 196, 198, 200, 201,
205 à 209, 215, 223, 225, 227, 228, 230 à
232, 272 n° 52, 386, 390, 391, 393.
Chmel : Maximilian I : 287. Handschriften
Hofbibliothekh Wien : 284 n° 10.
Chmelarz : Breviarium Grimant : 287.
CuoLex (de), maître d'hôtel ducal : 343.
Chypre : Royaume 78 notes 7 et 9, 37 note 5,
356, 357, 361.
— (Charlotte, reine de): 78 note 7.
Crzy (Claude de): 25 note 5.
CirrAcO (Jean-Marie de), vicaire des Augustins
de Brou : 241.
Crrisi& (Jacq.), avocat fiscal de Genevois : 98
note 8.
CLABAULT (A.), maveur d'Amiens : 12 note {.
— (B.), orfèvre : 12 note 5, 311.
Clairvaux (Aube, c Bar-sur-Aube, ce Ville-
sous-la-Ferté) : Abbé 140 note 4.
Claretta : Notice sur Gattinara 44 note 4.
Clarisses : 136, 137, 353, 392.
CLAVEL, châtelain du Châtelet de Crédo : 367.
Clergé: Indult pour la collation des bénéfices
130 sq. 403. 422. Pèlerinages 419.
Clermont (Puy-de-Dôme): 11 note 5.
Clermont (Haute-Savoie, ar. St-Julien, c
Seyssel) : 101,
CLERMONT D'ANNAT : 13 note 6.
CLÈvEs (Adolphe de), s' de Ravenstein : 9, 182
note 2, 301.
— (Philippe de), s' de Ravenstein : 4 note 4,
43, 182 note 2.
CLoPer (Jean), président de Bresse, chancelier
de Savoie : 113 note 1, 147, 439.
Closson : Basses danses 281.
CLuNY (Ferry de), évêque de Tournai : 182 note
2.
Cluses (Haute-Savoie, ar. Bonneville, ch. 1. c°):
124 note 1, 378, 380, 418.
— Bénitier : 122 note 6.
— Franciscains : 136 note 2.
Cocconato (Italie, pr. d'Alexandrie) : 350.
Cochin : J. Lemaire. Michel Colombe.
Torrigiant 5 note 3, 269.
Cochon : Ex libris 287.
Cognac (Charente): 40.
CoOoHENDIER (Amé), châtelain de Bonne: 124.
Cogsonay (s' de), amodiateur du Pays de Vaud:
127.
CoLETTE (sainte): 136 et note 7, 137,353, 292.
Coligny (Ain, ar. Bourg, ch. 1. c°2) : 480 note &.
CoLLOMBIER (de) : 80 note 3.
Colmar (Haut-Rhin): 88 note 3, 376.
Cologne (Prusserhénane): 359. - Pèlerinage 136.
INDEX ALPHABÉTIQUE 467
CoLoGNE (Gabriel), religieux : 442.
CozomBan (André): 143 sq., 267 n° 2.
CoLomse (François), enlumineur : 159, 211, 213,
221.
— (Michel) tailleur d'images : 145, 158 à :62,
165, 173 note 1, 197, 203, 204, 208 à 222
passim, 226, 269 n°* 17 à 19, 271 n° 44,
272 n° 51, 273 n° 65, 276 n° 93, 277 n° 10),
278 n° 121, 388, 389 note 1.
— (Prosper) : 196, 366.
Colombier : voir Colmar.
Couser (Claude), lieutenant de Bresse : 46 note
2, 107 note 2, 108 notes 2 à 5, 110 et note
6, 111, 112 note 5, 113 note 2, 114 et note
4, 236, 369.
Comines (Nord, ar. Lille, c°" Quesnoy-sur-
Deûle): 165.
Comines: Mémoires, édit. DuronT 8 note 7
et CALMETTE 8 note 7.
Comines (Jeanne de), dame d'Halluin: 22 et
note 5, 2 note 5, 317 et note 1.
Commissaires d'extentes : 119, 121 note 4.
Commission des Monuments historiques : 180
CoMNÈNE (Constantin) : 396.
Compiègne (Oise): 26.
Concordut de 1516 : 129.
Congrégation de Lombardie : voir Augustins.
Coninckx : Marg. d'Autriche commémorée
298 n° 124.
.- GONINXLOO (Pierre de), peintre: Portrait de
Marguerite 286 n° 29.
Conoz : 336, 374.
Conseil général du Nord: 2.
Conseils : Conseil des ducs de Bourgogne 57
note 1.- Conseil des finances 68 sq. -
Conseil privé de Marguerite 57 sq. 160.
CONSTANTIN : voir Comnène.
CoNTARINI (G.), ambassadeur : 58 note 2, 61
note 3.
CoNTAULT (Richard), clerc d'office, puis garde
des joyaux : 43, 183 note 3, 210, 431.
Coppet (Suisse, c°? Vaud): 35.
Corbie (Somme, ar. Amiens, ch.l.c°): 136
note 8.
Cordoue (Espagne) : évêque 32 note f.
CoRMAILLON (s' de): voir BONNOT.
CornoN (protonotaire de): 129, 133 note 1,
398.
CoRTEWILLE (Pierre de), garde des joyaux de
l'Empereur : 437.
CoRrTKENE (s' de): 23 note 2.
Cossonay (Suisse, c° Vaud): 125.
CosTa (de), clavaire de Bresse : 119 note 2.
— (Georges de), évêque d'Albano : 13€ notes.
— Georges de), archevêque de Braga : 320.
— (Jean de), fransciscain : 134 note 8.
Costa de Beauregard : Mém. hist. Maison
Savoie 78 note 2.
CosTagizi : 30 note 6.
CosrTer (Jacq.): 364.
CosriN de Mons : 306.
CosTis (Mamert de), lieutenant de Bresse :
43 note 1, 109, 110 note 1, 111 à 113, 401.
Coucox (Ant.), verrier de Bourg : 257.
Couderc : Album de portraits 289 n° 44.
CouraJon : Opinion sur Brou 176 et note 4.
CourAULT (Philippe), abbé de St-Pierre de
Gand : 302.
CoURRAUDON (Jeanne de), dame de Segré: 12,
13,16,18, 19,300 n° 139, 306. Voir Epinay
(Jacques d').
Cousix (Léon), chevaucheur : 8 note {.
CocrTIN, secrétaire du dauphin: 305.
Courtrai, (Belg. F1. occ.): 9, 26.
CRans (Janus de), collatéral au Conseil de
Savoie : 345, 361.
CraPPE (Gilles), maître-maçon des Pays-Bas :
292.
Crécy-sur-Serre (Aisne, ar. Laon, ch. 1. ce) : 34.
Crémona (Italie, ch. 1. de prov.) : 357.
CréqQuy (s' de) : 302.
Crèvecœur (Philippe de), s' d'Esquerdes : 10
note 5, 18 note 2, 302.
CrisTiN : voir Balichon.
Croso (Jean), substitut du procureur de Bresse :
191.
Croy (Charles de), prince de Chimay : 32
note 1.
— (Guillaume de), s' de Chièvres : 26.
— (Marguerite de), femme de Jacques de
Hornes : 87.
— (Michel de), s' de Sempy : 25 note 2.
Cudrefin (Suisse, c° de Vaud, cercle d'Aven-
ches) : 125, 126, 127 note 3, 132 note 2, 411,
413.
468 MARGUERITE D'AUTRICHE
Cuiseaux (Saône-et-Loire, ar. de Louhans,
ch. 1. c): 441.
CuLEMBOURG (Isabeau de), femme d'Antoine de
Lalaing : 62.
CUPELLIN (s' de), parent de la famille Marnix :
364, 369.
Cussinet : Marguerite d'Autriche et Brou
269, 279.
Dacos ou Dathz (Jacq.), aumônier de Margue-
rite : 307, 308.
DaManT (Pierre), commis de l'exécution testa-
mentaire de Marguerite : 254, 256. 431.
Dance aux aveugles : 17 note 2.
DANEMARK (Christiern Il, roi de): 283 n° 2.
Dannoy (Charles), dit Saint-Simon : 25 note 5.
Dassy (Martin): 311.
DAUSURENNE (Ant.) : 306.
Davin (Claude), juge-mage de Genevois : 98
note 8.
Davillier : Orfèvrerie 284 n° 9.
DÉAGE, greffier du Conseil de Genevois: 98
note 8.
DECKELEYE (Anne), femme de Louis Van
Boghem : 237.
Dehaisnes et Finot: Invent. Arch. Nord
71, note 1, 269.
Delaborde : Charles VIII en Italie 41
note 7.
DELPORTE : Collection 286 n° 29.
Demay : Sceaux de Flandre 32 note 1.
Demonts : Portrait de Marguerite au Louvre
288.
DENLE (J.) : 302.
Depéry : Vie de St-Nicolas de Tolentin 148
note 1,
DÉRÉE (Louis de), président de Genevois puis
de Savoie : 329, 361.
DERvILLE (Michel) : Collection 287 n° 29.
DES ABLEAUX (Martin), orfèvre : 433.
DEs BARRES (Guillaume), secrétaire de Margue-
rite : 65, 131 note 1, 132 note 5. Type de
son écriture 299 n° 132.
Desjardins : Mégociat. diplomatiques 18
note 4.
DESMAÎTRES (Pierre), chirurgien : 181 note 1.
DESMAREZ (J.), chevaucheur : 8 note 1.
DESMOLINS (Odo), maître des requêtes : 60
note 4.
Desmons : Mausolée de Maximilien, 297
ne 109.
DESPAUTÈRE, grammairien : 65.
DESPrEz (Rob.): 302.
DESTRÉES, chartreux et poète : 166 notes 2 et 3.
Des YsLes (Eust.): 306.
Detours : Brou, 280.
DEVEREZ (Marg.), femme de Claude de Sale :
108 notes 1 et 5.
Devillers : Hainaut sous la régence de
Maximilien 20 note 2.
Didron : Hist. de Dieu 269. - Monographie
de Brou 270.
DiGoinE (baron de): 260.
Dijon (Côte-d'Or): Bibliothèque 280 n°* 136,
138 et 147; 441. - Réception de Marguerite,
34. - Tombeau de Jean sans Peur, 180,
199, 201, 203, 206, 221 note 1.
Dizre : Collection 288 art. 38.
Dimier : Trois portraits 288.
Dinant (Belg., prov. de Namur): 220, 221
note f.
Dôle (Jura): 58, 60 notes 2 et 6, 154 note 3,
184 note 1, 260.
— Parlement 44 et note 2, 46 note 3, 60
notes 4 et 6, 61 note 1, 62 note 1, 131 note 8,
133 note 4, 408.
— Réception de Marguerite 34.
— Université 60 note 3, 132, 209 à 211.
Domanig : Portratmedaillen 288.
DomÉonN (Jean), sommelier d'oratoire : 4184
note 2.
Dominicains : 131.
Dorez : Michel-Ange 269.
Douai (Nord): 303.
DouriEz (s' de): 10 note 5.
DRONERO (Paul de Gosmariis de), prieur de
Brou : 148 et note 3, 152 note 4, 241, 247, 248.
Druillat (Ain, ar. Bourg,c°* Pont-d'’Ain) : 132
note 3.
Du Bec (Gilles) : 306.
Du BziouL (Laurent), secrétaire de l’archiduc :
105 note 5.
Du Bois : voir BEAUFORT.
Du Chastel de La Howardries : Généalogie
de la famille du Chastel 403 note 1.
Ducré (Nicolas), sculpteur du bénitier de
Brou : 259.
Ducroc (Jean) : 308.
INDEX ALPHABÉTIQUE 469
Dürer : Tugebuch 4 note 6.
DurTE, étudiant originaire de Bourg: 131
note 9.
Dufay : Douaire de Marguerite 100 note 7.
Marais des Evhets 115 note 1. Brou 269.
Perréal. Vun Boghemn. Meyt 270.
Durour (Jean), secrétaire ducal: 32 note 1,
80 sq., 93 note 1, 328, 329, 335, 392, 372,
318, 383.
Duin (Janus de), s' de la Val d'Isère : 329, 344.
Dumay : Cadran solaire de Dijon 144 note 4.
Dumont: Corps diplomatique 15 note 2.
Duxois (comte de): 11.
Dupasquier : 151, 181 note 10, 262. Mono-
graphie de Brou 27.
DUPRAT, chancelier de France : 45.
Du PRÉ (Bernardin), général des Franciscains:
137, 303.
DuPré (D'): Exhumation des corps de Brou 262.
Dupuy: Réunion de la Bretagne 15 note 2.
Du Puys (Rémi), indiciaire : 221 note 2.
Durand : Znvent. Arch. Amiens 11 note 3.
Durrieu: Heures du duc de Berry. Mss.
d'Espagne. Miniature flamande 289.
Du Ruau (Jean) :310.
Du Saix : voir Saix.
Duthil: Marguerite à Lille 289.
Du Vivier (Adam) : 309,
Ecaussinnes (Belg., Hainaut): 259.
Échets (Ain, cv Trévoux, cr° Trannoye): 114,
115 note 1.
Écosse (Jacques roi d’'}: 27.
ÉCRILLE (s° d'): 34.
Eichstätt (Bavière): voir REICIHENAU (G. de).
Ecpris (Guill. d'), chanoine de Tournai : 132
note 1.
ENGEBRECHTSZ. (Cornelis), peintre : 166 note 2.
Enlart: Catal. Musée Trocadéro 271.
Ensisheim (Haut-Rhin) : 55, 115, 377.
ENTREMONT (baron d'): 85.
— (Louise d’), femme de Charles de Lannoy :
50.
Epidémies : 115 note 3, 438.
Epinay (Jacques d')}, s° de Segré et d'Ussé,
grand maître d'hôtel de Marguerite : 12, 13,
16 note 2, 18 note 3, 305, 306, 308. Voir
CoURRAUDON (Jeanne de).
Epinoy (s' d'): 84.
ERASME, humaniste: 138 rote 2, 1065 et notes
5 et 6.
ERLANT : 304.
Ermites de saint Augustin : voir Augustins.
Eschbach : Saint Suaire de Turin 140 note 5.
Escudero de la Pena: Libro de la Camara
del principe don Juan 295.
Espagne : Voyage de Marguerite et de Philippe
le Beau 284 n° 15.
ESPAGNE (Étiennette d'}), fille d'honneur: 50,
127 note 4.
ESQUERDES (s' d'): voir CRÈVECŒUR.
Estavayer (Suisse, c° Vaud): 125, 137 n° 9.
ESTAvVAYER (Catherine d'), dominicaine: 137
note 9.
— (Jean d'), bailli de Vaud: 80 note 5, 81
note 2, 91 note 3, 125 et note 5, 140
note 1, 384.
— (Philippe d'), chätelain de Surpierre : 105
note 5, 125 note 3,
ESTocarT (Jean): embaumement du corps de
Marguerite 184 note 2.
ETERNOZ (s° d’): 34.
Eubel : Hierachia Catholica 133 note 7.
Euvre (Louise d’), fille d'honneur : 306.
Exhibition of flemish art: 236.
Exposition des primitifs français : 286.
Exposition de la Toison d'or : 286.
Faber : Oratio Margaritæ 295.
Fasre (Ant.), lieutenant du bailli de Bresse :
91 note 3.
Fait (Claude): 300.
Fabricius : Bibliotheca latina 134 note 6.
Fagnières (Marne, c°" Chälons-sur-Marne): 222.
FamaL (de) : 318.
Faucigny (Haute-Savoie, province constituée
par le bassin de l'Arve): 91 note 3, 98, 99,
100 note 1, 120, 123 sq., 132 note 6, 324,
330, 336, 346, 347, 349, 354, 367, 373, 3717.
380, 412, 416, 421.
Faucigny (Haute-Savoie, c°* Bonneville): 123,
124, 368, 379.
FauciGny (Pétremand de), gouverneur de Vaud :
103 note 1, 340.
Faucogney (Haute-Savoie, ar. Lure. ch. 1.
cc): 131 et note 7.
FauLCUE (Phil. de), écuver échanson: 74 eq.
470 MARGUERITE
FAULQUuiER (Jean), s' de Commenailles : 100.
Faverney (Haute-Saône,ar. Vesoul,c°? Amance):
abbé, voir Boisser (Claude de).
FAvRE (Benoît), lieutenant de Bresse : 122
ncte À.
— (Louis), procureur de Bresse : 66 note 2,
119 note 6, 111, 115.
Fay (s° du): 36.
FEILLIENS (s' de) : 101 note 7.
FELix (Sandre), belle-mère de Louis Barangier :
113 note 1.
FENOILLET (Pierre) : 306.
Ferrare (Italie): 377, 381.
Ferret: 265. Eglise de Brou. Careauæ de
Brou 271.
Ferrière (J. E. de), cardinal de Bologne : 190.
FEsTE : 122 notes 5 et 6. - André, châtelain
de Nyon 126 note 9.
« Feugeria » (Jacques de), bailli de Faucigny :
91 note 3.
FEUILLET DE CONCHESs : Collection 202, 203.
Fierens-Gewaert: Peinture en Belgique
286
Fiesole (Italie, prov. de Florence): 89.
Fillon (Benjamin) : 192, 203. Perréal 271.
Finot : Phil. de Clèves 4 note 4. Van
Boghem 271. Le Veau 283 n° 3. Inc.
Arch. Nord 289.
Flessingue ou Vlissingen (Hollande, prov. de
Zélande) : 23.
Florence (Italie) : 148 note 4.
FLorës (Diego) trésorier de Marguerite : 53
note 2, 69 et note 3, 139 note 6, 171, 206,
221, 232, 234, 323.
Flumet (Savoie, ar. Albertville, co Ugines):
123, 378.
FONTAINES (s' de): 34.
Foras (de): Armorial de Savoie 341 note 1.
FoRCRAND (Calixte), secrétaire ducal : 361.
Formon (Macé), notaire à Tours : 214.
Foronda y Aguilera : Estancias Carlos V
290.
FourMaAxoiR (Gilles de), chantre de la chapelle
de l’archiduc : 84 et note 2.
Fournes (Nord, c° La Bassée): 10.
D'AUTRICHE
Foy (Jeanne de), dame d'atour : 50.
FRANCE (Anne de): voir BEAUJEU (Anne de).
FRANCE (Charles VIII, roi de): 18 note 4,
19 note 1, 29, 41 et note 7, 301, 304. -
Mariage avec Marguerite d'Autriche : 7 sq. ;
234 n° 14 Rupture 313. - Mariage avec Anne
de Bretagne 16.
— (Claude de), fille de Louis XII : 29.
— (François I*, roi de): 40 et note 4, 78 et
note D, 79, 80 et note 1, 89, 103, 104 et
note 1, 129, 140 notes 1 et 2, 175, 2335
note 1, 274 n° 75, 384, 401, 427.
— (Louis XD): 7, 9 note 1, 11 note 5, 12, 28,
200, 301, 303.
— Louis XII): 12 note 3, 26, 27, 33 note 1,
37, 38 note 7, 39 note 6, 77, 83, 84 note 6,
102, 105 note 2, 156 note 8, 159, 290 n°55,
337, 343, 351, 357.
— (Marguerite de), fille de François E°: : 80.
— (Renée de), fille de Louis XII: 77.
— (Yolande de), sœur de Louis XI, duchesse
de Savoie : 28, 94.
Franchise : voir Arras.
FRANCIOTTIS (Galeotto de), cardinal de S'-Pierre-
ès-liens : 190.
Franciscains : 134 à 136, 353, 402.
Franco: Généalogie de Charles-Quint 289
n° 44.
FRanÇois (Bastien), maître maçon et ymagier :
159, 211, 213.
François 1°": voir France.
FRançois-de-PauLe (saint): 89.
Francon : Carrelages de Brou 271.
Francs (Michel), dit Grenade, héraut d'armes :
25 note 2.
FRAUNBERG (Sigismond de), s' de Haag : 335.
FREBOURG (Jean) : 306.
FRkDÉRIC II], empereur : 21, 313 note 2.
Fribourg (Suisse): 39, 81, 82, 83, 103, 119,
339 à 342, 350 à 352, 379, 383.
Fris : Jacques de Savvuie 43 note 4.
FRuSsSAc (de), maître d'hôtel de Claude de
Brosse : 337.
FuEILLET (s' de): 307.
FuENsaLiDA : 27 note 5.
Fucarr, banquier : 101.
Fustailler : Chrontcon 280.
INDEX ALPHABÉTIQUE 471
Gabotto : Stato sabaudo 31 note 3.
Gachard : 265. Voyages des Souverains 42
note 4. Bibl. Nat. Paris 289 n° 44. Ana-
lectes 290 n° 49. Mort de Marguerite
290. Translation de ses entrailles 290.
Inv. Arch. Ch. des Comptes 294 n° 86.
Librairie Marie de Hongrie 294. Acqui-
sitions fuites à Londres le 30 juin 1862,
285 art. 17.
Gachet : 11 note. Album de Marguerite 290.
Recherches dans plusieurs dépôts littéraires
de France 11 note 1.
Gacouz (Jean) : 336.
Gairdner : Henri VIII 290.
Galesloot : Marguerite d'York 53 note 2.
Galifte : Matériaux histoire Genève 134 note 1.
GALLATIN (Horace) : 180 note 10.
Gand (Belgique, F1. orient.) : 8, 9, 26, 55, 136
note 8. 165 note 1, 183, 353.
.Gaspar : 286 n° 29. Messes de P. de La Rue
299 n° 128.
GasTEAU (Macé) : 309.
Gâtey (H'e-Saône, ar. Gray, c° Champlitte,
cre Courtesoult) : 60 note 5.
GaTTINARA (Laurent de), procureur de Bresse :
107, 109 notes 1 et 2, 369, 370, 372.
GATTINARA (Mercurin de), président du Conseil
de Bresse et du Parlement de Dôle, chef du
Conseil privé, seigneur de Chevigny : 5, 56,
59, 61 note 1, 63, 65 et note 1, 66 note 3,
78 note 8, 85 et note 7, 93, 95 et note 5.
96 et notes 2 et 3, 97 et note 2, 98 et notes
2 et 8, 101, 102 note 2, 103, 104, 106 et
note 1, 110 et note 5, 112, 122 et note 4,
124 et note 2, 150 note 3, 191, 335, 340,
355, 358, 367, 372, 386. 394, 396, 407 et
note 1. - Son caractère 44 à 46, 59 note 2. -
Bibliographie 44 notes 1, 4 et 5. Voir
AvoGaDRi (Andrietta degli).
Gauthier : Sépulture des Gorrevod à Marnay
48 note 2. Simon de Quingey 60 note 2.
Conrad Meyt 271.
Gauvain (Jacques), médailleur : 36 note 3.
Gavelle : Cornelis Engebrechtss. 166 note 2.
Gavot (Haute-Savoie, région à l’est de la Dranse):
80.
Gavre (Jacqueline de), dame d'Escornaix : 33.
GENAZZANO (Mariano de), général des augustins
de Lombardie : 147 note 4.
Généalogies : Tableaux 28, 40.
Gênes (Italie) : 29 note 7.
Genève (Suisse) : 32 note 5, 36, 38 note 6, 54
note 4, 82, 98 note 7, 134 note 1.137 notes
7 et 8, 140 notes 1 et 3, 336, 339, 378, 384,
387, 399, 416.
GENEvoIs (Conseil de) : voir Annecy.
GENLIS (de) : 394.
Genollier (Suisse, c° Vaud, cercle de Nyon):
421.
Gerard de Noyon : Philippus Burgundus
174 note 1.
Gerbaix di Sonnaz : Relasiont Savoia €
Portogallo 79 note 5.
Germain : Brou 271.
Germolles (Saône-et-Loire, ar. Mâcon, c°? Tra-
moyes) : 35.
GHEERAERTS (Marc), peintre : 256 note 1.
G1É (maréchal de) : voir RoHaAN.
Gimizcy (Georges), maître d'hôtel ducal : 329.
GiNGins (Ant. de), s' de Divonne : 31 note 3,
32 note ©.
Giorgi : S. Niccola da Tolentino 148 note 1.
GIRAUDE (Cath.), dame d'honneur : 306.
GLANNET (Ant.), receveur du comté de Bour-
gogne : 131 note 8.
GLAPION (Jean), franciscain : 134 note 8, 135
note 6, 401.
Glaris (Suisse) : 82.
GLEYRENS (Louis de), prieur de Brou : 148 et
note 3, 170 et note 1, 177 note 5, 179, 238,
240 à 246, 249, 251, 281 jn° 146, 424, 427,
442, 443.
Glück : Samml. Marg. von Oesterreich 290.
Godefroy : 71 note 2. Lettres de Louis XII
290.
Goper (Pierre), maître charpentier de Bourg :
179 note 8, 191, 215, 245.
GoLEevaNT, criminel exécuté à Bourg: 109, 401.
GonpEBAUD (Jacq. de) : 15 note 1.
GonpranT (Jacques), président de Bourgogne :
25 note 2.
Gonthier : S'° Colette 136 note 7.
Gorrevon (Laurent de), baron de Montaney,
gt de Gerbaix, comte de Pont-de-Vaux,
chevalier d'honneur de Marguerite : 3, 31
note 3, 48 et notes 2 à 4, 59 et note 2, 65,
66 et note 3, 68, 92 notes 2, 4 et 5, 97 et
note 5. 98 note 1, 101 note 4, 106 et note 1,
107 note 3, 110 et notes 3 et 5, 111 note 1,
113 et note 2, 115. 119 note 5, 126 note 4,
131 note 1, 139 et note 6, 144, 152, 188,
472 MARGUERITE D'AUTRICHE
191, 201, 207, 211, 215, 220 note 1, 225,
285 n° 28, 323, 324, 332, 342, 350, 360, 361,
373, 418, 438, 441, 443. - Mariage avec
Pb. de La Palud 54. - Tombeau180, 262, 265.
Gorrevon (Louis de), évêque de Maurienne,
évêque de Bourg, cardinal, abbé d'Ambronay :
35, 48, 79 note 4, 80 note 2, 89, 112 et
notes 2 à 4, 132 note 3,156 note 5, 230,
233, 252, 361, 398, 425. - Entrée dans la
cité épiscopale de Bourg 129.
Gosmarits (Paul de) : voir DRONERo.
Gossart : Jean Gossart de Maubeuge 290.
—{GossarT (Jean), peintre : 166 note 2, 286 n° 29,
290 n° 56.
Gourier de Boisy (Arthus) : 104, 175 et note 3,
235 et note 1.
Gough : Chronicle of Calais 281.
Gourdans (Ain, ar. Trévoux, c Meximieux, cr°
St-Jean-de-Niost) : 37 note 3, 44 note 1, 93.
102 à 104, 324, 326, 330, 339, 342, 356, 377.
Goyer (Amblard), abbé de Filly : 93 note 1, 328.
GRAMONT (Jean de) : Sépulture à Brou 152, 248.
GRANDIN (Pierre) : 307. |
Grandmaison (de): 223. Michel Colombe.
Chevillard 272.
Grandvelle (H'°-Saône, ar. Vesoul, c° Scey-
sur-Saône) : 61 note 1 : voir Granvelle.
Granges de Surgères : Strophes 290.
GRANVELLE (s' de) : 45 note 2, 435.
Grapheus : Fata Margaritæ 290:
Gravelle (Ain, ar. Bourg, c°* Pont-d'Ain, ce
StMartin-du-Mont) : 179, 258, 442, 445.
GRAVILLE (s' de) : 18.
Grenade (Espagne) : 308.
GRENADE : voir Francs (Michel).
Grenoble (Isère) : Clarisses 137 note 3.
GRILLET (André), maître de la Chambre des
comptes de Bourg : 116 note 4.
— (Claude), femme de Louis Barangier : 107
note 5.
— (Humbert) : 101,152 note 1. 246, 247, 442.
— (Jean) 360.
GRIMANI (cardinal) : 137 note 2, 289 n° 42.
GRiMaLpi (Jean), 8° de Monaco : 40 note 5.
— (Lucien), s° de Monaco : 84 et notes 5 et 6.
— (Pierre) : 84 note 5.
GRINGALLET (Amé), avocat À Chambéry : 120
note 2, 336, 345, 354.
GRiNGoz (Pierre), maître carrier à Ramasse : 235.
GROLÉE (Jean-Phil), archevêque de Moutiers :
220 note 1.
Gros : 378.
Grosseteste : Brou 272,
Grudius : Carmen Sepulchrale 291.
GRUET (Pierre), protonotaire : 31 note 3.
GRUUTHUSE (dame de) : 10.
GRUYÈRE (s' de) : 82.
Gueldre : 75.
Guevara (Diego de) : 22.
Guichenon : Hist. Bresse; Hist. Maison
Savoie 291.
GUIGNET (Aug.), procureur de Brou : 258.
Guigue : Perréal ; Entrée de F. Rohan 2617.
GuizoT (Jean), fondeur de cloches : 259.
GuioT (Gaspard), receveur des comptes de
Bresse : 107 note 1, 110 note 6, 117 et
notes 2 et 3.
GUISBERT, imagier de Brou : 236.
Guise (Aisne, ar. Vervins) : 34.
Gurk (évêque de) : voir Lang.
Guy : Ecole des réthoriqueurs 272.
Guyon (Claude), avocat fiscal de Bresse : 111.
Guyon : 192.
HassBouRgG : Type familial 296 n° 105.
HACQUINET : 307, 318.
Hainaut : 9 note 1, 157 note 1.
Hal (Belg., Hainaut) : 31, 33.
HaLLUIN : 94 note 5, 126 note 5, 342
— (Catherine d'), fille d'honneur : 25 note 5.
— (Georges d’): 165.
— (Jean d’): 184 note 1.
HAMELIN (X v.): 307.
HANETON (Phil.), audiencier : 32 note 1.
— (Anne), fille du précédent et femme de
Jean Lallemand : 60 note 6.
Hare : Marguerite of Austria 291.
Harlebeke (Belg., Flandre occ.): 9.
Haro (Diégo de), banquier : 1401 note 5.
Harpin (Louis): 306.
Hauteville (Savoie, cc Moûtiers, ce N.-D.-du-
Pré): 363.
HÉMERICOURT (Henri d'}), écuyer d'écurie : 50.
Hénault : Tapisserie de Valenciennes 290.
Henne : Hist. règne Charles-Quint 291.
Hennebert : Jean d'’Auffay 11 note 1.
INDEX ALPHABÉTIQUE 473
Hennin : Monum. histoire France 288 n° 37.
HENRIET ou Henriet Bertrand, maître maçon
de Lyon : 162, 207, 208, 210, 213, 222, 223,
387, 390.
Hermans: Livre de champt de Marguerite
291.
Herminjard : Corresp. réformateurs 138
note 2.
HerzEEL (Daniel de), chevalier : 9 note 2.
Hesdin (Pas-de-Calais, ch. 1. cv): 10, 301, 302.
Heuterus (Pontus) : Rer. austriacarum 36
note 2.
Hevesy (de): J. de Barbari 291.
Hirschauer : États d'Artois 303 note 1.
HocusTETTER, banquier : 101.
Hollande : 61 note 3, 345.
HoNGRie (Marie de): voir AUTRICHE (Marie d').
— (protonotaire de) : 39 note 1.
— (Ladislas, roi de): 27.
HOoGsTRAETEN (Belg., prov. d'Anvers) 61 note3.
— Voir LALAING (Ant. de).
Horxes (Jacques, comte de): 40 note 5, 87.
Hôtel de l'archiduchesse : Règlement 71 sq.
Houdain (Pas-de-Calais, ar. Béthune, ch. 1. c°»):
10.
Houdoy : Brou 272.
HuaGurs (B.), maître des requêtes à Annecy :
98 note 8.
HuGuer (J.), joueur de corde : 54 note 2.
Humanisme : 165 et note 3, 297 n° 114.
Humpers: Langue de Lemaire 294 n° 85.
Quand Lemaire est-il mort 161 note 3.
Indulgences : 147 note 7, 416.
Inquisition : 138 note 8, 354.
Inventaires voir MARGUERITE D'AUTRICHE
(collections).
IRLENS (s'° d') : 127 et note 3. Voir La Baume
(Gui de).
Isaac (Thomas) dit Toison d'Or, héraut d'armes :
160, 215, 217, 355, 388, 432.
ISERAND (Jean d’), commandeur de Laumusse :
130 note 6.
Italianisme : 165, 166 et note 2, 174, 202, 204,
283 n° 6).
Ivrée (Italie, prov. de Turin) : 80.
JACOBI (Pierre), doyen de Backnang : 25 note.
Jacqueton : Politique extérieure de Louise
de Savoie 40 note 4.
JACQUINET (Jacques), marchand de marbre à
Fagnières : 222.
JAILLON (Claude), maître des requêtes : 60 note 4,
61 note 1, 63.
JARIEL (Pierre) : 308.
Jarrin : Brou 272.
Jasseron (Ain, ar. Bourg, c° Ceyzériat) : 118,
151, 152 note 1, 179, 259, 442.
Jérusalem : Pèlerinages 136, 321, 420.
JoBERT (Claude), receveur : 241, 442.
Jouy (Jean) de Fleury, évêque d’Hébron : 252.
JORQUIN : 319.
Journoud : Brou 272.
JuENET (Chrétien), maître maçon à Bourg : 188.
JULES II : 146, 190, 381.
JULIERS (Guillaume, duc de): 335.
JULLIARD (Barth.), maître carrier à Ramasse :
235.
Jura : 180 note 6.
Jussieu : Sainte-Chapelle de Chambéry 139
note 2.
Juste : Charles-Quint et Marguerite 292.
Justi: Bonner Vortraege 292.
KELDERMAN (Ant.), maître maçon de Brabant:
164 note 4.
— (Laurent), maître maçon : 165 note 1.
Kervyn de Volkaersbeke : Missions diploma-
tiques d'Anchemant 441 note 2.
KLEINBERGER : Collection 286 n° 29.
Koechlin : Sculpture à Troyes 33 note 1.
Kooperberg : Margaretha van Oostenrijh
292.
Kraus (von): ltinerarium Maximiliant 292.
Kreiten : Briefwechsel Maximilians 292.
Krul : Margaretha van Oostenrijh 292.
La Balme-de-Sillingy (Haute-Savoie, e°
Annecy): 136.
La Bâthie-en-Albanais (Haute-Savoie, près
Rumilly ?): 103 note 5.
La Baume : voir Sainte-Baume.
La Baume (Claude de), archevêque de Besançon :
133.
— (Claude de), marquis de Saint-Sorlin : 49.
474 MARGUERITE
La BAumE (Étiennette de), mariée à F. de
Neufchâtel : 87.
— (Gui de), comte de Montrevel, seigneur de
La Roche et d'Irlens, chevalier d'honneur
de Marguerite : 48, 55, 59 et note &, 88
note 1, 95 note 1, 119 note 5, 132, 191,
335, 344.
— (Hugues de), s' de Tiret, maître d'hôtel du
duc de Savoie : 93 note 1, 328, 415.
— (Jeanne de), mariée à Simon de Rye : 49.
— (Marc de): 87 note 2.
— (Pierre de), abbé de St-Claude, évêque de
Genève, archevêque de Besançon, cardinal:
49, 132 sq. 134 note 1, 215, 230, 396.
La Baume : voir Sainte-Baume.
La Bique-Villeneuve : Date historique
retrouvée 15 note 1.
Laborde (de): Inventaire de Marguerite 292.
La Borderie (de) : Hist. de Bretagne 15
note 2.
La BOUDINIÈRE (Jean de) : 307.
La BOUTEILLERIE (s' de): 135 note 9.
LA CHAMBRE (comte de) : 33, 82, 415.
La CHauzx (s' de): voir Poupet.
La Croix (Jean de), receveur du Hainaut : 194.
Laenen : Arch. de Vienne 292.
La FERTÉ (Gui de): 87 note 2.
LA FoRrEsT (Jean de), doyen de Savoie : 360.
La FRASSE (de) : 123, 364, 367, 369, 378.
— (Georges de) : 122, 123.
Lagnieu (Ain, ch. 1. c°): 114 note 1, 438.
La GROLAIE (Jean de), abbé de St-Denis :
136 note 8.
La HowaRDeiE (Yves de), reclus À Chambéry :
12, 16, 136 et note 4, 402.
LAINE (Philippe), maître maçon d'Anvers : 257.
LaLaing (Ant. de), s' de Montigny, comte
d'Hoogstraete, chevalier d'honneur de
Marguerite : 61 sq., 66 note 2, 71 note 3,
139 note 3, 181 à 184, 243, 249, 251 à 254,
291 n° 58, 423.
— (Philippe, bâtard de), s' de La Mouillerie :
61 note 3, 184 note 1, 293 n° 79.
Lalande : Cadran analemmatique 272.
La Lanpe (Etienne de) : 307.
Lalanne : Journal d'un bourgeois de Paris
138 note 6.
LALLEMAND (Jean), secrétaire de Marguerite: 65;
voir HANETON (Anne).
D'AUTRICHE
La Marche (Olivier de) : 290 n° 57. Mémoires
13 note 4. |
LAMBERT, maître de la Ch. des comptes de
Savoie : 101 note 3, 138 note 4.
Lameere : Grand Conseil 57 note 2.
La MONTANYERE (de) : 377.
La Morra (Ange de), prieur de Brou : 260.
La Moucxe : voir Veyre.
La Musse : voir Laumusse.
LANCIEN (Eug.) : 59 note 1.
LanDRY (Thibaut), tailleur d'images : 145, 154
158, 193, 196 à 199, 201, 203, 204, 207,
209, 210, 212, 218, 219, 366.
Lana (Mathieu), évêque de Gurk : 84 note 4,
359, 372, 381.
LaANNoy (Charles de), grand écuyer de
l'Empereur : 50, 421.
— (Jean de), abbé de St-Bertin : 10, 302.
— (Jean de): 184 note 1.
— (Pierre de), s' du Fresnoy : 32 note 1.
— (Philippe de): 114 note 2.
LANTHIER (Robert), mayeur de Valenciennes :
19 note 1.
Lanz: Correspondenz Karl V 292 n° %4.
Laon (Aisne) : 11 note 5.
La Pazup (Hugues de): 32 note 1.
— (Philiberte de), fille du comte de Varax,
Âre femme de Laurent de Gorrevod : 48
note 3, 54, 265.
LA PEROSE (s' de), vice-bailli de Bresse : 110
note 6.
La Perrière (Côte-d'Or, c°° St-Jean-de-Losne) :
57 note 1, 215.
La Pie (Ain, ar. Trévoux, c° Meximieux, c°°
Loyes) : 192 note 4.
La RAVOIRE (de), châtelain de Charousse : 119
note 4.
Laredo (Espagne, prov. de Santander) : 23.
La Rochelle (Charente-Inférieure) : 14 note 5.
LA RODERIE (Jean de) : 307, 310, 311.
La ROvERE (François de), évêque de Vicence :
133, 396.
La Rue (Pierre de): Messes 299 n° 128.
La SALE (Jeanne de), gouvernante de la bâtarde
de Savoie : 84.
La SALLEGUENAUT (s' de) : 305.
La Sardière (Ain, c°° Bourg) : 180, 442.
INDEX ALPHABÉTIQUE
Lascaris (Anne) de Tende, femme du Grand
Bätard de Savoie : 36, 37 note 3, 33.
Laserna-Santander (de) : Mém. Biblio
thèque Bourgogne 292.
Lateyssonnière : Recherches hist. Ain 29
note À.
La THoUviÈre (Jean de), s' de Beauregard,
maitre des requêtes de l'Hôtel : 65, 391.
La Tour (Claude de), fourrier d'écurie : 220,
221:
La TREMOILLE (5° de): 11, 308.
LAUDE (Gabriel de), patrimonial 374, 415.
Laumusse (Ain, c:" Pont-de-Veyles, c'e Crottet):
130 note 6.
LAURENDET (Guill.), maître maçon de Gravelle :
258.
Lausanne (Suisse) : Archives d'État 328.
— (évêque de) : 35, 128 note 2, 180, 315, 352,
398.
Laussac : Devise de Marguerite 273.
LAUTREC (s' de) : 89 et note 7.
LAUWERIN (Jérôme), gouverneur des finances
de Marguerite : 69 et note 1.
LA VILLETTE (Madeleine), clarisse à Chambéry :
137 note 3.
LEBRETON (Pierre) : 306.
Le Duc: Devise de Marguerite 273 n° 64 et
21h n° 77. Passage de la Rryssouse 273.
Documents inédits sur la conservation de
“l'église de Brou 273 n° 64.
Lersvre (Roland), trésorier des finances de
l'archiduc : 131 note 6.
LEFÈVRE D'ÉTAPLES, réformateur : 138 note 2.
Le Glay (D:), archiviste du Nord : 1 à 3.
Analectes. Nouveaux Analectes 273.
Corresp. Maximilien et Marguerite 293.
Négociations diplomatiques 293. Naissance
de Philippe de Lalaing 293. J. Le Veau
283 n° 3.
Le Glay (E.): Corresp. Henri
Marguerite 293.
VIII et
Le GuaT (Pierre), s' de Feugière, contrôleur de
Brou : 111, 227, 231, 239 393.
Le HENRY, mayeur d'Hesdin : 302.
LEJEUNE : voir BOUSANTON.
LeLiEvREe (Louis) : 306.
LeMaIRE de BELGES (Jean): 1, 4, 50 à 53, 131
note 2, 166, 192 à 221 passim, 226, 362,
365, 366, 337, 389. — Portrait de ce
personnage 50 à 53, 155, 156. — Devise
4TD
155 note 6. — Dessin 195. — Manuscrits
222. — Travaux à Brou 153 à 162. —
Extraction de l’albâtre de St-Lothain 200.
— Bibliographie des travaux imprimés par
Lemaire 4 note 2, 51 notes 2 et 3,52 note 1,
93 note 1, 293. — Travaux publiés sur lui
267 n° 7, 263 n° 13, 269 n°: 17, 18 et 23,
272 n° 54, 233 n° 6» et 60, 236 n° 97, 294 .
n° 85, 297 n° 113.
Le Mans (Sarthe) : 11 note 5.
Le Mavye (Louis): 307.
Le MOoiTURIER (Antoine de), sculpteur du
tombeau de Jean sans Peur : 119 et note 2,
214.
Le Nanre (Raphaël) : 374.
LENORMANT (J.), échevin d'Amiens : 12 note À.
Lens (Hue), échevin d'Hesdin : 302.
Léon X : 78, 128, 129, 396, 401.
Leone : Renato di Savoia 36 note 3.
Le Picarp (Amé), imagier de Brou : 445.
Le Quesnoy (Nord) : 26 et note 4, 31.
Le Roy (A.): 81 note 5.
— (Jean), humaniste Iÿounais : 216.
Le Royer (Pierre) : 307.
Le SAUVAGE (Jean): 164 note 4.
LescarTs : Collection 287 n° 29.
Les Clées (Suisse, c’2 Vaud, cercle d'Orbe) :
125.
Le VEAU de Bousanton (Charlotte de), fille
d'honneur : 11, 306, 309.
— (Gilles de), maître d'hôtel de Marguerite :
10 note 6, 22, 305, 306, 318. - Sa femme
Jeanne Lejeune, nourrice de Marguerite 10
note 6, 306.
— (Guillaume), écuyer de Marguerite : 22.
— (Jean) : 216, 217, 283 n° 3.
— (Philippe), fille d'honneur : 306, 309.
Le VERDERUE (J. de), clerc de comptabilité
11 note 1.
Le Verger (Maine-et-Loire, ar. Baugé, c°* et ere
Seiches) : 12 et note 3, 402.
Liége (Belgique) : 156. - Evêque 193, 362. -
Marbre noir 180, 198, 365.
LIENNART : 318.
Lierre (Belg., prov. d'Anvers) : Chapitre de
St-Gommaire 139 note 5.
Liesse (Aisne, ar. Laon, c° Sissonne) : 34.
LiGnxE (Antoine de) : 298 n° 123.
— (seigneur de) : 302.
476 MARGUERITE D'AUTRICHE
Lille (Nord) : 9 et note 3, 134, 289 n° 45, 303.
— : voir Archives du Nord.
Limoges (H'°-Vienne) : 11 note 5.
Linselles (Nord, c° Tourcoing) : 403.
Lirey (Aube, ar. Troyes, c° Bouilly): Saint
Suaire 139 note 1, 140 note 5.
Litta : Famiglie celebri 273.
LoETE : voir LOYTE.
LoETs, secrétaire : 243.
Lombardie : voir Augustins.
Lommatzch : Lemaire 294 n° 85.
Londres : British Museum 285 n° 17, 287 n° 33, :
298 n° 123. - Buckingham Palace 284 n° 13.
Public Record Office 284 n° 16. - National
Gallery 286 n° 29.
LONGIN (Simon), receveur général des finances
de l’archiduc : 33 note 2, 69 note 2.
LONGUEvILLE (Louis de), marquis de Rothelin :
82.
Lons-le-Saunier (Jura) : 254. - Tombeau de
Philibert de Châlon 174, 180.
Lopez (Pierre), banquier : 101 note 6.
Lorior (Huguet) : 306.
LORRAINE (Jean de), maître maçon lyonnais :
208, 210, 213.
LouxaANs (Jean de), imagier de Brou : 176, 445.
Louise de Savoie : voir SAVOIE.
Loup (Jean), commandeur de Laumusse : 130
note 6.
Loupran : 15 note 1.
Louvain (Belg., Brabant) : 55, 298 n° 125. -
Université 135 note 7.
Louviers (Eure) : 134.
Loyes (Ain, ar. Trévoux, c° Meximieux) : 103
note 5.
Loyettes (Ain, ar. Belley, c° Lagnieu) : 377.
LoyTe (Philippe), s' d'Aresches : 33, 335.
Luca (Piero de), joueur de corde : 54 note 2.
Lucas (Pierrechon) : 220, 224, 226, 388, 339.
Lucerne (Suisse) : 82, 379.
Lucey (Savoie, ar. Chambéry, c° Yenne): 104
et note 5.
Lucince (de) : 77 note 5, 87 note 5, 368, 418.
LuLLIER (Etienne), valet de chambre de Mar-
guerite : 184 note 2, 256, 435, 436.
LUTHER : 138 notes 2 et 3.
LUXEMBOURG (duc de) : voir Charles-Quint.
LuxEMBOURG (de) 84.
— (François de), vicomte de Martigues-en-
Provence, lieutenant général de Savoie, fils
de François de Luxembourg, vicomte de
Martigues et d'Eléonore de Savoie : 32
note 5, 43 note 6.
(Françoise de), dame de Ravenstein, femme
de Philippe de Clèves, fille de Pierre de
Luxembourg, c'° de St-Pol et de Marguerite
de Savoie : 43, 175 note 3.
— (Isabeau de), bâtarde d'Haubourdin, mère
de Philippe de Lalaing : 61 note 3.
— (Jacques de), s' de Fiennes : 25.
— (Jean de), s' de Ville : 62.
— (Louis de), s' de Ligny, fils de Louis de
Luxembourg, comte de St-Pol et de Marie
de Savoie : 51 note 2.
— (Marie de), veuve de Jacques de Savoie,
c'e de Romont, fille de Pierre de Luxem-
bourg, c'° de St-Pol et de Marguerite de
Savoie : 43.
LurRiEux (Hugues de) : 31 note 3.
Lyon (Rhône) : 41 note 5, 28, 51, 77, 86 note 7,
102, 128 sq., 140 note 2, 153, 155, 177, 192,
193, 200, 204, 205, 208, 209, 222, 223, 247,
267 n° 3, 277 n°: 105 et 106, 294 n° 85, 326,
398, 401, 442.
— Bibliothèque du Palais St-Pierre 279 n° 131.
Bibliothèque de la ville 279 n° 127 sq.
MaBuse : voir GOSSART.
Madrid : Traité 60, 80.
Magnin : Hist. Brou 281.
Mai (Barthél.) : 83 note 9.
MaiLcraRD (Oliv.) : 290 n° 57.
Mainmorte : 109 note 3.
MaisièREs (Jean de) : 133 note 4.
Mâle : Art religieux 273.
Malheur de France : 17 note 2.
Malines (Belg., prov. d'Anvers) : 59 note 1,74,
165, 181 et note 3, 182 note 2, 184 note 2,
256, 294 n° 87, 296 n° 97, 297 n° 114, 298
nes 120 et 124, 317, 318, 319.
— Église St-Pierre : Obsèques de Marguerite
183 note 7, 432.
— Hôtel de Marguerite : 297 n° 112, 298 n° 120.
— Seigneurie donnée à Marguerite : 57 note 1,
76 note 3.
— Statue de Marguerite : 289 n° 46.
— Trajet pour aller à Brou : 62 note 1, 442.
INDEX ALPHABÉTIQUE 477
Malo : Brou 273.
Mandrot (de): Lettres de Louis XI 11 note 5.
Mannier : voir Brésin.
Manno: Bibliografia Monarchia Savoia 273.
ManTOUE (Jean-François, marquis de) : 357.
Marais : 114.
MaRCELLIS (Jean), banquier à Anvers : 101 note5.
Marchand : Caveaux Brou 273.
Marcke (Cath. de), femme de chambre de
Marguerite : 50.
MaRENCHES (Louis de) : 111 note 5.
MaRENDE : Médaille de Philibert et Marguerite
295 n° 88, 296 n° 102.
MARGUERITE (sainte) : 245 n° 96.
MARGUERITE D'AUTRICHE : Bibliographie 283 à
300. - Bibliographie des travaux relatifs à
Brou 267 à 282.
— Biographie : Naissance 8, 182 note 2. -
Mariage avec Charles VIII, 7 sq. 284, n° 14.
Complainte sur la rupture 17 note 1,314 à
317. - Distique « Bran pour les Français », 17
et note 2. - Mariage avec l'infant de Castille
21 sq. - Distique « Cy-git Margot», 23, 295
n° 90. - Mariage avec Philibert le Beau
27 sq. - Projet de mariage avec Henri VII
285 n° 18, 290 n° 53. - Rapports avec
Brandon 61 note 3, 287 n° 33. - Rapports
avec Ant. de Lalaing 61 note 3, 293 n° 79.
Don à l'archiduchesse du comté de Bour-
gogne 57 note 1 et de la seigneurie de
Malines 57 note 1. - Testament 192. - Mort,
obsèques et sépulture 181 à 183, 262. 263,
287, 290 n°: 50 et 51, 431. - Complainte sur
sa mort 183 note 1. - Exécution testamen-
taire 296 n° 97.
— Biographie (détails) : Taille 15 note 3, 264.
Chevelure blonde 30 note 1. - Vêtements
et bijoux 35, 310, 311. - Blessure à la jambe
181 note 1. - Caractère 29, 30, 38, 39, 53,
128, 145, 149. - Esprit d'ordre et d'autorité
63, 65. - Discrétion 345. - Confiance en
sea serviteurs 63, 64 note 2,et dans les
Franciscains 134. - Irritabilité 215 - Sens
diplomatique 56 note 4. - Animosité contre
la France 7, 181. - Sentiment de la repré-
sentation 55. - Connaissance de l'espagnol
04 note 6. - Distractions et jeux 49, 53, 54,
308 sq., 317 sq., 323 sq. - Perroquet 52,
312. - Lionne 322. - Boîte à couleurs 166
note 2.
MARGUERITE D'AUTRICHE : Budget 76 note 3.
— Chancellerie : 63 à 68, 96 note 1. - Proto-
cole diplomatique de Marguerite 4 note 2,
11 note 12, 25 note 4, 57 note 1, 94 note 4,
113 note 2, 303, 422. - Style chronologique
9, 289 n° 19. - Disparition de documents
22 note 1. - Archives suivant l'archidu-
chesse dans ses déplacements 70 note 2. -
Révision des minutes de Marguerite par
Marnix 64 note 2.
— Chancellerie : Papiers de l'archiduchesse
1 à 6, 58 note 1, 70, 229, 254, 268 n° 11,
269 n° 22, 284 n° 17, 289 n° 47, 292 n° 74,
294 n° 86. - Type d'étiquette de l’ancien
classement ‘397 in fine. - Constitution factice
du carton G. Brou 229 n° 1. - Voir Archives
du Nord.
— Chancellerie : 5, 285 n° 19. - Style de Noël
324. - Style de Rome 136 note 1, 231, 248
note 1, 253, 256, 435. - Style de Bresse 117
note 1 (Noël). - Style du Pays de Vaud 126
note 2. - Style de Noël en Savoie 343
in fine.
— Collections : 256, 434, 435. - Inventaires
283 n° 9, 289 n° 47, 292 n° 73, 293 n° 77,
294 n° 87, 295 n° 95, 296 n° 97, 299 n° 129,
300 nes 138 à 140.
— Conseil privé 57 à 76, 123, 336.
— Devises 447. - Devise « Fortune infortune
fort une » 404 note 4, 175 et note 3, 235, 273
n° 63, 274 n° 77, 278 n° 118, 293 n° 81.
— Douaire savoyard : Constitution du douaire
91 à 105. - Rapports avec Charles III 77 à
90. - Administration 106 à 128. - Traité du
douaire 328 à 335. - Rapport avec le clergé
128 à 142.
— Eglise et tombeaux de Brou : 143 à 185. -
Répertoire des documents archéologiques
relatifs à Brou 187 à 265.
— Hôtel : Réglementation 71 sq., 296 n° 97.-
Compte de son hôtel en France 305 à 312.
Ecroues de son hôtel dans les Pays-Bas
289 n° 47. - Photogravure de l'Hôtel de
Malines 298 n° 117.
— Iconographie : 284 n° 14. - Buste en bois
du Musée national de Munich attribué à
Meyt 275 n° 83, 284 n° 13. - Gravure de la
complainte de 1493 à la Bibl. de Bruxelles
17 note 1. - Gravure du Weisskunig 297
n° 116. - Gravure de la complainte de 1530,
183 note 1. - Jeton 275 n° 89. - Médaille de
Gauvain 36 note 3, 296 n° 102. - Médaille
de Marende 238 n° 40, 295 n° 88, 296
478 MARGUERITE D'AUTRICHE
n° 102. - Médaille de Schwartz à Vienne
288 n° 40. - Médailles diverses 296 n° 104. -
Médaillon du Musée de Vienne 284 n° 13. -
Médaillon de la Cheminée du Franc de
Bruges 288 n° 41. - Miniature du ms. fr.
5616 de la Bibl. nat. de Paris 289 n° 44. -
Miniatures du ms. 2591 de la Bibl. de
Vienne 284 n° 10, du ms. 2557 du même
dépôt 291 n° 58 et du ms. 2025, 300 n° 137, -
Miniature du ms. 228 de la Bibl. de Bruxelles
291 n° 59, 299 n° 136. - Portrait attribué
successivement à Gossart, Van Orley et
Coninxloo dont des répliques sont con-
servées à Bruxelles, à Anvers et dans la
collection Carvalho 283 n° 6, 286 n° 29,
291 n° 63, 292 n° 6Y, 296 n° 105, 298
n° 117, 299 n° 133. - Portrait du Louvre
288 n° 38. - Portrait de la collection Derville
(ancien Lescarts) 286 art 29. - Portrait du
Musée de Versailles 288 n° 39. - Portrait
du Diptrque de Vienne avec répliques à la
National Gallery et dans la collection
Chigi 286 n° 29, 290 n° 54, 300 n° 137. -
Portrait attribué à Perréal au Palais
royal de Turin 2730 n° 33. - Statue du
Tombeau de Brou 270 n°38, 271 n° 39,
273 n° 73. - Statue du Tombeau de Maxi-
milien à Innsbruck 297 n° 109 ; 298 n° 124.
Statue par Tuerlinckx à Malines 283 n° 4,
289 n° 46. - Tapisserie donnant le portrait
de Marguerite 435 ; tapisserie de N.-D du
Sablon 285 n° 20 ; 218 n° 117; tapisserie
de Valenciennes 291 n° 63. - Vitraux de
Brou 268 n° 8, 270 n° 38, 275 n° 83, 277
n° 103. - Vitrail de N.-D. du Sablon 285
n° 20.
MARGUERITE D'AUTRICHE : Manuscrits 283 n° 8,
284 n° 14, 237 n° 32,292 n° 75, 300 n° 137.
Albums 166, 183 note 6, 287 n° 34, 289
n°5 42 à 44, 290 n° 52, 291 n° 65, 296
n° 100 et 101, 297 n° 114, 298 n° 126, 299
n° 128 et 136. - Ex libris 297 n° 35.
Complaintes 287 n°5 36,37, 299 n° 135, 313.
Manuscrit de Marguerite sur ses infortunes
175 note 3. - Couronne margaritique 293
n° 83. - Autographe 64, 166 note 3.
— Oraisons funèbres 283 n° 1, 290 n° 58,
291 n° 59, 295 n° 94, 297 nos 106 et 107.
— Rapports avec les humanistes et les
artistes 51 note 3, 167 note 3. - Tendances
archaiques de l’archiduchesse 105, 166. -
Relations avec Lemaire des Belges 51, 52,
160, 206, 217.
MARGUERITE D’AUTRICHE : Régence des Pays-
Bas. Installation de Marguerite 55, 94.
Pouvoirs 60 note 1, 68 note 2, 355. - Poids
des affaires 56 note 3. - Hôtel de Malines
297 n° 112, 293 n° 120.
— Sigillographie 12 note 5, 336, 398, 422.
Mariage par procuration : cérémonial 15 note f,
35.
Maricourt (de) : Duché de Neinours 89
note 4.
Mariéjol: Pierre Martyr 320 note 1.
MaRioTTO (J, B.), travaille au tombeau de
Philibert de Chälon : 1N0 note 6.
MaRLrANo, médecin de Marguerite : 4.
MarMier (Hugues), sf de Gâtey, maître des
requêtes: 60 note 5, 98 note 6, 48 note 8,
99 note 2, 100 note 1, 122 note 2, 410, 415.
— (Jean), secrétaire : 329, 335.
Marneffe (de): Inv. Papiers Audience 294.
Marnix (famille de) 64. Chapelle à Moûtiers
363. Armoiries à Cluses 122 note 6.
— (André de), maître de la Chambre des
comptes de Savoie : 46, 92 note f.
— (Claude de), père de Jean de Marnix : 46.
— (Georges de): 46, 122 note 6, 140 note 5,
363.
— (Jean de), secrétaire de Marguerite,
trésorier de ses finances, s' de Toulouse :
60 et note 1, 64 notes 1 et 2, OC», 66 note 2,
67 note 1, 68, 76 note 3, 83 notes 2 et 6,
85 note 6, 88 note 3, 106, 107 note 1, 110
note 6, 116 note 6, 117 et note 2, 122 note 5,
126 note 4, 120 note 8, 127, 134 et notes,
132 note 3, 183 notes 3 et 4, 205, 234, 237,
243, 249, 251, 355, 358, 363, 308, 374, 356,
403, 407, 442. - Caractère de ce personnage
46 à 48. - Type de son écriture cursive
299 n° 132. - Comptes de l'hôtel de
Marguerite 294 n° 86. - Marié à Jeanne de
Cerf 50.
— (Pierre de), frère de Jean de Marnix,
écuyer échanson de Marguerite : 101 note 7,
169, 237, 238, 212, 245, 363, 368. - Bénéfices
à lui conférés 131 sq.
MaARoOILLES (Jean de): 62 note 1.
MaroT (Clément): 156 note 2.
Marquet de Vasselot : Sculpture à Troyes
33 note 1.
MarTENAY (Isabeau de), fille d'honneur : 306.
Martyr: 166 note 2, 320. Opus epistolarum
24 note 2.
INDEX ALPHABÉTIQUE 479
MassemrN (Liévin de), watergrave de Flandre :
9 note 2.
MASTAING (Jean de): 184 note 1.
Maulde - La - Clavière (de) : Procédures
Louis XIT 12 note 3. Chronique de
J. d'Auton 39 note 6. Louise de Savoie et
François I" 40 note 4. Perréal 267.
MaxmMiILIEN, empereur : 8, 14 note 5, 15 notes
1 et 2, 18 notes 2 et 4, 25, 27 note 2, 28,
38, 40, 46, 83, 88, 96 note 2, 102, 131
note 4, 136, 172 note 3, 301, 329, 337, 346,
351, 381. - Bibliographie 15 notes 1 et 2,
287 n° 30 et 31, 293 n° 77, 296 n° 97, 298
n° 118, 299 n° 131. - Caractère 7 note 2,
359. - Chancellerie 292 nes 70 et 71, 299
n° 130. - Collections 300 n° 137. - Corres-
pondance 292 n° 71, 293 n° 76, 295 n° 91,
299 n° 130. - Itinéraire 292 n° 70, 297
n° 111. - Mariage avec Marie de Bourgogne
296 n° 99; avec Anne de Bretagne 14, 15
notes 1 et 2. - Tombeau d'Innsbruck 297
n° 109. - Weisskunig 297 n° 116.
Maxin (Guillemin de), contrôleur de Brou : 170
note 3, 179 note 3, 232, 235, 236, 239 à 241.
— (comte de): voir VALPERGUE (J. de).
MAYRE (Oddot), architecte : 260.
Mazerolle : Médailleurs français 296 ne 102.
Meaux (Seine-et-Marne): 18, 402, 403 note 2.
— (baillive de), femme d'Etienne de Vescq:
306.
MECKLEMBOURG (duc de): 377.
MÉpicis (Julien de), duc de Nemours, frère du
pape Léon X : 78 et note 1, 88 notes 5 et6,
89 et note 3, 128, 129. Voir Savoie (Phili-
berte de).
Medina del Campo (Espagne, province de
Valladolid) : 320.
MEEcus : collection 286 n° 29.
ME&iLLIER : 148 note 4.
Melun (Seine-et-Marne): 16, 18, 313, 402, 403
note 2.
MELUN (de) : 84.
— (François de), protonotaire : 147 note 7.
— (Frédéric, bâtard de): 184 note 1.
— (Robert de), s' de Rosny : 26.
Mély (de): Livre d'heures de Van Boghem
273.
MEeNTHON (Georges, 8° de): 92 note 5, 94, 95,
97 note 1, 327, 344, 415.
MenrTon (Jeanne de): 307.
Mercier: Souvenirs hist. d'Annecy 137 note 8.
Menuer : 363.
Mestral-Combremont (de): Sculpture à
Brou 273.
Metz (Haut-Rhin): 135 note 1.
MextMtEux (s' de) 371.
Meynier : Essai sur Ornans 61 note 1.
MeyrT (Conrad), tailleur d'images : 71 note 3,
170, 172 note 3, 173 et 174, 180 note 6,
242, 243, 249 à 251, 254, 269 n° 26, 270
n° 37, 271 n° 47, 275 n° 83, 278 n° 122,
279 n° 123, 284 n° 13, 424, 427, 441. -
Buste de Marguerite 223 n° 38.
— (Thomas), imagier : 174 note 5.
MicauLrT (Jean), receveur général de l'Empereur:
76 note 2.
MICHEL-ANGE : 269 n° 27.
Michelant : Inventaire des collections de
Marguerite et de Charles-Quint 294.
_ Michelet : Hist. de France 17 note 2.
MicueLozzt (N.) : 18 note 4.
Michiels: Art flamand 214.
Mijoux (Ain, ce Gex): 99 et note 2, 415.
Mie (Jean de), banquier : 101 note 5.
Milan (Italie) : 28, 84 note 6, 313, 357.
Mizan (duc de): voir Sforza.
MiitET (Claude), juge de Faucigny : 121 note 3.
378.
Milliet (Et.): Notice Dufay 270 n° 37. Entrée
de François I. Triomphe du Christ à
Brou 274. Médaille de Marende 295.
Miniatures : 289 n°: 42 à 44, 300 n° 137.
Mioans (s' de): 82, 338.
Miraflorès (Espagne, prov. de Madrid): Char-
treuse 272 n° 53.
Miribel (Ain, ar. Trévoux, c° Monthuel) : 114.
Moller : Eléonore d'Autriche 294 n° 86.
MorrLeT : 207, 386.
MoiTURIER : voir LE MoITURIER.
MoLEMBaIs (s' de): 26 note 4.
Molinet (Jean): 19, 156. Chroniques 295.
Faicts et dicts 295.
MotrarT (de): 313.
Mot (Thomas de), fondeur de cloches : 259.
Monaco : 84 et notes 5 et 6.
Moncuy (Hugues de), chanoine de St-Omer :
302.
480 MARGUERITE D'AUTRICHE
Moncontour (Vienne, ch. 1. c°) : 13 note 5.
MonNDRAGON (s' de), châtelain de Nyon: 126
note 9.
Mone: Anseiger fur Kunde der deutschen
Vorzeit 295.
MonissarT (Nicolas), mayeur d'Aire : 302.
Mons (Hainaut): 31. Franciscains 135 note 1.
Montaiglon (A. de) : 6. Bibliographie 6 note
1. Perréal 274.
Montanay (Ain, ar. Trévoux): 48 note 3.
MonTBEL (de): 50, 152 et note 1.
Montbenoît (Doubs, ar. Pontarlier, ch. 1. er):
428. Abbaye 250.
MoNTCAvREL (s' de) : 10 note 5, 302.
« MONTCLAMBLERT » (Isabeau de): 306 309.
Monrcur (Antoine de), aumônier de Marguerite,
abbé de St-Vincent de Besançon: 65, 138
note 7, 152, 183 note 4, 188, 243, 249, 425.
Mont-Désert (s' de), châtelain de Bâgé: 110
note 3.
Montelier (Ain, ar. Trévoux, c° Meximieux):
151, 152 et note 1, 404, 414.
MONTFAUCON (Aimon de), évêque de Lausanne :
32 note 1, 81, 232.
— Pierre de): 31 note 3.
— (Sébastien de), évêque de Lausanne : 138
note 4.
MoNTrERRAND (Benoît de), évêque de Lausanne :
391.
MONTrERRAT (Guillaume, marquis de): 357.
— (Blanche de), veuve de Charles I, duc de
Savoie, douairière de Savoie: 28, 37, 41
notes 7 et 8, 357.
Monrrorr (de): 373, 378.
Monthey (Valais) : 380.
Montil-les-Tours (Indre-et-Loire) : 15 note 3,
308, 312.
Montjoie (Haute-Savoie, ar. Bonneville, cre St-
Gervais-les-Bains) : 122, 123, 367, 378.
MonTiovenT (Ant. de), vice-bailli de Bresse :
82, 83 note 9, 382, 386, 387.
— (Claude de): 101 note 2.
— (seigneur de): 97 note 3, 101 note 4, 357,
418.
Montluel (Ain, ar. Trévoux, ch.l.c°1): 4110
note 6, 118.
Montmorot (Jura, ce Lons-le-Saunier): 86 note
2, 365.
Montrevel (Ain, ar. Bourg, ch.l.e°): 180
note 8.
— (comte de): voir La BAUME (Gui de).
Montrichard (Loir-et-Cher, ar. Blois, ch. 1. ce»):
12, 308, 309, 312.
MONTvARAN (3° de) : 92 notes 2 et 4, 324.
Moreau : voir BeNARD.
Morez (Henri) : 369.
— (Octave) : 29 note 1.
Moreno (Lucas) : 286 n° 29.
Morges (Suisse, c° Vaud): 125, 126 note 9,
127 et note 4, 136 note 3, 411.
Morimonr (Gaspard de), baron de Beauffort,
bailli de la Basse-Alsace : 335.
Mori (Pierre) : 309.
MorNan (Geoffroi) : 307.
Mortaville (Ain, ar. Bourg, cee Treffort): 442.
MorrTière (Claude) : 312.
Moucuer (Jean), receveur de Charolais: 256.
Moudon (Suisse, c° Vaud): 125, 140 note 1,
345, 384, 423.
Mouthe (Doubs, ar. Pontarlier, ch. 1. ca) :
Prieuré 127.
Moûtiers (Savoie) : 220, 364, 369.
Moutiers-Saint-Jean (Côte-d'Or, ar. Semur, c°*
Montbard) : Abbaye 132.
Müûünch : Margaretha voir Oesterreich 295.
Maria von Burgund 295.
Mugnier : Evéques de Génève 134 note 1.
MuLLiARD (Jean), maître maçon à Bourg : 260.
Munich (Bavière) : Bibliothèque 290 n° 49.
— Musée National bavarois : 284 n° 13.
Mussÿ-sur-Seine (Aube, ar. Bar-sur-Seine, ch.
1. co): 34.
NAMBROE, page de Marguerite : 308, 309.
Namur (Belgique) : 9 note 1, 22 et note 4.
Nantes (Loire-Infre): 15. Tombeau du due de
Bretagne 153, 158, 202, 204, 213. Tombeau
de G. Guegen 203.
Nantua (Ain) : 382. Prieur 33, 230.
Naples (Italie) : 377.
— (Cardinal de) : 136 note 8.
— (Frédéric, roi de): 24.
NaProLéon I : 273 n° 64.
INDEX ALPHABÉTIQUE 481
Nassau (Engelbert, comte de) : 48 note 2, 19.
— (Henri, comte de): 43, 105 notes 2 et5 à
7, 406 note 1, 163, 383, 390, 436. Voir
Savore (Louise-Françoise de).
NarTureLz (Philibert), domprévôt d'Utrecht,
abbé d'Ainay, ambassadeur de l'archiduc :
45 note 4, 146, 156 note 5, 190, 342.
Nélis : Répertoire des papiers de l'Audience
294 n° 86.
Nemours (Seine-et-Marne, ar. Fontainebleau,
ch. 1. co): 89 et note 4. 98 et note 7.
NEUFCHÂTEL (de): 384.
— (Claude de), s' du Fay : 33.
— (Ferdinand de), s' de Montagu et d'Amance:
84 à 87.
Neyron (Ain, ar. Trévoux, c* Montluel): 246
à 248, 442.
Nice (Alpes-Maritimes) : 338.
Nicolas (saint) de Tolentin : 147, 148 note 1. -
Saint Pain 148, 399.
Ninove (Belgique, Flandre orient.) : 131 et
note 6.
Nizier de Sainte Blandine : Brou 281.
Nodet (Victor): 5, 451. N.-D. de Bourg 140
note 4. Travaux sur Brou 174 et 275.
Bibliographie par Servas 275 n° 89.
Nodier: Voyages pittoresques 275.
Noël : signification de ce cri 19 note 3.
Noëz ou Noyel (Jean), trésorier général de
Savoie : 31 note 3, 92 note 3, 93, 104, 334,
356.
NorRcARME (5° de): 437.
— (Antoinette de), fille d'honneur : 25 note 5.
Noiïsim (Ant.), verrier : 177, 441.
Nonnon (Hubert et Jean), marchands de marbre
à Dinant : 22 et note f.
Nord : voir Archives du Nord. Conseil général
du Nord.
Notre-Dame des Sept-Douleurs : 237. Voir Brou.
NovaLaise (Pierre), chanoine à Chambéry : 360.
NoygL (Antoine) : 364.
— voir Noël.
Noyers (Yonne, ar. Tonnerre, ch. 1. °°) : 57
note 1, 303.
Noyon (Oise): Traité 78 et note 3.
Noze (Jean de) : 309.
Nyon (Suisse, c°® Vaud) : 125, 126 note 9, 411.
OcquiN (Louis), aumônier de Marguerite : 125
note 4, 132 note 2, 140 note 6, 150 note 6,
160, 204, 205.
Oarer (François), châtelain de Faucigny : 124.
O16NIES (Jacques et Marguerite d’) : 25 note 5.
ORANGE (prince d'): voir CHÂLON.
Orbe (Suisse, c° Vaud): 43, 137 note 5, 321
note 1.
OR&ILLE (Rigault d'), ambassadeur de Louis XII:
102 note 7, 340 note 1.
Orgelet (Jura, ar. Lons-le-Saunier, ch. 1. c°»):
55, 94 note 6.
Orgues : 137.
OrioL (Jean d'}, évêque de Nice : 32 note 5.
— (Louis d'}, maître d'hôtel du duc de Savoie :
31 note 3.
Orléans (Loiret): 11 note 5.
— (Charles d’), comte d'Angoulême: 40.
— (Charlotte d’), femme de Philippe de Savoie,
duc de Nemours : 98 note 7.
— (dame d’): 308.
Ornans (Doubs, ar. Besançon, ch. 1. c°) : 61
note 1.
Orquots (Jean), verrier : 441.
ORvaL (s' d'), gouverneur de Champagne : 34.
OunecxEersT (Amand d'), abbé d'Auchy : 302.
OursiN (Ch.), contrôleur de l'hôtel : 43, 71
note 3.
Oviedo (de) : Libro de la Camara principe
don Juan 295.
Oxborn : Dürer Tagebuch 4 note 6.
PaLLavicint (Ant.), cardinal de Sainte-Praxède :
136 note 8.
Pallias : Brou 275.
PALUAT (Simon), avocat des pauvres à Bourg :
66 note 2, 250, 427.
Pamece (Jacqueline de), fille d'honneur : 25
note 5.
PANCEMAN : 307.
PanctarTi (Barthélemy), banquier lyonnais : 59
note 1.
Panisse-Passis : Comtes de Tende 37 note 3.
PanssarT (Hugues), chapelain à Orbe : 321.
PANTEROSE (s' de), châtelain de Cudrefin : 127
note 3.
Paradin : Chronique de Savoie 275.
ParENTY (Simon de), aide du garde des joyaux:
435, 436. |
81
#
482 MARGUERITE D'AUTRICHE
Paris : Archives nationales 305.
— Bibliothèques : Arsenal 206, 328. - Insti-
tut 313. - Bibliothèque nationale 199, 209,
280 n° 132, 285 n° 17, 286 n° 29, 289 n° 44,
292 n° 73, 294 n° 87, 295 n° 96, 307 note 1.
— Musée du Louvre 288 n° 38. - Musée de
Cluny 171.
— Réception de Marguerite en 1483 : 11. Son
passage en 1500, 26.
Paris (Jean de): voir PERRÉAL.
Pariso : 354.
PARME (Marguerite de), régente des Pays-Bas:
296 n° 98.
PART (Jean), franciscain à Cluses : 136 note 2.
PASER (Geof.) : 84 note 5.
Pasqua160 (P.): 88 note 6.
PASQUET : 317.
Pasquier : Recherches de la France 16 note 4.
PassERAT (D°) : 265.
Passy (Haute-Savoie, ar. Bonneville, c° Saint-
Gervais): 119 note 4, 123, 378.
Pastor : Hist. des papes 78 note 1.
PATRASSON (Fleury), charpentier : 264.
Pau III : 130 et note 2.
Pavie (Italie): Université 131 note 8.
Payerne (Suisse, c° Vaud): 413.
Péan : Michel Colombe 276.
Pélérinages : 419.
Pélicier : Anne de Beaujeu 14 note 4. Lettres
de Charles VIIT 16 note 1.
Pelissier : Louis XII et L. Sforza 38 note 7.
Liuis XII et Philibert de Savoie 38 note 7.
PENNET (Ant.), dominicain à Genève : 137
note 8.
PEeNTHIÈVRE (s' de): 426.
Perini: Duchti di Savoia-Nemours 98 note 7.
Perouges (Ain, ar. Trévoux, c° Meximieux) :
118, 318.
PErRAUD (Vincent): 419.
Perrault-Dabot : Sculpture bressane 276.
PERRÉAL (Jean) dit Jean de Paris : 14, 50 note 3,
91, 107 note 5, 164, 192, 195 à 226 passim,
307, 362, 366, 387 à 389. - Caractère de ce
personnage 153 à 155, 218. - Ses travaux à
Brou 153 à 162. - Bibliographie 267 n° 3,
268 n° 14, 269 n° 17 et 18 ; 270 n° 30, 31,
33, 34, 96 ; 271 n° 44, 273 n° 65, 66 ; 274
n°4 78, 80 ;, 277 n° 107, 293 n° 82.
PERRENOT (Ant.) : 61 note 1.
— (Nicolas), membre du Conseil privé : 58,
61 note 1, 66 note 2, 99, 100 note 2, 130
note 5, 420.
— (Pierre), notaire à Besançon : 61 note 1.
Perret: Actes François Ie 78 note 5.
Perretant (Chan.): 265. Guide de Brou 276.
N.-D. des Sept-Douleurs 276.
PERRIN (Guill.), maître maçon de Bourg : 141.
PERUWEZ (Jeanne de), fille d'honneur : 25 note 5.
Petersen : Destrées 295.
PEeTiT-SAvoYE, criminel décapité à Châtillon-
les-Dombes : 109.
PHILIBERT, panetier : 342.
PHILIBERT le Beau : voir Savoie.
PuiiPppE le Beau : voir Autriche.
Paroua (Sigismond), conseiller de Maximilien,
prévôt de Meerssen : 335.
Pic de la Mirandole : 147 note 4.
Picarp (le Petit), imagier de Brou : 175.
PicnoT (Pierre), châtelain de Morges : 126
note 9.
Picot : Recueil Louis XI 8 note 6. Catalogue
Biblioth. Rothschild 166 note 2.
Picqué: Médailles et jeton inédit 296 n° 102.
PIERRECHON : voir Lucas.
Pignerol (Piémont) : 39, 132.
— (abbé de): voir Boxivarp.
Pinchard : Lemaire 276.
PINQUETTE (Françoise) : 306, 309.
Piozasco ou Piossasco (Jean-Louis de), trésorier
de Marguerite : 31 note 3, 43, 93, 94 note 1,
322 et note 2, 335.
Pirenne : Hist. de Belgique 57 note 3.
Pise (Italie) : 248.
PLEINE (Gérard de): 30, 32 note 1, 33, 34.
— (Thomas de), s' de Maigny, chancelier des
Pays-Bas : 32 note 1.
Plessis-les-Tours (Indre-et-Loire, ce La Riche) :
60 note 2, 304, 308.
Pzessis (s° du): 305.
Pocquet: Hist. de Bretagne 15 note 2.
Poitiers (Vienne) : 11 note 5.
Poxain (Wolfgang de) couseiller de Maximilien :
14, 15.
PoziGnac (Antoine de), belle-mère de Laurent
de Gorrevod : 48 note 3.
INDEX ALPHABÉTIQUE 483
Poligny (Jura) : 136 note 8, 180 note 6. - Cha-
pitre St-Hippolyte 60 note 3. - Doyen :
voir Boisser (Claude de).
PocoaxE (Sigismond, roi de) : 88.
Pontarlier (Doubs) : 32, 35.
Ponr-b'Ain (Ain, ar. Bourg, ch.I. cr) : 29 note 1,
54 notes 2 et 4, 91 note 3, 92 notes 4 et 5,
94 note 4, 114, 115 note 3, 118, 164 note 4,
296 n° 97, 324, 326, 327, 438.
Pont-de-Vaux (Ain, ar. Bourg, ch. 1. c°) : 118,
136, 372. - Comte : voir GORREvVOD.
Pont-de-Veyle (Ain, ar. Bourg, ch. 1. cc):
118.
PonTvERRE (Aug. de), président de Genevois :
98 note 8, 415.
PoRCIEN (dame de) : 34.
PorTONERI (Libera), mère du Grand Bâtard de
Savoie : 37 note 2, 41 note 7.
PorTuGAL (Béatrice de), fille d'Emmanuel, roi
de Portugal, femme de Charles III : 79, 80
note 2, 89, 100 note 4, 101, 424, 436.
— (Eléonore de), femme de l'empereur Fré-
déric III, grand'mère de Marguerite d'Au-
triche : 1792 note 3.
PorTUGAL-CoimB8RE (Isabelle de), mère de Phi-
lippe de Clèves : 182 note 2.
PouaniER (Claude de), juge de Faucigny : 121
et note 3.
PoupreET, s' de La Chaulx : 80 note 3, 313, 436.
PoupriLLarT (Martin) : 307, 312.
Pourgus le jeune : 256 note 1.
Pourtraicts et patrons de Brou : 195 sq.
PRADEL (Jean de), chanoine à Chambéry : 360.
PRAET (Louis de), chambellan de l'Empereur :
9 note 2, 258, 437.
Prangins (Suisse, c° Vaud) : 421.
PREUDaOoMME& (Jennet) : 25 note 5.
Primarie preces : 369.
Prost (B): Vitraux de St-Julien 276. Archives
hist. et litt. 180 note 5.
— (À.) : Agrippa 283 note f.
Protestantisme : 137, 138.
Provana (Angelin), président patrimonial : 31
note 3.
— (François), collatéral au Conseil de Savoie :
31 note 8, 32 note 5, 84 note 5.
PuEBLA, ambassadeur : 27 notes 3 et 4.
Pucer (Noël), avocat fiscal de Bresse : 107 et
note 4, 108 et note 2, 110 note 6, 111, 113
note 2, 132 note 3, 191, 408, 414.
Puvis : Brou 272 n° 55, 276.
QUENTIN (Pierre), maître maçon : 162, 223.
QuERiN (Ant.) : 306.
QUICHERAT (Jules) : 274.
Quinet (Edgard) : Brou 276.
Quincy (Simon de), s' de Montboillon, maître
d'hôtel de Marguerite : 60 et note 2, 65, 67
note 1.
Quinsonas (de):30, 262. Matériaux relatifs
à Marg. d'Autriche 296.
Raffin : Brou 281.
Rahlenbeck : Trois régentes 296. J. de
Tournai 271.
Rarmonp (Aurele), augustin : 147, 187, 225. -
Raimond de Dauphiné, augustin 152 note 2.
Ramasse (Ain, ar. Bourg, c° Ceyzériat) : 151,
179, 235, 442.
Raphaël de la Vierge Marie : 261, 441. Des-
cription Brou 281, 282.
Rausch : Heirat Maximilians 296.
RAvVENSTEIN (dame de), femme d'Adolphe de
Clèves : voir BOURGOGNE (Anne de).
Ray (Claude, s' de), membre du Conseil privé:
99 et note 4, 100 note 2, 130 notes 4 et 5,
420.
Recueil de chansons Pays-Bas : 287 n° 37.
Réforme : 138 note 2.
REGNARD (Collesson), homicide : 52 note À.
REGNAULT (Guill.), tailleur d'images : 159, 211,
213.
— (Marie) : 214.
REICHENAU (Guill. de), évêque d'Eischstätt :
19.
Reiffenberg (de): Relations Belgique Savoie
291 n° 59. Edition de Van der Vynckht 17
note 2. Archives philologiques 291 n° 58.
Notices et extraits de Mss. 296. Mss.
Gérard 296.
Reims (Marne): 11 note 5, 34, 52 note 1.
Reliques de Brou : 430.
RENAUD (Cl.), pelletier à Bourg : 442.
RENNER (Hans), secrétaire de Maximilien : 78
note 4, 359.
Renouvier : Jehan de Paris 267.
REUCHLIN (J.), réformateur : 138 note 2.
Reure : F. de Rohan à Lyon 261.
Reusens : Joan Glapion 135 note 6.
484 MARGUERITE
ReveLz (Humbert), franciscain à Bourg : 135
note 9.
Reyssouze (rivière de l'Ain) : 273 n° 64, 442.
Riboud (Th.): 180 et note 9, 272 n° 58.
Cadran de Brou 274. Considérations sur
Brou 271.
RICAUMEZ (de) : 302.
Riccio : Changement de fortune 300 n° 137.
RicHarD (Feis), maître de la Ch. des comptes
de Savoie : 92 note f.
Ricotti: S'oria monarchia piemontese 81
note {.
Ridder (de): Cour de Charles-Quint 294 n° 86.
RIVOIRE (Claude de), dame de Montanay et de
Gerbaix, seconde femme de Laurent de
Gorrevod : 48 note 3, 110 note 6, 265.
Riz dit le Bègue (Gilbert de) : 307.
Roanne (Loire) : 204.
Robert : Philibert de Chälon 180 note 6.
ROBINET : 3117.
Rosins (Robert) : 1431 note 6.
Roblot-Delondre : Portraits d'infantes 288
n° 38.
Rocbhetaillée (Rhône, ar. Lyon, ce Neuville-
sur-Saône) : 115.
Rover (C1.), charpentier : 441.
Roersch : Humanisme belge 165 note 3.
RoEux (s' du) : 10 note 5, 302.
ROGEMONT (Amé de), maître maçon de Bourg :
188, 189, 192.
RoGIER (Jean), curé de Sept-Saulx : 52 note 1.
RoHaAN (François de), archevêque de Lyon) :
267 n° 8.
— (Pierre de), maréchal de Gié : 12 note 3.
Rogas (François de), ambassadeur : 21 note 2,
23 note 2.
Roi (Jean de), imagier à Brou : 176, 445.
Rolle (Suisse, c°2 Vaud) : 35.
Rolle : Jean de Paris 261.
ROLLET : 372.
RoOMAGNANO (Amé de), évêque de Mondovi : 344.
— (Antoine de), protonotaire : 84 note 5.
— (Bona de), mère de la Bâtarde de Savoie :
40 note 5, 84.
Romainmôtier (Suisse, c° Vaud : 35.
Romain-sur-Meuse (H'e Marne, ar. Chaumont,
ce Bourmont) : 259.
Rome : 401. - Notre-Dame del Popolo 147, 190.
Sainte Marie Majeure 147 note 3.
D'AUTRICHE
Romont (Suisse, c° Vaud, cercle de Glane) :
57 note 1, 93 note 1, 105, 125, 411, 413.
Rondot : Gauvain 36 note 3. Peintres de Lyon
271. Céramique lyonnaise 271. Marende
296.
Rosalles : 200.
Rosembois (Nord, c° La Bassée, ce° Fournes) :
10.
Rosières (Jura, ar. Poligny, c'° de La Ferté)
Abbaye 133 note 4.
Rosims8os (Pierre, s' de), maître d'hôtel de Mar-
guerite : 61 note 2, 66 note 2, 243, 254, 258.
Rossbach : Carvajal 320 note 2.
Rossillon (Ain, ar. Belley, c°e Virieux-le-Grand)
55, 94 note 6.
RossILLON (Ant. de), s' de Beauretour, prési-
dent de la Chambre des comptes de Savoie :
92 note 1, 361.
Rosry, criminel pendu à Bâgé : 109.
Rothschild : Bibliothèque 166, note 2.
Rott: Représentation de la France auprès
des cantons suisses 81 note 1.
Rouen ($Seine-Infér.) : 41 note 5, 89, 400.
Rouillet : Michel Colombe 272 n° 51.
Rousselet : Eglise de Bourg 271.
Rousset : Dictionn. du Jura 18 note 4.
Roville : Promptuarium iconum 296.
RovorÉE (Jean de), archidiacre : 360.
Royer (Philibert) : 31 note 3.
Rubbrecht: Type familial Habsbourg 296.
Rue (Suisse, ce Fribourg) : 125.
RuorFrAULT (Jean), trésorier de l'Empereur : 76
note 2, 254.
Ruffey (Jura, ar. Lons-le-Saunier, c° Blette-
rans): 132 note 4.
Rurri de Muris, trésorier général de Savoie :
351.
Rumilly (Haute-Savoie, ar. Annecy, ch. ]. c°"):
86 note 4.
Ruzé (Louis), argentier de Marguerited'Autriche,
reine de France : 305.
RyYe (Simon de): 49.
Saint-Antoine (Isère, c° St-Marcellin): Abbé
131 note 8.
SAINT-BARTHÉLEMY (Baudouin de), inquisiteur :
138 note 7, 425.
Saint-Bertin : voir BERGRES (Ant. de).
INDEX ALPHABÉTIQUE 485
Saint-Claude (Jura) : Abbaye 86 note 7, 133
note 3, 396, 415. - Seigneur 34.
Sainte-Baume (Var): Pèlerinage 86 note 7.
Sainte-Croix (Suisse, c° Vaud): 125.
Saint-Gall (Suisse) : 379.
Saint-Georges-d'Hesdin (Pas-de-Calais, ar. St-
Pol, c° du Parcq): 10 note 5, 302.
Saint-Germain-en-Laye (Seine-et-Oise) : 89.
Saint-Jacques - de - Compostelle ou Santiago
(Espagne, Galice) : 136, 420.
Saint-Jean-d’Aulps (Haute-Savoie, ar. Thonon,
c du Biot): 336.
Saint-Jean-de-Losne (Côte-d'Or, ar. Beaune):
34.
St-Jean-de-Maurienne (Savoie) : 129 note 1.
Voir Gorrevop (Louis de).
SAINT-JEOIRE (de) : 79 note 3, 95 et note 5, 352,
368.
Saint-Julien (Jura, ar. Lons-le-Saunier): 276
n° 100.
Saint-Julien-sur-Reyssouze (Ain,c° St-Trivier):
103 note 5, 104.
SAINT-LÉGER (Alex. de): 158 note 5.
Saint-Lothain (Jura, ar. Lons-le-Saunier, c°» Seil-
lières) : Carrière d’albâtre 156, 180 et note 6,
195, 198, 199 à 203, 206, 210, 212, 214, 221,
365, 366, 442.
SAINT-MARTIN (s° de) : 127 note 3.
Saint-Omer (Pas-de-Calais) : 145 note 7, 302.
Saint-Pol-sur-Ternoise (Pas-de-Calais) : 10.
Saint-Quentin (Aisne) : 19 note 1.
Saint-Rambert-en-Bugey (Ain, ar. Belley) :
133 note 1.
SAINT-SORLIN voir LA BAUME.
Saint Suaire : 42, 43, 115 note 3, 136, 139 et
note 6, 140 notes, 360, 371, 384.
Saint-Sylvin d'Auchy: voir Auchy.
Saint-Trivier-de-Courtes (Ain, ar. Bourg. ch. I.
cn): 118.
Saint-Vulbas (Ain, ar. Belley, c° Lagnieu):
438.
Saix (Ant. du). 184, 297 n° 106. Blason de
Brou 271. Oraison funèbre de Margue-
rite 297.
Salamanque (Espagne) : 24.
SALE (Claude de), lieutenant de Bresse: 95
note 5, 107, 108 notes 1 et 5, 110, 191.
SALENOVE (Alexandre de): 31 note 3,78 note 9,
83 note 2, 88 note 1, 97 note 1, 105 note 6,
346, 355, 356, 376, 379, 415.
Salines : 423.
Salins (Jura) : 34 et note 7, 35, 57 note 1, 76
note 3, 127, 131, 303, 364.
SALIVES (Ant. de): 390.
— (Adrien de): 114 note 5.
Sallanches (Haute-Savoie, ar. Bonneville) : 121
à 124, 377, 3178, 380, 417, 418.
SALLENOVE VOir SALENOVE.
Salmon : Sinon de Quingey 60 note 2.
SALTING : Collection 286 n° 29.
Saluces (Piémont): Marquisat 80.
Samoens (Haute-Savoie, ar. Bonneville): 120,
123, 124, 336, 367, 378.
Sempere y Miquel: Michel Sithium 297.
Santander (Espagne) : 23, 24.
Sanuto : Diarii 27 note 6.
Saragosse (Archevêque de): 371.
SARAGUT, page de Marguerite : 309.
Sardière : voir La Sardière.
SAUBUZ (Jean de) : 305, 306.
SAUZAY (Marg. de) : 307.
SAVOIE (Amédée IX, duc de): 28 et note 8.
— (Antoinette de), fille bâtarde de Philippe
de Bresse : 40 note 5, 84 note 6.
— (Charles I, duc de), époux de Blanche de
Montferrat : 81, 82.
— (Charles III, duc de), flls de Philippe de
Bresse et de Claude de Brosse, sa 2° femme,
appelé aussi Charles Il : 36, 40 note 5, 42,
77 à 90, 97 note 5, 98 note 2, 128, 130, 138
note 3, 139 note 6, 140 note 1, 152 note 7,
191, 208, 247, 248, 324, 327, 328, 333, 339,
340, 342 à 344, 346, 350, 351, 355, 358,
362, 370, 375 à 382, 390, 400, 401 note 1,
403, 407, 410, 415, 417, 418, 420, 426. -
Protocole 329, 343. - Relations avec
Marguerite pour le domaine de Savoie 91
sq. - Bibliographie 79 note 5, 80 note 1.
— (Charlotte de), sœur de Philippe de Bresse
et de Jacques de Savoie, comte de Romont,
femme de Louis XI[, roi de France : 28.
— (Claude de), fille bâtarde de Philippe de
Bresse et de Bona di Romagnano : 36, 40
note 5, 74, 84 à 86, 390.
— (Emmanuel-Philibert de), fils de Charles
III et de Béatrice de Portugal: 80 note 2,
260, 426.
— Jacques de), comte de Romont, fils de
Louis, duc de Savoie, et oncle de Philibert
le Beau : 43 et note 4.
486 MARGUERITE D'AUTRICHE
SAVOIE (Jacques de), duc de Nemours, fils de
Philippe de Savoie, comte de Genevois :
98 note 7.
— (Louis duc de): 28 note 3.
— (Louis de), comte de Genève: 78 note 7.
— (Louise de), fille du duc Amédée IX et
veuve d'Hugues de Chälon, clarisse à Orbe :
43, 137 note 5, 321.
— (Louise de), comtesse d'Angoulême fille de
Philippe de Bresse et de Marguerite de
Bourbon, mère de François I : 28 et note 3,
40 et notes, 78, 80, 102 et note 7, 103 et
note 5, 104 et note 3, 120 note 4, 129 note
4, 337, 340, 394, 400, 427.- Son Journal
40 note 6.
— (Louise de), vicomtesse de Martigues :
43 et note 6.
— (Louise-Françoise de), fille de Jacques de
Savoie, comte de Romont, mariée à Henri
comte de Nassau : 43, 105 et note 2.
— (Philibert I dit le Chasseur, duc de), époux
de Blanche-Marie Sforza : 28 note 3.
— (Philibert II dit le Beau, duc de), fils de
Philippe de Bresse et de Marguerite de
Bourbon, sa première femme: 28, note 1,
29 et notes, 37 note 1, 38 note 7, 91 et note
3, 102 note 3, 145, 146 note 4, 262, 285
n°5 20 et 22, 285 n° 88, 296 n°5 97 et 102,
321, 326, 343, 371, 437. - Généalogie 28,
40 note 5. - Mariage avec Marguerite d'Au-
triche 27 à 36.
— (Philhiberte de), femme de Julien de
Médicis : 36 note 1, 40 note 5, 87 à 90,
128, 376, 402.
— (Philippe de), comte de Genevois, duc de
Nemours, frère de Charles III : 36, 40 note 5,
79 note 1, 88 note 4, 98 et note 7, 100 note
4, 112 note 1, 357, 377, 412, 415, 419.
— (Philippe de Bresse, duc de), fils de Louis,
duc de Savoie, et père de Philibert le Beau
et de Charles III : 28, 29 note 2, 37, 40 et
note 5, 106 note 2, 146 note 3, 324, 326,
327.
— (René de) dit le Grand Bâtard, fils de
Philippe de Bresse et de Libera Portoneri :
29 note 7, 31 note 3, 32 notes 3 et 5, 34,
35, 37 8q., 78, 102 à 104, 337, 339, 340,
342, 394, 411.
— (Yolande-Louise de), fille de Charles Ier,
duc de Savoie et de Blanche de Montferrat,
mariée à Philibert le Beau : 28.
Savoie : 31 note 3, 43 note 7, 79 note 5, 81
note 2, 1440 note 4, 146 note 2, 173 note 2,
273 n° 70, 275, 291 n° 61. - Douaire 58, 91
à 142. - États 92 note 3, 386, 387. - Trésor
100, 101, 326, 340, 418, 436. - Manuscrits
283 n° 8.
Savoie (maréchal de): voir Varax (de).
— (protonotaire de) : 33, 35.
Savy et Sarsay : Carrelages de Brou 218.
SAXE (Frédéric, duc de): 88, 376.
Schaffhouse (Suisse) : 83, 3383.
SCcHETZ (Erasme), banquier à Anvers : 101
note 5.
Scheut (Belg., Brabant, c'e Anderlecht) : 44
note 5.
SCHINER (Mathieu), évêque de Sion : 5, 379.
Schonherr : Grabmals Maximilian zu
Innsbruck 297.
Schrevel (de) : Marguerite et les Annon-
ciades 298.
SCHRYVER : VOIir GRAPHEUS.
Schwartz : Médaille de Marguerite 288
n° 40.
Schwitz (Suisse) : 82, 379.
Sébastien de Sainte-Claire : Hist. Brou 278.
SEGARD : Gossart dit Mabuse 290 n° 56.
SEGRÉ (s' de): voir Epinay (Jacques d').
— (dame de): voir COURRAUDON (Jeanne de).
Segre : Carlo II, 79 note 5; Docum. storia
sabauda 9 note 1. Politica sabauda 79
note f{.
Seillon (Ain, c° Bourg, c° Péronnas): Char-
treuse 216, 346, 442.
Senlis (Oise) : Traité 18.
Sept-Saulx (Marne, ar. Reims, c° Verzy) :
52 note 1.
SERINS (Benoît de), imagier de Brou : 174, 445.
SERNTEIN(Cyprien de), chancelier de Maximilien:
131 note 4.
Servas : Bibliogr. Nodet 275.
SEYssEL (Claude de), évêque de Marseille : 81
et note 5, 97 et note 3, 133 note 6, 358, 382.
SrOoRzA (Ascanio): 27 note 2.
— (Blanche-Marie), veuve de Philibert Ier,
duc de Savoie, remariée à Maximilien, roi
des Romains : 22, 41 notes 4 et 6.
— (Constance-Marie): 152.
— (François): 41 note 4.
— (Ludovic), duc de Milan : 24, 27 et note 2,
36, 37 note 1, 38 note 7.
INDEX ALPHABÉTIQUE 487
S1aNAC (Pierre) : 307.
SmMÉon (Pierre): 312.
Simancas (Espagne, prov. de Valladolid) :
Archives 284 n° {1.
Singes : 165.
Sinissiat (Ain, ar. Bourg, cr Ceyzériat, c°
Revonnas) : 259.
Sirand : Bibl. Ain 279 n° 127.
SiTmiuM (Michel), peintre : 297 n° 108.
Soignies (Belg. Hainaut) : 31.
Soleure (Suisse) : 39, 82, 379.
Soccer (Barthélemy), s' de Villeneuve : 31
note 3.
SOMBERNON (de) : 86.
Sois de Chiavrie : 262.
Sommariva (Italie, prov. de Cuneo): 94 note 2,
103 note 5, 104 note 5, 334.
SORRENTE (cardinal de) : 396.
SorveNcHi (Claude) : 360.
SOTEGHEM (dame de) : 36.
Souburg (Zélande, île de Walcheren), 165,
171 note 1.
Southampton (Angleterre, Hampshire) : 23.
Souvans (Jean de): 22 note 1, 25 note 5.
Spaak : Lemaire de Belges 294 n° 85.
Spire (Bavière) : 359.
STAINVILLE (Phil. de) : 305, 306.
Stalin : Aufenthaltsorte Maximilians 291.
Statuta Sabaudie : 113 et note 4.
Stein : Recueil pièces Louis XI 8 note 6.
Steurs : Hof van Marg. van Oostenrijk te
Mechelen 297.
Strasbourg (Bas-Rhin): 93, 328.
Style : voir MARGUERITE D'AUTRICHE (Chancelle-
rie).
Suisse: Ligues 81 et note 1, 96, 97, 104 note 1,
125, 133, 341, 346, 351, 376, 379, 381 à 384,
387. Voir Berne, Fribourg. Voir DUFOUR.
SuzBACu : Collection 288 n° 38.
Surpierre (Suisse, c° Fribourg, cercle de
Broye) : 94, 96, 98, 103 notes 4 et 5, 104,
109, 125 et note 3, 347, 357, 372, 411, 414.
Suse (Italie, Piémont): 132.
Sus-SANT-Lécer (Philippe de) : 302.
Tacue (G.): 26 note 3.
Tapisseries : N.-D. du Sablon 285 n° 20.
Tarentaise (province de la Savoie correspondant
à l'ar. de Moûtiers) : 46, 364, 369. - Arche-
vêque 220 note 1, 363.
TARENTE (Charlotte d'Aragon, demoiselle de) :
19 note 2.
TARLET (Claude), s° de Marmont : 228.
— (Philibert), s' d'Aiguerande : 228.
TAvEL (N.): 83 note 6.
Taxis (François de): 285 n° 20.
TENCQUES (s' de) : 10 note 5.
TENDE (Anne de): voir LASCaRIs.
Termonde (Belg., F1. orient.) : 183.
TERRASSON : voir BERCHOD.
Teste (Phil.): 32 note 5.
Texte : De Ant. Saxano 297 n° 106.
Thérouanne(Pas-de-Calais, c°° d'’Aire): 11 notes.
THIBAUT (A.) : 22 note f.
Thibaut :Marguerite d'AutricheetJ. Lemaire:
297.
Thiéry : J. de Bruxelles 278.
THomas (Claude) : 360.
Taomassin : 154 note 1 ; 156 note 8, 342.
Thonon (Haute-Savoie) : 88 note 4, 91, 92 note 4,
94 note 2, 101 et note 2, 326, 334, 347.
THURNEYSEN : Gravure des tombeaux de Brou
173 note 2.
Tiersot : Brou 278.
Tillet : Rabelais et J. Lemaire 294 n° 85.
Tllmant : Humanistes malinois 297 ; Albums
de Marguerite 291.
Tincques (s' de) : 302.
Tirabassi : Messes de P. de La Rue, 299
n° 128.
Tissarr (Raoulet) : 311.
TiTiEN ou Tiziano Vecellio : 477 note 5.
ToiriA (François), sculpteur espagnol : 4270
Toison p'or : voir {saac.
Toison d’or : Exposition de 1907 286 n° 29.
ToLLEin : 374.
TorRIGIANO (Pierre), sculpteur : 4, 178, 194, 269
n° 20 et n° 27.
Torreccer (Benoît), s' de Montastruc : 78 n°8,
97 notes 2 et 5, 361.
Toulouse (Jura, ar. Lons-le-Saunier, c° Sel-
lières) : voir Marnix (Jean de).
Tourmont (Jura, ce Poligny) : 128, 154, 199,
200, 423.
188 = MARGUERITE D'AUTRICHE
Tournai (Belgique, Hainaut) : 132 note 1, 134
note 9, 426.
TourNaAY (Jean de), dit Bonnes Nouvelles,
héraut de l'Annonciade, 162 note 2, 220
note 1, 268 n° 12, 277 n° 104, 426.
Tours (Indre-et-Loire) : 11 note 5, 158 sq., 204,
208, 210, 312, 387, 389.
Trachsel : Monnaies de Philibert II 291.
Travagliato (Italie, prov. de Brescia) : 355, 357.
Treconnas (Ain), ar. Bourg, cr° Ceyzériat) : 118.
TREFFORT (Ain, ar. Bourg, ch.-l. canton) : 118.
Treitzaurwein : Weisskunig 2917.
TRÉLON (s' de) : 36. |
Tremayne : Margaret of Austria 298.
Trépier : Décanat de Saint-André 136 note 4.
Trèves (Prusse rhénane) : 136, 420.
Trévillers (Doubs, ar. Montbéliard, c° Maiche) :
131 et note 9.
TRÉvVISAN (Benoît) : 30.
TRévISE (duc de) : 180 note 10.
TRIE (Clément) : 268 n° 14.
TRIVULCE (Jean-Jacques), 89 note 7, 352.
TROLLIET, secrétaire du duc de Savoie : 340, 428.
Troyes (Aube) : 11 note 5, 33 note 1, 34.
TUERLINCKx (J.): Statue de Marguerite à
Malines 283 n° 4, 289 n° 6.
Turin (Italie) : 28 note 2, 38 note 5, 41, 50, 53
note 2, 84, 133 note 6, 322, 324, 310, 344,
351.
— Archives : 322, 323, 328, 337, 340, 342,
343, 400, 424, 427.
— Bibliothèque du roi : 281 n° 145. - Biblio-
thèque communale : 337.
— Palais Royal 270 n° 33.
— Université 132 n° 4, 369.
Turpin (Pierre) : 287 n° 33.
Ulmann : Maximilian I. Margaretha von
Oesteireich 298.
Unterwalden (Suisse) : 82, 379.
Uri (Suisse) : 82, 379.
UsiLLion, écuyer : 375.
Ussé (Indre-et-Loire, cr° de Rigny) : 13 notes
5 et 6.
— (seigneur de) : 12.
Usseglio : Bianca di Montferrato 41 note 7.
Vaesen : Lettres de Louis XI 11 note 5.
Vaissière (de): Journal de Barrillon 140
note 2.
VAITEL (Claude de), secrétaire : 71 note 3.
Valais (Suisse) : 80 note 4, 101, 346, 379.
VAL D'IsÈRE (dame de la) : 421.
Valenciennes (Nord) : 19 et notes 1 et 2, 31,
99, 300 n° 139, 155 noje 1, 183 note 1, 285
n° 20, 291 n° 63, 317.
VALIER (B.) : 28 note 2.
VALLENGIN (de) : 384.
VALPERGA : Gravure des tombeaux de Brou 291
n° 61.
VALPERGUE (Jacques de), comte de Maxin : 50.
— (Marguerite de), fille d'honneur : 50.
VALPERGUE (s' de) : 97 note 3, 357.
VAMBELLI (Gilles), imagier de Brou : 174, 445.
Van BoGHEM (Louis) ou Van Bodeghem, maître
maçon de Brou : 162 note 7, 164 note 4,
167 à 178, 221 note 1, 225 à 255 passim,
391, 398, 399, 424, 426, 441, 442. - Carac-
tère de ce personnage 163, 164, 173, 249. -
Bibliographie 162 note 7, 270 n° 32, 271
n° 45, 273 n° 72, 278 n° 116, 279 n° 124. -
Statue à Bruxelles 271 n° 41. - Devise 162.
VAN BONBERGHEN (Cornélis), banquier à Anvers :
101 note 5.
Van Caster : Hof von Marg.van Oostenrijh
te Mechelen 298. Rues de Malines 298.
, Van ConinxcLoo (Pierre), peintre : 30, 299
n° 133.
Van den Bergh : Corr. Marguerite 298.
Van den Bussche :
Bruges 298.
Van de Putte : Van Boghem 278.
Van der Haeghen : Ant. de Ligne 298.
Vander Meerch : Tombeau de Marguerite
278.
VANDER STICHELEN de Maubus : Collection 286
n° 29.
Vander Vynckt: Troubles des Pays-Bas
47 note 2.
Van Dooren : Inv. archives Malines 298.
Van Doorslaer : Malines durant la régence
de Marguerite 298.
Van Drival: Fortune infortune fort une 218.
Van ERTBORN : Collection 286 n° 29,
Van Even: Marg. van Oostenrijk aange-
boden te Leuven 298.
Annonciades de
INDEX ALPHABÉTIQUE 489
Van Gulik : Hierarchia catholica 133 note 7.
Van Hasselt : Poésie française en Belgique
298.
Van LATHEM (Liévin) : 139 note 5.
Van Mander : Livre des peintres 298.
Van ORLEY (Bernard) : 71 note 3, 139 note 5,
256, 279 n° 126, 285 n° 20, 286 n° 29, 299
n° 133.
Van Pepe (Henri), architecte de Bruxelles : 165
note 1, 255 et note 1.
Van ROoKE : voir Bruxelles (Jean de).
Van Scoisse (A.) : 9 note 2.
Varax (de) : 48 note 3, 56 note 3, 438.
— Gilbert de) : 50, 361.
— (Jean de), évêque de Belley : 32 note 5.
VAREY (s' de) : 216.
Vars (Pierre de) : 131 note 8.
Vaud (Pays de): 94 note 3, 99, 105, 109,
125 sq., 324, 330, 332, 340, 346, 349, 351,
352, 356, 376, 379, 384, 411, 413. - Baillis
91 note 3, 98 note 5. - États 126 note 1,
128 note 2, 138, 345, 423,
VAUDREMER, architecte : 180 note 10.
Vaudrey (Jura, ar. Dôle, c° Montbarrey) : 34.
« Vaugrinieuse » : 442, 444.
VAuLDREY (Claude, bâtard de): 184 note 1.
— (Louis de), bailli d'Aval: 195, 365.
Vayssière: Inscriptions de Brou 278. Blason
de Brou 271.
Vendhuile (Aisne, ar. St-Quentin, c°* du
Câtelet): 18, 19 note 1.
VENDÔME (de): 34, 394.
Venise (Italie) : 27 note 6, 192, 352, 357.
VENT (Jérôme), maître d'hôtel : 49, 191.
Verboz (Haute-Savoie, c° Frangy, c°° Clara-
fond): 123 note 3. - Seigneur: voir BALLIANT
(Louis de).
Verceil (Italie, province de Novare): 139 note 6.
— (Gilles de): 244.
Verdeil : Hist. canton Vaud 94 note 3.
VERDET (Jean), secrétaire ducal : 361.
VERPAY (s' de): 424.
Verger : voir Le Verger.
VEeRGY (Claude de): 85 note 2.
— (Guillaume de), maréchal de Bourgogne:
47, 48, 88 note 4, 140 note 1, 375, 384.
Verheyden : Gesangbneh van Marg. van
Oostenrijh 299.
Verrue (Italie, prov. de Turin): 94 note 2, 104
et note 5, 334.
Versailles (Seine-et-Oise) : Musée 288 n° 39.
Vesca (Etienne de), baïlli de Meaux : 11, 305.
— (de): 306, 307.
VESsPRE (Humbert), trésorier de la Sainte-
Chapelle de Chambéry : 360.
VEYRE (Philibert de) dit La Mouche, Ambas-
sadeur: 15 note 1, 25 note 2, 26 note 4,
32 note 1, 33, 36.
Vicence (évêque de): voir La Rovere.
Vicoigne (Nord, c° St-Amand, ce Raismes):
26 note 4.
Vmompne (Jacques): 32 note 5.
Vienne (Autriche): Archives d'État 292 n°: 73
et 74, 328. - Bibliothèque 284 n° 10, 291
n° 58, 300 n° 130. - Musée 284 n° 13, 288
n° 40. - Diptyque de Philippe le Beau et de
Marguerite 286 n° 29, 288 n° 38, 290 n° 54,
300 n° 137.
Vignze (Pierre), d'Anvers, sculpteur : 250,
427.
Vignon : Linceul du Christ 140 note 5.
Villafans (Haute-Saône, ar. Lure, c°* Viller-
sexel) : 87 note 1.
V'llars-les-Dombes (Ain, ar. Trévoux, c°*
St-Trivier-sur-Moignans) : Comté 37 note 3,
57 note 1, 91, 93 et note 1, 102 à 104, 118,
324, 326, 330, 339, 340, 342, 356, 394. -
Judicature 44 note 1.
Villefranche-sur-Saône (Rhône) : 51, 222, 223,
390.
Villefranche : éditeur de l'Hist. de Brou du
P. Sébastien de Sainte-Claire 278.
ViILLEMANT (de), baïlli d'Hesdin : 302.
VILLENEUVE (Imbert de): 83.
Vizzey (Christophe de) : 202.
VionET (Louis), trésorier du douaire de Savois :
43, 50 note 1, 53 note 2, 59 note 1, 110
note 6, 111, 116, 117, 123, 195, 219, 226,
229, 231, 237, 324 et note 1, 352, 379, 409,
410, 414, 427, 442.
Virieu-le-Grand (Ain, ar. Belley): 104.
Viry (Amé, baron de) : 31 et note 3, 35, 78
note 8, 93 note 1, 97 note 2, 98 note 5, 121,
125, 126 notes 1 et 7, 328, 358, 374.
— (Louis de), capitaine de la garde du duc
de Savoie : 32 note 5.
Vitrauæ : Vitraux de N.-D. du Sablon 285
n° 20. - Voir Brou.
490 MARGUERITE
Vitry : Michel Colombe 278.
Voege : Meyt 278, 279.
VoLTan (P.-L. de), évêque de Rieux : 81 notes.
Voltelini (von): Inventaire de Marguerite
299.
Voyages des Souverains des Pays-Bas : 54
note 4. - Voyage en Savoie 140 note 4.
VULLIET (Jean), de Chambéry, secrétaire du
duc de Savoie : 131 et note 3, 327, 340,
70, 384, 415, 419, 344.
Vurry (Louis de), doyen de Dôle : 25 note 2.
Wagemakere (Dominique de): 165 note 1.
WALHAIN (s' de): 19.
Walther : Briefwechsel Maximilians 299 ;
Burgund. Zentralbehôrden 299 ; Anfänge
Karlis V 299.
WARENGHIEN (Jean de), maître de la Ch. des
comptes de Lille : 2 note 1.
Wauters : Micolas Perrenot 61 note 1.
Lievin van Lathem 137 note 5. Van
Bodeghem 279. J. van Roome 279. Van
Connixloo 299.
Weale : Guide de Bruges 279.
Weisskunig : 297 n° 116.
Wenefrede (sainte) : 295 n° 96.
D’'AUTRICHE
WERVE (Claus de), ymagier : 214.
WerarT (Jacques): 22 note 1.
WiERRE (s' de): 302.
Wie : Collection 288 n° 38.
Willems : Gedichten of Margaretha van
Oostenrijh 299.
Wissoc (David de): 302.
Wosey, cardinal d'York : 49, 132 notes tet8,
396.
Worms (Hesse-Darmstadt): 79 note 1.
Wynendaele (Belg., F1, occ., ce Thourout) :
182 note 2, 301 note 3.
York (Marguerite d'), veuve de Charles le
Téméraire : 8, 19 note 2, 26 note 4, 33,
53 et note 2, 182 note 2, 295 n° 92.
YSsNARD : 428.
Yvan (Guill.) : 307.
Yverdon (Suisse, ce Vaud): 125.
Zifterer : Trésors de Maximilien 300.
Zimerman : Inventaires de Marguerite 300.
Zug (Suisse) : 82, 83, 379, 383.
Zurich (Suisse) : 82, 379.
TABLE DES CHAPITRES
INTRODUCTION
Les Papiers de la Chancellerie de Marguerite
OT OT à © D =
PUBLICATION EN 1712 DES @« LETTRES DU RoY Louis XII» .................
CHARLES-QUINT CENTRALISE A LILLE EN 1533 LES PAPIERS DE LA REGENTE .…
EXPLORATION DES ARCHIVES DU NORD DEPUIS LE RÉGNE DE LOUIS-PHILIPPE. ...
INTÉRÈT DES PUBLICATIONS FAITES EN FRANCE ET A L'ÉTRANGER... se...
IMPORTANCE DES INÉDITS NON ENCORE EXPLORÉS. . «uses. Has duos
NÉCESSITÉ DU CONTRÔLE CHRONOLOGIQUE DES DOCUMENTS DÉJA PUBLIES .. .... ie
CHAPITRE I
La Reine de France
PoLiTIQUE DE Louis XI AVEC LA MAISON DE BOURGOGNE ET TRAITÉ D'ARRAS.. 7
CESSION A LA FRANCE DE L'ARTOIS ET DU COMTE DE BOURGOGNE............. 8
VOYAGE DE MARGUERITE DE GAND A LILLE. RÉCEPTION EN CETTE VILLE....., 9
DÉPART POUR HESDIN A LA RENCONTRE DES GENS DE FRANCE... e. Rs
LA FILLE DE MAXIMILIEN, A TROIS ANS, EST LIVRÉE A ANNE DE BEAUJEU...... 10
DÉPART POUR AMBOISE. MARIAGE DE MARGUERITE AVEC LE DAUPHIN.......... 11
SÉJOUR DE MARGUERITE DANS LE JARDIN DE LA FRANCE................se.... A
LES PREMIERS ÉDUCATEURS DE LA REGENTE DES Pays-Bas ................... 13
OUVERTURE DE LA SUCCESSION DU DUC DE BRETAGNE FRANÇOIS II.....,....... . 14
MAXIMILIEN, ROI DES ROMAINS, MARI PAR PROCURATION D'ANNE DE BRETAGNE.. 15
MARIAGE DE CHARLES VIII ET D'ANNE DE BRETAGNE.........,............ ... 16
DÉPIT DES BOURGUIGNONS CAUSÉ PAR LA RUPTURE DU MARIAGE FRANÇAIS... ..e+ 17
COMPLAINTES ET POÉSIES ANTI-FRANÇAISES . ......... TT des LE
RETOUR DE LA FILLE DE MAXIMILIEN DANS LES Pays-Bas ...............e... 18
492 MARGUERITE D'AUTRICHE
CHAPITRE II
La Princesse de Castille
POLITIQUE MATRIMONIALE DE MAXIMILIEN. .... soso sesmeossoecss se
MARGUERITE, PRINCESSE DE CASTILLE, SE REND PAR MER EN ÉSPAGNE......
MARIAGE DE MARGUERITE AVEC DON JUAN DE CASTILLE ET MORT DE CE PRINCE.
RETOUR DE MARGUERITE DANS LES PAYS-BAS PAR LA FRANCE............. Lee
CHAPITRE II]
Le Mariage Savoyard
NOUVELLE ORIENTATION DE LA POLITIQUE BOURGUIGNONNE.... ses.
PORTRAITS DE PHILIBERT LE BEAU ET DE MARGUERITE D'AUTRICHE...........
CONTRAT DE MARIAGE PASSE EN 1501 À BRUXELLES......,....... sal aoe:
VOYAGE TRIOMPHAL DE L’ARCHIDUCHESSE EN CHAMPAGNE ET EN BOURGOGNE. ...
JOYEUSE ENTRÉE À GENÈVE............ eee secure seresesseses
CHAPITRE IV
La Duchesse de Savoie
POLITIQUE DE LA SAVOIE AVEC LA MAISON DE FRANCE.......,............,..
PuissANCE DE RENÉ, GRAND BÂTARD DE SAVOIE ET DISGRÂCE DE CE PERSONNAGE.
LOCISE DE SAVOIE, MËRE DE FRANÇOIS [®,.,................
LES DOUAIRIÈRES BLANCHE-MARIE SFORZA ET BLANCHE DE MONTFERRAT.......
CLAUDE DE BROSSE, MÈRE DU DUC CHARLES III..................... dooea
LA BIENHEUREUSE LOUISE DE SAVOIE, CLARISSE À ORBE.................... 5
LA FAMILLE DE LUXEMBOURG EN SAVOIE...
LES FAMILIERS : GATTINARA, MARNIX, BARANGIER, LA BAUME-MONTREVEL......
LEMAIRE DE BELGES ET SES RAPPORTS LITTÉRAIRES AVEC MARGUERITE........ +
MORT: DE PHILIBERT ER: DRAU..:::.,:4 dunscssausnim essuie
DÉCES DE L’ARCHIDUC PHILIPPE LE BEAU........................ ui.
MARGUERITE DEVIENT RÉGENTE DES PAys-BAs....... dois ed onde
RÉCEPTIONS ENTHOUSIASTES LORS DE SON ENTRÉE A VALENCIENNES ET À GAND..
21
24
. 36
. 37
37
40
41
42
43
43
44
90
54
& & à
TABLE DES MATIÈRES 498
CHAPITRE V
Le Conseil privé de Marguerite
CARACTÈRE DE CETTE INSTITUTION . c.sssoososssessornssscssesesoseccences 57
RECRUTEMENT SAVOYARD PUIS BOURGUIGNON ......s.useseseceecsesssesosoesee DS
PORTRAITS DES MEMBRES DU CONSEIL : LOYALISME ET LABEUR..... ......... 59
LES BONS SERVITEURS D'ORIGINE COMTOISE. .. sers esse cesse eee OÙ
RAPIDE FORTUNE D'ANTOINE DE LALAING, COMTE D'HOOGSTRAETE............. .. 61
LES « MIssi DOMINICI » DE LA DOUAIRIÈRE........... Dépenses eee 02
CHANCELLERIE DE MARGUERITE : ORGANISATION ...........s.ssseusecse...e 03
AUTOGRAPHE DE MARGUERITE 4 548 dessus muuess ii ed. comosconcict .. 64
CONSEIL PRIVÉ : ATTRIBUTIONS DE SES MEMBRES ......... acides ec 008
EXPÉDITION DES « MANDEMENTS PATENTS D ....sseesssessesososssseeeseese O0
CHEVALIER D'HONNEUR : SERVICE CONFIDENTIEL .......sssseeesssseessesc.. O7
EXPÉDITION DES LETTRES MISSIVES. .......eossesseeee Dés assistosrsdute 0e
TRÉSORERIE ET CONSEIL DES FINANCES... ..eossoeseosossesesvessssessesee 08
MÉTHODES IMITÉES DE LA COMPTABILITÉ DES ARCHIDUCS. . ...seseueseeee...e. O9
ORGANISATION DES ARCHIVES DE LA DOUAIRIÈRE........eesses.oresoeooeece 10
HÔTEL. DIRECTION DONNÉE PAR LE CHEVALIER D'HONNEUR. . «cs seevoseseee 11
PERSONNEL DE LA MAISON DE MARGUERITE....... Re de à Co Din 72
QUERELLES ENTRE FAMILIERS DE LA COUR. AFFAIRE BENTINCK................ 14
BUDGET DE L’ARCHIDUCHESSE .....s.soosses Midi cas se dome eat no 10
CHAPITRE VI
Le Duc Charles III
SITUATION DIFFICILE DE LA SAVOIE DANS LE CONFLIT FRANCO-IMPÉRIAL .......ee 11
CARACTÈRE DU DUC CHARLES III. SON INDÉCISION...........,.............. 18
MARIAGE DE CE SOUVERAIN AVEC BÉATRICE DE PORTUGAL............... she 10
DIFFICULTÉS AVEC LES SUISSES. LES FAUX DUFOUR.........,........... ..... 80
LA FRANCE SE DÉSINTÉRESSE DU CONFLIT. BRUITS DE GUERRE................ 83
TRAITS DU CARACTÈRE DE MARGUERITE SE DÉGAGEANT DES CONFLITS SAVOYARDS. 84
DUPLICITÉ DE MARGUERITE DANS LE MARIAGE DE LA BÂTARDE DE SAVOIE...... . 84
LES PRÉTENDANTS : GRIMALDI, NEUFCHÂTEL ET JACQUES DE HORNES........... 84
UNION ÉPHÉMÈRE DE PHILIBERTE DE SAVOIE AVEC JULIEN DE MÉpicis. ........ 89
494 MARGUERITE D'AUTRICHE
CHAPITRE VII
Le Douaire savoyard
MANIFESTATION DE L'AUTORITARISME DE MARGUERITE DANS LE LITIGE DU DOUAIRE
COMMENT LA DOUAIRIÈRE PRÉTENDAIT À DES DROITS SOUVERAINS .
LARGESSES DE PHILIBERT LE BEAU ET TRACASSERIES DE SON SUCCESSEUR ...
TRAITÉ DU DOUAIRE PASSÉE A STRASBOURG EN PRÉSENCE DE MAXIMILIEN ....
DOUAIRE CONSTITUÉ PAR LA BBRESSE, LE FAUCIGNY ET LE PAYS DE VAUD...
GATTINARA ET LES DIFFICULTÉS DU DOUAIRE....... NA ME Rue
MISSIONS DES MEMBRES DU CONSEIL PRIVÉ ENVOYÉ EN SAVOIE.....
NICOLAS PERRENOT A ANNECY .. ose. eos.
& MONDE D'OR » ET « ESCARBOUCLE » DE SAVOIE RETENUS PAR MARGUERITE .
BANQUES DES Pays-BAS AYANT LA CONFIANCE EXCLUSIVE DE L’ARCHIDUCHESSE.
LE GRAND BÂTARD RENÉ ET LOUISE DE SAVOIE COALISES CONTRE MARGUERITE
AFFAIRE DU COMTE DE NASSAU, GENDRE DE JACQUES DE SAVOIE, CU DE ROMONT.
LOYALISME DES OFFICIERS SAVOYARDS TRIOMPHANT DE L’ETRANGÈRE. .
EFFORTS DE MARGUERITE POUR BIEN ADMINISTRER SON DOMAINE.....
CoNSEIL DE BRESSE : CRISE D'AUTORITÉ. QUERELLES DE ROBINS..
QUELQUES TYPES DE MAGISTRATS. LEURS ATTRIBUTIONS ..........
CHAMBRE DES COMPTES DE BOURG...................,........
OFFICIERS INFÉRIEURS. CHÂTELAINS. .....ssoe.sueoo esse
VIOLENCE ET INDÉPENDANCE DE CES AGENTS. «esse ecee.e
DÉSARROI DE LA JUSTICE ET DE L'ADMINISTRATION : DRESSE ET FAUCIGNY.
INSPECTIONS JUDICIAIRES. . sec. seen eneseeseeuseee
DÉSORDRES A SALLANCHES, FLUMET, MONTIOIE, BONNEVILLE, ETC.......
IMPUISSANCE COMPLETE DE MARGUERITE DANS LE PAYS DE VAUD.....
MARGUERITE ET LE CLERGE SAVOYARD . .sossssssesesesseoeress
CRÉATION DU DIOCÈSE DE BOURG...... PR De
INDULT ACCORDE A LA DOUAIRIÈERE POUR LA COLLATION DES BÉNÉFICES...
PIERRE DE MARNIX ET PIERRE DE LA BAUME TYPES DE COMMENDATAIRES..
INFLUENCE DES FRANCISCAINS : LE FRERE BONIFACE ET LE FRÈRE (GLAPION.
PELERINS DE BRESSE ET DE SAVOIE...
CLARISSES. INSTANCES POUR LA BÉATIFICATION DE St° COLETTE..........
PROTESTANTISME ET INQUISITION.............................
SAINT SUAIRE DE CHAMBERY .....ssscoeecceneeeseceueesesess
NOTRE-DAME DE BODRG La SLA ER Nine demie CR ee
91
91
92
93
93
94
98
99
100
101
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106
106
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118
118
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123
125
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129
130
130
134
136
137
137
138
141
TABLE DES MATIÈRES 495
CHAPITRE VII]
L'Église et les Tombeaux de Brou
LA TRADITION DES AUGUSTINS. LÉGENDE D'ANDRÉ COLOMBAN....u...e..scecee 143
VŒu DE MARGUERITE DE BOURBON............. eee ssseuseee 146
TRANSPORT À BROU DU CORPS DE PHILIBERT LE BEAU................,...... 146
ARRIVÉE DES AUGUSTINS DE LOMBARDIE.......e.esereussesuessesseseeses 147
SUPPRESSION DE L'ANTIQUE PRIEURÉ ST-PIERRE.............. RS TT 147
CONSTRUCTION DE ST-NICOLAS DE TOLENTIN PAR LES MAITRES BRESSANS....... 149
TEMPOREL DU NOUVEAU MONASTÈRE. . couscous PR 22" 101
MARGUERITE VEUT SA SÉPULTURE A BROU................. Ds soteses sua 103
PERRÉAL EST CHARGÉ DE LA CONSTRUCTION DE L'ÉGLISE ET DES TOMBEAUX... 193
PORTRAIT DE CE PERSONNAGE. SA NOTORIETÉ. SA SUFFISANCE.....eus....se.oe 103
COLLABORATION DE LEMAIRE DE BELGES À L'ŒUVRE DE BROU......,.......... 155
CARACTÈRE DU GRAND ‘* RHÉTORIQUEUR ‘’...secsooceesessereeseeeseccee 195
66 PATRONS ” ET ‘‘ POURTRAICTS ” DE PERRÉAL ET DE MICHEL COLOMBE...... 157
CÉLEBRE CONTRAT PASSÉ AVEC LE MAITRE DE TOURS.......... aisés cessec ss V0)
*
RAPPORTS DIFFICILES AVEC LES AUGUSTINS.......... Suede sesiusesdsssmc LOÛ
DisGRÂCE DE LEMAIRE ET DE PERREAL. AVORTEMENT DES PROJETS FRANÇAIS... 161
NÉCESSITÉ DE TROUVER UN COLLABORATEUR DANS LES Pays-Bas .............. 162
VAN BOGHEM EST CHOISI POUR DIRIGER L'ŒUVRE............ Hatier aluste 109
CARACTÈRE RUDE ET PRATIQUE DU MAITRE MAÇON..sccsssssesoceseusensecee 103
SA FORMATION FLAMANDE. INFLUENCE DE L'ART DES PAYS-BAs............... 164
MARGUERITE N’EST PAS UNE NOVATRICE EN MATIÈRE D'ART ET DE LETTRES..... 165
CONSTRUCTION DE L'ÉGLISE DE BROU........................... ssossaeus 107
DIFFICULTÉS SOULEVÉES PAR L'EXAMEN ARCHÉOLOGIQUE DU MONUMENT......... 107
TOMBEAUX : PATRONS DE JEAN DE BRUXELLES ......................,..... 170
CONCOURS: DE: CONRAD MEYT 53042204 almutdandannuns Mutitaueseiusu 172
ARCHAÏSME DE VAN BOGHEM ET ITALIANISME DE MEYT............... sion Ta
DEVISE : FORTUNE INFORTUNE FORT UNE...... nue ie Latsenés.e LI
APPRÉCIATION DE (COURAJOD SUR LA PETITE STATUAIRE.... eee... sue [10
VITRAUX, STALLES ET PAVEMENT........... idee PR
INTERVENTION DE MARGUERITE DANS LA MODIFICATION DES TRAVAUX. ......s.. 178
MOYENS: FINANCIERS: ndiaudeeces londonien LCD
PROVENANCE DES MATERIAUX , .«..seemsesss esse esse eseseeseseesece 179
VICISSITUDES DE BROU AU COURS DES SIÈCLES. ..... A 180
MALADIE ET MORT DE MARGUERITE........... RU .. 181
TRANSPORT DE SON CORPS À BROU........ Dao Air de Te 183
196 MARGUERITE D'AUTRICHE
APPENDICE I
RÉPERTOIRE DES DOCUMENTS ARCHÉOLOGIQUES RELATIFS A BROU............. 187
APPENDICE II
BIBLIOGRAPHIE DE BROU........... esse see seems. 267
APPENDICE III
BIBLIOGRAPHIE DE MARGUERITE D'AUTRICHE ..... cesser 283
PIÈCES JUSTIFICATIVES numérotées de I à Coeurs 301
TABLE DES PIÈCES JUSTIFICATIVES.... uses 449
INDEX ALPHABÉTIQUE. is sn nie Léon sotass dues 457
FABLE DES CHAPITRES 2,2. ina it isa issue 491
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